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Le 20 octobre 2008 par Dean Louder

Essoyes : une journée en présence d’un Pharisien

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C’est par un concours de circonstances que j’ai eu la bonne fortune de connaître Bernard Pharisien (voir sur ce blogue le texte sur Victor Charigot) et de me faire inviter à visiter le 15 octobre Essoyes, modeste village bâti au bord de l’Ource (affluent de la Seine), aux confins de la Champagne et de la Bourgogne. Il s’agit non seulement du

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Vallée de l'Ource à partir du plateau de Blu, 357 mètres

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L'Ource au coeur du village d'Essoyes

village natal de Bernard., mais aussi de celui du richissime Auguste Hériot, fondateur des Grands Magasins et du Grand Hôtel du Louvre, et de son frère, Olympe, héritier de la fortune d’Auguste, ce dernier décédé prématurément en 1879. Cependant, aujourd’hui, Essoyes est davantage connu comme le village d’adoption du grand peintre, Pierre-Auguste Renoir qui y séjourna et y peignit de 1888 à 1919.

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À ce propos, son fils Jean, bien connu pour son œuvre cinématographique à la fois en France et aux États-Unis dit :

Essoyes, le pays natal de ma mère et de Gabrielle (modèle préféré de son père qui figurerait sur plusieurs centaines d’oeuvres) est un village resté pur. Pour moi, il n’existe pas de village comparable dans le monde entier. J’y ai vécu les plus belles années de mon enfance.

C’est réputé—et la bible le confirme—que les pharisiens constituent une classe à part. Le mien ne fait pas exception. Bernard m’a tout simplement ébloui par ses connaissances, ses perceptions, ses intuitions… son énergie. Un véritable tourbillon sur le terrain, connu de tous les villageois, grands et petits, même s’il n’y a pas vécu en permanence depuis un demi-siècle, Bernard Pharisien ne lésine point pour découvrir, comprendre et mettre en valeur le patrimoine de ce petit coin du département de l’Aube.

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La visite commence devant le château d’Essoyes érigé à sa propre gloire, entre 1890 et 1892, par Olympe Hériot, frère cadet de l’autre, qui se vit brusquement propulsé d’une carrière médiocre de militaire à la tête d’une fortune colossale. Ce château, son troisième si on compte la Villa Hériot au Vésinet, en banlieue ouest de Paris, et le magnifique Château de la Boissière, situé près de Rambouillet auxquels il convient d'ajouter un somptueux hôtel particulier parisien dans le quartier des Champs-Elysées, renvoie une image intéressante de son bâtisseur. Son monogramme (OH) orne chaque fenêtre, chaque porte, chaque grille en fer forgé et se trouve même au sommet du bâtiment principal sur le support du paratonnerre. Dans son livre, L’exceptionnelle famille Hériot, Bernard Pharisien décrit des cuirasses, sabres et d’autres attributs militaires, rappelant l’ancienne carrière d’Olympe, sculptés sur les façades latérales du bâtiment principal. Il identifie également la symbolique des Grands Magasins du Louvre, notamment les têtes de lion qui décorent chacune des cheminées extérieures. Selon Pharisien, le plus intéressant est la décoration en marbre blanc ornant l’entrée principale, mêlant le logo de l’entreprise (le lion et la lettre L), la Fortune (divinité romaine du Hasard) et sa roue (attribut de la déesse Fortune et allégorie de vicissitudes humaines). Aussi, un clin d’œil à la publicité, un ballon de baudruche, au-dessus des têtes de chérubins, portant l’inscription « Louvre ».

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En se dirigeant vers le cimetière où sont réservées de nombreuses surprises, on traverse le bas du village, quartier des commerçants et de la classe libérale, et le haut du village occupé par des vignerons. À divers points d’observation, la reproduction d’une œuvre de Renoir, comme celle-ci de La danseuse, modelée sur sa femme, Aline Charigot, fait son apparition.

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Plus intéressant encore, deux exemples de l’ancien patrimoine bâti : (1) les portes de grange préservées dans leur état original, l’une externe et donc plus usée et l’autre encastrée pour la protéger des éléments. On y remarque des poutres posées dans le sens contraire et qui dépassent légèrement au-dessus des portes. Elles sont protégées de la pourriture par des pierres plates qui, elles aussi, dépassent et les couvrent. (2) La maison traditionnelle avec son œil de bœuf qui exemptait le propriétaire de l’imposition de la « taxe sur les portes et fenêtres » et la « goulotte » qui facilitait le passage vers la rue des eaux usées.

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Au cimetière, la sépulture d’Auguste Hériot domine. Ce n’est pas un surprise! Ce qui surprend, c’est la sculpture de
la femme nue, réalisée en 1914 par Louis Morel – également natif d'Essoyes – qui semble surveiller la sépulture

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des Renoir. Évidemment, sa présence fit scandale! Autre surprise, la présence à une cinquante de mètres des Renoir et de la femme nue, la pierre tombale de C.F. Anderson de la Royal Canadian Air Force descendu au-dessus d’Essoyes par le feu allemand un mois après le Débarquement de 1944.

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Dernière surprise, le buste signé Guino qui couronne le monument érigé à la mémoire de Pierre-Auguste, de ses fils aînés Pierre et Jean, ce dernier venu rejoindre son père en 1979, et de la seconde épouse de Jean, Dido, dont les cendres furent apportés de la Californie en 1994. Guino – comme d'ailleurs Morel – a prêté ses mains au maître Renoir dans la réalisation de plusieurs sculptures que celui-ci a signées.

Comme si ma journée n’avait pas encore assez rapporté, Bernard me propose une visite à Colombey-les-deux-Églises, à 30 km de là. Mon Dieu, comment savait-il que depuis 40 ans je voulais visiter le village que le Général De Gaulle avait choisi pour élire domicile, aux années 30, La Boisserie, et où il est enterrée avec sa femme, Yvonne, et leur fille trisomique, Anne. Bien qu’enterré en toute simplicité, selon sa volonté, dans le cimetière paroissial, le bon peuple continue, 40 ans après, à lui rendre hommage par l’envoi au petit cimetière de tonnes et de tonnes de stèles et de gravures qui proclament leurs reconnaissance, respect, admiration et fierté.

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Pas plus tard que la semaine dernière, le président Sarkozy et la chancelière Merkel d’Allemagne ont inauguré ici, sur les hauteurs de Colombey, le nouveau Mémorial Charles de Gaulle dont j’ai eu le plaisir et l’« honneur » d’être le premier Québécois à y avoir franchi les portes!

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Quelle belle façon d’avoir terminé ma journée en présence d’un Pharisien!

Commentaires

Bernard Pharisien m'a conseillé d'aller voir vos pages (celle concernant Victor Charigot et celle suite à votre visite d'Essoyes). J'habite à Essoyes depuis 18 ans, j'aime beaucoup ce village et j'admire la passion de M. Pharisien pour lui. C'est un ambassadeur extraordinaire ! Grâce à lui, Essoyes est connu dans le monde entier...et par des personnalités telles que vous !! Merci de parler de notre village sur votre site et de le faire connaitre au Quebec.
Amicalement
Isabelle Jouglas

Ce message rapide pour t'informer du décès d'Alain Renoir.

Je t'avais signalé l'accident vasculaire cérébral dont il avait été
victime... Hélas, il a quitté ses enfants et petits-enfants, ses
proches, dans la journée du vendredi 12 décembre.

Je suis bien triste car j'éprouvais pour lui beaucoup d'affection. Il
m'a beaucoup encouragé et aidé dans mes travaux. C'était un homme de
grande culture, à l'humour ravageur et d'une immense modestie.

Je suis certain que tu aurais eu beaucoup de plaisir à faire sa connaissance.

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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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