Le 23 août 2010 par Dean Louder

Les livres savants sur la francophonie canadienne se multiplient

Chez Septentrion, Territoires francophones : études géographique sur la vitalité des communautés francophones du Canada, réalisé sous la direction du géographe, Anne Gilbert, vient de paraître—un autre gros livre de plus de 400 pages consacré à la francophonie canadienne. Bientôt, je livrerai mon opinion à son sujet.


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Ce qui suit est une recension d’un autre livre du genre publié en 2008 chez Fides, rédigée par moi-même, et parue dans les Cahiers de géographie du Québec, 53:150, 2009, pp. 470-472.

THÉRIAULT, Joseph-Yvon, GILBERT, Anne et CARDINAL, Linda (dir.)

L’espace francophone en milieu minoritaire au Canada : nouveaux enjeux, nouvelles mobilisations

Il y a un quart de siècle, en publiant Du continent perdu à l’archipel retrouvé: le Québec et l‘Amérique française, nous nous sentions bien seuls. Des collègues chercheurs nous mettaient en garde contre les écueils sur lesquels échoueraient nos carrières en battant un cheval mort! « L’Amérique française ? C’est fini cette histoire-là », chuchotaient les uns. « Mettez-vous à la fine pointe des recherches en études canadiennes et québécoises », marmonnaient les autres. Pourtant, nous avons persévéré et croyons avoir pavé la voie vers un nouveau champ d’études valable, contribuant à l’émergence d’un réseau de recherche original, celui de la recherche en francophonie canadienne, centré partiellement, mais pas exclusivement sur le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) à l’Université d’Ottawa et l’Institut canadien de recherche sur les langues officielles (ICMRL) à l’Université de Moncton. D’ailleurs, ce sont ces deux institutions du haut savoir en francophonie canadienne, avec l’appui du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, qui se sont concertés pour assurer la parution de L’Espace francophone en milieu minoritaire au Canada.


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Le sous-titre de cette brique de 562 pages, contenant 13 articles, écrits par 19 auteurs, séparés en trois sections (Populations, communautés et représentations de soi; Institutions, espaces et mobilisations; Politique, droit et autonomie) exprime bien son objectif : faire le point sur les enjeux et les mobilisations des minorités francophones du Canada depuis la parution dix ans plus tôt (1999) d’un autre ouvrage d’envergure, Francophonies minoritaires au Canada : état des lieux.


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Mis en parallèle, les titres de ces deux anthologies pourraient faire croire que les enjeux et les mobilisations consécutifs à l’adoption en 1982 de la Charte canadienne des droits et libertés ont transformé la réalité franco-canadienne. Des lieux—francophonies au pluriel—on serait passé à un espace—francophonie au singulier. Or, tel est loin d’être le cas. La plupart des textes ici en témoignent et les déplacements sur le terrain le démontrent. Il n’y a pas de retour vers une identité pancanadienne. D’abord, est-ce qu’il y en a déjà eu? Les Acadiens, par exemple, n’ont jamais été des Canayens ni des Canadiens français.

À des fins de cette recension, deux chapitres du livre sont particulièrement pertinents, celui des géographes Anne Gilbert et Marie Lefebvre et celui du politicologue Anne-Andrée Denault. En faisant appel à la notion de vitalité linguistique en milieu minoritaire, Gilbert et Lefebvre évoquent l’existence d’un « espace sous tension ». Pour en faire l’analyse, elles définissent et opérationnalisent le concept. Elles découvrent des milieux de vie extrêmement fragiles et remarquent une situation paradoxale où les jeunes s’anglicisent de plus en plus tout en faisant preuve d’une grande confiance dans l’avenir. Pour ces deux chercheures, deux thèses s’affrontent en ce qui a trait aux communautés francophones du Canada, l’une davantage pessimiste, l’autre légèrement optimiste. Elles croient prématuré de privilégier l’une ou l’autre.

Pour sa part, Denault se penche sur l’épineuse question des rapports entre les Québécois et les Francophones hors Québec (comme on le disait aux années 1970 et 1980). Elle examine les positions tenues par les divers gouvernements du Québec de 1970 à 2007 à l’égard des minorités francophones. Au cours de son analyse, elle cherche à vérifier l’affirmation suivante tant véhiculée depuis les États généraux du Canada français de 1967 : le Québec a abandonné les francophones des autres provinces! Denault prétend que toutes les formations politiques du Québec, peu importe leur couleur, ont eu un souci immuable à l’endroit des francophones de l’extérieur du Québec. L’État québécois, à travers le temps et par le biais de son Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes, a tenté d’encourager et de faciliter la collaboration avec les communautés franco-canadiennes et acadienne. Cette évolution a abouti, selon Denault, à l’inauguration à Québec le 17 octobre 2008 du Centre de la Francophonie des Amériques dont la mission est « de contribuer à la promotion et à la mise en valeur d’une francophonie porteuse d’avenir pour la langue française par le renforcement et l’enrichissement des relations entre francophones et francophiles ». Son texte fait toutefois abstraction du Secrétariat permanent des peuples francophones (SPPF), établi sous le patronage du Parti Québécois en 1978 et démantelé par les Libéraux en 1992. Bien qu’à vocation internationale, le nouveau Centre des Amériques fait la plus grande place à la francophonie canadienne.

Si le titre d’un livre contient le mot « espace », les lecteurs—et surtout les géographes—peuvent s’attendre à y voir des cartes. Or, dans cet ample ouvrage, il n’y en a qu’une. Vers la fin du livre (page 521), Johanne Poirier de l’Université libre de Bruxelles, dans un article portant le lourd titre « Au-delà des droits linguistiques et du fédéralisme classique : favoriser l’autonomie institutionnelle des francophonies minoritaires du Canada », essaie d’illustrer son propos à l’aide d’une carte quasi illisible intitulée « Proportion des communautés de langue officielle en situation minoritaire par première langue officielle parlée (PLOB) ». Fiouf! Cette lacune cartographique explique partiellement l’absence d’une liste des figures qui aurait pu se justifier compte de la présence d’une douzaine de photographies saupoudrées à travers les pages. Comparé à son parent, Francophonies minoritaires au Canada : état des lieux, richement illustré, Espace francophone au Canada fait pitié. Autre carence, un index, instrument fort utile dans un très long ouvrage de référence. Par contre, chacun des 13 articles est abondamment documenté par une bibliographie la plus à jour possible.

Si au début des années 1980, les chercheurs chevronnés en sciences sociales au Québec se moquaient de ceux qui tentaient de « déterrer des vieilles histoires du Canada français », tel n’est plus le cas. Ce livre, marqué par une grande participation de jeunes chercheurs de la nouvelle génération, en est la preuve. Les recherches en francophonie canadienne vont bon train, mais il s’agit là d’un champ tronqué—partiel. Les francophones des États-Unis sont deux fois plus nombreux que ceux du Canada à l’extérieur du Québec. Ceux de ce pays qui se disent d’origine ethnique française, canadienne-française ou acadienne sont deux fois plus nombreux que ceux du Canada, y compris le Québec. Force est de s’en rendre compte, d’engager un dialogue avec des chercheurs poursuivant des études sur les autres collectivités franco des Amériques et d’élaborer un champ d’études véritablement franco-amériquaines. Aujourd’hui, cette mission s’inscrit explicitement au programme d’action du Centre de la recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) à l’université d’Ottawa.

Le 15 août 2010 par Dean Louder

Pays de la Sagouine ou King’s Landing: choix difficile

Le Nouveau-Brunswick est bien servi en parcs d’attraction. Trois sites ont été aménagés ces dernières années pour présenter et interpréter les principales cultures en présence dans cette seule province officiellement bilingue du Canada qui compte environ 750 000 habitants dont le tiers de langue française et les autres largement d’ascendance loyaliste (population réfugiée restée fidèle à la couronne britannique lors de la guerre d’indépendance des treize colonies américaines). Le Forum des jeunes ambassadeurs à Moncton m’a fourni l’occasion cette semaine de visiter deux des trois : Le Pays de la Sagouine et King’s Landing. Ayant visité en octobre 2002 (hors saison), le Village historique acadien, à Caraquet, je n’en garde qu’un vague souvenir. Ce court récit se limitera, donc, aux impressions glanées sur les lieux d’un site d’attraction touristique acadien, d’une part, et d’un centre touristique loyaliste, d’autre part. Le premier est un « centre de célébration », tandis que le deuxième est davantage un « centre d’interprétation ».

Le Pays de la Sagouine, situé à 60 km au nord de Moncton, célèbre l’œuvre littéraire d’Antonine Maillet et, par ricochet, la survie d’un peuple voué en 1755 à la disparition par déportation. Le visage de la Sagouine, cette femme de ménage imprégnée de sagesse et du gros bon sens, annonce l’entrée sur le site à Bouctouche.


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En suivant le sentier qui passe devant le restaurant L’Ordre du bon temps qui offre un buffet acadien et un brunch acadien, selon les jours et les heures, et des soupers théâtre la plupart des soirs d’été, on arrive au pont qui mène à l’île-aux-Puces, là où habitent les personnages issus de l’imaginaire fécond de Mme Maillet : Citrouille, Nome, Peigne, Michel-Archange, la sainte, les chicaneuses, les filles du barbier, les catchineux et les autres qui divertissent par la parole et par le chant. Le cœur est à la fête et les plus grosses dansent avec les plus maigres!


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King’s Landing est une tout autre histoire. Il ne s’agit pas d’une célébration de la vie et de la survie, mais plutôt de l’interprétation d’une époque révolue et d’un espace méconnu. A été reconstitué sur les rives du Saint-Jean, à 40 km à l’ouest de la capitale, Fredericton, le milieu rural—loyaliste et victorien—du Nouveau-Brunswick du dix-neuvième siècle. Contrairement aux structures (maisons, granges, hangars, etc.) du Pays de la Sagouine, celles de King’s Landing sont authentiques, ayant été récupérées, déplacées et aménagées à la fin des années 60, avant la construction du barrage, car bons nombreux d’entre elles étaient menacées par le niveau d’eau. Aujourd’hui, dans un cadre naturel enchanteur, le personnel en costume d’époque tente d’interpréter avec exactitude la vie d’autrefois.


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Ce qui fait le charme de King’s Landing par rapport au Pays de la Sagouine, c’est la présence d’animaux et les odeurs de la basse-cour! Partout, ça pue! Mais ça pue agréablement! L’odeur des excréments se mêle à celle des champs en production, à celle de fumée émanant de la forge et à celle engendrée par la meunerie et la scierie. Les chevaux transportent les visiteurs qui le désirent et les bêtes à cornes et les moutons leur font des sourires.


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Cette année, pour la première fois, la Sagouine parle anglais! Deux fois par jour, à 11h et à 14h, est présenté en anglais des Maritimes l’un de ses monologues. Les uns disent que c’est par choix pour rendre la culture acadienne accessible aux anglophones et pour favoriser une plus grande compréhension culturelle. Les autres disent que c’est par nécessité, à cause de la récente baisse de fréquentation au site, le marché francophone, largement québécois, étant peut-être saturé. Cette question ne se pose pas à King’s Landing où le bilinguisme à la canadienne emporte…pour le meilleur ou pour le pire!

Le 12 août 2010 par Dean Louder

Commentaire sur le Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques

Le Forum des jeunes ambassadeurs, organisé pour la deuxième année de suite par le Centre de la francophonie des Amériques, avec le concours de l’Institut du Nouveau Monde, se poursuit à Moncton. J’ai eu l’occasion d’y participer en faisant partie d’une table ronde avec mes collègues Réjean Beaulieu, Hanetha Vété-Congolo, et Jean-Claude Redonnet et en observant le déroulement des activités tout aussi intéressantes les unes que les autres.


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Le F minuscule dans le nom du Centre est significatif. Il n’est pas, dans les mots de son directeur et président, Michel Robitaille (deuxième de la gauche), une institution comme les autres. Non, il s’agit plutôt d’un centre axé sur les gens du peuple—au service de ceux-ci. Le forum, dont la présidence d'honneur revient cette année à Marie-Jo Thério, chanteuse populaire d’origine acadienne (au centre de la photo), est une tentative d’aller chercher la jeunesse francophone des Amériques dans le but de briser l’isolement qui caractérise les populations habitant les îles et îlots de l’archipel franco d’Amérique. N’était-ce pas Zachary Richard qui avait dit lors du lancement de son album « Cœur fidèle », en faisant allusion aux Franco d’Amérique : « Notre isolement est plus fort que notre fraternité »?


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Or, la fraternité est de mise à Moncton cette semaine. Une soixantaine de participants de diverses provenances (voir liste à la fin). Organisés en six familles « monoparentales », car chaque famille a un chef qui est un jeune ayant participé l’an dernier au premier Forum, ils travaillent, débattent, jouent, mangent, dorment et se détendent ensemble. Demain, le tout se transportera sur la péninsule acadienne, d’abord à Shippagan, puis à Caraquet, afin de célébrer dimanche la fête nationale des Acadiens et de participer au Grand Tintamarre. Le Forum se terminera le 16 août par une cérémonie d’engagement et une soirée dansante.

Dans le grand dessein du Centre de la francophonie des Amériques, ces jeunes, comme ceux de l’an dernier, rentreront dans leur milieu, riche de leur expérience, et deviendront des catalyseurs pour amorcer une nouvelle compréhension du contexte du français en Amérique et une meilleure appréciation des enjeux.

Les Latino-Américains en présence s’étonnent de découvrir une francophonie hors France. Les Martiniquais et Guadeloupéens éblouissent par leur éloquence. Les Haïtiens inspirent par leur détermination et leur espérance. Les Cubains parlent un français très châtié. Les États-Uniens rêvent de faire une plus grande place pour le français dans leur pays et les Canadiens s’interrogent sans cesse sur l’éternelle question de leur place dans ce pays bilingue.


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Jusqu’ici le fait saillant du Forum a sans doute été la conférence prononcée par Antonine Maillet sur le thème « Les chemins imaginaires des Amériques». Généreuse de son temps et de sa personne, la plus grande des littéraires acadiens nous a fait rire et pleurer par ses propos. En quittant le campus dans sa Volkwagen Cabriolet, elle m'a fait personnellement éclater de rire. Comme j’aurais aimé avoir mon appareil de photo à la main! Le petit bout de femme, octogénaire de surcroît, cheveux au vent, au volant d’une voiture décapotable!

Autre moment fort, la soirée de rock francophone, au bar The Old Cosmo. Le rocker du bayou Terrebonne, en Louisiane, Rocky McKeon, ambassadeur de la première cuvée, et son groupe Isle dernière, démontraient leur savoir faire dans une salle surchauffée de la rue Main, devant un public composé à la fois d’ambassadeurs et de citoyens de la région de Moncton.


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La couverture de l’événement par la presse acadienne et par Radio-Canada Atlantique est généreuse. Ceux et celles qui s’y intéressent vraiment peuvent aussi suivre les activités sur une base quotidienne au site du Centre de la francophonie des Amériques (www.francophoniedesameriques.com).

Provenance des participants :

Canada : Alberta (4); Colombie-britannique (1); Manitoba (2); Nouveau-Brunswick (4); Nouvelle-Écosse (2); Ontario (5); Québec (4); Saskatchewan (3)

États-Unis : Alabama (1), Caroline du Nord (1); Colorado (1); Floride (1); Louisiane (3); Minnesota (1); Texas (2); Utah/Oregon (1)

Amérique du Sud : Argentine (2), Brésil (2); Chili (1); Colombie (1); Guyane française (1); Mexique (2); Pérou (1); Salvador (1)

Caraïbes : Cuba (2); Guadeloupe (2); Haïti (9), Martinique (1)

Le 23 juillet 2010 par Dean Louder

Héritage français au Mid-west, vu et vécu

Les 9 et 10 juillet derniers à Bismarck au Dakota du Nord, s’est tenu un « love-in » franco du premier ordre. Il s’agissait d’un quatrième congrès annuel organisé par Virgil Benoît , directeur d’IF Midwest (Initiatives en français) et ses associés, en collaboration cette fois-ci avec la Société d’histoire et de généalogie de Bismarck, capitale de cet État peu peuplé (650 000 habitants), méconnu et sous estimé. Cent dix Dakotans, partageant le français comme langue d’héritage se sont réunis au magnifique Heritage Center, sur le terrain du capitole, pour explorer la notion d’héritage telle qu’elle est définie par l’UNESCO : le milieu naturel du monde, son histoire, ses institutions et son esprit humain. Les organisateurs insistaient sur l’idée d’héritage vivant qui consiste en une réflexion sur son passé dans le but de mieux se comprendre dans le présent afin de créer de nouvelles relations permettant d’améliorer le sort de sa communauté et de contribuer ainsi à un monde meilleur.

Qui étaient-ils ces Franco-Dakotans, appuyés par un petit contingent de l’Union nationale métisse de Saint-Joseph de Saint-Boniface, au Manitoba.


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Gabriel Dufault en costume métis

D’abord, des descendants de Canadiens français s’installant surtout, mais pas exclusivement, des deux côtés de la rivière Rouge au sud du 49e parallèle.


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Les recherches effectuées par Virgil Benoît révèlent que qu’ils étaient venus en grand nombre, au cours des année 1870, de la Mauricie. L’été dernier une quarantaine de leurs descendants ont fait le voyage à rebours vers la mère patrie (voir billet du 8 août 2009)


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Ensuite, des Métis de la réserve autochtone de la Montagne à la tortue (Turtle Mountain Reserve), située à la frontière entre le Dakota du Nord et le Manitoba et autour de la petite ville de Belcourt (nom à consonance franco s’il en est, surtout quand on connaît l’histoire et le parcours du Père Georges-Antoine Belcourt (1803-1874)).


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Dan Jerome, sculpteur, ethnologue, musicien...alouette!


Enfin, des Africains, surtout Togolais, Congolais et Camerounais, arrivés aux États-Unis depuis peu, gravitant autour des deux plus grandes universités du Dakota du Nord, situées respectivement à Grand Forks et à Fargo.


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Amoussa Koriko au micro et Rafiki Assoumani


Population donc très diversifiée, mais unie dans l’effort de cerner le concept d’héritage. Les sujets abordés :

1.     Héritage local: Qu’est-ce que c’est? Où le trouver? Quelle est sa place dans le monde ?

2.     Lien entre généalogie et héritage.

3.     Héritage chez les Métis franco-manitobains et les Michif du Dakota du Nord : questions d’actualité.

4.     Le tambour comme élément intégrant de l’héritage local dans les pays francophones d’Afrique occidentale.

5.     Le voyage de retour au Québec, 2009 : sa signification pour les gens qui l’ont fait.

Les séances manquaient la rigueur et la scientificité des colloques universitaires, se caractérisant plutôt par la spontanéité et par le témoignage, voire par l’émotivité. La critique brillait par son absence et la bonne humeur régnait à tout moment.

L’importance de l’événement fut soulignée par la présence du délégué du Québec à Chicago, Marc Boucher, qui expliqua avec brio la façon dont le Québec essaie de développer des partenariats globaux grâce à ses politiques économique et culturelle.


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Le travail « sérieux » des deux jours fut agrémenté par des activités sociales remarquables. D’abord, un souper le vendredi soir, servi aux sauces canayenne (tourtière et soupe aux pois), métisse (ragoût michif) et africaine (cuisses de poulet à la cacahouète). Comme dessert, tarte et crème glacée à volonté !


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Le samedi soir, au Belle Mehus, salle de spectacles construite en 1914, une soirée de musique, de chanson, de conte et de danse mettant en évidence les trois cultures franco en présence.


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Pour clore la soirée, l’intégration des trois traditions par de l'improvisation, geste symbolisant la coopération, l’unité et l’amour.


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Une réflexion de Dick Bernard, Franco-Dakotan de la cinquième génération, est particulièrement poignante à cet égard :

This bridge building is not easy. On that single stage on Saturday night were performers from Togo, Cameroun, Congo (Zaire), and Côte d’Ivoire – all African countries whose official language is French. (One of the performers – I believe from Cameroun – said that in her country alone there were 218 different tribal cultures, each with their own dialect.) Within my French-Canadian extended family, I have cousins whose first language in Canada is French, including some who have considerable difficulty communicating in English. Then there’s me, who was never exposed to French, even in a school elective course, and is thus language handicapped when someone chooses to speak French, as happened on occasion on Saturday night.

En nous quittant, Jocelyn Pambrin, métisse du Manitoba, m’a fait part d’un souhait que je partage. Que lors des prochaines rencontres, Virgil et ses amis puissent trouver le moyen de faire une plus grande place à la langue des ancêtres, cet idiome, sans quoi il n’y aurait pas eu de rencontre, idiome qui nous a permis de nous réunir tout en parlant la langue de l’autre !

Le 8 juillet 2010 par Dean Louder

Sister Michaeleen et la basilique Saint-Jacques, Jamestown, ND

À une heure et demie de Bismarck, site de la French Heritage Convention 2010, (www.ifmidwest.org/en/News.html), j’ai décidé de passer la nuit à Jamestown afin de me reposer du long voyage depuis Québec et de préparer les remarques que je livrerai samedi matin aux congressistes. Lorsque j’ai besoin d'une chambre de motel, je préfère les vieilles concessions des années 50 et 60, aménagées le long des anciennes routes nationales. Règle générale, j’évite le plus possible les motels appartenant aux grandes chaines telles Holiday Inn, Comfort Inn, Days Inn, Fairfield, Hampton, Super 8, etc. Parfois, s’il y a un Motel 6 dans le coin, je fais exception à la règle!


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À moins d’un kilomètre du Motel Jamestown qui est situé en face du Dairy Queen, se trouve la basilique de Saint-Jacques (St. James Basilica), érigée en 1914. Bien que constituant une minorité dans cette ville de 16 000 habitants, le temple des Catholiques est néanmoins le plus beau et le plus imposant.


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Me voyant en prendre une photo, un paroissien en moto, s’est arrêté me prier d’y entrer. Il m’a assuré que les portes étaient ouvertes en tout temps. Devant sa fierté et compte tenu de l’affection que je ressens envers de belles églises, j’ai accepté son invitation. Comme il me l’avait dit, les vitraux sont magnifiques : d’un côté, sont représentés les événements joyeux de la vie de Jésus et de l’autre, les grands mystères.


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Subitement, s’est précipitée sur moi une charmante petite octogénaire désireuse de me faire visiter l’église de fond en comble, informations à l’appui sur « North Dakota’s mother Church ». Sœur Michaeleen, née Beverly Ann, originaire du Dakota du Nord, fait partie du Monastère de la Mère de Dieu (Mother of God Monastery) dont la maison mère se trouve à Watertown, au Dakota du Sud, et dont la devise est « The Call to Listen ». Cette femme chaleureuse et souriante, postée ici depuis un quart de siècle, vient de compléter sa 63e année de vie religieuse!


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« Michaeleen », quel drôle de nom lui ai-je dit. « Oui, dit-elle, je le porte fièrement pour deux raisons : (1) c’est le nom de Saint-Michel dont la fête est le 29 septembre qui est aussi la mienne; (2) c’était le nom de mon père décédé alors que j’avais 6 ans ».

Si elle est chaleureuse et souriante, elle est aussi très curieuse. Voulant savoir ce qui m’emmenait si loin de chez moi, je lui ai parlé du congrès organisé sur l’héritage franco du Dakota du Nord par Virgil Benoît et ses associés d’IF (Initiatives en français) Midwest.

« Ah, mé je connais ça, dit-elle, j’en ai entendu parler hier soir au Prairie Public Broadcasting . Je voudrais donc y assister ! »

Le 1 juillet 2010 par Dean Louder

À ne pas manquer le 1er août à Zénon Parc, SK

Dans Vision et visages de la Franco-Amérique, Michel Marchildon, chanteur et écrivain de Zénon Parc, petit bled situé à 230 km au nord-est de Saskatoon, témoignait de la vivacité de ce lieu et de la véracité des gens qui l'habitent:

Le fait que je suis né dans le petit village fransaskois de Zénon Parc, au sein des immenses plaines de la Saskatchewan, n’est qu’un détail, un heureux hasard. Par contre, si j’ai réussi à conserver ma langue et ma culture, je crois qu’une partie du mérite revient aux gens qui m’ont entouré tout au cours de ma vie, tout comme ceux qui sont passés avant moi.


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Dans un mois exactement, Michel, résident aujourd’hui du Mile-End à Montréal, sera de retour en Saskatchewan pour fêter avec les siens le centenaire de son village, fondé en 1910 par des Franco-Américains du Massachusetts, exilés auparavant du Québec, auxquels se sont ajoutés, par la suite, des Franco-Ontariens et des Français. Dans le nord de la province, au milieu de vastes et de riches terres agricoles, Zénon se distingue par son acharnement à préserver son identité, son ingéniosité économique et sa passion pour les arts.

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Utilisant l’unique silo à grain du village comme écran géant, Michel et les artistes Véronique Poulin, Zoé Fortier, Renée Sigouin, Jean-Sébastien Gauthier et Stephan Fuch s’inspireront du Moulin à images de Québec pour rappeler le patrimoine franco de Zénon Parc. Seront abordés, lors du spectacle intitulé « Silo à souvenirs » des thèmes tels que la famille, l’histoire, la religion, l’identité et la communauté.

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Ce n’est pas tout! Deux autres événements notoires marqueront les festivités du centenaire : (1) la célébration des 60 ans de mariage des parents de Michel, Léon et Hélène; (2) le lancement de la biographie de l’Abbé Arthur Marchildon (1920-1996), écrit par son neveu, Michel.

Rendons-nous tous nombreux à Zénon Parc!!

Le 18 juin 2010 par Dean Louder

Le drapeau acadien flotte au-dessus du Témiscouata

Le 15 juin dernier, on lisait sur le site du Centre de la francophonie des Amériques (http://www.francophoniedesameriques.com) ce qui suit :

Cette semaine marquait l'arrivée officielle du drapeau acadien dans la région du Témiscouata, dans l'attente du Congrès mondial acadien 2014. Le lundi 14 juin, le comité organisateur du CMA 2014 a remis un drapeau acadien aux vingt maires des municipalités de la MRC de Témiscouata. Ces muninicipalités du Québec seront associées au CMA 2014.

Je me suis donc hâté au lac Témiscouata faire du vélo sur la magnifique piste du Petit Témis, ancienne voie ferrée reliant Edmundston à Rivière-du-Loup, et vérifier la présence du drapeau acadien en territoire québécois.

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Satisfaction débordante en ce qui concerne la piste et le vélo. Succès mitigé en ce qui a trait aux drapeaux. Sur les trois plus gros centres du Témiscouta, Cabano, Dégelis et Notre-Dame-du-Lac, les deux premiers arborent fièrement l’étendard bleu-blanc-rouge à l’étoile jaune.

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Cabano

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Dégelis

Par contre, le plus beau village des trois (à mon humble avis !) n’a pas de mâts devant son complexe municipal ultra moderne manquant énormément sur le plan esthétique!


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Ce n’est qu’une question de temps s’est-t-on fait dire.

D’ici la fin de l’été, je reviendrai voir !

Le 16 juin 2010 par Dean Louder

Héritages francophones, enquêtes interculturelles : enseigner la Francophonie [aux États-Unis]

Aux presses de l’université Yale, on publie des livres en français. La preuve, ce nouveau manuel scolaire intitulé Héritages francophones: enquêtes interculturelles, mené à terme en 2010 par Jean-Claude Redonnet, angliciste émérite à la Sorbonne, sa conjointe, Julianna Nielsen, éditrice à Sloane Intercultural, Ronald St. Onge, professeur de français au Collège de William and Mary et Susan St. Onge, professeur de français à l’université Christopher Newport.


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Il s’agit d’un trésor d’informations sur la Francophonie ventilées sous l’angle de la francophonie états-unienne. L’originalité de l’ouvrage réside dans sa tentative de présenter en profondeur et de manière succincte, pour les étudiants de niveau universitaire aux États-Unis, un aperçu de la multiplicité de cultures francophones présentes sur leur propre territoire national. Ce livre reflète la préoccupation grandissante, dans les départements de langues des universités américaines, d’un enseignement du français comme langue internationale parlée à travers le monde et non plus comme manifestation de la langue, de la littérature et de l’histoire de la France. Ce souci de diversité et d’inter culturalité répond aux besoins d’une pédagogie multiculturelle devenue essentielle pour apprécier à sa juste valeur la société américaine contemporaine et pour contribuer à la compréhension, voire à la résolution de conflits partout. Si Héritages francophones satisfait aux objectifs de ses concepteurs, ce n’est toutefois pas un livre qui contribue à saisir la Franco-Amérique telle que nous l’avons conçue dans trois ouvrages publiés ces dernières années :

Du continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l’Amérique française (Québec : Presses de l’université Laval, 1983 et 2007);

Vision et visages de la Franco-Amérique (Québec, Éditions du Septentrion, 2001);

Franco-Amérique (Québec : Éditions du Septentrion, 2008).

D’ailleurs, les auteurs de ce beau livre de 320 pages, illustré abondamment de photos en couleur, de graphiques, de cartes, de tableaux chronologiques et d’encarts, n’en font aucune mention bibliographique! Bien que le regard porte sur les États-Unis, l’approche est davantage « hexagonale » que nord-amércaine. Contrairement aux trois foyers nord-américains sur lesquels nous rebattons depuis tant d’années (Laurentie, Acadie et Louisiane), ici la France serait foyer de la francité aux États-Unis.

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Trois foyers de la Franco-Amérique, d'après Louder et Waddell


Même si les auteurs d’Héritages francophones prétendent (p. 8) qu’il n’est pas aisé, ni réaliste de localiser une présence francophone aux États-Unis, nous avons quand même essayé de le faire.

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De leur côté, ils nous présentent une carte avec flèches en trois couleurs, qui résume des flux migratoires internationaux en trois temps. Elle se veut une « représentation d’une dynamique francophone » vers les États-Unis. Elle complète joliment notre conceptualisation de la Franco-Amérique, surtout en ce qui a trait à la migration internationale.

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Conceptualisation de la Franco-Amérique, d'après Louder et Waddell


Héritages francophones est divisé en sept chapitres ou enquêtes :

1.    Acadiens et Cadiens : cousins du sud et du nord

2.    Les Franco-Américains : Des champs aux usines

3.    Haïtiens, nos voisins, nos frères en liberté

4.    Les Vietnamiens, une Francophonie asiatique éprouvée par les guerres

5.    Les Francophones du Machrek et du Maghreb : le dialogue des cultures

6.    Les Francophones africains : la présence noire

7.    Les Français : la permanence d’une présence

Chacun s’organise au tour de quatre points : (1) le « patrimoine » où est contenu l’essentiel des informations sur la région et sur des thèmes abordés; (2) les « liens francophones » qui sortent l’étudiant de la région à l'étude et l’emmènent vers le monde Francophone d’où proviennent les Franco-États-Uniens dont il est question; (3) les « activités d’expansion » qui permettent d’évaluer le niveau de compréhension et de creuser plus profondément la matière; (4) les « pistes de recherche » qui invitent l’étudiant à aller plus loin en lui suggérant des lectures, des sites internet et des problématiques à explorer.

Le chapitre 1 comporte deux aspects agaçants. D’abord, l’emphase mise sur le mythe d’Évangeline qui implique que les Cadiens sont tout bonnement des Acadiens, victimes de la Déportation de 1755, qui se sont transportés en pays chaud où ils ont su s’adapter et créer un nouveau genre de vie, ce qui n’est que partiellement vrai, car tout en s’adaptant, ils ont pu intégrer dans leur collectivité des Allemands, des Hispaniques, des autochtones, des Canadiens, des Français, voire des Américains! Le phénomène de métissage et la présence de francophones de couleur sont effleurés à peine. Ensuite, la simplification de l’étiquetage de la population du nord du Maine en tant qu’Acadien. Oui, « Acadian » est d’usage, mais pas dans le même sens qu’ailleurs, car la population du Grand Madawaska est quand même un amalgame de populations d’origines acadienne et québécoise. L’emploi du qualificatif « Acadian », dans la Vallée du Haut Saint-Jean, constitue davantage une tentative des habitants de se distinguer de la multitude d’immigrants canadiens-français qui se ruaient à l’époque vers les centres urbains du sud du Maine, tels Lewiston-Auburn, Biddeford-Saco, Rumford, Waterville…

Le déséquilibre entre le chapitre 1 et le chapitre 2 est frappant! Dans le premier, la part consacrée à l’Acadie (liens) dépasse celle consacrée à la Cadie (patrimoine). Dans le deuxième, 30 pages sont consacrées aux Franco-Américains (patrimoine) et cinq à la mère patrie (le Québec). Deux sous-titres bien en évidence sur les cinq pages : « Le Québec et le Canada francophone » et « Le gouvernement fédéral du Canada et le bilinguisme ». Étant donné le rôle du Québec comme plaque tournante de la Franco-Amérique, le lecteur est en droit de poser des questions sur le peu de place qui lui est réservée!

S’il y a un élément qui marque la Franco-Amérique contemporaine, c’est l’émergence de l’axe géographique qui relie Port-au-Prince, Miami, New York et Montréal. Dans le chapitre 3, il n’en est pas question. Ici, il y a peu de différence entre « patrimoine » (la partie consacrée aux Américains d’origine haïtienne) et « liens » (Haïti).

Les chapitres 4, 5 et 6 sont tout aussi intéressants qu’inattendus. Le drame des Vietnamiens, marqués par la colonisation française et les guerres contre le colonisateur et l’envahisseur américain est évoqué et la réussite de ceux se rendant aux États-Unis, après la chute de Saigon, est notée. Depuis le 11 septembre 2001, les Arabes américains, dont beaucoup sont originaires de pays faisant partie de la Francophonie, portent le poids des actes terroristes perpétrés ce jour-là. L’aspect le plus captivant de l’enquête sur les ressortissants d’Afrique, que les auteurs qualifient de « francophonie américaine anonyme », est leur rencontre avec des communautés noires américaines.

Le chapitre 7 pourrait mieux s’intituler « Les Huguenots et les autres ». La présence en sol américain de ces Protestants issus d’une France favorable au catholicisme a coloré la trame culturelle de la côte de l’Atlantique depuis la Virginie jusqu’en Floride en passant par les Carolines. Plus tard, aux XIXe siècle, la France déversait en Amérique un grand nombre de ces idéalistes et anarchistes qui se sont essaimés depuis la Pennsylvanie jusqu’en Iowa, et puis au Texas, en passant par les terres abandonnées des Mormons à Nauvoo, en Illinois.

Dans la mosaïque des francophonies états-uniennes que nous présentent Redonnet, St. Onge, St. Onge et Nielsen, il existe un grand absent. Pourquoi ne pas avoir inclus une enquête sur les Métis, les bois brûlé, la nouvelle nation—les « rois des montagnes et des prairies », autant aux États-Unis qu’au Canada. Sans eux, l’Amérique ne serait pas l’Amérique; sans eux les États-Unis ne seraient peut-être même pas!

Au final, Redonnet et ses collaborateurs s’interrogent sur l’avenir de la Francophonie aux États-Unis, sur l’œuvre des héritiers. En évoquant deux « R », responsabilités et réseaux, les auteurs d’Héritages francophones, sans le savoir, font appel au nouveau Centre de la Francophonie des Amériques qui a pignon sur rue à Québec. Sa mission est justement de faire la promotion et la mise en valeur d’une francophonie porteuse d’avenir dans le contexte de la diversité culturelle. Dans le cadre de ses activités de promotion, de formation et d’enrichissement, le CFA tiendra, du 7 au 17 août 2010, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, son deuxième Forum des Jeunes ambassadeurs auquel sont conviés soixante Franco-Amériquains (francophones des Amériques), âgés de 18 à 35 ans. Parmi les conférenciers qui s’adresseront aux Ambassadeurs deux moins jeunes, Jean-Claude Redonnet et l’auteur de ces lignes.

Le 12 juin 2010 par Dean Louder

Le Fransaskois, Joey Tremblay, se produit à Québec

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Le soir du 10 juin, la foule se dirigeait vers le Carrefour international de théâtre de Québec assister à la pièce « Elephant Wake », écrite et interprétée par Joey Tremblay, originaire du minuscule village fransaskois de Sainte-Marthe. Annoncée comme une « pièce en anglais parsemée de français », elle se jouait pour la première fois devant un public majoritairement francophone, après avoir été relativement bien reçue dans l’Ouest et à Ottawa. En Saskatchewan, province natale de l’auteur, la réception fut mitigée car certains n’ont pas apprécié s’être représentés par un personnage du nom de Jean-Claude, 77 ans et légèrement déficient, qui se souvient de l’époque où son village de Sainte-Vierge était un hameau francophone florissant et les membres de sa famille se comptaient par douzaines. Avec les années, Jean-Claude, bâtard dont la mère décède à sa naissance et dont personne n’ose parler du père, un Anglo du village voisin, Welby, qui prospère aux dépens de Sainte-Vierge, voit sa lignée se décimer et ses amis s’exiler et s’assimiler.

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Spectacle solo aux allures de récit de vie, « Elephant Wake » se présente comme la douloureuse plainte d’un survivant témoin de la perte de sa culture et de la lente disparition de son mode de vie. Avec humour et tristesse, avec force et sensibilité, Jean-Claude fait revivre les êtres qu’il a côtoyés tout au long de sa vie: Tit-Loup le Métis, son ami d’enfance qui finira par mourir ivrogne dans un quartier malfamé de Régina; mémère et pépère qui l’élèvent et qui lui permettent de lâcher l’école pour de bon en troisième année sous prétexte que pépère à besoin de lui sur la ferme, alors que la vraie raison est le mépris à son égard de la maîtresse d’école à Welby où il doit s’exiler, comme tous les enfants, après la fermeture de la petite école du village et où ils n’ont pas le droit de parler leur langue; le curé du village qui l’entraîne à chanter en latin à la Grand’messe et à psalmodier la « Minuit Chrétiens » à l’occasion de Noël, son oncle Élie qui est l’amant d’un Métis rude et « marmotteux » et qui roucoule les chansons de Piaf.

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Dans un univers scénographique fantasmatique, Jean-Claude se fait le gardien de l’esprit de son village. Comme les éléphants qui n’oublient rien et qui caressent des ossements des leurs, le survivant de Sainte-Vierge veille sur ce qui était, d’où le mot « wake » (veillée) dans le titre. Le jeu des voix sur plusieurs registres et le « switchage » de langues—entre l’anglais fortement accentué à la canadienne-française et ponctuée de jurons appropriés et le français des Canayans du terroir—sont réalisés avec brio. Ça frise la magie et ça sent le désarroi!

Plus qu’une simple histoire d’une famille ou d’une région, plus qu’un autre récit sur les deux solitudes canadiennes en conflit, « Elephant Wake » rejoint d’autres thèmes plus universels. Tel que mentionné par l’auteur dans le fascicule distribué à la porte : « Ce que je souhaite partager avec les spectateurs, c’est l’expérience viscérale du conflit entre la mémoire et la réalité, entre la stagnation et le changement, entre la préservation de la culture et le darwinisme culturel ». En fait, l’œuvre de Joey Tremblay constitue une critique sévère de la société de consommation telle que nous la vivons.

Qu’est-ce que ce Tremblay a retenu de cette première présentation de sa pièce devant un public de langue française? Beaucoup de choses, d’après l’échange que nous avons eu avec lui à la suite de ce one-man-show d’une durée de 95 minutes ! D’abord, il s’est surpris de sa capacité d’improviser et d’aller beaucoup plus loin en français qu’il ne le pensait possible, lui qui ne parlait pas l’anglais avant l’âge de huit ans et qui ne parle quasiment que cela depuis (ce qui rappelle Jack Kerouac). Ensuite, son propre rajeunissement : « quand je viens à Québec, je me sens plus jeune ». Enfin, l’écoute intense de son auditoire : « vous écoutez davantage, vous réagissez plus, you were experiencing the play, not observing it », dit-il.

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L’une des intervenantes de la salle voyait en Joey Tremblay un nouveau Sol, car ses drôleries sur des sujets sérieux font penser à l’œuvre de Marc Favreau. Quant à moi, je ne pouvais m’empêcher, tout au long de la soirée, de me rappeler Sainte-Maria-de-Saskatchewan, autre village fictif, raconté avec tant d’ingéniosité dans La traversée du continent par l’autre Tremblay—Michel de son prénom (voir billet du 28 décembre 2008). Si ce n’est déjà fait, ces cousins lointains, Joey et Michel, auraient intérêt à se lire, à se raconter, à se rencontrer !

Le 26 mai 2010 par Dean Louder

« L’Affaire Corrigan » et une balade du côté du « Pays des mines et des lacs »

La Literary and Historical Society of Québec, fondée en 1824, constitua la première société savante au Canada. Sa magnifique bibliothèque est située au cœur du Vieux-Québec dans l’édifice du Centre Morrin (44, Chaussée des Écossais, en arrière de l’église presbytérienne St. Andrew’s).


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Le lundi 17 mai dernier y fut prononcée par Steve Cameron, de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, une conférence percutante sur « l’affaire Corrigan », ce meurtre commis entre Irlandais catholiques et protestants implantés, au cours des années 1820, par les Britanniques, dans le cadre de leur politique d’encerclement des Canadiens français, sur le flanc des Appalaches et sur la frange méridionale des seigneuries. Le crime se produit le 17 octobre 1855. La quête du meurtrier et le procès qui s’ensuivit secouèrent la bonne société de Québec et répercutèrent jusqu’à Ottawa, John A. Macdonald sachant en tirer profit pour hausser sa cote.

Aujourd’hui, compte tenu de l’importance de l’amiante à proximité, la région où ces événements eurent lieu s’affiche, à des fins touristiques, comme le « pays des mines et des lacs ». Plusieurs de ses villages longent l’ancien chemin Craig (route 269) : Saint-Patrice-de-Beaurivage, Saint-Sylvestre, Saint-Jacques-de-Leeds, Kinnear’s Mills et Saint-Jean-de-Brébeuf. La présence des premiers habitants est à peine perceptible de nos jours, sauf dans les cimetières anglo-protestants, comme le Parkhurst, à Saint Patrice ou celui des Méthodistes à Leeds ou celui de Bullard Brook à Saint-Jean-de-Brébeuf.


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Centre patrimonial, Saint-Jacques-de-Leeds


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Centre patrimonial, Saint-Jacques-de-Leeds


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Cimetière protestant de Bullard Brook

À Kinnear’s Mills, la diversité confessionnelle de la petite population d’origine se manifeste encore par ses temples, situés côte à côte le long de la rue des églises, artère principale de ce hameau comptant 360 âmes. Ces bâtiments témoignent de l’importance autrefois de Kinnear’s Mills comme centre institutionnel et religieux, en plus d’être un centre industriel à cause de son moulin.


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Église anglicane


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Église catholique


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Église unie, de loin et de près


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Église méthodiste.

Des quatre églises, seules celle des Catholiques et celle de l’Église unie, anciennement l’église presbytérienne et aujourd’hui une amalgame de plusieurs traditions protestantes, sont actives.


Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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