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Le 15 février 2009 par Dean Louder

Snowflake (AZ) sans neige

Pour tâter le pouls d'une région, rien de mieux que de la visiter muni d'un bon roman dont l'action s'y passe ou d'une biographie de quelqu'un s'y étant profondément enraciné. Cette fois-ci, en traversant l'Utah et l'Arizona, je fus particulièrement bien servi. Au début du voyage à Salt Lake, un ami, Ben Bennion, me suggéra la lecture d'une nouvelle autobiographie, Rascal by Nature, Christian by Yearning de Levi S. Peterson (University of Utah Press, 2006).


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Ben ajouta sans explication, « je crois que tu y découvriras des affinités ». Il avait raison. Non seulement, étions-nous, Levi et moi, issus du même milieu culturel, mais nous nous trouvions également, à un moment donné, en marge de cette culture qui nous avait formés. De plus, Levi et moi avons appris le français, à la même « école » en France, lui huit ans avant moi (1954-1956). Dans Rascal by Nature, il en parle. Levi, aussi, connut une longue carrière comme professeur d'université, à Weber State University (Ogden, en Utah).

Depuis ma tendre enfance, j'avais entendu parler des nombreuses colonies mormones fondées en Arizona à la fin du XIXe siècle: entre autres Safford, Thatcher, Springerville, Heber, Taylor et bien sûr celle portant le joli nom de Snowflake, fondée en 1875 par William Flake et Erastus Snow, deux fidèles adeptes de la religion établie en 1847 sur les rives du grand Lac salé, à 1 000 kilomètres plus au nord. À la suite de ma lecture du livre de Peterson dans lequel il décrivait si lucidement et passionnément l'oeuvre pionnière de ces ancêtres dans ce désert, ainsi que son enfance et son adolescence dans une famille reconstituée aux prises, d'une part, avec la modernité et, d'autre part, avec les traditions dont les fondements avaient été polygames, je ne pouvais ne pas passer par Snowflake.

À prime abord, la déception se lisait sur mon visage. Levi Peterson m'avait prévenu par courriel que son village natal, dans son état actuel, le déprimait profondément. Dans ce village de 5 000 habitants, Il reste relativement peu de vestiges de son riche patrimoine. La rue principale est un pot pourri de bâtiments commerciaux aussi minables les uns que les autres. La bibliothèque municipale se trouve dans une espèce de cabanon recouvert de tôle. Le bijou du paysage actuel, le temple, construit en 2002, se trouve à deux kilomètres du centre du village sur une butte, rebaptisée pour l'occasion Temple Hill au lieu du nom traditionnel de Pinhead, autrefois terrain de jeux de Levi et ses amis. Un promoteur s'est servi de l'aménagement de cet édifice sacré pour aménager à proximité un terrain de golf et pour réaliser tout autour un lotissement en prévision de la construction et de la vente de maisons de prestige. Curieux mélange de sacré et de profane.


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Le sourire m'est enfin revenu en découvrant au centre du village, mais en retrait, trois maisons ancestrales ayant appartenu aux familles Flake, Freeman et Smith.


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Se rendre à Snowflake de Phoenix implique la montée vertigineuse et la descente graduelle d'une formation géologique aussi originale que spectaculaire, le « Mogollon Rim », un escarpement qui définit la limite septentrionale du plateau du Colorado. Constitué de calcaire et de grès ayant subi l'influence de l'érosion et de l'action séismique et recouvert de pins de type « Ponderosa » (Pinus ponderosa), le « Rim » qui monte jusqu'à 2 300 mètres d'altitude (dénivellation de 1 000 mètres) fait contraste avec le plateau et le désert plus bas.


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En dépit de ce qui pourrait faire croire son joli nom de flocon, il y a rarement de la neige à Snowflake.

Commentaires

Dean:

Thanks for the kind comments and the illuminating commentary on Snowflake. The photos are excellent, all of them. Those of the Rim are stunning. The three red brick houses have a lot of personal history for me.

Levi

Merci Dean pour ces photos saisissantes. Tu devrais lire Effigie à ton retour au Québec !

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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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