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Le 27 novembre 2003 par Dean Louder

Hood River et la Gorge du Columbia

Quand mon père achetait une nouvelle voiture, il aimait toujours la mettre à l’épreuve. En juillet 1951, alors que j’avais huit ans, il nous a emmenés, ma mère, ma sœur et moi dans la Gorge du Columbia. L’Oldsmobile 88 de l’année naviguait bien la route étroite et sinueuse construite entre 1913 et 1922 sous la direction de l’ingénieur Samuel Lancaster. Après une descente périlleuse sur la route 30, un chemin en plusieurs S, nous avons passé la nuit dans un petit motel de Hood River. J’entends encore mon père maugréer parce qu’il devait payer la chambre 10$ la nuit.

Aujourd’hui, cinquante-deux ans plus tard, j’y suis retourné. Certaines choses n’ont pas changé. Les chutes Multnomah (620 pieds ou 200 mètres) sont encore là, ainsi que celles de Wah Gwin Gwin en arrière de l’hôtel

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Columbia Gorge. Le mont Adams (12 276 pieds ou 4 000 mètres), en face du village de Hood River, du côté de l’État de Washington, et le mont Hood (11 239 pieds ou 3 600 mètres) en arrière, surveillent le Gorge, ses habitants et son trafic de plus en plus volumineux, que ce soit par la voie des rails, de la route ou des eaux. Sur une distance de 80 milles (120 km), entre les rivières Deschutes à l’Est et Sandy à l’Ouest, le Columbia coule à travers la gorge, ne s’arrêtant que momentanément aux barrages des Dalles et de Bonneville.

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Ce qui a changé c’est l’historique route construite par Lancaster. Elle a été remplacée à partir de 1964 par l’Interstate 84 qui longe le fleuve et la voie ferrée. Parties les vues spectaculaires du fleuve et de la gorge! Finies les émotions fortes causées par un rapprochement suicidaire du garde-fou et la possibilité d’une chute dans le vide! Au cours des années 1990, cependant, une section de l’ancienne route, longue de 4,6 milles (7 km), entre Hood River et Mosier, a été transformée en sentier pédestre et piste cyclable : le Twin Tunnels Trail.

Ayant laissé mon vélo à Portland, je ai emprunté à pied le sentier—d’un bout à l’autre, aller-retour. Malgré les maux de jambes que je ressentais à mon retour et l’ampoule au pied droite, je n’ai point regretté. J’ai eu le temps d’apprécier les belvédères, la végétation et surtout les conversations avec d’autres marcheurs, comme Jack, ce

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maître d’un lévrier miniature, en visite chez son fils à Hood River. Jack a envie de quitter Carmel, en Californie, où il habite depuis 1969 et de s’installer ici. Pourquoi? Parce que, selon Jack, Carmel et la région de Big Sur sont de plus infestées de millionnaires et de « trous de cul ». Il arrive d’un séjour de trois ans en France. M’attendant donc à ce qu’il parle français, il m’a déçu « Oh non, j’ai fait exprès pour ne pas l’apprendre. Quand je suis dans un pays, j’aime la solitude que m’offre le fait de ne pas parler la langue du pays! S’il fallait que j’en apprenne une, ce serait l’italien! »

Pour aménager l’ancienne route en sentier, il a fallu aux ingénieurs des années 90 réparer les deux tunnels qui ressemblent néanmoins aujourd’hui à ceux dont je gardais un vif souvenir. Des fenêtres permettent le passage d’air et de lumière. À l’intérieur de l’un des tunnels, gravée dans le roc l’écriture suivante qui rappelle les efforts surhumains déployés pour ouvrir à l’automobile cette magnifique région :

SNOWBOUND
19-27 November 1921
Chas. J. Sandiick
E.B.Marvin

Le 27 novembre 2003, quatre-vingt-deux ans plus tard, journée de l’Action de grâce aux États-Unis et je n’ai pas encore mangé ma dinde. Je me dirige donc vers le seul restaurant ouvert à Hood River en ce jour férié, le Risorante Pisquale, dans le vieil Hôtel Hood River. Mon choix au menu, écrit tel quel :

Jus de canneberge
Crispy Pumpkin Potato Cake
Chocolate Challah Bread Pudding
Tisane à la camomille

Le soir venu, en traversant le pont sur I-205 entre Portland et Vancouver, Washington, je regardais dans le rétroviseur. Mont Hood veillait encore sur moi et le grand fleuve.

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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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