Le 13 mars 2010 par Dean Louder

Le « spring break » achève à bord du Wolverine

La tradition universitaire veut qu’au milieu de chaque trimestre il y ait une semaine dite de lecture permettant aux étudiants de se mettre à jour dans leurs travaux et aux professeurs de se ressourcer. Ce qui suit est l’histoire de l’un et de l’autre—étudiant et professeur—rencontrés à abord du Wolverine entre Détroit et Chicago.

À Dearborn, Jerry est monté dans le train en catastrophe portant une petite valise, une poche de hockey noire et deux volumineux sacs en plastique rouge-blanc-bleu carottés avec fermeture éclair. Il s’est écrasé, à bout de souffle, dans le siège d’à côté. Le temps de lui laisser se reposer un peu et de parler au cellulaire avec quelques amis, j’entame la conversation. Jerry, étudiant en administration et finance à University of Western Michigan à Kalamazoo, devait prendre le train à la gare de Détroit, à proximité de la résidence familiale. Or, la semaine de lecture chez lui avait été intense, la nuit avait été courte et la matinée assez grasse. Alors qu'il descendait de la voiture de sa mère qui avait trimé dur toute la semaine à laver son linge sale, à repasser ses vêtements propres et à ravitailler son fils en vue de son retour à Kalamazoo, le Wolverine quittait déjà la gare. Paniqué en raison des cours qu’il allait manquer en après-midi 200 km plus loin, Jerry a incité avec véhémence sa mère à lui céder le volant. Sur les 12 km séparant les deux gares, le jeune conduisait jusqu’à 140 km à l’heure, sa mère lui criant à tue-tête « Slow down, not so fast, you gonna get us killed ». Devant la porte de la gare de Dearborn, l’arrêt brusque de l’auto fit crisser les pneus au moment même où le train entrait en gare. Jerry avait gagné son pari!


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À l’université, Jerry parie aussi sur son avenir. Étudiant très ordinaire à l’école secondaire il n’a pas pu entrer dans les « grandes universités » de son État : University of Michigan et Michigan State. Il a dû se contenter d’une bonne université de seconde zone et s’est lancé dans un domaine d’étude qui lui était étranger, mais qui promettait de lui donner des outils nécessaires pour gagner rapidement l’argent auquel il rêvait. En plus des cours réguliers, il découvrit que le « business school » offrait des stages de quatre à six semaines à l’étranger. Il en a profité une première fois pour aller en Chine : deux semaines à Shanghai, une semaine à Hong Kong et une semaine à Macao. Un an plus tard, courts séjours au Japon et en Thaïlande. S’il réussit à ramasser des fonds nécessaires, il passera trois semaines en Allemagne l’été prochain. De la manière dont il me l’a expliqué, cela faisait penser plus à « excursion » qu’à « stage ». Les participants voyagent et séjournent en petit groupe, toujours sous la direction d’un professeur de leur propre université qui est originaire du pays visité et qui a des contacts auprès des entrepreneurs locaux.

Bon succès, Jerry!

*

En entrant en gare à Ann Arbor, site de l’université du Michigan, l’une des plus prestigieuses du pays, j’ai repéré sur le quai un monsieur aux cheveux et à la moustache argentés portant une mallette à laquelle était attaché un porte-nom frappé du drapeau du Québec.


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Une fois le train en marche, je me suis approché de lui en adressant en français la parole : « Parlez-vous français, monsieur? » « Un petit peu », répond Kevin Christiano, professeur de sociologie à l’université de Notre Dame (South Bend, IN) et ancien vice-président de l’American Council for Québec Studies. L’ACQS regroupe les chercheurs aux États-Unis qui s’intéressent au Québec, autant dans les domaines littéraires et culturels qu’en sciences sociales. En septembre 2002, avec ma collègue, Cécyle Trépanier, j’avais publié dans leur revue Québec Studies un texte intitulé « Sur les routes de l’Amérique française : l’expérience des géographes lavallois ». Il s’agissait de l’historique du cours GGR-16527, Le Québec et l’Amérique française, offert à 22 reprises entre 1979 et 2002 au Département de géographie de l’université Laval. Kevin m’a appris qu’en novembre prochain à Burlington, au Vermont, l’ACQS tiendra son congrès biannuel. Je compte être du nombre, ne serait-ce que pour revoir Kevin et d’autres amis et collègues que nous partageons.


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La semaine de lecture, une belle invention! Jerry (étudiant) a pu se faire gâter par sa mère et Kevin (professeur) a pu se libérer de son enseignement afin de passer quelques jours à la bibliothèque de l’université du Michigan à poursuivre ses recherches sur le rôle de la religion dans le mouvement syndical aux États-Unis.

Le 12 mars 2010 par Dean Louder

Réaliser un rêve d'enfance sur les traces approximatives du Cavelier la Salle

Pour fêter le bicentenaire des États-Unis, Reid Lewis, un enseignant du français de niveau secondaire de l’Illinois, a proposé la reprise de l’expédition de René Robert Le Cavelier Sieur de La Salle depuis Montréal jusqu’au golfe du Mexique. Mettant à l’eau leurs canots à Lachine le 11 avril 1976, Lewis (Cavelier La Salle) et six autres adultes et 17 adolescents, chacun incarnant un personnage du voyage original, ont fait fi des idées reçues selon lesquelles une telle expédition serait impossible à l’ère moderne; ils sont arrivés à destination huit mois plus tard, le 9 avril 1977. (http://www.personal.psu.edu/faculty/g/a/gal4/LaSalleExpedition2.html)

Confortablement assis dans la voiture 5703 de Via Rail longeant les rapides de Lachine, avant d’arriver à la gare de Dorval, c’est à ces rêveurs que je pensais. La durée d’une cinquantaine d’heures de mon « expédition » me paraissait bien peu en comparaison à la leur.


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À la fin d’une longue journée qui avait commencé à 6h à la gare du Palais de Québec, j’étais plus que heureux de me trouver à Windsor 15 heures plus tard, en face de Détroit dont la misère ne paraît pas la nuit...


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…ni le jour (lendemain matin).


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Avec trois autres passagers, je prends la « navette du tunnel » pour me rendre aux douanes américaines. En montant dans l’autobus, je paie le tarif en monnaie exacte (3,75$), les autres ont un laissez-passer. Ce sont, de toute évidence, les résidents de Windsor qui travaillent tous les jours dans l’ancienne capitale de l’automobile. Eux, montrent un petit document en étui clair et passent automatiquement. Pour moi, avec ma valise, aussi petite soit-elle, c’est un peu plus long, mais pas beaucoup! Je réponds poliment à deux ou trois questions et fais de beaux sourires à la douanière qui m’invite à passer ma valise dans la machine à rayons X. Tout est beau! Cela a pris moins de deux minutes—tout un changement par rapport aux aéroports et aux avions!

En 1982, mon collègue, Eric Waddell, et moi avions pris le train de Québec à Chicago pour participer à un séminaire sur les Métis organisé par la bibliothèque Newberry. Je me souvenais de la grande gare de Détroit qui ressemblait, malgré son état piteux, à la gare de Lyon à Paris. Ce n’est pas là que le chauffeur de taxi afro-américain, m’emmenait. Non, il me l’a pointé du doigt, au loin, en mentionnant que pour les raisons de sécurité, l’ancienne gare avait été laissée à l’abandon (« fall to pièces » a-t-il dit) —comme tant d’autres structures ici. Au lieu de cela, il m’a emmené sur la rue Baltimore, à la nouvelle station AMTRAK qui ressemble en grosseur sinon en beauté à la gare de Sainte-Foy. C’est ici que nous avons pris le Wolverine nous transportant jusqu’à l’Union Station, au cœur de Chicago, avec des arrêts à Dearborn, Ann Arbor, Jackson, Battle Creek, Kalamazoo, Niles, Michigan City et Hammond.


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Le Wolverine ressemble aux trains de Via Rail qui sillonnent le corridor Windsor-Québec : wagons à bas étage, vitesse extrêmement variable, arrêts fréquents entre les stations pour laisser passer des trains à marchandises… La nourriture médiocre est servie autant à bord de l’un qu’à bord de l’autre, sauf qu’au Canada, le passager ne se déplace pas pour la chercher. Comme dans des avions commerciaux, elle est vendue et servie par un agent de bord qui traîne dans l’allée un chariot chargé de breuvages et de denrées plus ou moins mangeables. Le grand avantage du système de Via Rail est la présence à bord du fameux « wifi », le service d’internet sans fil.

Passer du Wolverine au City of New Orléans, légendaire train qui dessert depuis toujours le centre des États-Unis, reliant Chicago à la Nouvelle-Orléans, c’est comme passer de la Ford Escort à la Lincoln Continentale, de la VW Coccinelle à l’Audi, du Cessna à l’Airbus 360. J’exagère à peine! Wagons à deux étages, roomettes, couchettes, sièges spacieux de luxe, voiture d’observation vitrée, voiture salon, voiture restaurant…alouette.

À l’Union Station, absence totale de vérification d’identité et de fouille! Préférence donnée aux aînés (plus de 62 ans!), aux jeunes familles et aux gens à mobilité réduite. L’heure du départ et le parcours sont clairement affichés. Le train quitte à l’heure devant la silhouette illuminée de Chicago.


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Fonçant dans la nuit, arrêtant dans des petites villes obscures d’Illinois, du Kentucky et du Tennessee, on ne reverra rien d’un « skyline » avant 6h le lendemain matin à Memphis où l’arrivée correspond au lever du jour.


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Enfin, après une attente de 40 minutes ici, le grand train poursuit son chemin vers la ville dont le nom il porte. Cette fois-ci, je n’irai pas jusqu’au bout. À 9h, 200 km plus au sud, à Greenwood, MS, population 17 000, l’un de mes rêves d’enfance prendra fin. J’aurai pris le City of New Orleans. J’en suis descendu fort ému en le regardant s'éloigner.


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Chercher l’erreur :

Québec à Windsor, 1 196 km; prix du titre de transport, 149$

Détroit à Greenwood, 1 408 km; prix du titre de transport, 103$

Le 6 mars 2010 par Dean Louder

Memphis, TN, en vrac

De mon passage à Memphis, au Tennessee, le 23 février dernier pour prendre l’avion sur Québec, je retiens quatre choses:

La convivialité du tramway

Doté de deux lignes et d’une boucle, le petit système de tramway, comportant des voitures d’un âge vénérable, s’intègre au système de transport en commun de cette ville, capitale du Mid-South, qui compte environ 700 000 habitants. Contrairement aux autobus qui gravitent autour du centre, transportant des clients surtout afro-américains de la ville, le tramway déplace largement les touristes blancs d’ailleurs d’un bout à l’autre du centre-ville et le long du Mississippi. Évidemment, le tramway est toujours conduit par un Afro-Américain!


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Les canards de l’Hôtel Peabody

Le Peabody est à Memphis ce que le Château Frontenac est à Québec, un point de repère, un grand hôtel de luxe et de prestige. Ce qui fait le charme du Peabody, ce sont ses canards qui logent leur le toit, mais qui passent la journée dans la fontaine du grand salon. À 11h, ils font leur entrée et à 17h leur sortie, sur un tapis rouge, sous les applaudissements des admirateurs venus prendre un verre en regardant passer la parade. La cérémonie a lieu quotidiennement depuis 1933.


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L’excellence du barbecue

Pour les « ribs », tous chantaient les louanges du Rendezvous (sic) Charles Vergos, situé à proximité du Peabody. On y accède par une étroite allée piétonnière. Cependant, nous avons trouvé satisfaction chez Huey, au coin de l’Union et de la deuxième. Décoré de manière plutôt éclectique pour ne pas dire miteux, Huey sert une bouffe variée, délicieuse et rapide. On y côtoie gens d’affaires, pompiers, musiciens, étudiants…


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L’omniprésence de francophones

Chez Huey, deux Bretonnes, de Brest, s’enquéraient auprès de deux pompiers assis en face de nous sur le chemin le plus court pour se rendre à la place Elvis Presley où la statue du King surplombe la Beale. Devant le spectacle de deux Françaises dans l’impossibilité de se faire comprendre, votre humble serviteur est vite venu à la rescousse! Dans le temps de le dire, les amantes d’Elvis, venues de France pendant 10 jours, se retrouvaient à ses pieds.


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Au Sleep Inn, en prenant le déjeuner, le doux parler du Québec est venu taquiner nos oreilles. Deux cadres de la compagnie Cascades dont le siège social se trouve à Kinsey Falls, en poste temporairement à Memphis, discutaient des déboires de la filiale de la multinationale québécoise située ici. Selon cette diplômée de Laval et ce diplômé de Sherbrooke, la philosophie de recyclage ne serait vraiment pas encore entrée dans les mœurs des « southerners ».


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La déception de ne pas pouvoir entrer à Graceland, home of Elvis, a été amoindrie par la rencontre avec des Tri-Fluviens qui se dirigeaient tranquillement en motorisé et en Safari condo vers Mission, au Texas, dans la vallée de la Rio Grande. Comme nous, ils tenaient, en passant, à jeter un coup d’œil sur la maison et l’avion du King.


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Le 8 mars, je retourne au Mississippi, mais pas en avion! Écœuré des doubles et triples fouilles avant de monter dans un avion à destination États-Unis, je opte pour le train. En partance de Québec à 6h, j’arrive à Windsor à 20h45. Dodo, puis à 11h20 le lendemain, le Wolverine quittera le quai de la gare Amtrak à Détroit m’emmenant à Chicago et une correspondance avec le City of New Orleans, ce train légendaire faisant partie du folklore américain qui est tant chanté par Willie Nelson (www.youtube.com/watch?v=AJMVj04lfyo), John Goodman et Arlo Guthrie. À 9h, le 10 mars, 51 heures après avoir quitté la ville de Champlain, je descendrai du train à Greenwood, MS, au cœur du Delta du Mississippi…en espérant avoir recueilli beaucoup de nouvelles histoires à raconter!!

Le 27 février 2010 par Dean Louder

Le Delta du Mississippi: foyer des « blues »

Grosso modo, le « delta » se trouve entre la Yazoo et le Mississippi. Avant la Guerre civile, couvert d’une dense couche de forêt et de vastes étendues de marécage, il était le domaine des ours et des panthères. Après le Conflit, en raison de ses sols alluviaux déposés depuis des millénaires par d’innombrables inondations, il attira, tel un aimant, des anciens esclaves et d’autres qui rêvaient de s’y établir en tant que propriétaires. Au lieu de cela, ils ont dû endurer le désolant cycle de labeur et de misère qui donna lieu à une nouvelle musique, dérivée de leur vécu, le « blues ».


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La région a produit une multitude de chanteurs de « blues », mais aucun n'est plus grand que Riley B. King, né près d’Indianola en 1925. Aujourd’hui, érigé dans une ancienne filature de coton où, jeune, il a travaillé, un centre d’interprétation de l’homme et de sa musique accueille le visiteur.


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Beaucoup plus qu’un musée consacré à l’œuvre de « Blues Boy » King (sobriquet lui ayant été attribué au début des années 40, lorsqu’il avait pris la clé des champs pour se retrouver sur la Beale à Memphis), les expositions servent également à interpréter l’histoire récente de la région et de ses habitants—surtout celle des Afro-américains. À l’âge de 85 ans, B.B. continue à sillonner l’Amérique et le monde entier, à faire connaître et à faire aimer cette musique originale et belle. Une fois par année, en juillet, il revient à Indianola renouer avec les siens en leur offrant un spectacle gratuit.


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La poésie est de mise, la photo aussi.


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Près de la sortie, l’éternel arbre à bouteilles ( bottle tree ) qui ornait autrefois d'innombrables demeures du Sud des États-Unis. Selon la tradition d’origine africaine, les bouteilles vides accrochées après un arbre attirent la nuit des mauvais esprits qui y entrent. À l’aube, les rayons de soleil pénètrent la vitre et les brûlent, protégeant ainsi maison et habitant des esprits malveillants. De plus en plus, le bottle tree perd de sa signification originale et constitue simplement une décoration à mettre dans son jardin pour ébahir les passants.


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Pour une raison que je ne m’explique pas encore, en plus d’être renommé pour sa musique, le Delta est connu pour un mets en particulier, le tamale, mais pas celui du Mexique. À Greenville, sur le Mississippi, à 40 km à l’ouest d’Indianola, se trouve Doe’s Eat Place, entreprise établie en 1941 par une famille afro-américaine du Delta qui vend des tamales à emporter à toute heure et du « steak and tamales » en soirée! Bon appétit!


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Le 22 février 2010 par Dean Louder

Le Mississippi, premier État de l'Afro-Amérique

Aux États-Unis, les Afro-Américains constituent 12,6% de la population totale. Dans l’État du Mississippi, ils comptent 37% de la population, de loin « l’État le plus noir » des 11 États des anciens Confederated States of America (CSA).

État                        % Pop noire 2008            Date de sécession des États-Unis

Caroline du sud     28                                    le 20 mai 1860

Mississippi                      37                                    le 9 janvier 1861

Floride                 16                                    le 10 janvier 1861

Alabama                 26                                    le 11 janvier1861

Georgie                 30                                    le 19 janvier 1861

Louisiane                        32                                    le 26 janvier 1861

Texas                               12                                    le 1er février 1861

Virginie               20                                    le 17 avril 1861

Arkansas                 16                                    le 6 mai 1861

Tennessee                      17                                    le 7 mai 1861

Caroline du nord            22                                    le 20 mai 1861

Sept des États se sont séparés de l’Union avant l’inauguration le 4 mars 1861 du président nouvellement élu sur un programme électoral anti-esclavagiste. Quatre autres ont fait de même peu de temps après, lorsque Lincoln a mobilisé les forces militaires pour combattre les rebelles. Les hostilités violentes d’une durée de quatre ans ont marqué l’histoire du pays. Certains des États du Sud, dont le Mississippi, ont pris plus d’un siècle à s’en remettre. Les séquelles de ce conflit se manifestaient encore dans la région au cours des années 50 et 60 lorsque les institutions scolaires ont été intégrées de force par l’envoi sur les lieux de troupes fédérales. Les plus vieux se rappelleront les événements de 1957 à Little Rock Central High School (Arkansas) où le gouverneur Orval Faubus faisait fi des ordres en provenance de Washington à l’égard de l’intégration des jeunes Afro-Américains (qu’on appelait à l’époque « Negroes »). La prise de position de George C. Wallace, gouvernement de l’Alabama, contre l’intégration raciale de l’université de l’Alabama, a fait de lui un héros chez les éléments réactionnaires du pays et l’a lancé sur la scène nationale où il a joué un rôle important lors des élections présidentielles de 1964 et surtout 1968.

Ailleurs, sur ce blogue (10 février 2010), il a déjà été question, en ce qui concerne le Mississippi, de l’émeute causée par l’inscription de James Meredith, premier étudiant afro-américain, à l’université du Mississippi, et des assassinats de Medgar Evers chez lui à Jackson et des trois « civil rights workers » à Philadelphie. Il s’était produit un autre acte violent en août 1955, à une centaine de kilomètres d’Oxford, dans le comté de Tallahatchie, qui a déclenché le Mouvement afro-américain de droits civiques. Il s’agissait du meurtre prémédité d’un jeune de 14 ans, de Chicago, en visite chez son grand-oncle, par deux hommes blancs, acquittés par la suite, l’un l’époux et l’autre le beau-frère de la jolie femme blanche que le jeune Till aurait eu le malheur de siffler.


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La semaine dernière à l’université du Mississippi s’est tenu un colloque sur ce passé mouvementé et sur la lutte pour la justice raciale dans cet État, l’un des principaux foyers de la diaspora afro-américaine. Un grand nombre d’Afro-Américains des grands centres du Nord (Chicago, Détroit, Cleveland, Saint-Louis, Milwaukee, etc. ), sans parler des vedettes de la télévision et du cinéma, telles que Oprah Winfrey et Morgan Freeman, ont des racines ici.


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Évidemment, le sujet du colloque m’attirait, mais encore plus le nom de l’une des participantes : Françoise Hamlin de l’université Brown, à Providence, au Rhode Island. Québécoise? Française? Franco-Américaine? Elle y a prononçait une conférence sur l’évolution du Mouvement des droits civiques dans le comté de Coahoma de1951 à 1999. En particulier, elle élaborait le concept de « loyautés flexibles » qui semblait bien décrire le comportement des activistes et militants les plus en vue dont un nommé Aaron Henry.


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En essayant de m’imaginer son parcours et la raison de son intérêt pour ce sujet qu’elle maîtrisait si bien…si objectivement…et sans émotion, j’écoutais attentivement la voix à l’accent anglais (d’Angleterre!) de cette femme intelligente et articulée. Après la séance, en m’adressant à elle en français, qu’elle parlait à peine, l’énigme a été résolu. Née de mère mauricienne, élevée et instruite à Londres, Françoise avait, à l’âge de lycéenne, passé un an à Clarksdale, chef lieu du comté de Coahoma, comme « exchange student ». Elle a confirmé que le choc culturel de cette année passée dans une école secondaire des bas fonds du Mississippi profond a été terrible. Par contre, l’expérience a été salutaire en ce sens qu’elle l’avait sensibilisée à un drame qui s’inscrirait dix ans plus tard à son programme de doctorat à l’université Yale. La thèse lui a valu deux prix littéraires, l’un de la Mississippi Historical Society en 2006 et l’autre de la Southern Historical Association en 2005.

Pour terminer, une carte plutôt artisanale, mais combien importante pour saisir le contexte du colloque de la semaine passée. À l’époque d’Emmett Till, le pourcentage de « negroes » au Mississippi était de 44%. Aujourd’hui, le pourcentage d’Afro-Américains est de 37%. Les étiquettes identitaires changent, la population bouge. Les départs massifs vers le Nord semblent être chose du passé. La composition raciale de la population semble se stabiliser.


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Sur les 82 comtés de l’État, il y en a 26 qui connaissent une majorité afro-américaine—dans certains cas dépassant le seuil de 80%. Dans une quinzaine d’autres comtés, le pourcentage frise le seuil de 50% (entre 40 et 50 : voir chiffre inséré à chaque comté). Le Mississippi noir est surtout celui du Delta, cette vaste région à plat de culture cotonnière et de pisciculture (catfish farms) qui longe le grand fleuve dont les inondations ont laissé des terres les plus riches du continent sur lesquelles habitent certains des gens les plus pauvres de l’Amérique!


Le 11 février 2010 par Dean Louder

Natchez et Natchitoches, deux jolies petites villes sur la frontière franco-espagnole du XVIIIe siècle

Comme le Saint-Laurent à Rivière-du-Loup, le Mississippi, à Natchez, ville de la même dimension, inspire, en amont et en aval, une certaine révérence.


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René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle est passé par ici en 1681 en route vers l'embouchure du Mississippi. Les contacts entre Français et Amérindiens (Notchis) n'ont jamais été au beau fixe. Malgré la présence à partir de 1698 de missionnaires en provenance du Canada et de l’intervention de Pierre Le Moyne, Sieur d'Iberville, et de son frère, Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville et d’autres, les relations entre Français et Amérindiens se sont détériorés au point où, en 1730, ni l’un ni l’autre ne pouvait maintenir une présence viable dans la région. Les quelques Amérindiens qui ont survécu aux quatre conflits ensanglantés entre 1710 et 1730 se sont réalignés avec d’autres tribus, telles les Chickasaw et Choctaw. Quant aux Français, ils ont dû céder le pas devant les Espagnols, établis à la frontière du Texas (Las Adaes), à quelques kilomètres du Fort Saint-Jean-Baptiste à Natchitoches, et dont la sphère d’influence se prolongeait vers l’est via le camino réal (chemin royal) reliant Tejas et Florida.

Occupée très tôt pendant la guerre de sécession par les Forces du Nord, Natchez a été épargnée des affres de cette confrontation. Les grandes maisons des planteurs et les abris coquettes de la classe commerçante perdurent. Aujourd’hui, le Grand Hôtel est le point de repère le plus en vu dans cette ville de 19 000 habitants.


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Natchitoches, 300 km plus à l’ouest, population 18 000, fondée en 1714 par Louis Juchereau de Saint-Denis, né le 17 septembre 1676 à Beauport, mort le 11 juin 1744 ici même, d’où le jumelage actuel des deux villes et l’hommage au soldat, à l’explorateur et au commerçant qu’était Saint-Denis.


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La rue Front à Natchitoches, tout en briques rouges, longe la rivière à la Canne (Cane River) dont les rives occidentales sont aménagées en allées piétonnières et ornées de maisons d’époque. Les devantures des commerces en fer forgé font penser à l’architecture espagnole du Cabildo au cœur du Vieux-Carré, à la Nouvelle-Orléans, 500 km plus au sud.


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L’emploi de la fleur de lys et des odonymes français sur certains panneaux de signalisation témoignent des origines de la ville.

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Celui-ci rappelle un personnage plutôt méconnu de la Louisiane sous le régime espagnol : Athanase de Mézières. Né à Paris le 26 mars 1719, fils de bonne famille, il est venu en Louisiane vers 1740. Membre de la marine, il fut affecté à Natchitoches où il s’est rapidement intégré à la famille Saint-Denis, se mariant avec Manuela Marie Pétronelle Félicité, fille du fondateur. Après la cession de la Louisiane en 1763, l’Espagne faisait confiance aux hommes sur place. De 1769 à 1779, dans son rôle de lieutenant-gouverneur de la Louisiane, de Mézières, ce noble français, a rendu de fiers services à la couronne espagnole.

Le 10 février 2010 par Dean Louder

Philadelphie MS, pas Philadelphie PA


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Aux États-Unis, il existe plusieurs « Philadelphia ». Treize localités, en fait, portent ce nom qui signifie « ville de l’amour fraternel »! Celle des Flyers, Phillies, Eagles et 76ers, située en Pennsylvanie, avec ses 1 562 461 habitants, est la plus connue. La deuxième en importance, avec une population de 7 303, se trouve au cœur des collines à terre rougeâtre, dans le centre est de l’État du Mississippi. Loin de rappeler l’amour fraternel, ce lieu évoque dans mon esprit les pires horreurs de mes 20 ans. Le 21 juin 1964, trois jeunes de mon âge, y ont été assassinés par des membres du Ku Klux Klan, avec la complaisance du shérif du comté Neshoba, Lawrence Rainey, et son député, Cecil Price. Il s’agissait de deux Juifs new-yorkais, Andrew Goodman et Michael H. Schwerner, et leur ami et collègue africain américain, James Earl Chaney. Les trois ont été tirés à bout portant et enterrés à une profondeur de six mètres. Les dépouilles mortelles n’ont été retracées et découvertes que 44 jours plus tard.

De cette Philadelphie, Martin Luther King, Jr a dit : « This is a terrible town, the worst I’ve seen. There is a complete reign of terror here ». Peu avant sa mort, il a avoué que sa visite à Philadelphia constituait l’une des deux seules occasions de sa vie où il avait eu peur.

Cinq ans après, l’événement, j’avais luThree Lives for Mississippi, une analyse réalisée par le brillant historien William Bradford Huie (1910-1986) à partir de laquelle Hollywood a tourné en 1988 le long métrage Mississippi Burning mettant en vedette Gene Hackman.


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Afin de me replonger dans le vif du sujet et pour connaître le processus de réhabilitation de Philadelphia depuis les sordides événements de l’été 1964, je me suis muni de l’ouvrage de l’une des figures littéraires de proue du Mississippi moderne, Willie Morris (1934-1999). The Courting of Marcus Dupree, publié en 1983, examine de façon fort originale ce processus de guérison collective à travers les exploits sportifs d’un jeune Africain Américain surdoué, né à Philadelphia exactement un mois avant les trois meurtres. À 6 ans, Marcus Dupree a fait partie des premières classes à Philadelphia où les jeunes noirs et blancs partageaient les mêmes bancs d’école. Douze ans plus tard, sa promotion a été la première à avoir passé tout leur programme scolaire—de la maternelle à la douzième année—dans les classes intégrées sur le plan racial. Entre temps, Marcus est devenu l’athlète le plus adulé de sa génération, autant par l’une des composantes de la population que par l’autre. Ses prouesses de running back lui ont valu d’être en 1981 le joueur de football le plus convoité et et le plus recruté des grandes usines du football américain qui sont les universités!


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Il y a un quart de siècle, le fils de Willie Morris a pris une photo de Marcus Dupree, symbole du Mississippi nouveau, et son jeune frère, Reggie, sur le terrain de Halpole Field, en arrière de Philadelphia High School.


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Une photo prise en février 2010 révèle peu de changements. Le terrain est plus usé; le commanditaire, Dr Pepper, a disparu, un nouveau revêtement au-dessus des gradins, mais pour le reste…


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L’an 2014 marquera le cinquantenaire de l’assassinat des trois jeunes qui cherchaient à obtenir la justice raciale 100 ans après l’émancipation des esclaves par Abraham Lincoln. Un autre livre paraîtra à ce moment-là pour réinterpréter la cour de l’histoire. Il pourrait porter le titre Mississippi Was, but Mississippi Is. Ce sont les paroles prononcées par la veuve de Medgar Evers—autre personnage emblématique du Mouvement des droits civiques, assassiné chez lui, à Jackson, le 12 juin 1963—à l’occasion du dévoilement le 1er octobre 2002 de la statue de James Meredith, sur le campus de l’Université du Mississippi.


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James Meredith, premier African Américan admis (par la force!) à l’université du Mississippi le 1er octobre 1962

Le 4 février 2010 par Dean Louder

Le chêne de l'amitié a résisté à Katrina

Sur le campus Gulf Park de l’université du Mississippi-sud se trouve un énorme chêne de plus de 500 ans. Le 28 août 2005, il a subi de plein fouet les ravages de l’ouragan Katrina…et il a résisté, solidifiant ainsi la tradition qui veut que tous ceux et celles qui pénètrent son ombre soient liés par l’amitié pour la vie, peu importe leurs différents destins. L’amitié qui résiste à tout vent…à toute intempérie, voilà ce que symbolise ce monument arborescent !


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C’est un autre ouragan, Camille, qui a frappé sournoisement ces mêmes côtes le 16 août 1969 qui a sonné le glas du Collège Gulf Park, fondé en 1921 pour assurer la bonne éducation de jeunes filles de 17 à 20, les inculquant les valeurs légendaires du Vieux-Sud, celles des bonnes manières, de la grâce et du charme. Deux ans plus tard, l’institution s’est rouverte comme antenne de l’University of Southern Mississippi dont le campus principal se situe à Hattiesburg, 120 km au nord.


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La plupart des anciens pavillons, comme Hardy Hall, ont été dévastés par Katrina. Quatre et demi plus tard, ils demeurent des coquilles vides : les vitres sont encore fracassées, les portes brisées. Les pancartes interdisent d’y entrer. Par contre, la bibliothèque, construite en 2001, avec une technologie dont on dit à l’épreuve des ouragans a mieux résisté.


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Hardy Hall


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Bibliothèque du campus Gulf Park

Devant le campus, face au Golfe, et tout au long de la route 90 reliant les différentes villes de la côte (Baie-Saint-Louis, Pass Christian, Long Beach, Gulfport, Biloxi…), les sculpteurs locaux transforment en œuvres d’art des souches d’arbres arrachés par Katrina.


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Oiseaux en vol, faits en souches

Entre Camille et Katrina 35 saisons de tempêtes tropicales se sont écoulées. La région a eu le temps se remettre. À l’heure où le pays peine à sortir de la Crise économique et où le réchauffement planétaire semble créer des situations d’instabilité climatique de plus en plus imprévisibles et inquiétantes, les avis sont partagés quant à l’avenir.

Le 27 janvier 2010 par Dean Louder

Boucher un trou à Oxford: faire connaître Franco-Amérique

Hier midi, une partie de la gent littéraire d’Oxford s’était rendue à la bibliothèque publique assister à une conférence prononcée par le professeur Charles W. Eagles, dans le cadre des chaleureuses activités du WARM (Winter Adult Reading Moments), sur son plus récent livre, Price of Defiance : James Meredith and the Integration of Old Miss. On se souviendra qu’en 1962, James Meredith devint le premier Africain-Américain à s’inscrire à l’Université du Mississippi, connue affectueusement par le surnom « Ole Miss ». L’émeute qui s’en suivit donna lieu à des vingtaines de blessés parmi les forces de l’ordre et à deux morts chez les civiles. Pour rétablir l’ordre et assurer l'intégration de l'étudiant, le Procureur général des États-Unis, Robert F. Kennedy, ordonna l’envoi à Oxford de milliers de soldats. C’était le début de l’intégration raciale de toutes les universités du Deep South. Dans son ouvrage, Eagles, professeur d’histoire à « Ole Miss » documente le prix à payer (price of défiance) pour ce comportement réactionnaire qui attira sur l’université et sur tout l’État du Mississippi la hargne et le mépris du monde entier—dédain qui persiste jusqu’à nos jours.


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Bibliothèque publique d’Oxford et du comté de Lafayette


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Grosse déception, cependant! À cause d’un malentendu, le conférencier se trouvait ce jour à Boston. M. Eagles reviendra devant ce public plus tard cet hiver. Saisissant l’occasion de faire connaître aux lecteurs oxoniens notre livre Franco-Amérique, je me suis offert comme conférencier suppléant. Cela s’est fait à d’autres occasions. J’en ai l’habitude!

L’offre fut acceptée avec empressement et pendant une trentaine de minutes j’ai pu, livre à la main, dresser le portrait de la présence franco en Amérique du Nord. L’histoire qu’inspire la photo de Kent Beaulne, ce personnage emblématique d’une francophonie enracinée au cœur du continent qui refuse de mourir, sur la page couverture, fascine toujours. L’un des 17 encarts du volume, celui consacré aux Franco de la communauté de Delisle, au Mississippi même, fit plaisir à la cinquantaine d’auditeurs, épatés de découvrir que les Québécois s’intéressent à leur région. Étant donné l’actualité, un clin d’œil sur le chapitre dans Franco-Amérique écrit par Rodney St-Éloi, Québécois d’origine haïtienne et camarade de Dany Laferrière, s’imposa. Aujourd’hui le monde entier pleure Haïti. Au Québec, où les Haïtiens occupent une place de choix, on pleure peut-être plus fort que les autres.

Après les applaudissements d’usage, brève période de questions…et toujours la première : « Sir, is your book available in English? »

Être un bouche-trou n’est point désagréable. Au contraire, c’est une source de joie et de satisfaction. Performer au pied levé, pourquoi pas?

Le 23 janvier 2010 par Dean Louder

Jouer au hockey devant les estrades vides: « Ole Miss » c. Alabama

Le hockey est très impopulaire dans le Sud des États-Unis. Pourtant, il y a des équipes de la Ligue nationale du hockey dans six villes différentes : Atlanta, Raleigh, Tampa, Miami, Dallas et Nashville sans parler de celle de Phoenix et des trois équipes de la Californie où ce sport ne soulève pas non plus les passions.

Toutefois, la passion existe bel et bien dans le cœur de certains jeunes sportifs qui concourent ici pour l’honneur de leur université, devant les estrades vides, à des centaines de kilomètres de leurs campus respectifs. Hier, j’ai assisté au Centre civique de DeSoto, en banlieue sud de Memphis, à 10 minutes de Graceland, domicile du défunt Elvis, au match entre l’Université du Mississippi et l’Université de l’Alabama. Ces universités qui réalisent des millions de dollars de profits grâce à leurs programmes de football (le Crimson Tide d’Alabama vient, d’ailleurs, d’être consacré champion national du football—plus fort même que le Rouge et Or de l’université Laval!!) ne donnent pas le moindre sous aux équipes de hockey. Ce sont les joueurs qui ont appris à jouer, tant bien que mal, à notre sport national et leurs « sponsors » qui font fonctionner l’équipe avec des « peanuts ». Très approprié dans une région connue pour sa culture arachidière.

À la mise au jeu, nous étions une vingtaine d’amis et de parents à nous présenter dans la belle aréna de 10 000 places.


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Malgré les habilités limitées des joueurs comparées aux jeunes de leur âge chez nous, l’enthousiasme était à son comble. Après avoir fait le tour du vaste enceinte à observer le spectacle du haut et de loin, je me suis installé en arrière des deux bancs pour mieux écouter les sons uniques du hockey (grincement de l’arrêt brusque, mise en échec contre la bande, rondelle frappant la bande ou, mieux, le poteau…) et pour renifler les odeurs fortes de la sueur qui coule et qui imprègne toutes les pièces d’équipement : casque, épaulettes, coudières, jambières, gants… Ayant élevé trois fils dans le hockey, ce sont des sons et des senteurs que j’adore et qui me manquent!


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En 2002, avec une équipe d’Atlanta, le numéro 71 de l’Université de l’Alabama (Paraliticci) a participé au Tournoi international Pee Wee de Québec—un événement marquant de sa jeune vie!


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À la fin de la deuxième période Alabama menait 6 à 3 et le résultat n’était plus en doute. Avant de quitter le match, je me suis permis un commentaire : une équipe de calibre B (Mississippi) se faisait battre par une équipe de calibre CC (Alabama). N’eut été de la suspension de deux joueurs, la victoire des Rouges auraient pu être encore plus convaincante, l’un suspendu en raison d’un manquement aux règlements de l’équipe (il avait fêté trop fort la veille manquant l’autobus en partance à 7h du matin, parcourant dans sa propre bagnole les 200 km séparant Tuscaloosa de Memphis pour rejoindre son équipe), l’autre pour s’être battu lors du match précédent contre Mississippi State qui alignait un joueur salaud, paraît-il. Il y a des choses qui ne changent pas dans le hockey, peu importe le niveau et peu importe le lieu!


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Pendant que leurs co-équipiers trimaient dur sur la patinoire, les deux « renégats » se régalaient dans les estrades vides du McDo.


Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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