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Le 23 juin 2005 par Dean Louder

St. Barbe et Blanc-Sablon : La traversée au Labrador

Plusieurs de mes textes traitent d’une traversée. On dirait que j’aime les traversiers et c’est vrai; je ne m’en lasse jamais. L’une des raisons, c’est que l’on y rencontre toujours des gens fort intéressants et de bonne humeur. Aujourd’hui, à St. Barbe, tel est encore le cas! Les passagers laissent leurs véhicules (voiture, autobus, moto) et se massent le long du quai pour regarder l’Apollo arriver.

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Celui-ci offre le service trois fois par jour entre St. Barbe, à Terre-neuve, et la côte du Labrador en passant par Blanc-Sablon, au Québec. La traversée d’une durée habituelle de deux heures sera un peu plus longue aujourd’hui, car depuis plusieurs semaines, l’Apollo fonctionne avec la moitié de ses forces, l’un des moteurs étant en panne.

Le plus fascinant de ces passagers—celui qui attire l’attention de tous—est Philippe de Trois-Rivières.

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Étudiant en sciences et génie à UQTR, mais indécis quant à son avenir, il a décidé de mettre une halte à ses études et de poursuivre son rêve de partir en vélo. Nous l’avons rencontré lors du 38e jour de son périple. Parti de chez lui le 17 mai, Philippe avait parcouru la route 132 au Québec jusque Rivière-du-Loup. Franchissant le portage du Témiscouata sur la belle piste cyclable du « Petit Témis » qu’il n’avait pas aimée parce qu’il avait plu et ses pneus s’embourbaient, il est arrivé à Saint-Jacques, à l’entrée du Nouveau-Brunswick. Philippe est passé par le nord de la province (Saint Quentin, Kedgwick, Campellton, la baie des Chaleurs), la péninsule acadienne et la côte du détroit de Northumberland. Avant d’entrer en Nouvelle-Écosse, il a rendu visite à l’île du Prince-Édouard. Sous les pluies au Cap-Breton, il s’est rendu à North Sydney pour prendre le traversier à Terre-neuve : Port-aux-Basques, Stephenville, Cornerbrook, le parc national de Gros Morne avec ces nombreuses montées et descentes, et la péninsule septentrionale avant d’enfin arriver à St. Barbe où il pouvait rentrer brièvement au Québec faire escale avant de reprendre sa route vers la côte est de Terre-neuve. Mais pourquoi cette escale qui l’éloignait de sa destination ultime? La réponse est facile. Philippe est Québécois. Demain, c’est la Saint-Jean Baptiste. Il désirait fêter sa patrie parmi les siens sur le sol québécois à Blanc-Sablon.

Quelques minutes après avoir quitté le quai de St. Barbe, nous passions devant le hameau de Anchor Point. Deux heures et demi plus tard, nous nous approchions de Blanc-Sablon et, enfin, de son quai.

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Curieux, n’est-ce pas, de passer par le Québec pour se rendre au Labrador, alors que la côte labradorienne compte de nombreuses baies protégés (L’Anse-au-Clair, Forteau, L’anse-au-loup…) qui pourraient facilement recevoir l’Apollo et ainsi raccourcir la distance et réduire le temps entre la côte terre-neuvienne et la côte labradorienne ? L’explication possible : tant qu’il s’agit un lien inter-provincial (Terre-neuve/Québec), une subvention généreuse du Fédéral est possible. Rien de telle pour une liaison intra-provinciale (Terre-Neuve/Labrador).

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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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