Accueil

mars 10, 2005

Gallipolis, OH : Mirage français aux États-Unis

L’American Historical Association attribue annuellement des prix aux auteurs d’ouvrages scientifiques traitant de l’histoire des Etats-Unis. L’un d’eux porte sur le meilleur ouvrage en langue étrangère. En 2003, on m’a demandé de faire l’évaluation un tel ouvrage en vue de l’attribution de ce prix. Puisque je n’avais jamais mis les pieds dans le coin sud-est de l’Ohio, j’ai refusé d’évaluer Gallipolis : histoire d’un mirage américain au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, je n’aurais plus d’excuse, car j’ai exploré, ne serait-ce que brièvement, Gallipolis, ville des Gaulles, fondée en 1790 par 500 membres de a bourgeoisie française fuyant la Révolution dans leur pays. Moins de vingt ans plus tard, ayant subi l’arnaque des promoteurs de la compagnie Sciota, ils étaient déjà partis sans laisser de traces.

8001 ville_gaulles.jpg

Ne cherchez pas de noms à consonance française dans le bottin téléphonique ni sur les listes d’anciens combattants de toutes les guerres américaines du 20e siècle, affichées à « La place », le parc au centre de Gallipolis (4 200 habitants). Il n’y en a pas! C’est ici au parc, selon la légende, que le French Five Hundred s’est implanté, face à l’Ohio pour fonder ce joli bourg. Par contre, les symboles de la France ou de la francité sont partout : par exemple, l’énorme sculpture d’une fleur de lys, ou le boulevard des Français qui mène à « La place ». Située entre le boulevard des Français et l’Ohio, une statue érigée en 1990 pour marquer le bicentenaire de Gallipolis. Il s’agit d’un couple, de toute évidence, français, qui surveille attentivement la nouvelle colonie. La statue dont le titre gravé en français, « La vue première », est la création de William P Hopen.

8002 fleur_lys.jpg

8003 boulevard.jpg

8004 banniere.jpg

Et comme si cela n’en était pas assez! L’image de la France est inscrite sur les bannières qui ornent tous les lampadaires du centre historique du village et sert également de raison sociale à la garderie (French City Child Care)! À la société historique et généalogique de Gallipolis, les deux préposées m’ont offert leur seul exemplaire du livre de Moreau-Zanelli cité au début, à condition bien sûr que j’accepte de le traduire. J’ai poliment refusé.

Je ne pouvais m’empêcher de réfléchir à ce que ces fiers pseudo Français de Gallipolis auraient pu vivre au moment de l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Iraq. Est-ce qu’ils se rendaient compte que ce pays tant honni par leur Président et son gouvernement était bel et bien celui même qu’ils célèbrent quotidiennement avec tant de gusto!

mars 08, 2005

Vincennes, IN : Canadiens français au service de la Révolution américaine

À l’âge de 19 ans, j’habitais la région parisienne. Mon adresse : 202, rue de la Jarry, Vincennes (Seine). Depuis, la présence d’une ville du nom de Vincennes en sol américain m’a toujours fasciné. Aujourd’hui, j’ai enfin visité cette ville de 19 000 habitants, découvrant qu’elle est jumelée avec cette autre Vincennes de ma jeunesse. J’ai profité de mon passage pour m’initier à son histoire.

En 1732, afin de protéger les intérêts de la France à l’ouest des Appalaches, un petit groupe de Canadiens sous la direction de François-Marie Bissot, sieur de Vincennes (1700-1736), a construit un fort sur les rives de la Wabash.

7901 wabash.jpg

Quatre ans plus tard, Bissot est brûlé vif au Tennessee par les Chickasaws. Quelques centaines de Canadiens continuèrent de vivre à cet endroit qui portait son nom, ainsi qu’à d’autres forts plus à l’ouest, au pays des Illinois, notamment à Kaskaskia et à Cahokia, situés sur la rive est du Mississippi, en face de Saint-Louis. Évidemment, après la Conquête et le Traité de Paris, ils se trouvaient, du jour au lendemain, des sujets britanniques.

Pour subvenir aux besoins spirituels de ces Canadiens parsemés à travers un vaste territoire s’étendant depuis les Appalaches jusqu’au grand fleuve et des Grands lacs jusqu’au Golfe du Mexique, l’Église a envoyé le père Pierre Gibault, né à Montréal en 1737. Ayant travaillé brièvement dans le commerce des fourrures avant d’être ordonné à l’âge de 31 ans, Gibault se trouvait donc bien dans sa peau à Kaskaskia, à partir de laquelle il pouvait voyager à pied, à cheval ou en canot, sur des centaines de kilomètres à la ronde, afin de rendre visite aux ouailles.

7902 gibault.jpg

En 1775, le début de la Révolution américaine vint modifier le contexte politique et social. Les Britanniques cherchaient à consolider leurs acquis devant l’arrivée massive d’Américains en provenance de Virginie et du Kentucky qui épousaient la cause de l’indépendance des colonies anglaises. Quant aux francophones dont l’hégémonie s’est estompée sur les Plaines d’Abraham, ils étaient susceptibles d’être gagnés à la cause américaine. Connaissant le père Gibault à Kaskaskia, le Commandant américain dans l’Ouest, George Rogers Clark, vénéré aujourd’hui à Vincennes par la construction d’un monument gigantesque portant son nom, lui a demandé d’être son

7903 G_Clark_Monument.jpg

émissaire auprès de ses concitoyens français à Vincennes. Traversant d’un bord à l’autre ce qui est aujourd’hui l’État de l’Illinois, un voyage de 300 Km, Gibault n’a eu aucune difficulté à rallier les Canadiens de Vincennes à la cause de la nouvelle république en formation. De nos jours, une dizaine de pierres tombales portant des noms suivants témoignent des nombreux Français de Vincennes qui ont servi sous le drapeau américain, contribuant ainsi à l’édification de la nouvelle république et à son expansion vers l’Ouest : Joseph Dubois, Pierre Grimard, Louis Victor Edeline, Michel Brouillette, Jean-Marie Philippe Le Gras, François Busseron, Nicholas Cardinal, Pierre Levry dit Martin, François Pelletier et André Languedoc.

Le révérend Jean-François Rivet n’a pas porté d’armes contre les Anglais, mais a contribué, à sa façon, au développement de Vincennes. Prêtre et éducateur d’origine martiniquaise, il fut le premier recteur de l’Académie Jefferson qui deviendrait plus tard l’université Vincennes.

En me rendant à Vincennes, j’ai trouvé au Parc historique George Rogers Clark de nombreux vestiges du patrimoine français, y compris la vieille cathédrale Saint-François Xavier. Malheureusement, très peu d’effort n’est fait pour les mettre en valeur ni pour les interpréter. Non, Vincennes sert avant tout à l’interprétation de la Guerre de l’Indépendance américaine et à la gloire de la République de l’Oncle Sam.

7904 cathedrale.jpg


mars 07, 2005

Retour à la Vieille Mine, MO

Au printemps 1978, j’ai rencontré Kent BONE chez lui, à la Vieille Mine, sur le flanc oriental des montagnes aux Arcs (Ozarks), au Missouri. Il avait 23 ans. Peu de temps après, il est venu chez moi à Québec. Cette première fois, il est resté trois mois, les autres fois, un peu moins. Kent a découvert une mère patrie et une identité longtemps cachée. Depuis ces découvertes, il s’appelle Kent BEAULNE et il a appris le français qu’il parle couramment.

.7801 kent.jpg

Lors de mon voyage chez lui en 1978, Kent m’a présenté aux gens d’un certain âge. Je parlais français avec Mme Villmer, Rosie Pratt et Pete Boyer. Dans sa petite maison en bois rond, Charlot Pashia a sorti son violon et m’a joué des airs de chez lui qui étaient aussi, sans qu’il le sache, ceux du Québec, de l’Acadie et de la Louisiane. Son épouse, Anna, m’a offert de l’eau fraîche puisée à la pompe, car il n’y avait pas encore d’eau courante dans la maison. Aujourd’hui, afin de renouer avec Charles et Anna et de me remémorer ces bons moments, je me suis rendu au cimetière, en arrière de l’église Saint-Joachim. Ils étaient là, Charlot et Anna, avec bien d’autres dont le nom original porte les traces d’un curé américain qui écrivait en anglais au son. Les Pagé bien sûr, mais aussi les Degonia (Desgagné), Reando (Riendeau), Osia (Auger), Bourisaw (Bourassa), Courtaway (Courtois), Merseal (Mercille) et DeClue (Duclos).

7802 pashia.jpg

Il y a cinq ans, j’écrivais dans Vision et Visages de la Franco-Amérique que Kent Beaulne chérissait l’idée de faire de la Vieille Mine (Haute-Louisiane) une « halte routière » à mi-chemin entre deux pays francophones, le Québec et la Basse-Louisiane. D’ailleurs, c’est Kent qui a révélé à un ami québécois que « le Purchase (achat de la Louisiane par les Américains en 1803) est à nous ce qu’est pour vous la Conquête ». Le projet de mise en valeur du patrimoine de la Vieille Mine progresse. Un terrain de cinquante-cinq acres est acheté sur lequel un village historique verra le jour. Certaines pièces sont déjà sur place et d’autres y seront déménagées dans un proche avenir.

7803 log.jpg

Natalie Villmer, réincarnation parfaite de sa mère que j’ai rencontrée en 1978, m’a fait visiter la maquette du centre d’interprétation et de recherche envisagé. Les archives, qui se trouvent actuellement dans un véritable coffre fort à l’intérieur d’une vieille bâtisse, sont riches et variées. Il y a deux ans, la société historique de la Vieille Mines a réussi à rapatrier les cylindres en cire sur lesquels l’ethnologue franco-ontarien, Joseph Médard Carrière, avait, au cours de ses recherches en 1937, enregistré les habitants de la Vieille Mine. De plus, ils ont le gramophone sur lequel les faire écouter. Évidemment, le transfert de ces enregistrements sur disques compacts est prévu.

Les gens de la Vieille Mine travaillent avec les moyens modestes et les ressources limitées. Ils ont raison d’être fiers de leurs réalisations. Ils méritent bien que les francophones du Canada et de l’Hexagone s’intéressent à eux, car, comme ils nous le rappellent : « Après 300 ans, on est encore icitte ».

mars 05, 2005

Prendre un bain à Hot Springs, AR

En dirigeant mes pas vers Little Rock, capitale de l’Arkansas, afin de rencontrer un vieil ami, Robert Bonnemort, qui m’attendait en fin de journée, j’ai arrête à Hot Springs : Boyhood Home of William Jefferson Clinton. C’est ce qui est écrit sur un panneau installé à l’entrée de cette ville de 30 000 habitants. Toutefois, ce n’est pas le président Clinton qui m’attire. Non, c’est la présence d’un phénomène géologique plutôt rare : des sources thermiques en grande nombre sur un territoire assez restreint. En marchant sur le large et long trottoir en brique rouge (Grand Promenade) qui longe la rue Central, on reste bouche bée devant la kyrielle de sources d’eau chaude, chacune échappant de la vapeur vers le ciel. Au cœur de la ville, les gens viennent de près et de loin remplir leurs bouteilles de cette potion « magique »

7701 remplir bouteilles.jpg

L’eau thermique est la raison d’être de la ville. Depuis 170 ans, les gens s’y baignent dans ses eaux « guérisseuses ». Le phénomène a donné lieu aux années 1930 à l’érection de grands édifices comme l’Hôtel

7702 hotel.jpg

Arlington et le Centre des soins thermiques. Sur l’artère principale de la ville, la Centrale elle-même, se trouve Bath House Row, comportant une demi-douzaine de bains publics. Construits, eux aussi, pendant l’âge d’or du bain (1911-1939), les uns en style victorien, les autres en style art déco, les bains surprennent par leur élégance et flamboyance. Dans la période d’après guerre, un marché en déclin et des problèmes résultant de l’utilisation de l’amiante comme isolant ont obligé la plupart d’entre eux de fermer leurs portes. Aujourd’hui, il n’y en a qu’un qui fonctionne, le Buckstaff dont la quantité d’amiante respectait, paraît-il, les nouvelles normes fixées par el EPA

7703 buckstaff.jpg

(Environmental Protection Agency). Le Fordyce abrite depuis peu le Centre d’interprétation du parc national Hot Springs. Le Ozark et le Quapaw sont en rénovation et reprendront prochainement leurs anciennes fonctions dans un cadre nouveau.

À la suite de deux promenades, l’une pour observer les sources thermiques et l’autre pour me renseigner sur la quarantaine de notables de l’Arkansas qui figurent au Walk of Fame, je me suis senti près à vivre, au Buckstaff, l’expérience du « bain traditionnel ».

Je n’ai pas regretté, mais au prix que cela coûte, je n’y retournerai pas de sitôt.

7704 prix.jpg

mars 03, 2005

Préserver le patrimoine français en Louisiane anglophone : Centenary College

Au collège Centenary de Shreveport (1 000 étudiants et étudiantes), à plus de 200 km au nord de l’Acadiana, j’ai rencontré un moine. Non, pas un moine dans le sens classique du terme, mais un homme qui se consacre à la préservation du patrimoine français de la Louisiane. Pour le faire, il fait le travail d’un moine. Il s’agit de Monsieur Dana Kress, professeur de français au Collège Centenary. Originaire du Tennessee, M. Kress, seul professeur de

7601 dana kress.jpg

français du collège, occupe son poste depuis seize ans. À tous les trimestres, il donne quatre cours. Donner huit cours par année, ce n’est pas une sinécure, je vous assure. Qui plus est, aidé de quelques étudiants et étudiantes du premier cycle, il publie trois fois l’an Le Tintamarre, journal culturel de langue française. Il réalise

7602 tintamarre.jpg

également un travail d’édition majeur sur les œuvres franco-louisianaises depuis longtemps épuisées. Pour ce faire, Kress a fondé en 2000 la seule presse de langue française aux États-Unis, Les Éditions du Tintamarre. Ne trouvant pas normal que les auteurs et poètes louisianais se voient obligés de publier à Moncton ou à Montréal en non dans leur propre pays, il rêve de pouvoir publier un jour chez Tintamarre leurs textes et poèmes. Évidemment, les ressources manquent. Récipiendaire d’une seule subvention depuis sa fondation (un octroi de 37 000$ de la part du Louisiana Endowment for the Humanities), la Maison fonctionne surtout sur une base de bénévolat.

Grâce aux efforts de Kress et son équipe de bénévoles, plusieurs ouvrages ayant marqué la littérature louisianaise du 19e siècle sont aujourd’hui accessibles à prix raisonnable : (voir http://www.centenary.edu/french/louisiane.html). À titre d’exemple, prenons L’habitation Saint-Ybars d’Alfred Mercier, publié en 1881 et réédité chez Tintamarre en 2003.

Qui était Alfred Mercier?

Médecin et écrivain dont la carrière représente le point culminant de la littérature créole. Alfred Mercier naquit le 3 juin 1816 à McDonoghville. Après avoir passé une partie de sa jeunesse en voyage en Europe, où il fréquenta des milieux romantiques et progressistes, Mercier et sa famille se rendirent à la Nouvelle-Orléans. Là, il gagna sa vie grâce à la pratique de la médecine. En même temps, il s’implique dans le milieu littéraire franco-louisianais. En 1875, il fonda l’Athénée louisianais, organisme voué à la promotion de la langue et la culture françaises. En plus de L’habitation Saint-Ybars, il publiera par la suite La fille du prêtre (1877), Émile des Ormiers (1886), Fortuna (1888) et Johnelle (1891), ainsi qu’une étude sur la langue créole en Louisiane.

Des extraits qui suivent tirées de L’habitation de Saint-Ybars illustrent la richesse de ses écrits et sa maîtrise du français et du créole :

—to bon toi, lui dit Mamrie; to oté li so laliberté é to oulé li contan. Mo sré voudré oua ça to sré di, si yé té mété toi dan ain lacage comme ça.

—Mété moins dan ain lacage! S’écria Démon sur le ton de la fierté indignée; mo ré cacé tout, mos ré sorti é mos ré vengé moin sur moune laïe ki té emprisonnin moin.

—Ah! Ouëtte, tou ça cé bon pou la parol, répliqua Mamrie; si yé té mété toi dan ain bon lacage avé bon baro en fer, to sré pa cacé arien; to sré mété toi en san, épi comme to sré oua ça pa servi ain brin, to sré courbé to latéte é to sré resté tranquil comme pap là va fé dan eune ou deu jou …

—Le malheureux pape, brisé de fatigue était affaissé, sur ses pattes; sa poitrine se gonflait douloureusement; ses yeux noirs étincelaient de colère. Sa femelle, réfugiée dans un coin, faisait entendre de petits cris plaintifs. Après un moment de silence, Démon dit : « Mamrie, ga comme fumel là triste ».

—Cé pa étonnan, répondit la bonne négresse, lapé pensé à so piti! Yé faim, yapé pélé yé moman; mé moman va pli vini; cé lachouette ou kéke serpent ka vini é ka mangé yé

Démon devint pensif…

Dana Kress et son équipe se rendent compte aussi de la pénurie de matériel pédagogique en français à la disposition des enseignants qui travaillent dans les nombreux programmes d’immersion qui ont vu le jour en Louisiane depuis quinze ans. Avec les maigres ressources dont ils disposent, ils ne peuvent faire que ce qu’ils peuvent faire. Le Louisiana Department of Education n’a pas assez de ressources de langue française non plus. Quel beau champ d’action que cela pourrait être pour l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF)! Quel beau champ d’intervention pour de nombreux organismes gouvernementaux et paragouvernementaux québécois! Pourrait-on oser espérer un partenariat entre une maison d’édition québécoise et les Presses du Tintamarre. Un tel accord encouragerait la création littéraire en Louisiane et faciliterait la diffusion de produits culturels dans les deux sens, au Québec et en Louisiane.

février 26, 2005

5e Temps d’arrêt : La belle famille, Shreveport, LA

La belle-mère, Bonne Kase : malgré ses nombreuses infirmités, une femme de grand courage et de foi inébranable.

7501 Mme Kase.jpg

…et ses enfants : Billie, Mike, Barbara et Donna.

7502 4 enfants.jpg

N.B. Mme Kase est décédée le 23 janvier 2006.

février 22, 2005

L’univers de Dave Robicheaux : Nouvelle-Ibérie, LA

Contrairement à tous les autres États des États-Unis qui sont découpés en comtés, la Louisiane, de par sa tradition française, est divisée en soixante-quatre paroisses. L’une des plus extraordinaires de point de vue de l’histoire, de la géographie et de la littérature contemporaine, est la paroisse d’Ibérie, avec son chef lieu, la Nouvelle-Ibérie.

Historiquement, cette ville de 32 000 habitants, fondée en plein milieu du régime espagnol (1779), partage les trois cultures française, hispanique et anglo-américaine. Géographiquement, sa forme curieuse lui donne accès à plusieurs bayous et au vaste marécage de l’Achafalaya. Toutefois, comme à Saint-Martinville et à Pont-Breaux, c’est encore le bayou Têche qui est à l’origine de sa raison d’être. Lieu de passage et destination des gens en provenance de la Nouvelle-Orléans à l’époque du bateau à vapeur, la Nouvelle-Ibérie est encore de nos jours un lieu de passage important pour le commerce. Les barges chargées de cargo, poussées et conduites par un bateau-remorque, montent et descendent le Têche.

7401 barge.jpg

Cette fois-ci, ce qui m’a attiré à la Nouvelle-Ibérie est l’œuvre littéraire de James Lee Burke que (http://www.jamesleeburke.com/). Considéré aux États-Unis comme le « Faulkner du roman policier », Burke a créé le personnage de Dave Robicheaux, vétéran de la guerre au Vietnam, shérif, pêcheur et trappeur à ses heures. Tout en s’occupant de sa fille adoptive, Alafair, orpheline depuis la mort tragique de sa mère, Robicheaux, le plus souvent secondé par son ami, Cletus Purcell, détective privé, combat les forces maléfiques et criminelles qui se déferlent sur le sud de la Louisiane—depuis la Nouvelle-Orléans jusqu’à dans les profondeurs des bayous des paroisses d’Ibérie et de Saint-Martin.

Les activités de justicier de Robicheaux l’emmènent à l’occasion au Palais de justice de la Nouvelle-Ibérie. Le creux dans son estomac l’emmène très souvent chez Victor, cafétéria populaire située sur sa rue principale.

7402 victor's.jpg

7403 oeuvres.jpg

L’œuvre riche et abondante de James Lee Burke est incontournable pour qui aime le genre « roman policier » et pour quiconque désire savourer, par la lecture, les couleurs, mœurs, goûts et odeurs du Têche moderne. Je dirais même que l’œuvre de Burke devient incontournable pour ceux et celles qui s’intéressent à la Franco-Amérique parce que l’auteur réussit, à son insu probablement, à faire un lien entre la Louisiane française, d’une part, et le Montana métis et amérindien, d’autre part. En partageant son temps entre la Nouvelle-Ibérie, sa résidence principale, et Missoula, au Montana, sa résidence secondaire, Burke s’imprègne de la culture des deux endroits. Il capte l’esprit des lieux et montre en quoi ce qui les caractérise est à la fois particulier et universel.


février 19, 2005

Un retour sur le disc golf au Parc Girard, Lafayette, LA

Le 30 novembre 2003, j’ai rencontré John Botamer et j’ai découvert le disc golf. Depuis, je n’ai plus entendu parler de ce sport. Aujourd’hui, au Parc Girard, au cœur de Lafayette, après avoir observé les petits enfants se balancer et glisser ou nourrir les nombreux canards, les ados jouer aux fléchettes, les plus vieux jouer au croquet et les Afro-Américains, surtout, jouer au basket, j’en ai eu une leçon. Elle m’a été servie par James Troyanowski, 22 ans et détenteur de plusieurs records dans sa discipline (voir www.acadianaparkdiscgolf.com/). L’objet qui nous sépare dans la photo n’est pas une poubelle. Non, il s’agit bel et bien du « trou » dans lequel le joueur cherche à lancer son disque. Comme tout bon golfeur, James, qui joue au disc golf depuis 11 ans, est capable de l’envoyer

7301 james.jpg

7303 le tir.jpg

dedans en moins de « coups » que la normale établie par les dessinateurs du parcours. Sans le moindre effort, il peut, avec son « driver », lancer son disque jusqu’à 135 mètres. Pour les lancers plus courts, il change de disque. Il avoue ne jouait qu’avec trois ou quatre disques lors d’un match, tandis que ses adversaires peuvent en employer jusqu’une quinzaine.

James est aussi l’un des rares Louisianais de son âge à faire du vélo. Chez lui, dans la vieille maison ayant appartenu à son grand-père, remplie d’instruments de musique, de CD, d’un vieux tourne-disque, d’une vielle radio, d’une ancienne distributrice de Coca-Cola, d’un ordinateur portatif et de quelques chats se trouvent attachés au plafond, comme des chandeliers, une demi-douzaine de vélos, tous en excellent état. Bon mécanicien, James les

7303 chez james.jpg

entretient lui-même et s’en sert régulièrement. Combien de fois, me suis-je fait dire ici et au Texas que la bicyclette est un jouet pour enfants? À 15 ou 16 ans, une fois son permis de conduire obtenu, on ne pédale plus, on "drive"! Et cela paraît dans le paysage de ce pays plat. Point de pistes cyclables et peu d’accotements suffisamment larges pour permettre aux cyclistes de circuler en sécurité.

Devant un tel spécimen aux allures libérales, car c’est une personne très écolo-granola dans son approche à la vie et un jeune possédant, de toute évidence, une conscience sociale bien développée et un perron peint en couleurs psychédéliques, j’étais convaincu d’être tombé sur un disciple des Kennedy, un admirateur du Flower Power, un adepte du Peace & Love.

Je me suis royalement trompé! À ma question « Pour qui as-tu voté en novembre dernier? », il m’a fièrement répondu, « pour Président Bush bien sûr. Je compte un jour avoir beaucoup d’argent et j’aime bien les réductions d’impôt qu’il nous offre! »

Ouf!

Dans un autre coin du Parc Girard, je suis arrivé face à face avec un vieil ami ou était-ce plutôt un ennemi, James Domengeaux, président et fondateur en 1968 du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL).

7304 domengeaux.jpg

En 1978, habitant temporairement la Nouvelle-Orléans, j’ai eu l’audace de critiquer le CODOFIL de ne pas faire grand-chose pour appuyer les milliers de francophones qui demeuraient sur la rive ouest (droite) du Mississippi à Gretna, à Harvey, à Marrero et surtout à Westwego.. La critique n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Monsieur Domengeaux m’avait déjà rencontré lors de mon passage à Lafayette et n’appréciait guerre qu’un outsider dise de telles choses. Piqué au vif, il a tout de suite passé aux actes, organisant à Westwego une soirée CODOFIL à laquelle furent conviés de nombreux gens d’affaires cadiens de la rive droite dont Elwyn Nicholson, propriétaire de la chaîne d’épiceries Nicholson & Loup. Celui-ci m’avait souvent présenté à ses clients francophones. Ce soir-là, il m’avait invité à l’accompagner.

La soirée tirait à sa fin. Les gens avaient bien mangé et bien bu. La salle se vidait. Fier d’avoir un ami du Canada qui parlait français et qui appuyait le Mouvement français en Louisiane, Elwyn m’a conduit auprès du chef. « Jimmy, dit-il en anglais, j’aimerais te présenter mon ami du Canada, Dean ». Passant les yeux d’Elwyn à moi à Elwyn, il rétorqua—toujours en anglais—« Ça c’est un ami à toi? Tu pourrais faire mieux. Lui, c’est un enfant de chienne! »

Elwyn est resté bouche bée. Moi itou! James Domengeaux a quitté en trombe la salle enfumée. Jusqu’au aujourd’hui, nous ne nous étions plus jamais rencontrés :

PEACE, Jimmy!

février 18, 2005

De l’enfer au paradis : Angola et St. Francisville, LA

À plus d’un titre, Angola est un cul-de-sac! Entourée sur trois côtés par le Mississippi, elle se trouve au bout de la route 66. Cette prison à sécurité maximale loge 5 200 hommes. Soixante-trois pourcent d’entre eux y mourront. Quatre-vingt-douze d’entre eux sont condamnés à mort et attendent leur exécution près de l’entrée de la prison dans un imposant édifice baptisé simplement « Death Row » . Chaque détenu à Angola qui décède et dont le corps

7201 angola.jpg

n’est pas réclamé par la famille ou des amis—et il y en a beaucoup selon le directeur adjoint de la prison que nous avons rencontré au musée—se verra conduire au cimetière d’Angola dans un cercueil en bois, à bord d’un corbillard tiré par des chevaux, les deux de fabrication carcérale.

Depuis sa transformation en prison à la fin du 19e siècle jusqu’aux années 1970, la « ferme », sobriquet qui lui est attribué parce qu’autrefois une plantation de 18 000 acres travaillée par des esclaves d’origine angolaise et parce qu’encore travaillé de nos jours par des détenus rémunérés selon un taux horaire de quatre sous, a eu la réputation d’institution carcérale la plus violente et la plus sanguinaire des États-Unis. Soixante-dix-sept pourcent des « fermiers » sont Afro-Américains. Trente-neuf pourcent des « fermiers » vient de la Ville (Nouvelle-Orléans). Leur moyenne d’âge de 37 ans est plus élevée que la moyenne nationale de la population incarcérée. La vaste majorité d’entre eux sont des récidivistes, incapables, selon l’adjoint au Directeur, de fonctionner en dehors des murs couronnés de fils à rasoir. Tous habitent des cellules grandes comme un timbre de poste, meublé le plus modestement possible! Avant d’être mis au rancart en 1991, quatre-vingt-sept condamnés à mort avaient poussé leur dernier soupir assis dans une chaise électrique portant le non de « Old Sparky ». Depuis 1991, la chaise électrique est remplacée par une technique d’exécution « plus humaine » : la piqure létale.

05 old sparky.JPG

D’ailleurs, une version de l’exécution à Angola en 1989 de Patrick Sonnier (Sean Penn), appuyé spirituellement et moralement par Sœur Helen Préjean (Susan Sarandon), porte-parole américaine contre la peine de mort, fut filmée à Angola et portée au grand écran en 1995 sous le titre Dead Man Walking. Plusieurs autres films hollywoodiens à succès rappellent la notoriété de la prison d’Angola : Out of Sight, mettant en vedette George Clooney (1998), The Green Mile avec Tom Hanks (1999) et Monster’s Ball avec Halle Berry (2001).

À trente kilomètres de l’Enfer se trouve le Paradis : St. Francisville avec ses chênes massifs et majestueux, ses belles églises, son cimetière mystérieux et son palais de justice classique. Située sur une légère butte dominant le

7202 eglises.jpg

7203 courthouse.jpg

Mississippi, cette petite ville de 1 800 habitants, fondée en 1785 sous le régime espagnole, sert largement de village-dortoir à une classe aisée et professionnelle se déplaçant à la capitale, Bâton Rouge, pour le travail. En grand nombre, les autres habitants prennent le traversier pour occuper des postes au central nucléaire, situé sur la rive droite à New Roads ou, comme disent les Cadiens, « les Chemins neufs ». En traversant le Mississippi entre St. Francisville et New Roads, le voyageur entre dans la paroisse de la Pointe coupée, en marge orientale de l’Acadiana. Ce triangle territorial, désigné ainsi en 1971 à des fins touristiques, comprend environ le tiers du

7204 acadiana.gif

territoire de l’État de la Louisiane. Aujourd’hui, le terme est entré dans le langage de tous les jours. Il s’agit d’une façon élégante de dire dans les deux langues officielles de Louisiane ce qui se disait autrefois en une seule langue : Cajun Country.

février 16, 2005

Le streetcar de l’avenue Saint-Charles, Nouvelles-Orléans, LA

Des streetcars rendus célèbres par le film, A Street Car Named Desire, tourné en 1951 et mettant en vedette un jeune Marlon Brando, il n’en reste qu’un, celui de l’avenue Saint-Charles (7101). Ces trente-quatre magnifiques voitures, fabriquées en 1919 en Caroline du Nord, continuent à transporter des Orléaniens et des touristes sur une distance de quinze kilomètres, depuis la rue Canal—aux abords du Vieux-Carré—à l’avenue

7101 streetcar.jpg

Carrollton—au-delà du Garden District, de l’université Tulane et du parc Audubon, vaste espace vert, aménagé en 1884 à l’occasion de l’Exposition mondiale du coton. Il s’agissait, en fait, d’un événement charnière dans l’histoire culturelle et économique des États-Unis, car il signalait au monde entier un retour à la normale de cette ville située à l’embouchure du Mississippi. Après de longues années d’occupation par les Forces du Nord, pendant la Guerre civile, et de reconstitution de ses propres forces vives, après la guerre, la Nouvelle-Orléans pouvait de nouveau s’afficher « open for business ».

À peine une semaine après le dernier défilé du Mardi gras 2005, les passagers et un conducteur attentif peuvent encore observer des vestiges de la grande célébration. Ce jour-là, des millions de fêtards se massaient le long de l’avenue Saint-Charles pour crier, chanter et attraper des colliers colorés lancés par milliers des mains de personnages déguisés et animés se faisant parader à abord d’innombrables chars allégoriques.

7102 chauffeur.jpg

7103 vestiges.jpg

Si je devais faire une seule suggestion aux visiteurs de la Nouvelle-Orléans, ce serait de payer le tarif de 1,25$, en monnaie exacte, et de faire un voyage aller-retour sur le parcours du streetcar de l’Avenue Saint-Charles.

février 12, 2005

Le samedi matin au Café des amis, Pont-Breaux, LA

À 20 kilomètres en amont de Saint-Martinville, situé, lui aussi, sur le Bayou Teche se trouve le pittoresque village de Pont –Breaux. Tout près du pont, pas loin de l’accroisement des rues Van Buren (ancien président des États-Unis) et Domengeaux (défunt président et fondateur du Conseil pour le développement du français en Louisiane), un vieil édifice charmant vibre à tous les samedis matin aux sons des musiques cadienne ou zydeco. C’est le Café des amis. Aujourd’hui, Corey Ledet et son zydeco band y mettent de l’ambiance.

7001 PONT breau.jpg

7002 cafe des amis.jpg

Afin de s’assurer une place à table pour prendre un copieux déjeuner, il faut arriver de bonne heure. Pour danser, le problème ne se pose pas. Il y a toujours de la place sur la piste pour un couple de plus!

7003 danser.jpg

Les gens de passage, comme M. Laflamme et Mme Martineau, de Thetford Mines, au Québec, ont pu goûter à l’hospitalité cadienne.

7004 thetfordois.jpg


février 11, 2005

Le culte d’Évangéline à Saint-Martinville, LA

Évangéline is alive and well in south Louisiana, mais elle parle anglais asteur! En fait, du 10 au 14 février, on fête à Saint-Martinville la héroïne acadienne et son père, le poète américain, Henry Wadsworth Longfellow. Grâce à un projet conjoint de la Commission de tourisme de la paroisse de Saint-Martin, du Centre d’héritage acadien et du club Rotary de la région qui marque en même temps ses 100 ans d’existence, de nombreuses activités ont été organisées. La première réunissait, sur les rives du Têche Françoise Paradis, de Frenchville, dans le nord du Maine, et auteure d’Évangeline : A Tale of Acadie, publié récemment sur la figure mythique, et Layne Longfellow, parent lointain du célèbre poète. En plus de présenter son livre, Mme Paradis a monté une exposition de plus 200 images d’Évangéline dont le vernissage se poursuivra au Mémorial des Acadiens jusqu’à la fin du mois de mars. Accompagné d’une douce musique, M. Longfellow a séduit l’auditoire en faisant lecture, de sa belle voix, des poèmes de son illustre ancêtre, tout en racontant sa vie.

6901 exposition.jpg

Au lendemain après-midi, au moment de la deuxième activité, en présence de nombreux dignitaires réunis pour l’occasion sous les solides branches du chêne d’Évangéline—le juge Béliveau et le père Léger notamment—les organisateurs passent au dévoilement d’un nouveau buste de Longfellow, sculpté par M. Freddie Decourt de la Nouvelle-Ibérie.

6902 devoilement.jpg

Transportée sur les lieux pour les circonstances, la magnifique sculpture d’Évangéline au jardin (Evangeline Garden Sculpture), réalisée, à la demande de Françoise Paradis, par Kristie Sheehy et Peggy Veldhuisen de la Nouvelle-Écosse, ne peut qu’attirer l’œil des passants ébahis par sa beauté.

6903 evangeline au jardin.jpg

Dimanche après-midi, troisième activité, en présence d’une quinzaine de Cadiens de la région, pour la plupart, plus âgés que moi, j’assiste à la projection d’Évangéline, film hollywoodien tourné en 1929, mettant en vedette Dolores Del Rio. En interprétant ce rôle, Del Rio donnait des allures mexicaines à la belle demoiselle acadienne ! Ses allures loufoques et la technologie cinématographique périmée depuis longtemps n’ont toutefois pas empêché le versement de quelques larmes chez les plus sensibles!

février 06, 2005

Défilé du Mardi gras à Saint-Martinville, LA

Saint-Martinville, autrefois Poste d’Attakapas, aussi connu sous le nom de « Petit Paris », centre économique et culturel important de la Louisiane coloniale, aujourd’hui site du Mémorial acadien. Ici se trouve le chêne d’Évangéline.

6801 memorial.jpg

6802 chene.jpg

Après avoir été si longtemps séparés par le Grand Dérangement (déportation des Acadiens), c’est dans son ombre qu’ Évangéline et Gabriel, selon la légende, se seraient retrouvés, Malgré cette image d’acadienneté tant vantée par les bureaux de tourisme de la région, c’est un tout autre visage qui se dévoile au moment du défilé du Mardi gras. Le véritable visage du Saint-Martinville moderne est celui des Créoles de couleur, population qui domine numériquement et culturellement le village et ses environs, de part et d’autre du Bayou Têche.

6803 visage 1.jpg

6804 visage 2.jpg


février 05, 2005

Courir Mardi gras à l’Anse Lejeune, LA

6701 mordi gras.jpg

Sur les Prairies du sud-ouest de la Louisiane, une belle tradition perdure. Il s’agit du « courir Mardi gras » organisé dans de nombreuses petites localités de la région. Chaque « courir » a sa personnalité propre, mais obéit à la grande tradition du partage. Les coureurs passent de maison en maison en demandant « de la charité », soit en argent, soit en espèce. Les participants se rassemblent à l’aube et reçoivent les instructions du Capitaine. Vient ensuite le curé bénir l’événement. Après une prière spontanée en anglais, il fait le « Salut Marie » en français. Ici, à l’anse Lejeune, près du village d’Iota, le quart des coureurs sont à cheval et les autres montent à bord d’une remorque tirée par un camion. La charrette des musiciens suit.

6702 mardi gras.jpg

À chaque arrêt, les « mardis gras », car c’est comme cela que l’on les appelle, doivent se mettre à genoux et chanter la vieille chanson du Mardi gras (voir à la fin de ce texte). Autrefois, on ramassait plus d’espèce et moins

6703 mardi gr.jpg

d’argent. Aujourd’hui, c’est le contraire. Les campagnards donnaient une poule, un cochon, des légumes, des épices, bref, les ingrédients pour faire un succulent gombo en soirée, au moment du bal. La tradition continue. Toutefois, pour se faire don d’une poule ou d’un cochon, il faut bien que les quêteurs masqués l’attrapent. Tout un spectacle! L’alcool se mêlant de la partie, la scène devient de plus en plus rigolo à mesure que la journée avance. La tradition à l’anse Lejeune veut qu’une « négresse » et un « petit nègre » fassent partie de la compagnie. Ils aident le capitaine, fouet à la main, à imposer la discipline.

Arrivant au bal de bonne heure, les villageois et les campagnards, ainsi que les visiteurs de l’extérieur, dégustent ce gombo aux poulet, saucisses, porc et chevreuil, le tout bien arrosé de la boisson de son choix. Une heure ou deux plus tard, les « mardi gras » arrivent, cognent à la porte et entrent. Ils occupent la piste en chantant, puis en dansant avec les jeunes et moins jeunes. Puis, ils font une dernière collecte dans un pot qu’ils entourent au milieu de la piste.

6704 en chantant.JPG

Le moment venu, le capitaine siffle. C’est l’heure de partir, mais les « mardis gras » ne veulent pas quitter. Ils se cachent dans la cuisine, en arrière du bar, en dessous des tables, faisant en sorte que le Capitaine et ses adjoints doivent les sortir de force.

La salle tranquille de nouveau, le Capitaine souhaite bonsoir aux convives et les musiciens reprennent leur « beat » endiablé et la soirée se poursuit.

Chant du Mardi gras

Les Mardi Gras ayoù viens-tu?
Tout à l'entour du fond du verre*?

On vient de l'Angleterre, O mon cher,
O mon cher,
On vient de l'Angleterre,
Tout à l'entour du fond du verre.

Les Mardi Gras quoi portes-tu?
Tout à l'entour du fond du verre.

On porte que la bouteille, O mon cher,
O mon cher
On porte que la bouteille,
Tout à l'entour du fond du verre.

Et la bouteille est bue
Tout à l'entour du fond du verre.

Il reste que la demie, O mon cher
O mon cher,
Il reste que la demie,
Tout à l'entour du fond du verre
Et la demie et bue
Tout à l'entour du fond du verre

Il reste que le plein verre
O mon cher, O mon cher,
Il reste que le plein verre
Tout à l'entour du fond du verre.

Et le plein verre est bu
Tout à l'entour du fond du verre.

Il reste que le demi verre, O mon cher,
O mon cher,
Il reste que le demi verre
Tout à l'entour du fond du verre.

Et le demi verre est bu
Tout à l'entour du fond du verre,
Et le demi verre est bue
Tout à l'entour du fond du verre.

février 04, 2005

Funérailles à Scott, LA

Le 2 juillet 2003, avec d’autres dans les locaux du Conseil de la vie française en Amérique à Québec, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de M. Eddie Richard. Le 2 février 2005, j’ai eu le malheur d’apprendre son décès la veille. Étant donné le grand respect que j’avais pour lui et son épouse et pour leur fils, Zachary. Je tenais à assister aux funérailles qui ont eu lieu ce matin du 4 février dans l’église des Saints Pierre et Paul de Scott.

6601 cvfa.jpg

6602 eddy et dean.jpg

La procession funéraire est arrivée au son du violon cadien. Monseigneur Frederick Swenson a célébré la messe et a rendu un vibrant hommage à l’endroit de Monsieur Eddie en insistant sur ses longues années de service communautaire. Pendant la communion, Zachary a interprété de manière saisissante Ave Maris Stella. Ensuite, il a prononcé l’eulogie de son père, un homme qui avait toujours un projet en tête. Son dernier projet, selon son fils, était la sauvegarde du français et de la culture acadienne en Louisiane.

« Si vous voulez rendre hommage à mon père, dit le fils, parlez français . And if you can’t, learn. It’s hard I know, but my daddy believed in hard work! »

.

janvier 31, 2005

Retrouvailles à Tuscaloosa, AL

De 1970 à 1981, Jerald R. Izatt était professeur de physique à l’université Laval. Puisque nous partagions les mêmes origines géographique et culturelle, nous nous sommes tôt liés d’amitié. Au cours de l’hiver de 1981, Jerry a accepté un poste à l’université de l’Alabama. Par conséquent, Jerry et Mary Ann ont quitté Québec, élisant domicile à Tuscaloosa dans une belle maison située sur un énorme terrain qui donne sur un petit lac artificiel. C’était donc avec beaucoup de plaisir et d’émotion que nous nous sommes retrouvés chez eux pour la deuxième fois seulement en vingt-quatre ans.

6501 jerry & m-a.jpg

L’université de l’Alabama possède une histoire très riche, à la fois lointaine et contemporaine. Aux années 60 du 19e siècle, son campus était ciblé par l’Armée du Nord qui l’a longtemps occupé. Un siècle plus tard, le campus fut de nouveau « occupé » par les forces fédérales, cette fois-ci dans le but de faire tomber les barrières de la ségrégation raciale. Le gouverneur de l’État de l’époque, George Wallace, s’est braqué dans la porte de l’Auditorium Foster pour empêcher l’inscription de deux étudiants afro-américains à des cours dans cette université toute blanche. Cette scène fut reprise dans le film à succès Forrest Gump, mettant en vedette Tom Hanks.

6502 auditorium.jpg

Si l’université est bien connue pour ces événements historiques, elle l’est encore davantage pour son équipe de football et son légendaire entraîneur, Paul « Bear » Bryant, décédé il y a une vingtaine d’années, après avoir emmené, bon an mal an, ses équipes au sommet du football universitaire américain. Le « coach » est encore partout sur le campus. Des fanions aux couleurs de l’université le célèbrent encore. Il a son musée contenant des ballons, casques, trophées, crampons…bref, tout ce qui rappelle la gloire du « Bear », de ses joueurs vedettes et de leurs nombreux championnats. La résidence sur le campus construite ses dernières années pour loger les athlètes porte également son nom. Et à tous les jours à Tuscaloosa, les automobilistes roulent sur le boulevard Paul W. Bryant et les écoliers fréquentent l’école Paul W. Bryant.

6503 bryant_fanion.jpg

À une vingtaine de kilomètres du stade Denney-Bryant, la firme Mercedes Benz, établie à Tuscaloosa depuis une dizaine d’années, essaie de tirer profit de la « légende du coach » et de l’aura entourant l’équipe du Crimson Tide (sobriquet de l’équipe) pour inspirer et inciter ses employés à donner leur plein rendement. C’est ici, sur un immense terrain de 966 acres qui ressemble davantage à un parc qu’à une usine que le géant allemand profite d’une excellente main d’œuvre à bon marché pour réaliser le montage annuel de 160 000 véhicules sportifs et utilitaires (SUV). À l’heure actuelle, 2 000 travailleurs en assurent la production. Ils sont dirigés par des administrateurs venus d’Allemagne. D’ici 2007, la production est appelée à augmenter. Le nombre d’employés doublera. Les SUV peuvent être vendus sur le marché domestique ou transportés par chemin de fer au port de Mobile sur le golfe du Mexique à partir duquel l’exportation se fait.

6504 merc_crest.jpg

6505 coach.JPG

Je ne pouvais m’empêcher de penser que plusieurs de ces SUV pourraient aussi se retrouver le samedi matin autour de cet énorme stade de 90 000 places à l’occasion des combats épiques des gladiateurs universitaires. Bien sûr, je fais allusion aux fameux « tailgate parties », qui précèdent chaque match de football.


janvier 28, 2005

Otage de la glace en Georgie

Oui, définitivement, ça va assez mal! Après avoir subi les intempéries en Nouvelle-Angleterre, je me trouve encore otage des éléments, cette fois-ci en Georgie…et je n’étais pas le seul à avoir cherché refuge au KOA de Forsyth.

6401 camping.jpg

Les Bowman, de véritables aubergistes, originaires du nord de la Louisiane, nous ont rendu les désagréments du moment les plus agréables, même aux gens d’Indiana , arrivés de Floride remorquant leur bateau et portant des culottes courtes. Ce n’était pas que nous avions peur de conduire sur ces chemins. Non, pour la plupart, nous étions des gens du Nord, habitués à la neige, bien équipés et très expérimentés. Nous aurions pu facilement faire face à de telles conditions météorologiques. C’est surtout que nous ne faisions pas confiance aux Georgiens pauvrement équipés physiquement et psychologiquement pour faire face à la tempête.

Mon voisin de l’Ontario maugréait pas mal. Il n’avait pas pris le chemin de la Floride dans le but de déglacer son camion. Il aurait pu faire cela chez lui. Il avait hâte de trouver le soleil! La petite dame du Michigan s’amusait à enlever un à un des glaçons de son rétroviseur. Le monsieur de l’Ohio ne s’amusait pas à monter sur son « fifth wheel » lui enlever de la glace de sorte que ses rallonges ne se brisent pas en glissant à leur place. Le jeune Georgien se demandait comment il allait faire pour conduire sa femme, ses deux bambins et sa magnifique caravane de 32 pieds jusque chez lui, à 60 kilomètres de là.

6402 ontario.jpg

6403 glacons.jpg

Ne pouvant profiter des activités sportives qu’offrait le terrain de camping, les gens flânaient à la réception et au magasin et se racontaient des histoires. Le meilleur compteur était George, résident permanent du KOA depuis son divorce. Aujourd’hui, il ne jure que sur les bienfaits de la solitude et du célibat. Il habite sa roulotte et profite du faible

6404 george.jpg

loyer mensuel que lui offre Ken Bowman. Né à Dauphin, au Manitoba, d’un père canadien et d’une mère américaine, George a opté, à l’âge de 18 ans, pour la vie aux États-Unis, en commençant par le Montana. Peu de temps après, « son oncle » (Oncle Sam) lui offre la possibilité de faire un voyage toutes dépenses payées au Vietnam. Ce n’est pas un voyage de tout repos! Les hélicoptères dont il assure la bonne marche lui permettent de voir du pays et de beaux feux d’artifice. Ensuite, toujours dans le service de « son oncle », George passera de courts séjours en Inde et au Pakistan. À ma question concernant la nature de ses missions dans ces deux pays, il répond, sourire aux lèvres, par un seul mot : « goodwill ». Le militaire américain y était pour se faire des amis! Une fois sorti de l’armée, George gagne sa vie dans le Midwest (Illinois et Indiana). « Pour moi, dit-il, les États-Unis c’est un pays où on peut bien gagner sa vie. Le Canada est un beau pays, mais on donne tout son argent aux gouvernements, d’autant plus qu’il fait trop froid! » Tanné du froid et de la « slotche » du « Rust Belt », George opte en fin de carrière pour le « Sunbelt », la Georgie, afin d’y faire l’élevage de roses sur une belle terre rouge que gardera son épouse au moment de la scission. Fin de son rêve.

Il reste quand même en George un petit fond canadien. Il critique sévèrement la politique de l’autre George (W. Bush), ce qui l’amène à des débats soutenus et orageux avec ses voisins extrêmement conservateurs et fortement influencés par la droite chrétienne qui dicte la ligne de conduite de la majorité ici.


janvier 26, 2005

New Bern, NC : faire fausse route sans se perdre

La possibilité de passer quelques heures dans l’une des rares colonies suisses en Amérique du Nord m’avait attiré à New Bern. Au centre d’interprétation, la gentille dame m’assure que c’était bel et bien des Suisses qui se sont installés ici en premier. Ces premiers habitants se seraient toutefois disparus mystérieusement sans laisser de traces, seulement le toponyme « Bern », mot qui, selon elle, veut dire en allemand « ours ». De vrais ours ici, on n’en voit pas, mais des effigies d’ours, il y en a partout : sur les voitures de police, sur les plaquettes identifiant des édifices historiques, sur les équipes sportives de l’école secondaire. Ne connaissant pas très bien l’allemand et désireux de vérifier les informations qui venaient de m’être transmises, j’ai téléphoné à Konrad, mon ami canadien d’origine allemande, qui m’a confirmé que « bern » ne voulait pas dire « bear ». Devant ce dilemme, je suis resté perplexe. Mais, malgré le fait d’avoir été induit en erreur, j’ai néanmoins trouvé fascinante cette petite ville de 23 000 habitants dont l’importance historique et culturelle semble dépasser de loin son poids démographique. Située à la confluence des rivières Neuse et Trenton, à proximité de l’océan Atlantique, New Bern charme par son cachet historique et surprend par sa contribution originale à la culture populaire nord-américaine.

Si les origines de New Bern semblent vagues en ce qui concerne ses premiers habitants européens, elles sont très claires quant aux deuxièmes, les Anglais. À l’époque coloniale, ceux-ci ont établi New Bern comme capitale de la Caroline du Nord. Elle l’a demeurée pendant une quinzaine d’années après la déclaration d’indépendance américaine de 1776. Une fois la nouvelle république américaine fondée, les Caroliniens commençaient à quitter les zones côtières, se déplaçant vers l’intérieur, vers le piémont et vers les Appalaches. New Bern se trouvait loin des nouveaux noyaux de populations, Par conséquent, la capitale fut déménagée à Raleigh, au centre géométrique de l’État. Aujourd’hui, entouré d’une muraille haute de trois mètres, à la manière des châteaux et logis de la royauté anglaise, le palais Tryon témoigne encore de ce rôle prestigieux de capitale.

6301 tryon_wall.jpg

Plus d’une douzaine de maisons avoisinant le Palais Tryon sont classées « monuments historiques ». Parmi elles, le manoir Harvey, bâti en 1798, la maison Stanley, où sont nés en 1810 et 1817 respectivement, le gouverneur militaire des forces de l’Union en Caroline du nord, Edward Stanley, et son neveu, Lewis Addison Armistad, Général à la

6302 stanley_house.jpg

tête d’une armée confédérée défaite à la bataille de Gettysburg, et la maison Attmore-Oliver qui abrite aujourd’hui les archives de la société historique de New Bern. La plupart des maisons historiques ont connu à travers les années, selon le climat politique, de multiples fonctions : résidences familiales en temps de paix, quartiers généraux des forces de l’occupation, hôpitaux ou entrepôt en temps de guerre. Si l’histoire coloniale est mise en évidence ici, c’est la Guerre de sécession qui est célébrée le plus. La Caroline du nord a donné 125 000 soldats à la cause du Sud. Sur ce nombre, 40 000 ne sont jamais revenus. Aucun autre État de la Confederacy n’a autant contribué ni autant sacrifié.

Pas moins de neuf édifices à caractère religieux se trouvent à l’intérieur du kilomètre carré que constitue le centre historique de New Bern. Évidemment, les églises baptiste et méthodiste sont les plus imposantes. Plus modestes, les lieux de culte des catholiques et juifs dont la présence remonte à 1824 se font face sur la rue Middle, à proximité des autres.

6303 methodiste.jpg

La guerre, la religion… deux sujets très sérieux qui ont laissé une marque indélébile sur le tissu urbain de cette petite ville du Tidewater. New Bern a aussi influencé la culture populaire du monde entier en donnant lieu à l’invention d’un produit très recherché qui désaltère et qui portait à préjugés dans le contexte de la belle province.Y a-t-il des gens à Montréal qui se souviennent de l’époque où ils se faisaient traiter de « pepsi » par des « blokes » ? Et bien, n’eut été l’élaboration en 1898 de la formule du Pepsi-Cola par Caleb Bradham, pharmacien de New Bern, il aurait fallu aux Anglâs choisir un autre nom pour abaisser les "Frenchies".

6304 pepsi.jpg

Fausse route? Oui, d’une certaine façon. Je n’ai pas trouvé à New Bern ce que je cherchais. Par contre, j’y ai eu droit à de belles surprises. C’est là la joie de voyager en dehors des sentiers battus. On est rarement perdu et jamais déçu.

janvier 25, 2005

Cape May, NJ

À l’extrême sud du New-Jersey se trouve le phare du Cap-May. Il n’est pas le seul dans ce petit État coincé

6201 entet.JPG

entre deux mégalopoles, New York et Philadelphie. En tout, il y en a dix-neuf qui surveillent les baies et estuaires de la côte déchiqueté du « Garden State ». Celui-ci, le troisième à occuper ce lieu surplombant l’entrée de la baie du Delaware, fut érigé en 1859 et mesure 52 mètres. De nos jours, le phare clignote à toutes les 15 secondes. À une distance de 40 km au large, ce signal est visible.

Henry Hudson est le premier Européen à pénétrer la baie en 1609.En 1620, un capitaine hollandais Cornelius Jacobsen Mey donna au bout de la presqu’île son propre nom dont l’épellation fut modifiée par la suite. Les premiers habitants permanents ne viendront occuper ces côtes que presque cent ans plus tard. Ce seront des baleiniers en provenance de la Nouvelle-Angleterre qui fonderont le village de Cap-May qui deviendra un haut lieu de villégiature pour la classe supérieure du Nord et certains membres de l’aristocratie du Sud. Déjà en 1766, les liens étroits lient le village à Philadelphie, située en amont du Delaware sur l’autre rive. Par la suite, les planteurs bien nantis de la région du Tidewater, zones côtières des actuels États du Maryland, de la Virginie et de la Caroline du nord, découvriront les charmes de cette région à l’air frais et salin, aux plages blanches et à la température plus fraîche que chez eux. Donc, cohabitation jusqu’au moment de la Guerre de sécession par ceux qui deviendront des ennemis pendant ce conflit meurtrier qui marquera l’histoire des États-Unis.

Après la victoire du Nord, les grands industrialistes de cette région firent construire un chemin de fer de New-York à Cap-May. La région connut alors une croissance et une prospérité relative sans précédente qui est reflétée dans

6202 victo.jpg

l’architecture victorienne recherchée par l’élite de l’époque. Mais il y a d’autres influences tout aussi saisissantes, comme la maison de Stephen Smith, homme d’affaires, philanthrope et abolitionniste, d’origine afro-américaine. Smith s’est construit en 1846, au moment où, comme pasteur, il fondait l’église A.M.E. (African Methodist Episcopal). Aujourd’hui, l’église méthodiste du Cap-May, aux allures gothiques, se situe en face de la maison Smith.

6203 smith_house.jpg

Deux ans après avoir subi les ravages du terrible ouragan de 1962, l’accès à Cap-May à partir du sud s’est amélioré grâce à l’établissement d’un lien avec Lewes, situé à une quarantaine de km, sur l’autre rive, dans l’État du Delaware. Selon la saison, les voyageurs contemporains peuvent être desservis chaque jour aux heures variables par cinq traversiers de dimension appréciable.

6204 traversier.jpg


En quittant le quai de Cap-May en plein hiver, un Québécois pourrait se croire à bord du Alphonse Desjardins qui fait la navette entre Lévis et Québec—bouée en moins. Au milieu de la baie, toutefois, la largeur de l’estuaire empêche de voir les deux rives. Par contre, le trafic maritime se dirigeant vers Philadelphie est bien en vue. Quatre-vingts minutes après le départ, les passagers arrivent à Lewes..

janvier 22, 2005

Otage de la « tempête du siècle »

Aurais-je pu choisir un moment plus difficile pour reprendre la route ? Le choix a été dicté en grande partie par le calendrier chrétien, car je tenais absolument à être en Louisiane pour mardi gras qui arrive tôt cette année (8 février). Oui, la Louisiane! C’est un retour dans ce pays que j’ai commencé à fréquenter en 1969 à titre de touriste. J’y ai vécu en tant que chercheur en 1977 et 1978. Faisant partie d’une équipe de recherche canadienne bénéficiant d’un octroi de la Fondation Ford, j’étudiais, avec mes collègues, le renouveau ethnique et linguistique qui semblait s’y enclencher. Pour le faire, nous avons parcouru dans tous les sens la partie méridionale de cet État américain qui fascine tant le monde francophone. Nous y avons enregistré sur cassettes des entretiens chez des centaines de Cadiens et Créoles qui subissaient avec politesse, patience et enthousiasme nos interrogations. Les quelques 600 cassettes que nous avons rapportées du terrain constituaient—et constituent encore de nos jours—le meilleur échantillon du français parlé en Louisiane à cette époque-là—époque révolue, car malgré les efforts soutenus du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) et en dépit de nombreux appuis des pays de la Francophonie, le nombre de locuteurs du français continuent à diminuer. En 2005, plus d’un quart de siècle plus tard, il était temps que je rapatrie la partie de ce patrimoine louisianais qui avaient, toutes ces années durant, demeuré en ma possession.

6101 cassette.jpg

Partant de Québec par temps très froid (-26 C.), je croyais que les choses ne pourraient aller qu’en s’améliorant. Erreur! À la frontière, le douanier, après avoir étudié la lettre qui m’a été fournie par le directeur du Centre d’éco-tourisme autorisant le dépôt de mes « documents » dans ses archives à l’université de la Louisiane-Lafayette, et effectué une légère fouille, me demande si je suis au courant de la tempête qui sévira bientôt sur le territoire que je devrai bientôt traverser. En écoutant la radio des postes du Maine, du New-Hampshire et du Massachusetts, je le deviendrais. Les prophètes de malheur en ondes prédisent la « tempête du siècle ». Je me dis que le siècle est très jeune. Il n’a que cinq ans. Donc, histoire courte, tempête petite, surtout pour quelqu’un de Québec habitué aux intempéries de l’hiver.

Mais hélas, près de Hartford, au Connecticut, il devenait de plus en plus évident que poursuivre mon chemin
comporterait des risques importants. Emprunter par mauvais temps le pont Tappan See et, ensuite, le

6102 mcd.jpg

Garden State Parkway dans le but de traverser la grande région de NewYork s’annonçait particulièrement périlleux. J’ai pris refuge au Motel 6 de Southington, situé à la sortie 32 de la très passante I-84. Je n’étais pas le seul. Un brave homme remorquant un U-Haul a eu la même idée. Et plusieurs autres ont suivi notre exemple, stationnant leurs voitures près de ma Safari condo.

6103 i84.jpg

Au lendemain matin, j’ai reçu un message de l’un de mes fils sur lequel je peux toujours compter pour donner de bons conseils :

Salut Ppa!

Ne bouge surtout pas de cet hotel tant que ce n'est pas sécuritaire. Tu devrais prendre la journée de demain pour écouter du bon football et relaxer

Et c’est exactement ce que j’ai fait. Otage de la « tempête du siècle », j’ai regardé à la télévision la victoire des Aigles de Philadelphie sur les Faucons d’Atlanta et des Patriotes de la Nouvelle-Angleterre sur les Forgerons de Pittsburgh.



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

Liens suggérés