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Le 30 juillet 2008 par Dean Louder

Raymond, Alberta... mon chalet lointain!

J’envie mes amis, mes collègues et mes voisins à Québec qui ont un chalet dans Charlevoix, sur la Côte-du-Sud ou à Lac-Saint-Joseph. Je n’ai pas cette chance-là. Le mien se trouve à 3 800 km du domicile principal situé sur l’avenue du Cardinal-Bégin! Évidemment, je n’y vais pas à toutes les fins de semaine, mais cela fait quand même une dizaine de fois que j’y vais en trois ans. À quoi bon avoir un chalet à l’autre bout du continent? Et bien, cela fait découvrir du pays et les quelques récits qui vont suivre en rendront témoignage, car ils relèveront des faits saillants de deux voyages en trois mois entre Raymond et Québec. De plus, avoir un chalet à Raymond permet à son épouse de passer cinq ou six mois par année en Alberta « tropicale », loin de la neige et de l’hiver québécois, et près des trois enfants et dix petits enfants qui l’habitent!

À vrai dire, ce n’est pas un chalet que j’ai, mais un tout petit appartement situé dans un demi sous-sol d’une belle grande maison, à la cour immense et luxuriante, sur Broadway, à Raymond dont la population vient de franchir,

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après 105 années d’existence, le cap des 3 500 habitants. Les propriétaires, Sherrel et Maureen, un couple de mon âge, habitent au-dessus de ma tête. On ne les entend pas et ils ne nous entendent pas non plus.

Le maire, George Bohne, et les édiles municipaux sont en extase car le nombre de nouvelles constructions est passé de 10 par année, sur une très longue période, à 26 en 2006, à 69 en 2007 et à 33 pour les six premiers mois de 2008. Ils espèrent que la construction en cours d’une grande pharmacie—genre Jean-Coutu—sur une rue principale en déchéance depuis 40 ans, va ressusciter le commerce ici à l’ombre de Lethbridge (population 90 000) et ses multiples centres commerciaux dominés par les géants des industries de la consommation domestique.

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Raymond trace ses origines à l’arrivée dans la région en 1887 d’immigrants en provenance de l’Utah qui ont apprivoisé ce terroir aride en lui apportant une technologie permettant l’irrigation. Ils ont participé activement à la construction du canal Galt, précurseur du système St. Mary’s et d’autres schémas d’irrigation rendant possible la production de plusieurs céréales et l’élevage. Or, ce qui a fait le succès de Raymond dans un premier temps, ce sur quoi l’économie locale était basée pendant un demi-siècle est la betterave à sucre. Un industrialiste mormon bien

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nanti de l’Utah, Jesse Knight, vint ici au tournant du vingtième siècle construire une sucrerie, désaffectée depuis les années 60, et donna au village le nom de son fils Raymond qui deviendrait en quelque sorte le notable de la place. Aujourd’hui on lui attribue l’instauration du Stampede de Raymond, le plus vieux rodéo de tout le Canada. Le 1er juillet de chaque année, l’événement fait tripler la population du bourg.

Lorsque je suis ici, je m’ennuie au bout d’un certain temps. Je m’ennuie du Québec. Je m’ennuie de parler français. Mais j’ai découvert qu’en Amérique du Nord, quand on cherche le français, il est là, même dans le coin le plus conservateur de cette Alberta de William Aberhard. Ernest Manning, Peter Lougheed, Preston Manning, Ralph Klein et—yes—Stephen Harper! C’est pour cela qu’à l’été 2006, j’ai réussi à mettre sur pied, le temps d’un pique-nique, L’Amicale francophone de Raymond. Les membres sont très diversifiés : un menuisier originaire de Joly, au Québec, deux sœurs commerçantes et leurs vieux parents, originaires du sud de la France, un pompiste au poste d’essence, fils légèrement handicapé de l’une des commerçantes, des Québécois enseignant à l’école française de la Vérendrye à Lethbridge, un administrateur de Marseille ayant passé aussi par la Polynésie

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française, un ancien pilote de ligne et sa femme parisienne, chanteuse d’opéra et écrivaine, un Franco-Albertain d’Edmonton, de jeunes francophiles issus des écoles d’immersion et des anciens missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ayant séjourné au moins deux ans dans un pays de langue française. Ce qui soude ces gens ensemble et explique leur présence à Raymond, c’est leur foi religieuse et leur volonté de contribuer à la solidarité de cette petite ville généreuse et bonne.


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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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