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juillet 01, 2005

La fête du Canada à St. John’s, capitale de Terre-neuve

Pour la 26e année consécutive, les festivités entourant la fête du Canada ont commencé à 6 heures sur le célèbre Signal Hill à St. John’s (9301), capitale et ville portuaire de Terre-neuve. St. John’s a également la distinction d’être la

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ville la plus orientale de l’Amérique du Nord. Les patriotes tout de rouge vêtus se sont donné rendez-vous à l’édifice de la Confédération (parlement terre-neuvien) pour ensuite se faire conduire en autobus sur les hauteurs afin d’assister, sans créer d’embouteillage, à cette célébration organisée par Parcs Canada qui gère les lieux, par la ville de St. John’s et par le Ministère du Patrimoine canadien. Une fois arrivés sur place, les lève-tôt furent accueillis chaleureusement par un petit comité qui leur dotait d’un drapeau canadien et par le « Bonhomme Canada » qui se

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faisait poser avec les intéressés. S’étant rassemblés à partir de 4 heures du matin, certains fêtards avaient eu le temps de s’installer devant la tour Cabot, érigée en 1892 pour souligner à la fois l’arrivée de Jean Cabot 400 ans plus tôt et la 65e année du règne de la Reine Victoria, dans le but de faire une déclaration contre l’existence de la pauvreté au Canada et dans le monde. La présence d’un patriote portant le gilet original de Wayne Gretzky, celui des Oilers d’Edmonton, rappelait le dilemme des citoyens riches et célèbres de ce pays qui préfèrent s’exiler au pays de l’Oncle Sam…tout en étant fiers, bien sûr, de se dire « Canadian ».

Parmi les dignitaires se trouvaient d’Ottawa Mme Albina Guarnieri, ministre des Anciens combattants ainsi que des représentants des partenaires organisateurs. M. Lewis, membre de la marine britannique, accompagnée de son épouse, ancien membre de l’armée canadienne, a fait rire la foule en racontant, dans son langage coloré, ses aventures de combattant.

À Terre-neuve, le 1er juillet est une date doublement importante. Étant donné l’entrée tardive (1949) de cette province en Confédération, le Canada n’est célébré ici que depuis un demi-siècle. Or, le 1er juillet 1916 fut une date fatidique pour le Dominion of Newfoundland. Ce jour-là, en France, 801 soldats faisant partie du Royal Regiment of Newfoundland ont participé à la bataille de Beaumont-Hamel. Au lendemain, seulement soixante-cinq d’entre eux pouvaient continuer la lutte, tous les autres ayant été tués ou blessés. Perte dévastatrice pour la petite colonie britannique!

C’est donc pour cela qu’aujourd’hui, jour du Souvenir à Terre-neuve et Labrador, il y a place égale au programme pour le Canada, d’une part, et pour Terre-neuve et Labrador, d’autre part. Donc, en premier, levée du drapeau canadien par deux membres de la gendarmerie royale du Canada, suivie tout de suite de la levée de l’insigne terre-neuvien par deux membres du Royal Newfoundland Constabulary. Au Québec, une telle co-production le Jour du Canada serait impensable !

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Pour rappeler à la foule et aux médias que le Canada est bel et bien un pays bilingue, il y a eu LA phrase de circonstance prononcée par Mme Guarnieri ainsi que la présence de la chorale féminine de Saint-Jean, Rose des vents, qui, en plus de chanter le Ô Canada et l’Ode to Newfoundland au moment des levées de drapeau, a épaté la foule avant la cérémonie en pigeant dans le répertoire folklorique du Canada français : « Le bon vent », « Un Canadien errant », « Chevalier de la table ronde ».

Autre événement soulignant la fête du Canada et le jour du Souvenir : l’ouverture au cœur de St. John’s du Rooms, gigantesque et dispendieux musée et centre d’interprétation des cultures terre-neuvienne et labradorienne.

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Pourquoi le nom « Rooms »? C’est qu’ici, un « room » n’est pas qu’une pièce dans une maison ou un bâtiment. Il s’agit de l’espace le long du quai réservé autrefois aux compagnies de pêche pour décharger et traiter leur prise. Plusieurs « rooms » constituent un « premises ». À Terre-neuve et au Labrador, on entend bien des mots qui ne correspondent pas à la définition webstérienne. D’autres exemples : bawn, flake, stage, tilt et tickle. Au lecteur le soin de visiter cette île solitaire—cette province isolée—et d’y découvrir leur signification.


juin 29, 2005

Saint-Pierre et Miquelon : la réalisation d’un rêve d’enfance

Enfant, à force de tourner les pages et de scruter les cartes de l’atlas que mes parents m’avaient offert en cadeau, je l’ai usé rapidement, mais pas avant d’avoir découvert sur une carte de l’Amérique du Nord—ou du Canada, je ne m’en souviens plus—un petit coin de la France. Juste en dessous de Newfoundland, c’était marqué St. Pierre & Miquelon (Fr). Est-ce possible que la France existe en Amérique? J’aimerais donc voir cela, me suis-je dit à huit ans. Cinquante-quatre ans plus tard, je m’y suis en fin rendu, accompagné du gros Jim Lansing d’Albany, NY, que j’ai rencontré à bord de l’Artheus, le bateau qui nous a transportés de Fortune, TN, à Saint-Pierre. L’an dernier, Jim, dans la trentaine avancée, avait fait la même découverte que moi et s’était promis de mettre Saint-Pierre à son prochain itinéraire qui l’emenerait à Terre-Neuve, au Labrador et au Québec via Blanc-Sablon. Ici, le Nordik Express l’attendrait pour le conduire, lui et sa voiture en conteneur, à Natashquan . De là, Jim comptait emprunter le nouveau tronçon de la 138 pour se rendre à Québec avant de rentrer chez lui. Je lui ai donné l’adresse d’un C&C à Baie Saint-Paul.

À ce temps-ci de l’année, la brume couvre le passage entre Fortune et Saint-Pierre. Après un voyage d’une heure trente sur une mer agitée, l’apparition du phare, situé sur la pointe du petit havre, et, quelques minutes plus tard, de l’édifice de la douane annonce enfin l’arrivée. La vérification des papiers est de rigueur ici et tous les passagers se

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font renifler par un chien appartenant aux autorités françaises, histoire de s’assurer de l’absence de stupéfiants. Le bureau de postes sur la Place du Général-Charles-De Gaulle, les voitures de marque française (comparées aux mastodontes américains) et les menus en euros servent de rappels que nous sommes en France.

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Ce qui saute aux yeux sur cette île au climat plutôt grisâtre et terne est la couleur des résidences, des commerces, des clubs et de l’énorme lycée. Les couleurs reflètent la gaieté. Ce sentiment est renforcé encore davantage par la musique d’un carrousel qui amuse les enfants de Saint-Pierre dont le nombre est impressionnant. Seule la cathédrale, d’ordinaire la structure la plus extravagante d’un village, déçoit par sa banalité.

Si les enfants sont relativement plus nombreux ici qu’au Québec et qu’en France métropolitaine, il faut en prendre en soin! En fait, c’est ce que font les jeunes gendarmes mobiles. Mobiles! Oui, car ces jeunes membres de la gendarmerie nationale, portant le képi à broderie jaune, changent de département d’outre-mer à tous les trois mois.

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Roland avait fait trois mois en Guyane avant de venir ici où il lui reste un mois avant de rentrer en France. David repartira aussi dans un mois. Ce dernier avoue que le travail à Saint-Pierre est inintéressant. Il n’y a ni criminalité, ni délinquance. Les deux rêvent d’être mutés en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie. À Saint-Pierre et Miquelon, disent les deux, le tour est vite fait! Les gendarmes mobiles, au nombre de trente, vivent en célibataires. Femmes ou blondes restent en France. Par contre, il y a une vingtaine de gendarmes réguliers qui portent le képi à broderie blanche. Ils viennent de la métropole avec leurs familles pour une période de trois à cinq ans. Selon Roland et David, aucun gendarme n’est de la place et les insulaires n’apprécient pas toujours cette présence autoritaire venue de la métropole, surtout celle des jeunes gendarmes mobiles!

Roland et David m’ont indiqué le chemin vers un autre point de rassemblent du village, le fronton basque. Tout l’été, dans un petit centre culturel à l’écriteau en basque s’organisent des compétitions de pelote, ce sport qui teste habilité, agilité et endurance.

Chez un commerçant de souliers, j’ai rencontré Glen Brooks et Carmella Goguen, charmant couple de Moncton, prisonniers de Saint-Pierre. Oui, prisonniers! Glen, ancien membre de la gendarmerie royale du Canada et pilote, et Carmella étaient arrivés à l’aéroport de Saint-Pierre de Moncton deux jours auparavant en route vers la capitale de Terre-neuve, St. John’s. Comptant passer une seule nuit à Saint-Pierre, ils s’apprêtaient à y passer leur troisième…et peut-être plusieurs autres encore, car le manque de visibilité résultant de l’épais brouillard ne permettait pas le décollage de leur Cessna. De bonne humeur, malgré tout, ils pouvaient difficilement trouver meilleur endroit pour découvrir, se reposer et manger.

En regagnant Terre-neuve, j’ai voyagé avec la famille Plantais qui devait s’installer le jour même dans sa résidence d’été sur la péninsule Burin. Il s’agit d’un genre de chalet appartenant à l’épouse terre-neuvienne de Guy, saint-pierrais. Cette union témoigne des liens étroits qui existent entre les Français de Saint-Pierre et Miquelon et leurs voisins canadiens. En 1978, en quête du travail, Guy est venu à Québec. Il n’en a pas trouvé suffisamment pour y rester. Toutefois, pendant un an, il s’est bien amusé à faire de la musique, seul et avec un petit groupe. Les Québécois ont trouvé cet accordéoniste saint-pierrais pas mal exotique! Son fils, Philippe, rêve d’aller en France, à Brest ou à Toulon, pour faire, comme il dit, de la marine militaire. J’ai posé à son père la question suivante : « comment un jeune homme comme lui, n’ayant connu que Saint-Pierre et le bout de la péninsule Burin à Terre-neuve, peut-il s’adapter à la vie trépidante en France? » Guy m’a assuré que son fils n’aurait aucune difficulté, d’autant plus que sa sœur aînée habite déjà Marseille. Et les autres membres de la famille? Un frère à St. John’s et une autre sœur à Calgary. Voilà, le destin aujourd’hui des jeunes saint-pierrais. En un mot : partir.

Les insulaires n’ont cessé de me dire de revenir en août ou en septembre quand il ferait beau soleil à tous les jours. Je pense qu’ils exagéraient un peu, mais j’ai envie de retourner voir et de vivre davantage mon rêve d’enfance.

juin 24, 2005

Battle Harbour, Labrador : bijou nordique de la préservation historique

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Situé sur une petite île, à une dizaine de kilomètres de la terre ferme, au nord du détroit de Belle-Isle, Battle Harbour fut pendant plus de deux siècles le centre économique et social de la côte sud-est du Labrador. Sa renommée, il la

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devait à la pêche de la morue et à la chasse aux phoques. En 220 ans, Battle Harbour n’a connu que trois propriétaires : la compagnie fondatrice appartenant à John Slade de Poole, en Angleterre, qui l’a établi aux années 1770 et qui l’a exploité pendant cent ans, avant de le vendre à la compagnie de Baine et Johnston Ltée dont l’exploitation s’est poursuivie sur le modèle instauré par Slade. Les activités poursuivies à Battle Harbour par ces deux firmes peuvent être considérées comme un microcosme de l’histoire de la pêcherie à Terre-neuve et au Labrador. En 1955, Baine et Johnston Ltée a vendu le site à la société de transport des frères Earle qui assure l’opération du site jusqu’au moment de l’effondrement de la pêche côtière une trentaine d’années plus tard. Celui-ci culminerait en 1992 par la signature d’un moratoire sur la pêche de la morue. En 1990, à la suite d’un long processus de relocalisation des habitants de Battle Harbour, orchestré par les autorités fédérales et provinciales, le site au complet, fut cédé à la Battle Harbour Regional Association qui s’est transformée peu de temps après en organisation à but non lucratif, le Battle Harbour Historic Trust, vouée à la protection, à la restauration, à l’interprétation et à la promotion des ressources patrimoniales de ce lieu chargé d’histoire.

Bien qu’administré aujourd’hui par un Conseil d’administration dirigé par Gordon Slade de St. John’s, l’âme de l’opération du Trust sur le terrain est Mike Earle, 39 ans, qui reçoit les gens de passage, leur sert des repas, leur interprète la construction, la reconstruction et la restauration des édifices et les divertit en soirée par la musique. Nous, les 24 participants au colloque annuel de la Eastern Historical Geography Association , avons apprécié particulièrement son interprétation de « Peein’ the Snow », balade terre-neuvienne rendue célèbre par Buddy Wasisname and the Other Fellers et dont le refrain suit :

Chorus: Peein' in the snow and gazin' down the hole, Is the only thing to me that looks like spring! (spring, spring) I said peein' in the snow and gazin' down the hole, Is the only thing to me that looks like spring!
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Pour apprécier la beauté et la diversité du site qui est Battle Harbour, il faut user ses souliers, s’y déplacer du bas vers le haut et d’ouest en est. D’abord, du « tickle », mot terre-neuvien qui désigne un petit bras de mer qui sépare deux îles, en regardant vers le haut (nord). Puis, en montant la côte, un regard vers l’Ouest. Ensuite, de la crête, une prise de vue de loin et de près et, enfin, coup d’œil vers l’Est, et le tipi de bois, ainsi arrangé pour mieux sécher.

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Au cœur du village, bien que le mot soit mal choisi dans le contexte labradorien, se trouve le quai. C’est ici que la morue arrivait avant d’être « splitté », salé et mis sur les « flakes » pour sécher au soleil. À deux pas de là, le magasin général où le pécheur se voyait obligé d’acheter à crédit de la compagnie, s’assurant d’une santé financière plutôt précaire. Aujourd’hui, à l’étage supérieur, les « colloqueux », comme nous, colloquent et prennent leurs repas. L’église St. James est le seul exemple qui reste de l’œuvre de l’architecte ecclésiastique, William Grey. De plus, elle est la plus vieille église anglicane au Labrador. Construite en 1852, elle fut le premier objet de restauration lorsque le Trust a entrepris ses activités. L’Auberge Battle Harbour, avec ses cinq chambres, est l’ancien hôpital construit par Wilfrid Grenier en 1893, un an après son arrivée dans la région (voir texte précédent). Enfin, ma structure préférée parce que j’y ai demeuré pendant mon séjour à Battle Harbour est la maison Spearing, seule maison jaune de Batttle Harbour. Selon mon « colloc », Gordon Handcock, Terre-neuvien de cœur, d’âme et de sang et guide attitré des géographes de l’ EHGA à l’occasion de cette tournée, cette maison a été déménagée ici de Double Island, île avoisinante, où elle avait abrité le gardien du phare et sa famille.

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Elizabeth Mancke, historienne maritime à l’université d’Akron, en Ohio, et membre de notre groupe de 24, a peut-être le mieux résumé en peu de mots ce qu’était Battle Harbour : « How small the island, how large the opération ». Battle Harbour se situait au cœur de l’univers maritime mondial—une colonie. Il permettait aux grands propriétaires et commerçants européens d’y faire fortune et de développer un système de troc qui tenait les prolétaires, les pécheurs, en quasi esclavage et qui facilitait et encourageait la récolte exhaustive de la faune océanique, une tragédie écologique dont la planète pourrait ne jamais s’en mettre. Oui, si petite l’île, si grandes les conséquences de son existence et de son exploitation!

juin 23, 2005

St. Barbe et Blanc-Sablon : La traversée au Labrador

Plusieurs de mes textes traitent d’une traversée. On dirait que j’aime les traversiers et c’est vrai; je ne m’en lasse jamais. L’une des raisons, c’est que l’on y rencontre toujours des gens fort intéressants et de bonne humeur. Aujourd’hui, à St. Barbe, tel est encore le cas! Les passagers laissent leurs véhicules (voiture, autobus, moto) et se massent le long du quai pour regarder l’Apollo arriver.

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Celui-ci offre le service trois fois par jour entre St. Barbe, à Terre-neuve, et la côte du Labrador en passant par Blanc-Sablon, au Québec. La traversée d’une durée habituelle de deux heures sera un peu plus longue aujourd’hui, car depuis plusieurs semaines, l’Apollo fonctionne avec la moitié de ses forces, l’un des moteurs étant en panne.

Le plus fascinant de ces passagers—celui qui attire l’attention de tous—est Philippe de Trois-Rivières.

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Étudiant en sciences et génie à UQTR, mais indécis quant à son avenir, il a décidé de mettre une halte à ses études et de poursuivre son rêve de partir en vélo. Nous l’avons rencontré lors du 38e jour de son périple. Parti de chez lui le 17 mai, Philippe avait parcouru la route 132 au Québec jusque Rivière-du-Loup. Franchissant le portage du Témiscouata sur la belle piste cyclable du « Petit Témis » qu’il n’avait pas aimée parce qu’il avait plu et ses pneus s’embourbaient, il est arrivé à Saint-Jacques, à l’entrée du Nouveau-Brunswick. Philippe est passé par le nord de la province (Saint Quentin, Kedgwick, Campellton, la baie des Chaleurs), la péninsule acadienne et la côte du détroit de Northumberland. Avant d’entrer en Nouvelle-Écosse, il a rendu visite à l’île du Prince-Édouard. Sous les pluies au Cap-Breton, il s’est rendu à North Sydney pour prendre le traversier à Terre-neuve : Port-aux-Basques, Stephenville, Cornerbrook, le parc national de Gros Morne avec ces nombreuses montées et descentes, et la péninsule septentrionale avant d’enfin arriver à St. Barbe où il pouvait rentrer brièvement au Québec faire escale avant de reprendre sa route vers la côte est de Terre-neuve. Mais pourquoi cette escale qui l’éloignait de sa destination ultime? La réponse est facile. Philippe est Québécois. Demain, c’est la Saint-Jean Baptiste. Il désirait fêter sa patrie parmi les siens sur le sol québécois à Blanc-Sablon.

Quelques minutes après avoir quitté le quai de St. Barbe, nous passions devant le hameau de Anchor Point. Deux heures et demi plus tard, nous nous approchions de Blanc-Sablon et, enfin, de son quai.

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Curieux, n’est-ce pas, de passer par le Québec pour se rendre au Labrador, alors que la côte labradorienne compte de nombreuses baies protégés (L’Anse-au-Clair, Forteau, L’anse-au-loup…) qui pourraient facilement recevoir l’Apollo et ainsi raccourcir la distance et réduire le temps entre la côte terre-neuvienne et la côte labradorienne ? L’explication possible : tant qu’il s’agit un lien inter-provincial (Terre-neuve/Québec), une subvention généreuse du Fédéral est possible. Rien de telle pour une liaison intra-provinciale (Terre-Neuve/Labrador).

juin 22, 2005

Red Bay, Labrador et les baleiniers basques

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S’il existe en 2005 à Red Bay un centre de Parcs Canada pour interpréter l’utilisation de ces lieux au XVIe siècle par les baleiniers d’origine basque, c’est grâce, en grande partie, à Selma Barkham, septuagénaire dont l’intérêt pour les Pays basque remonte aux années cinquante. En 1972, après avoir travaillé au Mexique pour apprendre l’espagnol, Selma a entrepris des recherches dans les archives basques et espagnoles. Elle s’est plongée pendant de nombreuses années dans des milliers de documents, et notamment des actes notariaux, billets à ordre, testaments et contrats d’assurance. Elle y a puisé une mine de renseignements sur la pêche de la baleine pratiquée ici Le document le plus important a sans doute été celui concernant le naufrage en 1565 du San Juan. Ce bateau chargé d’huile de baleine devait lever l’ancre pour l’Europe lorsque emporté par de violents vents du nord. Les archéologues travaillant sous l’eau, en 1978, aurait retrouvé l’épave précisément à l’endroit où un autre bateau, le Bernier, a callé il y a un quart de siècle.

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Au Centre d’interprétation de Parcs Canada où de nombreux artefacts, dont une chaloupa, sont en montre, on apprend que les Basques ont aménagé, à partir de 1540 jusqu’au début du XVIIe siècle, plusieurs stations de dépeçages de baleine le long de la côte du Labrador et du détroit de Belle Isle. Red Bay, connu par les Basques sous le nom de Buttes et doté d’un excellent havre, devint l’un des plus grands ports de pêche de la baleine. Certaines années, il y avait jusqu’à 800 hommes et jeunes garçons qui y chassaient le cétacé et travaillaient à la fabrication de l’huile. Outre la pêche de la morue, la pêche de la baleine par les Basques semble être la plus ancienne activité industrielle pratiquée par les Européens au Canada. À l’époque, l’huile de baleine éclairait toute l’Europe et se trouvait à la base de la fabrication manufacturière.

En ce qui concerne cette pionnière de la recherche sur les Basques au Canada, Selma Barkham, toujours active, a tourné son attention vers l’ïle de Old Ferolle, en face de Plum Point, TN, à peine quelques kilomètres au sud de St. Barbe, point d’embarcation pour Blanc-Sablon. C’est ici qu’elle nous a reçus. En sa compagnie, nous avons marché cet îlet de long en large, examinant ses sites archéologiques et appréciant sa faune et sa flore.

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juin 21, 2005

Laura-Lee Bolger à L’Anse aux Meadow

En trente-deux ans d’enseignement à l’université Laval, je n’ai eu qu’un étudiant originaire de Blanc-Sablon, cette petite localité (1 200 habitants), située sur la Basse-Côte-Nord du Québec, à cinq kilomètres de la frontière labradorienne et inaccessible par route. Je lui ai enseigné deux fois, une fois en ma trente-et-unième année et une fois en ma dernière année. Il s’agissait de Laura-Lee Bolger, anglophone de naissance et francophone par alliance et par choix. Maintenant, étudiante à la maîtrise en géographie historique, cartographie et systèmes d’information géographique, elle m’avait mis au parfum de ce colloque qui devait avoir lieu au Labrador. Il réunirait les membres de la Eastern Historical Geographers Association qui compte plusieurs de mes amis et anciens collaborateurs dont Wilbur Zelinsky avec lequel j’avais collaboré en 1982 pour la publication de This Remarkable Continent : An Atlas of United States and Canadien Society and Cultures. Wilbur, âgé de 84 ans est venu au colloque seul en conduisant sa propre voiture depuis la Pennsylvanie, et Laura-Lee, 29 ans, se trouvaient aux deux extrêmes de la pyramide des âges des participants au colloque. La participation de Laura-Lee

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au colloque nous a permis de nous rendre véritablement compte des liens étroits qui lient les gens des deux côtés du détroit de Belle-Île, cet entonnoir hydrographique qui canalise le courant froid du Labrador et qui fait vivre sur plus de quatre siècles pêcheurs, chasseurs de phoques et baleiniers. Aussitôt arrivée à L’Anse aux Meadow, Laura-Lee (Québécoise) est tombée dans les bras de Bonnie (Terre-neuviènne), une amie de la famille qui faisait de l’interprétation sur le site. Au lendemain, à Battle Harbour, elle renouerait, à son insu, avec Jenetta (Labradorienne), sa cousine, qui y travaille comme cuisinière. Laura-Lee n’avait revu ni l’une ni l’autre de ces deux femmes depuis 1995, moment où elle avait quitté Blanc-Sablon pour poursuivre ses études à Sherbrooke, puis à Québec.

Autre coïncidence qui me rapproche, personnellement, de Laura-Lee : en 1971 sa belle-sœur, Diane Pintal avait suivi mon tout premier séminaire de second cycle offert à Laval. Grâce donc à Diane et à Laura-Lee, j’ai réussi dans ma carrière à littéralement boucler la boucle générationnelle.

Pourquoi vingt-quatre géographes, dont moi et Laura-Lee, nous étions-nous déplacés à l’Anse aux Meadow sur l’extrême point de la péninsule septentrionale de Terre-neuve?

Découvert en 1960, à la suite de longues années d’étude, par les Norvégiens, Anne Stine et Helge Ingstad, ce lieu

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est celui du premier établissement européen reconnu en Amérique du Nord. Il pourrait s’agir du campement de Vinland qui fut établi par Leif Ericsson et qui fut de courte durée. Vers l’an 1 000, des marins scandinaves implantèrent ici une base à partir de laquelle ils explorèrent des régions plus au sud. On peut y trouver des traces de fer forgé et d’outils de menuiserie, ce qui fait croire que la fabrication et la réparation de barques étaient importantes. Selon l’interprétation qu’en fait Parcs Canada, l’éloignement de leur patrie et les conflits avec des autochtones auraient pu inciter les Scandinaves à abandonner ce site qui devint en 1978 le premier site culturel à figurer sur la liste du patrimoine mondial de la convention de l’UNESCO.

Depuis la découverte du site, Parcs Canada, se basant sur des fouilles archéologiques majeures, essaie de reproduire le plus fidèlement possible des structures d’habitation et de travail. L’interprétation se fait à l’intérieur comme à l’extérieur par les gens habillés en costumes d’époque. Ailleurs, des creux et des monticules rendent témoignage de ce qui aurait pu être un atelier ou un entrepôt.

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St. Anthony, TN et l’héritage du Docteur Grenfell

C’est lors d’un colloque organisé par mes collègues de la Eastern Historical Geographers Association que j’ai découvert St. Anthony, à l’extrémité nord de Terre-neuve.D’ailleurs, c’est avec eux que je me rendrai sur les côtes du Labrador.

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St. Anthony, population 3 000, est le centre de service de la péninsule septentrionale de Terre-neuve, de la Basse-Côte-Nord québécoise et du sud du Labrador, surtout en ce qui concerne la distribution des soins médicaux.

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C’est là l’héritage du Docteur Wilfrid Grenfell, né en Angleterre en 1865, venu au Labrador en 1892 en tant que membre de la Royal Medical Mission, organisme voué à la guérison du corps (soins médicaux) et de l’âme (évangélisation). Constatant les piètres conditions sanitaires et l’exploitation économique des habitants de la côte du Labrador, autochtones comme pêcheurs, Grenfell a consacré sa vie à leur mieux-être. Son oeuvre, basée sur les concepts de foi, d’espoir et d’amour, a jeté les bases du système médical de Terre-neuve et Labrador moderne.

Hormis l’observation d’icebergs, totalement absents cette année, le musée consacré à l’œuvre de Grenfell et sa maison, construite en 1910 et longtemps partagée avec son épouse, la richissime américaine, Anne MacClanahan, sont les principaux attraits touristiques de ce pittoresque village. Avant de mourir au Vermont en 1940, Wilfrid Grenfell s’est vu attribué le titre « sir », d’où le nom du collège à Cornerbrook qui porte son nom : Sir Wilfrid Grenfell College of the Memorial University of Newfoundland.

juin 20, 2005

Port au Choix : patrimoine français au nord de Terre-neuve

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, les Français et Anglais se sont partagé les territoires de pêche au large de Terre-neuve, les Français exploitant les côtes sud ainsi que l’ouest de l’île, les Anglais se concentrant sur la côte est. En 1713, selon les accords du Traité d’Utrecht, les Britanniques et Français ont réglé, à l’avantage des premiers, leurs différends politique et commercial. Terre-neuve appartiendrait dorénavant aux Britanniques, mais les droits de pêche seraient tout de même accordés aux Français sur certaines longueurs du littoral. Ceux-ci étaient autorisés à pratiquer l’été la pêche le long de ce French Shore et à aménager des postes sur la rive pour sécher leur poisson. Toutefois, ils n’avaient pas le droit de s’y installer en permanence.

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L’existence de cette « côte française » a empêché les Anglais de fonder des établissements permanents sur la péninsule septentrionale de l’île. En effet, les Français prétendaient qu’ils possédaient des droits exclusifs sur la côte, même s’il leur était défendu de s’y établir. Par conséquent, les Anglais avaient tendance à s’installer ailleurs. Puisque les armateurs français avaient besoin de gens sur place l’hiver pour surveiller leurs installations, peu importe leur origine nationale, quelques Anglais n’étaient que trop heureux de le faire. Aussi, de nombreux marins français, désireux de changer leur vie et de tenter leur chance au Nouveau Monde, ont choisi de déserter sur la côte avant l’hiver, plutôt de quitter.

Ce sont là les gens qui ont donné naissance à Port au Choix qui, n’a aujourd’hui de français que le nom.

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Dans sa population de 1 900 habitants, quatre familles:les Billard, Cadet (Cadot), Gaslard (Gaschelard) et Genix (Jenaux ou Gennoix), témoignent de ces racines françaises. Le dernier parlant français de la place, Jos Gaslard, serait décédé en 1981.

À tous les ans, à l’occasion des fêtes de Port au Choix, M. Pierre Mochon, originaire de Cap-de-la-Madeleine, au Québec, animateur et traducteur au centre d’interprétation du site historique de Parcs Canada, résident du village avoisinant de Port Saunders, et seul francophone à 100 km à la ronde (selon ses propres dires), assume le rôle d’ « Oncle Jos » (Gaslard) afin de rappeler l’héritage français de Port au Choix.

Aujourd’hui, au centre d’interprétation de Parcs Canada, l’accent est mis sur la pré-histoire de Port au Choix et sur la présence et le passage des peuples autochtones qui, eux aussi, ont récolté les fruits de la mer si riche.

juin 19, 2005

Retour décevant à la péninsule de Port-au-Port, TN

En juin 1987, dans le cadre de notre cours, Le Québec et l’Amérique française, mon collègue, Eric Waddell, et moi avons emmené nos étudiants en excursion à la péninsule de Port-au-Port, sur la côte ouest de Terre-Neuve, la province la plus anglophone du Canada. La « découverte » au début des années 1970, à la suite de la mise

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en application de la loi sur langues officielles, d’une minuscule population de langue française, à Cap-Saint-Georges et à la Grand’Terre, a contribué à légitimer la notion d’un Canada bilingue « from coast to coast ».

Des quelques vingt excursions que nous avons réalisées un peu partout en Amérique du Nord, celle-ci fut certes l’une des plus inoubliables. D’une part, nous avons divisé notre groupe en deux. Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, avec les gens de Cap-Saint-Georges, les uns ont monté le cap du sud au nord. Les autres, ont entrepris l’escalade depuis la Grand’Terre dans le sens contraire. Vers midi, au milieu de cette marche de 15 km, nous nous sommes rencontrés sur les hauteurs autour du drapeau fleur de lysé pour chanter, danser et festoyer. D’autre part, certains étudiants ont pu veiller chez Émile Benoît (1913-1992), l’un des grands

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violoneux du Canada français. Toutes ces activités ont inspiré l’un des étudiants, Yves Jardon (visage encerclé dans la photo ci-dessus), qui a résumé notre passage de manière poétique.

Péninsule de Port-au-Port

À la Grand-Terre
À l’Anse-à-Canards
À Cap-Saint-Georges

Les amitiés complices des âmes
Aux accents perdus dans l’espace
On débarque et on reste

J’y ai senti le coup des vagues
Dans la gigue de vos pieds
Le chant du monde
Au bout d’une nouvelle terre

Entre à chaque porte
Rencontre une amitié
Les bras ouverts aux mains tendues
Le cœur à cœur a son air
Laisse-toi aller
La grève à galets roule sous les vagues

Une autre musique au vent
Pêcheurs de morues et de homards
Je vous entends chanter
Que la musique vient de la mer
Et quand la mer est partout.

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Quelle ne fut pas ma surprise en ce dimanche matin, en me rendant à l’école Notre-Dame-du-Cap, en face de l’église à Cap-Saint-Georges et à la chapelle Sainte-Anne de Grand’Terre, aux heures affichées de la messe de ne trouver personne! Pas moyen de converser avec les amis faits en 1987 afin d’évaluer l’évolution de leur situation. Il faut me fier à l’œil et non à l’ouie.

Je choisis donc de faire le tour de la péninsule dans le sens des aiguilles d’une montre. En 1987, c’était impossible. La route entre Cap-Saint-Georges et la Grand’Terre n’existait pas, d’où l’intérêt de se rendre à pied le 24 juin de l’un à l’autre. La route a été complétée il y a une dizaine d’années sans compromettre les vues spectaculaires sur la mer. À la Grand’Terre, en 1987, il n’y avait aucune école française. Aujourd’hui, il y en a une, le Centre scolaire et communautaire Sainte-Anne. Il s’agit d’un changement majeur, peut-être le plus important. Le cachet du panneau annonçant la route des ancêtres français suggère un plan d’aménagement pour attirer des touristes sur la péninsule. La présence d’une nouvelle auberge à Cap-Saint-Georges, d’un centre de séjour au sommet du cap, à mi-chemin entre les deux villages et d’un sentier patrimonial à Grand’Terre semble confirmer cette hypothèse.

En arrivant ici, après une absence de dix-huit ans, j’avais grand espoir de pouvoir renouer avec les Cormier, les Poirier, les Félix, les Cornecht et les autres afin d’apprendre de nouveau d’eux. Malheureusement, c’était un rendez-vous manqué—surtout de ma faute parce que je n’avais pas donné les préavis nécessaires. Je n’en suis quand même pas parti bredouille. J’ai pu respirer à plein poumon l’air de la mer, me faire étourdir encore une fois par ces paysages époustouflants et me remémorer intensément des moments forts passés ici le 24 juin 1987 avec mes étudiants et nos amis.


juin 18, 2005

Ile Madame : petit coin méconnu de l’Acadie

Île Madame, à peine 15 km de long et 8 km de large (129 km2), située au large du coin sud-est de l’île Cap-Breton, abrite une population de 4 000 habitants dont la moitié est acadienne. L’été dernier, lors du Congrès mondial des Acadiens, l’île a accueilli 1 300 Boudreau, Boudrot, Boudreaux et Boudreault et presque autant de Samson, David et Fougère. Les symboles acadiens sautent aux yeux dans chacun des villages et hameaux aux noms colorés : Arichat, Arichat ouest, Petit de Grat, D’Escousse et Petite Anse Même les poubelles ne sont pas épargnées.

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Comme il se doit en Acadie, la cathédrale porte le nom de l’Assomption. Sur un mur sont écrites les paroles de l’hymne régional composé par Paul D. Gallant : « Mon chez-nous c’est l’Acadie, Ma famille, mon village, merveille d’héritage, Acadie que j’aime tant! »

Ici, on ne parle pas d’école française ou d’école francophone, mais plutôt d’école acadienne. Cela doit être comme ça partout en Nouvelle-Écosse où un système scolaire de langue française contrôlé par les francophones n’existe que depuis une dizaine d’années. L’École Beau-port est l’une des quatre écoles faisant partie du Conseil

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scolaire acadien provincial à se situer dans la partie nord de la province, les autres se trouvant à Chéticamp, Sydney et Pomquet. De l’extérieur, l’école Beau-port ressemble à un vaste hangar, ce qui m’a été confirmé par la suite. Avant de devenir l’école acadienne de la place, il était question que l’édifice soit condamné à cause de la désuétude et de la moisissure. Au pouvoir, les Libéraux avaient promis une nouvelle école acadienne à Petit de Grat. Celle-ci devait avoisiner le centre communautaire, La Picasse, inauguré en 1997. Les Conservateurs,

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vainqueurs aux élections et encore au pouvoir aujourd’hui, ont préféré construire une nouvelle école anglaise à Louisdale et « retaper » le « hangar » pour les francophones. Malgré la vétusté des lieux, Mme Fougère et ses confrères concierges les gardent impeccables. À la suite de trente-cinq années de service aux écoliers de la province, Mme Louise Boudreau-Marchand prendra sa retraite cette année,. Militante de la première heure et ardente défenseuse du français, elle enseigne l’anglais à l’école Beau-port.

En Ontario français, il est certain que les gens auraient offert une résistance tenace devant la décision du gouvernement de leur refiler une école usagée et usée. Du moins, c’est là l’opinion de la Franco-Ontarienne, Mme Lacroix-Samson, qui a succédé en 2000 à son conjoint, Yvon Samson, comme directrice de la Picasse. En Ontario français, comme en témoigne le refus de la population franco-ontarienne d’accepter la décision du gouvernement de fermer l’Hôpital Montfort, la tradition de résistance est bien ancrée dans les moeurs. Telle n’est pas le cas chez les Acadiens de la Nouvelle-Écosse pour qui le drame de la Déportation se joue encore de nos jours.

Un peu comme à Fredericton, la construction d’une nouvelle école aurait sûrement contribuer à assurer le succès du Centre culturel, construit il y a dix ans au coût de 3 500 000$. Aujourd’hui, il exige les déboursées de 80 000$ par année pour le chauffer et l’éclairer. Le Centre est beau, fonctionnel et bien administré. Les 2 000 Acadiens de l’île sont choyés et les anglophones jaloux! Mais sont-ils assez nombreux et suffisamment convaincus de la valeur de leur langue et de leur culture pour le faire marcher à long terme? Déjà le taux de vacance inquiète.

Qu’y a-t-il dans ce centre? Des bureaux bien sûr pour les sept personnes qui y travaillent, un centre de francisation pour accueillir des enfants du pré maternel, une grande salle de spectacle (avec estrade) et de banquet, une cuisine industrielle, la bibliothèque municipale et une boutique aménagée à la mémoire de Ronald Landry (dit Gonzague), artiste local décédé récemment dans la fleur de l’âge. La magnifique fresque qui orne le coin de la boutique est de lui.

Pubnico, la baie Sainte-Marie, Pointe de l’Église, Digby et Grand Pré, pour diverses raisons, tous des lieux « acadiens » jouissant d’une bonne côte de reconnaissance des Québécois qui voyagent dans le sud de la province. Au nord, Chéticamp, sur la Piste de Cabot, et la forteresse de Louisbourg sont relativement bien connus. Et Île Madame? À l’écart et méconnue, mais si jolie, si douce, si agréable.

juin 16, 2005

Des Louisianais chez eux à Beaubassin

Beaubassin, fondé par des colons de Port-Royal en 1672, n’existe plus depuis 250 ans. À la place, le Nova Scotia Welcome Centre. Quelle ne fut pas ma surprise d’y tomber en pleine commémoration de Jean-Jacques Mouton, chirurgien, né à Marseille vers 1689, marié à Port Royal en 1711 et établi à Beaubassin avec sa famille vers 1725.

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C’est un parent de la onzième génération, Monsieur Paul S. Martin, de Lafayette, en Louisiane, qui venait tout juste de dévoiler ici même la plaque célébrant la vie de ce pionnier acadien responsable de l’établissement de l’illustre lignée des Mouton louisianais. M. Martin, 84 ans, accompagné de son épouse, son fils et sa bru, réalisait son

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vingt-et-unième retour au pays de ses ancêtres. « Autrefois, je venais en auto, mais l’âge a eu raison de moi… », dit-il à regret. « I’m at home here, you know », poursuit-il avec conviction.

Le « ghetto » français à Fredericton, NB

Dans le livre qu’il a réalisé avec Maurice Basque, Une présence qui s’affirme : la communauté acadienne et francophone de Fredericton, Greg Allain rappelle la crainte des autorités gouvernementales provinciales de vendre le terrain situé au coin des rues Priestman et Regent, à proximité du Centre communuataire Sainte-Anne,

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pour la construction d’une église dans la paroisse Sainte-Anne-des-Pays-Bas, nouvellement érigée. Pourquoi cette réticence devant un objectif si louable? La réponse est très simple : la peur de contribuer à la création d’un « ghetto français » à Fredricton.

L’achat a néanmoins été conclu et la nouvelle bâtisse, au style plutôt moderne et chargé de symbolisme, fut inaugurée en 2001, 242 ans après la destruction de la chapelle qui portait ce même nom sur ces mêmes lieux

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En fait, le village acadien de la Pointe Sainte-Anne se situait en 1755 (année du Grand Dérangement) aux abords de la Saint-Jean, là où est située aujourd’hui la capitale provinciale. En février 1759, selon Maurice Basque, le lieutenant anglais, Moses Hazen, agissant sous les ordres du colonel Robert Monkton à la tête d’une petite compagnie de mercenaires, arrive à la Pointe Sainte-Anne. Il ne réussit qu’à capturer trois familles acadiennes, les autres se sauvant dans les bois. Les prisonniers furent massacrés et le village réduit aux cendres.

Malgré la destruction totale de leur village, certains Acadiens réussirent à revenir s’établir dans la région, mais elle serait désormais transformée de manière radicale par de nouveaux arrivants dont la présence concrétiserait les prétentions britanniques. Fuyant la révolution américaine, 14 000 loyalistes, fidèles à la couronne britannique, débarquèrent au Nouveau-Brunswick, province nouvellement créée en 1784 en la détachant de la Nouvelle-Écosse. Ils prendraient possession des bonnes terres et rebaptiseraient les lieux Frederick’s Town afin de rendre hommage au second fil du roi George III de Grande-Bretagne.

Toujours selon Basque, la cohabitation entre loyalistes et Acadiens s’avérait très difficile. La majorité des Acadiens prirent la décision de s’établir ailleurs, surtout au Madawaska, permission que leur accorda le gouvernement du Nouveau-Brunswick en 1785. Pendant presque deux siècles, l’abandon de la région de Fredericton par les Acadiens fut plus ou moins complet. L’élection en 1960 d’un premier Ministre acadien, Louis Robichaud, et les réformes qu’il a présidées sur une période de dix ans marquèrent un retour des francophones vers la capitale provinciale.

Profitant d’une conjoncture particulière découlant de la transformation de l’ordre symbolique du Canada par les gouvernements de Pearson et Trudeau, processus qui fut couronné par la mise en application en 1969 de la loi sur les langues officielles, le gouvernement du Nouveau-Brunswick, suivit l’exemple, faisant du Nouveau-Brunswick, la seule province canadienne officiellement bilingue. La dualité au niveau des services nécessitait évidemment un retour important des Acadiens et francophones vers la capitale provinciale. N’étant pas dupes, ceux-ci hésitaient à quitter leurs régions (Madawaska, baie des Chaleurs, péninsule acadienne) pour venir à Fredericton s’ils ne pouvaient y vivre en français. Dans un premier temps, pour obtenir les services dans leur langue, ils tergiversaient entre plusieurs locaux mis à leur disposition. C’est en 1978, à force de chaudes luttes, que la nouvelle communauté francophone et acadienne de Fredericton réussit à obtenir son centre communautaire qui comprendrait également une école offrant des cours depuis la maternelle jusqu’à la douzième année. Aujourd’hui, environ 1 000 élèves suivent leurs cours dans de belles salles de cours bien équipées. À l’automne 2005, on annonce 96 nouvelles inscriptions en maternel, ce qui nécessitera cinq classes au lieu de trois! Au centre, les élèves et les membres de la communauté ont accès à la bibliothèque Michaud. D’ailleurs, tous les services mis à la disposition de la communauté acadienne et francophone de Fredericton, sauf un, la Caisse populaire, située au centre-ville, se trouvent sous le même toit. Partout, à l’intérieur du Centre et de l’École se trouvent des symboles de l’histoire acadienne et des rappels de l’identité acadienne.

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L’importance du Centre communautaire Sainte-Anne a dépassé de loin les frontières de la ville de Fredericton et de la province du Nouveau-Brunswick. Il s’est agi du premier centre communautaire et scolaire au Canada. Sa réalisation a facilité l’obtention par les francophones de tels centres dans d’autres villes, comme le Centre Frontenac à Kingston et la Cité des Rocheuses à Calgary, pour ne nommer que ceux-là. Sans eux, la survie des communautés francophones minoritaires en milieu urbaine serait incertaine, sinon impossible.

juin 15, 2005

Drummond, NB, pas Drummondville, QC

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Si je fréquente depuis sept ans le village de Drummond, au Nouveau-Brunswick, (population 900), c'est grâce à Laura Beaulieu qui me l’a fait connaître et qui m’a appris à aimer cette région aux paysages panoramiques, pittoresques et « patatisés ».

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C’est ici que se sont implantés vers 1875 ses ancêtres en provenance, d’une part, de Rivière-Ouelle, au Québec (les Lavoie et Beaulieu), et, d’autre part, les Thériault et Cyr, victimes, en 1785, de la « deuxième Déportation des Acadiens » (voir texte suivant).

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Lucien Beaulieu et Yvonne Lavoie, 1933

En effet, ce qui caractérise la population de ce village situé aux limites méridionales de cette région francophone à laquelle le géographe, Adrien Bérubé, a attribué le nom « Marévie » (comtés de MAdawaska, de REstigouche et de VIctoria), est l’heureux mélange des deux peuples « canayen » et acadien. Mais ce n’est pas là le plus intéressant.

Le plus emballant, c’est que pour établir leur petit château fort qui demeure de nos jours presque exclusivement francophone, ils ont dû tasser les Irlandais. La légende veut que ces nouveaux venus en provenance du Québec, contrairement aux Irlandais, savaient se servir avec aplomb de leurs scies et haches. Cela leur a donné un net avantage sur les Européens. Ils ont défriché et pris possession des meilleures terres, les McCleod, O’Regan, McClaughlin, McClusky, McCarthy prenant refuge de l’autre côté de la rivière Saint-Jean dans un secteur baptisé « Le Portage ».

L’ardeur, l’assiduité au travail et l’expansion territoriale de ces francophones ont créé un tel remous dans la capitale, Fredericton, que les gouvernants de la très loyaliste province du Nouveau-Brunwick ont convenu d’ériger une barrière contre cet étalement « frenchy ». Leur méthode était perspicace et efficace. Ils ont fait venir des Danois, formant ainsi au sud de la rivière aux Saumons la plus importante concentration de Danois au Canada. Grâce à ses églises, ses cimetières et ses odonymes, New Denmark porte encore leur marque. À chaque année,

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jusque tout récemment, les Jensen, Rasmussen, Christiansen, Sorensen, Nielsen et les autres fêtaient le 19 juin l’arrivée des leurs en 1872. Leur implantation au sud de la rivière a, effectivement, mis terme à l’expansion territoriale des francophones. Pendant un siècle, les deux populations, catholique et protestante, se faisaient face, chacune de son bord.

À Drummond, au risque de perdre leur langue et, pis, leur âme, les jeunes filles catholiques recevaient la consigne en provenance de leurs parents et du curé en Chaire le dimanche matin de ne pas fréquenter ces beaux, grands blonds du village avoisinant. La plupart ont bien écouté, mais il y a eu des exceptions, comme Victorine Violette et Moguns Givskud qui ont lié leur destin le 9 novembre 1964. Deux enfants sont issus de ce mariage, leur fils, Mike, et leur fille Mia, aujourd’hui directrice de l’école élémentaire Sacré-Cœur de Grand-Sault. Qui aurait pensé autrefois qu’un jour une Givskud dirigerait la plus grande école primaire de langue française de la région!

Pour les gens qui voyagent aujourd’hui entre Québec et Montréal, Drummondville est un point de repère plutôt inintéressant. Ils s’y arrêtent peu, à moins de devoir subvenir à un besoin naturel. De même, les gens qui voyagent entre Edmundston et Fredericton ne fréquentent guère Drummond, pourtant peu à l’écart de la Trans-Canadienne. Drummond est un lieu de passage pour les gens qui empruntent le Renou, ce raccourci raboteux qui relie Edmundston à Moncton en passant par les forêts du centre du Nouveau-Brunswick.



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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