Le 17 janvier 2012 par Dean Louder

Tim Tebow, un Franco ?

Par ses prouesses sur un terrain de football conjuguées à sa foi religieuse, le quart-arrière des Broncos de Denver, Tim Tebow, garde en haleine, depuis le mois d’octobre, les amateurs de football professionnel aux États-Unis. À l’époque où il jouait pour l’université de la Floride (2006-2009), il s’était fait une réputation de meilleur joueur de football universitaire au pays.


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Tim en prière en milieu de travail

Depuis ses plus récents succès, couronnés le 7 janvier, par une victoire au tournoi de fin de saison de la Ligue nationale de football (LNF) contre les Steelers de Pittsburgh—avant le fiasco du 14 janvier contre les Patriotes de la Nouvelle-Angleterre—la Droite chrétienne du Parti républicain (largement dominé par des « Tea Partistes ») l’a pris comme fétiche et les média ne cessent d’en parler.

Évidemment, la question qui me tracasse depuis que Tim Tebow a commencé à faire les manchettes en tant que quart-arrière des Gators de Floride est la suivante : Est-ce que Tim Tebow est Franco? Est-il descendant de Canadien français ou d’Acadien? Son nom, est-ce une déformation de Thibeault, Thibeau, Thibeaux, Tiebout ou Thibaud?
Le peu de recherche effectué à ce jour m’incite à dire non, mais j’aimerais beaucoup que quelqu’un me corrige en me montrant le contraire! Mais d’abord, un petit mot sur cet athlète aux scrupules irréprochables.

Timothy Richard Tebow est né le 14 août 1987 à Manille, capitale des Philippines, dernier de cinq enfants de Robert Ramsey Tebow II et Pamela Elaine Pemberton, missionnaires évangéliques. La légende veut que Mme Pemberton ait connu, avec Tim, une grossesse particulièrement difficile. Monsieur Tebow aurait, à ce moment-là, promis à Dieu que si les deux parties (mère et bébé) pouvaient avoir la vie sauve, il ferait de cet enfant un prédicateur, un ambassadeur en son nom. Trois ans plus tard, la famille Tebow réintègre l’État de la Floride où sera fondée l’Association évangélique Bob Tebow (http://www.btea.org/) et où s’épanouira un jeune footballeur qui, tout au long de son illustre carrière de quatre ans à l’université de la Floride, prêcherait la Bonne Nouvelle par des gestes publics posés sur le terrain de football. Par exemple, à chaque match, Tim inscrivait au visage, à la vue des opposants et des millions de téléspectateurs, une référence biblique.

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Pour illustrer l’impact du jeune homme sur l’imaginaire américain, je prends le propos de ma nièce—jeune mère de deux enfants habitant l’Ohio—affiché la semaine dernière sur Facebook :
Tim Tebow I love you with all my heart.
Ce à quoi j’ai répliqué :
Pourquoi donc ?
Sa réponse est venue tout de suite :
Haha, Uncle Dean I was just watching something on TV about how, before each game, he singles out a fan with an illness (and their family) and meets and talks to them before and after the games. These are fans of his that usually have terminal illnesses I think, and so he's providing this fun and exciting opportunity for them. But it doesn't seem like he's showy or braggy about it. He just seems like a great guy! Not your typical famous football player!

Donc, bon prince, un gars qui aime son public et qui s’en soucie et qui, selon elle, ne fait pas cela pour mousser son image ni pour vendre des produits…même s’il possède de nombreux contrats signés avec des compagnies d’équipement sportif !

Retournons à ses origines ancestrales, sont-elles canayenne ou acadienne ? Suivons la lignée des Tebow :
Timothy Richard Tebow, né le 14 août 1987 à Manille.

Père : Robert Ramsey Tebow II, né le 27 janvier 1948 en Floride.
Grand-père : Robert Ramsey Tebow, né le 21 mai 1921 en Ohio ; décédé le 4 avril 1977 en Orégon.
Arrière-grand-père : Lee Robert Tebow, né le 27 mai 1895 en Ohio ; décédé en décembre 1979 en Ohio.
Arrière-arrière-grand-père : James Ora Tebow, né le 13 février 1873 en Ohio ; décédé le 28 février 1952 en Ohio.
Arrière-arrière-arrière-grand-père : James O. Tebow, né le 29 janvier 1841 en Ohio ; décédé le 13 décembre 1891 en Ohio.
Arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père ; Peter Tebow, né circa 1803 au New Jersey ; décédé le 20 novembre 1868 en Ohio.
Arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père : Ryer (Uriah) Tebow né le 9 mai 1784 au New Jersey ; décédé le 14 avril 1820 en Ohio.
Arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père : Pieter Tebow, né le 3 août 1755, au New Jersey.
Donc, en remontant à l’année de la Déportation des Acadiens (neuf générations), quatre ans avant la Conquête de la Nouvelle-France, aucune trace des ancêtres de Tim Tebow en dehors du territoire des États-Unis d’Amérique n’est apparente. Et on remarque qu’au baptême de Pieter, en 1755, les deux témoins s’appelaient Pieter et Margargriet Debouw, nom à consonance néerlandophone. Donc, petit indice quant aux origines familiales !

En remontant la filière encore plus loin, mon ami historien, Gaston Deschênes, lui aussi bloggeur chez Septentrion (www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/), réussit possiblement à résoudre l’énigme.
Arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-père : Ryer Tibout, né en 1723/24 au New Jersey.
Arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-père : Peter Tebow, né au New Jersey, marié en 1716 au New Jersey.
Arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-père : Andries Tebow (écrit aussi Thybaut, Tiebaut, Tibout, Thibout, Tebou, Thibou et Tiebout ), date de naissance incomplète ; décédé avant 1705.
Enfin, premier ancêtre de Tim Tebow à frôler le sol américain, son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-père Jan Tiebout (parfois signé Jean Thybaut), né en 1638 à Bruges, en Flandre (Belgique) ; décédé en 1700 à Brooklyn, New Harlem (New York). Pasteur de la religion néerlandaise reformée (Dutch reformed), Jan descendait sans doute des Huguenots réfugiés en Flandre.
Alors, Tom Tebow est-il Franco d’Amérique ? Certainement pas selon la définition conventionnelle du terme élaboré dans les ouvrages publiés au Québec, dont le nôtre, Franco-Amérique. Toutefois, la généalogie de ce méga star américain ouvre sur une réalité historique et culturelle méconnue qui mériterait d’être approfondie et qui en dit long sur la complexité de l’ethnicité française (French ethnicity) aux États-Unis.

Le 13 janvier 2012 par Dean Louder

Parole aux aînés de l’AARQ

L’un des défis auquel fait face l’Association acadienne de la région de Québec—et sans doute la plupart des organismes acadiens au Québec—c’est celui de la continuité, autrement dit celui de la relève. L’ensemble des membres est vieillissant. Un coup d’œil sur la photo des cinquante personnes ayant participé au dîner de la fête des rois révèle la pénurie de membres de moins 65 ans (voir billet précédent). Pourquoi cette absence de jeunesse?

Les membres de l’AARQ se divisent en quatre groupes : (1) les gens de souche acadienne nés dans une des « petites cadies » québécoises, comme Maria, Bonaventure, Havre Saint-Pierre, Natashquan, Saint-Grégoire-de-Nicolet, Saint-Jacques-de-l’Achigan, venus en ville depuis le début de la Révolution tranquille (donc des produits de l’exode rural québécois); (2) les immigrants des Provinces maritimes, surtout du Nouveau-Brunswick (ceux de fraiche date sont peu nombreux au sein de l’AARQ, la plupart d’entre eux étant arrivés aux années 60 ou 70); (3) les Québécois de souche, surtout urbain, ayant découvert leur acadienété sur le tard; (4) les époux ou épouses québécois des gens de la première catégorie. Peu importe la catégorie, les enfants de ces gens, nés et élevés pour la plupart au Québec, semblent avoir rompu avec l’identité ancestrale, se considérant avant tout « québécois ». Comme un Lévisien de catégorie 1, qui a fait sa vie d’enseignant à Amqui (autre petite cadie) pendant plus 40 ans avant de se rapprocher, à la retraite, de ses enfants et petits-enfants et des services médicaux de première ligne, me l’a avoué dimanche dernier à ce sujet : « J’ai parlé à mes enfants de l’Association et de nos activités, mais cela ne leur dit rien »!

À la suite du dîner de la fête des rois, la parole fut donnée aux 13 personnes présentes de plus de 80 ans pour qu’elles partagent avec les plus jeunes leur vécu et leur sagesse. Ici, retenons les expériences de six intervenants, un de la catégorie 1, trois de la catégorie 2, un de la catégorie 3 et une de la catégorie 4.

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Jean-Yves Landry est l'ancien président de la Société d’histoire de Sainte-Foy et vice-président de l'AARQ. Originaire de Matane, il est le dernier survivant de sa grande famille. Il vient tout juste de céder sa place au cimetière Belmont à sa sœur. Il se demande maintenant où il se retrouvera au moment du grand départ. La vocation et la passion de cet homme de 81 ans? C’est bien simple : l’histoire des Acadiens…surtout celle de ceux qui sont arrivés au Québec en 1756 à la suite du Grand Dérangement. Jean-Yves faisait remarquer aux convives qu’ils poursuivaient leurs activités de la journée, au 3200, rue d’Amours, sur les terres appartenant autrefois à leurs ancêtres acadiens venus en réfugiés. « Les Acadiens ont pris leur place au Québec », c’est là le témoignage émouvant de Jean-Yves Landry.

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La Reine du jour, Lorraine Arsenault, quitta son île à 14 ans pour étudier à l’École ménagère de Plessisville (EMP). Elle venait de terminer sa neuvième année d’études. À cette époque, à Abraham-Village (I-P-É), les études se terminaient à cet âge-là. Si on voulait poursuivre, il fallait partir, mais comment partir quand on est fille d’une femme devenue veuve à 39 ans? Heureusement, dans sa vie, il y a eu le patriote acadien Henri Blanchard (1881-1968), professeur à l’université de l’Ile-du-Prince-Édouard et président-fondateur de la Société Saint-Thomas d’Aquin, qui se rendait régulièrement au Québec y quêter des places dans les écoles et collèges pour des Acadiens de l’île. Grâce à lui, Lorraine a obtenu une bourse pour étudier à l’ÉMP. À la blague, Lorraine chuchote que cela voulait dire « enfants mal pris ». Pour payer son billet de train de Moncton à Québec, les Sœurs du sanctuaire ont organisé un Bingo. « Ces trois années à Plessisville ont changé ma vie »! conclut Lorraine Arsenault.

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Né à Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick, Albert Gagnon a déménage en Abitibi à l’âge de deux ans et demi. C’est l’époque de la colonisation. C’est l’époque de la Crise économique! Ils seront 16 enfants, 10 garçons et 6 filles. Au début des années 50, en quête d’une meilleure vie, Albert et son frère s’enrôlent. Le Canada est en guerre en Corée. « Cela ne pourrait pas être pire là-bas qu’ici » se sont-ils dit les garçons. Ils se rendent d’abord à Grand-Mère, puis à Montréal où ils apprennent que le pont de Trois-Rivières vient de s’effondrer. De Montréal à Wainwright, en Alberta, pour un peu d’entraînement. Ensuite, Seattle et, enfin, la Corée. Son frère y trouvera la mort et y sera enterré.

Le 7 novembre dernier, Albert faisait partie d’un contingent de huit Canadiens à se rendre en Corée commémorer le soixantième anniversaire de la Guerre de Corée. Il était le seul représentant du Québec et le seul véritable soldat, un petit caporal, accompagné de cinq généraux et de deux majors—tous du Canada anglais.

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Les Allain, c’est une grande famille de Négouac, au Nouveau-Brunswick. Elvine en fait partie. À 16 ans, elle est venue à Québec comme dame de compagnie. Trois ans plus tard, en 1942, elle lie son destin à celui d’un homme avec lequel elle passera les 69 prochaines années de sa vie, surtout à Valleyfield, au bord de l’eau dans une maison de leur propre fabrication, mais plus tard, pour se rapprocher de leur fils, notaire à Québec, à Sainte-Foy, en arrière du Château Bonne Entente. Son mari l’a quittée le mois dernier à la suite d’une vilaine chute dans leur cuisine en rénovation. Ils n’ont donc pas réalisé leur rêve le plus cher, celui de fêter ensemble en 2012 leur 70e anniversaire de mariage.

« J’ai dû lutter pour devenir ce que je suis, une décoratrice », relate Elvine. Heureusement qu’elle s’est toujours trouvée bien entourée. Dans les moments de découragement, les amis et ses patrons lui disaient « Tu peux réussir, tout ce que tu touches, tu as de la facilité… » À 89 ans, après toutes ses années au Québec, et malgré ses nombreuses réalisations, Elvine, comme plusieurs de son pays natal, souffre de ce qu’ils considèrent une inadéquation linguistique : « Je ne me sens pas l’aise en français, je suis bien meilleur en anglais »!

Cela ne paraît pas!

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Ce n’est qu’il y a sept ans, en rencontrant Rita Cormier de la Garde, présidente de l’AARQ, lors des activités paroissiales, que Fernand ait pris véritablement connaissance de ses racines acadiennes. Fils de Francis Boudreau, député Unioniste de Saint-Sauveur de 1944 à 1970, Fernand a grandi avec Duplessis et l’Union nationale. Qu’y avait-t-il de plus Québécois pur que cela?

Marié à Thérèse Benoît depuis 62 ans, ils ont quatre enfants et 13 petits-enfants. « Plus on s’endure, plus on s’aime » dit-il. Fernand Boudreau termine par rendre hommage à ses vaillants ancêtres acadiens des Ïles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord.

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Doyenne de l’AARQ à 92 ans, Renée Falardeau a connu les Acadiens grâce à son mari. Fille de Québec, secrétaire pendant 25 ans et veuve à 45 ans, elle se marie en 1981, en deuxième noces, à Benoît Babin, Acadien né à Maria, en Gaspésie, et décédé à Québec en 2007. « Pendant 26 ans, j’en ai entendu parler de la Gaspésie…et des Acadiens », raconte-t-elle sur un ton résigné.

Insistant sur le fait qu’elle n’ait rien d’Acadien en elle, Renée leur consentit néanmoins beaucoup d'affection et toute son admiration et avoue se sentir bien avec eux.

Tout comme moi d’ailleurs!

Le 10 janvier 2012 par Dean Louder

La fête des rois chez les Acadiens de Québec

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Depuis 14 ans, l’Épiphanie est célébrée à Québec par l’Association acadienne de la région (AARQ). La tradition a voulu qu’à chaque année, on fête une des familles fondatrices de l’Acadie : Roy, Arsenault, Boudreau, Cormier, Gallant, Landry, Richard, Thériault, etc. Cette année, la fête s’est présentée autrement. Autour d’un repas somptueux à cinq services, les cinquante convives ont célébré, non des familles, mais des individus. En fait, il s’agissait de rendre hommage aux 33 des 200 membres de l’AARQ ayant plus de 80 ans dont 13 participaient à l'activité.

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Les ainés de l'AARQ: Delphine Gionet, Pierre Ouellet, Lorraine Arsenault, Ulysses Roy, Louise Huot, Thérèse Marois, Fernand Boudreau, Renée Falardeau, Elvine Allain, Thérèse Benoît, Albert Gagnon, Jean-Yves Landry, Raymonde Bourdages.

Comme la tradition le veut, un Roi et une Reine ont été choisis par tirage. Le sort a voulu que Lorraine Arsenault et Ulysse Roy soient couronnés.

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Source : Juliette Goudreau

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Source : Juliette Goudreau

L’Association acadienne de la région de Québec, fondée en 1995, est un organisme parmi d'autres au Québec qui suit les traces de la Fédération acadienne du Québec (http://www.federationacadienneduquebec.org/) qui a vu le jour en 1987 grâce à M. Roger Léger qui croyait en la nécessité de reconnaître l’apport des Acadiens à l’évolution du Québec. M. Léger cherchait à donner une voix et une reconnaissance aux Québécois d’origine acadienne dont il y en aurait aujourd’hui entre 1 et 1,5 millions.

Le fruit des efforts des organismes, tels l’AARQ, la Fédération, les Acadiens en ville et la Corporation du Vieux Moulin de Saint-Grégoire, se manifeste de plus en plus. Par exemple, lors de la fête des Acadiens (15 août) de 2002 fut dévoilé à Québec, en face du Parc de l’Amérique française, le Monument aux Acadiens de la capitale nationale. Ayant pour titre « Vers la lumière », il représente un phare surmonté des couleurs et de l'étoile du drapeau acadien etsymbolise le rôle remarquable que les Acadiens et leurs descendants ont joué dans l'histoire du Québec. À cette occasion, le premier ministre du Québec, Bernard Landry, lui-même de souche acadienne, avait déclaré : « Entre le peuple québécois et le peuple acadien, il y a plus que de l'amitié, il y a de la parenté ».

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Deuxième exemple, le dimanche 14 août 2011, à Saint-Grégoire de Nicolet, autre « petite cadie », avait lieu le dévoilement d'un monument en mémoire des Acadiens qui ont peuplé cette région à la suite de la Déportation de 1755.

À l’heure des coalitions, il existe maintenant la Coalition des organisations acadiennes du Québec (COAQ) (http://acadiensduquebec.org/index.html) qui a pour mission de regrouper des associations du Québec dans le but d'y accroître la visibilité et la promotion de l'identité acadienne. Quatorze associations en sont actuellement membres. L’un de ses objectifs est de susciter et de favoriser les liens et les échanges entre les membres ainsi qu'avec d'autres regroupements d'Acadiens. Un coup fumant a été réalisé dernièrement par l’adhésion de la COAQ à la Société Nationale de l’Acadie dont le siège se trouve à Dieppe, au Nouveau-Brunswick.

À l’horizon, un événement d’envergure organisé par la COAQ dans le but de mettre en relief le patrimoine acadien du Québec : le Grand Ralliement acadien du Québec se tiendra les 29 et 30 juin et le 1er juillet 2012 au Saguenay.

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Le 4 janvier 2012 par Dean Louder

J’aurais aimé vous écrire de mon « camion » ... pour dire Bonne Année!

Nous devions prendre la route le 15 décembre. Il était prévu que nous passions la veille de Noël à l’hôtel Peabody, point de repère majeur à Memphis—l’équivalent tennesséen du Château Frontenac—et le Jour de l’an au chic hôtel Alluvian, situé dans la « capitale mondiale du coton », Greenwood, au Mississippi.

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Hôtel Peabody (voir billet du 6 mars 2010)

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Hôtel Alluvian

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J’avais prévu quelques jours de « flânerie savante » à Memphis, ville que j’avais trouvée particulièrement attirante lors de mon dernier passage. Nous aurions pu nous promener sur la Beale, là où la musique des blues règne en roi et maître, manger des côtes levées BBQ chez Charles Vergo’s Rendezvous, explorer le quartier malfamé qui a produit Michael Oher, plaqueur étoile des Rebels de l’Université du Mississippi avant d’atteindre les rangs professionnels avec les Ravens de Baltimore et héros du film Blind Side (Éveil d’un champion en québécois), basé sur le livre The Blind Side : Evolution of a Game de Michael Lewis publié en 2006. Ensuite, il y aurait eu à Greenwood une journée de bouquinage à la librairie Turn Row, spécialisée dans des œuvres consacrées l’État du Mississippi et, plus précisément, à celles de la région du Delta au cœur de laquelle elle se trouve. À Greenwood, notre couple devait se séparer, l’une se dirigeant vers l’ouest afin de passer deux mois chez ses sœurs à Shreveport, en Louisiane, l’autre montant dans le City of New Orleans (train reliant la Nouvelle-Orléans à Chicago) pour retourner au Québec.

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Hélas, tout cela est tombé à l’eau lors d’une urgence médicale qui frappa le 14 octobre nous clouant à la maison pour un certain temps.

Il a fallu, donc, que je trouve une autre façon de prendre la route. Je me suis rabattu sur un livre dont j’avais pris connaissance grâce à l’émission télévisuelle Tout le monde en parle diffusée le 20 avril 2011 (http://www.youtube.com/watch?v=qPlWBKx4Dus). Il s’agit, en fait, du journal de bord d’une femme exceptionnelle de 35 ans, Sandra Doyon du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont la première idole, Fifi Brin d’acier, faisait fi des conventions et défrichait son propre chemin. En dix ans, Sandra conduit son camion semi-remorque à 18 roues sur une distance de 3 000 000 kilomètres (équivalent de 75 tours de la Terre). Des allées et retours innombrables à partir de et vers Montréal : la Californie en six jours, Laredo, au Texas, paradis des camionneurs et lieu de transbordement des marchandises en provenance du Mexique, Winnipeg par 40 en dessous de zéro, l’Arkansas sous le verglas où on parcourt 90 kilomètres en cinq heures, livraison de litière à cheval (coupeaux de bois) à la ferme Poplar en Georgie, cargaison de dynamite vers l’Indiana, rencontre avec « Dez » en Saskatchewan, un Québécois des Forces canadiennes en train de perdre son français et responsable de l’entreposage des obus millésimés (« Dez » parce que c’est trop difficile pour la Anglâs de prononcer « Desautels »). Tant de souvenirs et d’amitiés recueillis sur la route et livrés ici de manière poétique.

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Les pages de Je vous écris de mon camion sont embellies et agrémentées d’encarts dont les mini textes sont plus que parlants. Ils nous font sentir la route, nous font vibrer, nous incitent à voyager comme Sandra, les yeux et le cœur ouverts, l’âme assoiffée. Quelques échantillons.

Route du bouclier canadien

Veines et nervures dans le granit. Rose et gris anthracite. C’est ce que le Bouclier canadien a dans les tripes.

Épinettes, bouleaux. Bouleaux épinettes. Copier-coller un milliard de fois chaque côté. C’est la route 17 entre Nipigon et Sault Sainte-Marie.

Novembre

Mois des morts et des souvenirs de guerre. Temps morne et mortifère.

Sur mes ongles, j’ai mis du vernis bleu électrique. Quand je vois mes doigts sur le volant. Ça met un peu de couleur en avant-plan. Dix petits bouts d’azur pour narguer le ciel gris.

En route vers la Californie

Entre l’Arizona et l’Utah, je lis un grand livre de géologie sans quitter la route des yeux. Y a des livres de plusieurs millions d’années écrits dans les strates des Rocheuses.

Yellowstone. Ce n’est pas que le nom d’un parc, c’est la couleur du Wyoming, de ses rochers, de ses vallons, de sa végétation.

Los Angeles

Le ciel de L.A. est couvert de smog jaune. Les libertés individuelles sont tatouées dans le ciel. Mes poumons se mettent à siffler.

Livraison de canneberges séchées dans une fabrique de biscuits. Tout près, des pauvres habitent des roulottes miteuses. Odeur sucrée d’une fournée de biscuits.

Livraison de probiotiques dans un entrepôt près d’un parc d’engraissement de bœufs. En face, de grandes maisons cossues. Odeur d’urine chauffée au soleil.

Qui choisit de vivre dans une maison cossue où la fétidité empoisonne chaque souffle ?

Et pour terminer :

Je roule vers l’horizon nouvellement né, rose et bleu comme des pyjamas de bébés. Je maintiens le cap à l’est. Bonne journée

Ce qui m’inspire ceci :

2012, horizon nouvellement né, blanc où je suis, verdâtre où je pensais être. Mais peu importe l’espace, le temps est venu : Bonne Année à vous!

Le 19 décembre 2011 par Dean Louder

Cadeau durable et surtout inoubliable

Bien que de moyens modestes, mes parents, Bert et Bernice Gillman Louder, ne lésinaient pas pour rendre Noël agréable à ma sœur et moi. Je me souviens particulièrement du Noël 1949 lorsqu’ils se sont pris plusieurs mois d’avance afin d’offrir au garçon de six ans que j’étais un train électrique de marque Lionel. En juillet, Papa l’avait vu dans la vitrine d’un grand magasin à Salt Lake City. Il réussit à négocier une entente avec le gérant, selon laquelle il paierait 10$ par mois pendant six mois et viendrait le chercher quelques jours avant la grande fête de fin d’année pour enfin l’apporter chez nous à Park City.

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Bert et Bernice, 1983, à l’occasion de leur 50e anniversaire de mariage

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Jeune Dean, 6 ans.

Imaginez un instant la joie de mes parents le matin de Noël en épiant ma réaction au moment de voir ce train en dessous du sapin et de me rendre compte qu’il était à moi. Je découvris rapidement que je pouvais moi-même le conduire, faire en sorte que la boucane échappe par la cheminée du locomotive, actionner le sifflet et contrôler le gyrophare sur le wagon plateforme!

Lorsque la famille déménagea à Orem en 1952, le petit train nous a suivis. Adolescent, j’ai cessé de jouer avec, mais ne l’ai jamais perdu de vue. Il occupait une place de choix dans un grand placard chez mes parents. Lorsque mon premier fils est né en 1966, Papa sortit le train de sa cache et le bambin recoulait and couinait en regardant tourner en ronde le petit Lionel.

En 1968, les parents déménagèrent à Sandy. Une fois de plus, le train suivit et trouva place dans un placard encore plus grand au sous-sol de la maison. Chaque fois que je revenais visiter, d’abord, de Seattle, puis, plus tard, de Québec, le plus souvent accompagné d’un nouvel enfant ou deux, le train les épatait toujours autant. Chacun de mes enfants conserve un souvenir impérissable de ce jouet durable. Pas plus tard que la semaine dernière, mon fils aîné, Cort, âgé aujourd’hui de 45 ans, m’exclama au téléphone « Hé que j’aimais ce train ». Un autre fils, Mathieu, 31 ans, écrivait par courriel : « Ce que j'aimais le plus étant petit, c'était les petites pilules que l'on mettait dans la cheminée pour faire de la fumée ».

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Ma mère mourut en 1990, victime d’un accident impliquant un camion et une piétonne. Mon père décéda 11 ans plus tard de vieillesse. Avant de mourir, il me demanda quoi faire du petit train. J’ai pesé le pour et le contre et devant l’évidence que ni ma situation géographique, ni celles de mes enfants, n’étaient propices au transport de cet objet fragile qui m’était si cher, j’ai décidé de le donner—mais pas à n’importe qui—seulement à quelqu’un qui l’aimerait et qui en prendrait soin. L’heureux élu, c’est Tyler Wigren, petit-fils de ma sœur. Il naquit l’année du décès de son arrière-grand-mère et eut l’occasion de bien connaître son arrière-grand-père.

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Tyler Wigren, 21 ans

Donc, aujourd’hui, 62 ans après avoir rendu un garçon de six ans si heureux, le petit train continue à rendre d’autres heureux en tournant en ronde autour du sapin chez les Wigren à Bountiful, UT.

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Des trains comme cela, il ne s’en fait plus!

Joyeux Noël à vous tous qui me lisez !

Le 11 décembre 2011 par Dean Louder

Noël au Trait-Carré

Après deux concerts en décembre à Saint-Pétronille et à Chateauguay, les Petits chanteurs de Charlesbourg, chorale fondée en 1995, sont rentrés à la maison hier soir pour leur concert annuel de Noël. La maison, c’est l’église Saint-Charles-de-Barromée où le Père Noël, son traineau et ses rennes sont visiblement présents.

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En face, une dizaine de sapins vêtus de leurs plus beaux habits sont « au cœur de la fête », thème cette année de Noël au Trait Carré, site historique instauré par les Jésuites en 1665. Celui-ci constituait en Nouvelle-France la première tentative de colonisation à l’intérieur des terres, c’est-à-dire à ne pas être axée sur une voie d’eau importante. L’implantation d’un nouveau système cadastral en radian étonnait par son originalité. Sa configuration en étoile différait radicalement des modèles connus jusque là et faisait contraste avec le système des rangs arpentés et aménagés ailleurs dans la vallée du Saint-Laurent. Ce système conférait à chaque parcelle une forme trapézoïdale et non rectangulaire.

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À l’intérieur de l’église, les « petits chanteurs », de neuf à 18 ans, sous la direction de Jessica Latouche, elle-même ancienne « petite chanteuse », prenaient place pour interpréter devant une salle comble, 23 chants de Noël en commençant et en terminant par les grands classiques de Handel : Joy to the World et Hallelujah. Entre les deux, un programme varié de chants religieux (Ah, quel grand mystère, Le sommeil de l’enfant Jésus, Les anges dans nos campagnes… et de chansons traditionnelles québécoises (La Bastringue, Dans nos vieilles maisons, La tourtière…). À quatre reprises, la directrice a troqué sa baguette contre sa voix, interprétant elle-même, accompagnée de la chorale, Alleluia de Mozart Adeste Fideles, Gésu Bambino et Noël.

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Devant un public survolté qui les réclamait jusque dans les jubés, la soprano lyrique, Jessica, et ses protégés revinrent en rappel pour clouer la soirée par une interprétation émouvante de Minuit Chrétiens.

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En chaire et autour de la crèche les anges s’émerveillaient de ces douces voix d’enfants !

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Le 5 décembre 2011 par Dean Louder

Chapelle des Jésuites à Québec, à ne pas confondre avec le Collège des Jésuites

Quatre de mes enfants ont fréquenté le Collège des Jésuites, devenu en 1982, lors de son transfert à une corporation laïque, le Collège Saint-Charles-Garnier. Il s’agit depuis 1935 d’un point de repère majeur, situé sur le boulevard René-Lévesque, à mi-chemin entre le Vieux Québec et le campus de l’Université Laval.

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Moins connue, la chapelle des Jésuites, sis au 20, rue Dauphine (angle Dauphine/d’Auteuil), face à la porte Kent. Elle a été construite en 1817 par les laïcs de la Congrégation Notre-Dame-de-Québec, d’après les plans de François Baillargé. Différentes modifications y ont été apportées depuis, notamment en 1857, 1900, 1930 et 1949.

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Jouxtant la Maison Dauphine qui fournit aux jeunes de la rue, depuis 1992, la possibilité de reconstituer un milieu de vie proche de leur vécu et de leurs besoins, la chapelle offre également aux fidèles qui le désirent l’occasion de participer à une eucharistie dominicale célébrée chaque dimanche à 16h. Une attention particulière est apportée à la liturgie au niveau de la prédication et de son environnement artistique.

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Hier, nous étions huit « fidèles » à nous réunir à partir de 15h45 dans cette enceinte qui compte parmi ses objets les plus originaux un vitrail d’Abraham nomade d’après les dessins de Steeve Lamonde, une statue de Saint-Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus exécutée par Louis Jobin, un vitrail au détail inusité de la conversion de Saint-Paul réalisé par W.J. Fischer, autrefois (1896-1922) maitre verrier de la maison Bernard Léonard de Québec, deux tableaux du peintre Eugène Hamel (1845-1932) (Apparition du Sacré-Cœur à Sainte Marguerite-Marie Alacoque et Saint-Joseph avec l’enfant) et, au dessus du maitre-autel, un tableau de Théophile Hamel (1817-1870) rappelant la purification de Marie et la présentation de l’enfant Jésus au temple.

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L’avantage de se rendre tôt à la cérémonie, c’est de pouvoir méditer ou prier, de se recueillir, en écoutant les airs solennels, joués à l’orgue par Dany Belisle, également organiste à l’église Saint-Jean-Baptiste et professeur au conservatoire.

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Devant la pénurie de prêtres formés au Québec aujourd’hui et, à plus forte raison, chez les Jésuites, il n’est pas étonnant que le célébrant soit Burkinabé. Accompagné d’une sœur d’origine française, ce Jésuite se fait un plaisir, après la cérémonie, d’offrir le goûter (café, jus et pâtisseries) aux fidèles. Le moment fort de la messe qui n’a duré qu’une quarantaine de minutes fut, pour moi, l’échange de mots de paix et la poignée de main entre nous tous—tous les huit et tous de plus 65 ans!

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Si, un bon dimanche après-midi, il y avait du monde à la messe, il faudrait évidemment, compte tenu du petit nombre habituel, reconstituer le premier miracle de Jésus.

Le 25 novembre 2011 par Dean Louder

Le resto Spirale vaut bien la Binerie, la restauration populaire à Montréal

La Binerie Mont-Royal fut rendue célèbre par l’auteur québécois Yves Beauchemin qui en fit le théâtre de son roman Le Matou, publié en 1981. Si je le pouvais, je ferais de même pour le restaurant Spirale, situé au coin des rues Bellevois et Amiens, loin du chic Plateau de Mont-Royal. En fait, il s’agit d’un quartier ouvrier bordant la zone industrielle qui domine Montréal-Nord à l’est du Boulevard Pie IX.

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Ici, de 4h30 à 14h les jours de la semaine viennent nombreux des gens affamés pour goûter aux « délices » d’un menu du jour varié et variable préparé avec amour par Mme Thérèse, propriétaire et unique serveuse et caissière. Dans la cuisine, deux employés vaquent efficacement à leurs tâches de cuisson et de distribution à la fois pour la clientèle sur place, pour celle qui vient chercher et pour celle qui se fait livrer.

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L’histoire de Mme Thérèse ressemble à celle de tant d’autres Québécois des régions venus faire fortune dans la Métropole. Madelinote, elle quitte ses îles en 1986 s’établir à Montréal avec sa fille qui y est déjà aux études. Ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard, après avoir « travaillé pour les autres » qu’elle réussit à ouvrir son entreprise et à développer sa clientèle « régulière ». À l’heure du « rush », la plupart des 30 places assises à table et au comptoir sont prises. L’ambiance est à la fête. Les gens se connaissent et se lancent des salutations, des sarcasmes et des sottises.

« Ici, c’est très familial », dit Thérèse. Oui, ça paraît. Elle a envie de nous parler, de mieux connaître ses nouveaux clients de Québec, mais elle n’a pas le temps. « Désolé, ‘scuse-moé, dit-elle, on n’a pas pu cacasser, la prochaine fois ».

Oui, définitivement, chère Thérèse, il y aura une prochaine fois, mais pas pendant les vacances estivaux quand tu fermeras les portes afin de retourner à Havre-aux-Maisons voir ta maman de 90 ans qui se porte encore bien!

Le 19 novembre 2011 par Dean Louder

L'hiver, peut-on se passer de sa voiture?

Au Québec, du 15 décembre au 15 mars, la loi exige que tous les véhiculés motorisés soient munis de pneus d’hiver. Afin d’éviter les doubles dépenses—car, au printemps, ma Volkswagen Coccinelle aura également besoin de quatre nouveaux pneus d’été—la petite voiture rouge sera remisée. Donc, pour le transport intra urbain, pendant le plus dur de l’hiver, on dépendra du Réseau de transport de la capitale (RTC).

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En prévision de ce sevrage, des tests s’imposent! Peut-on, par exemple, se rendre du quartier Saint-Sacrement au cœur du Vieux-Lévis, de l’autre côté du Saint-Laurent, sans gaspiller du temps et de l’effort?

10h30, monter dans l’autobus no 1 à la porte de la maison;

10h53, arrivée à la gare fluviale;

11h00, embarquer à bord du traversier Lomar Gouin;

11h20, descendre du traversier à Lévis;

11h30, monter l’escalier rouge;

11h45, marcher vers l’ouest le long de la très jolie rue Fraser;

11h55, au coin de Fraser et Guenette, monter au centre du Vieux-Lévis;

12h, s’asseoir au restaurant vietnamien/thaïlandais Lévina;

13h30, explorer à pied les charmes du Vieux-Lévis, descendre la Côte du passage vers le fleuve;

15h, embarquer à bord du traversier;

15h15, monter dans l’autobus no 1 vers Charest, Saint-Vallier et la Pente douce;

15h40, retour à la maison.

Oui, la preuve est faite! Cela peut donc se faire. On ne gaspille ni temps ni énergie. Au contraire, on découvre sa ville, on la vit, on s’amuse! Et les choses que l’on observe sont extraordinaires.

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Château Frontenac

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Louis-Jolliet

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N.M. Alphonse-Desjardins (traversier jumeau)

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Escalier rouge

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Navire citerne de la compagnie Mega Chemicals

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Belvédère, coin des rues Fraser et Guenette

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L’Anglicane, ancienne église protestante transformée en salle de spectacle

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Intérieur du restaurant Lévina

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Confiserie du Vieux-Lévis

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Se sucrer le bec à la confiserie du Vieux-Lévis

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Quai de Lévis

Non, la Coccinelle ne va pas manquer. Elle sera au chaud, libre de neige, libre de glace, libre de sel, libre de saleté, libre de rouille. Son conducteur, par contre, sera moins à l’abri des intempéries. Aura-t-il le courage de refaire ce même parcours (Saint Sacrement/Lévis) le 1er février lorsque la température pourra chuter à -25 ? À suivre.

Le 6 novembre 2011 par Dean Louder

À toi : un exercice épistolaire-É en géopolitique et géopoétique

Lire À toi, de Kim Thúy et Pascal Janovjak, c’est parcourir le courriel intime de deux âmes sœurs. Cent dix messages écrits entre le 3 octobre et le 26 décembre : 80 en octobre, 21 en novembre, 9 en décembre; 59 par Pascal, 51 par Kim

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Qui sont Kim et Pascal et qu’est-ce qu’ils se confient qui pourrait mériter la publication de ce nouveau livre chez Libre Expression?

La quatrième de couverture résume :

Née au Vietnam, Kim Thúy est arrivée au Québec à l’âge de dix ans. Elle a publié Ru, lauréat des prix littéraires du Gouverneur général 2010.

Pascal Janovjak est né à Bâle (Suisse), d’une mère française et d’un père slovaque. Après avoir travaillé en Jordanie, au Liban et au Bangladesh, il réside désormais à Ramallah en Cisjordanie, où il se consacre à l’écriture.

Ils se sont rencontrés un soir, dans un hôtel de Monaco et se sont racontés, au petit déjeuner, le lendemain matin. Puis, elle est repartie à Montréal, et il a gagné Ramallah. Des conversations se poursuivirent. Ce livre en est la preuve.

Quelle délice cette gage d’amitié et de respect! Les deux jeunes écrivains d’horizons et de cultures si différents trouvent un terrain d’entente, un vécu similaire—ceux d’exilés et de réfugiés—et le moyen de plonger le lecteur, par le biais de leur échange épistolaire, au cœur des intrigues de la géopolitique tout en l’initiant aux charmes de la géopoétique, et cela grâce à la maîtrise et à l’amour d’une langue qui n’était pas, à l’origine, la leur.

Deux exemples :

Pascal, 14 décembre 10h31 (géopoétique) :

Traverser les Alpes, la neige aveuglante sous le soleil qui accompagne la course du train. Au fond des vallées coulent les ruisseaux glacés, j’aperçois un héron sur une roche, comme perché sur un radeau, il s’éloigne vite. Le tonnerre d’un tunnel, les routes parfois viennent longer les rails, une voiture solitaire et brillante qui prend un virage parfait, comme dans une publicité pour voitures. Une villa à vendre, des hameaux où ne fume aucune cheminée. (p. 160)

Kim, 26 décembre 8h36 (géopolitique)

J’ai pensé à toi quand nous étions aux douanes américaines hier. Je me demandais ce que le douanier en gilet pare-balles ferait avec un passeport comme le tien, rempli de tampons de tous ces endroits dont les noms à eux seuls évoquent les peurs les plus insensées ici, en Amérique du Nord. Ramallah, où est Ramallah? Pourquoi Ramallah? Quel est le chemin qui t’a emmené jusqu’à Ramallah? Est-ce que l’amour serait une raison suffisante? (p. 165)

* * *

Il peut arriver qu’un livre ne nous attire pas à tout coup. Déçu, on passe à autre chose. Voilà ce qui m’était arrivé en lisant Ru, ouvrage primé en 2010 méritant à son auteure un passage à la Grand-messe du dimanche soir sur les ondes de Radio Canada. Même si son livre ne m’avait pas épaté, sa prestation à Tout le monde en parle m’avait séduit. Je tenais absolument à la voir lors de la séance de signature pour son nouveau livre, À toi, qui devait avoir lieu à la Librairie Vaugeois le 28 octobre. J’ai donc donné une deuxième chance à Ru. Je n’ai pas regretté.

Cette histoire, je l’ai racontée à Kim. Par conséquent, elle a dédicacé ma copie de À toi de la manière suivante :

À Dean. J’espère qu’il saura vous accrocher dès la première lecture, contrairement à Ru. Quelle chance que j’ai eue que vous soyez revenu une deuxième fois. Kim Thúy

Puis, elle a ajouté son adresse électronique pour que je lui fasse part de mes sentiments en ce qui concerne À toi. Trois jours plus tard, nous avons entamé un petit échange épistolaire à la manière de Kim et Pascal :

Dean, 1er novembre 20h59

Comme ça doit être agréable d'avoir un "penpal" de la trempe de Pascal!

Oui, en effet, À toia su m'accrocher. Je savoure chaque mot, chaque expression, chaque soupir. Merci.

Ce fut pour moi un honneur et un plaisir de faire connaissance chez Vaugeois.

J'ai récemment eu l'occasion de retourner dans mon pays d'origine et de renouer avec des garçons et des filles que je n'avais pas vus depuis 30, 40 ou 50 ans--aujourd'hui tous des aînés comme moi. Que d'émotion. Des rires, des pleurs, ... et c'était comme si nous nous étions vus la veille!

Des sentiments forgés il y a si longtemps qui revenaient à la surface!

Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous m'avez suggéré un titre à lire: They Brought je ne sais quoi de M. O'Brian. Sans crayon, je ne pouvais l'écrire. À 18 ans, je m'en serais souvenu. À 68 ans, le voile d'oubli filtre certaines images les plus brillantes. Veuillez me le rappeler. Merci.

Amitiés,


Kim, 1er novembre, 23h00

Quel bonheur de recevoir un mot de vous!

Oui, les vieilles amitiés sont précieuses parce qu'elles ne peuvent s'inventer du jour au lendemain. Il faut avoir vécu avec le temps et ses frasques.

Alors, le livre dont je vous ai parlé avec beaucoup d'enthousiasme et d'affection s'appelle The Things They Carried de Tim O'Brien. Vous me direz ce que vous en pensez. Le meilleur chapitre de ce livre s'appelle 'How to Tell a True War Story'' selon moi.

Au plaisir de vous lire de nouveau.


Que ce billet tienne lieu de témoignage à l'endroit du nouvel ouvrage : livre passionnant, percutant, probant, provoquant dont la conception originale et simple crée chez le lecteur et l’internaute le désir de l’imiter, A+.



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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