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mai 04, 2004

À l’endroit de Grand Sault, N-B, j’ai de la tendresse et de l’amertume

C’est un retour à Grand Sault, cette petite ville de 5 800 habitants, à cheval sur le fleuve Saint-Jean, dont les eaux se précipitent dans les chutes de la gorge profonde. En octobre 1999, lors d’une excursion que Laura m’avait aidé à organiser, ses citoyens et ceux des paroisses avoisinantes de Drummond et de Saint-André nous avaient si chaleureusement et généreusement accueillis. Mes étudiants et moi avons eu l’occasion de rencontrer sa

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mère nonagénaire, Yvonne Beaulieu, et de discuter avec elle de la vie d’autrefois dans la région, de ses douze enfants et de sa carrière d’enseignante qui s’est étalée sur cinq décennies. Chez Noël, nous avons mangé des ployes, du ragoût et des fèves au lard, communément appelés des « bines ». Dans l’auditorium de l’École Thomas-Albert, nous avons assisté à un spectacle mettant en vedette des chanteurs, danseurs, musiciens, écrivains et poètes de la place. À l’École John-Caldwell, mes étudiants ont pu discuter avec quelques élèves de leurs choix linguistiques et de leurs projets d’avenir. À l’hôtel de ville, le maire suppléant nous annonçait fièrement que la leur était la seule ville au Canada à porter officiellement deux noms : Grand Sault/Grand Falls. Aujourd’hui, sur le site Internet de la ville, les édiles municipaux soulignent « les relations harmonieuses qui existent entre les cultures » et insistent sur le fait que la grande majorité des citoyens soient « parfaitement bilingues ». Peut-être, mais à la suite de notre excursion et en fonction d’autres visites faites depuis, y compris celle d’aujourd’hui, je dois conclure, en me basant sur le paysage linguistique—autrement dit, sur l’affichage—que l’harmonie et le « parfait bilinguisme » se réalisent sur le dos des 4 800 habitants pour qui le français est la langue maternelle (81%).

Certes, les exemples de bilinguisme intégral existent à Grand Sault, mais ils sont peu nombreux. Le plus souvent, il
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s’agit d’un panneau ou d’une vitrine affichant le français d’un côté et l’anglais de l’autre. Règle générale cependant, l’affichage est extrêmement inégal et favorise la minorité anglophone qui constitue à peine 20% de la population. Deux types d’affichage semblent se dégager de ce ramassis de pollution visuelle : affichage unilingue anglais et affichage « bilingue » à forte dominance anglaise.

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En 1968, le Nouveau-Brunswick est devenu la première province canadienne ayant l’anglais et le français comme langues officielles. Elle est encore la seule, mais la loi sur les langues officielles ne s’applique pas à l’affichage commercial. Le marchand est libre d’afficher dans la langue de son choix. Sachant que les francophones comprennent aussi l’anglais, bon nombre de commerçants ne se donnent pas la peine d’afficher dans la langue de la majorité qui est aussi, le plus souvent, la leur. Cela m’offense, choque mon œil, irrite mes sensibilités! Je me sens agressé devant un tel affichage, pas parce que je préconise un affichage à la québécoise, mais parce que je respecte les francophones de Grand Sault et sa région et j’aime leur langue. Je préférerais n’y voir que de l’anglais que de voir le français visible réduit, affaibli et ridiculisé, ce qui est le cas actuellement à Grand Sault. Rabaisser cette langue qui est, après tout, la clé de voûte de l’identité régionale est, à mes yeux, très grave.

Autre chose qui surprend à Grand Sault, c’est que les gens n’ont pas de nom à se donner. Ils ne se disent pas Acadiens, ni Brayons, ni Madawaskaïens. Pour eux, les Acadiens sont leurs concitoyens de l’est de la province, du sud au nord. Les Brayons et Madawakaïens viennent du comté avoisinant. Cependant, il arrive de traiter d’ « Acadiens » ceux qui militent ou ont milité, en faveur du français dans la région…au point de semer la zizanie au sein de la communauté. Ces « Acadiens » auraient traité d’« assimilés sans le savoir » les francophones qui n’épousaient pas leur point de vue. Une vingtaine d’années plus tard, les cicatrices de ce conflit scolaire, linguistique et communautaire demeurent. Ce malaise pourrait-il expliquer l’insouciance à l’égard de ce pot-pourri d’affiches laides? Est-il possible que personne ne veuille en parler de peur de rouvrir des plaies ou de revivifier les braises d’une lutte fratricide?

Lors de sa campagne, le nouveau maire, Paul Duffie, tout comme son adversaire, semblait respecter un bilinguisme intégral et harmonieux. L’hôtel de ville peut bien montrer l’exemple, mais comment faire pour que suivent les forces économiques en présence, elles, qui sont si déterminantes?

mai 02, 2004

Ile-Sainte-Croix : Atterrissage des Français en Amérique, 1604

À peine dix kilomètres au nord-ouest de St. Andrews-by-the-Sea, au milieu de la baie de Passamaquoddy, se situe l’Ile-Sainte-Croix, si petite en superficie, si grande en portée historique! En 1604, Pierre de Guas, Sieur de Monts, gentilhomme et courtisan français, y établit un avant poste. Cet établissement est la première tentative de

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colonisation permanente réalisée par les Français sur le territoire qu’ils appellent La Cadie ou L’Acadie. Les expériences des Français dans l’Ile-Sainte-Croix leur font acquérir les connaissances nécessaires pour s’adapter au milieu et créer des liens avec les peuples autochtones. Ces connaissances jettent les bases de l’établissement d’une présence française dans le nord-est de l’Amérique du Nord et, éventuellement, plus loin.

Afin de célébrer avec éclat les 400 ans de présence française en Amérique et de géographie canadienne, Parcs Canada construit en ce moment un belvédère interprétatif donnant directement sur l’île. Les nombreux panneaux installés interprètent les lieux.

Sieur de Monts baptise l’île et Samuel de Champlain en donne la description : « L’île est couverte de peupliers, de bouleaux, d’érables et de chênes. Elle est naturellement bien située et facile à fortifier…C’est le meilleur endroit que nous avons vu pour nous installer en raison de sa situation, de la beauté du paysage et des liens que nous souhaitons nouer avec des peuples autochtones qui habitent le long de ses côtes et à l’intérieur de ses terres et parmi lesquels nous serons appelés à vivre. À marée basse, les crustacés et les coquillages abondent… »

Mais l’île n’est pas si accueillante que cela. Afin d’échapper au froid et au terrible hiver qu’ils avaient connus, le sieur de Monts décida de déménager et de fonder un nouvel établissement. À l’aide de deux pinasses, ils ont transporté le bois cumulé à l’Ile-Sainte-Croix à Port-Royal où ils croyaient le climat plus tempéré et agréable. Ce premier hiver à l’Ile-Ste-Croix en fut un de désespoir. Soixante-dix hommes ont connu la misère hivernale, parmi

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lesquels des nobles, des artisans, des ouvriers, des ministres du culte catholique et protestant, des chirurgiens et des soldats. Ils avaient apporté ce qu’ils jugeaient indispensable pour former une véritable colonie : armes, céréales, ustensiles, outils, produits à troquer.

C’est Champlain aussi qui dresse une carte précise de l’Acadie. En effet, de mai 1604 à août 1605, Champlain, voyageant en barque, en pinasse, en canot ou à pied, fait le relevé de l’actuelle côte sud de la Nouvelle-Écosse, de la baie de Fundy et de toute la région sud jusqu’au Cap Cod. D’août 1605 jusqu’à son retour en France en août 1607, il continue à explorer l’Acadie depuis l’Habitation de Port Royal. L’année suivante, en 1608, il fond Québec et jette les bases de l’Empire français en Amérique. En tout, ce grand géographe traversa l’Atlantique 25 fois, amorçant ainsi quatre siècles de vie française en Amérique.

Le jour du Seigneur à St. Andrews, N-B

Ce qui fait le charme de cette petite ville de 1 700 habitants (2 500 en été), au Nouveau-Brunswick, est son site géographique entouré de la mer. Il fit de St. Andrews-by-the-Sea, en 1900, la première ville de villégiature au Canada. Pour répondre à cette nouvelle fonction quoi de mieux qu’un grand hôtel, L’Algonquin, un point de repère néo-brunswickois qui rivalise en beauté, majesté et originalité avec les autres diadèmes du collier d’auberges de luxe appartenant autrefois au Canadian Pacific (Château Frontenac à Québec, Reine-Élisabeth à Montréal, Royal York à Toronto, Palisser à Calgary, Empress, à Victoria pour ne nommer que ceux-là).

En ce dimanche matin, ce qui saute aux yeux à St. Andrews c’est le nombre de fidèles qui se dirigent vers les six églises qui se tiennent toutes à cinq minutes de marche les unes des autres. Les gens sont pour la plupart descendants des Loyalistes de l’Empire uni, de diverses religions, venus ici des États-Unis à la suite de la Guerre d’indépendance, Des clochers d’église émanent des sons métalliques—mais mélodieux—d’hymnes. Ces appels à la messe ou à la réunion de culte ne se font pas simultanément, mais successivement, comme s’ils étaient orchestrés par un maestro. Un véritable concert dominical à ciel ouvert!

La plus vieille des églises est celle des Presbytériens, Greenock Church, érigée en 1824. Les proportions harmonieuses et les détails classiques mettent en évidence un plan simple et symétrique. Le chêne vert sculpté sur la flèche de l’église symbolise Greenock, village d’Écosse, où habitait le bienfaiteur de l’église.

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Les églises unie et baptiste datent des années 1865. La première impressionne par sa sobriété et sa simplicité. La deuxième étonne par la flamboyance de ses couleurs et par son style gothique tout en bois.

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Les églises anglicane et catholique datent des années 1880. De l’intérieur, la toiture de la première est faite comme la cale invertie d’un navire. Cela sert à rappeler aux fidèles recueillis dans l’enceinte de l’église que les fonds pour la construire sont venus surtout des activités maritimes. Sur le devant de la deuxième, une statue bien sûr de Saint-André et une plaque remémorant Laura d’Hervilly Thebaud. Même Google n’offre pas d’indice quant à l’identité de cette personne d’héritage français!

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Pour compléter le portrait des églises de St. Andrews et pour montrer que l’architecture ecclésiastique de nos jours est davantage axée sur la fonctionnalité que sur l’esthétique, il faut faire place à l’église pentecôtiste.

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mai 01, 2004

Lewiston, ME : centre franco-américain en REdevenir

Y a-t-il meilleur endroit aux États-Unis que Lewiston pour fêter le prolétariat en ce 1er mai? Dominée pendant un siècle par les usines du textile des compagnies telles que Bates, Continental et Oxford, aujourd’hui silencieuses mais néanmoins omniprésentes, la ville renaît sous le pic des démolisseurs, la vision des urbanistes et l’arrivée de nouveaux immigrants. Les anciennes « facteries » en briques rouges, de taille gargantuesque, rappellent le déplacement entre 1860 et 1930 du tiers de la population du Québec vers la Nouvelle-Angleterre, ce Québec d’en bas dont il était question en 1900. Lewiston fut la destination privilégiée des milliers de Canadiens de la rive sud de Québec, de la Beauce, du Bas-du-Fleuve et d’ailleurs. Avant de monter à bord du Grand Tronc et de descendre

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vers le Maine, certains d’entre eux avaient tenté leur chance sur les fermes ou dans les petites industries des Cantons de l’Est. Ces nouveaux arrivants se regroupaient, avec leurs familles, dans les immeubles à quatre étages situés près de leurs lieux de travail et autour de leur église, leur école et d’autres institutions. La paroisse Sainte-Marie, aujourd’hui désaffectée et désacralisée, en est un formidable exemple. Il y en a d’autres comme celle de Saint Pierre & Saint-Paul. Ces quartiers portaient l’empreinte de leur population et le nom « Petit Canada ».

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La communauté franco-américaine de Lewiston se redéfinit à présent autour de trois institutions : (1) L’université du Maine-sud, campus Lewiston-Auburn possédant la Franco-American Heritage Collection, la plus imposante archive franco-américaine du Maine dont la responsabilité relève de Barry Rodrigue, érudit, et de Donat Boisvert; coordonnateur. (2) Le Franco-American Center at St. Mary’s, un projet récent de 4 500 000$ mené par Rita Dubé et Lionel Guay, maire de Lewiston, dont le but est de faire de l’Église Sainte-Marie un centre d’interprétation et d’exposition de première classe; (3) La Franco-American Genealogical Society, située dans une ancienne école de la ville-jumelle de Lewiston, Auburn. Elle est bâtie sur l’œuvre du père Léo Bégin (1902-1980) et fonctionne sous la gouverne spirituelle et intellectuelle du père Youville Labonté

De plus, la communauté franco-américaine de Lewiston-Auburn est appelée de nos jours à assurer une certaine intégration d’une nouvelle vague d’immigration francophone, celle des Somaliens, Togolais, Ivoiriens et d’autres francophones d’Afrique. Voilà une grande occasion pour réaliser une revitalisation linguistique et un développement international.

avril 30, 2004

Mémorial aux pêcheurs : Gloucester, MA

Ici, en 1623, une compagnie de pêcheurs et de cultivateurs de Dorchester, en Angleterre, sous la direction du Révérend John White, a fondé la colonie de la baie du Massachusetts. Depuis ce moment, les pêcheries ont constitué une activité économique primordiale et ininterrompue à Gloucester. Mais la population de ce port de mer en a payé le gros prix, tel qu’un témoigne le mémorial aux pêcheurs, une statue d’un capitaine à la barre en pleine tempête. Elle est entourée d’une série de dix plaques métalliques montées sur des blocs de béton et contenant les noms des 5 366 hommes morts en mer. Le mémorial rend hommage également aux vaillantes veuves qui ont souvent lutté seules pour élever leurs enfants ainsi qu’à certains de ces enfants qui ont choisi, malgré tout, de suivre dans les traces de leur père.

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Des rues de Gloucester sont encore de nos jours remplies des arômes émanant des conserveries, comme celle de Gorton dont le produit est bien connu des amateurs du poisson congelé.

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avril 28, 2004

Voyager, c’est du sport

Le dimanche des rameaux, en prenant le gombo chez Adrian et Corinne Swanier (voir texte sur Delisle, MS), j’ai fait la connaissance de leur petite fille, Keicha, 17 ans, excellente joueuse de basketball qui venait de prendre sa décision de poursuivre ses études universitaires l’automne prochain à l’université du Connecticut (UCONN) afin de s’aligner avec l’équipe championne universitaire du bas-ket féminin. En fait, pour la première fois dans l’histoire de ce sport, la même université a gagné en avril 2004 les deux titres masculin et féminin. Il s’agit bien sûr de l’université du Connecticut, située en pleine campagne à Storrs. À vrai dire, Storrs, c’est l’université! Le village est dominé par l’ancienne bibliothèque de l’université qui surplombe la rue principale. Inadéquat comme bibliothèque, cet édifice loge aujourd’hui des bureaux administratifs, une nouvelle bibliothèque ayant été construite ailleurs pour desservir « la clientèle étudiante », comme on le dirait au Québec. L’édifice qui rallie le plus grand nombre d’étudiants autour d’un but commun est sans aucun doute le pavillon sportif où les équipes disputent la victoire à leurs adversaires. Les nombreuses bannières suspendues au plafond de l’enceinte témoignent de leurs succès récents.

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Me rapprochant de Boston, fatigué de la route et ayant besoin de me changer les idées, je me suis rendu au légendaire stade de baseball Fenway afin d’assister en après-midi au premier match d’un programme double impliquant les Red Sox contre le club visiteur, les Devil Rays de Tampa. Les amateurs étaient nombreux à se diriger vers le vieux stade, ouvert en 1912. Les rues sont laissées aux piétons et aux acheteurs de souvenirs. S’ils

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arrivent assez tôt, les automobilistes peuvent, pour la « modique somme » de 20$, se stationner chez l’un ou l’autre des nombreux débits de fast-food ou d’essence du quartier.

Malheureusement pour ce voyageur las, il ne restait plus de place et il a dû poursuivre allégrement son chemin le long de l’avenue Commonwealth vers le Common et le centre-ville de Boston.

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avril 27, 2004

Le dernier francophone à Frenchville, PA

Les origines de Frenchville, en Pennsylvanie (2 000 âmes) sont plutôt obscures. Selon la version la plus plausible, un richissime de Philadelphie à qui appartenait une vaste superficie au centre de la Pennsylvanie fit face, aux années 1820, à des difficultés financières. Pour se libérer d’une dette importante encourue aux mains d’un

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commerçant parisien, il lui aurait cédé, par l’entremise de John Keating, agent de celui-ci à Philadelphie et « gentleman catholique exemplaire », le territoire de l’actuelle Frenchville qui avait de 1753 à 1758 appartenu à l’Archevêché de Québec. En France, le marchand a convaincu des habitants de Normandie et de Picardie de traverser l’Atlantique et de s’établir aux pays des Quakers. Entre 1830 et 1836, aidés des Sulpiciens français de Baltimore et de Philadelphie, déjà établis aux États-Unis depuis 1792, les Bilotte, Roussey, Beauseigner, Moulson, Coudriet, Renaud, Plubelle, Rougeux, Valimont, Picard et Guenot, entre autres, arrivèrent. La terre rocailleuse et la forêt abondante de la région feront en sorte qu’ils gagneront leur maigre pain comme bûcherons et draveurs, flottant les billots depuis Frenchville jusqu’à Lock Haven.située sur le tributaire ouest du Susquehanna

Une visite au cimetière de Sainte-Marie-de-l’Assomption révèle un contraste frappant entre les premières tombales, peu nombreuses et gravées en français, et les autres plus récentes. En se fiant aux pierres tombales, on peut

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constater que le français comme langue écrite n’a duré qu’une génération. Toutefois, selon une histoire paroissiale de 1940 qui m’a été fournie par l’actuel curé, père Sam Bungo, rencontré au presbytère, adjacent à l’église, “the language of France has been preserved and is still spoken in the majority of households ». (La langue de France a été préservée et est encore parlée dans la majorité des foyers. ». Selon une autre histoire paroissiale publiée en 1970, une école fut établie à Frenchville vers 1850. Dans cette école, l’État exigeait que seul l’anglais soit parlé, ce qui causait certaines difficultés parce que le français était parlé exclusivement au foyer jusqu’aux années 20.

L’une des figures de proue de l’histoire de Frenchville est le père Jean-Baptiste Berbigier, né en France en 1822. À l’âge de 24 ans, il devint pasteur de la communauté et l’est resté jusqu’en 1886, après quoi, il n’y a plus eu de prêtres francophones. À l’occasion, lors de courtes absences, le père Berbigier se faisait remplacer par son cousin, M.A De LaRoque (1856), par Charles Bérard (1877) et par Eugène Cogneville.

Au presbytère, l’adjointe du Père Sam, LuAnn, m’a référé aux deux derniers francophones de Frenchville, les frères Bilotte, Kenny et Nestor. À l’aide de la maîtresse des postes, Vickie, j’ai réussi à me rendre chez Kenny. Tout au long du chemin, la signalisation routière et les noms sur les boîtes aux lettres rappelaient la véracité du nom du village dont le curé Sam disait, à la blague, vouloir changer, vue le contexte politique actuel, en « Freedomville ». Kenny et moi avons passé une demi-heure à discuter et à découvrir que nous nous comprenions très bien. Son français était rouillé, mais très riche. La conversation aurait pu durer plus longtemps, mais il attendait son courtier d’assurance. Kenny a pu confirmer ce qui était écrit dans les petites histoires paroissiales, que jusqu’aux années 20, le français demeurait la langue publique à Frenchville. Il n’était certes pas écrit, mais il était néanmoins le principal véhicule de communication interpersonnelle. Aux années 40, il était réduit à la communication au sein et la famille. Ses parents n’ont jamais accepté que les quatre enfants leur adressent la parole en anglais. Aujourd’hui, Kenny, qui dit avoir septante ans et qui espère se rendre à nonante ans, ne le parle qu’avec son frère, Nestor…quand ils jouent aux cartes…si leur femme ne sont pas là. Il n’a jamais été ni au Québec ni en France.

En se quittant, Kenny, dernier francophone à Frenchville, a accepté de se faire prendre un « portrait » devant sa bannière bleue sur laquelle est inscrite « Guardian Angel, keep our home safe ». (Ange gardien, préservons notre foyer). Il m’a ensuite invité à revenir à l’occasion du traditionnel pique-nique de Frenchville qui a lieu bon an mal an la troisième fin de semaine du mois de juillet. C’est le moment des grandes retrouvailles et la circonstance privilégiée pour fêter l’héritage français.

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avril 16, 2004

Quatrième temps d’arrêt …

…mais pas un temps d’arrêt de tout repos, au contraire!

À la demande de Monsieur Marc Boucher, délégué du Ministère des relations internationales du Québec à Los Angeles, j’ai accepté de faire une tournée de conférences sur la côte ouest des États-Unis. Le but de l’exercice était triple :

1) Renforcer les liens entre la Délégation du Québec à Los Angeles et plusieurs institutions et associations situées sur son territoire.
2) En tant qu’Ambassadeur du Conseil de la vie française en Amérique, faire connaître la Franco-Amérique historique et contemporaine.
3) Permettre au conférencier itinérant de se faire connaître en diffusant ses travaux.

Grâce à huit présentations en cinq jours dans cinq villes différentes, les trois objectifs furent rencontrés. Voici le programme de la tournée et le titre de chaque présentation :

Le samedi 17 avril à Pasadena, en Californie. Jamboree de la Southern California Genealogical Society; la composante canadienne-française y joue un rôle particulièrement important. Titre de la conférence : « À travers l’Amérique : a voyage with genealogical implications ».

Le lundi 19 avril à Seattle, dans l’état de Washington. Programme en études canadiennes à l’université de Washington. Titre de la conférence : « La Franco-Amérique : Panorama of People and Places ». Séminaire de deuxième cycle en linguistique sur le thème « La situation linguistique au Québec ».

Le mardi 20 avril à Bellingham, dans l’état de Washington. Cours en sciences politiques à Western Washington University. Thème : « L’actualité politique au Québec et au Canada ». Cours de français à Western Washington University : Thème : « Échantillons musicaux tirés de la Franco-Amérique ».

Le mercredi 21 avril à Portland, en Orégon. Cours d’histoire à Portland State University . Titre de la conférence « : Faces of la Franco-Amérique, with emphasis upon French Prairie, Oregon ». Réunion de la Oregon Historical Society. Titre de la conférence : « Faces of la Franco-Amérique, with emphasis upon French Prairie, Oregon ».

Le jeudi 22 avril à Salt Lake City, en Utah. Congrès de la Western Social Science Association. Titre de la conférence : « La Franco-Amérique : Panorama of People and Places »

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Heureusement que j’ai eu de l’aide. À Bellingham et à Seattle, M. Éric Marquis, responsable des relations publiques à la Délégation et mon accompagnateur attitré, a partagé la tribune avec moi lors des exposés sur les situations linguistiques et politiques. À Portland, Melinda Jetté, de l’endroit, m’a secondé (voir le 26e texte dans cette série).

Heureusement aussi qu’après ce marathon et avant de me rendre par avion à Harrisburg, en Pennsylvanie, où ma Safari condo m’attendait pour continuer le périple à travers l’Amérique, j’ai pu reprendre mon souffle chez ma sœur qui habite la région de Salt Lake (voir le 33e texte dans cette série).

avril 11, 2004

Pâques au Paradis, PA

Le terrain de camping Country Acres se trouve sur l’ancienne route 30, à 15 km à l’est de Lancaster et à 100 km à l’ouest de Philadelphie. Le bourg s’appelle Paradise. C’est la campagne. Les coqs chantent, les chiens aboient et les odeurs de la basse-cour s’attaquent à l’odorat sensible. À l’occasion, un Amish passe en route vers Stoudersburg.

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Devant l’église méthodiste unie de Saint-Jean, une pancarte annonce une célébration pascale qui se tiendra le lendemain à l’aube. J’irai. Pourquoi pas ? Tout le monde est la bienvenue à l’église Saint-Jean.

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À 6h30 le matin de Pâques, une trentaine de fidèles se réunissent devant trois croix. Celle du centre est ornée d’une guirlande blanche et au pied des trois se trouve un lis de Pâques. Les gens se connaissent bien. Ils se donnent la main et se font des sourires. Le pasteur Joe fait la lecture de l’Évangile selon Saint-Marc. Le répertoire de chants est varié, allant du populaire « Morning has Broken » de Cat Stevens jusqu’au grand classique de la musique protestante, « Christ the Lord is Risen Today ». L’accompagnement se fait à la guitare et nous chantons du mieux que nous pouvons compte tenu de l’heure.

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À 7h, un déjeuner copieux est servi dans le social hall (salle paroissiale) : œufs, saucisses, jambon, pommes de terre, pains dorés, fruits, beignes, pâtisseries, jus et café. À 8h a lieu, en l’église, la célébration de la communion pascale. Pour rendre hommage à leurs parents et amis disparus, quarante et un couples ou individus ont placé le long de l’autel de jolis lis.

Fait inusité. À table, lors du déjeuner, les hommes discutaient de la victoire de la veille des Flyers de Philadelphie sur les Devils du New-Jersey. Ce visiteur du Québec était fier de pouvoir dire à ces amateurs de hockey qu’il connaissait personnellement l’une des vedettes de leur formation favorite, Simon Gagné. En fait, ses fils, Zachary et Mathieu, ont été des coéquipiers du jeune Flyer où moment où ils évoluaient tous dans le hockey mineur de Sainte-Foy.

avril 09, 2004

Vendredi saint sur le Blue Ridge

Aujourd’hui, j’ai fait un retour sur le Blue Ridge, cette crête des Appalaches dont j’avais entendu parler pour la première fois en 1949, à l’âge de six ans, en écoutant la radio. À l’époque, Arthur Godfrey, vedette de la radio aux États-Unis, ouvrait son émission en chantant « Along the Blue Ridge mountains of Virginny, on the trail of the lonesome pine… ». Ensuite, Godfrey faisait l’éloge des cigarettes de marque Chesterfield, son commanditaire. Quelques années plus tard, leur poison mettrait prématurément fin à sa vie.

En 1933, au cœur de la Crise économique, le Président Franklin D. Roosevelt s’est rendu dans le parc national Shenandoah afin de constater de visu les réalisations des membres du Civilian Conservation Corps. Il s’agissait d’une petite armée de chômeurs, victimes de la récession, rassemblée à l’époque pour leur assurer un niveau de vie minimal et pour faire avancer des travaux publics. Ici, en Virginie, comme partout ailleurs au pays pendant cette période difficile, les membres du CCC veillaient au mieux-être du pays.

C’est lors de la visite du président qu’est venue l’idée d’aménager le long de la crête du Blue Ridge, sur une distance de 600 km, une route panoramique reliant entre eux les parcs nationaux Shenandoah et Great Smokies. Depuis 65 ans, donc, cette route étroite et parfois sinueuse à laquelle l’automobiliste peut accéder à plusieurs endroits offre des vues à vous couper le souffle. Vers l’est, c’est le piedmont, vers l’ouest la plaine côtière. Pour le conducteur

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pressé, la route est à déconseiller. La limite de vitesse y est de 60 km l’heure. Je l’ai empruntée à Boone, en Caroline du Nord et je l’ai quittée à Waynesboro, en Virginie. Sur cette distance de 300 km, je n’ai vu aucun camion commercial, aucun gros véhicule récréatif, aucune station service, aucun débit de fast-food, aucun centre d’achats ! Que de la route reposante permettant au voyageur d’apprécier la flore et la faune.

À l’occasion, on passe devant un beau domaine comme celui de Doe Meadows (prè de la biche). Les terres

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servent au pâturage et à la culture de chou, de maïs, d’avoine et de foin. L’objet le plus photographié, sinon le plus pittoresque, le long du parkway est le moulin construit en 1910 par Edwin Mabry qui, avec sa femme, Mintoria Lizzie Mabry, l’a exploitée jusqu’en 1936. En 1945, le Service des parcs nationaux a restauré le moulin et a paysagé le site.

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Avis aux cyclistes expérimentés : Yesssssssssss !

avril 06, 2004

Oxford, MS : au pays de William Faulkner

En 1835, trois commerçants ont construit sur une colline une petite maison en bois rond. Elle deviendrait magasin général et servirait d’ancre à la Place centrale autour de laquelle les résidences s’étaleraient. En hommage à la ville anglaise de grande renommée et à son université, la nouvelle ville a reçu leur nom. En la baptisant ainsi, les fondateurs espéraient que Oxford serait choisie comme site de la première université publique de l’État du Mississippi. Cela s’est réalisé onze ans plus tard. Aujourd’hui, cette Place, que l’on appelle Town Square est au centre de la vie de cette ville universitaire de 12 000 habitants. En dehors de l’université, l’institution la plus

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vénérable est la librairie Square Books (située au coin, de couleur rougeâtre) qui offre, dans une ambiance littéraire stimulante, un vaste éventail de livres et une sélection de fiction régionale remarquable. Mais Square Books est plus qu’une simple librairie. C’est ici, m’a-t-on appris, que les Oxfordois se rencontrent pour partager discrètement, à voix basse, leurs joies et leurs peines. Les questions de l’heure à Oxford se ruminent ici. La ville n’a pas été épargnée par la guerre civile. Occupée dès 1862 par les armées du Nord dirigées par le Général Ulysses S. Grant, elle fut dévastée et brûlée deux ans plus tard par le Général A.J. « Whisky » Smith.

Oxford a produit l’un des plus grands écrivains états-uniens du siècle dernier, William Faulkner. Gagnant en 1949 du prix Nobel en littérature, cet auteur prolifique a immortalisé sa ville, son comté et ses voisins. Pour la modique somme de 6 000$, Faulkner s’est porté acquéreur en 1930 d’une maison construite en 1844. Il l’a rénovée, l’a

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entourée de cornouiller et d’azalées et lui a donné un nom, Rowan Oak en hommage à la légende de l’arbre Rowan, perçu par les peuples celtiques comme ayant des pouvoirs magiques. Jamais bien accepté et toujours mal aimé et mal compris de son vivant, Faulkner vit sa gloire de manière posthume. Depuis 1962, il repose au magnifique cimetière d’Oxford où ses lecteurs et lectrices viennent nombreux, de près et de loin, se recueillir devant sa pierre tombale. Ils y jettent des pièces de monnaie pour permettre à l’auteur dont l’inspiration se trouvait souvent mêlée aux vapeurs de l’alcool de s’acheter un p‘tit « drink ».

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Fondée en 1848, l’université du Mississippi a fait les manchettes aux États-Unis 112 ans plus tard lorsque James Meredith devint le premier Afro-Américain à y suivre des cours. À l’époque, pour lui faire entrer—pour « intégrer » cette institution du haut savoir réservée aux étudiants blancs—il a fallu l’intervention des forces fédérales. Aujourd’hui, de sa colonne, un soldat confédéré surveille attentivement l’entrée principale de ce magnifique campus qui porte affectueusement le nom d’ « Ole Miss ».

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avril 04, 2004

Les gens à l’écart : les Francos de Delisle au Mississippi

Il y a un quart de siècle, Gary Mills a écrit l’histoire d’un peuple oublié, The Forgotten People : Creoles of Cane River. Tout récemment, Cane River, un roman écrit à leur sujet par Lalita Tademy, une Créole de cette communauté située près de Cloutierville, dans le coin nord-ouest de la Louisiane, figurait parmi les best-sellers. La célèbre Oprah Winfrey en parlait abondement à son émission.

S’il est vrai que ces Créoles ont bel et bien été oubliés, que dire de la population francophone et créolophone de Delisle, au Mississippi? Les gens à l’écart? Les gens tassés? Heureusement que cette communauté n’a pas échappé à l’œil vigilant de Rebecca Larche Moreton, fille du Mississippi, linguiste et francophile. Elle a entrepris en 1992 à l’université Tulane, un programme de doctorat en linguistique. Le sujet de la thèse qu’elle a soutenue avec brio huit ans plus tard : « Mississippi Gulf Coast French : Phonology and Morphology ». C’est grâce à « Becky » que j’ai eu l’occasion de découvrir cette communauté à héritage français, multiraciale et catholique. Une chance, car moins de deux ans plus tard, elle serait détruite par l’ouragan Katrina.

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Delisle est située aux abords de la baie de Saint-Louis, à 100 km à l’est de la Nouvelle-Orléans. La baie fut bien connue du pirate Jean Lafitte. Ici, deux petits cours d’eau, la rivière Jourdain et la rivière des loups (dite Wolf aujourd’hui) se versent dans la baie. Il s’agit d’une région souvent ravagée par les forces de la nature tel qu’en témoigne la pierre tombale de la famille Williams qui se trouve dans l’un des cimetières de Delisle. Lors du passage de l’ouragan Camille le 17 août 1969, Paul Williams a perdu son épouse et ses douze enfants

L’histoire des familles de Delisle révèle deux origines. Celles qui se disent French sont d’ascendance française et canadienne dont la présence remonte au début du dix-huitième siècle. Certains se réclament des frères Le Moyne (d’Iberville et de Bienville) et de leurs équipages. À ceux-là se sont ajoutés plus tard des immigrants italiens et espagnols et, au dix-neuvième siècle, des anglophones de l’Est des Etats-Unis. En plus de descendre, eux aussi, des Français et des Canadiens, les familles se disant Créole, ont également du sang des réfugiés de Saint-Domingue, venus au tournant du 19e siècle, et des peuples autochtones qui habitaient la côte du Mississippi depuis la préhistoire.. En se fiant au noms de famille, il est impossible de connaître les origines des gens et leur appartenance raciale. Le patronyme le plus répandu à Delisle est Dedeaux et il est partagé par les deux groupes. D’autres noms courants : Swanier, Saucier, Bradley, Ladner, Nicase ou Necase, Jurette et Pavolini.

La venue de deux étrangers ne passe pas inaperçue à Delisle. Les gens ne m’avaient jamais vu et Becky n’y était pas retournée depuis sept ans. Donc aussitôt arrivés, aussitôt sujets à l’enquête de la part du bon citoyen Pavolini et sa dame. Très rapidement, enquête s’est transformée en conversation animée et amicale. La plupart des parlants français ou créole avec lesquels Becky avait pu réaliser des entrevues il y a douze ans ne sont plus de ce monde. Il reste Haywood Ladner, 84 ans, qui habite une petite maison coquette entourée d’azalées, Amélia Dedeaux, 86 ans, photographié ici avec son petit-fils, Florence Dedeaux, 93 ans et Helen Dedeaux, 93 ans.

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Le père John Ford, originaire de la Virginie, est pasteur des trois petites églises qui font partie de la même paroisse : The Catholic Church in Delisle. Il chérit un projet de construction d’une nouvelle église qui lui permettrait d’agir avec plus d’efficacité et d’éliminer la ségrégation raciale qui caractérise les trois assemblées. Le terrain est déjà acheté, mais les paroissiens ne sont pas tous gagnés à la cause.

Le contraste entre les assemblées est frappant. À St. William, les paroissiens, tous des blancs, viennent surtout d’ailleurs. À St. Ann-Dubuisson, ils sont presque exclusivement blancs, mais enracinés dans le terroir. Autrement dit, ce sont surtout eux qui se disent descendants des Français, Canadiens, Italiens et Espagnol. À St. Stephen, les Créoles dominent. En ce jour des Rameaux, la petite église débordait. L’esprit était à la fête et Becky et moi en avons profité pour nous faire inviter à partager un délicieux gombo chez Adrian et Corinne Swanier.

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avril 01, 2004

Arrêt trop rapide mais toujours aussi instructif à Lafayette

Il y a du neuf en Louisiane! En y entrant asteur, on se fait souhaiter la bienvenue en français. Selon mon ami de longue date, le gros cadjin, Richard Guidry, c’est l’œuvre de la nouvelle gouverneure de l’État de Louisiane, Mme Kathleen Babineaux Blanco. Originaire de la paroisse d’Ibérie, elle est évidemment cadjine. Que cette initiative vienne d’elle ou pas n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est qu’enfin, 36 ans après la création du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), qui a pignon sur rue au cœur de Lafayette, la Louisiane accueille en français les automobilistes. Il en est de même pour cette ville, qui se veut la capitale de l’Acadiana, et dont certaines artères portent une pancarte bilingue.

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Malgré ses succès à ramener le français dans les écoles de la Louisiane en y instaurant progressivement un système d’immersion française, le CODOFIL n’a pas connu le même succès au niveau du visage français affiché sur la place publique. Oui, à certains endroits stratégiques, sur certains panneaux de signalisation, le français est visible, mais il ne l’est pas du tout dans l’affichage de masse.

S’il y a eu des succès en éducation, c’est en grande partie grâce au recrutement d’enseignants à l’étranger, Quel Québécois ou Acadien ne connaît pas une personne qui a passé un an ou deux en Louisiane comme moniteur de français ou enseignant. Il s’agit d’une pratique courante depuis plus de trente ans. Aujourd’hui, c’est une pratique menacée, car le CODOFIL se tourne davantage vers l’Europe, l’Afrique du Nord et les Antilles, pas par choix, mais par nécessité. Le problème découle des nouvelles exigences du Département de l’éducation de l’État de Louisiane qui exige que les enseignants engagés à l’étranger aient trois années d’expérience avant l’embauche. Jusqu’ici, les jeunes Québécois et Acadiens fraîchement sortis de l’université acceptaient, et même recherchaient, un poste en Louisiane dans le but de se doter d’une expérience leur permettant d’intégrer ultérieurement le marché de travail dans leur province d’origine. Y a-t-il des enseignants au Canada qui laisseraient leur emploi après trois, cinq ou dix ans de service pour assumer une tâche en Louisiane? Peu probable. Peut-être y aurait-il parmi les enseignants retraités des gens zélés, imprégnés du désir de sauvegarder le français dans le pays des bayous. Les exigences en Louisiane sont lourdes et les conditions de travail très différentes de celles auxquelles les Québécois et Acadiens sont habitués. Il en est de même pour les Français, Belges, Marocains et Tunisiens, à la différence que, pour eux,’il y a l’attrait de l’Amérique!

Ce qui fait le charme de la francophonie louisianaise est la cohabitation de diverses cultures. Au Québec, en Acadie et en France, les Cadjins ont bonne presse. Moins bien connus sont les Créoles, cette population de couleur établie en Louisiane depuis aussi longtemps et en aussi grand nombre que les Acadiens. Parler de l’Acadie du Sud, comme le font des Acadiens et Québécois, en se référant à la Louisiane française, est très réducteur. Il faut absolument tenir compte des apports africains et antillais. Pour bien saisir la réalité créole de la région de Lafayette, le visiteur peut aujourd’hui se rendre au Musée de l’histoire naturelle, situé dans l’ancien magasin à rayons Heymann de la rue Jefferson. Une grande exposition intitulée « L’Anse créole : Extended family and Creole Culture in Southwest Louisiana » met en valeur la contribution des Créoles.

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Depuis 1982, ils ont leur association C.R.E.O.L.E. Inc., acronyme exprimant ses objectifs très nobles. « Cultural, Resourceful, Educational Opportunities and Linguistic Enrichment ». En organisant chaque année le Festival de la musique zydeco, C.R.E.O.L.E. Inc. fait la promotion de cette musique unique en son genre. Par le biais d’une émission radiophonique hebdomadaire en langue créole sur les ondes du poste KVRS, elle fait sa part pour la préservation de celle-ci. Depuis cinq ans, l’Association intronise dans son Temple de la renommée des « Grands Créoles ». Y sont représentés les cinq musiciens suivant : : Alton « Rockin Dopsie » Rubin, Alphonse « Boisec » Ardoin, Paul « House Rocker » Thibeaux, Canary Fontenot et Clifton Chenier.

Le drapeau des Créoles de la Louisiane, conçu en 1987 par M. Pete Bergeron, (voir l'affiche ci-haut) rappelle la complexité et la richesse du patrimoine créole. Au coin gauche supérieur se trouve sur un champ bleu la fleur de lise rappelant l’héritage global de la Louisiane. En bas à gauche et en haut à droite les drapeaux du Mali et du Sénégal représentant l’apport africain. Dans le coin inférieur à droite, la tour de Castille sur un champ rouge, symbole de l’héritage espagnol. Les quadrants du drapeau sont divisés par une croix blanche symbolisant l’adoption de la foi chrétienne par les musulmans et animistes venus d’Afrique.

Devant une sculpture en bas-relief intitulé « Struggling » (Lutter), s’affiche cet écriteau poétique résumant le chemin parcouru et à parcourir par les Créoles noirs :

Struggling

You took me from my native land
Made me kneel and bound my hands.
Across the sea when I came
Made to shiver, made to shame.
The tools I used were muscles and bones.
Though war came and broke the chains
Slavery really still remains.
For as a people, I’ll always know
The road to freedom is long to go.

mars 29, 2004

La traverse Galveston-Port Bolivar

L’embouchure du Saguenay sectionne la route 138 entre Tadoussac et la Baie Sainte-Catherine. Pour descendre sur la Basse-Côte-Nord, il faut emprunter un traversier dont la gratuité est assurée par l’État. Il en est de même au Texas pour toute une série de traversiers dont l’opération relève du Département des transports. L’un d’eux relie la jolie ville balnéaire de Galveston à la péninsule Boliva. La population plutôt éparse de la péninsule vit de la pêche, de

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l’agriculture et de la villégiature. La traversée de quatre kilomètres se fait en dix-huit minutes sur l’une des voies navigables les plus achalandées des États-Unis. En fait, il s’agit du chenal qui relie Houston, le plus grand port intérieur du pays, au Golfe du Mexique. Environ 7 000 navires par année font escale à Houston.

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À Galveston, la flotte consiste en cinq traversiers, chacun portant le nom d’un ancien directeur ou d’un ingénieur du Département des transports : R.C. Lanier, D.C. Greer, Ray Stoker, R.H. Dedman et Gibb Gilchrist. Les cinq traversiers ont chacun une capacité de 70 voitures, 500 passagers et six membres d’équipage. Dépendant des heures et des jours, il y a un service à toutes les 15, 30 ou 60 minutes. Tous, sauf le Gilchrist, plus vieux, se servent d’un système de propulsion dit cycloïdal qui permet des virages à 360 degrés et des déplacements latéraux sans avancer ou reculer.

Entre le point de départ à Galveston, et le point d’arrivée à Port Bolivar, les passagers, qui le désirent, peuvent monter sur le pont. Peu le font, préférant rester dans leurs véhicules. À peu près le seul objet qui attire le regard, hormis le trafic maritime abondant, est le parc du Seawolf aménagé dans le but de permettre au public de visiter ce sous-marin retiré de la flotte navale américaine à la suite de la deuxième Guerre mondiale.

mars 28, 2004

Découvrir le Québec à Magnolia Beach, TX

Le soleil se lève sur Magnolia Beach, au Texas. Quarante véhicules récréatifs et grosses caravanes sont « cordés » sur 500 mètres, face à la mer. Sur ce nombre, 31 portent la plaque du « Je me souviens ». Il y en a trois de l’Ontario, deux de Washington, deux du Texas, un du Tennessee et un du Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une halte bien connue des gens du Nord qui fuient les rigueurs de l’hiver afin de séjourner dans le Sud, mais un Sud très différent de celui auquel on est habitué de penser, un Sud qui coûte beaucoup moins cher que celui de la Floride.

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À 55 ans, Jacques a pris une retraite anticipée du service de transport de la ville de Montréal. Pendant 26 ans, il avait conduit le métro. Évadé du souterrain depuis cinq ans, il adore les grands espaces et l’air frais. Lui et sa conjointe habitent l’année longue leur Winnebago et évitent comme la peste la Floride où, selon lui, « les gens ne te parlent pas à moins de voir une signe de piastre dans le front… ». Jacques est ici depuis un mois à prendre du soleil et à pêcher, mais la plupart sont là pour quelques jours seulement, le temps de se ravitailler et de se reposer quelques jours de plus en attendant que la neige fonde davantage chez eux. Et pourquoi pas? Le comté de Calhoun met gratuitement à la disposition des passants ce front de mer aux plages propres et à la brise éternelle.

La vaste majorité des gens rencontrés à Magnolia Beach ont passé l’hiver dans l’extrême sud de l’État de l’étoile solitaire (Lone Star State), s’établissant le long de la Rio Grande, entre Brownsville et Roma. Les toponymes tels que Mission, Weslaco, Harlingen et McAllen pourront bientôt faire autant partie de la carte mentale des Québécois que Hollywood, Dania et Hallandale. Plusieurs autres voyageurs, comme ce couple de Rouyn-Noranda qui avait séjourné en motorisé au centre-ville de Puerto-Vallarte, et le gars de Saint-Hubert qui avait perdu ses freins près de Monterrey, lors du retour d’Acapulco, ont tenté l’expérience mexicaine. Ce dernier profite de ce répit à Magnolia

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pour démonter et remonter les roues de son motorisé en fonction du sprint final vers Montréal. Accroupi à vérifier ses freins, il peut regarder à la fois sa canne à pêche avec laquelle il a « poigné » hier un sand shark (oui, véritable petit requin au goût merveilleux, il paraît) et des gros pétroliers qui passent régulièrement. En terre étrangère, des Québécois se retrouvent sans se connaître. La vie sociale se déroule comme toujours en milieu populaire québécois, les hommes à table à jouer aux cartes et à discuter, les femmes assises entre elles à jaser et à gesticuler!!

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Les voyageurs canadiens d’aujourd’hui ne se déplacent plus comme ceux d’antan. Leurs gros canots sont chargés de manière à assurer sur la route tout le confort de la maison. Puisque ces canots ne peuvent pas aller partout, les voyageurs doivent souvent avoir recours à une petite embarcation pour faire le portage entre la grande route et la petite route, entre le terrain de camping et l’épicerie, entre le motorisé et le lieu historique

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Si les Acadiens étaient aussi nombreux que les Québécois, peut-être seraient-ils sur la route en aussi grand nombre. Donald et Denise de Moncton fréquentent depuis sept hivers la région de McAllen. Cueilleur de pamplemousses et guitariste à ses heures, Donald aime l’endroit pour son coût de la vie relativement peu élevé, mais aussi pour son côté populaire, convivial et accommodant. En présence d’amis—surtout américains—faits aux cours des hivers, ces Acadiens participent à tous les soirs—ou presque--aux « jams » de musique country-western.. Donald et Denise espèrent se rendre à la fabuleuse Texan Reunion qui regroupera cet été en Illinois des hivernants de la vallée de la Rio Grande. Les amis d’hiver y deviendront des amis d’été.

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mars 26, 2004

Homme recherché : Adolphe Papineau

Après la visite au Musée du comté de Matagorda à Bay City, je tenais à voir le plan d’eau qui est la baie de Matagorda. J’y suis arrivé en suivant la rivière Colorado dont le paysage et le style architectural des maisons rappellent drôlement celles des bayous Lafourche et Terrebonne en Louisiane.

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Au bout de la route 60, à 50 mètres de la baie et du vieux quai qui tombe en désuétude, j’ai garé ma Safari à côté d’un vieux campeur de couleur orange. Le propriétaire en est Mike Papineau de Honey Creek, Iowa. Son histoire est

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fascinante. Il sait, par exemple, que l’ancêtre qu’il recherche depuis 30 ans n’est pas Louis-Joseph Papineau. Tout comme celui-ci, cependant, l’ancêtre de Mike a dû fuir le Bas Canada au moment des « troubles » de 1837. Il a amené avec lui en Nouvelle-Angleterre son fils, Adolphe, arrière-arrière-petit-fils de Mike. Par le biais de ses recherches généalogiques, cet homme qui ne parle pas français, mais qui demeure Canadien français de cœur et de physionomie , sait qu’Adolphe s’est rendu à Fond du Lac au Wisconsin car en 1857 un premier enfant est né au couple qu’il constitue avec Henriette Landry. Un deuxième suivra en 1859, Georges, arrière petit fils de Mike, et un troisième deux ans plus tard. Adolphe et Henriette se sont déplacés du sud du Wisconsin au nord, finissant leurs jours à Oconto, près de la frontière du Michigan.

Selon Mike, pour connaître l’identité de ce « cousin fuyard» de Louis-Joseph Papineau qui a fondé une nouvelle lignée des Papineau aux « States », il faudrait trouver l’un ou l’autre des deux documents suivants : (1) le baptistaire d’Adolphe, né en 1834; (2) le certificat de mariage d’Adolphe et Henriette. Pour l’instant le mystère persiste. Ceux qui pourraient aider Mike Papineau à résoudre son énigme sont instamment priés de prendre contact avec lui : cavefolk@hotmail.com.

Mike lui-même suit dans la tradition d’errance des Canadiens français. Né à Chicago de famille ayant des racines au Nebraska où elle a bénéficié, au XIXe siècle, du Homestead Act (octroi de terres gratuites), Mike est retourné faire carrière dans l’hôtellerie à Omaha. Depuis sa retraite, il sillonne le continent : l’hiver en campeur orange aux endroits plutôt méridionaux (Louisiane, Texas, Mexique), le printemps en Iowa et l’été près de Sioux Lookout, dans le nord-ouest de l’Ontario. Sandi, sa conjointe, se passionne aussi du voyage et de la généalogie. Elle a des racines « françaises » également, mais d’un tout autre ordre : des Grivel venus au Nebraska au début du dernier siècle en compagnie de plusieurs autres famille du Val d’Aoste, enclave francophone du nord de l’Italie.

Mike et Sandi, deux grands voyageurs devant l’Éternel et généalogistes invétérés cherchent ardemment les secrets de leurs passés respectives.

mars 24, 2004

L’odyssée de Cavelier de la Salle au Texas

Sur les rives de la baie Matagorda, au Texas, se lève une statue à la mémoire de Robert-René Cavalier sieur de la Salle.

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Au Texas? Pourquoi une statue du découvreur du Mississippi dans cet énorme État américain, autrefois république (1836-1848) et auparavant territoire mexicain (Tejas)?

Tous connaissent l’épopée héroïque de celui qui, à la suite d’une descente du grand fleuve à partir de Lachine en passant par le Saint-Laurent et les Grands lacs, a réclamé en 1682, au nom du roi Louis XIV, plus que le tiers tu territoire des États-Unis actuels, d’où le nom « Louisiane ». Peu nombreux sont ceux qui connaissent la triste fin du héros qui, en 1684 accepta un nouveau défi de son roi, celui d’établir une colonie permanente à l’embouchure du Mississippi. En juillet, accompagné de 300 personnes à bord de quatre navires : L’Aimable, La belle, Le joly et Le Saint-François, il lève l’ancre. Avant la fin de l’année, en plein Caraïbe le Saint-François est saisi par des pirates. L’incident nécessite un ressourcement d’une durée de deux mois à Saint-Domingue. Enfin, en février 1685, trois navires essaient d’accoster non pas à la destination recherchée. Non, ils l’avaient manquée. C’est à 800 km plus à l’ouest, dans la baie de Matagorda, qu’ils essaient d’atteindre la terre ferme. Deux des trois navires réussissent. L’Aimable, cependant, touche au fond et cale. Ayant perdu une partie importante des provisions en vue de coloniser le territoire, les matelots se découragent. Plus de 100 d’entre eux remontent à bord du Joly et regagnent la France.

La Salle et son contingent, maintenant réduit à 180, réussissent à ériger le Fort Saint-Louis, mais ne s’entendront pas avec les Karankawa, peuple autochtone de la côte.. Le seul navire leur restant, La Belle, fait

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naufrage lors d’une tempête. Pour sauver la situation, La Salle propose de partir avec 50 hommes chercher du renfort en remontant vers le centre du continent par voie terrestre. À 200 kilomètres du Fort Saint-Louis, près de l’actuelle ville de Navasota, ses hommes se révoltent et assassinent leur leader. Apprenant la mort de celui-ci, les Karankawa profitent de la situation et achèvent ceux qui restent au Fort Saint-Louis, déjà affaiblis par la faim et la maladie.

En 1995, le navire La Belle fut retrouvé dans les eaux boueuses de la baie de Matagorda. Grâce à la technologie moderne et au coût de 1,5 millions de dollars, le petit navire est remonté à la surface pour être étudié par des spécialistes de la Commission historique du Texas. Des milliers d’artefacts cachés depuis trois siècles dont un canon en laiton, des assiettes en étain et un pot en argile sont aujourd’hui exposés au Musée du comté de Matagorda. Dans le cadre du projet The La Salle Odyssey, ce musée situé dans la ville de Bay City se concerte avec six autres musées de la région pour interpréter cette dimension passionnante de l’histoire du Texas et de l’Amérique française.

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janvier 19, 2004

R&R à Cypress, TX

Même si son nom figure sur la carte routière du Texas, Cypress n’est pas un lieu. Il s’agit plutôt d’un espace, d’une vaste zone non municipalisée en plein développement sauvage. Il se trouve au nord-ouest de la métropole du Texas, Houston, à proximité du troisième boulevard périphérique, à une trentaine de minutes de l’aéroport intercontinental George Bush. C’est ici qu’habite ma nièce, Laurie Seil, avec son mari, Karl, et leurs jumelles, Ashley et Allison, 17 ans, dans une grande maison située sur dix acres qu’ils ont baptisé affectueusement le Lone Cypress

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Ranch à cause de l’unique cyprès qui pousse sur leur terrain. Allison et moi avons découvert des affinités. Depuis son voyage en Europe en 1999, elle est passionnée du français. Elle collectionne musique, affiches et livres. Son père avait essayé de la convaincre de la plus grande utilité de l’espagnol. C’était mal connaître sa fille; son idée était faite!

À la suite de sa chute violente subie trois jours auparavant à Fort Stockton et de 111 jours sur la route qui l’ont vu parcourir 19 841 km, et avant le retour au Québec par avion, le voyageur que je suis avait besoin de ce que l’armée américaine attribue à ses combattants fatigués, du R&R (rest and relaxation/repos et détente). Il n’aurait pas pu trouver un meilleur endroit pour reprendre ses esprits avant de céder la clé de sa Safari à sa nièce qui gardera le

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précieux véhicule sans sa « grange » en attendant le retour de son oncle à la fin du mois de mars. Au retour du grand oncle, il est plus que certain qu’Allison se verra enrichie de nouveaux objets dans sa collection. Le voyageur lui a également promis une petite rencontre-causerie avec Mme Stevenson et les élèves de son cours de français au Tomball High School.

janvier 14, 2004

Gâcher la fin de son voyage à Fort Stockton, TX

Hé que le Texas est vaste! Le voyageur y entre à El Paso. Il se pointe vers Houston, 1 400 km plus loin. De l’espace, il y en a dans l’Ouest du Texas et peu de villes : Van Horn, Fort Stockton, Junction avant d’enfin commencer à voir de la verdure et un peuplement plus soutenu en montant sur le plateau Edwards qui marque le début du « hill country ».

Le Texas est découpé en 250 comtés, chacun ayant son chef-lieu pour gérer les affaires du comté à partir du courthouse (palais de justice). Ces édifices, souvent d’architecture classique, dorique ou ionique, cadrent mal dans ce paysage plat, clairsemé et, à l’occasion, sauvage. Notons par exemple, celui de Fort Stockton, qui domine une

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rue principale rendue désuète par une urbanisation qui s’organise et s’oriente aujourd’hui autour de l’autoroute qui contourne le bourg. À quelques pas du palais de justice se trouvent deux autres œuvres architecturales tout aussi impressionnantes, l’ancienne banque, transformée en poste de police et l’ancien hôtel Annie Riggs, transformé, lui, en musée historique. L’église Saint-Joseph témoigne d’une présence hispanique à Fort Stockton—une présence d’ailleurs de plus en plus visible et audible dans le sud-ouest des Etats-Unis.

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Fort Stockton est une ville de 7 000 habitants portant le nom de Robert Field Stockton (1795-1860), capitaine ayant gagné la Californie pour les Etats-Unis. Le fort autour duquel, la petite agglomération s’est formée, fut établi en 1859 dans le but de surveiller les voies de communication et, surtout, d’assurer le passage du courrier entre San Antonio et San Diego. La ville de Stockton en Californie porte aussi son nom.

Pour explorer son noyau historique et culturel, j’ai enfourché mon vélo. Je regretterais. Après avoir visité les lieux et assisté à la messe en espagnol, je roulais joyeusement dans la rue Gonzalez, au son des coqs qui chantaient dans les basses-cours. Tout à coup, un gros chien brun est sorti de nulle part. Encouragé par les jappements d’une autre bête encore plus grosse, mais en laisse heureusement, la brute a foncé sur moi. Réflexe de freiner au lieu d’accélérer. Erreur monumentale! Le vélo s’est arrêté brusquement, mais pas son passager qui est passé par-dessus du guidon, s’écrasant non délicatement sur le pavé. Il avait fait trop beau ce matin-là pour porter le casque ! Autre erreur! Coupure à la tête, lunettes brisées, bras, genoux et côtes « maganés ». Pensant sûrement que sa victime en avait déjà assez eu, le chien a battu en retraite!

Neuf jours plus tard à Québec, mal en point, le voyageur s'est fait examiner par un médecin: bras droite cassé!


janvier 05, 2004

Lake Havasu City, AZ et le pont de Londres

Examinons le tableau suivant :

Population de Lake Havasu City

Date Nombre habitants

1er janvier 1964 0
1er juillet 2003 60 000
1er février 2004 110 000
1er juillet 2004 (est.) 60 000


Au Québec, on connaît des villes développées au milieu du siècle dernier, les villes comme Fermont, Gagnon, Schefferville et Arvida, toutes des villes qui ont vu le jour et pris leur essor en fonction de l’exploitation ou de la transformation du minerai—des villes minières ou industrielles.

Lake Havasu City est née en 1964 d’un autre concept et le tableau ci-dessus dit tout. Robert P. McColloch, père, fondateur, et son planificateur en chef, C.V. Wood, fils, ont envisagé la création d’une ville sur les berges du Colorado, transformé pour les fins de la cause en petit lac. Elle serait basée sur l’exploitation du beau temps, du tourisme et de la villégiature.

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Une fois le lac en place et une île artificielle de 6 kilomètres de circonférence bien aménagée, il fallait trouver un pont pour relier l’île à la terre ferme. McColloch et Wood en ont trouvé un à vendre à Londres, et pas n’importe lequel, il s’agissait bien du pont de Londres qu’ils ont acheté au prix de 2 400 000$. Pour 4 500 000 $ de plus, ils l’ont fait déménager et reconstruire au lac Havasu. Pour que le pont soit bien à sa place, ils ont aussi fait construire à droite en traversant, un English Village et à gauche, le London Bridge Resort et marina.

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Plusieurs lieux de séjour et de vacances, comme le Islander, devant lequel flottent deux drapeaux, et un énorme terrain de camping, le Crazy Horse, comptant un millier emplacements pour véhicules récréatifs, accueillent surtout des gens du troisième âge, rassemblés de partout en Amérique, comme, par exemple, Arthur et Bernadette LeBlanc, de Chéticamp, en Nouvelle-Écosse, venus pour la sixième année de suite, en motorisé remorquant la petite voiture, afin de passer quatre mois sous le soleil du Sud-Ouest. Les LeBlanc, tout heureux de parler français dans

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ce milieu hispano-anglais, ont une histoire intéressante. Vers 1967, ils ont quitté l’île-du-Cap-Breton pour que Art trouve du travail à Toronto. Ils y ont passé trente ans de leur vie et y ont élevé leurs deux filles qui habitent aujourd’hui Sudbury. Une fois « retirés » en 1998, comme me l’a expliqué Bernadette, ils sont rentrés de leur exil, mais l’hiver à Margaree Harbour, près de Chéticamp n’est guère plus intéressant qu’à Havre Saint-Pierre. C’est préférable, disent-ils, de s’en éloigner. À mesure que les années passent cependant, ils trouvent la distance entre la Nouvelle-Écosse et l’Arizona de plus en plus grande et il sera question au retour cette année de vendre leur Challenger et ses accessoires.

Possédant une réserve de l’autre côté du lac, en Californie, les Chemeheuvi (première nation) ont appris à tirer profit de la nouvelle ville, surtout l’hiver, quand sa population double. Un bateau,Le Dreamcatcher ,part du quai du « village anglais » à toutes heures, transportant gratuitement des joueurs et joueuses au casino de Havasu Landing, chez les Chemeheuvi.

Contrairement à Fermont, Schefferville, Gagnon et, qui sait, peut-être même Arvida, Lake Havasu City ne sera jamais « fermée ». Non, tout au contraire, d’autres rêveurs, comme McColloch, conçoivent de nouvelles villes similaires qui s’implanteront, dans les années à venir, en amont et en aval de celle-ci. Ce qui fait son charme—et ce voyageur l’a trouvée charmante—est la vulgarité et l’absurdité. Le mélange de cultures, de paysages, de climats qui n’ont rien à voir les uns avec les autres frise le ridicule. Il existe ici une hybridité à faire rêver le plus ardent des post-modernistes. Par contre, le charme est également attribuable à des valeurs plus traditionnelles véhiculées par des gens détendus, heureux, loquaces.

janvier 02, 2004

Tombstone et Bisbee, AZ, de la bisbille…

Dans le coin sud-est de l’Arizona se trouve le comté de Cochise, nom de l’un des grands chefs des Apaches, l’autre étant Géronimo. Il a connu une rivalité de taille, celle de deux petites villes minières, l’une basait sur l’exploitation des métaux précieux, or et argent, et l’autre sur un métal davantage utilitaire, le cuivre. Il s’agit bien sûr de Tombstone et de Bisbee.

Annonçant ses intentions de se rendre dans le territoire des Apaches, Edward Schieffelin s’est fait traiter de fou. « Tout ce que tu vas trouver là bas, disaient ses associés, c’est ta pierre tombale (tombstone) ». Schieffelin y a découvert un abondant gisement d’argent. En peu de temps, des milliers de prospecteurs se sont mis à sa poursuite. Se rappelant les commentaires des copains, il n’avait d’autre choix que de donner au campement le nom de Tombstone. L’un des édifices les plus imposants de Tombstone porterait son nom, Schieffelin Hall. Deux autres bâtisses marqueraient de façon indélébile le tissu urbain, le palais de justice du comté de Cochise et le théâtre Birdcage.

Les gens de Tombstone croyaient assurer l’avenir de leur ville comme chef lieu du comté de Cochise, mais c’était sans compter sur les événements qui se produiraient chez eux et plus au sud dans les montagnes du mulet (Mule Mountains). À Tombstone, l’exploitation des métaux précieux et la possibilité de s’enrichir rapidement ont attiré une nouvelle classe d’habitants : citadins, entrepreneurs, aubergistes, prostituées (des colombes souillées/soiled doves), etc. tous du genre sédentaire. Pour protéger leurs intérêts et apporter « un peu de civilisation » à Tombstone, des entrepreneurs ont fait venir des « hommes de la loi ». Il s’agissait de Wyatt Earp, arrivé de Dodge City, au Kansas, de ses deux frères, Virgil et Morgan, et de son ami, Doc Holliday. Pour leur faire la vie dure, il y avait le clan des Clanton, nomades, cowboys, voleurs de bétail. La confrontation a eu lieu le 26 octobre 1881 au corral OK. Elle a été violente. Billy Clanton, 19 ans, mort; Frank McLaury, mort; Thomas McLaury, mort; tous les trois enterrés au cimetière Boot Hill. Virgil Earp, une balle dans la jambe, et Morgan Earp, assassiné le 16 mars suivant par l’embuscade alors qu’il était en train de jouer aux billards chez Campbell et Hatch, sur la rue Allen à Tombstone. En toute probabilité, ce meurtre fut perpétré par un membre des Clanton.

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Cet échange de coups de feu au corral OK a marqué l’histoire du Old West et a mis Tombstone sur la carte. L’exploitation des métaux précieux ne s’y fait plus depuis cent ans. Tombstone devait mourir. En 1929, elle a perdu à son grand rival, Bisbee, son statut de chef lieu, mais il vit encore ce bourg dont la devise est « town too tough to die ». Il vit grâce à son histoire violente. Les bons coups, comme les mauvais coups sont encore évidents au cimetière Boot Hill, à l’entrée du village. Les cowboys et leurs dames se promènent à tous les jours sur la rue Allen à interpréter et à mettre en valeur l’histoire de Tombstone.

À Bisbee, il s’agissait d’une exploitation minière d’un tout autre genre. La compagnie Phelps Dodge creuse depuis un siècle un trou massif—une exploitation à ciel ouvert. Bisbee est située à 5 200 pieds d’altitude, repliée dans les montagnes du Mulet. La rue principale de Bisbee et son grand hôtel, le Copper Queen, sont pittoresques, mais moins que les maisons des gens odinaires, mineurs pour la plupart, situées sur les hauteurs à peu près n’importe comment et n’importe où. Pour les atteindre, l’escalier peut être de rigueur.

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Avec le déclin des profits des vingt dernières années, Phelps Dodge transfère ses opérations vers l’étranger, surtout vers l’Amérique latine. Bisbee, au lieu de connaître un déclin connaît un renouveau basé sur l’art et le tourisme. Le filet de hippies arrivés aux années 60 est devenu aux années 90 un torrent d’artistes et de bohèmes. La preuve est partout dans les nombreuses librairies, boutiques et cafés, mais non seulement là. Le mur de la paix n’a pas été érigé par des mineurs de cuivre!

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Parmi les nomades nouveau genre qui parcourent l’Amérique l’hiver en véhicule récréatif, arrêtant ça et là, en attendant la fonte des neiges dans les contrées nordiques, des Québécois de la région du Lac Saint-Jean et de Chibougamau, s’amusent sur la Main à Bisbee. En nous quittant, je leur ai lancé un petit avertissement : « Hé, les amis, pas de bisbille à Bisbee! » Ils ont ri de bon cœur.

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décembre 31, 2003

Accueillir la nouvelle année à St. George, UT

Comment fêter la nouvelle année dans le désert, sans famille, sans amis, sans connaître personne et sans boisson? Facile! Se rendre à St. George, ville de 40 000 habitants en plein essor, située dans le coin sud-ouest de l’État de l’Utah, où s’organise depuis cinq ans la Fête de la première nuit (St. George First Night 2004). Le centre de

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la petite ville s’y prête si bien, car dans la tradition de toutes les villes et tous villages aménagés dans l’Ouest sous l’égide de l’Église de Jésus-Christ des Saint des Derniers Jours, les rues sont excessivement larges et les édifices historiques abritant des institutions culturelles particulièrement bien préservés.

Tout comme au Festival d’été de Québec, le fêtard achète son macaron pour avoir accès aux diverses venues qui regroupent une pléthore d’activités. À titre d’exemples :

À l’Opéra (3), une danse retro avec musiciens en smoking.

À l’échoppe du barbier du boulevard (6), un festival de film.

Dans l’ancienne salle de cinéma, le Théâtre électrique (12), une prestation rock du groupe Rok Dox, composé de quatre « docteurs » (un dentiste, un podologue, un gynécologue et un chiropraticien), tous de St. George.

Dans l’ancien gymnase de l’école Woodward (14), aujourd’hui transformé en théâtre musical, des extraits de pièces musicales dont « Chicago » et « Mamma Mia ».

À l’intérieur de l’historique tabernacle (15), de la musique classique jouée par le trio The Classic ¾ et des mélodies préférées des « baby boomers » chantées par la chorale féminine, Friends.

Sur la scène du bas du Main (20), un concert country avec les frères Hiatt.

Sur la grande scène (8), des spectacles de musique à casser les oreilles et le compte à rebours, suivis d’un feu d’artifice à minuit.

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Des kiosques (18) pour vendre un grand éventail de mets, servis toujours avec le sourire. Ce voyageur a particulièrement aimé l’assiette d’agneau à 6,50$, achetée au kiosque des Navajo, comprenant agneau, pain navajo (fry bread), pomme de terre cuite au four et épis de blé d’Inde.

Les enfants et ados trouvaient agréable de glisser sur la glissade gonflable installée sur le Main. En payant quatre piastres, les plus braves pouvaient essayer de gagner un prix en escaladant une tour de sept mêtres.

Les tout petits se sont raffolés des clowns et des amuseurs publics.

Distribués à tous les cinquante mètres, au milieu des rues réservées aux piétons, des barils contenant un feu de bois permettaient aux fêtards frileux de se réchauffer.

décembre 30, 2003

Les lieux de la polygamie

En ce vingt-et-unième siècle, la polygamie, ce vestige des mœurs mormones du dix-neuvième, continue à titiller l’imaginaire nord-américain. Que ce soit la variante pratiquée à Bountiful, près de Creston, en Colombie-britannique, ou celle de Colorado City ou de Big Water, située sur la frontière entre l’Utah et l’Arizona, le phénomène se vend bien. En 2003, deux livres à succès, le premier, un essai (Jon Krakauer, Under the Banner of Heaven), et le deuxième, un roman (Judith Freeman, Red Water), y ont été consacrés. Dans un cas, comme dans l’autre, l’action se passe principalement dans un territoire restreint du vaste Plateau du Colorado, partagé aujourd’hui par les États d’Arizona et de l’Utah.

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Se basant sur des entrevues réalisés avec hommes et femmes polygames et sur une collaboration considérable avec le meurtrier, Dan Lafferty, condamné à la prison à perpétuité pour son geste posé en 1984 à l’endroit de sa belle-sœur et de son enfant, Krakauer examine le côté sordide du phénomène. Brenda Lafferty a perdu la vie aux mains de son beau-frère en raison de son refus de se soumettre à l’idée de partager son mari. Krakauer documente le nécessaire lien existant entre les polygames du Canada et ceux des Etats-Unis. Ce lien rend possible un plus vaste éventail de choix en mariage et sert, par le fait même, à réduire la probabilité de mariages consanguins.

Colorado City est située au pied d’un massif imposant de roc rouge, le même qui figure sur la page couverture du livre de Krakauer. Fondée officiellement et rebaptisée en 1985, la communauté existe depuis bien plus longtemps.

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En 1955, la police de l’État d’Arizona a conduit un raid contre les familles polygames de l’endroit qui s’appelait à l’époque Short Creek. La descente n’a pas connu le succès voulu et la communauté s’est reconstituée de part et d’autre de la frontière. Les énormes résidences requises pour loger des familles plus que nombreuses se trouvent surtout à Colorado City, en Arizona, tandis que les raisons sociales s’affichent davantage à Hildale, en Utah.

Red Water de Judith Freeman explore le phénomène de la polygamie au dix-neuvième siècle, telle que perçue et vécue par trois des femmes de John D. Lee, l’un des plus importants bâtisseurs de colonies dans le sud-ouest de ce qui deviendrait en 1896, une fois la pratique de la polygamie officiellement abandonnée par l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, l’État de l’Utah. En septembre 1857, dans les circonstances plutôt nébuleuses, Lee et ses acolytes ont perpétré une odieuse attaque contre des émigrants d’Arkansas qui traversaient le territoire de l’Utah en route vers la Californie. Cent vingt hommes, femmes et enfants voyageant sous la direction des capitaines Alexander Fancher et John Baker ont perdu la vie lors du massacre.

Soupçonné par les autorités civiles d’avoir été à la tête des agresseurs, Lee a dû prendre la fuite, s’établissant dans l’une des régions les plus rudes de l’Amérique. Ici, le Colorado coupe à travers le plateau Paria avant de pénétrer dans le Grand Canyon. À ce lieu perdu qu’il appelait Lonely Dell, John et ses familles ont aménagé un service de traversier sur le Colorado. Dans ce paysage désertique, coupé et entrecoupé de gorges et de canyons,

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nul autre endroit ne s’y prêtait. Pour briser l’isolement, le pont Navajo enjambant le Colorado à huit kilomètres de Lonely Dell a été parachevé en 1993. Aujourd’hui, Lee’s Ferry est bien connu des cascadeurs du Colorado. C’est ici qu’ils doivent prendre l’ultime décision, soit de sortir du fleuve, sains et saufs, soit de poursuivre la course dans les eaux turbulentes et dangereuses du Colorado alors qu’il se lance dans le Grand Canyon ?

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Freeman raconte la triste fin de John D. Lee. Abandonné par ses frères en religion, par certaines de ses femmes et plusieurs de ses enfants, il est enfin capturé en 1874, traduit en justice à deux reprises et exécuté en 1877 sur les lieux mêmes du massacre de Mountain Meadows. Justice et rétribution ? Possiblement, quoique certains prétendent que Lee n’était qu’un bouc émissaire, sacrifié dans le but d’étouffer une affaire téléguidée de Salt Lake City.

Fascinante par sa géographie, son histoire et ses mœurs, cette stérile, aride région à très faible densité marque indélébilement le voyageur. Impossible d’y rester indifférent !

décembre 28, 2003

La route 66 à Williams, AZ

La route 66 (3701), longue de 3 000 km, reliant Chicago à Los Angeles, et rendue célèbre par le roman, Les raisins de la colère, de John Steinbeck n’est presque plus, sauf à Williams, en Arizona, dernière ville de la 66 à avoir été contournée par un tronçon du système autoroutier, le I-40 en l’occurrence. Cela s’est passé en 1984.

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Tout au long des années de la grande Crise, la 66 facilitait la fuite vers la Californie—vers l’El Dorado—des cultivateurs chassés de leurs terres par des conditions économiques et de sécheresse. D’autres résidents du Midwest suivaient le conseil bien connu et souvent évoqué de Horace Greely : « Go west young man! ». Ou bien, ils répondaient tout simplement au mythe de la Californie. La route 66 était longtemps l’« avenue du Grand Canyon », permettant aux millions d’automobilistes de se rendre aux abords méridionaux de l’immense abîme.

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Visiter Williams aujourd’hui, c’est remonter aux années 1950. J’y ai vu la première voiture dont j’étais devenu propriétaire à 17 ans : une Ford, modèle 1953, de couleur bleue foncée, pneus au flanc blanc. En 1960, je l’avais

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payée 350$ chez Halstrom Motors à American Fork, UT. James Dean, dont la persona fut rendue célèbre au Québec et en France par Luc Plamondon (« La légende de Jimmy »), surveille du haut d’un tableau mural un véritable PT Cruiser blanc et une Ford Thunderbird rouge aux lignes pures. Les nombreux motels qui parsèment la rue principale—au moins une quinzaine—rendent désolant témoignage d’une époque révolue qui a marqué les mœurs d’un peuple. Pour la modique somme de 22$, j’ai pu avoir une chambre au Grand Motel qui figure dans la liste des lieux historiques des Etats-Unis (US Historical Registry)

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Aller au cinéma? Plus question. Aujourd’hui, l’impressionnant salle de cinéma Sultana reçoit, le jour du Seigneur, à 10h30, Ses disciples!

La route 66! Sa renommée s’est répandue jusqu’à Québec. Au coin du boulevard Hamel et la rue de Marie de l’Incarnation, une surprise attend l’observateur averti !

décembre 24, 2003

Troisième temps d’arrêt

Pour la première fois depuis longtemps, un Noël sans neige. Quelques membres du clan Louder quittent Montréal afin de se joindre au voyageur pour passer Noël à Las Vegas. Xavier, Mathieu et Mary-Soleil contemplent leurs pertes au Casino Stratosphère.

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Plus heureux, chez Circus Circus, ils montrent leurs trophées.

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En sautant dans le vide d’une tour de 55 mètres de haut, Mary-Soleil suit dans les traces de ses grandes sœurs qui l’ont déjà fait avant elle.

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décembre 18, 2003

Moapa et la vallée du feu, Nevada

Au cœur de la Crise (1934), deux jeunes mariés, se sont réfugiés le temps d’une saison dans la vallée de Moapa, à 50 km à l’est de Las Vegas. C’étaient mes parents! Ils ont travaillé chez un cultivateur et habité une tente plantée entre une rangée de dattiers et une rangée de grenadiers. Bernice, ma mère, bottelait des plantes de tomate avant de les mettre dans les caisses en bois que Bert, mon père, fabriquait. Ils ont aimé cette vallée torride et prétendait toujours que leur seule fille, ma sœur, y avait été conçue. Voici les mots exacts d’une femme de 20 ans qui quittait péniblement, mais courageusement, la sécurité de son foyer familial pour l’incertitude d’une vie d’ouvrière agricole dans un pays lointain.

Dad put me on the bus in Pleasant Grove and I think I cried most of the way to Glendale, Nevada where Bert met me. We worked for Alma Shurtliff and they were sure nice people. We lived in a tent set up between a row of date and pomegranate trees. I worked bunching tomato plants and Bert made crates. We loved that Moapa Valley and we always said that we got Larna under that Moapa moon.

Enfin, soixante-dix ans plus tard, leur fils, moi-même, a eu l’occasion de se rendre sur les lieux et de voir cette vallée—pas si belle que cela à ses yeux—que ses parents avaient vantée toute leur vie durant.

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Plus spectaculaire que l’oasis Moapa est le désert environnant qui porte bien son nom. Dans la Vallée du feu, la rougeur des rocs fait contraste avec la verdure des hauteurs. Le Roc d’éléphant marque l’entrée de ce qui est

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aujourd’hui un parc administré par l’État du Nevada. Ici, les campeurs peuvent jouir, en toute simplicité, d’un paysage à la fois sauvage et révérenciel. En voiture, en vélo ou à pied, le randonneur s’arrête constamment pour admirer des formations rocheuses aussi flamboyantes et époustouflantes les unes que les autres, telles celle des Sept Sœurs.

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décembre 14, 2003

Antelope Island dans le grand Lac salé

À certains endroits, le grand Lac salé, ce vestige de l’immense lac Bonneville qui a couvert, il y a des milliers d’années, l’État de l’Utah presque au complet, ainsi qu’une partie importante des États d’Idaho, du Nevada, du Wyoming et du Colorado, se caractérise par un niveau de salinité huit fois plus élevé que celui de la mer. Le haut

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degré de salinité s’explique par le fait que ce lac, tout comme la mer Morte, en Terre sainte, est sans issu. Les eaux des montagnes Wasatch et Uintas, pour ne nommer que celles-là, transportées par les rivières Bear, Weber et Provo, en passant, dans le cas de cette dernière, par le lac Utah dont les eaux fraîches alimentent le grand Lac salé via la rivière Jourdain, s’accumulent dans la cuvette au fond de laquelle se trouve le lac. Le seul issu pour ses eaux est par l’évaporation, les minéraux et d’autres matières solides y restant.

Un tableau sur place montre des fluctuations du niveau lacustre qui couvre la période depuis l’arrivée des pionniers mormons en 1847 jusqu’à nos jours, le lac monte et descend d’année en année en fonction des régimes de précipitation et de température. Cette variation est d’autant plus frappante dans le paysage. Il n’y a évidemment pas de marée ici. Les plages ne sont nullement fréquentées l’hiver et relativement peu l’été, car les baigneurs n’y sont pas à l’aise. On n’y nage pas, on flotte!

La plus grande île du grand Lac salé est celle des antilopes (Antelope Island), ainsi nommée à cause du grand nombre d’antilopes qui s’y trouvaient autrefois et qui y ont été réintroduites ces dernières années. L’île est reliée à la terre ferme par un chemin long de huit kilomètres. Personne n’y habite. Elle est parcourue par un troupeau de bisons et beaucoup de chevreuils. D’autres animaux (lièvres, mouffettes, renards, blaireaux, coyotes et lynx) se font remarquer dans les environs des ruisseaux, au nombre de quarante, qui descendant des hauteurs de l’île et qui se perdent dans le sol poreux des rives.

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Etant donné l’absence de fils électriques, de tours de transmission, de lampadaires, de maisons, etc., l’île est l’endroit idéal pour les amateurs d’avions téléguidés, souvent de leur propre fabrication, et de cerf-volant qui désirent pratiquer leur passe-temps favori.

décembre 13, 2003

Noël au Temple Square, Salt Lake City

Najat Bhiry est professeure de géographie à l’université Laval, une collègue à moi et mon amie. Elle passe son année sabbatique à Boulder, au Colorado. C’était donc avec grand plaisir que nous nous sommes retrouvés

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ensemble à Salt Lake City pour participer aux activités organisées par l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours autour de la grande fête chrétienne. Nous avons été chaleureusement accueillis chez ma sœur et son mari, Larna et Blaine Hardcastle, de Sandy en banlieue de Salt Lake.

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Le Square du temple est au cœur de la ville. Il est le centre historique et touristique de cette ville de la taille de Québec, fondée en 1847 par les pionniers mormons qui avaient, depuis la fondation de leur mouvement en 1830, subi des atrocités dans l’Est du pays. Aujourd’hui, le complexe du Temple Square couvre trente-cinq acres de

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terrain et compte une quinzaine de composantes : (1) Temple; (2) Tabernacle; (3) Centre des conférences; (4) Centre d’interprétation du Nord (5) Salle de rassemblement; (6) Centre d’interprétation du sud; (7) Musée d’histoire et d’art de l’Église; (8) Bibliothèque d’histoire familiale; (9) Édifice de la Société de secours; (10) Édifice mémorial de Joseph Smith; (11)Vieil édifice à bureaux; (12) Nouvel édifice à bureaux; (13) Maison des lions (Lion House); (14) Maison des abeilles (Beehive House) (les deux composantes précédentes sont ainsi nommées en fonction des statues qui les coiffent et non en fonction de leur contenu : le lion symbolisant force et courage et l’abeille l’assiduité); (15) Parc historique Brigham Young.

Les guides au Temple Square sont des jeunes filles de partout dans le monde, âgées de 21 à 25 ans, qui font ce travail bénévole pendant une période de dix-huit mois. Par la parole, par le chant et par leur bonne humeur, elles font connaître les secrets du lieu et les fondements de leur foi. En présence de deux « sœurs missionnaires », l’une de France et l’autre de Tonga,Najat a su en profiter pour approfondir ses connaissances sur la culture et la foi mormones.

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L’étrange édifice à dôme est le tabernacle où se déroule à toutes les heures du midi de la semaine—ou presque—un récital d’orgue de trente minutes. Les orgues et l’acoustique du tabernacle sont impressionnants. C’est ici évidemment que le Chœur du Tabernacle mormon fait ses répétitions et ses enregistrements. C’est aussi un édifice qui est devenu trop petit pour certaines des manifestations publiques qui s’y tenaient, d’où la construction récente (ouverture en 2000) du Centre des conférences qui accueillait cette semaine, à quatre reprises, 21 000 personnes à l’occasion du concert, « Les merveilles de Noël », présenté conjointement par le Chœur et l’Orchestre du Temple Square, avec la participation d’artistes invités, le soprano Frederica von Stade et le baryton Bryn Terfel. Leurs prestations ont fait crouler la salle sous les applaudissements.

À partir de 17h30, Temple Square s’illumine et se remplit de monde. Devant la crèche, surveillée par le fac-similé du Christus qui se trouve à l’étage supérieur du Centre d’interprétation du Nord, les passants peuvent se recueillir en écoutant l’histoire de la naissance de Jésus, selon l’Évangile de Saint Luc. Au pied du monument des mouettes qui

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rappelle un événement miraculeux des premières années des Saints des Derniers Jours dans la vallée du Grand lac salé, ils restent souvent bouche bée devant un véritable bosquet lumineux. Et dans les jardins du temple lui-même, des familles, en grand nombre, s’inspirent de la beauté des lieux.

Du carrefour de l’Ouest des États-Unis qui est Salt Lake City, de son temple historique, sous une neige légère, Najat et moi souhaitons à tous ceux et celles qui liront ce récit un très joyeux Noël et une année 2004 dont le niveau de joie et de paix sera à son comble.

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décembre 07, 2003

I-80, Nevada

Héros de la deuxième Guerre mondiale et président des Etats-Unis au plus chaud de la Guerre froide, Dwight D. Eisenhower a décrété, lors de son premier mandat, que le pays se dote d’un système autoroutier permettant aux forces armées du pays de se déplacer avec rapidité et efficacité. Identifiées par des chiffres impairs, du plus petit au plus gros, dans le sens de l’ouest à l’est et des chiffres impairs, du plus petit au plus gros, dans la direction du sud au nord, les autoroutes de cet énorme réseau relient les quatre coins des Etats-Unis. Joignant New York à San Francisco en passant par Chicago et le cœur du pays, le I-80 constitue l’un de ses liens les plus importants. Sur 650 km, de Reno, « la plus grande petite ville au monde », selon ses promoteurs, à Wendover à l’entrée de

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l’Utah, il traverse également l’État du Nevada. Entre Reno et Wendover , seulement trois villes, toutes de petite taille : Winnemucca, chef lieu du comté de Humboldt, Battle Mountain, qui se veut la porte d’entrée à la cambrousse névadane, mais que le Washington Post a qualifié l’an dernier d’« aisselle de l’Amérique » (armpit of America) et Elko, dont le palais de justice aux allures ioniques rappelle une ville beaucoup plus imposante.

Le vide du Nevada est tel et le chemin qui le traverse si large et si droit que la limite de vitesse est la plus élevée du système autoroutier états-uniens (75 milles ou 120 km à l’heure). Ça roule…et parfois trop vite! De nombreuses croix fleuries plantées le long de l’autoroute (j’en ai compté neuf) témoignent, elles aussi, du caractère meurtrier de la route.

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Le vent souffle sans cesse et l’armoise déracinée, roulante et volante (tumbleweeds) est partout. Le Nevada porte bien son sobriquet de « Sagebrush State ». Des scènes inoubliables saisissent le voyageur averti : une prison en plein désert et un panneau le long du chemin interdisant l’automobiliste de prendre des gens en autostop; une belle maison moderne isolée, loin de tout voisin arborant en ce temps de Noël crèche, chanteurs emmitouflés et rennes; deux tunnels percés en parallèle dans le roc enneigé.

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Au Nevada, le joyau de I-80 est sans aucun doute Reno qui sert de terrain de jeux aux Californiens du nord (ceux du sud fréquentant davantage Las Vegas). Que ce soit à la périphérie de la ville, près de l’aéroport, ou au centre-ville, les casinos dominent le paysage urbain. Du campus paisible de l’université du Nevada, renommée pour son programme d’études et ses recherches en études basques, les étudiants aperçoivent la silhouette du centre-ville dont le contour est tracé par la toiture des casinos.

Études basques? Oui, des immigrants basques venus au Nevada travailler comme bergers dans l’immensité de ce pays vide. C’est le seul État, avec l’Idaho, où les Basques ont assumé un rôle aussi important dans la vie du pays. D’ailleurs, l’ancien Sénateur du Nevada, M. Paul Laxalt, ami personnel de Ronald Reagan et son fidèle allié politique, descend de ces immigrants basques.

décembre 04, 2003

French Gulch, Californie

En 1848, Pierson Reading a découvert de l’or dans la gorge de la Trinité, à mi-chemin entre Eureka et Redding. Les nouvelles se sont vite répandues attirant l’année suivante des Canadiens français de l’Orégon—peut-être même de

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French Prairie. C’est eux qui ont baptisé cette localité située au fond d’un vaste ravin au cœur des montagnes et eux, entre autres, qui ont fondé l’église Sainte-Rose en 1856, aujourd’hui disparue, proie des flammes en 1998.

En 2003, selon, la maîtresse de postes, Mme Adams, French Gulch compte à peine 150 personnes qui habitent la trentaine de maisons alignées le long du seul chemin. Ce nombre est alimenté de temps en temps par quelques « hippies » qui vivent depuis les années 60 en communauté plus haut dans le ravin. Les maisons sont modestes et les coqs et poules courent autour.

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En l’absence de l’église Sainte-Rose, il reste quand même trois édifices imposants qui témoignent de la « gloire » d’autrefois de French Gulch : l’hôtel Feeney, construit en 1885 qui a changé de nom à la fin des années 40 lorsqu’il a changé de propriétaire; le magasin général qui abrite aussi le bureau de postes; la taverne qui demeure encore propriété de la famille Franck depuis sa fondation comme magasin général il y a 147 ans.

La taverne est un véritable musée, exposant des objets de toutes les générations, mais avec emphase sur les années 40 et 50. En buvant, mon Black Cherry Cream au bar, devant la caisse enregistreuse d’antan, je jasais avec le propriétaire-barman, qui ne peut agencer deux phrase sans lâcher trois jurons, et feuilletais la bottin téléphonique artisanal de la place.

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Ne cherchez pas aujourd’hui les descendants des Canadiens fondateurs. Ils sont depuis longtemps partis. Cependant, le nom de Steve Poirier figure au bottin. Mais c’est un « goddam newcomer » (criss de nouveau venu).

décembre 01, 2003

Shore Acres : un festival de lumières

Décembre déjà! Noël dans trois semaines! Sur la route, seul, le voyageur ne s’en rend pas compte. Aujourd’hui, sur la côte de l’Orégon, il se fait servir un rappel.

Au début du siècle, l’entrepreneur orégonien, Louis J. Simpson, dont le père, Asa, était venu du Brunswick, au Maine, faire fortune, s’est porté acquéreur d’un domaine surplombant le Pacifique. Cet homme, qui se présenterait sans succès aux élections de 1918 afin devenir gouverneur de l’État, y a construit un premier manoir, entouré de magnifiques jardins. Le manoir est passé au feu en 1921 et le politicien échu en a construit un autre encore plus grand. Les années de la Crise lui ayant été très dures, Simpson a tout perdu. En 1942, son domaine bien-aimé, Shore Acres, fut acheté par l’État pour un faire un parc public.

En 1987, les « Amis de Shore Acres », un groupe populaire de la région, à la recherche d’un projet communautaire, a eu la brillante idée—c’est le cas de le dire—d’illuminer, à l’occasion de Noël, les jardins. D’un début plutôt timide (6 000 ampoules miniatures et un seul sapin), l’événement est devenu un véritable Festival de lumières. Avec plus de 250 000 lumières, une multitude de sapins décorés, des sculptures en broche illuminées, un kiosque à musique éclatant et une maison féerique où l’on sert café, cidre et biscuits, Holiday Lights attire maintenant 50 000 visiteurs sur une période de six semaines (depuis l’Action de grâce au premier dimanche du mois de janvier). L’an dernier, les visiteurs venaient de trente-six pays, deux provinces canadiennes, quarante-six des cinquante États, 190 villes et villages de l’Orégon, 164 villes et villages de la Californie, trente-quatre villes et villages d’Idaho et du Nevada et soixante-seize villes et villages de Washington.

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Le rappel ayant été servi et les portes de la boutique de souvenirs se trouvant grandes ouvertes, le voyageur en a profité pour acheter deux petits cadeaux. Joyeux Noël.

novembre 30, 2003

John Botamer pédale…

À Coos Bay, sous une pluie battante, j’ai rencontré John Botamer. J’entrais dans la bibliothèque municipale afin de vérifier mon courriel. Il en sortait. Si je raconte son histoire, c’est parce qu’elle est assez exceptionnelle et parce que John fait ce que je fais—voyager et photographier—mais en plus difficile…en vélo. Il est parti de chez lui à Phoenix en juillet dernier. Le premier tronçon de son odyssée de seize mois devait le conduire droit au nord, à Calgary. À la frontière canadienne, il s’est cogné le nez : pas de passeport, pas de certificat de naissance. Que son permis de conduire!. Ajustant son tir, il a filé le long de la frontière vers l’ouest jusqu’à l’estuaire de Puget, avant de redescendre en longeant la côte du Pacifique dans les États de Washington, de l’Orégon et de la Californie. Il compte arriver chez lui à Phoenix en janvier pour reprendre ses forces et pour réaliser un travail d’édition et de montage avant d’enfourcher de nouveau son vélo pour poursuivre dans l’Est et le Nord-Est des États-Unis, aboutissant finalement dans le Maine. J’ai prié à John de ne pas oublier son certificat de naissance cette fois-ci afin de passer les douanes à Jackman pour venir voir au Québec. Son arrivée en sol québécois serait sûrement digne d’un article dans Le Soleil!. Il me l’a promis! Beau temps, mauvais temps, John roule sur son vélo qu’il a baptisé « Moose ». Se couchant chaque soir sous la tente, il prépare lui-même la plupart de ses repas…riches en « carbos » m’a-t-il dit.

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Mais qu’est-ce qui motive cet homme, infirmier de profession, qui prétend qu’être infirmier ou infirmière est bien plus difficile et exigeant que de réaliser l’exploit qu’il est en train de faire? C’est qu’il le fait dans le but de publiciser un sport plutôt inusité : le diskgolf. Comme le golf, cela se joue sur un terrain à dix-huit « cibles ». Au lieu de faire entrer une petite balle dans un trou, le joueur fait entrer un objet ressemblant à un frisbee, mais plus solide et plus pesant, dans un panier fait en chaînes se reposant sur un poteau d’environ cinq pieds de haut. Pour connaître les règlements et en savoir davantage sur ce jeu, il s’agit de bien lire au www.pdga.com, le site officiel de l’Association des joueurs professionnels de diskgolf.

John définit son itinéraire en fonction des terrains de diskgolf. Il en existe 1 500 aux Etats-Unis. À chaque terrain qu’il visite, il joue une partie et fait la promotion de son sport. Pendant son périple, il prépare une série de DVD promotionnels, d’où le travail d’édition et de montage. Les premiers DVD devraient être sur le marché en août prochain.

Faites comme moi. Suivez, à partir du 1er janvier, au www.diskappear.com, les péripéties de John Botamer. Encore mieux, il est possible d’entrer directement en contact avec ce passionné du vélo, de son sport et de la vie à l’adresse suivante : diskappear@netzero.com.


novembre 29, 2003

Reedsport, Orégon et les dunes

Arrivé à Reedsport, là où l’Umpqua, l’une de ces nombreuses rivières qui prennent source dans les Cascades, se jette dans l’océan, j`avais envie d’observer le vaste troupeau d’élans à Dean`s Creek Viewing Area.

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Malheureusement, à 10h du matin, ils n’étaient pas au rendez vous—ou plutôt—c’est moi qui avais manqué le rendez vous car il vaut mieux arriver à l’aube ou au crépuscule. À leur place, plusieurs volées de colverts s’alimentaient à même l’herbe si verte.

Ce matin-là, en faisant le tour de l’étang qui se trouve sur le terrain du Coho RV Park, j’avais rencontré Vern et sa chienne, Tia. Évidemment, la première question que l’on se pose sur un terrain de camping aux Etats-Unis est « Where are you from? ». Quand j’ai répondu « Québec », je m’attendais à la même réaction que j’avais eue la veille à Corvallis en faisant le plein. En voyant ma plaque d’immatriculation, la pompiste m’a demandé « Where’s that? » Je lui avais répondu « far away ». Mais non, Vern, m’a donné la réplique en français : « Je suis Canadien! ».

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Originaire de Trail, en Colombie-britannique, Vern a fait carrière dans l’industrie des pâtes et papiers, ayant même travaillé à l’usine de Gardiner, tout près de Reedsport, aujourd’hui abandonnée comme tant d’autres L’industrie des pâtes et papiers passe par une crise sérieuse dans le moment.. Mon nouvel ami avait également séjourné à Lebel-sur-Quévillon, à La Tuque et à Trois-Rivières. Mais lors de son passage à Gardiner, il était tombé en amour avec la côte de l’Orégon et c’est ici qu’il a décidé de s’établir à la retraite. Donc, aujourd’hui, Vern, sa femme et leur chienne habitent un gros motorisé à Reedsport. Plus tard cet hiver, ils se rendront à Bisbee en Arizona photographier des oiseaux qui y hivernent. En attendant, l`homme aux cheveux blancs et à la barbe blanche passe beaucoup de temps dans son atelier à réaliser des œuvres d’art extraordinaires. Ornithologue à ses heures, il est devenu sculpteur sur le tard. Un faucon et un saumon qu’il a lui-même sculptés témoignent de son grand talent développé depuis cinq ans. Sa grande spécialité en sculpture est des hiboux et l’harfang des neiges en particulier. Lorsque l’on examine le détail et la complexité de ces travaux, il est d’autant plus difficile de croire que l’auteur ne voit que d’un œil!

Reedsport, situé au cœur des dunes est aussi le paradis des amateurs du VTT (véhicules tout terrain). Ils viennent en campeur s’installer sur les dunes. Grands et petits, jeunes et moins jeunes, ces hommes tournent en rond à faire du bruit à tue-tête dans les VTT de tout acabit dont certains de leur propre fabrication.

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Et juste à côté sur la plage, comme si de rien n’était, les petits bécasseaux courent énergiquement, les pattes invisibles tellement elles bougent vite, devant la marée afin de ramasser de minuscules algues à se mettre sous la dent.

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Cette scène dissonante où des hommes détruisent la quiétude de la nature par le bruit de leurs engins, se passe au pied d’une falaise dominée par le phare de l’Umpqua, érigé en 1891. Jusqu’en 1934, il fonctionnait à l’huile. Depuis, il est à l’électricité. Sa luminosité porte au large sur 26 kilomètres.

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novembre 27, 2003

Hood River et la Gorge du Columbia

Quand mon père achetait une nouvelle voiture, il aimait toujours la mettre à l’épreuve. En juillet 1951, alors que j’avais huit ans, il nous a emmenés, ma mère, ma sœur et moi dans la Gorge du Columbia. L’Oldsmobile 88 de l’année naviguait bien la route étroite et sinueuse construite entre 1913 et 1922 sous la direction de l’ingénieur Samuel Lancaster. Après une descente périlleuse sur la route 30, un chemin en plusieurs S, nous avons passé la nuit dans un petit motel de Hood River. J’entends encore mon père maugréer parce qu’il devait payer la chambre 10$ la nuit.

Aujourd’hui, cinquante-deux ans plus tard, j’y suis retourné. Certaines choses n’ont pas changé. Les chutes Multnomah (620 pieds ou 200 mètres) sont encore là, ainsi que celles de Wah Gwin Gwin en arrière de l’hôtel

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Columbia Gorge. Le mont Adams (12 276 pieds ou 4 000 mètres), en face du village de Hood River, du côté de l’État de Washington, et le mont Hood (11 239 pieds ou 3 600 mètres) en arrière, surveillent le Gorge, ses habitants et son trafic de plus en plus volumineux, que ce soit par la voie des rails, de la route ou des eaux. Sur une distance de 80 milles (120 km), entre les rivières Deschutes à l’Est et Sandy à l’Ouest, le Columbia coule à travers la gorge, ne s’arrêtant que momentanément aux barrages des Dalles et de Bonneville.

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Ce qui a changé c’est l’historique route construite par Lancaster. Elle a été remplacée à partir de 1964 par l’Interstate 84 qui longe le fleuve et la voie ferrée. Parties les vues spectaculaires du fleuve et de la gorge! Finies les émotions fortes causées par un rapprochement suicidaire du garde-fou et la possibilité d’une chute dans le vide! Au cours des années 1990, cependant, une section de l’ancienne route, longue de 4,6 milles (7 km), entre Hood River et Mosier, a été transformée en sentier pédestre et piste cyclable : le Twin Tunnels Trail.

Ayant laissé mon vélo à Portland, je ai emprunté à pied le sentier—d’un bout à l’autre, aller-retour. Malgré les maux de jambes que je ressentais à mon retour et l’ampoule au pied droite, je n’ai point regretté. J’ai eu le temps d’apprécier les belvédères, la végétation et surtout les conversations avec d’autres marcheurs, comme Jack, ce

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maître d’un lévrier miniature, en visite chez son fils à Hood River. Jack a envie de quitter Carmel, en Californie, où il habite depuis 1969 et de s’installer ici. Pourquoi? Parce que, selon Jack, Carmel et la région de Big Sur sont de plus infestées de millionnaires et de « trous de cul ». Il arrive d’un séjour de trois ans en France. M’attendant donc à ce qu’il parle français, il m’a déçu « Oh non, j’ai fait exprès pour ne pas l’apprendre. Quand je suis dans un pays, j’aime la solitude que m’offre le fait de ne pas parler la langue du pays! S’il fallait que j’en apprenne une, ce serait l’italien! »

Pour aménager l’ancienne route en sentier, il a fallu aux ingénieurs des années 90 réparer les deux tunnels qui ressemblent néanmoins aujourd’hui à ceux dont je gardais un vif souvenir. Des fenêtres permettent le passage d’air et de lumière. À l’intérieur de l’un des tunnels, gravée dans le roc l’écriture suivante qui rappelle les efforts surhumains déployés pour ouvrir à l’automobile cette magnifique région :

SNOWBOUND
19-27 November 1921
Chas. J. Sandiick
E.B.Marvin

Le 27 novembre 2003, quatre-vingt-deux ans plus tard, journée de l’Action de grâce aux États-Unis et je n’ai pas encore mangé ma dinde. Je me dirige donc vers le seul restaurant ouvert à Hood River en ce jour férié, le Risorante Pisquale, dans le vieil Hôtel Hood River. Mon choix au menu, écrit tel quel :

Jus de canneberge
Crispy Pumpkin Potato Cake
Chocolate Challah Bread Pudding
Tisane à la camomille

Le soir venu, en traversant le pont sur I-205 entre Portland et Vancouver, Washington, je regardais dans le rétroviseur. Mont Hood veillait encore sur moi et le grand fleuve.

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novembre 24, 2003

French Prairie, Orégon

En 1827, les premiers Blancs se sont implantés de façon permanente dans le territoire que l’on appellera l’Orégon. Plus précisément, ces Canadiens français, voyageurs et trappeurs travaillant au compte de la compagnie de la baie d’Hudson, s’installent dans la vallée de la Willamette. Ici, dans ce milieu édénique, ils prennent femme parmi les

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kalapuyans alors en pleine crise de survie devant les ravages de la malaria. Dix ans plus tard, ils compteront entre 65 et 70 familles situées sur la Prairie française. Ces Arquet, Bellique, Desportes, Gervais, La Bonté, LaFramboise,

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Longtain, Lucier, Perreault, Plante et Rondeau se sont surtout établis le long de la rivière, mais aussi à l’intérieur des terres, du côté de la rivière Pouding. Ils ont créé cinq villages : Butteville, Champoeg, Saint-Paul, Saint-Louis et Gervais. Champoeg a été détruit deux fois par les inondations de 1861 et de 1891. Son site existe aujourd’hui en tant que parc historique. Les quatre autres villages demeurent.

En 1834, l’année même qu’arriveront parmi eux les missionnaires méthodistes sous la houlette du pasteur Jason Lee (ceux-ci érigeront sur les rives de la Willamette à proximité de Gervais trois petits bâtiments), les Canadiens feront écrire quatre lettres à Saint-Boniface, au Manitoba, demandant la formation d’une mission catholique. Celle-ci verra le jour en 1839, mais déjà en 1836, ils auront construit à Saint-Paul une petite église en bois rond, la première église catholique en Orégon. Celle-ci sera remplacée dix ans plus tard par une structure en brique, dédicacée par Mgr François-Norbert Blanchet, archevêque de l’Orégon. Lui, son frère, Mgr Augustin-Magloire Blanchet, archevêque de Walla Walla, puis de Nisqually et Mgr Modeste Demers, évêque de l’île de Vancouver, tous trois de la région de Québec, dirigeaient à cette époque le destin de l’église catholique dans cette vaste région.

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Par la suite, d’autres Canadiens français viendraient qui n’avaient pas de liens avec la grande compagnie mercantile. Parmi ceux-là, François-Xavier Matthieu, vers 1840 et Adolphe Jetté, au début des années 1850. Le premier fut particulièrement utile à la petite collectivité parce qu’il savait lire et écrire. Dans la foulée des « troubles de 37 », Matthieu avait fuit le Bas-Canada, préférant l’Orégon à l’exécution ou à l’exil en Australie. Il a mis ses tendances républicaines à profit en 1843 en signant, avec Étienne Lucier et plusieurs Américains, des accords pour former un gouvernement provisoire qui aboutirait à un gouvernement territorial en 1846 et à un gouvernement d’état en 1859. Certains de ses compatriotes ont vu en ce geste un acte de trahison, mais il était déjà trop tard pour les Canadiens et Métis de maintenir leur hégémonie dans la région. Matthieu a opté pour la voie de la raison. Des milliers de pionniers américains arrivaient de l’Est en suivant l’Oregon Trail. Ils se sont établis massivement dans la région, réduisant rapidement les familles métisses à l’état de minorité.

Melinda Jetté, arrière-petite-fille d’Alfred Jetté de Repentigny, au Québec, et de Margaret Liard, métisse de la Prairie française (2604), prépare actuellement une thèse de doctorat en histoire à l’université de la Colombie-britannique

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sur le peuplement de French Prairie. Au congrès de l’ACSUS, lors d’une séance consacrée au thème « Zones frontalières canado-américaines : culture politique, histoire culturelle et mémoire », elle a fait un plaidoyer en faveur d’une nouvelle interprétation de l’histoire de l’Orégon. Au lieu de l’examiner toujours à travers la lentille anglocentrique des pionniers de l’Oregon Trail, il est temps, selon Melinda, de reconnaître les Canadiens comme les véritables premiers Blancs à s’établir dans la région et de décortiquer et d’analyser l’ensemble de facteurs très complexes qui les liaient aux peuples autochtones, dans un premier temps, et, dans un deuxième, à la majorité.

Une fois son intervention scientifique terminée, Melinda et moi nous sommes éloignés du vacarme de la grande ville, du brouhaha du congrès. Pour le temps d’un léger repas, nous nous sommes retrouvés sur les rives de la Willamette, à Butteville, au plus vieux magasin général encore en opération dans l’état de l’Orégon.

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novembre 20, 2003

Congrès de l’ACSUS

L’Association for Canadian Studies in the United States (ACSUS) tient un congrès biannuel, en alternance avec l’American Council for Québec Studies. Le premier a tenu son congrès cette année à Portland, en Orégon. L’an prochain, celui de l’ACQS aura lieu à Québec au Château Frontenac. Les deux permettent aux chercheurs en science politique, histoire et littérature surtout, mais pas exclusivement, de faire connaître leur recherche, de s’informer auprès des autorités gouvernementales et de débattre des questions de l’heure. Les études canadiennes et québécoises sont en plein essor aux États-Unis.

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Les participants au Congrès ont souvent été frustrés de ne pas pouvoir assister à toutes les communications qui les intéressaient, tellement il y en avait et tellement il y avait de séances organisées en parallèle. La vaste majorité des séances se sont déroulées en anglais. Quelques exceptions :

1. Théâtre québécois et canadien-français. Présidé par Émile Talbot, Franco-Américain, originaire de Brunswick, au Maine et professeur de français à l’université de l’Illinois, la séance fut menée de main de maître par Jane Moss du collège Colby (Maine) qui a examiné le théâtre franco-manitobain, par Celita Lamar de l’université de Miami qui a analysé Le FarWest Septilien d’Emmanuelle Roy et par Jane Koustas de l’université Brock (Ontario), spécialiste de l’œuvre de Robert Lepage.
2. Écrivains de l’Union des écrivains québécois. Cette séance mettait en vedette Denise Desautels, Joël Desrosiers et Ying Chen, chacun lisant de leur œuvre.
3. Les lettres québécoises de la transplantation. MM. Jean-Jacques Thomas de l’université Duke (Caroline du Nord), Yvon LeBras de l’université Brigham Young (Utah) et Émile Talbot ont pris la parole pour examiner des œuvres d’écrivains québécois venus d’ailleurs dont Ying Chen et Joël Desrosiers.
4. De l’inventivité de quelques auteurs contemporains du Manitoba français. La séance fut organisée par Lise Gaboury-Diallo de Saint-Boniface dont le nouveau récit de poésie fut décortiqué par Kandace Lombart de SUNY-Buffalo. Le professeur Eric Annandale de l’université du Manitoba a analysé l’œuvre de Pierre Dubé et Mme Gaboury, elle-même, a jeté un regard critique sur Une si simple passion de Roger Léveillé. Le film, Le Blé et la plume, de Laurence Véron de Saint-Boniface est venu couronner la séance.

D’autres séances, conduites principalement en anglais, sur des sujets franco ont attiré notre attention.

1. Enseigner la Franco-Amérique. Trois collègues de l’université du Maine, Raymond Pelletier, Susan Pinette et Jacques Ferland, ont identifié un certain nombre de défis inhérents à la création d’un programme d’études franco-américaines dans leur université.
2. Table ronde : Est-ce que le paysage politique du Québec est en mutation? Organisé par Martin Lubin de SUNY-Plattsburgh (troisième de g. à d. dans la photo), il a cédé la parole tour à tour à Henry Milner de l’université Laval, à Phil Resnick de l’université de la Colombie-britannique et à Donald Cuccioletta, SUNY-Plattsburgh.
3. Identité canadienne-française, ici et ailleurs. Y ont participé deux collègues franco-américains, Leslie Choquette, directrice de l’Institut français de Worcester, au Massachusetts, et Marc Richard, nouveau professeur d’histoire à l’université du Maine à Fort Kent. Leslie a commenté la communication de Marc qui portait sur le processus de naturalisation des Canadiens français immigrés à Lewiston, au Maine.

Évidemment, comme toujours à ce genre de congrès où les gouvernements essaient de marquer des points ou de faire bonne presse, ils ont envoyé des personnalités de marque. Des États-Unis, nul autre que l’Ambassadeur au Canada lui-même, Paul Celucci, qui a très peu épaté la galerie, ressemblant à bien des égards à son patron, George

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W. Bush. Du Canada, David Anderson, ministre de l’Environnement. Du Québec, Monique Gagnon Tremblay, député Premier ministre, ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie, qui a entretenu la salle sur le thème « d’un nouveau gouvernement et d’une nouvelle vision ». Certains congressistes auraient aimé que son anglais soit aussi bon que celui de son patron (Jean Charest)!

Les invités de prestige de la presse canadienne furent nombreux : Jeffrey Simpson du Globe & Mail, accompagnés

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de Kathleen Kenna du Toronto Star, qui avait été gravement blessé lors d’un reportage en Afghanistan, et Andrew Cohen, maintenant professeur à l’université Carleton.

Une autre table ronde a exploré les différences entre les programmes de soins médicaux au Canada et aux Etats-Unis. Un poids lourd y a pris beaucoup de place. Roy Romanow, ancien Premier ministre de la Saskatchewan et principal auteur du rapport qui porte son nom l’a défendu avec brio.

Parmi cette panoplie de personnages de marque se trouvait aussi mon voisin du Chemin Gomin à Sillery, le professeur Jean-Thomas Bernard de l’université Laval, qui, avec M. Roger Lanoue, vice-président chez Hydro-Québec, démontrait avec clarté le rôle que joue le Québec sur l’échiquier énergétique continental.

Bref, tout un festin intellectuel! Lorsqu’on en avait eu assez, il était possible de sortir de l’hôtel et de se rendre dans un décor ressemblant légèrement à celui du quartier Saint-Roch à Québec afin d’y faire un festin d’une tout autre sorte. Le Portland Saturday Market, beau marché publique : bouffe de toute provenance, artisanat de la région, musique et amuseurs publiques.

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À la fin du congrès les Québécistes se sont donnés rendez-vous au Château Frontenac du 18 au 21 novembre 2004, les Canadienistes à Saint-Louis, au Missouri, dans deux ans précisément.

novembre 16, 2003

Deuxième temps d’arrêt

Plus de chroniques d’ici l’ouverture du Congrès de l’ACSUS (Association for Canadian Studies in the United States). Le voyageur prend le temps de jouir pleinement des retrouvailles avec sa fille, Lysanne et sa famille. Il profite de l’occasion pour mieux faire connaissance avec ses deux petits enfants, Dylan et Mikayla.. Les retrouvailles ont été

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particulièrement chaleureuses compte tenu du fait que son gendre, Jeremy, ait frôlé la mort en juillet dernier lors d’un attentat contre lui. Les auteurs du crime ont depuis été appréhendés. .Heureusement que l’incident n’a pas laissé de marques physiques et peu de séquelles psychologiques. Le jeune couple a fait preuve de force et de courage lors cette épreuve qui rappelle trop bien le film de Michael Moore, Bowling for Columbine.

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novembre 15, 2003

Alma mater

En septembre 1967, à Seattle, dont le symbole depuis l’exposition mondiale de 1962 est le Space Needle, Paul

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Villeneuve, aujourd’hui professeur en aménagement du territoire et chercheur au Centre de recherche en aménagement et développement à l’université Laval, et moi commencions nos études de troisième cycle à l’Université de Washington. Nous réaliserions des thèses en géographie sociale et méthodes quantitatives sous la direction de Richard Morrill, actuellement professeur émérite de géographie à UW. Cette amitié forgée avec

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Villeneuve a changé ma vie, car c’est avant tout par son entremise, qu’en 1971, j’ai obtenu, en même temps que lui, un emploi comme professeur à Laval. Les deux ou trois années que je devais y passer se sont étirées passablement! Je viens de prendre ma retraite à la suite de 32 ans de services.

Mon passage cette semaine à Seattle marquait un retour nostalgique à mon alma mater. J’ai commencé la journée à Radford Court, autrefois Radford Drive, et toujours quartier des étudiants mariés inscrits aux second et troisième cycles à l’Université de Washington. Les choses ont bien changé. L’ancienne caserne militaire léguée à l’université après la deuxième Guerre mondiale pour loger ses étudiants et qui comptait de nombreux loyers modiques à une, à deux ou à trois chambres à coucher n’est plus. En 2000, le tout a été rasé pour faire place à des logis plus luxueux qui respectent toutefois l’ancien style architectural et les couleurs de l’époque. Alors que nous payions 90, 110 ou 130 dollars par mois de loyer, dépendant du nombre de chambres à coucher, donc du nombre d’enfants, les occupants actuels payent au dessus de 1 000$. Ayant eu un enfant au baccalauréat, un deuxième à la maîtrise et un troisième au doctorat, j’avais eu l’occasion de payer les trois loyers! Les étudiants actuels se plaignent de ces nouveaux loyers exorbitants, cherchent ailleurs et trouvent, avec le résultat que pour trouver preneur à ses appartements, l’université doit s’ouvrir à d’autres clientèles, modifiant de manière radicale le sens communautaire qui a toujours caractérisé le complexe Radford.. S’il y a une chose qui n’a pas changé, c’est bien la magnifique vue sur le lac Washington qu’ont les « Radfordois ».

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Le campus de l’UW est parmi les plus jolis du pays. Il est conçu en fonction du Mont Rainier, cette montagne volcanique de 4 000 mètres d’altitude que l’on ne voit de Seattle que par bon temps. Rainier Vista, cette allée piétonnière au centre de laquelle se trouve un jet d’eau, forme l’épine dorsale du campus. Le reste s’oriente en fonction d’elle. Les édifices respectent généralement, comme le démontre si bien la bibliothèque Suzallo, un style architectural gothique. Il en est de même pour le pavillon Smith. Villeneuve et moi sommes entrés des milliers de fois par ses portes en route vers le Département de géographie qui se trouve au quatrième étage. Aujourd’hui, je l’ai franchie de nouveau. Quelle belle découverte que de constater le respect de mon alma mater envers ses professeurs à la retraite à qui est attribué un bureau en partage. J'aurais tant aimé que l’université Laval en fasse autant.

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Autre chose qui n’a pas semblé changer à UW : l’engagement politique. Aux années 60, moi et Villeneuve, comme tant d’autres, avons participé aux manifestations contre la Guerre au Vietnam. Aujourd’hui, ce pays en guerre n’a toujours pas l’appui d’une partie importante de sa population. Deux autocollants portant des messages ironiques et sarcastiques affichés sur un Jeep stationné au cœur du campus en disent long :

KILL & DRILL, avec des images d’avions et de puits de forage.
AMERICA : BETTER LIVING THROUGH BOMBING, avec des images de bombes en chute libre.

Et non loin du campus, sur un coin très passant, des supporteurs du Docteur (médical) Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont et candidat de gauche à la présidence des Etats-Unis, se sont donnés la peine de créer des effigies pour faire valoir leur point de vue : Power to the People !

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Vive le peuple et vive mon alma mater !

novembre 13, 2003

Victoria, ville à vélo… et de villégiature

S’étendant comme un ruban vert sur une centaine de kilomètres depuis Sooke jusqu’au centre-ville de Victoria et du centre-ville à Sidney dans la péninsule, un système de pistes cyclables lie les parcs de la région entre eux, créant ainsi un parc linéaire formidable. Cyclistes, marcheurs et joggeurs en tirent tous profit. À l’occasion, pour arriver à

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destination, le cycliste ou le piéton doit emprunter un pont pour traverser l’un des nombreux plans d’eau qui caractérisent la région. Devant les grands attraits touristiques de Victoria, tels l’Hôtel Empress et le Parlement, le vélo a son importance, des guides-cycliste offrant des tours autour du port intérieur (inner harbour) en pousse-pousse modifié.

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Victoria est aussi une destination recherchée d’une multitude de « snowbirds » du nord de la province et des provinces froides et enneigées. Ils s’entassent les uns sur les autres dans de grands lieux de rassemblement, tel le Fort Victoria RV Park qui offre à la semaine ou au mois eau, électricité, câble, buanderie et sentiment d’appartenir à une communauté. Un autre « service », à deux pas du terrain de camping, permet de passer son temps et de dépenser son argent, le Great Canadian Casino.

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Avec Junior, j’ai pris place parmi ces mastodontes de la route le temps de deux nuits. Évidemment, en comparant ma Safari à celle du voisin, je me sentais tout petit, voire insignifiant! Autre atout pour ces hivernants, un arrêt ferroviaire à leur porte. Le train de Via Rail fait un voyage aller-retour par jour entre Victoria et Courtenay, dans le nord de l’île. Toutefois, la ligne est menacée de fermeture, faute d’utilisateurs. Peut-être connaîtra-elle le destin de la voie du Galloping Goose, ce train à gaz qui voyageait, aux années 20, les gens entre Sooke et Victoria. Cette ancienne voie est aujourd’hui, bien sûr, la piste cyclable mentionnée au début.

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novembre 11, 2003

Tofino, un bout du monde

À Tofino, la route disparaît.

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C’est l’océan Pacifique, le bord du continent! Petite ville qui vit évidemment de la mer, Tofino fonctionne au ralenti l’hiver, mais ne se ferme pas. À partir de 7h du matin, les lève-tôt peuvent prendre un café, une pâtisserie ou un déjeuner chez Vincente, café très branché de la rue Campbell—branché dans les deux sens du mot, car c’est le seul endroit à Tofino ayant accès à l’Internet sur une base régulière. Justement, pendant que je consultais mes messages matinaux, Marc, un Québécois qui a déjà enseigné la plongée sousmarine aux ingénieurs de la Polytechnique de Montréal, est entré prendre un café. Il travaille toute l'année à Tofino comme « commercial diver » (ses mots exacts). Meilleure job au monde (aussi ses mots exacts). Partout au village se trouvent des enseignes invitant à tirer profit des atouts de la nature : apprentissage du surfing, observation des baleines ou des ours. Certains parlent aussi de « storm watching », activité qui consiste en l’observation de la formation et de l’avance des tempêtes au large de la côte.

Sur la trentaine de kilomètres qui sépare Tofino de Ucluelet, les surfeurs peuvent pratiquer leur art. Un art ou un sport? Les deux, quant à moi. Et il y en avait beaucoup, même en ce Jour du souvenir où le mercure n’atteignait pas les 10 degrés. De loin ou de proche, les vagues qui se déferlent sans cesse sur la plage au rythme des vents fascinent par leur beauté, leur régularité, leur ampleur et surtout leur son.

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Vers 11h30 du matin, alors que la fraîcheur matinale se faisait chasser par quelques rayons de soleil, les marcheurs et écumeurs sortaient sur Long Beach. Il y avait, entre autres, une gentille Anglaise en visite chez son oncle et sa tante à Cobble Hill, près de Victoria et un couple à la retraite de Windsor, en Ontario. Monsieur et Madame me racontaient une mésaventure vécue il y a longtemps en Gaspésie. Avec leurs enfants, ils ont failli se faire prendre par une marée montante. En entendant le nom « Gaspésie », j’ai vite annoncé que c’était près de chez moi. Madame, aussi vite, me pose une question (en français) : « Parlez-vous français? »

Alors, là, la conversation a vite basculé vers le français. Elle s’appelait Carmen Lalonde, originaire de Bourget, près de Sudbury. Aujourd’hui, elle s’appelle Tiffel—ou quelque chose comme cela. Pour m’aider à le prononcer correctement, elle a dit, ça se dit comme « t’es folle ». L’implication étant qu’elle a dû être folle de se marier avec un Anglâs. Mais Monsieur Tiffel, à l’écart de la conversation, a assez compris pour ajouter son grain de sel : « I did my part for Canadian unity; I married one (une Canadienne française) ».

Une heure plus tard et à sept km de Long Beach, sur Comber’s Beach, plus déserte et plus sauvage, nos pas se sont recroisés le temps d’un autre petit bonjour.

Jour du souvenir mémorable sur la côte du Pacifique.

novembre 10, 2003

D'autres retrouvailles

Du continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l’Amérique française et Vision et visages de la Franco-Amérique, ce sont deux ouvrages que j’ai réalisés en 1983 et 2001 avec la collaboration de mon 2001 livres.jpgami et collègue, Eric Waddell. Si je le mentionne ici, c’est qu’aujourd’hui j’ai eu l’occasion de rendre visite à sa fille, Tanya, chez elle à Qualicum Beach, l’un des dix centres les plus importants au Canada pour l’accueil des gens retraités. Non, Tanya n’est pas retraitée. Elle habite la rue Spranger avec son mari, Luigi et leurs deux enfants, Flavia, 8 ans et Lucas, 5 ans, qui vont à l’école d’immersion française à Parksville, le village avoisinant. La leur est la seule maison de la rue (cul-de-sac) à abriter des enfants. Ailleurs, que de couples âges. « C’est merveilleux, dit Tanya, c’est comme si les enfants avaient chacun dix grands-parents! »Comment se fait-il que Tanya se trouve si loin du Québec, de ses parents, de ses frères et sœurs? Je lui ai posé la question. La réponse est bien simple. Il y a une douzaine d’années, désirant occuper un emploi de monitrice de français dans une école d’immersion en Colombie britannique, elle en a fait la demande. Elle fut assignée à une école à Hundred Mile House, dans l’intérieur et au nord de la province. C’est là qu’elle a rencontré Luigi qui travaillait comme forestier. Ensuite, retour aux études de Luigi et installation sur l’île. Pourquoi avoir fait une demande pour la Colombie britannique? À cette question, Tanya me fait part de ses préférences qui, à juger des milliers des gens de l’Ouest et du Centre qui se rendent ici à la fin de leurs années actives, ne sont probablement pas très différentes de celles de la plupart des Canadiens : « J’ai toujours aimé les extrêmes du Canada, l’Est et l’Ouest. Ce qui se trouve entre les deux ne m’attire pas ».Nous avons dû couper court la visite pour que je me rende à Tofino sur la côte ouest de l’île avant la tombée de la nuit. Il me restait à peine deux heures et le chemin est étroit et sinueux. Elle est aussi d’une extrême beauté, particulièrement à ce stade-ci de l’année où des milliers de citrouilles sculptées, bordent la route, ajoutant au paysage, déjà magnifique, de la couleur vive. L’halloween oblige!Entre Qualicum Beach et Port Alberni, le voyageur entre dans une « cathédrale ». On se recueille obligatoire et automatiquement devant la grandeur, la grosseur et l’âge vénérable des arbres dont certains remontent à 800 ans et tous à au moins 300 ans.

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Entre Port Alberni et la côte, sur 85 km avant d’arriver à Ucluelet, le paysage montagneux et lacustre attire le regard de tout côté. La pluie étant de la partie, je n’avançais littéralement qu’au pas d’escargot!2003 pluie.jpg

Hospitalité à la colombienne

J’ai rencontré Andrew à Black Creek, au Saratoga RV Resort , dont les propriétaires, Rob et Roberta, ont quitté le Québec au moment de l’élection du premier gouvernement péquiste. Leur établissement se trouve à mi-chemin entre Courtenay et Campbell River. Andrew n’a pas voulu que je prenne sa photo, mais je tiens quand même à décrire la belle soirée « entre hommes » que j’ai connue.

Que l’on regarde à gauche (nord) ou à droite (sud), l’endroit est magnifique. Le détroit de Georgia en face et, au loin, les montagnes du Lower Mainland, comme on aime dire ici.

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Un grand gaillard d’une trentaine d’années, Andrew et son père de soixante-six ans occupaient une caravane qui, de toute évidence, est installée en permanence à ce bel endroit. À mon arrivée avec Junior, il m’a salué tout de suite : « Hi, I’m Andrew, who are you? » Je m’identifie.

J’apprendrai plus tard de sa bouche que lui et son père viennent ici régulièrement pour « échapper à l’emprise des femmes ». Ils boivent de la bière et mangent des huîtres. De chez eux à Burnaby à Black Creek, il faut compter environ quatre heures de route et de traversier, mais ça vaut la peine! Andrew m’explique qu’il vient ici depuis trente ans…et même avant parce que son père y vient depuis quarante-cinq ans. Il a avoué ceci dans un langage, pour le moins, coloré! D’ailleurs, tout son vocabulaire est ponctué des gros mots du débardeur qu’il est.

La télévision jouait dans la salle communautaire du Saratoga Resort, mais nous n’étions que trois à le regarder. Moi, Andrew et son père écoutions la demi-finale de la Coupe Grey entre Edmonton et Saskatoon. Une fois ce match terminé, nous avons changé de poste pour regarder le match de la NFL entre Baltimore et Saint-Louis. Le père d’Andrew est parti en ce moment-là disant préférer le football canadien.

Nous avons discuté, Andrew et moi, de tous les sports et surtout du hockey. Parieur invétéré, il gagne et perd des centaines de dollars à toutes les semaines dans des « pools » de hockey et de football. Andrew est convaincu que Québec a perdu son équipe, les Nordiques, à cause du Séparatisme. J’ai beau essayé de le convaincre qu’il n’avait pas raison. Son idée est faite!

Tout à coup, Andrew me demande, « Aimerais-tu que je te fasse à manger? Il va être bon en calvaire (traduction libre). Aimes-tu des huîtres et du chili?

Je réponds que j’adore le chili, mais que je ne peux pas avaler des huîtres crues.

« Pas de problème », me dit-il et dans le temps de le dire, il se met à préparer notre repas sur le poêle à bois qui réchauffe la pièce dans laquelle nous nous trouvons.

Quatre belles huîtres couvertes en dessous et au dessus par des plats en aluminium. Du chili avec riz, des saucisses, du bacon et d’autres ingrédients encore. Au bout d’une demi-heure, l’arôme des huîtres qui se mêlait à celui du chili épicé m’ouvrait l’appétit comme c’est rarement le cas! Avec son canif, Andrew a ouvert les huîtres, les arrosant d’une sauce marinée

novembre 09, 2003

Peut-on se lasser des traversiers?

Je ne pense pas. J’adore les traversiers! Ayant pris la traversée à Powell River ce matin à 8h10 pour franchir le détroit de Georgie, je me trouve donc au Paradis ici à Courtenay sur l’ìle de Vancouver--même si je suis en train de faire un lavage (fiouf! j’en avais besoin). Sharon, le propriétaire de BeNu Laundry Services, est en train de me chanter les louages de la vie insulaire. J’y reviendrai probablement lors d’une autre chronique. Mais revenons aux activités d’hier. Après avoir passé de moments forts agréables avec une amie et collaboratrice de longue date, Dorice Tentchoff qui habite l’endroit, je suis parti de Gibsons.

Juste avant cette rencontre, j’avais passé deux heures à Gomper’s Point à marcher, à regarder la mer et à regarder les habitués faire courir leur chien et nourrir les goélands. Des souvenirs de Seattle, dans l’État de Washington, me

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revenaient dans la tête de façon torrentielle. J’y avais passé quatre ans de ma vie (1967-1971) avant de changer de pays et de langue. Même région, même climat, même mer, mêmes arbres, même verdure! Si mon amie, Dorice a choisi de s’installer à Gibsons, après une carrière universitaire aux Etats-Unis qu’elle avait couronnée à Oregon State University, c’est parce que son frère, sa fille et ses petits-enfants y étaient déjà. Les premiers l’avaient choisie à la fin des années 60 et au début des années 70 en raison de la guerre que menaient les Etats-Unis en Asie du Sud-est. Dorice et moi, au cours de nos conversations, nous demandions si un nouveau courant migratoire protestataires ne pourrait s’enclencher bientôt étant donné l’embourbement de ce pays dans une autre guerre injustifiable.

Pour se rendre à Powell River, on doit obligatoirement prendre le Queen of Chilliwack qui accoste à Earl’s Cove. Le voyage la nuit est tout aussi spectaculaire que celui du jour. L’accostage en soirée à Saltery Bay est tout simplement féerique.

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Powell River. Au risque d’offenser les gens de la place, j’avoue que cette ville m’a déçu, probablement parce que je m’en étais faite une image romantique et parce que je n’y suis pas resté assez longtemps. Il s’agissait, à l’origine, d’une « company town », fondée en 1912 pour réaliser la transformation des forêts en produits de bois. Aujourd’hui, sous l’enseigne de Norske, Powell River, avec sa papeterie massive, est une des capitales canadiennes, sinon mondiales, de la fabrication du papier. Même l’équipe de hockey locale porte le nom de Powell River de « Paperkings ». Près du moulin, les maisons quasi identiques, typiques des villes à compagnie unique, sont bien en évidence.

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La ville moderne s’éloigne de la papeterie et se développe sur les hauteurs au dessus du quai où le Queen of Burnaby vient chercher des milliers de voyageurs chaque année pour les transporter à Comox, sur l’île de Vancouver, ville à partir de laquelle ils peuvent atteindre la partie septentrionale de cette immense île.

novembre 07, 2003

Retrouvailles à Kamloops

Situé sur un carrefour naturel, Fort Kamloops fut fondé en 1812. Pendant une cinquantaine d’années, il se trouvait au centre de la traite des fourrures, mais aux années 1860, l’essor de l’industrie minière a changé la donne. Cela n’a duré que le temps des roses cependant, les propriétaires de ranchs, des cow-boys et des éleveurs de bétail occupant progressivement la place à partir des années 1870. Ensuite vinrent les chemins de fer. Kamloops enjambe la Thompson et se vante d’être la ville la plus chaude au Canada, de point de vue de température.

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Pour le vieux prof que je suis, une visite à Kamloops s’imposait afin de reprendre contact avec deux de mes anciens étudiants tombés en amour lors de mon cours Le Québec et l’Amérique française, dispensé au trimestre d’automne 1982. Il s’agit de Gilles Viaud, de Beauport au Québec, et de Gloria Perez, de Saskatoon en Saskatchewan. Aujourd’hui, le couple et leurs trois filles (Anna-Maria, Marie-Elena et Elissa) habitent Kamloops. Gilles est professeur de géographie et directeur de département au Collège universitaire de la Cariboo (UCC). Gloria enseigne dans une école d’immersion française le matin et à l’école francophone l’après-midi. Le samedi matin, elle s’occupe de sa « petite école » d’espagnol.

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Gilles est aussi président de l’Association francophone de Kamloops (AFK) qui fête cette année ses 25 ans. Elle a pignon sur rue dans une petite maison rénovée du centre-ville de Kamloops. Gilles et la directrice générale, Margo Mercier, originaire de Lasarre, au Québec et résident de la Colombie britannique depuis une quinzaine d’années, veillent à la bonne marche de la maison et essaient de développer ses collections de livres et de vidéos de langue française, ce qui n’est pas une sinécure quand on se trouve aussi loin de la mère patrie. Tout don de livres, de musique et de vidéos serait tellement apprécié. Suzie Hardy, autre franco-colombienne d’origine abitibienne, gère la garderie francophone qui se trouve au sous-sol de la maison avec vaste terrain de jeux en arrière. On peut suivre les activités de l’AFK sur son site Internet (www.francokamloops.org) ou s’adresser directement à Margo (kam_franco@direct.ca). L’École francophone de Kamloops vit sa troisième année d’existence. Elle compte trente-cinq élèves de la première à la sixième année, chiffre à la hausse depuis les débuts (12, 22…35). Elle n’a pas son propre édifice. C’est là le rêve le plus cher de cette petite communauté francophone : ne plus partager le bâtiment avec une autre école, mais d’avoir ses propres équipements.

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Gilles m’a présenté à son collègue, Anne Gagnon, professeur d’histoire originaire de Saint-Isidore, en Alberta. Anne avait six ans quand ses parents ont décidé de participer à ce que deviendrait la dernière tentative de colonisation de l’Ouest canadien par l’Église catholique. Oui, en 1953, les Bergeron, Lavoie, Bouchard, Gagnon et Martel choisissent de quitter la région du lac Saint-Jean pour élire domicile et défricher un patelin près de la ville de Peace River, dans le nord de l’Alberta, à proximité d’autres villages canadiens français fondés quarante ans plus tôt (Falher, Donnelly, Girouxville, Marie-Reine, etc.). Après avoir roulé sa bosse un peu partout au Canada, et même en Allemagne, et à la suite de l’obtention de deux maîtrises et d’un doctorat qui porte sur le rôle joué par la Canadienne française dans l’histoire et le développement de la francophonie albertaine, Anne à accepté un poste à UCC où elle enseigne depuis neuf ans.

Je suis donc parti de Kamloops extrêmement satisfait d’avoir renouvelé mon amitié avec les Viaud et d’avoir fait la connaissance d’Anne Gagnon et des collègues du Département de géographie. Ces derniers m’ont convaincu de changer mon itinéraire de manière à réaliser « one of the most beautiful rides in North America » (paroles du professeur Brian Goehring), c'est-à-dire de suivre la route 99, le « highway sea to sky » qui me ferait passer par Cache Creek, Lillooet, Pemberton, Whistler et Squamish, avant d’arriver à Horseshoe Bay, site du terminal des BC Ferries. Depuis cet endroit, à bord du Queen of Surrey, Junior et moi nous rendrons vendredi matin à Gibson’s Landing sur la Côte du soleil (Sunshine Coast).

Je n’ai point regretté le changement d’itinéraire. Le paysage fut spectaculaire tout au long de la journée : montagnes et vallées, lacs, rivières, ruisseaux et estuaires.

novembre 04, 2003

Les Rocheuses séparent l’hiver de l’automne

Malgré les retrouvailles très intenses que je venais de vivre, j’avais assez hâte de me remettre en route et de traverser cette grande barrière continentale qui sont les Montagnes rocheuses de de trouver des températures plus clémentes en Colombie britannique. Je savais bien—tout le monde me le disait—qu’il n’était qu’une question de jours que le Chinook arriverait et ferait fondre toute cette neige tombée sur le sud de l’Alberta le 29 octobre. J’avais déjà reporté mon départ de 24 heures. Malgré le mercure qui indiquait -18, je ne voulais plus attendre.

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Les chemins secondaires étaient encore enneigés, mais praticables dans la région de Calgary. Par contre, la Transcanadienne était au pavé en ce mardi matin et la circulation retrouvait son rythme. Près de Canmore, les Trois sœurs tout de blanc vêtues surveillent les passants.

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Avant d’arriver au lac Louise, les gargouillements de mon estomac m’incitaient à faire un arrêt à Banff, ce village, au pied des Monts Norquart, Cascade et Sulphur, tant fréquenté l’hiver comme l’été. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes entre les deux. C’est la basse saison et rien—ou presque—n’est ouvert sur la rue principale, sauf bien sûr l’éternel McDonald’s. J’y entre commander un chocolat chaud. Qu’est-ce que j’entends? Le français! La langue de travail en arrière du comptoir chez McDonald’s à Banff est le français. Nous ne sommes pas nombreux à manger. La dame à table à ma gauche me fait part de sa réflexion : Humph! They come here to learn English and all they do is speak French! Plus ça change, plus ça reste pareil.

Même au mois de novembre, par une température glaciale, les touristes japonais, tout comme moi, admiraient le pittoresque lac Louise et le glacier suspendu du Mont Lefroy.

Enfin, j’arrive au sommet, entre en Colombie britannique et commence ma descente vers Golden en passant par le parc national Yoho. « Yoho » est une exclamation d’admiration et d’émerveillement dans la langue crie, émerveillement inspiré par les parois rocheuses, les chutes spectaculaires et les pics qui s’élancent vers le ciel.

Une centaine de kilomètres plus loin et un millier de mètres plus bas, à l’embouchure du canyon du cheval qui rue (Kicking Horse Canyon), à Golden, on redécouvre l’herbe et une température de 1 degré celsius. Un retour à l’automne !

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octobre 30, 2003

Moncton à l’honneur à Calgary

Martin Durand, originaire de Mascouche, au Québec, termine son mémoire de maîtrise en géographie à l’université Laval. Il a été récipiendaire il y a deux ans d’une bourse du Conseil de la vie française en Amérique pour réaliser ce travail. Aujourd’hui, au Département de français de l’université de Calgary, dans le cadre d’un cours sur la Francophonie canadienne, dispensé par le professeur Glen Campell, Martin a eu l’occasion de faire le point sur ses recherches qui portent le titre « Évolution, consolidation et développement de l’espace francophone de Moncton, au Nouveau-Brunswick, 1960-2002 ».

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La présentation, en français bien sûr, fut bien reçue par les membres de la classe de Monsieur Campbell.

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Les principales conclusions de ce travail de 150 pages se résument ainsi :

L’hypothèse se confirme : la zone d’influence francophone du Grand Moncton a pris de l’expansion depuis 1960.

L’expansion est caractérisée par le développement de différents profils à l’étude (mondes culturel, économique, politique et linguistique).

Le nombre et la diversité des institutions francophones du Grand Moncton ont augmenté.

L’université de Moncton a joué un rôle primordial.

Il y eut ouverture d’esprit de la part des anglophones de la région face au bilinguisme et à la langue française.

L’affichage en français et l’utilisation du français comme langue du travail restent déficitaires.

L’assimilation linguistique demeure un problème, même dans les secteurs les plus francophones.

Des informateurs clés à Moncton ont partagé leur point de vue avec Martin. Il en énumère quelques uns des plus savoureux :

Moncton est de plus en plus le moteur économique de la province.

C’est un endroit où je peux vivre mes deux langues.

C’est un milieu qu’on est en train de conquérir.

Un beau discours, mais visage très anglophone.

C’est le triomphe de l’urbain dans le débat urbain-rural.

J’ai été particulièrement fier de Martin, car c’est lors de l’excursion réalisée au Nouveau-Brunswick, dans le cadre de mon cours, Le Québec et l’Amérique française, offert à Laval en octobre 1999 que ce Québécois a découvert l’Acadie. Depuis, il ne manque pas une occasion pour en approfondir ses connaissances et en faire la promotion. En 2008, Martin Durand est employé à Statistique Canada.

octobre 27, 2003

Un temps d'arrêt dans la région de Calgary

Plus d'écrits avant un certain temps. Voyageur "magané". Il est bien occupé dans le moment avec ses trois enfants et ses dix petits-enfants.

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octobre 24, 2003

Cardston, Alberta : berceau de la religion mormone au Canada

Tout le monde a entendu parler de Salt Lake City, capitale mondiale des Mormons et siège social de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. À peu près personne n’a entendu parler de Cardston, petite ville du sud de l’Alberta, qu’un chercheur a traité, dans un ouvrage intitulé The Mormon Presence in Canada (Edmonton : University of Alberta Press, 1992), de « pépinière des Saints des Derniers Jours au Canada ». Fondé en 1887, dix-huit ans avant la création de la province de l’Alberta, par Charles Ora Card , provenant de Logan, en Utah, ce village, malgré sa faible population (3 475 habitants en 2001) est devenu un haut lieu de la culture mormone en Amérique. À partir de Lee Creek, devenu Cardston, d’autres villages et hameaux mormons se sont établis : Magrath (1 993 habitants en 2001), Raymond (3 200 habitants en 2001), Stirling (877 habitants en 2001), Glenwood (258 habitants en 2001), Hill Spring, Spring Coulee et d’autres encore.

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La région mormone au sud de l’Alberta doit son existence à la persécution des Saints des Derniers Jours en Utah par les autorités fédérales qui tentaient d’enrayer du territoire américain la pratique de polygamie. Espérant mieux faire respecter leur liberté religieuse sous le drapeau britannique, ces expatriés ont établi leur première colonie ici au pied des Rocheuses. Une dizaine d’années plus tard, devant la pression montante du gouvernement de Washington et les difficultés engendrées par sa pratique, le « mariage pluriel » a été officiellement abandonné par l’Église. Entre temps, les Saints au Canada, avaient fait œuvre de pionnier dans le domaine de l’irrigation, de la culture de la betterave à sucre et d’autres domaines agricoles. Il n’y a pas eu de retour massif vers les Etats-Unis.

Rien ne symbolise autant la permanence des Mormons sur le territoire canadien, à partir du début du 20e siècle, que le temple érigé à Cardston entre 1913 et 1923. Il constituait le premier édifice du genre à avoir été bâti à l’extérieur des Etats-Unis et le deuxième à l’extérieur de l’Utah. Ce temple domine ce premier établissement mormon au Canada. Il s’agit d’un bâtiment résolument moderne, d’importance historique et architecturale nationale. Son plan conçu par Pope et Burton de Salt Lake City, date de 1912, et sa composition géométrique en granit blanc emprunte des thèmes anciens et modernes, notamment, aux Mayas-Aztèques et à l’« école des prairies » de Frank Lloyd Wright. L’intérieur du temple est orné de boiseries, de murales et de mobilier d’une grande richesse. Restauré méticuleusement en 1991, ce bâtiment souligne le rôle prépondérant du temple dans la théologie des Saints des Derniers Jours.

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Ce rôle n’est pas à confondre avec celui des églises ou des chapelles, édifices plus petits et ubiquistes. Dans chacun des villages ou hameaux de la région, une, deux ou trois chapelles permettent aux fidèles de poursuivre les activités et observances quotidiennes d’une religion à la fois exigeante, pratique et conviviale. Sur la façade de toute église mormone se trouve l’écriteau : « Bienvenue aux visiteurs ».

L’ambiguïté identitaire des Saints des Derniers Jours qui habitent cette zone frontalière et dont les ancêtres sont venus des Etats-Unis se manifeste parfois par la double allégéance. À Magrath, le drapeau de chacun des deux pays flotte bien en évidence au-dessus d’une résidence. Depuis des générations, il existe une mouvance constante et soutenue entre les lieux et les institutions mormons en Utah et en Idaho et ceux du sud de l’Alberta.

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Aujourd’hui, la communauté mormone la plus importante au Canada est celle de Calgary, comptant environ 25 000 adeptes, la plupart d’entre eux de souche « cardstonnienne ». Le plus grand dépositaire de littérature mormone au Canada et, par conséquent, le plus grand diffuseur aussi de la culture populaire mormone (disques, livres, bibelots, souvenirs, etc.), le Cardston Book Shop, se trouve sur la rue principale de cette municipalité. Cette librairie a deux succursales à Calgary.

À l’entrée du petit hôtel de ville de Cardston, les édiles municipaux affichent fièrement la photo de chacun des anciens maires. Celui qui occupait ce poste de 1982 à 1984 s’appelait Laurier Vadenais. Qui était-il, ce « Français »? D’où venait-il? Pour le moment, le mystère reste entier.

octobre 22, 2003

Fort Walsh et la Montagne aux cyprès

L’Alberta et la Saskatchewan fêtent en 2005 leur centenaire. Avant d’accéder au statut de province, il a fallu, selon le mythe fondateur, apporter la paix et faire respecter les lois canadiennes dans ces territoires. À la suite du massacre de la Montagne aux cyprès, ce rôle revenait à la Police montée du Nord-Ouest, organisée par Sir John A. MacDonald,

Aujourd’hui, c’est au Centre d’interprétation de Fort Walsh, au cœur des collines, que l’arrivée dans l’Ouest de cette force policière est commémorée. Cela se fait de la même manière qu’au Village du Haut-Canada en Ontario et au Village acadien de Caraquet, c’est-à-dire avec des personnages modernes qui assument des identités et des fonctions d’antan. Malheureusement, pour les voir et écouter, il aurait fallu arriver à ce site historique avant la fête de l’Action de grâce.

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En 1875, ayant trois objectifs, la Police montée du Nord-ouest a établi le Fort Walsh : (1) créer une présence du gouvernement d’Ottawa dans l’Ouest; (2) faire respecter les lois canadiennes et (3) encourager les Autochtones à signer des traités et à s’établir sur des réserves. Ces objectifs s’étaient précisés à la suite du massacre de la Montagne aux cyprès en 1873. Cette tuerie, en grande partie le résultat du commerce illégal du whiskey le long de la piste de Fort Benton, qui reliait cette région stratégique du nouveau pays à Fort Benton, au Montana, terminus pour les bateaux à vapeur sur le Missouri. Se trouvant à environ 200 km, Fort Benton constituait, à cette époque, la principale source d’approvisionnement des gens du Nord-ouest canadien. Tout au long du chemin, des « wolfers », genre de voyous, faisaient la loi. Étant montés du Montana faire commerce aux postes de traite de Farwell et de Soloman, situés dans les collines, ils prétendaient, sous l’influence de leur produit, s’être volés un cheval. Évidemment ils ont accusé des autochtones et sont entrés dans le camp des Nakotas, affamés, affaiblis et sans défense, tirant sur hommes, femmes et enfants..

Une fois le fort établi deux ans plus tard, il devint un lieu de rassemblement d’explorateurs, marchands de fourrure, chasseurs et vagabonds de tout acabit. Un village s’est bâti à côté du fort et comptait, à son apogée en 1880, 1000 habitants. On pouvait y trouver, entre autres, deux hôtels, un restaurant, plusieurs salles de billard, un tailleur et une forge. Sur les collines environnantes se trouvaient une véritable mosaïque de camps amérindiens : Cri, Assiniboine, Pied-noir et Sioux.

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Voici l’inscription en quatre langues (anglais, français et deux langues amérindiennes) sur le socle d’une statue à Fort Walsh qui marque la rencontre pacifique entre Police montée et Amérindien :

"En 1873, le gouvernement de Sir John A. MacDonald créa la police à cheval du nord-ouest pour faire respecter la souveraineté et les lois canadiennes dans les nouveaux territoires. Moins de deux ans plus tard, c’était chose faite, et la colonisation des prairies canadiennes était commencée. À ce moment-là, la police possédait déjà sa réputation d’équité et de zèle".

octobre 20, 2003

La Francophonie internationale en miniature

Ce qui a toujours caractérisé les communautés francophones de l’Ouest est la diversité de leurs populations. Canadien français, Français, Suisse, Belge et Franco-Américain, établis ici depuis un siècle et plus, se trouvent aujourd’hui face aux nouveaux immigrants du Maghreb, d’Afrique et des Antilles que nous avons vus en relativement grand nombre au Collège universitaire de Saint-Boniface.. Justement, l’un des grands défis auxquels font face les communautés dites de souche est d’intégrer ces nouveaux venus. Il en a été souvent question au colloque du CEFCO.

Au Manitoba et en Saskatchewan, cette diversité traditionnelle, même au sein d’une population catholique et blanche, est frappante. Aujourd’hui, nous avons visité trois de ces milieux : Saint-Léon, Notre-Dame-de-Lourdes et Bellegarde. En parcourant les quelques kilomètres qui séparent Saint-Léon de Notre-Dame, nous avons aussi appris la triste histoire du hameau de Cardinal.

En suivant l’un de ces longs, étroits et droits chemins, on arrive à Saint-Léon où les drapeaux canadien et franco-manitobain saluent notre arrivée. Le village est très tranquille. Deux centres d’activités principaux : le petit « centre d’achats » et l’école. L’église qui domine au centre du village et les noms sur les pierres tombales témoignent de la provenance des habitants du village, Québécois en très grande majorité.

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Aujourd’hui, les grandes nouvelles au village tournent autour d’une entente de 75 000 000$ signée avec la compagnie Sequoia Energy pour l’établissement à Saint-Léon d’un parc éolien qui créera une douzaine de nouveaux emplois.

Déjà passé par ici en 1982, je ne m’étais pas aperçu du hameau de Cardinal. Hameau? Difficile à dire. Il s’agit d’un regroupement d’une demi-douzaine de maisons autour d’une chapelle abandonnée. Aucun service, ni d’épicerie ni

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de poste d’essence, n’est disponible ici. Toutefois, c’est le genre d’endroit qui aurait attiré au moins une personne célèbre : le docteur André de Leyssac (1925-1999). Sur une plaque située dans une aire de pique-nique devant la chapelle, on peut lire que ce érudit, venu de France et établi à Winnipeg, avait quitté la ville pour s’établir à Cardinal afin d’être près de la nature, de mieux réfléchir et se détendre.

La chapelle de Cardinal est symbole des aspirations et déceptions des colons. Arrivés l’année précédente et organisés en Société de Saint-Louis, Cyprien Cardinal, Jean-Baptiste Château, Jean Schumacher, Théophile Toutant et Lucien Vigier ont travaillé entre 1927 et 1929 à l’érection de cette belle chapelle blanche. L’édifice n’a reçu ni prêtre ni bénédiction qu’en 1935 lorsque l’Archevêque Yelle fit savoir officiellement que le père Champagne pourrait y dire la messe pendant les mois d’hiver. À l’exception de la messe, seulement trois autres cérémonies religieuses eurent lieu ici : en 1945 le baptême d’Élise Fouasse, en 1949 celui de Robert Pittet et en 1950 le mariage du couple André Talbot et Thérèse Cérénini. Combien ne fut pas ma surprise, une demi-heure plus tard, dans le nouveau cimetière de Notre-Dame-de-Lourde de tomber par hasard sur la pierre tombale de ce même couple.

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Château, Toutant, Schumacher, Château, Vigier! Ce ne sont pas des noms « canadiens ». Non, ce sont les gens venus en 1891 de l’est de la France et de Suisse, accompagnés du Chanoine Dom Benoît qui leur avait donné rendez-vous au port d’Anvers. Ils ont fondé la localité de Notre-Dame-de-Lourdes. Quatre ans plus tard, à la demande du chanoine, plusieurs chanoinesses arrivent à Notre-Dame de Lyon, en France. Elles ont évidemment laissé leur marque sur le village. Peu nombreuses et vieillissantes, elles y sont encore de nous jours.

À ce premier groupe de colons se sont ajoutés par la suite des Bretons et d’autres groupes encore. Le directeur du collège régional de Notre-Dame, Denis Bibault, m’a fourni un plan du village montrant la disposition de chaque famille résidente avec son nom. Mentionnons en quelques-uns qui reviennent le plus souvent : Delaquis, Dupasquier, Jamault, Deleurme et Pantel.

Les deux écoles de Notre Dame se font face : du côté nord, l’École primaire et du côté sud, le Collège régional qui attire ses étudiants d’aussi loin que Saint-Léon. La situation du collège est un peu inquiétante en ce sens que le nombre d’élèves (112) n’est que la moitié de ce qu’il était il y a à peine cinq ans. Parmi les diplômés des dernières années dont le village est particulièrement fier est J-P Viguier, joueur d’attaque des Thrashers d’Atlanta de la Ligue nationale de hockey. En admirant son équipement de hockey au Musée, à côté des objets religieux des chanoines et chanoinesses et des outils des pionniers, j’ai eu l’audace de demander à Annette Delaquis qui me servait de guide si J-P parlait français. « Évidemment, fut sa réponse, il est allé au Collège ici ».

Le Centre Dom-Benoît est le centre névralgique du village, regroupant, en plus des fonctions municipales, les bureaux des deux autres paliers de gouvernement : fédéral et provincial. Modernes, propres et bien aménagés, ses locaux et le personnel qui les occupent sont accueillants et efficaces. Le dynamisme de Notre-Dame-de-Lourdes semble exemplaire.

Je ne peux en dire autant de Bellegarde, hameau, grand comme Cardinal, dans le coin sud-est de la Saskatchewan, que je désirais depuis longtemps visiter à cause de ses origines belges. La redécouverte de sa francité est encore très récente, telle qu’en témoigne la vieille maison arborant une nouvelle enseigne

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Le Québec, le Canada, la Suisse, « les » France (Jura, Savoie, Bretagne…) et la Belgique…une francophonie internationale en miniature indélébilement inscrite dans le paysage des Prairies canadiennes.

octobre 18, 2003

Le colloque du CEFCO

Le Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest fête ses 25 ans par la tenue de son 20e colloque. Le Centre universitaire de Saint-Boniface qui soutient et abrite le CEFCO accueillait donc ces jours-ci une cinquante de chercheurs de partout au pays, de France et des États-Unis. Les ateliers ont abordé des sujets très variés dont

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certains excessivement importants pour l’avenir des communautés francophones de l’Ouest : l’interculturel, l’immigration francophone et son impact, la création littéraire contemporaine en milieu minoritaire, le statut et la situation des Métis... Ici, il ne sera pas question de faire la synthèse de tous les ateliers dont la teneur et le contenu ont été remarquables. Les organisateurs du colloque s’engagent à produire, à plus ou moins brève échéance, les Actes du colloque.

La célébration a commencé par le spectacle La mémoire est une forme d’espoir, texte du dramaturge franco-manitobain, Marc Prescott. Il se voulait un témoignage à multiples composantes (théâtre, chanson, musique et poésie) de la francophonie dans l’Ouest canadien. La mise en scène a été signée Christian Perron. L’événement s’est passé dans le magnifique nouveau local des étudiants.

Au lendemain matin, plusieurs des artistes de la veille se sont regroupés autour de la table pour amorcer un débat sur la vie culturelle francophone dans l’Ouest. Animée par Louis St-Cyr, la table comprenait Marc Prescott, dramaturge du Manitoba; Danielle Hébert, auteure compositeure de la Colombie britannique; Michel Marchildon, auteur-interprète de la Saskatachewan; Irène Mahé, directrice artistique du Manitoba et Roger Léveillé, auteur du Manitoba.

D’entrée de jeu, Marc Prescott a affirmé que tout geste créatif naît d’une insatisfaction quelconque. Parfois, un artiste cherche à propager des ondes de choc. Prescott a bien réussi avec Bullshit et Sex, lies et les Franco-Manitobains, dans lesquels il emploie les trois niveaux de langue qui sont parlés ici. Actuellement, sa nouvelle pièce, Encore, est jouée au Cercle Molière de Saint-Boniface. Lorsque ce Franco-Manitobain suivait sa formation à Montréal, il avait l’impression d’être « un animal exotique ans un pet shop » et trouvait difficile de « parler français tout le temps ». Qu’est-ce qu’un auteur franco-manitobain? Pour Prescott, c’est assez simple : écrire en français et vivre au Manitoba.

D’origine québécoise, Danielle Hébert a trouvé « sa place » à Vancouver où elle habite depuis quatorze ans. Elle prépare son troisième album. Intitulé Aventure accidentelle, il est le résultat d’une tentative de la part de l’artiste d’élaborer une nouvelle mythologie et de créer son propre monde dans sa langue, car, dit-elle, « la langue est la couleur de notre âme ». Elle se plaint du fait que sur la côte ouest, l’art francophone tourne autour de symboles importés : cabane à sucre, chasse galerie, ceinture fléchée, etc. « Personne ne chante en français de la mer, des montagnes et des gros arbres ».

Michel Marchildon a rendu hommage à ses parents et à son milieu d’enfance, la région de Zénon Parc. « Si tu voulais fumer une cigarette ou parler anglais, tu faisais cela en dehors », dit-il. Il a tracé son parcours depuis Zénon Parc, à Gravelbourg (Collège Mathieu), à Ottawa (baccalauréat en journalisme à l’université d’Ottawa), à Québec (maîtrise en littérature à l’université Laval où il a étudié l’œuvre de Jean Ferron qui vivait et écrivait à Zénon Parc pour un public québécois), en Saskatchewan et, enfin à Montréal. Alor qu'il était encore dans la vingtaine, Marchildon, encore, a publié un recueil de poésie intitulé Fransaskroix. On saisit bien la nuance : être francophone dans l’Ouest, c’est vivre son martyre. Marchildon déplore la « provincialisation » des communautés francophones de l’Ouest. « Nous n’avons jamais reconnu ces frontières; nous avons intérêt à nous unir ».

Irène Mahé a répondu directement et simplement à la question posée : pourquoi créer, chanter, produire en français? « Parce que c’est ce que je suis! ». Elle a fait un plaidoyer en faveur des jeunes en implorant les leaders de multiplier le nombre d’activités pour les jeunes afin de « continuer le miracle ». Il faut avoir la volonté, selon Mahé, « d’oser, de risquer, de s’éclater…et de rêver.

Roger Léveillé, récipiendaire de plusieurs prix littéraires dont le Prix Champlain 2002, le Prix rue Deschambault 2002 et membre du Temple de la renommée de la culture au Manitoba, a commencé par faire deux aveux : (1) toujours écrire sur les rives du lac Manitoba; (2) son goût pour la peinture a sauvé son écriture. Bien que respectueux de l’œuvre de Gabrielle Roy, il s’inscrit en faux contre cette approche qui fait la promotion de la culture par en arrière (le passé) plutôt que par en avant (l’avenir). Tout en étant écrivain franco-manitobain, il se doit de chercher l’universel. Dit-il « J’écris ici, mais je n’écris pas l’Ici ». Pendant la période de questions qui portait surtout la façon d’assurer une relève face à l’engouement des jeunes pour la culture anglo-américaine, Léveillé a fait connaître dans la langue de l’autre l’une de ses préférences : The West is the best, forget the rest!

Un des moments forts du colloque fut l’inauguration des nouveaux locaux du CEFCO et le dévoilement de la plaque Robert-Painchaud. À peine quelques mois après la fondation du CEFCO en 1978, Robert Painchaud, historien et co-fondateur avec Annette Saint-Pierre,, a perdu la vie lors d’un écrasement d’avion à Terre-Neuve. L’œuvre de fondatrice, chercheure, éditrice et écrivaine de Mme Saint-Pierre fut soulignée plus d’une fois à ce colloque.

Le vendredi midi, les participants aux ateliers ont eu droit au visionnement du film de Laurence Véron. Tourné aux Productions Rivard, Le blé et le plume rend hommage aux travaux des Éditions du blé, à la communauté artistique franco-manitobaine et au Manitoba en général. Présente au visionnement de son film, Mme Véron a avoué que tout comme Danielle Hébert, elle, aussi, avait trouvé son chez elle dans l’Ouest.

Enfin, pour clore le colloque, une série d’activités spéciales :

Une visite au Musée de Saint-Boniface, situé dans l’ancien couvent des Sœurs grises, venues de Montréal en 1844. Celui-ci constitue le plus vieil édifice de Saint-Boniface.

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Une visite à la maison Gabrielle-Roy, rue Deschambault où se tenait en même temps le lancement d’un nouveau livre, Gabrielle Roy, aujourd’hui/Today

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Se rendant à pied du Musée à la Maison, nous avons arrêté devant le monument tant controversé de Louis Riel. Le monument et la sculpture ont d’abord été dévoilés sur un emplacement atténuant au Palais législatif dans le cadre des célébrations du centenaire du Manitoba en 1970. Cette œuvre de l’architecte Étienne Gaboury et du sculpteur Marcien Lemay présentent Riel sous les traits d’un homme asservi et supplié après s’être sacrifié pour ses

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principes et pour sa patrie. En 1991, des représentants de la communauté métisse et du gouvernement provincial ont annoncé conjointement que la statue serait remplacée par une statue s’accordant mieux à l’image de Louis Riel dans un rôle d’homme d’état. À la demande des étudiants du Collège universitaire de Saint-Boniface, le monument a été déménagé sur le campus afin rendre hommage à l’un des plus illustres diplômés du collège.

Puis, les activités de la semaine ont terminé comme elles ont commencé, en présence des artistes. Au Foyer du Centre culturel franco-manitobain, Danielle Hébert et Michel Marchildon ont eu le dernier mot…en chantant!

octobre 15, 2003

La Rivière rouge du Nord

La distance qui sépare la Grande fourche (Grand Forks) au Dakota du Nord de Winnipeg est moins que celle qui sépare Québec de Montréal. J’aurais pu faire le voyage en moins de deux heures, mais j’en ai pris sept afin d’explorer la vallée de la Rivière rouge du Nord qui fait partie du bassin versant de l’Arctique. Autrement dit, elle coule du sud au nord. Par conséquent, au printemps, elle dégèle plus tôt au Dakota qu’au Manitoba entraînant parfois de sérieux problèmes. On se souviendra des inondations de 1997 qui ont chassé des milliers de résidents de la vallée de leurs maisons et qui ont laissé de vastes étendues de terres fertiles sous un mètre ou plus d’eau. Je me souviens qu’à ce moment-là au Québec, la population en général s’étonnait d’entendre la plupart de ces sinistrés passer sur les ondes de Radio Canada en français. Comment se fait-il, disaient les uns, que ces gens-là puissent s'exprimer en français. Je ne savais pas que ça parlait français au Manitoba, disait les autres. Et oui, comme nous l’avons constaté dans la chronique précédente, la Rivière rouge est depuis 200 ans au cœur de la francophonie de l’Ouest.

À la frontière entre le Canada et les Etats-Unis se situe le village de Pembina, autrefois un poste de traite important des grandes compagnies (baie d’Hudson et Nord-ouest). Deux fois par année, les Métis partaient à la chasse aux bisons sur le vaste territoire à l’ouest de Pembina. Aujourd’hui cette histoire est racontée de manière très colorée au nouveau Musée de Pembina. À partir du moment où le nombre de bisons diminuait et la charrette de la Rivière rouge se faisait remplacer par les bateaux à vapeur et, plus tard, par le chemin de fer, Pembina s’effaçait tranquillement.

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Avant de quitter les Etats-Unis, une visite à Walhalla, à 40 km à l’ouest, s’impose. On peut y voir, en plus du relief résultant des vestiges de l’ancienne rive du Lac Agassiz qui couvrait, il y a des milliers d’années toute cette région, le poste de traite du Métis, Antoine Gingras (1821-1877).

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Une fois la frontière traversée, en suivant la Rivière rouge, le voyageur découvre, sur une distance d’une centaine de kilomètres un véritable chapelet de villages canadiens-français : Saint Joseph, Letellier, Sainte Élizabeth, Saint-Jean-Baptiste, Aubigny, Sainte-Agathe et Saint-Adolphe. À Saint-Adolphe, il faut prendre le temps de descendre de sa voiture pour jeter un coup d’œil sur cette rivière si paisible aujourd’hui, mais qui, il y a six ans, a semé tant de désarroi et de consternation. Dans le but d’éviter de telles catastrophes à l’avenir, les ingénieurs ont conçu un système de digues.

Saint-Norbert annonce l’arrivée dans la région du Grand Winnipeg. En 1970, la fusion municipale a éliminé, d’un strict point de vue légal, les villages de Saint-Vital et de Saint-Boniface. Ici, les vestiges de la cathédrale témoignent encore de la gloire d’autrefois et veillent sur le Collège universitaire de Saint-Boniface, site du colloque du CEFCO auquel je participerai. Et dans son cimetière, la pierre tombale de Louis Riel, chef métis et père du Manitoba.

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octobre 13, 2003

L’ami Virgil

Dans la vallée de la rivière Rouge du nord au Minnesota, c’est la saison de la récolte des betteraves à sucre. Je suis venu voir mon ami, Virgil Benoît, fils de cette belle région et professeur de français à l’université du Dakota du nord (Grande fourche). Cette université se trouve à 50 km de chez lui à Red Lake Falls. C’est sur ce campus où Virgil a aussi fait son baccalauréat aux années 60, non loin de la statue de l’aigle en vol sculpté par l’ artiste

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métis bien connu, Bennett Brien, de Belcourt, village situé sur les marges de la réserve de la Montagne à la tortue, que nous avons présenté à une administratrice de l’université un projet de formation culturelle dont l’objectif est la revitalisation des langue et culture françaises d’une région qui couvre une grande superficie au coin nord-ouest du Minnesota et au coin nord-est du Dakota. La présence française ici remonte loin et comprend au moins trois composantes : (1) premiers explorateurs, voyageurs et coureurs de bois, (2) Métis, (3) colons « canayens ». Le projet que nous proposons se réalisera en collaboration avec des organismes québécois dont le Conseil de la vie française en Amérique.

Virgil habite depuis un quart de siècle une maison construite de son propre dessein, cachée en arrière de celle de ses parents maintenant décédés. L’arbre généalogique des Benoît de Red Lake Falls remonte à l’ancienne Acadie. Déportés au Massachusetts, ils se sont ensuite retrouvés au Québec avant de participer, comme tant d’autres, à l’exode vers l’Ouest. En 1976, dans la foulée des activités entourant le centenaire de l’arrivée des colons canadiens-français dans la région de Red Lake Falls, Monsieur Benoît a décidé d`ériger un monument commémoratif sur sa ferme. De forme triangulaire, il est fait de pierres de champs et orné d’objets procurés à la fois dans la région (l’ancienne cloche d’école qui coiffe le sommet du monument) et dans la mère patrie. Au Québec, Monsieur Benoît est devenu propriétaire de trois statues : Sainte vierge sur la première face, Sacré Cœur que la deuxième et Saint-Isidore sur la troisième. C’est Virgil, dans le coffre de sa voiture, qui les a transportées au Minnesota.

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En plus de leur travail d’universitaires, Virgil et sa conjointe, Sherry, aussi professeure, s’occupent de leur ferme et de leurs animaux : une dizaine de chats, deux chiens et quarante moutons. Ils ont également fondé la boulangerie à Pierre à Red Lake Falls, ouverte les fins de semaine seulement. C’est Virgil lui-même qui pétrit et fait cuire son pain à base biologique. Les locaux spacieux de la boulangerie  contribuent à la vie culturelle du village, servant à l’occasion de lieu de rassemblement et de débats. Les clients et amis témoignent souvent de leur appréciation par un petit don, comme par exemple cette tête du voyageur, Pierre, sculptée par Roger Thiebert de Red Lake Falls.

octobre 10, 2003

La traversée du Lac Michigan

Au moment de quitter le quai, le soleil se levait sur Ludington, petite ville située sur la rive est du lac Michigan. Quatre heures de voyage nous séparent de Manitowoc, capitale maritime du Wisconsin, sur la rive ouest. Le S.S. Badger fête cette année le cinquantenaire de ses péripéties sur les Grands lacs. Mise en service en 1953, cet énorme vaisseau de 410 pieds de long, de 59 pieds de large, qui tire 19 pieds d’eau, peut recevoir 620 passagers et « avaler » 180 voitures. Son équipage compte entre 50 et 60 personnes. Sa vitesse de croisière est de 18 mph. Chose inusitée de nos jours, le Badger brûle du charbon dans ses deux moteurs, chacun d’une puissance de 3 500 chevaux. Quelle quantité de charbon brûle-t-il à chaque traversée ? 55 tonnes.

Pendant trois heures, la traversée s’est faite par beau temps. L’ambiance a été des plus agréables. Ce qui la rendait particulièrement stimulante fut la présence à bord d’une cinquantaine de membres de trois communautés d’Amish, l’une d’Indiana, l’autre du Michigan et le dernier du Wisconsin. Tout à coup, à une heure de Manitowoc, le Badger fut enveloppé d’un épais nuage de brouillard qui ne s’est dissipé qu’à l’arrivée.

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Une visite au Musée maritime du Wisconsin vaut le détour, mais je ne me suis pas attardé trop longtemps, car avant de quitter Québec, j’avais promis à mon fils, Zachary, 25 ans et maniaque du football professionnel, de faire un détour par Green Bay, à 50 km de Manitowoc, afin de lui prendre une photo du stade des Packers, le fameux Lambeau Field, situé sur l’avenue Lombardi. Pour les non initiés, disons tout de go que Curley Lambeau et Vince Lombardi sont deux des plus grands entraîneurs de football à avoir jamais vécu! Évidemment, les deux
« coachaient », les Packers de Green Bay.

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Dans le cadre de ce périple en Franco-Amérique, une visite à Green Bay se justifie pour une tout autre raison. Avant d’être rebaptisé « Green Bay » par les Américains, l’estuaire, qui sépare la terre ferme de la péninsule Door—le« Cape Cod du Midwest » selon les brochures touristiques—et sur lequel est située la ville de 100 000 habitants, avait reçu de ses fondateurs le nom de « baie des Puants ».

octobre 09, 2003

La vallée de la Saginaw

Il y a deux ans, j’ai accepté l’invitation  des éditeurs de la revue Francophonies d’Amérique  à faire une recension du nouveau livre de Jean Lamarre, Les Canadiens français du Michigan : leur contribution dans le développement de la vallée de la Saginaw et de la péninsule de Keweenaw, 1840-1914, qui, soit dit en passant, a aussi paru en version anglaise aux Presses de l’université Wayne State. J’avais conclu mon compte rendu par l’observation suivante :

"Ce livre ouvre bien des pistes de recherche. Une suite s’impose. Que sont devenus les Canadiens français du Michigan depuis 1914? Leurs descendants sont encore sur place. Un regard rapide sur l’annuaire téléphonique de Houghton, Marquette, Bay City et Saginaw en témoignent, mais qu’en savons-nous? Relativement peu."

Aujourd’hui, j’ai vérifié à Midland, troisième ville de cette conurbation tricéphale et site du siège social de la grande compagnie multinationale Dow Corning. Le bottin ne ment pas. Les Canadiens français sont encore là. Les Lafleur, Laframboise et Lefebvre sont encore là, ainsi que les Leduc dont le nom s’écrit de nos jours LaDuke.

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En me dirigeant vers Ludington sur les rives du lac Michigan afin de  prendre le traversier, j’ai eu le bonheur de découvrir le Père Marquette Rail Trail. Il s’agit d’une piste cyclable de 30 km, reliant Midland à Clare. Elle est

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aménagée sur l’ancienne voie ferrée qui servait à transporter le bois des chantiers près de Clare à la baie Saginaw. Évidemment, je ne pouvais pas passer tout droit. Par un après-midi d’automne magnifique (76 degrés F. selon la radio), j’ai pédalé sur 20 km à partir du village de Sanford, traversant à plusieurs reprises les ponts ferroviaires.

octobre 08, 2003

Saint-Joseph-sur-Lac Huron, cité rêvée…

Aux années 1830, des bûcherons en provenance du Bas Canada, Claude Gélinas, Abraham Bédard, Baptiste Durand et d’autres encore sont venus travailler sur les rives du lac Huron. Une décennie plus tard, avec leurs familles cette fois-ci, ils sont revenus dans cette région au sol riche, au climat agréable et aux poissons en abondance. Ils ont formé la seule communauté canadienne-française se trouvant entre les colonies établies par les Jésuites sur la baie Georgienne à Midland et les autres de la région de Détroit. En peu de temps, ils seraient entourés d’autres colons, surtout mennonites et suisses. Une liste partielle des habitants occupant les rangs le long du lac se lit comme suit : Laporte, Denomme, Bedour, Contin, Bouchey, Papineau, Willet, Ducharme, Desjardins, Gravel.

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Dans cette colonie qui érigera son église, Saint-Pierre-du-Lac-Huron, en 1873 naîtra en 1870 un jeune homme exceptionnel. Narcisse Cantin rêvera d’établir ici la grande cité de Saint-Joseph, avec port sur le lac, un canal le reliant à Port Stanley sur le Lac Érié, à une distance de 60 km, une ligne ferroviaire, des centrales électriques et des industries bien sûr. Narcisse, inventeur, entrepreneur et rêveur, essayait au tournant du siècle de convaincre, sans succès, les autorités canadiennes que son projet aurait pour résultat le rapatriement de milliers de Canadiens français partis aux Etats-Unis. Saint-Joseph aurait dominé ce que Narcisse voyait déjà comme la voie maritime du Saint-Laurent. La « ville » a connu son apogée entre 1915 et 1920 alors que s’y trouvaient scierie, briqueterie, médecin et grand hôtel. C’est sans doute en raison de ce soupçon de prospérité ainsi que l’amitié forgée avec la famille de Narcisse que le Frère André est venu séjourner à Saint-Joseph en octobre 1917.

La visite du Frère André et la statue du Sacré-Cœur érigée en 1922 pourraient témoigner de la vitalité du français à Saint-Joseph à cette époque-là. Par contre, déjà à la fin du dix-neuvième siècle la plupart des pierres

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tombales dans le cimetière paroissial portaient des inscriptions en anglais. Deux des rares exceptions, celles de Urgèle Dénommée et de Narcisse Dénommée. Un observateur attentif remarquera que sur cette dernière pierre la date du décès de Narcisse, à l’âge de 47 ans en 1920, est annoncée en français, tandis que celle de son épouse, Rachel Geoffrey, trente-trois ans plus tard, est gravée en anglais. Que conclure? Entre les années 20 et 50, l’utilisation du français a diminué de manière radicale. Rachel était anglophone. Deux possibilités parmi tant d’autres.

La signalisation et les patronymes inscrits sur les boîtes aux lettres invitent le regard des villégiateurs et vacanciers, surtout ontariens et états-uniens du Michigan, qui y passent chaque été en grand nombre dans le but de tirer profit des belles plages et des dunes de la « cité de Saint-Joseph ». Qu’en dirait, son fondateur, Narcisse Cantin, père de la Voie maritime du Saint-Laurent, magicien de Saint-Joseph, patriote canadien et visionnaire?

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octobre 07, 2003

Champlain au collège Glendon de Toronto

Le collège Glendon se trouve dans un beau quartier de Toronto, au carrefour des rues Lawrence et Bayview. Il s’agit de la composante bilingue de l’université York dont le campus principal se situe très au nord en

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banlieue. Aujourd’hui s’y tenaient deux causeries organisées sous la direction d’Yves Frenette, professeur au Département histoire. Les invités d’honneur, venus de France, nous entretenaient de l’épineuse question de histoire et de mémoire communes. Il s’agissait en fait de M. Dominique Guillemet, maître de conférence d’histoire moderne à l’université de Poitiers, et de Mme Sophie Besnier, attaché de conservation du patrimoine au Conseil général de la Charente-Maritime.

D’entrée de jeu, Monsieur Guillemet mentionnait le grand port « canadien » de La Rochelle d’une part et la « zone acadienne » de Poitiers d’autre part. Il a souligné l’importance des cinq prochaines années pour commémorer la naissance du fait français en Amérique. Il nous a rappelé l’étymologie du mot « commémorer » qui veut dire « mémoire en partage ». Pourquoi commémorer? Parce que nous sommes à l’ère du désenchantement du monde. Mais on ne commémore plus comme on commémorait. Autrefois, de telles fêtes ou célébrations se réalisaient sous l’égide de l’Église ou de l’État. Plus maintenant. L’Église s’est retirée de cette sphère d’activité. L’État aussi. Celui-ci propose et n’impose plus. Les acteurs, formes et valeurs ont changé. De nos jours, ce sont, le plus souvent, les villes et régions qui prennent en mains les commémorations dont il existe presque sans exception une composante scientifique sous forme de colloque, de forum ou d’exposition. La tenue de telles activités n’assure toutefois pas la diffusion du savoir. En plus de répondre à la quête des origines, une autre fonction de la commémoration contemporaine serait la fabrication du consensus dans les sociétés diversifiées et l’inclusion des groupes exclus des manuels scolaires. Pour terminer, Dominique Guillemet a souligné la méconnaissance des Français de la francophonie nord-américaine.

Madame Besnier a présenté un projet concret qui lie la France et le Canada, la mise en œuvre à Brouage, lieu de naissance de Samuel de Champlain, d’une Maison dont une partie importante du financement, sinon la plus importante, viendra d’ici. La construction de ce centre d’interprétation commencera le 15 octobre prochain. L’ouverture est prévue pour le 26 juin 2004. Sophie Besnier souligne l’importance de cette initiative pour rappeler aux Français la signification de Champlain, peu connu en comparaison avec Jacques Cartier.

À la fin de la séance, les participants ont eu droit à une carte allégorique confectionnée au Laboratoire de cartographie de l’université Laval, sous la direction de MM. Adrien Bérubé, Dean Louder et Christian Morissonneau. Ayant pour titre « FRANCOPHONIE EN AMÉRIQUE : Samuel de Champlain amorce 4 siècles de communications », cette carte commémore, à la manière des géographes, les réalisations du grand géographe qui était Champlain.

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octobre 06, 2003

« The county »

Y a-t-il une route plus ennuyeuse que la 401 entre Montréal et Toronto? Probablement que non, mais le voyage entre les deux villes n’a pas à être aussi ennuyeux que cela. De nombreux « parkways » s’offrent dont celui du Long Sault entre Cornwall et Brockville et celui des Mille Iles avant d’arriver à Kingston. Mais le plus beau, à mon avis, et celui des Loyalistes qui est aussi la route provinciale 33 entre Kingston et Trenton. Tout comme la 138 au Québec qui arrête à l’embouchure du Saguenay, obligeant le voyageur de prendre le traversier pour Tadoussac, il en est de même sur la 33 ontarienne. Avant d’atteindre Picton, le chef lieu de cette pittoresque région, on doit obligatoirement monter à bord du traversier Glenora, avec service gratuit à toutes les quinze minutes.

On est sur la péninsule Quinte, dans le comté du Prince-Édouard, que les Ontariens appèlent simplement et affectueusement « the county ». Il s’agit d’une région où habitent à peine 20 000 personnes, une région qui fut peuplée de Loyalistes après le « grand malentendu »(big disagreement, selon une source rencontrée sur les lieux) entre l’Angleterre et ses colonies américaines. Aujourd’hui, l’identité loyaliste est encore très forte. Les gens de souche la portent fièrement et s’inquiètent de ce qui leur arrive au fur et à mesure que les gens de l’extérieur découvrent la région, avec ses plages (0301), sa « mer » (0302) et ses dunes de sable (0303) et viennent s’installer.

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Les « envahisseurs » dont on entend le plus parler, sont des retraités de Toronto qui, en vendant leur propriété dans la métropole du Canada, ont les moyens d’acheter d’énormes terrains dans l’une ou l’autre des petites municipalités du county et d’ainsi influencer le cours de la vie péninsulaire.

Au lendemain des élections en Ontario, les gens du county semblent bien heureux des résultats. « Après treize ans d’erreurs (NPD) et de terreur (PC), peut-être que les bons temps vont revenir », me disait un vieux cycliste au Parc provincial Sandbank.

octobre 04, 2003

C'est un départ!

Hier, en empruntant à Québec le pont Pierre-Laporte au début de mon voyage, je ne pouvais m'empêcher de penser

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à Jack Waterman. Vous souvenez-vous de lui? Il s'agit bien sûr du héros du roman Volkswagen Blues, ce roman de la route écrit par Jacques Poulin en 1989, sans doute sous l'inspiration de l'œuvre du grand écrivain franco-américain, Jack Kerouac. Dans Volkswagen Blues, accompagné d'un personnage énigmatique d'origine métisse, La Grande Sauterelle qu'il a prise sur le pouce en Gaspésie, Waterman, en campeur de marque VW, quitte la ville de Québec à la recherche de Théo, parent à Jack, qui avait fait ses adieux à son Québec natal il y a si longtemps, préférant tenter l'aventure continentale. San Francisco, dernière adresse que Théo avait laissée, deviendra l'ultime destination du couple. Ils s'y rendront en passant par de nombreux hauts lieux de la Franco-Amérique.
À moi maintenant de suivre dans leurs traces. Pas nécessairement leur parcours, car la Franco-Amérique est vaste et jalonnée de diverses manières. À chacun de trouver sa piste. Toutefois, j'essayerai de respecter l'" esprit de Waterman ", en renouant avec la Franco-Amérique et en l'explorant plus à fond. Première halte, Montréal, point d'embarcation vers les pays d'en haut, point de départ des voyageurs et coureurs de bois. J'ai passé la nuit chez mon fils, Mathieu, dans l'est de la ville, à l'ombre du stade Olympique dont je vois le mât de sa fenêtre de cuisine. Tantôt, malgré la pluie, je vais réintégrer mon « canot », stationné devant la porte pour reprendre le chemin.

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Le voyageur solitaire est toujours heureux de recevoir des nouvelles. Pourquoi donc ne pas me faire part d'une piste de la Franco-Amérique que vous avez découverte ?

octobre 02, 2003

Dans la tradition de Steinbeck… au rythme de l’escargot

Depuis plus d’un quart de siècle, je parcours la Franco-Amérique, la plupart du temps avec mes étudiants de l’université Laval.

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Nos passages sont inscrits sur la carte de l’Amérique. Le 1er septembre 2003, j’ai pris ma retraite de l’université Laval où j’avais enseigné depuis 32 ans. Le 3 octobre 2003, j’ai commencé les pérégrinations qui sont décrites dans ce journal. Je l’ai fait un peu à la manière du grand écrivain John Steinbeck qui, en 1960, à l’âge de 58 ans, avec son chien, Charley, a quitté son domicile à New York dans un petit campeur, fait sur mesure pour lui. Son but : redécouvrir son pays. Ayant laissé des classiques comme Raisins de la colère et Des souris et des hommes, Steinbeck, à la fin de sa vie, nous a légué un petit livre léger, de lecture fort agréable, basé sur son journal de bord, Voyage avec Charley : récit.

Disons tout de suite que les véhicules récréatifs ne sont plus ce qu’ils étaient en 1960. Aujourd’hui, il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets—du humble Boler au château ambulant fabriqué chez Prévost. Pour ma part, j’ai choisi la Safari condo, petite fourgonnette GMC transformée en campeur chez Nadeau à Saint-Frédéric-de-Beauce. C’est avec lui, ce modèle SC dit Junior, que j’ai emprunté en solitaire les chemins de la Franco-Amérique dans le but de satisfaire à cinq objectifs :

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• Célébrer la fin de ma carrière de professeur d’université en faisant ce qui a toujours caractérisé mon enseignement: EXPLORER.
• Renouveler mes connaissances et revoir des amis faits au cours d’explorations antérieures de la Franco-Amérique..
• Réaliser un travail d’Ambassadeur pour le Conseil de la vie française en Amérique (CVFA).
• Apprendre à mieux connaître mes enfants et petits-enfants qui habitent tous au loin.
• Renouer avec ma culture de base et le « pays » qui m’a donné la vie, le plateau du Colorado et le pays des Mormons.

Petit à petit, comme l’escargot dont mon campeur porte l’image, j'allais sillonner le continent. Au rythme du temps, des gens rencontrés et des paysages, j’ai fait mon journal, sous forme de chroniques. Ces reportages, anecdotes, témoignages et bilans, accompagnés de plus de mille photos couvrant trois voyages en vingt-et-un mois (voir carte) furent étalés jusqu’au 30 juin 2008 (date de sa fermeture), à l’échelle planétaire sur le site Internet du CVFA. À Guy

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Lefebvre, dernier directeur général de cette vénérable organisation, je dois des sincères remerciements. C’est à la lecture de ces chroniques et à la suite de la publication en avril 2008 chez eux de Franco-Amérique que Denis Vaugeois et Gilles Herman des Éditions du Septentrion m’ont suggéré de transformer les chroniques en blogues et de les afficher sur leur site internet… quelques photos en moins. Je remercie sincèrement MM. Vaugeois et Herman et les félicite de leur passion et de leur esprit d’aventure, deux éléments ayant depuis toujours caractérisé la Franco-Amérique. Je suis fier de faire partie de leur écurie.

Bon voyage et bonne lecture!



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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