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mars 26, 2011

« Petit Champlain » à Oxford, soirée mémorable

Hier, l’achat d’un billet pour le retour sur scène de Zachary Richard au Petit Champlain, à Québec, les 6 et 7 avril prochains, m’a reporté à Oxford par une belle soirée printanière. Pourquoi? C’est que le 10 mars, j’ai pu assister au Lyric à un spectacle qui passait en direct sur les ondes de Rebel Rock (92,1 FM), radio communautaire de l’université du Mississippi, et sur celles du réseau public de l’État du Mississippi (Mississippi Public Radio), poste affilié au PBS (Public Broadcasting System).

Dans cet édifice historique, qui est, en vérité, une ancienne salle de cinéma, réaménagée il y a quatre ans en salle de spectacle, à l’image du Petit Champlain, Jim Dees, de Thacker Mountain Radio (TMR), a animé une émission d’une heure qui s’est poursuivie en quatre temps.

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D’abord, une prestation musicale des Yalobushwhackers, spécialistes de la musique locale, axée largement sur les blues et le bluegrass. Les « Whackers » constituent le « house band » —groupe musical en présence à la programmation hebdomadaire du TMR—et lui donnent sa saveur.

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Par la suite, André Dubos III, fils de l’écrivain d’origine louisianaise, André Dubos II, a lu des extraits de son nouveau roman, Townie : A Memoir, publié ces jours-ci chez W.W. Norton. Autobiographique, le livre raconte l’adolescence de l’auteur vécue dans les quartiers durs d’un « milltown » du Massachusetts, en l’absence d’un père négligent, démissionnaire et coureur de jupons. L’œuvre de Dubos rappelait, par la mise en scène, celle de Kerouac, mais pas par l'expression narrative. Si ti-Jean (Jack) avait habité ces endroits aux années 70 et 80 au lieu des années 30 et 40, aurait-il emprunté un style similaire. J’espère que non!

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En troisième lieu, John Francis, jeune compositeur/interprète de la région de Philadelphia, PA, a chanté plusieurs chansons de son nouvel album, The Better Angels, dont la magnifique « Who » qui constitue à la fois une plainte et une complainte : une plainte à l’égard de la société américaine et de son militarisme et de sa détérioration et une complainte pour laquelle il a été primé comme jeune artiste à forte conscience sociale.

(http://johnfrancismusic.bandcamp.com/track/who)

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Le clou de la soirée? L’apparition sur scène des « Quiltermakers of Gee’s Bend » et leur interprétation de « Amazing Grace » accompagnées des Yalobushwackers et de concert avec le public.

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Le bled de Gee’s Bend est situé dans un méandre de la rivière Alabama, à 60 km au sud-ouest de la ville de Selma, en Alabama, bien connue par le public en raison des marches de cette ville à la capitale de Montgomery par Martin Luther King, Jr et ses disciples en 1963. Les descendants des esclaves de la plantation de M. Gee, comme beaucoup des ancêtres canadiens, ont développés des pratiques efficaces pour éliminer tout gaspillage afin de mieux survivre dans les conditions difficiles et parfois insalubres. L’une d’elles a été celle de la fabrication de courtepointes. Aucune guenille ne fut perdue, les morceaux les plus intéressants, les plus colorés, les meilleurs se trouvèrent transformés, par les doigts agiles, forts et habitués des femmes, en couverture, oui, mais aussi en œuvres d’art.

Grâce à l’historien de l’art, Bill Arnett, et son fils, Matt, celles-ci ont été dévoilées ces dernières années un peu partout au pays. À l’heure actuelle, elles ont exposées au Musée Skipwith, sur le campus de l’université du Mississippi.

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Ces fabricantes de courtepointe africaines américaines ont peut-être ceci d’original. Autrefois, leurs ancêtres chantaient au fil des heures et des heures en effectuant la cueillette du coton. Les Quiltmakers de Gee’s Bend ont maintenu la tradition de chanter en travaillant. C’est donc une partie de leur répertoire negro spiritual associé aux courtepointes qu’elles ont partagé ce soir mémorable au Lyric.

mars 12, 2011

Wilbrod St-Amand et la maladie d’Alzheimer

Il y a un an, le 18 mars 2010, j’ai inscrit à ce blogue un texte sur Monsieur Bénévolat à Oxford, Will St-Amand, originaire de Old Town, dans l’État du Maine. À mon avis, c’est l’un des grands Franco-Américains de sa génération. Ce matin, j’ai découvert une autre facette de sa bonté, de son amour et de sa générosité. Il s’agit d’une sculpture qu’il a offerte à l’université du Mississippi, en hommage à son épouse, Jo Ann O’Quin, ancienne professeure comme lui et victime de la terrible maladie, de la part du groupe d’appui Alzheimer d’Oxford dont le donneur fait toujours partie. La sculpture est située devant le musée Kate Skipworth.

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La sculpture, « Bardo of Rose » réalisée par Roy Tomboli, de Memphis, symbolise l’expérience des individus atteints de la malade d’Alzheimer et de leurs familles et de leurs aidants naturels.

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« Bardo » est un mot du bouddhisme qui se réfère à l’état de « entre deux », le plus souvent au temps et à l’espace entre une vie et la suivante—entre incarnations. Il peut aussi postuler chaque instant comme un « bardo » par rapport au moment suivant—un processus perpétuel de mort à la naissance à la mort, du moment à moment, une réalité en mutation constante.

L’anneau dans cette pièce représente le cercle de la vie. La cassure dans l’anneau fait allusion (1) à la rupture dans les relations causées par la maladie et (2) à la perte de mémoire. Comblant la rupture, un ressort héliocoïdale représentant le dévouement et la dévotion de l’aidant naturel. Le fil qui monte au vertical en serpentine représente le stress et le trauma que vivent ceux et celles qui partagent la vie d’une victime de la maladie d’Alzheimer. Enfin, l’ampoule en vitre se trouvant tout au sommet de la sculpture, représente la perle de joie obtenue en faisant fi de l’acceptation.

Wibrod St-Amant, authentique héros franco-américain!

avril 05, 2010

Un autre Frenchtown, en Indiana celui-ci


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Lors de mon intervention du 26 janvier 2010 à la bibliothèque d’Oxford (voir chronique du 27 janvier 2010), un monsieur aux allures légèrement ébouriffées ayant un comportement un peu excentrique m’a demandé ce que je savais des Franco ayant immigré au XIXe le long de l’Ohio, dans le sud de l’Indiana. Il s’agissait de William Day, originaire de New Albany, en Indiana, chimiste de carrière, retraité à Oxford, propriétaire d’une Volkswagen coccinelle rouge de l’année 1970 et auteur d’un récit intitulé Stephan’s Shadow, basé sur la généalogie de sa famille. Lecture du livre révèle que certains personnages se sont mariés à l’église catholique de Frenchtown, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de New Albany, qui est à la grande ville de Louisville, KY ce que Lévis est à Québec.


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Puisque je n’en savais rien, je me suis promis d’en apprendre un peu, d’où la visite le jour du Vendredi saint à Frenchtown, anciennement Petit Saint-Louis, peuplé au début des années 1840 par des Français et quelques Canadiens. Jusqu’aux années 80, ils constitutaient une petite collectivité catholique, l’une des rares dans cette région, et française. Jusqu’au moment du départ du Pasteur Jean-Pierre Dion ou possiblement de son successeur, le père Martin Andrès, la vie paroissiale se déroulait vraisemblablement en français.

Depuis, tout a basculé sur le plan linguistique. La paroisse Saint-Bernard s’affiche bien catholique, mais de langue anglaise évidemment.

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Le cimetière reflète bien cette même réalité. Peu de pierres tombales portent des patronymes français. Quelques unes rappellent les habitants originaux :


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Un petit document consulté à la bibliothèque municipale de New Albany (French Immigrants to Clark, Floyd and Harrison Counties in Indiana), raconte que Martin Paté et sa famille sont arrivés à la Nouvelle-Orléans, à bord du International, le 1er mai 1855 en provenance du département de Doubs, en Franche-Comté, près de la frontière suisse. Aussi. à bord du bateau Virgil Deschamps et Hypolite Colin. En montant le Mississippi, puis l’Ohio, ils s’établissent dans le township de Washington (Indiana) sur des terres surplombant l’Ohio. Avec le temps, ils se déplaceront, avec d’autres compatriotes, surtout en provenance d’Alsace et de Lorraine, vers Frenchtown. En plus des noms observés sur les pierres tombales, on pouvait lire dans le document ceux des Troncin, Boncourt, Semonin, Brocard, Thirrion et Lasson.

mars 31, 2010

« Les émergents » : œuvres récentes d’Anne Le Gall et de Jerusha Ferbaché


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À la boulangerie Honey Bee, à Oxford, les déjeuners, petit et grand, se prennent et les potins s’échangent. Il s’agit d’un lieu de rencontre de prédilection, situé à 5 km à l’ouest du Square…en face de Wal-mart!


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Dans l’équipe de serveurs et de serveuses au Honey Bee, on compte deux jeunes femmes aux souches attrayantes pour quiconque fouille les secrets de la Franco-Amérique. Elles font sur les murs de la boulangerie un vernissage d'une quinzaine de leurs œuvres.


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Anne Le Gall, de père breton et de mère américaine, enseignante du français, est venue au monde au New-Jersey, ce qui ne lui empêché pas de parler couramment la langue de Molière. Jerusha Ferbaché (écrit sans accent de nos jours) descend des hardis habitants de l’île Guernsey et vient d’Ohio. Elle rêve de maîtriser le français et de partir en France avec son amie, Anne. Les deux ont fait connaissance à l’université Taylor, dans l’Indiana, et partagent depuis cinq ans une passion pour la peinture et pour la vie. De leurs travaux individuel et collectif, se dégage un esprit de collaboration. L’une inspire l’autre, c’est clair! Les complémentarités et les similitudes sont frappantes. Cependant, chacune possède également son originalité et sa spécialité. À titre d’exemples :


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Jerusha Ferbaché, Wisdom, huile sur aggloméré (masonite)


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Jerusha Ferbaché, Things Done in Secret, combinaison de techniques


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Jerusha Ferbaché et Anne Le Gall, Yggdrasil, combinaison de techniques


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Anne Le Gall, Same Planet, huile sur aggloméré


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Anne Le Gall, Act of Union, UK, combinaison de techniques

La présence de la grande sœur à Anne, Geneviève, née en France, qui dirige une école de ballet à Oxford, et sa famille, a attiré les jeunes artistes ici. Cette petite ville dont l’atmosphère culturelle et artistique est palpable, fournit l’occasion de faire un temps d’arrêt—un temps de réflexion avant d’entreprendre la prochaine étape de la vie. Pour Anne et Jerusha qui émergent comme peintres, pourraient-elles avoir mieux? Dans le moment, peu probable!

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Étant donné l’intérêt qu’a Jerusha à explorer les origines de sa famille, j’ai eu le plaisir de lui suggérer le roman épistolaire de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, un bijou de bouquin qui raconte la vie à Guernsey sous l'occupation allemande.

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mars 29, 2010

Un Wal-mart, pas comme les autres!

Si j’ai pu passer une partie significative de l’hiver à Oxford, MS, c’est grâce à Becky Moreton qui me l’a fait découvrir il y a six ans, à la suite d’une fin de semaine pré pascale passée ensemble chez les « gens à l’écart : les Franco de Delisle, au Mississippi » (voir chronique du 4 avril 2004). Sa fille historienne, Bethany, vient de publier un magnum opus sur l’Empire Wal-mart.


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Intitulé To Serve God and Wal-mart : the Making of Christian Free Enterprise, il explore l’évolution de ce géant de la consommation domestique, à partir d’une petite entreprise familiale fondée en 1962, à Bentonville (AK), par Sam Walton, à l’une des plus grandes corporations au monde avec environ 5 000 magasins en 2010. Selon Bethany Moreton, les décennies qui ont suivi la deuxième Guerre mondiale, permirent au Christianisme évangélique de créer aux États-Uniens un culte du capitalisme sauvage. L’analyse de l’empire de Monsieur Sam révèle un réseau complexe reliant des entrepreneurs du Sun Belt, (ce vaste territoire qui forme un large arc à l’envers depuis les Carolines jusqu’en Californie dont sa ville, Bentonville, se situe en plein centre), des employés évangéliques, des étudiants en administration issus des collèges et universitaires chrétiens, des missionnaires d’outre-mer et des militants de la droite préconisant un néolibéralisme à outrance. À l’aide d’un travail de terrain appréciable lui ayant permis de glaner à travers le monde des récits de gens faisant partie intégrante, à diverses échelles, de l’« Empire », Moreton réussit à montrer de manière convaincante comment la Droite chrétienne a encouragé et facilité l’essor d’un nouveau capitalisme, tant aux États-Unis qu’ailleurs.

Au tournant du siècle, l’implantation d’un nouveau magasin Wal-mart au cœur de la Nouvelle-Orléans a soulevé l’ire des défenseurs du patrimoine et de l’environnement. Par contre, le magasin sur Tchoupitoulas semblait répondre à un souhait exprimé par le leadership—surtout religieux--de la communauté noire. Les uns, largement de race blanche et scolarisée, savaient que la venue d’un magasin Wal-mart ne créerait pas d’emploi, éliminerait la compétition et détruirait les petits commerces autour, rendrait plus homogène le quartier et dégraderait le paysage urbain. Les autres, constituant la sous-classe majoritaire de la ville, croyaient aux revenus qui seraient perçus grâce aux taxes de vente prévues. Cette somme de 20 000 000$ devait soutenir la construction de logements sociaux, remplaçant le fameux St. Thomas Project, créé aux années 40 dans le but de régler le sort des pauvres et miséreux. En 1996, devant la montée des pathologies sociales de cet HLM abritant 2 000 Afro-Américains (800 familles largement monoparentales), la décision fut prise de tout jeter à terre, d’où cette première tentative de « urban homesteading » de la part de Wal-mart qui visait, après ses succès dans les petites villes du pays et en banlieue, un nouveau champ d’activités et une nouvelle clientèle.

Un octroi de 25 000 000$ du Fédéral a été obtenu pour raser l’ancien St. Thomas, à condition qu’à sa place soient construites des unités de logement pour les gens à faible et à moyen revenus. Une fois les travaux de démolition terminés, la donne a changé. Rapidement, sur le nouveau terrain vague d'une cinquantaine d'acres se sont érigés seulement 200 unités de logement social, mais 780 condominiums de luxe. Et tout à côté, grâce à une entente signée avec la ville lui permettant de bâtir sur un terrain public sans se faire imposer, le Super Center Wal-mart, conçu pour mieux cadrer dans cet arrondissement historique…mais toujours entouré de l’énorme stationnement en asphalte.


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To Serve God and Walmart se termine sur une note inquiétante… ou encourageante! Lors du passage de Katrina en 2005, c’est ce Wal-mart, sur Tchoupitoulas, sis au cœur de la Nouvelle-Orléans, légèrement en amont du Vieux-Carré, à deux pas de la levée du Mississippi, qui, par les gestes efficaces et généreux de son administration, a fait taire ses critiques en apportant de l’aide aux sinistrés.

On louangeait alors le WEMA (Wal-mart Emergency Management Agency), acronyme calqué sur FEMA (Federal Emergency Management Agency), agence fédérale qui a échoué si lamentablement.

Selon une victime de Katrina citée par Moreton : « Si le gouvernement américain avait répondu comme Wal-mart a répondu, nous ne connaîtrions pas la crise actuelle. »

mars 27, 2010

Festival du Mémorial acadien, 2010


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Au printemps, en Louisiane, les festivals foisonnent. En plein milieu du Carême, l’un des premiers de l’année s’est amorcé au pied du chêne d’Évangéline à Saint-Martinville, à côté du Mémorial acadien, le long du Bayou Têche.


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Depuis les dix ans qu’existe le Mémorial (voir ma chronique du 6 février 2005), on commémore à tous les ans l’arrivée en Louisiane de deux familles acadiennes. Cette année, ce fut le tour des Breau (Breaux, Brault, Breault, Braud, Brow, Brod, Breaud, Brot, Brough…) et des Guédry (Guidry).


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À l’heure prévue, quelques « Acadiens » des deux familles, accompagnés bien sûr de trois « autochtones » accostent en pirogue au pied du chêne. Ils sont accueillis par une chorale acadienne et de nombreux descendants de Breau et de Guédry, ainsi que d’un public assez nombreux.


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Une brève cérémonie orchestrée par Brenda Comeaux Trahan, directrice du Mémorial, comprenant deux fiers témoignages, l’un d’un Breaux (en Louisiane, le X s’impose) et l’autre d’un Guidry (épellation reconnue aujourd’hui), et une bénédiction du rassemblement prononcée par un prêtre, sème l’émoi parmi les participants venus de près et de loin.


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La vedette incontestable de la journée se faisait déplacer en fauteuil roulant, Mazie Breaux Guidry, 94 ans, sans doute la seule dans la foule à porter les deux noms, à représenter les deux familles à la fois.


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Parmi la multitude, l’une se faisait remarquer à son gilet original incorporant en même temps la feuille d’érable et la fleur de lys. Venue de sa résidence à Sanford, en Floride, Cécile Gravel-Clancey—Breault du côté maternel—originaire de Granby, plongeait dans l’ambiance du moment, retrouvant sur place d’autres Québécoises, comme Mme Tremblay de Chicoutimi, en route en motorisé vers le Québec, après passé l’hiver dans la vallée de la Rio Grande, au Texas, et conversant avec une fine Cadienne de la place, toute émue de la rencontre.


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Ce qui étonne toujours, c’est le grand nombre de Québécois en évidence lors des manifestations culturelles en Louisiane francophone. Je retiens, en particulier, cette fois-ci, Lucille Roy, 79 ans, de Gatineau, voyageant seule en voiture de location depuis la résidence de son frère à Houston. Quand elle m’a demandé de prendre le téléphone pour lui réserver une chambre dans un C&C (B&B dans la langue de l’autre) de Pont-Breaux parce qu’elle n’arrivait pas à se faire comprendre en anglais, je croyais avoir affaire à une grande timide, à une néophyte en matière de voyage. Ô que non! Veuve depuis une vingtaine d’années, Lucille ne cesse de parcourir le monde. À ce jour, elle a visité trente pays différents, y compris le Yémen et plusieurs autres au Moyen Orient. Elle ne croît pas aux voyages organisés avec forfaits ni aux hôtels cinq étoiles. Elle voyage toujours seule, avec les moyens du bord, histoire de mieux connaître les cultures locales et de se rapprocher des gens.


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Quel bel exemple! Merci, Lucille. Au plaisir de te voir à Tout le monde en parle.

mars 23, 2010

La plantation de Laurel Valley, près de Thibodaux, LA

Comme tant d’autres Cadiens, Rocky McKeon est francophone en dépit de son nom; il est fier de son patelin et de son patrimoine. Après une visite de la Jean Lafitte National Historic Park and Preserve à Thibodaux, il nous a fait visiter la plantation Laurel Valley.


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Sans lui, nous serions passés complètement à côté, car elle est loin des sentiers battus. Il s’agit d’une plantation fantôme qui fonctionnait à plein régime il y a 90 ans quand une multitude de métayers récoltaient la canne à sucre sur une propriété de 2 000 acres. Ils occupaient des maisons créoles à proximité les uns des autres le long du bayou.


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La fabrication du sucre se faisait sur place dans une sucrerie faite en briques rouges dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges.


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En arrière de la sucrerie, mais complètement disparue de nos jours, se trouvait une tonnellerie pour la mise en tonneau de la mélasse. Cependant, le levier pour débarrasser les charrettes surchargées de canne demeure bien en vue.


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Jusqu’aux années 20, la production était considérable, mais à mesure de la mécanisation, de l’augmentation de la concurrence et de la spécialisation des opérations, Laurel Valley s’est retrouvée sur une pente descendante. L’amorce de la crise économique des années 30 a mis un terme aux activités de la plantation et a déclenché l’éparpillement des métayers.

Laurel Valley rappelle Val Jalbert, au Saguenay.

Rencontre entre compatriotes à la Nouvelle-Orléans


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Comme on est bien au Bayou Segnette State Park, sur la rive ouest de la Nouvelle-Orléans : tranquille, spacieux, verdoyant, confortable et surtout familial à ce temps-ci de l’année quand il y a tant de Québécois et d’Acadiens sur les routes du Sud. À titre d’exemples, en plus de nous ici, sur le site 28,


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il y a les Grenon de Chicoutimi sur le 29


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les Potvin de Saint-Denis-sur-Richelieu sur le 31


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les Lévesque de Campbellton sur le 33


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et les Mallet de Campbellton sur le 35.

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Un peu loin, les Landry de Gaspésie.

Bien que les itinéraires de tous soient particuliers, un aspect ressort inévitablement du plan de voyage de chacun : cette affinité pour la Louisiane et le désir de se lier d’amitié avec les Cadiens et Créoles de la place et de contribuer ainsi à une plus grande solidarité franco en Amérique.

mars 22, 2010

Au Café des amis, ça « rocke » le samedi matin

Tôt le samedi matin, le monde se rue sur Pont-Breaux pour goûter à l’ambiance du Bayou Têche en prenant le déjeuner. À 7h30 déjà, l’ancienne quincaillerie s’affiche complet. Les musiciens n’arriveront qu’une demi-heure plus tard et joueront jusqu’à 11h avec une minuscule pause de 15 minutes vers 10h.


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Cette semaine, ce fut au tour de LeRoy Thomas et ses Zydeco Roadrunners d’épater les danseurs affamés … et assoiffés. Des vieux et des jeunes, des robustes et des estropiés, des Blanc et des Noirs, des gens de près et des gens de loin, tous sur place pour laisser les bons temps rouler.


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Et les pauvres gens qui arrivent en retard, que doivent-ils faire? Attendre dehors en sachant qu’il y a quand même un certain roulement à l’intérieur. Il y a de la place pour danser sur le trottoir, mais il y a une autre solution. La bonne recette, c’est se rendre chez Jacqueline, cinq portes plus loin, vers l’Ouest, où une joviale Française, habitant Pont-Breau depuis 40 ans, tient boutique préparant des déjeuners sur mesure pour le trop-plein du Café des amis.


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En attendant mon omelette aux écrevisses, j’ai pu jaser avec les quelques Cadiens qui sirotent leur café chez Jacqueline à tous les matins. Vers 9h30, bien rassasiés, les retardataires peuvent entrer au Café des amis et « rocker » comme les autres.


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mars 21, 2010

Rencontre mémorable avec Michael Gisclair

Rocky McKeon (voir billet du 30 octobre 2009) m’avait parlé de son ami, Michael Gisclair, 23 ans, de Cut Off, en Louisiane. Selon Rocky, j’aurais des affinités avec ce jeune Cadien passionné de son héritage franco-louisianais et de la langue de ses grands-parents paternels et dont la mère est originaire de mon État natal. Il avait raison. Aujourd’hui à Houma, j’ai passé trois heures avec ce jeune homme énergique, enthousiaste et sensible. En se quittant, je lui ai offert un exemplaire de Franco-Amérique et une invitation à venir chez nous —aussi longtemps qu’il le voudra—afin de s’immerger dans un milieu de langue française.


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À juger de sa réaction, il y a bon espoir qu’il finira par se pointer à Québec.

mars 19, 2010

« Émeute », euphémisme pour « massacre » : Lalita Tamedy et Red River

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Après son premier roman, Cane River, publié en 2002, Lalita Tamedy nous offre Red River, un roman historique et biographique—une saga de sa famille qui découle de l’une des journées les plus violentes de l’histoire du Sud. La période dite de « Reconstruction », qui suivit la Guerre de sécession, devait fournir aux esclaves affranchis l’occasion de voter, de devenir propriétaires--en somme, de contrôler leur propre vie. Or, en l’espace de quelques heures, par une belle journée de printemps, à Colfax, en Louisiane, les hommes blancs déchainés ont mis à feu et à sang le Palais de justice du village, ainsi que de nombreuses cases des anciens esclaves qui se défendaient du mieux qu’ils pouvaient. Le « pointage » à la suite cette « émeute », comme la décrit les livres d’histoire : Nombre de Noirs morts, 150; Nombre de Blancs morts, 3.


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À cinq minutes de cette plaque commémorative, au centre du coin le plus ancien du cimetière de Colfax se trouve un monument de 4 mètres de haut, rendant hommage aux trois héros de l’émeute.


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Érigé à la mémoire de trois héros, Stephen Decatur, James West Hadnot, Sidney Harris qui sont tombés à l’émeute de Colfax en se battant pour la cause de la suprématie des Blancs. Le 13 avril 1873.

Red River fait enfin contrepoids à l’histoire « officielle ». La recherche méticuleuse de Lalita Tademy auprès des siens et l’interprétation qu’elle en fait dans son récit ne laissent pas de doute. Ce ne fut point une « émeute », mais un « massacre » en bonne et due forme!

Ce roman de Lalita Tademy tient lieu de monument aux 150 victimes.

N.B. Il n’y a pas lieu ici de reprendre Cane River qui figure déjà dans ce carnet (28 octobre 2009).

mars 18, 2010

Monsieur Bénévolat à Oxford: Wilbrod St-Amand

En arrivant à Oxford, l’une des premières personnes que nous avons rencontrées à la bibliothèque généalogique était « Will » St-Amand. Évidemment, avec un nom pareil, celui qui passe tous ses après-midis à agir comme personne-ressource aux gens en quête de leurs aïeux ne pouvait qu’être Franco. En lui adressant la parole en français, son histoire s’est dévoilée.


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Né en 1927 à French Island, au Maine, cette île en face de la petite ville de Old Town, à proximité de l’université du Maine, Wilbrod, fils de Wilbrod et Alice Michaud, connut une jeunesse franco-américaine exemplaire. Cours primaire bilingue sur l’île, sous la direction des religieuses. Cours secondaire à Old Town et premières fréquentations, pour ainsi dire, avec les Penobscot de l’île avoisinante (Indian Island), avec les Irlandais…et bien sûr avec les Yankees. Au fur et à mesure que ses études avançaient, moins il y avait de français. En 1948, il termina son baccalauréat à l’université du Maine. Sa curiosité envers la biologie l’a emmené aux années 50 à l’université du Tennessee où il obtint un doctorat en génétique. Un début de carrière comme chercheur aux laboratoires atomiques d’Oak Ridge, au Tennessee où il faisait des analyses des effets de la radiation sur des souris, avant d’accepter un poste de professeur chercheur à l’université du Mississippi en 1958.

C’est au Tennessee qu’il a rencontré une fille da la Caroline du Sud, Jo Ann O'Quin, qu’il épouserait et qui le suivrait à Oxford comme professeure, elle aussi. Wilbrod dit aujourd’hui, sourire en coin, « Ensemble, nous avons connu une carrière de 50 ans ici! » Une crise cardiaque massive en 2006 lui enleva sa Jo Ann, déjà victime de la maladie d’Alzheimer, tout comme sa belle-mère et sa sœur au Maine. En 2009, « Will » fut récipiendaire du prix Dorris octroyé par le Mississippi Department of Mental Health en reconnaissance de son engagement envers les victimes de cette terrible maladie.

Sa vie en est une de service. On s’en rend compte tous les jours à la bibliothèque. Sauf que son engagement ne s’arrête pas là! Il s’occupe hebdomadairement de la popote roulante, apportant des repas chauds à la population confinée à la maison. Parmi les membres fondateurs en 1965 du club Kiwanis à Oxford, il y poursuit encore son engagement avec ardeur.

*

En 2000, mes amis de la région d’Orono, largement descendus des habitants de French Island, ont lancé, avec fierté, un livre, Nos histoires de l’Île, consacré à l’histoire orale des leurs. Aujourd’hui, Will m’a révélé humblement y avoir contribué deux ou trois textes. Il ignorait cependant l’existence du site internet contenant plus de 1 000 photos des résidents de l’île (www.old-town.me.us/nos/home.htm), y compris celles du petit Wilbrod, de son frère de neuf ans plus jeune, Vernon, résident de la région de Détroit, de ses grandes sœurs décédées et de ses parents. Les découvrir à la vue de la planète entière l’a bien épaté!


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Photo de mariage, Wilbrod St-Amand et Alice Michaud


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Photo de famille, circa 1942


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Wilbrod dans les bras de sa soeur, circa 1931

mars 15, 2010

L’apprenti de Satan

En 1959, un journaliste blanc du Texas, John Howard Griffin, subit sous la direction d’un médecin, un traitement de la peau qui lui permit de voyager pendant six semaines à travers les États ségrégués du Sud (Louisiane, Mississippi, Alabama et Georgie)—littéralement « Dans la peau d’un noir », titre que porterait en traduction française son livre, Black Like Me, qui raconte son aventure.

Trente ans plus tard, un jeune homme blanc de la banlieue new-yorkaise, amoureux de l’harmonica et de la musique des Blues fit encore mieux. Adam Gussow réussit à s’intégrer à culturelle musicale de Harlem en faisant équipe avec Sterling Magee, alias Mister Satan, originaire de Mount Olive, au Mississippi. Douze ans passés avec Mister Satan ne lui ont pas suffi pour devenir noir, mais lui ont permis néanmoins de devenir, comme il le dit dans la vidéo, l’homme qu’il voulait être : lui-même (www.youtube.com/watch?v=js_xkkyUbiM).

L’histoire d’amour, d’amitié et de respect provenant de cette rencontre fortuite entre deux hommes issus de mondes si différents est raconté dans un merveilleux mémoire, Mister Satan’s Apprentice : A Blues Memoir.


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Très sensible à la possibilité que les gardiens de cette musique qu’il aimait tant ne veuille pas de lui, en raison des conflits raciaux qui secouaient New-York à la fin des années 80, Adam a quand même couru le risque en s’offrant comme harmoniciste accompagnateur à Monsieur Satan. Il a gagné son pari. Le duo sel/poivre a acquis une renommée à la hauteur de son talent!

Tout en poursuivant sa carrière de musicien de rue, Gussow donnait des cours d’harmonica et d’écriture et préparait de façon sporadique une thèse de doctorat à l’université Princeton. Aujourd’hui, il est professeur d’anglais et de « southern studies » à l’université du Mississippi et toujours musicien à ses heures. Si j’ai eu l’occasion de faire sa connaissance dans son bureau, au pavillon Bondurant, et de l’écouter en spectacle de « one man band » samedi soir chez Rooster, sur le Square à Oxford, c’est grâce à Zachary Richard qui m’avait donné le tuyau. À ma grande surprise, Adam ne connaît pas le troubadour louisianais, ce que Zachary m’a confirmé par la suite…mais le premier a hâte de rencontrer le second, peut-être lors d’un prochain Jazz Fest à la Nouvelle-Orléans.


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Personnellement, je verrais bien Adam Gussow au Festival d’été de Québec ou au Festival de Jazz de Montréal. En attendant, il organise pour le mois de mai 2010 au Fox Fire Ranch, à mi-chemin entre Oxford et Memphis, un événement majeur : Hill Country Harmonica : A Mississippi Blues Harp Homecoming (www.hillcountryharmonica.com/home.html), dédié à Sterling « Mister Satan » Magee, toujours actif, mais de moins en moins mobile.

mars 13, 2010

Le « spring break » achève à bord du Wolverine

La tradition universitaire veut qu’au milieu de chaque trimestre il y ait une semaine dite de lecture permettant aux étudiants de se mettre à jour dans leurs travaux et aux professeurs de se ressourcer. Ce qui suit est l’histoire de l’un et de l’autre—étudiant et professeur—rencontrés à abord du Wolverine entre Détroit et Chicago.

À Dearborn, Jerry est monté dans le train en catastrophe portant une petite valise, une poche de hockey noire et deux volumineux sacs en plastique rouge-blanc-bleu carottés avec fermeture éclair. Il s’est écrasé, à bout de souffle, dans le siège d’à côté. Le temps de lui laisser se reposer un peu et de parler au cellulaire avec quelques amis, j’entame la conversation. Jerry, étudiant en administration et finance à University of Western Michigan à Kalamazoo, devait prendre le train à la gare de Détroit, à proximité de la résidence familiale. Or, la semaine de lecture chez lui avait été intense, la nuit avait été courte et la matinée assez grasse. Alors qu'il descendait de la voiture de sa mère qui avait trimé dur toute la semaine à laver son linge sale, à repasser ses vêtements propres et à ravitailler son fils en vue de son retour à Kalamazoo, le Wolverine quittait déjà la gare. Paniqué en raison des cours qu’il allait manquer en après-midi 200 km plus loin, Jerry a incité avec véhémence sa mère à lui céder le volant. Sur les 12 km séparant les deux gares, le jeune conduisait jusqu’à 140 km à l’heure, sa mère lui criant à tue-tête « Slow down, not so fast, you gonna get us killed ». Devant la porte de la gare de Dearborn, l’arrêt brusque de l’auto fit crisser les pneus au moment même où le train entrait en gare. Jerry avait gagné son pari!


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À l’université, Jerry parie aussi sur son avenir. Étudiant très ordinaire à l’école secondaire il n’a pas pu entrer dans les « grandes universités » de son État : University of Michigan et Michigan State. Il a dû se contenter d’une bonne université de seconde zone et s’est lancé dans un domaine d’étude qui lui était étranger, mais qui promettait de lui donner des outils nécessaires pour gagner rapidement l’argent auquel il rêvait. En plus des cours réguliers, il découvrit que le « business school » offrait des stages de quatre à six semaines à l’étranger. Il en a profité une première fois pour aller en Chine : deux semaines à Shanghai, une semaine à Hong Kong et une semaine à Macao. Un an plus tard, courts séjours au Japon et en Thaïlande. S’il réussit à ramasser des fonds nécessaires, il passera trois semaines en Allemagne l’été prochain. De la manière dont il me l’a expliqué, cela faisait penser plus à « excursion » qu’à « stage ». Les participants voyagent et séjournent en petit groupe, toujours sous la direction d’un professeur de leur propre université qui est originaire du pays visité et qui a des contacts auprès des entrepreneurs locaux.

Bon succès, Jerry!

*

En entrant en gare à Ann Arbor, site de l’université du Michigan, l’une des plus prestigieuses du pays, j’ai repéré sur le quai un monsieur aux cheveux et à la moustache argentés portant une mallette à laquelle était attaché un porte-nom frappé du drapeau du Québec.


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Une fois le train en marche, je me suis approché de lui en adressant en français la parole : « Parlez-vous français, monsieur? » « Un petit peu », répond Kevin Christiano, professeur de sociologie à l’université de Notre Dame (South Bend, IN) et ancien vice-président de l’American Council for Québec Studies. L’ACQS regroupe les chercheurs aux États-Unis qui s’intéressent au Québec, autant dans les domaines littéraires et culturels qu’en sciences sociales. En septembre 2002, avec ma collègue, Cécyle Trépanier, j’avais publié dans leur revue Québec Studies un texte intitulé « Sur les routes de l’Amérique française : l’expérience des géographes lavallois ». Il s’agissait de l’historique du cours GGR-16527, Le Québec et l’Amérique française, offert à 22 reprises entre 1979 et 2002 au Département de géographie de l’université Laval. Kevin m’a appris qu’en novembre prochain à Burlington, au Vermont, l’ACQS tiendra son congrès biannuel. Je compte être du nombre, ne serait-ce que pour revoir Kevin et d’autres amis et collègues que nous partageons.


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La semaine de lecture, une belle invention! Jerry (étudiant) a pu se faire gâter par sa mère et Kevin (professeur) a pu se libérer de son enseignement afin de passer quelques jours à la bibliothèque de l’université du Michigan à poursuivre ses recherches sur le rôle de la religion dans le mouvement syndical aux États-Unis.

mars 12, 2010

Réaliser un rêve d'enfance sur les traces approximatives du Cavelier la Salle

Pour fêter le bicentenaire des États-Unis, Reid Lewis, un enseignant du français de niveau secondaire de l’Illinois, a proposé la reprise de l’expédition de René Robert Le Cavelier Sieur de La Salle depuis Montréal jusqu’au golfe du Mexique. Mettant à l’eau leurs canots à Lachine le 11 avril 1976, Lewis (Cavelier La Salle) et six autres adultes et 17 adolescents, chacun incarnant un personnage du voyage original, ont fait fi des idées reçues selon lesquelles une telle expédition serait impossible à l’ère moderne; ils sont arrivés à destination huit mois plus tard, le 9 avril 1977. (http://www.personal.psu.edu/faculty/g/a/gal4/LaSalleExpedition2.html)

Confortablement assis dans la voiture 5703 de Via Rail longeant les rapides de Lachine, avant d’arriver à la gare de Dorval, c’est à ces rêveurs que je pensais. La durée d’une cinquantaine d’heures de mon « expédition » me paraissait bien peu en comparaison à la leur.


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À la fin d’une longue journée qui avait commencé à 6h à la gare du Palais de Québec, j’étais plus que heureux de me trouver à Windsor 15 heures plus tard, en face de Détroit dont la misère ne paraît pas la nuit...


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…ni le jour (lendemain matin).


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Avec trois autres passagers, je prends la « navette du tunnel » pour me rendre aux douanes américaines. En montant dans l’autobus, je paie le tarif en monnaie exacte (3,75$), les autres ont un laissez-passer. Ce sont, de toute évidence, les résidents de Windsor qui travaillent tous les jours dans l’ancienne capitale de l’automobile. Eux, montrent un petit document en étui clair et passent automatiquement. Pour moi, avec ma valise, aussi petite soit-elle, c’est un peu plus long, mais pas beaucoup! Je réponds poliment à deux ou trois questions et fais de beaux sourires à la douanière qui m’invite à passer ma valise dans la machine à rayons X. Tout est beau! Cela a pris moins de deux minutes—tout un changement par rapport aux aéroports et aux avions!

En 1982, mon collègue, Eric Waddell, et moi avions pris le train de Québec à Chicago pour participer à un séminaire sur les Métis organisé par la bibliothèque Newberry. Je me souvenais de la grande gare de Détroit qui ressemblait, malgré son état piteux, à la gare de Lyon à Paris. Ce n’est pas là que le chauffeur de taxi afro-américain, m’emmenait. Non, il me l’a pointé du doigt, au loin, en mentionnant que pour les raisons de sécurité, l’ancienne gare avait été laissée à l’abandon (« fall to pièces » a-t-il dit) —comme tant d’autres structures ici. Au lieu de cela, il m’a emmené sur la rue Baltimore, à la nouvelle station AMTRAK qui ressemble en grosseur sinon en beauté à la gare de Sainte-Foy. C’est ici que nous avons pris le Wolverine nous transportant jusqu’à l’Union Station, au cœur de Chicago, avec des arrêts à Dearborn, Ann Arbor, Jackson, Battle Creek, Kalamazoo, Niles, Michigan City et Hammond.


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Le Wolverine ressemble aux trains de Via Rail qui sillonnent le corridor Windsor-Québec : wagons à bas étage, vitesse extrêmement variable, arrêts fréquents entre les stations pour laisser passer des trains à marchandises… La nourriture médiocre est servie autant à bord de l’un qu’à bord de l’autre, sauf qu’au Canada, le passager ne se déplace pas pour la chercher. Comme dans des avions commerciaux, elle est vendue et servie par un agent de bord qui traîne dans l’allée un chariot chargé de breuvages et de denrées plus ou moins mangeables. Le grand avantage du système de Via Rail est la présence à bord du fameux « wifi », le service d’internet sans fil.

Passer du Wolverine au City of New Orléans, légendaire train qui dessert depuis toujours le centre des États-Unis, reliant Chicago à la Nouvelle-Orléans, c’est comme passer de la Ford Escort à la Lincoln Continentale, de la VW Coccinelle à l’Audi, du Cessna à l’Airbus 360. J’exagère à peine! Wagons à deux étages, roomettes, couchettes, sièges spacieux de luxe, voiture d’observation vitrée, voiture salon, voiture restaurant…alouette.

À l’Union Station, absence totale de vérification d’identité et de fouille! Préférence donnée aux aînés (plus de 62 ans!), aux jeunes familles et aux gens à mobilité réduite. L’heure du départ et le parcours sont clairement affichés. Le train quitte à l’heure devant la silhouette illuminée de Chicago.


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Fonçant dans la nuit, arrêtant dans des petites villes obscures d’Illinois, du Kentucky et du Tennessee, on ne reverra rien d’un « skyline » avant 6h le lendemain matin à Memphis où l’arrivée correspond au lever du jour.


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Enfin, après une attente de 40 minutes ici, le grand train poursuit son chemin vers la ville dont le nom il porte. Cette fois-ci, je n’irai pas jusqu’au bout. À 9h, 200 km plus au sud, à Greenwood, MS, population 17 000, l’un de mes rêves d’enfance prendra fin. J’aurai pris le City of New Orleans. J’en suis descendu fort ému en le regardant s'éloigner.


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Chercher l’erreur :

Québec à Windsor, 1 196 km; prix du titre de transport, 149$

Détroit à Greenwood, 1 408 km; prix du titre de transport, 103$

mars 06, 2010

Memphis, TN, en vrac

De mon passage à Memphis, au Tennessee, le 23 février dernier pour prendre l’avion sur Québec, je retiens quatre choses:

La convivialité du tramway

Doté de deux lignes et d’une boucle, le petit système de tramway, comportant des voitures d’un âge vénérable, s’intègre au système de transport en commun de cette ville, capitale du Mid-South, qui compte environ 700 000 habitants. Contrairement aux autobus qui gravitent autour du centre, transportant des clients surtout afro-américains de la ville, le tramway déplace largement les touristes blancs d’ailleurs d’un bout à l’autre du centre-ville et le long du Mississippi. Évidemment, le tramway est toujours conduit par un Afro-Américain!


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Les canards de l’Hôtel Peabody

Le Peabody est à Memphis ce que le Château Frontenac est à Québec, un point de repère, un grand hôtel de luxe et de prestige. Ce qui fait le charme du Peabody, ce sont ses canards qui logent leur le toit, mais qui passent la journée dans la fontaine du grand salon. À 11h, ils font leur entrée et à 17h leur sortie, sur un tapis rouge, sous les applaudissements des admirateurs venus prendre un verre en regardant passer la parade. La cérémonie a lieu quotidiennement depuis 1933.


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L’excellence du barbecue

Pour les « ribs », tous chantaient les louanges du Rendezvous (sic) Charles Vergos, situé à proximité du Peabody. On y accède par une étroite allée piétonnière. Cependant, nous avons trouvé satisfaction chez Huey, au coin de l’Union et de la deuxième. Décoré de manière plutôt éclectique pour ne pas dire miteux, Huey sert une bouffe variée, délicieuse et rapide. On y côtoie gens d’affaires, pompiers, musiciens, étudiants…


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L’omniprésence de francophones

Chez Huey, deux Bretonnes, de Brest, s’enquéraient auprès de deux pompiers assis en face de nous sur le chemin le plus court pour se rendre à la place Elvis Presley où la statue du King surplombe la Beale. Devant le spectacle de deux Françaises dans l’impossibilité de se faire comprendre, votre humble serviteur est vite venu à la rescousse! Dans le temps de le dire, les amantes d’Elvis, venues de France pendant 10 jours, se retrouvaient à ses pieds.


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Au Sleep Inn, en prenant le déjeuner, le doux parler du Québec est venu taquiner nos oreilles. Deux cadres de la compagnie Cascades dont le siège social se trouve à Kinsey Falls, en poste temporairement à Memphis, discutaient des déboires de la filiale de la multinationale québécoise située ici. Selon cette diplômée de Laval et ce diplômé de Sherbrooke, la philosophie de recyclage ne serait vraiment pas encore entrée dans les mœurs des « southerners ».


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La déception de ne pas pouvoir entrer à Graceland, home of Elvis, a été amoindrie par la rencontre avec des Tri-Fluviens qui se dirigeaient tranquillement en motorisé et en Safari condo vers Mission, au Texas, dans la vallée de la Rio Grande. Comme nous, ils tenaient, en passant, à jeter un coup d’œil sur la maison et l’avion du King.


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Le 8 mars, je retourne au Mississippi, mais pas en avion! Écœuré des doubles et triples fouilles avant de monter dans un avion à destination États-Unis, je opte pour le train. En partance de Québec à 6h, j’arrive à Windsor à 20h45. Dodo, puis à 11h20 le lendemain, le Wolverine quittera le quai de la gare Amtrak à Détroit m’emmenant à Chicago et une correspondance avec le City of New Orleans, ce train légendaire faisant partie du folklore américain qui est tant chanté par Willie Nelson (www.youtube.com/watch?v=AJMVj04lfyo), John Goodman et Arlo Guthrie. À 9h, le 10 mars, 51 heures après avoir quitté la ville de Champlain, je descendrai du train à Greenwood, MS, au cœur du Delta du Mississippi…en espérant avoir recueilli beaucoup de nouvelles histoires à raconter!!

février 27, 2010

Le Delta du Mississippi: foyer des « blues »

Grosso modo, le « delta » se trouve entre la Yazoo et le Mississippi. Avant la Guerre civile, couvert d’une dense couche de forêt et de vastes étendues de marécage, il était le domaine des ours et des panthères. Après le Conflit, en raison de ses sols alluviaux déposés depuis des millénaires par d’innombrables inondations, il attira, tel un aimant, des anciens esclaves et d’autres qui rêvaient de s’y établir en tant que propriétaires. Au lieu de cela, ils ont dû endurer le désolant cycle de labeur et de misère qui donna lieu à une nouvelle musique, dérivée de leur vécu, le « blues ».


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La région a produit une multitude de chanteurs de « blues », mais aucun n'est plus grand que Riley B. King, né près d’Indianola en 1925. Aujourd’hui, érigé dans une ancienne filature de coton où, jeune, il a travaillé, un centre d’interprétation de l’homme et de sa musique accueille le visiteur.


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Beaucoup plus qu’un musée consacré à l’œuvre de « Blues Boy » King (sobriquet lui ayant été attribué au début des années 40, lorsqu’il avait pris la clé des champs pour se retrouver sur la Beale à Memphis), les expositions servent également à interpréter l’histoire récente de la région et de ses habitants—surtout celle des Afro-américains. À l’âge de 85 ans, B.B. continue à sillonner l’Amérique et le monde entier, à faire connaître et à faire aimer cette musique originale et belle. Une fois par année, en juillet, il revient à Indianola renouer avec les siens en leur offrant un spectacle gratuit.


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La poésie est de mise, la photo aussi.


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Près de la sortie, l’éternel arbre à bouteilles ( bottle tree ) qui ornait autrefois d'innombrables demeures du Sud des États-Unis. Selon la tradition d’origine africaine, les bouteilles vides accrochées après un arbre attirent la nuit des mauvais esprits qui y entrent. À l’aube, les rayons de soleil pénètrent la vitre et les brûlent, protégeant ainsi maison et habitant des esprits malveillants. De plus en plus, le bottle tree perd de sa signification originale et constitue simplement une décoration à mettre dans son jardin pour ébahir les passants.


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Pour une raison que je ne m’explique pas encore, en plus d’être renommé pour sa musique, le Delta est connu pour un mets en particulier, le tamale, mais pas celui du Mexique. À Greenville, sur le Mississippi, à 40 km à l’ouest d’Indianola, se trouve Doe’s Eat Place, entreprise établie en 1941 par une famille afro-américaine du Delta qui vend des tamales à emporter à toute heure et du « steak and tamales » en soirée! Bon appétit!


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février 22, 2010

Le Mississippi, premier État de l'Afro-Amérique

Aux États-Unis, les Afro-Américains constituent 12,6% de la population totale. Dans l’État du Mississippi, ils comptent 37% de la population, de loin « l’État le plus noir » des 11 États des anciens Confederated States of America (CSA).

État                        % Pop noire 2008            Date de sécession des États-Unis

Caroline du sud     28                                    le 20 mai 1860

Mississippi                      37                                    le 9 janvier 1861

Floride                 16                                    le 10 janvier 1861

Alabama                 26                                    le 11 janvier1861

Georgie                 30                                    le 19 janvier 1861

Louisiane                        32                                    le 26 janvier 1861

Texas                               12                                    le 1er février 1861

Virginie               20                                    le 17 avril 1861

Arkansas                 16                                    le 6 mai 1861

Tennessee                      17                                    le 7 mai 1861

Caroline du nord            22                                    le 20 mai 1861

Sept des États se sont séparés de l’Union avant l’inauguration le 4 mars 1861 du président nouvellement élu sur un programme électoral anti-esclavagiste. Quatre autres ont fait de même peu de temps après, lorsque Lincoln a mobilisé les forces militaires pour combattre les rebelles. Les hostilités violentes d’une durée de quatre ans ont marqué l’histoire du pays. Certains des États du Sud, dont le Mississippi, ont pris plus d’un siècle à s’en remettre. Les séquelles de ce conflit se manifestaient encore dans la région au cours des années 50 et 60 lorsque les institutions scolaires ont été intégrées de force par l’envoi sur les lieux de troupes fédérales. Les plus vieux se rappelleront les événements de 1957 à Little Rock Central High School (Arkansas) où le gouverneur Orval Faubus faisait fi des ordres en provenance de Washington à l’égard de l’intégration des jeunes Afro-Américains (qu’on appelait à l’époque « Negroes »). La prise de position de George C. Wallace, gouvernement de l’Alabama, contre l’intégration raciale de l’université de l’Alabama, a fait de lui un héros chez les éléments réactionnaires du pays et l’a lancé sur la scène nationale où il a joué un rôle important lors des élections présidentielles de 1964 et surtout 1968.

Ailleurs, sur ce blogue (10 février 2010), il a déjà été question, en ce qui concerne le Mississippi, de l’émeute causée par l’inscription de James Meredith, premier étudiant afro-américain, à l’université du Mississippi, et des assassinats de Medgar Evers chez lui à Jackson et des trois « civil rights workers » à Philadelphie. Il s’était produit un autre acte violent en août 1955, à une centaine de kilomètres d’Oxford, dans le comté de Tallahatchie, qui a déclenché le Mouvement afro-américain de droits civiques. Il s’agissait du meurtre prémédité d’un jeune de 14 ans, de Chicago, en visite chez son grand-oncle, par deux hommes blancs, acquittés par la suite, l’un l’époux et l’autre le beau-frère de la jolie femme blanche que le jeune Till aurait eu le malheur de siffler.


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La semaine dernière à l’université du Mississippi s’est tenu un colloque sur ce passé mouvementé et sur la lutte pour la justice raciale dans cet État, l’un des principaux foyers de la diaspora afro-américaine. Un grand nombre d’Afro-Américains des grands centres du Nord (Chicago, Détroit, Cleveland, Saint-Louis, Milwaukee, etc. ), sans parler des vedettes de la télévision et du cinéma, telles que Oprah Winfrey et Morgan Freeman, ont des racines ici.


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Évidemment, le sujet du colloque m’attirait, mais encore plus le nom de l’une des participantes : Françoise Hamlin de l’université Brown, à Providence, au Rhode Island. Québécoise? Française? Franco-Américaine? Elle y a prononçait une conférence sur l’évolution du Mouvement des droits civiques dans le comté de Coahoma de1951 à 1999. En particulier, elle élaborait le concept de « loyautés flexibles » qui semblait bien décrire le comportement des activistes et militants les plus en vue dont un nommé Aaron Henry.


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En essayant de m’imaginer son parcours et la raison de son intérêt pour ce sujet qu’elle maîtrisait si bien…si objectivement…et sans émotion, j’écoutais attentivement la voix à l’accent anglais (d’Angleterre!) de cette femme intelligente et articulée. Après la séance, en m’adressant à elle en français, qu’elle parlait à peine, l’énigme a été résolu. Née de mère mauricienne, élevée et instruite à Londres, Françoise avait, à l’âge de lycéenne, passé un an à Clarksdale, chef lieu du comté de Coahoma, comme « exchange student ». Elle a confirmé que le choc culturel de cette année passée dans une école secondaire des bas fonds du Mississippi profond a été terrible. Par contre, l’expérience a été salutaire en ce sens qu’elle l’avait sensibilisée à un drame qui s’inscrirait dix ans plus tard à son programme de doctorat à l’université Yale. La thèse lui a valu deux prix littéraires, l’un de la Mississippi Historical Society en 2006 et l’autre de la Southern Historical Association en 2005.

Pour terminer, une carte plutôt artisanale, mais combien importante pour saisir le contexte du colloque de la semaine passée. À l’époque d’Emmett Till, le pourcentage de « negroes » au Mississippi était de 44%. Aujourd’hui, le pourcentage d’Afro-Américains est de 37%. Les étiquettes identitaires changent, la population bouge. Les départs massifs vers le Nord semblent être chose du passé. La composition raciale de la population semble se stabiliser.


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Sur les 82 comtés de l’État, il y en a 26 qui connaissent une majorité afro-américaine—dans certains cas dépassant le seuil de 80%. Dans une quinzaine d’autres comtés, le pourcentage frise le seuil de 50% (entre 40 et 50 : voir chiffre inséré à chaque comté). Le Mississippi noir est surtout celui du Delta, cette vaste région à plat de culture cotonnière et de pisciculture (catfish farms) qui longe le grand fleuve dont les inondations ont laissé des terres les plus riches du continent sur lesquelles habitent certains des gens les plus pauvres de l’Amérique!


février 11, 2010

Natchez et Natchitoches, deux jolies petites villes sur la frontière franco-espagnole du XVIIIe siècle

Comme le Saint-Laurent à Rivière-du-Loup, le Mississippi, à Natchez, ville de la même dimension, inspire, en amont et en aval, une certaine révérence.


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René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle est passé par ici en 1681 en route vers l'embouchure du Mississippi. Les contacts entre Français et Amérindiens (Notchis) n'ont jamais été au beau fixe. Malgré la présence à partir de 1698 de missionnaires en provenance du Canada et de l’intervention de Pierre Le Moyne, Sieur d'Iberville, et de son frère, Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville et d’autres, les relations entre Français et Amérindiens se sont détériorés au point où, en 1730, ni l’un ni l’autre ne pouvait maintenir une présence viable dans la région. Les quelques Amérindiens qui ont survécu aux quatre conflits ensanglantés entre 1710 et 1730 se sont réalignés avec d’autres tribus, telles les Chickasaw et Choctaw. Quant aux Français, ils ont dû céder le pas devant les Espagnols, établis à la frontière du Texas (Las Adaes), à quelques kilomètres du Fort Saint-Jean-Baptiste à Natchitoches, et dont la sphère d’influence se prolongeait vers l’est via le camino réal (chemin royal) reliant Tejas et Florida.

Occupée très tôt pendant la guerre de sécession par les Forces du Nord, Natchez a été épargnée des affres de cette confrontation. Les grandes maisons des planteurs et les abris coquettes de la classe commerçante perdurent. Aujourd’hui, le Grand Hôtel est le point de repère le plus en vu dans cette ville de 19 000 habitants.


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Natchitoches, 300 km plus à l’ouest, population 18 000, fondée en 1714 par Louis Juchereau de Saint-Denis, né le 17 septembre 1676 à Beauport, mort le 11 juin 1744 ici même, d’où le jumelage actuel des deux villes et l’hommage au soldat, à l’explorateur et au commerçant qu’était Saint-Denis.


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La rue Front à Natchitoches, tout en briques rouges, longe la rivière à la Canne (Cane River) dont les rives occidentales sont aménagées en allées piétonnières et ornées de maisons d’époque. Les devantures des commerces en fer forgé font penser à l’architecture espagnole du Cabildo au cœur du Vieux-Carré, à la Nouvelle-Orléans, 500 km plus au sud.


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L’emploi de la fleur de lys et des odonymes français sur certains panneaux de signalisation témoignent des origines de la ville.

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Celui-ci rappelle un personnage plutôt méconnu de la Louisiane sous le régime espagnol : Athanase de Mézières. Né à Paris le 26 mars 1719, fils de bonne famille, il est venu en Louisiane vers 1740. Membre de la marine, il fut affecté à Natchitoches où il s’est rapidement intégré à la famille Saint-Denis, se mariant avec Manuela Marie Pétronelle Félicité, fille du fondateur. Après la cession de la Louisiane en 1763, l’Espagne faisait confiance aux hommes sur place. De 1769 à 1779, dans son rôle de lieutenant-gouverneur de la Louisiane, de Mézières, ce noble français, a rendu de fiers services à la couronne espagnole.

février 10, 2010

Philadelphie MS, pas Philadelphie PA


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Aux États-Unis, il existe plusieurs « Philadelphia ». Treize localités, en fait, portent ce nom qui signifie « ville de l’amour fraternel »! Celle des Flyers, Phillies, Eagles et 76ers, située en Pennsylvanie, avec ses 1 562 461 habitants, est la plus connue. La deuxième en importance, avec une population de 7 303, se trouve au cœur des collines à terre rougeâtre, dans le centre est de l’État du Mississippi. Loin de rappeler l’amour fraternel, ce lieu évoque dans mon esprit les pires horreurs de mes 20 ans. Le 21 juin 1964, trois jeunes de mon âge, y ont été assassinés par des membres du Ku Klux Klan, avec la complaisance du shérif du comté Neshoba, Lawrence Rainey, et son député, Cecil Price. Il s’agissait de deux Juifs new-yorkais, Andrew Goodman et Michael H. Schwerner, et leur ami et collègue africain américain, James Earl Chaney. Les trois ont été tirés à bout portant et enterrés à une profondeur de six mètres. Les dépouilles mortelles n’ont été retracées et découvertes que 44 jours plus tard.

De cette Philadelphie, Martin Luther King, Jr a dit : « This is a terrible town, the worst I’ve seen. There is a complete reign of terror here ». Peu avant sa mort, il a avoué que sa visite à Philadelphia constituait l’une des deux seules occasions de sa vie où il avait eu peur.

Cinq ans après, l’événement, j’avais luThree Lives for Mississippi, une analyse réalisée par le brillant historien William Bradford Huie (1910-1986) à partir de laquelle Hollywood a tourné en 1988 le long métrage Mississippi Burning mettant en vedette Gene Hackman.


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Afin de me replonger dans le vif du sujet et pour connaître le processus de réhabilitation de Philadelphia depuis les sordides événements de l’été 1964, je me suis muni de l’ouvrage de l’une des figures littéraires de proue du Mississippi moderne, Willie Morris (1934-1999). The Courting of Marcus Dupree, publié en 1983, examine de façon fort originale ce processus de guérison collective à travers les exploits sportifs d’un jeune Africain Américain surdoué, né à Philadelphia exactement un mois avant les trois meurtres. À 6 ans, Marcus Dupree a fait partie des premières classes à Philadelphia où les jeunes noirs et blancs partageaient les mêmes bancs d’école. Douze ans plus tard, sa promotion a été la première à avoir passé tout leur programme scolaire—de la maternelle à la douzième année—dans les classes intégrées sur le plan racial. Entre temps, Marcus est devenu l’athlète le plus adulé de sa génération, autant par l’une des composantes de la population que par l’autre. Ses prouesses de running back lui ont valu d’être en 1981 le joueur de football le plus convoité et et le plus recruté des grandes usines du football américain qui sont les universités!


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Il y a un quart de siècle, le fils de Willie Morris a pris une photo de Marcus Dupree, symbole du Mississippi nouveau, et son jeune frère, Reggie, sur le terrain de Halpole Field, en arrière de Philadelphia High School.


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Une photo prise en février 2010 révèle peu de changements. Le terrain est plus usé; le commanditaire, Dr Pepper, a disparu, un nouveau revêtement au-dessus des gradins, mais pour le reste…


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L’an 2014 marquera le cinquantenaire de l’assassinat des trois jeunes qui cherchaient à obtenir la justice raciale 100 ans après l’émancipation des esclaves par Abraham Lincoln. Un autre livre paraîtra à ce moment-là pour réinterpréter la cour de l’histoire. Il pourrait porter le titre Mississippi Was, but Mississippi Is. Ce sont les paroles prononcées par la veuve de Medgar Evers—autre personnage emblématique du Mouvement des droits civiques, assassiné chez lui, à Jackson, le 12 juin 1963—à l’occasion du dévoilement le 1er octobre 2002 de la statue de James Meredith, sur le campus de l’Université du Mississippi.


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James Meredith, premier African Américan admis (par la force!) à l’université du Mississippi le 1er octobre 1962

février 04, 2010

Le chêne de l'amitié a résisté à Katrina

Sur le campus Gulf Park de l’université du Mississippi-sud se trouve un énorme chêne de plus de 500 ans. Le 28 août 2005, il a subi de plein fouet les ravages de l’ouragan Katrina…et il a résisté, solidifiant ainsi la tradition qui veut que tous ceux et celles qui pénètrent son ombre soient liés par l’amitié pour la vie, peu importe leurs différents destins. L’amitié qui résiste à tout vent…à toute intempérie, voilà ce que symbolise ce monument arborescent !


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C’est un autre ouragan, Camille, qui a frappé sournoisement ces mêmes côtes le 16 août 1969 qui a sonné le glas du Collège Gulf Park, fondé en 1921 pour assurer la bonne éducation de jeunes filles de 17 à 20, les inculquant les valeurs légendaires du Vieux-Sud, celles des bonnes manières, de la grâce et du charme. Deux ans plus tard, l’institution s’est rouverte comme antenne de l’University of Southern Mississippi dont le campus principal se situe à Hattiesburg, 120 km au nord.


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La plupart des anciens pavillons, comme Hardy Hall, ont été dévastés par Katrina. Quatre et demi plus tard, ils demeurent des coquilles vides : les vitres sont encore fracassées, les portes brisées. Les pancartes interdisent d’y entrer. Par contre, la bibliothèque, construite en 2001, avec une technologie dont on dit à l’épreuve des ouragans a mieux résisté.


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Hardy Hall


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Bibliothèque du campus Gulf Park

Devant le campus, face au Golfe, et tout au long de la route 90 reliant les différentes villes de la côte (Baie-Saint-Louis, Pass Christian, Long Beach, Gulfport, Biloxi…), les sculpteurs locaux transforment en œuvres d’art des souches d’arbres arrachés par Katrina.


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Oiseaux en vol, faits en souches

Entre Camille et Katrina 35 saisons de tempêtes tropicales se sont écoulées. La région a eu le temps se remettre. À l’heure où le pays peine à sortir de la Crise économique et où le réchauffement planétaire semble créer des situations d’instabilité climatique de plus en plus imprévisibles et inquiétantes, les avis sont partagés quant à l’avenir.

janvier 27, 2010

Boucher un trou à Oxford: faire connaître Franco-Amérique

Hier midi, une partie de la gent littéraire d’Oxford s’était rendue à la bibliothèque publique assister à une conférence prononcée par le professeur Charles W. Eagles, dans le cadre des chaleureuses activités du WARM (Winter Adult Reading Moments), sur son plus récent livre, Price of Defiance : James Meredith and the Integration of Old Miss. On se souviendra qu’en 1962, James Meredith devint le premier Africain-Américain à s’inscrire à l’Université du Mississippi, connue affectueusement par le surnom « Ole Miss ». L’émeute qui s’en suivit donna lieu à des vingtaines de blessés parmi les forces de l’ordre et à deux morts chez les civiles. Pour rétablir l’ordre et assurer l'intégration de l'étudiant, le Procureur général des États-Unis, Robert F. Kennedy, ordonna l’envoi à Oxford de milliers de soldats. C’était le début de l’intégration raciale de toutes les universités du Deep South. Dans son ouvrage, Eagles, professeur d’histoire à « Ole Miss » documente le prix à payer (price of défiance) pour ce comportement réactionnaire qui attira sur l’université et sur tout l’État du Mississippi la hargne et le mépris du monde entier—dédain qui persiste jusqu’à nos jours.


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Bibliothèque publique d’Oxford et du comté de Lafayette


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Grosse déception, cependant! À cause d’un malentendu, le conférencier se trouvait ce jour à Boston. M. Eagles reviendra devant ce public plus tard cet hiver. Saisissant l’occasion de faire connaître aux lecteurs oxoniens notre livre Franco-Amérique, je me suis offert comme conférencier suppléant. Cela s’est fait à d’autres occasions. J’en ai l’habitude!

L’offre fut acceptée avec empressement et pendant une trentaine de minutes j’ai pu, livre à la main, dresser le portrait de la présence franco en Amérique du Nord. L’histoire qu’inspire la photo de Kent Beaulne, ce personnage emblématique d’une francophonie enracinée au cœur du continent qui refuse de mourir, sur la page couverture, fascine toujours. L’un des 17 encarts du volume, celui consacré aux Franco de la communauté de Delisle, au Mississippi même, fit plaisir à la cinquantaine d’auditeurs, épatés de découvrir que les Québécois s’intéressent à leur région. Étant donné l’actualité, un clin d’œil sur le chapitre dans Franco-Amérique écrit par Rodney St-Éloi, Québécois d’origine haïtienne et camarade de Dany Laferrière, s’imposa. Aujourd’hui le monde entier pleure Haïti. Au Québec, où les Haïtiens occupent une place de choix, on pleure peut-être plus fort que les autres.

Après les applaudissements d’usage, brève période de questions…et toujours la première : « Sir, is your book available in English? »

Être un bouche-trou n’est point désagréable. Au contraire, c’est une source de joie et de satisfaction. Performer au pied levé, pourquoi pas?

janvier 23, 2010

Jouer au hockey devant les estrades vides: « Ole Miss » c. Alabama

Le hockey est très impopulaire dans le Sud des États-Unis. Pourtant, il y a des équipes de la Ligue nationale du hockey dans six villes différentes : Atlanta, Raleigh, Tampa, Miami, Dallas et Nashville sans parler de celle de Phoenix et des trois équipes de la Californie où ce sport ne soulève pas non plus les passions.

Toutefois, la passion existe bel et bien dans le cœur de certains jeunes sportifs qui concourent ici pour l’honneur de leur université, devant les estrades vides, à des centaines de kilomètres de leurs campus respectifs. Hier, j’ai assisté au Centre civique de DeSoto, en banlieue sud de Memphis, à 10 minutes de Graceland, domicile du défunt Elvis, au match entre l’Université du Mississippi et l’Université de l’Alabama. Ces universités qui réalisent des millions de dollars de profits grâce à leurs programmes de football (le Crimson Tide d’Alabama vient, d’ailleurs, d’être consacré champion national du football—plus fort même que le Rouge et Or de l’université Laval!!) ne donnent pas le moindre sous aux équipes de hockey. Ce sont les joueurs qui ont appris à jouer, tant bien que mal, à notre sport national et leurs « sponsors » qui font fonctionner l’équipe avec des « peanuts ». Très approprié dans une région connue pour sa culture arachidière.

À la mise au jeu, nous étions une vingtaine d’amis et de parents à nous présenter dans la belle aréna de 10 000 places.


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Malgré les habilités limitées des joueurs comparées aux jeunes de leur âge chez nous, l’enthousiasme était à son comble. Après avoir fait le tour du vaste enceinte à observer le spectacle du haut et de loin, je me suis installé en arrière des deux bancs pour mieux écouter les sons uniques du hockey (grincement de l’arrêt brusque, mise en échec contre la bande, rondelle frappant la bande ou, mieux, le poteau…) et pour renifler les odeurs fortes de la sueur qui coule et qui imprègne toutes les pièces d’équipement : casque, épaulettes, coudières, jambières, gants… Ayant élevé trois fils dans le hockey, ce sont des sons et des senteurs que j’adore et qui me manquent!


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En 2002, avec une équipe d’Atlanta, le numéro 71 de l’Université de l’Alabama (Paraliticci) a participé au Tournoi international Pee Wee de Québec—un événement marquant de sa jeune vie!


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À la fin de la deuxième période Alabama menait 6 à 3 et le résultat n’était plus en doute. Avant de quitter le match, je me suis permis un commentaire : une équipe de calibre B (Mississippi) se faisait battre par une équipe de calibre CC (Alabama). N’eut été de la suspension de deux joueurs, la victoire des Rouges auraient pu être encore plus convaincante, l’un suspendu en raison d’un manquement aux règlements de l’équipe (il avait fêté trop fort la veille manquant l’autobus en partance à 7h du matin, parcourant dans sa propre bagnole les 200 km séparant Tuscaloosa de Memphis pour rejoindre son équipe), l’autre pour s’être battu lors du match précédent contre Mississippi State qui alignait un joueur salaud, paraît-il. Il y a des choses qui ne changent pas dans le hockey, peu importe le niveau et peu importe le lieu!


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Pendant que leurs co-équipiers trimaient dur sur la patinoire, les deux « renégats » se régalaient dans les estrades vides du McDo.

janvier 19, 2010

Corinth cruel, Shiloh sanguinaire

Corinth. Nom biblique d’une ville de 14 256 habitants située au cœur du « Bible Belt » des États-Unis, dans le coin nord-est de l’État du Mississippi. Avec ses églises méthodistes, baptistes, pentecôtistes, épiscopaliennes, presbytériennes, elle ne ressort pas beaucoup aujourd’hui par rapport à d’autres petites villes du Deep South. Il n’en a pas toujours été ainsi. En 1862, militairement parlant, Corinth était la deuxième ville en importance des États confédérés d’Amérique (CSA). À partir de directives en provenance de Richmond (Virginie) capitale des CSA, les sudistes menaient depuis un an la guerre contre le gouvernement de Lincoln afin de préserver leurs institutions et leur genre de vie.

Fondé en 1854, Corinth n’était pas un village comme les autres. Il s’agissait d’un centre ferroviaire stratégique situé au carrefour de deux voies, l’une nord-sud (Mobile & Ohio), l’autre est-ouest (Charleston & Memphis), permettant la mobilisation rapide des forces du Sud et le transport efficace d’armes et de denrées à travers la « Confederacy », comme on appelait les onze États séparatistes.


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À la mi-février 1862, à la suite de victoires convaincantes à Fort Donelson et è Fort Henry, tous deux au Tennessee, les forces du Nord, sous la direction de Ulysses S. Grant, fonçaient vers le sud—vers Corinth—en suivant la vallée de la Tennessee, dans le but de briser les lignes de communications confédérées et de prendre éventuellement le contrôle du Bas-Mississippi, en amont de la Nouvelle-Orléans, assiégée par Farragut, coupant ainsi la « Confederacy » en deux.

Ayant eu écho des victoires de Grant et de son avancée et sachant qu’il serait bientôt rejoint par une autre armée dirigée par Don Carlos Buell, en provenance de Nashville, la direction des forces du Sud (Albert Sidney Johnston, et Pierre Gustave Toutant Beauregard) prirent la décision de quitter Corinth et d’engager l’armée de Grant à Pittsburg Landing, sur la Tennessee, avant l’arrivée de ses renforts. Quittant Corinth le 3 avril, l’armée du Mississippi eut du mal, à cause des pluies diluviennes et de la lourdeur de leurs équipements, à franchir la trentaine de kilomètres les séparant du champ de bataille visé. Néanmoins, le dimanche 6 avril à 4h55, les 44 000 soldats de Johnston se lancèrent à l’attaque près de l’église de Shiloh. Surpris, Grant et ses 40 000 hommes durent battre en retraite à Pittsburg Landing. La bataille intense de cette journée dans le « nid de guêpes » a été immortalisée par le peintre Thure de Thulstrup.


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« Battle of Shiloh »

La victoire en ce dimanche des Sudistes fut coûteuse et éphémère. Atteint, le Général Johnston mourut au bout de son sang. La nuit, les renforts du Général Bruell, sous la protection de deux navires de guerre, le Lexington et le Tyler, arrivèrent. À l’aube du 7 avril, la contre-attaque de Grant s’engagea. Au cours de la journée, les 54 500 soldats du Nord martelèrent les 34 000 hommes du Sud qui restèrent sous la commande de Beauregard. Devant la défaite inévitable, celui-ci organisa la retraite vers Corinth.

Les pertes furent lourdes. Du côté du Nord : tués, 1 513; blessés, 6 601; manquants à l’appel, 2 830; pour un total de 10 944. Du côté du Sud : tués, 1 728; blessés, 8 012; manquant à l’appel, 959; pour un total de 10 699.

Le sort de Corinth ne serait réglé que deux mois plus tard lorsque les avancées de trois armées du Nord obligèrent Beauregard d’abandonner ce carrefour stratégique pour se réfugier à Tupelo, à 80 km plus au sud. En octobre, une dernière tentative, cette fois-ci de la part du Général Van Dorn et son armée du Trans-Mississippi, de reprendre Corinth, donna lieu à un autre carnage d’une durée de deux jours (7 000 morts et blessés). L’Union gagna et Corinth resta occupée jusqu’à la fin de la guerre.

Aujourd’hui, le champ de bataille de Shiloh, tout comme le champ de bataille des Plaines d’Abraham, est un parc national militaire. Il se visite en voiture, à pied ou, mieux, en vélo. Le parcours permet de revivre les tristes et tragiques événements des 6 et 7 avril 1862.


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Bon nombre de soldats de l’armée victorieuse trouvent le repos éternel ici même, la vie et la mort de chacun étant célébrées par un petit monument blanc. Pour ce qui est des vaincus, leurs morts se reposent dans cinq fausses communes éparpillées à travers le parc.


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Fausse commune de soldats confédérés

Devant les événements de notre époque, je ne pouvais, en me promenant ici, que me poser une question : Sur les 234 années que les États-Unis ont existé, il y en a combien qui ont été « free of war » ? Quelqu’un aurait-il fait le bilan? Existe-il un pays plus guerrier?

janvier 15, 2010

La fête des « rois » ... et moi

Le 15 janvier, jour de ma fête. Je le partage avec Martin Luther King, fils, assassiné pas loin d’ici (Oxford), à Memphis, le 4 avril 1968. C’est aussi à Memphis qu’Elvis Presley, dont l’anniversaire de naissance précède le nôtre par 8 jours, est mort le 16 août 1977. Il aurait eu 75 ans la semaine dernière.


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Aujourd’hui, pour me changer les idées après une grosse journée sur le terrain à explorer deux événements majeurs de la Guerre civile américaine, la bataille de Shiloh et le siège de Corinth, je me suis rendu à Tupelo visiter la maison où est née cette icône de la culture populaire qui a tant marqué ma génération.


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Dans le parc aménagé autour de la maison, on peut voir, entres autres, une statue d’Elvis à l’âge de 13 ans, guitare à la main, et l’église Assembly of God où la « gospel » qu’il a combinée plus tard avec le son des blues et du « country » et les rythmes afro-américains, lui a été imprégnée dès sa jeune enfance.


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janvier 12, 2010

À Oxford High, « le français n'est pas une langue étrangère »

De loin, les lieux de l’École secondaire d’Oxford ont l’air bien paisible. À l’entrée, le doute s’installe, mais il est de courte durée. L’interdiction de tabac, de drogues et d’armes à feu semble donner des résultats.

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Tout est calme. Tout est propre. L’accueil au bureau de la direction est chaleureux et encore plus à la bibliothèque où une quarantaine d’élèves m’attendent pour se faire dire que le français n’est pas une langue étrangère.

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C’est là ma position et je suis heureux de voir que, de plus en plus, les départements de langues dans les universités américaines se disent de « langues modernes » et non de « langues étrangères ». Les élèves furent réceptifs à mon message livré en deux parties de 25 minutes chacune—la première consacrée à l’histoire et à la géographie, et le second à la musique—séparées d’une pause de 20 minutes pour passer rapidement à la cafétéria.

Nous avons commencé par Samuel de Champlain et ses 25 traversées de l’Atlantique en 33 ans. (Voir "download file" dans ma chronique du 3 octobre 2003.) Les élèves ont découvert que la permanence française fut établie en Amérique (Acadie, 1604) trois ans avant celle des Anglais (Jamestown, 1607) qui n’a précédé que d’une année la fondation de Québec.

Ils ont appris que les bases historiques de la Franco-Amérique sont foncièrement « amériquaines », étant constituées autour de trois foyers : Acadie, Nouvelle-France et Louisiane. Au lieu de rester figés au sein de leurs foyers respectifs, les Canadiens et Acadiens ont rayonné, à travers l’histoire, partout sur le continent. Le rayonnement à partir du foyer louisianais a favorisé les francophones de couleur (Créoles noirs) qui ont établi des communautés importantes en Californie tandis que les francophones blancs de plusieurs souches, y compris la souche acadienne, sont d’excellents exemples d’enracinement.

Les toponymes français parsemés à travers le Canada et les États-Unis témoignent de la mouvance franco. L’État du Mississippi n’échappe pas à cette réalité avec son comté Leflore (la fleur) et son chef lieu Boisvert Malmaison (Greenwood) et son vieux cœur, Delisle, établi en 1712 sur la côte du Golfe du Mexique par des Canadiens. L’importante ville de Pass Christian porte le nom de Christian L’Adnier, membre de l’équipage d’Iberville. Les L’Adnier sont aujourd’hui des Ladner et constituent l’une des familles franco les plus nombreuses de l’État. Mentionnons également les Dédeaux, Swanier et Saucier.


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Aujourd’hui, ceux qui sont de « sang français » —au sens le plus large possible du terme—comptent une vingtaine de millions et se trouvent partout sur le territoire de l’Amérique du Nord. Ceux qui parlent encore français, moins nombreux évidemment (9 millions), se manifestent aux quatre coins du continent.

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La Franco-Amérique contemporaine peut se résumer ainsi :


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Une plaque tournante québécoise entourée de contreforts (Ontario, Acadie, Nouvelle-Angleterre). Au large, un creuset louisianais et des îlots « canayens » et métis dans l’Ouest, autant américain que canadien, un axe dynamique rejoignant Port-au-Prince, Miami, New York et Montréal et le tout alimenté d’immigration internationale, de plus en plus en provenance d’Afrique francophone.

Avec ce schéma en tête, les élèves écoutèrent, à la suite des explications sur l’artiste et la pièce, des échantillons de la chanson franco d’Amérique :

De Louisiane : Zachary Richard avec « Réveille » et « Travailler, c’est trop dur » (à chanter à Mme la prof Hélène Berton quand elle demande aux élèves de travailler davantage).

Du Nouveau-Brunswick : Annie Blanchard avec « Évangeline ».

Du Québec : Gilles Vigneault avec « Mon pays ».

Du Québec/Haïti : Luck Merville avec « On veut faire la fête ».

Du Québec/Rwanda : Corneille avec « Seul au monde ».

Du Manitoba métis : Coulée avec « La batture ».

Du Québec : Céline et Garou avec « Sous le vent ».

Quelle ne fut la surprise pour certains élèves de découvrir que la diva québécoise n’était pas américaine pure!

Étant donné la bonne conduite de tous, j’ai terminé la séance par leur offrir du lagniappe, ce petit extra que l’on donne en Louisiane aux gens que l’on apprécie. Il s’agissait d’une invitation à m’accompagner à Mamou, à Basile ou à Eunice le 16 février prochain pour « courir le Mardi gras ». Évidemment, ces jeunes avaient entendu parler du Mardi gras de la Nouvelle-Orléans. Accompagnés de leurs parents, plusieurs avaient déjà participé à l’un ou l’autre de ses grands défilés. Sur les traditions du Mardi gras en Louisiane rurale, ils ignoraient tout!


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Mardi gras à Basile, LA

janvier 01, 2010

Abbeville, MS (pas LA!) : Vivre « en exil » la tempérance à l’occasion de la nouvelle année

Située dans une vieille station service désaffectée, à Abbeville, au Mississippi (427 habitants), l’Auberge Yocona River in Exile nous a accueillis à l’occasion du souper de fin d’année. C’est grâce à l’annonce publiée dans Oxford Town, l’équivalent oxonien du Voir, que nous en avons pris connaissance.


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Pourquoi « auberge en exil »? C’est qu’en mars dernier l’établissement original est passé au feu. Son propriétaire a tout perdu. Neuf mois plus tard, à la veille de la nouvelle année, Paige Osborn a rouvert son nouveau restaurant dans les anciens locaux de Ruth and Jimmie’s Sporting Goods and Cafe qui doublait autrefois de débit d’essence pour les campagnards des alentours.


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Le menu à saveur « southern », offrait un éventail de mets tout aussi délicieux les uns que les autres, apprêtés dans une cuisine à la vue de tous.


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Mon « catfish », accompagné de patate douce et de petits pois en cosse, consommé dans une atmosphère familiale aux tablées composées de résidents du Mississippi et du Tennessee avoisinant, aurait donné satisfaction au plus fin des palais. Ceux et celles qui désiraient arroser l’arrivée de la nouvelle année devaient apporter leur propre bouteille car le comté de Lafayette, à l’extérieur du chef lieu, Oxford, est un comté « dry »—autrement dit, pas de vente de boissons alcoolisées dans les établissements d’alimentation. Vive la tempérance!


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décembre 10, 2009

Jacob Thompson et la « guérilla confédérée » au Canada

Mon vélo me réserve parfois des surprises. Aujourd’hui, j’en ai eu une autre. Il m’a fait découvrir, à Oxford, « Home Place », résidence autrefois d’un héros de la Confédération des États du Sud, Jacob Thompson, à qui fut confiée, en 1864, par le Président Jefferson Davis une mission secrète au Canada.


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Né en 1810, en Caroline du Nord, Thompson s’établit au Mississippi au cours des années 1830 se mariant en 1838 avec une jeune fille de 16 ans, Catharine Ann Jones. Le couple fera partie de l’élite oxonienne, possédant de vastes terres de plantation et de nombreux esclaves. Politiquement actif, Thompson représentera, au cours des années 1840 et 1850, le Mississippi au Congrès des États-Unis et fera partie intégrante, en tant que Secrétaire de l’Intérieur, de l’administration du 15e président du pays, James Buchanan. Le 9 janvier 1861, deux mois après l’élection de son ami, Abraham Lincoln, et deux mois avant que celui-ci entre en fonction, Jacob Thompson donne sa démission comme Secrétaire, car le Mississippi, ce jour-là, suivra l’exemple de la Caroline du Sud et se séparera des Etats-Unis d’Amérique. Une guerre civile s’enclenchera.


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Engagé militairement contre les forces de l’Union dans de nombreuses batailles qui ont secoué son patelin dont Shiloh, Water Valley et Vicksburg, Thompson siégeait en même temps à la législature du Mississippi. En 1864, Jefferson Davis le convoque à Richmond, capitale de la Confédération, lui prescrivant d’être prêt à partir à l’étranger. Sa mission : se rendre au Canada poursuivre trois objectifs en ordre d’importance : (1) prendre contact avec les pacifistes des trois grands États du nord-ouest des États-Unis (Indiana, Illinois et Ohio) qui militent en faveur de la cessation de la guerre et d’une paix négociée avec les Sudistes; (2) obtenir la libération des prisonniers de guerre confédérés incarcérés sur l’île Johnson, au large de Sandusky, dans le lac Érié; (3) avec leurs sympathisants, conduire des attaques à partir du territoire britannique contre les villages des États-Unis situés le long de la frontière.

Rejoint à la ville portuaire de Wilmington, en Caroline du Nord, par C.C. Clay de l’Alabama et W.W. Cleary du Kentucky, les trois hommes embarquent à bord du vaisseau britannique, Thistle, qui réussit à déjouer le blocus nordiste se rendant aux Bermudes. Ici, les trois hommes profitent de la protection du gouvernement britannique en attendant une nouvelle embarcation vers Halifax.

En poursuivant son action clandestine le long de la frontière canado-américaine entre Windsor et Montréal, Thompson n’a jamais pu, malgré des stratégies très osées, atteindre les objectifs de sa mission. Le « pacifisme du Nord-Ouest » s’est avéré un leurre. La stratégie de prendre possession du Michigan, frégate protégeant l’entrée de l’île Johnson, a échoué. Frustrés, à partir du sol québécois, les membres la « guérilla » confédérée se sont attaqués, sans succès, à la petite ville de St. Albans, au Vermont. Plusieurs confédérés se font prisonniers.

La sanglante guerre terminée, la renommée de Jacob Thompson en milieux nordistes était connue. En avril 1865, cinq jours après la reddition des Forces du Sud, Abraham Lincoln fut assassiné. Son successeur, Andrew Johnson, pour se défaire de tout soupçon quant aux avantages qu’il aurait pu tirer personnellement du décès du Président Lincoln, mit à prix la tête de Jacob Thompson :

By the President of the United States of America a proclamation :

Whereas, it appears from the evidence in the bureau of military justice that the atrocious murder of the late President Abraham Lincoln, and the attempted assassination of Hon. William B. Seward, Secretary of State, were incited, concocted and procured by Jefferson Davis, late of Richmond, Va., and Jacob Thompson, Clement C. Clay, Beverly Tucker, George W. Sanders, William C. Cleary, and other rebels and traitors against the government of the United States, harbored in Canada, now therefore to the end that justice may be done, I, Andrew Johnson, President of the United States, do offer and promise for the arrest of said persons, or either of them, within the limits of the United States, so that they can be brought to trial, the following rewards :

One hundred thousand dollars for the arrest of Jefferson Davis;

Twenty-five thousand dollars for the arrest of Clement C. Clay;

Twenty-five thousand dollars for the arrest of Jacob Thompson, late of Mississippi;

Twenty-five thousand dollars for the arrest of George W. Sanders;

Twenty-five thousand dollars for the arrest of Beverly Tucker;

Ten thousand dollars for the arrest of William C. Cleary, late Clerk of Clement C. Clay.

The provost marshall general of the United States is directed to cause a description of said persons, with notice of above reward published.

In testimony whereof I have hereunto set my hand and caused the seal of the United States to be affixed.

Done in the city of Washington this second day of May, A.D. 1865, ad of the Independence of the United States the eighty-ninth.

Incapable de rentrer en quiétude aux États-Unis, Thompson passerait quatre autres années à l’étranger, en Europe et au Canada. Son adresse à Montréal aurait été La Maison aux sept pignons (House of Seven Gables). Qui la connaît?

décembre 07, 2009

Manger de la « barbue brûlée » à Taylor Grocery

Taylor, MS (288 habitants), 10 km au sud d’Oxford, ville universitaire de 10 000 habitants, selon les uns, ou de 19 000 habitants, selon les autres, la population ayant presque doublé grâce à l'annexion récente d’un territoire de neuf kilomètres carrés pris à même le comté de Lafayette au cœur duquel se trouve Oxford.

Hier soir, en compagnie de nouveaux amis, Anna, Hélène, Thea, Lucien et Charlie, je me suis rendu à Taylor me régaler. Les deux premières enseignent respectivement, à l’école secondaire d’Oxford, l’allemand et le français. L’une est d’origine allemande, l’autre est Parisienne. Hélène est déchirée entre l’idée de rentrer en France à sa retraite, pays qu’elle considère encore le sien, et où demeure sa mère centenaire, ou de rester aux États-Unis où elle a élevé ses deux filles dans la vingtaine. Celles-ci ne partagent évidemment pas, au même degré, son affection pour le vieux continent. Théa et Charlie m’offrent le gîte chez eux. J’occupe le « guest house » situé dans leur cour arrière. Lucien, originaire du sud de la Louisiane, est professeur de physique à l’université du Mississippi.


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« Chez moi » à Oxford

Le régal eut lieu au Taylor Grocery qui n’est plus, depuis 32 ans, une épicerie. Érigée comme mercerie en 1889, la bâtisse a souvent changé de fonctions et de propriétaires. Alors que la mercerie appartenait à Harry Browning, Elton McClain y avait installé une chaise de barbier. Par la suite, Phil Maples avait transformé les lieux en magasin général. Enfin, en 1977, Jerry et Evie Wilson décidèrent de gagner leur vie en y faisant cuire pour la vente de la succulente barbue. Les propriétaires actuels, Debbie et L., continuent avec succès la tradition.


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L’endroit me fait penser au Café des amis, à Pont-Breaux, en Louisiane, ancienne quincaillerie réaménagée en restaurant. En y mangeant écrevisses, « chevrettes », gombo, jambalaya ou d’autres spécialités de la région, on se laisse bercer et brasser par des sons de la musique cadienne ou zydeco. Au Taylor Grocery, on mange de la barbue apprêtée de mille et une façons en écoutant la musique d’ici : du blues ou du bluegrass ou un mélange des deux.


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La barbue? Vous ne savez pas ce que c’est? Au Québec ou en France, on dirait peut-être « poisson-chat ». Partout dans le Sud des États-Unis, on consommerait du catfish, ou « barbue » en français cadien. J’ai pris la mienne « brûlée », des tendres morceaux de barbue légèrement enrobés d’une très mince croûte bien grillée et fumée—« blackened » dans le jargon de la cuisine néo orléanaise.

À la fin de la soirée, les clients bien rassasiés, Hélène et Thea, amies de Wendy, l’une des musiciennes, ont passé le béret et le chaudron afin de ramasser des sous. Selon l’écriteau inscrit au mur derrière la scène : Les musiciens travaillent pour des pourboires : It’s hip to tip!


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décembre 03, 2009

Du patinage à l'université du Mississippi

Début décembre. Fin du trimestre ici comme ailleurs. Les étudiants sont en période d’examen. La bibliothèque est ouverte 24 heures sur 24. Tout le monde est épuisé. Pour aider la communauté universitaire à passer au travers, le Daily Mississippian annonce du patinage libre et d’autres activités.

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Pour se rendre au Union Plaza, les fêtards empruntent la Promenade des Champions qui traverse le Grove, vaste terrain au cœur du campus, parsemé d’arbres d’une myriade d’espèces—endroit de prédilection pour la sylviculture certes, mais non seulement cela, c’est ici que des milliers de « fans » des Rebels s’installent les vendredis soirs de l’automne en préparation du match de football du lendemain contre les puissants adversaires de la SEC (Southeastern Conference) : Louisiana State, Florida, Tennessee, Georgia, Alabama, etc. On y renifle les odeurs de la fumée émanant des centaines de barbecues et on y entend des chants d’encouragement pour l’équipe. Cette année, il y a eu un peu de controverse. Le 21 novembre, une quinzaine de membres du Ku Klux Klan se sont pointés devant la chapelle Fulton, en robes et cagoules, pour protester contre l’abolition de certains symboles rappelant le passé raciste de cette université qui n’a été intégrée qu’en 1962 par la force. Les plus vieux se rappelleront que le Président John F. Kennedy et son frère, Robert, procureur général des Etats-Unis, avaient envoyé des centaines de soldats à Oxford pour assurer la sécurité de James Meredith, premier noir à être admis à Ole Miss (nom affectueux attribué à l’université).

Malheureusement pour les étudiants d’Ole Miss et les gens de la région et de l’État entier, il n’y aura pas de championnat cette année. La saison de football qui s’annonçait prometteuse en septembre s’est transformée en cauchemar, les Rebels perdant plusieurs matches, y compris le dernier de la saison contre leur principal rival, les Bulldogs de Mississippi State.

À cette soirée de patinage au Plaza qui est, en fait, une aire de divertissement à l’intérieur de l’édifice qui regroupe tous les services offerts aux étudiants, y compris librairie et cafétéria, le rouge est la couleur dominante. Noël oblige! Toutefois, le rouge est aussi l’une des deux couleurs des Rebels, l’autre étant le bleu. Plusieurs jeunes portent un chapeau de Père Noël. Pas d’alcool ici, oh non! On boit du chocolat chaud aux guimauves et on grignote des pacanes rôtis avec un soupçon de cannelle. Yum!


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La patinoire vient de Boston. Deux hommes à l’accent yankee, faisant contraste avec la douce parlure de la région, m’expliquaient l’installation de cette « glace » en plastique d’une superficie d’environ 200 mètres carrés qu’ils trimbalent jusqu’au Texas pour permettre aux gens du Sud de goûter aux plaisirs d’un hiver nordique.


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L’habilité des patineurs est rudimentaire. Le jeune garçon se tient sur son hockey afin de ne pas tomber. Le taux de participation à cette soirée de patinage n’est pas très élevé. Le monde préfère regarder. De toute évidence, le hockey n’est pas une passion ici. Pourtant, il y a une équipe de la Ligue nationale à 250 km d’ici. Elle a pour nom « Prédateurs de Nashville ». À Québec, il n’y en a plus. C’est le comble du ridicule!



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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