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novembre 28, 2009

Métis et Mohawks au National Museum of the American Indian

Le National Museum of the American Indian (NMAI) à Washington D.C. est le dix-huitième musée du grand système des institutions Smithsonian. Ouvert depuis 2004, à proximité du mail national, ce vaste espace vert rectilinéaire dominé au deux bouts par le capitole d’une part, par le Mémorial de Lincoln d’autre part, et au milieu par le Monument de Washington, le musée, contrairement à ce qui pourrait faire croire son nom, interprète du point des aborigènes de toutes les Amériques, leur vie, leur histoire et leur art. L’édifice même est l’œuvre d’architectes autochtones dirigés par Douglas Cardinal (Pied-noir), assisté de JohnPaul Jones (Choctaw/Cherokee) et de Ramona Sakiestewa (Hopi).


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Pour le connaisseur de la Franco-Amérique, ce qui saute aux yeux à l’entrée du NMAI, c’est le drapeau des Métis suspendu au milieu de la myriade de drapeaux qui ornent le plafond du Grand Hall.


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Les expositions permanentes sont divisées en trois catégories et occupent de vastes étendues aux deuxième et troisième étages : (1) Our Universes, consacrée aux croyances; (2) Our Peoples, consacrée à l’histoire; (3) Our Lives, consacrée à la vie contemporaine. Au deuxième se trouve un rappel des peuples algonquiens qui ont occupé la région immédiate de Washington, autour de la baie Chesapeake, ainsi qu’une librairie rendant disponible au public, de manière à la fois attrayante et discrète, des livres, des objets d’art et de la musique. Au rez-de-chaussée, une aire polyvalente et une cafétéria fort originale n’offrant que des mets amérindiens provenant des diverses régions des Amériques.

Sans être nommée, la Franco-Amérique est néanmoins en évidence au deuxième étage où il est question, entre autres, de la nation mohawk de Kahnawake et des Métis de Saint-Laurent, au Manitoba.


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Dans le cas de Kahnawake, on interprète la place des Mohawks au sein du Québec moderne et du nord-est des États-Unis. L’on y fait évidemment allusion aux lois linguistiques et aux événements de l’été 1990.

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Aussi, on souligne la contribution déterminante des Mohawks à la construction du Pont de Québec et la perte de vie encourue au moment de la chute de sa section centrale. Plus important encore, au coeur de cette exposition, est le lien entre les hommes de Kahnawake, ces « marcheurs dans les airs » et la construction du World Trade Centre. Sa destruction le 11 septembre 2001 fut fortement ressentie chez les Mohawks pour qui le WTC avait été depuis son parachèvement un symbole de leur réussite et de leur savoir-faire.

Chez les Métis, l’un des premiers « Bombardiers » occupe le centre de l’exposition. C’est avec ce gros appareil que les Métis pêchaient à travers les glaces dans les eaux du lac Manitoba. En plus de cette pratique qui persiste, la gigue de la rivière Rouge et l’utilisation quotidienne de la langue michif témoignent ici de la vivacité de la culture métisse. D’ailleurs, des extraits sonores de cette belle langue accompagnent un grand panneau : « On va t’vaoir à Saint-Laurent ».


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Deux autres belles surprises au NMAI : (1) l’entrée, comme dans tous les musées du Smithsonian est libre; (2) au crépuscule, la vue saisissante de l’entrée du musée.


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Monument de Washington au crépuscule

novembre 26, 2009

Deux Annapolis

Aujourd’hui, Grand Pré, site du Grand Dérangement des Acadiens, n’est plus sur la carte de la Nouvelle-Écosse. À sa place, Annapolis Royal, qu’il ne faut nullement confondre avec la petite ville d’Annapolis, capitale de l’État du Maryland, et site de l’Académie navale des États-Unis (36 000 habitants)


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Maryland State House (capitole)


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United States Naval Academy


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Chapelle sur le campus de la USNA

Avec son architecture coloniale, son ambiance à la fois universitaire et militaire, ses rues et édifices en briques rouges et ses nombreux restaurants affichant la spécialité de la région, le crabe, il s’agit d’un endroit à ne pas manquer, beau temps mauvais temps, lors d’un passage à Washington, D.C. En fait, Annapolis se trouve à une demi-heure seulement à l'est de la capitale fédérale, sur les rives de la baie Chesapeake, rendue célèbre par l’écrivain américain, James Michener, dans l’un de ses romans fleuve. D’ailleurs, Chesapeake est l’œuvre de Michener que je préfère.


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Annapolis est aussi la ville de choix pour se rappeler l’œuvre d’Alex Haley qui, il y a 30 ans, a captivé et charmé les lecteurs et les télé-spectateurs du monde entier en leur faisant connaître par Roots son ancêtre, l’esclave Kunta Kinte.


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Mémorial Kunta Kinte-Alex Haley

juillet 22, 2009

Roule, Xavier, roule! L’histoire d’un garçon qui aime sa mère

En novembre 2008, muni d’un laissez-passer Discovery de la compagnie Greyhound, Xavier Gauthier partit de chez lui à Gatineau faire le tour des États-Unis en autobus. Deux mois plus tard, à Vancouver, il choisit de passer l’hiver sur la côte du Pacifique. Après cinq mois, le jeune homme décide de quitter son emploi, d’acheter une bécane hybride d’occasion à 70$ et de rentrer au Québec. Le 4 juin, il enfourche son vélo et entame un périple de 4 410 km.


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Nos chemins se croisèrent le dimanche 19 juillet à la baie de la Vieille femme, près de Wawa, sur le littoral oriental du lac Supérieur, à 120 km au nord de Sault-Sainte-Marie. Il lui restait 920 km à faire en 10 jours afin d’arriver chez lui le 29 juillet pour fêter les 50 ans de sa mère.

Xavier, quand tu liras ces lignes, écris-moi un commentaire pour confirmer que tu as réalisé ton exploit et que ta mère t’aime encore!

juillet 17, 2009

« Éden » : Lebret, Vallée de la Qu’Appelle, Saskatchewan

La pancarte annonce bien les lieux! La monotonie des plaines verdoyantes cède enfin devant une rupture dans le paysage, la vallée de la Qu’Appelle, entrecoupée de quatre lacs et d’une rivière, et au cœur de cette vallée, le village de Lebret, population 206.


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À 40 km à l’est de Régina, légèrement à l’écart de la route transcanadienne se trouve Lebret, fondée en 1865 par Monseigneur Taché comme Mission de Qu’appelle. L’année suivante, la première chapelle fut érigée par Père Ritchot. Le premier prêtre résident, Père Jules Decorby arriva en 1868, restant jusqu’en 1880. C’est cette année-là qu’arriva le père Joseph Hugonard (1848-1917), missionnaire des Indiens et des Métis du Nord-ouest, originaire de Colombe (Izère), en France, pour y établir la première école pour autochtones. Le village actuel porte le nom du premier maître de poste, Louis Lebret, lui aussi prêtre.

Avec sa belle église du Sacré-Cœur et son impressionnant chemin de la croix qui monte le coteau, l’endroit conserve, malgré l'anglicisation, le cachet de ses origines catholique, française et métisse.


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Au cimetière, rares sont les patronymes de langue anglaise. Tout aussi rares les épitaphes et écriteaux de langue française.


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juillet 14, 2009

Hill Spring, AB: retrouvailles et retentissements

Le 4 juin1965, un mariage à Salt Lake City entre Dean Louder et Billie Kase. À ma droite, le garçon d’honneur, Clint Butler, originaire de Hill Spring, petit bled situé sur la lisière d’un piedmont des Montagnes rocheuses, à 100 km au sud-ouest de Lethbridge, en Alberta.


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Clint et moi nous étions connus en France, en 1962. L’expérience que nous y avons vécue pendant trente mois a transformé la vie de l’un et de l’autre. Des souvenirs impérissables se créèrent et des liens fraternels se forgèrent. De la situation de frères que nous étions devenus aux années soixante, il ne restait plus grande chose une vingtaine d’années plus tard. Nous nous étions perdu de vue. La rupture semblait complète.

Un certain dimanche matin du mois de juin 2009, à la recherche des traces de mon « frère », je me suis rendu à l’église mormone de Hill Spring à attendre que l’un des fidèles sorte afin de prendre des renseignements sur la famille Butler. On m’apprend qu’il n’y a plus de Butler dans le coin, que Monsieur Asael et Mme Effie sont morts et enterrés à Cardston depuis belle lurette, que l’aîné de la famille pourrait peut-être se trouver au village avoisinant, Glenwood. Quinze minutes plus tard, même scénario. À la porte de l’église de Glenwood, on m’apprend que Lavere n’habite plus ici, qu’à sa retraite il a déménagé à Lethbridge. Par contre, son fils et son petit-fils font encore partie de la paroisse et se trouvent fort probablement à l’intérieur de l’église. Mon interlocuteur ira voir et reviendra quelques minutes plus tard, une jolie jeune dame sur le bras. C’est l’épouse du petit-fils. Bien qu’elle ait entendu parler de ce grand oncle que je cherche, elle n’en sait rien. Grand-papa Lavere saurait, me dit-elle, en m’offrant son numéro de téléphone.

Quelques heures plus tard, un coup de fil chez Lavere s’avère infructueux. Il me renvoie à sa sœur, LaPriel, aussi résidente de Lethbridge qui, avant de retrouver dans un fond de tiroir un ancien numéro de téléphone de leur frère, me suggère de prendre contact avec un autre frère, Sylvan, en Idaho, qui aurait certes des nouvelles du cadet de la famille. J’aurai vite fait le tour de la famille!

Avec le numéro fourni par LaPriel, j’arrive à joindre un répondeur à Fort Wayne, en Indiana, et reconnaît la voix de mon compère d’autrefois. Quelques jours plus tard, alors que je revenais au chalet du Parc provincial Writing-on-Stone, le cellulaire sonne. C’est lui, Clint! Que de bonheur de se retrouver après tant d’années, de découvrir des causes de la rupture et de pouvoir y remédier en se promettant de rester en contact.

Ce travail de détective donna lieu à une découverte retentissante : le Great Canadian Barn Dance. En fait, à tous les soirs de l’été, sauf le dimanche, et à certaines occasions au cours de l’année, à Hill Spring, Lloyd, Larry, Trevor et toute la grande famille Kunkel reçoivent le public à dîner et à danser dans leur grange. À 18h pile, Lloyd prononce la bénédicité et les gens se servent. Au menu: rosbif, poulet, pommes de terre au four, petits pois et carottes, salade au chou, fèves au lard, petit pain...à volonté. L'assiette n'est pas assez grande! À boire : café, thé glacé, limonade, eau…pas de bière, pas de vin. Pendant le repas, Lloyd ou Trevor intervient pour inviter leurs convives à retourner se servir. Après le service à table d’un délicieux dessert aux cerises à crème fouettée, la famille Kunkel, jeunes et moins jeunes, interprètent quelques chansons country. Plusieurs « volontaires » de la salle se joignent aux musiciens pour battre le rythme et faire de la percussion.


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Mon assiette


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À 19h15, le repas fini, ceux qui le veulent montent au deuxième étage de l’immense grange pour y suivre pendant 45 minutes des leçons de danse. On met l’emphase sur le 2-step et la danse en ligne. À 20h, les nouveaux apprentis et les danseurs expérimentés peuvent mettre à exécution leurs habilités : 2-step, polka, valse, sets carrés, danse en ligne.


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Ceux qui n’ont pas le pied dansant peuvent se promener sur le magnifique terrain vallonné ou profiter d’un attelage pour faire le tour du lac en hayride.


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Au téléphone, mon vieux copain, Clint, m’avait dit ne pas être retourné dans son patelin depuis le décès de sa mère il y a une quinzaine d’années. Fiouf! Cette campagne bucolique, ce paysage virginal, ces gens chaleureux doivent sûrement lui manquer!

juillet 12, 2009

Du theâtre d’été à Cardston, AB

Les fidèles lecteurs de ce blogue se rappelleront le billet écrit en octobre 2003 sur Cardston Petit village fondé en 1887 par les Mormons polygames en fuite de la justice américaine, ce village de quelques 3 000 habitants, offre du théâtre digne de Broadway! Quatre, cinq ou six fois par semaine, pour la vingtième année consécutive, du 30 juin au 22 août, dans la vieille salle de cinéma Palace/Mayfair, transformée en 1992 en Carriage House Théatre, 12 jeunes artistes locaux présentent des comédies musicales de haute gamme.


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Maison du fondateur Charles Ora Card.


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Cette année au programme, trois pièces présentées en alternance. D’abord, celle rendue célèbre en 1952 par Gene Kelly, Donald O’Conner et Debbie Reynolds, Singin’ in the Rain. Ensuite, le spectacle produit pour Broadway en 1984 sur la vie et l’œuvre de la compositrice pop américaine, Ellie Greenwich, Leader of the Pack. Enfin, une pièce forte originale sur un thème biblique, l’arche de Noé. En plus de divertir, cette comédie musicale des années 1990, intitulée simplement The Ark, porte un message moral puissant mettant en évidence les rapports intergénérationnels au sein de la famille, que ce soit celle d’aujourd’hui ou d’autrefois.


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J'ai adoré la musique retro de Leader of the Pack et m’émerveillais devant l’énergie dépensée par les jeunes danseurs et musiciens, mais comparée à L'Arche, cette pièce manquait de finesse et de savoir-faire et ne laissera pas de trace indélébile dans le souvenir.


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À un moment critique de leur histoire, Jean Chrétien a rassuré les Québécois que les Rocheuses leur appartenaient ! Ils continuent à y aller en grand nombre, mais surtout vers les parcs nationaux bien connus comme Banff et Jasper, vers le pittoresque lac Louise et vers l’horrible West Edmonton Mall. Qu’ils découvrent que collés sur la frontière avec le Montana, à l’extrême sud de l’Alberta, existent un autre parc national montagneux (Waterton Lakes) et au pied de ces montagnes, une belle région dont la culture est unique et dont la vie culturelle rivalise avec celle des grands centres.


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juin 28, 2009

Hoodoo ! Connais-tu ?

La rivière au Lait, telle que baptisée par les éclaireurs canadiens-français faisant partie de l’expédition de Lewis & Clark à cause de sa couleur, prend son origine dans le coin nord-ouest de l’État du Montana, à quelques kilomètres de la petite ville de Browning, à proximité du Parc national Glacier : « the water of this river possesses a peculiar whiteness, being about the colour of a cup of tea with the admixture of a tablespoonfull of milk. from the colour of its water we called it Milk river ». (Journal de Meriwether Lewis)

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Elle coule sur une distance de 1 173 km, le long de la frontière canado-américaine, tantôt en Alberta, tantôt au Montana, avant de se jeter dans le Missouri, faisant de la « Milk » le tributaire le plus septentrional du bassin versant du Mississippi. À 45 km à l’ouest du village albertain de Milk River, presque au pied des Collines à l’herbe douce (Sweetgrass Hills) se trouve le parc provincial Writing-on-Stone, domaine des hoodoo, ces étranges formations géologiques en champignon, créées par l’action érosive sur grès de l’eau, du vent et du givre.


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L’endroit est au cœur du territoire traditionnel de la nation des Pieds-Noirs qui comprenait des Piegen, Kainai et Siksika. Il constitue pour eux un lieu sacré. Pendant au moins 3 000 ans, ces peuples nomades parcouraient cette vallée en laissant des traces. Des pétroglyphes rappellent leur vécu, leurs cérémonies et des événements saillants marquant leur culture.


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Ici, grâce à l’abondance d’eau, de viande, de poisson et de petits fruits, le milieu naturel les soutenait physiquement. Les majestueux peupliers de la prairie, longeant la rivière les abritaient des vents qui y soufflent sans cesse. Spirituellement, ils tiraient force des puissances surnaturelles qu’ils croyaient habiter les falaises.


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La signification et l’originalité du lieu sont telles que Parcs Canada, propose à l’UNESCO, sous le nom Áísínai’pi, qui veut dire en Niitsítapi « il est dessiné » ou « il est écrit » , sa candidature comme site du Patrimoine mondial.

juin 18, 2009

La fête des pères à Mossleigh, AB

À mi-chemin entre Calgary et Lethbridge, à l’écart de la route 2, la plus achalandée entre les deux centres, sur la route provinciale 24, à 40 km au nord de Vulcan, se situe Mossleigh, population si faible que l’endroit n’est même pas mentionné dans l’atlas routier Rand McNally des États-Unis et du Canada. Impossible d’y trouver de quoi de bon se mettre sous la dent, se dirait-on. Détrompons-nous! Depuis deux ans, en plein champ, adjacent au centre paysagiste bien côté, Aspen Crossing, le gourmet peut se régaler! Il s’agit de s’asseoir dans la salle à dîner du magnifique wagon Pullman, fabriqué à Chicago en 1887, ou dans son petit salon, et de patienter un peu en admirant le palpitant panorama aux couleurs printanières. Selon la légende, c’est dans cette voiture que John Diefenbaker parcourait le Canada pendant son mandat (1957 à 1963) de 13e Premier Ministre du pays, justifiant ainsi son emplacement ici dans la Prairie, région que le « vieux lion » aimait tant.


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La saison estivale s’annonce séduisante et appétissante. Les 13 et 14 juin il y eut un étalage prodigieux de trains en miniature; les 20 et 21 juin, ce sera l’occasion de multiples buffets pour souligner la fête des pères.


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mai 25, 2009

A rose is a rose…mais une tulipe n’est pas une tulipe!

Depuis 56 ans, grâce à son Festival canadien des tulipes, Ottawa, s’affiche comme capitale de la « girafe des fleurs » (Tulipa) en Amérique du Nord. Or, la capitale nationale n’a rien à envier à la capitale fédérale en ce qui concerne la beauté et la noblesse de ses tulipes. J’en ai eu la preuve la semaine dernière lorsque j’ai eu l’occasion de visiter les deux.

Le Festival canadien des tulipes, est né en 1953 sous le signe de l'amitié internationale. En fait, à l'automne 1945, la princesse Juliana des Pays-Bas a fait cadeau de 100 000 bulbes de tulipes à Ottawa, en reconnaissance de l’accueil que la famille royale en exil y a trouvé, pendant la Deuxième guerre mondiale, ainsi qu’en guise de remerciement du rôle assumé par des soldats canadiens dans la libération de son pays. Le Festival s’est déroulé cette année sur quatre sites dont un seul consacré aux fleurs (Parc des Commissaires). Les trois autres servent davantage aux activités ludiques ou culinaires. Devant l’hôtel de ville, le Chapiteau miroir accueille le monde en mesure de payer le gros prix pour assister à des spectacles ou des conférences d’envergure (Rick Mercer, Margaret Atwood, Angela Davis, Gilles Vigneault…). Au Parc Major’s Hill, en arrière de la colline parlementaire, les familles avec jeunes enfants peuvent se payer des tours de manège et au Parc Landsdowne s’installent des kiosques d’une quarantaine de pays. Des représentants de chacun d'eux préparent sur place et vendent leurs mets. Difficile à comprendre ce que ces trois sites ont à voir avec des tulipes. Donc, revenons à celles-ci.

Le Parc des Commissaires, situé sur les rives du lac Dow, genre de méandre artificiel du Canal Rideau, se transforme en mai en véritable jardin. De nombreuses plates-bandes regroupent des tulipes de diverses provenances. Le promeneur s’étonne de la grande variété de fleurs, de la multitude de couleurs et de la densité des plantations.


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À Québec, l’équivalent du Parc des Commissaires serait le Parc du Bois-de-Coulonge. Autrefois connu par le nom de Spencer Wood, l’endroit a été de 1870 à 1966 le lieu de résidence des lieutenant-gouverneurs du Québec. Sur 24 hectares, ce domaine est aujourd'hui un parc public qui porte en héritage des bâtiments patrimoniaux et qui recèle des espaces boisés et des aménagements horticoles. Au printemps, c’est ici que se trouve la plus grande concentration de tulipes à Québec. Malgré son cachet particulier, en 2009, le Bois de Coulonge demeure l’un des secrets les mieux gardés de la ville.


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Bien que moins diversifiées de point de vue espèces, couleurs et formes, les tulipes ici sont néanmoins imposantes par le nombre et par la beauté. L’encadrement des plates-bandes au cœur d’une forêt urbaine rend d’autant plus ébouriffant le spectacle floral.


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Heureux de m’être aventuré à Ottawa pour voir ses tulipes, mais déçu de ne pas en avoir vues autour du Parlement, je me contenterai dorénavant des miennes, celles de la ville de Québec, voire celle de l’avenue Maguire. Les gens de la ville de Québec sont choyés, prenez-en ma parole ! A rose is a rose….une tulipe une tulipe ?


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mars 31, 2009

Courir un marathon pendant la Semaine internationale de la Francophonie (SIF)

Enfin, c’est terminé! C’était long à préparer et long à courir, mais les résultats furent plus que satisfaisants. En fait, il s’agissait, à la demande de deux délégations du Québec aux États-Unis, celles de Chicago et de Boston, de réaliser une tournée sur leurs territoires respectifs afin de faire connaître la Franco-Amérique, le livre et le concept. Au matin du 19 mars, donc, j’ai pris mon envolée à Québec, destination Chicago, pour prononcer le soir même à l’Alliance française de Chicago, devant 80 personnes, une conférence intitulée « In Search of la Franco-Amérique : Diary of a Vagabond Prof ». Oui, conférence en anglais à l’Alliance française, car plus que la moitié de la salle ne parlait pas la langue de Molière, ni celle de Vigneault. Le vin et fromage, organisé sous la direction du délégué, Marc T. Boucher, qui suivit la conférence fournissait l’occasion de rencontrer de nombreux francophones d’Europe et du Québec qui habitent la région de Chicago et qui profitent de l’Alliance pour se rencontrer, ainsi que des francophiles de toute provenance qui se servent de l’Alliance pour parfaire la langue qu’ils aiment tant.


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Rendez-vous le lendemain à Kalamazoo, au Michigan, où une quarantaine d’étudiants de deuxième et troisième cycles et des professeurs en géographie et en études canadiennes nous attendaient. Bien que le titre de la conférence ait demeuré le même, le contenu fut légèrement modifié en fonction de l’auditoire. J’ai insisté davantage sur l’importance de Samuel de Champlain, premier géographe de l’Amérique et sur ses exploits. J’ai également ouvert la porte à une discussion du Fort Saint-Joseph, fondé en 1691 par les Français à environ 75 kilomètres au sud de Kalamazoo. Deux faits saillants de ce court séjour à Western Michigan University : (1) voir l’exposition bilingue à la bibliothèque sur la persistance de la présence française en Amérique; (2) dormir dans l'ancienne maison du recteur avec ses meubles d'époque et son décor de bon goût.


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Retour à Chicago le samedi matin, sans y faire halte, car le rendez-vous en soirée était à Milwaukee, fondée en 1825 par Salomon Juneau, de l’Assomption, au Québec. Son effigie domine le parc qui porte son nom au centre-ville, à cinq kilomètres de l’Alliance française, lieu de la conférence—en français cette fois-ci : « Carnet d’un vagabond instruit en quête de la Franco-Amérique ». Une trentaine de personnes, assises les unes sur les autres dans une petite salle surchauffée ont écouté attentivement mon propos pendant plus d’une heure et demie. Français, Belges et Américains francophiles dont un ancien « draft dodger » ayant pris refuge au Canada en 1969. Ce dernier avait trouvé un emploi au gouvernement fédéral à Hull et avait appris le français aux frais de la Reine. À la suite d’un divorce d’avec une Québécoise et de l’amnistie offerte par Jimmy Carter aux déserteurs de la guerre au Vietnam, celui-ci est rentré chez lui à Milwaukee.


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Le 22 mars, journée de congé, mais aussi journée de voyage de Chicago à Boston où quatre autres conférences m’attendaient. Mon « chauffeur » et mon accompagnateur, Tim Rogus, de la délégation de Chicago m’a laissé à l’aéroport avant de se départir de notre belle Cadillac blanche, un « up grade » de la compagnie Enterprise.

Tôt le lundi matin, afin de passer une dizaine de minutes avec la déléguée, Mme France Dionne, j’ai trimballé ma valise dans le métro depuis le Harvard Square Hotel à Cambridge aux magnifiques bureaux de la Délégation du Québec, situés au cœur du district financier de Boston. En début d’après-midi, accompagné de Maël Solen Picard, employé à la Délégation, départ vers New Haven, au Connecticut, où une vingtaine d’enseignants et d’enseignantes du français au niveau secondaire, ainsi que quelques « amis du français » nous attendent au Center for the Teaching of French à l’Université Yale. Évidemment, la conférence se déroulera en français. Un souper québécois suivra et la discussion tournera autour de l’épineux problème de faire valoir l’enseignement du français dans un contexte qui valorise davantage l’espagnol et le chinois—deux langues perçues comme étant plus utiles!!

Au lendemain, deux conférences au Massachusetts, la première en études canadiennes à Bridgewater State College devant une cinquantaine d’étudiants et de professeurs en études canadiennes. Me basant sur une réception plutôt tiède en études canadiennes à Western Michigan, mes attentes à Bridgewater étaient peu élevées. Belle surprise, dans un amphithéâtre magnifique orné du drapeau canadien et équipé au dernier cri, j’ai eu droit aux louanges de la foule! Quelques heures plus tard, à l’Institut français du Collège de l’Assomption, l’une des importantes institutions franco-américaines, je me trouvais devant une salle presque vide (une quinzaine de personnes) pour parler en anglais. Me sentant mal à l’aise de parler anglais en milieu franco, j’ai négocié un compris : conférence prononcée en anglais appuyée par un support Power Point en français.


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Le lendemain soir à Nashua, au New-Hampshire, ayant changé de chauffeur et d’accompagnateur (Marc-Antoine Bédard), nous nous trouvions devant une poignée de jeunes étudiants anglophones et beaucoup de Franco-Américains âgés (une quarantaine) qui parlaient français. La formule de la veille s’est donc imposée. : paroles prononcées de la tribune en anglais, images et textes à l’écran en français.

SIF terminée, marathon couru, public gagné, j’ai profité d’une journée de flânerie à l’université Harvard où une mère (Eleanor Elkins Widener) a fait don à l’université le 24 juin 1915 d’une bibliothèque, érigée à la mémoire de son fils, Harry Elkins Widener, ancien de Harvard, mort le 24 avril 1912 à bord du Titanic. Beau cadeau et bel hommage!


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Enfin, pour me rappeler que mon séjour tirait à sa fin et que je rentrerais bientôt au Québec, les voix de quatre jeunes cégépiens de Shawinigan assis sur les marches de l’église Mémoriale de Harvard. Bénéficiant d’un court stage à Boston, offert dans le cadre de leur programme de design architecturel, ils réalisaient des croquis de la Widener. De temps en temps, on entendait un gros « tabarnak » et un petit « crisse ». Certains Québécois ont le tour de se faire remarquer!


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mars 01, 2009

Retour au « chalet lointain » ... et au travail

Voyager du sud au nord en plein mois de février, de l'Arizona-sud (Arizona) à l'Arizona-nord (Alberta) n'est pas une sinécure. Quelle expérience déprimante! De +25 celsius à -25! Aussitôt arrivé en Utah, la neige a « poigné » dans les hauteurs. Entre Kanab et Panguitch, il ne fallait pas rouler à plus de 50 km à l'heure et surtout ne pas dépasser. Je me retrouvais au Québec, mais sans pneus d'hiver! Redescendu dans les vallées, à moins de 4 000 pieds d'altitude le beau temps reprenait! Entre Circleville et Sigurd, une autre chaînette de montagnes, autre tempête, autre manque de visibilité. Enfin à Richfield, beau soleil, mais à Salina, à 25 km plus loin, impossible de voir à 100 mètres. Voilà, l'histoire de ma traversée hivernale du corridor que l'on appelle le «Intermountain West », d'un Arizona à l'autre. Pourquoi deux Arizonas? C'est que l'Arizona et l'Alberta se ressemblent à bien des égards. D'abord, les deux sont désertiques, les pratiques agricoles assujetties à des techniques d'irrigation très sophistiquées. Certains comportements sont identiques. Le port du chapeau et de bottes de cowboy et la conduite de « pick-up » sont courants. La politique est conservatrice et le rodéo très populaire. Il y a un quart de siècle, dans son ouvrage intitulé Nine Nations of America, le journaliste au Washington Post d'origine franco, Joël Garreau, baptisa ce vaste territoire s'étendant depuis le moyen nord albertain au Rim Mogollon en Arizona, le « empty quarter » Voilà une autre caractéristique partagée par les deux Arizonas, nord et sud, ainsi que par tous les États se trouvant entre les deux: Montana, Idaho, Utah et Nevada. De loin, l'Alberta est la plus états-unienne des provinces canadiennes!

Malgré tout le travail qui m'y attendait, c'était avec soulagement que j'ai enfin retrouvé mon « chalet lointain » à Raymond » (voir ce blogue en date du 30 juillet 2008). Depuis, la rédaction d'un article Carnet d’un vagabond instruit.doc qui fera partie du numéro 154 de la revue Québec Français consacré à la Francophonie des Amériques et la préparation de deux conférences à base de Power Point, l'une en français, l'autre en anglais m'ont tenu assez occupé. Les conférences seront prononcées entre les 19 et 26 mars dans le Midwest (Chicago, Kalamazoo, Milwaukee) et le Nord-est (New Haven, Bridgewater, Worcester et Nashua) des États-Unis. Une séance de rodage en anglais est prévue pour Lethbridge, en Alberta, le soir du 2 mars. Une autre, en français, dix jours plus tard, à Grand Sault, au Nouveau-Brunswick.


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Donc, bientôt un retour au bercail!

février 17, 2009

Page (AZ): une pensée pour mon père

Bienvenue à Page, établie en 1957 aux limites septentrionales de l'État d'Arizona, en plein désert, à proximité des terres des Navajos. Autrefois, à force d'accompagner mon père lors de ses déplacements à Page, je connaissais assez bien les lieux . Pendant une vingtaine d'années (1957-1976), Bert Louder conduisait pour le compte de Hi-Land Dairy un camion semi-remorque de Murray, Utah, près de Salt Lake, à Page, une distance de 600 kilométres. Il faisait la livraison du lait aux nombreux petits bourgs fondés aux années 1860 le long de ce qui est aujourd'hui la route nationale 89: Gunnison, Salina, Richfield, Monroe, Panguitch, Kanab et, enfin, Page, nouvelle ville née du projet de construction du barrage Glen Canyon, ouvert enfin le 22 septembre 1966. Trois fois par semaine l'été et deux fois par semaine l'hiver, « Dad » faisait la longue navette. Après quelques heures de sommeil au Page Boy, le premier motel à y avoir été construit et qui y fait piètre figure aujourd'hui à côté des Holiday Inn, Best Western et Days Inn, il remontait dans son camion et retournait vers le nord, ramassant, au fur et à mesure, des boîtes et pots vides aux mêmes endroits que la veille, les transportant à la laiterie pour remplissage et redistribution.


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En plus de monter la capacité de production de l'électricité pour tout le sud-ouest des États-Unis, le barrage Glen Canyon a donné lieu à une activité récréo-touristique fébrile. Des milliers d'amateurs de sports nautiques tirent profit de l'existence de l'immense lac créé par le barrage. Portant le nom de John Wesley Powell, ingénieur et explorateur ayant dirigé en 1869 et 1871-72 des expéditions scientifiques sur le Colorado et la Green, le lac ne fait toutefois pas l'unanimité, car ses eaux ont modifié l'écologie de la région et submergé certaines formations géologiques et morphologiques uniques au monde.


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À chaque passage par ici, le fils ne peut que penser à son père et au nombre incalculable de kilomètres qu'il a parcourus en 20 ans afin de gagner sa vie et de créer une légende le long de la 89. Certains se remémorent encore Bert.


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Albert R. Louder (1912-2001)

février 15, 2009

Snowflake (AZ) sans neige

Pour tâter le pouls d'une région, rien de mieux que de la visiter muni d'un bon roman dont l'action s'y passe ou d'une biographie de quelqu'un s'y étant profondément enraciné. Cette fois-ci, en traversant l'Utah et l'Arizona, je fus particulièrement bien servi. Au début du voyage à Salt Lake, un ami, Ben Bennion, me suggéra la lecture d'une nouvelle autobiographie, Rascal by Nature, Christian by Yearning de Levi S. Peterson (University of Utah Press, 2006).


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Ben ajouta sans explication, « je crois que tu y découvriras des affinités ». Il avait raison. Non seulement, étions-nous, Levi et moi, issus du même milieu culturel, mais nous nous trouvions également, à un moment donné, en marge de cette culture qui nous avait formés. De plus, Levi et moi avons appris le français, à la même « école » en France, lui huit ans avant moi (1954-1956). Dans Rascal by Nature, il en parle. Levi, aussi, connut une longue carrière comme professeur d'université, à Weber State University (Ogden, en Utah).

Depuis ma tendre enfance, j'avais entendu parler des nombreuses colonies mormones fondées en Arizona à la fin du XIXe siècle: entre autres Safford, Thatcher, Springerville, Heber, Taylor et bien sûr celle portant le joli nom de Snowflake, fondée en 1875 par William Flake et Erastus Snow, deux fidèles adeptes de la religion établie en 1847 sur les rives du grand Lac salé, à 1 000 kilomètres plus au nord. À la suite de ma lecture du livre de Peterson dans lequel il décrivait si lucidement et passionnément l'oeuvre pionnière de ces ancêtres dans ce désert, ainsi que son enfance et son adolescence dans une famille reconstituée aux prises, d'une part, avec la modernité et, d'autre part, avec les traditions dont les fondements avaient été polygames, je ne pouvais ne pas passer par Snowflake.

À prime abord, la déception se lisait sur mon visage. Levi Peterson m'avait prévenu par courriel que son village natal, dans son état actuel, le déprimait profondément. Dans ce village de 5 000 habitants, Il reste relativement peu de vestiges de son riche patrimoine. La rue principale est un pot pourri de bâtiments commerciaux aussi minables les uns que les autres. La bibliothèque municipale se trouve dans une espèce de cabanon recouvert de tôle. Le bijou du paysage actuel, le temple, construit en 2002, se trouve à deux kilomètres du centre du village sur une butte, rebaptisée pour l'occasion Temple Hill au lieu du nom traditionnel de Pinhead, autrefois terrain de jeux de Levi et ses amis. Un promoteur s'est servi de l'aménagement de cet édifice sacré pour aménager à proximité un terrain de golf et pour réaliser tout autour un lotissement en prévision de la construction et de la vente de maisons de prestige. Curieux mélange de sacré et de profane.


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Le sourire m'est enfin revenu en découvrant au centre du village, mais en retrait, trois maisons ancestrales ayant appartenu aux familles Flake, Freeman et Smith.


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Se rendre à Snowflake de Phoenix implique la montée vertigineuse et la descente graduelle d'une formation géologique aussi originale que spectaculaire, le « Mogollon Rim », un escarpement qui définit la limite septentrionale du plateau du Colorado. Constitué de calcaire et de grès ayant subi l'influence de l'érosion et de l'action séismique et recouvert de pins de type « Ponderosa » (Pinus ponderosa), le « Rim » qui monte jusqu'à 2 300 mètres d'altitude (dénivellation de 1 000 mètres) fait contraste avec le plateau et le désert plus bas.


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En dépit de ce qui pourrait faire croire son joli nom de flocon, il y a rarement de la neige à Snowflake.

février 11, 2009

Pris au dépourvu à ASU par Jennifer Michaud


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À la suite d'une deuxième rencontre émotive en cinq jours avec une amie d'enfance, Wendy Whitaker, au restaurant Mi Amigo's dont elle est son mari, Noel Candland, sont propriétaires et qui est situé au coin des chemins Gilbert et Southern à Mesa, j'ai décidé de me rendre à Arizona State University (ASU) en vélo renouer avec son Département de géographie où j'avais été professeur invité en 1985-1986. J'ai découvert que le département de géographie ne s'appelait plus de même et qu'il avait déménagé dans un nouvel édifice, l'un des plus hauts du campus, le pavillon Lattie-Coors. Me trompant d'un étage--le School of Geographic Science étant situé au cinquième--j'ai trouvé quelque chose--ou plutôt quelqu'un de bien plus intéressant au quatrième. Au centre d'études médiévales et de la renaissance, je suis passé devant une porte affichant les mots suivants: Jennifer Michaud, program coordinator. Elle était entrouverte et une femme aux allures agréables travaillait devant son ordinateur. N'ayant point de gêne, j'y fais irruption: « Hum, Jennifer Michaud, joli nom français, parlez-vous français? » « Un ti peu », répond-t-elle, surprise.

« D'où venez-vous » je lui demande, « pas d'Arizona, probablement du Maine, n'est-ce pas? »

« Yes, how did you know? »

« Votre nom, your name gives you away. »

Et bien, Jennifer Michaud de Winslow, près de Waterville, au coeur de la francophonie du Maine, dont les origines sont canadiennes-française des deux bords, maternel (Labbé) et paternel, et dont le père parle français. Ce sont ses grand-parents qui ont quitté le Québec pour s'établir aux États. Venue en Arizona faire ses études, Jennifer choisit d'y rester.

« Vous êtes donc un bel exemple moderne de la diaspora canadienne-français », lui dis-je..

« I guess », balbutiait-elle.

En m'apprêtant à lui demander la permission de prendre sa photo pour alimenter ce blogue, je me trouve pris au dépourvu. Habillé en cycliste, culotte courte sans poches ni ceinture, je n'avais pas sur moi mon 'appareil de photo!

Donc, cette fois-ci, il faut prendre ma parole. Pas de photo pour appuyer mon propos!

février 06, 2009

Retrouvailles à Tempe, AZ, grandes et petites !

En juin 1961, à Orem, en Utah, deux jeunes hommes de 18 ans terminaient leurs cours secondaire. L'un était président de tous les étudiants de l'école (Orem High School). L'autre était président de sa classe, c'est-à-dire de la promotion de 1961. Le 5 février dernier (hier), ils se sont retrouvés 48 ans plus tard, au pub irlandais et à la sellerie Rula Bula, commerce situé sur l'avenue Mill, à Tempe, en Arizona, aux abords du campus de l'Arizona State University. Retournons dans le temps. Une fois leur cours universitaire terminé à Provo, les deux jeunes issus du même milieu culturel connurent des parcours passablement différents. Le premier devint agent du Federal Bureau of Investigation (FBI). Pendant vingt-cinq ans, Bryce Christensen poursuivait sa carrière de law enforcement officer à divers endroits aux États-Unis au sein de l'une des organisations judiciaires les plus connues, les mieux cotées et, peut-être, les plus controversées de la planète. Une deuxième carrière d'une durée de neuf ans l'a vu travailler à Salt Lake City dans l'équivalent mormon de la garde suisse pontificale. Ses fonctions l'ont emmené à voyager à travers le monde et à approfondir les cultures musulmanes. Aujourd'hui, Bryce et son épouse, Elizabeth, partagent leur temps entre la petite ville de Lyman, au Wyoming, État qu'ils ont apprivoisé et appris à aimer, et Maricopa, ville de villégiature située à proximité de Phoenix. Leurs cinq enfants sont parsemés à travers les États-Unis.


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Le deuxième, votre humble serviteur, a choisi de s'installer à l'abri de la juridiction du FBI, lui préférant celle de la GRC et de la Sûreté du Québec!! Celui-ci devint professeur à l'université Laval et vous connaissez le reste de l'histoire.


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Difficile à décrire ce que nous avons ressenti hier, Bryce et moi, en tombant dans les bras l'un de l'autre--oui. littéralement et sans honte aucune--en pleine rue de Tempe. Les liens d'amitié forgés lors de l'enfance et de l'adolescence sont comme une bonne chaîne, les maillons résistant à la patine du temps jusqu'au jour où elle peut de nouveau servir. J'en ai eu la preuve hier. Voilà, pour ce qui est des « grandes » retrouvailles.

Les « petites retrouvailles »? En octobre dernier, je racontais sur ce blogue mon passage à Phoenix comme conférencier. À cette occasion, j'avais promis à la professeure Hélène Ossipov que si je revenais ici en hiver, j'accepterais volontiers de passer une heure avec elle et ses étudiants afin de leur parler du Québec et de la Franco-Amérique. Promesse faite, promesse tenue. Hier, après avoir rencontré Bryce, je me suis rendu par beau temps au Durham Language and Literature Building rencontrer Mme Ossipov, une fervente du Québec qui le fréquente depuis une vingtaine d'années, et ses neuf étudiants.


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J'ai commencé ma présentation--qui fut très informelle soit dit en passant--par une dédicace. Je l'ai dédiée à ce grand anthropologue des petites choses et mon collègue à Laval, Bernard Arcand, qui venait tout juste de s'éteindre. Cela nous a permis d'aborder plusieurs sujets: hiver, grâce à son livre Abolissons l'hiver; cinéma, par le biais de ses deux frères, Denys (directeur) et Gabriel (comédien) et littérature (Les Plouffe, création de Roger Lemelin dans laquelle Gabriel joue le rôle d'Ovide). Ensuite, je leur ai demandé pourquoi qu'il existait des organisations telles l'American Council for Québec Studies ou l'Association internationale d'études québécoises. Comment justifier cela alors qu'il n'existe pas d'American Association of Alberta Studies ou Ontario Studies et qu'il n'existe pas non plus d'Association internationale d'études virginiennes, l'État de Virginie comptant le même nombre d'habitants que le Québec? Plusieurs réponses ont surgi: sa différence, sa persistance, sa persévérance, sa détermination, son potentiel de redéfinir la carte politique de l'Amérique du Nord... Enfin, je leur ai dit : « à bien vous écouter, je dirais que le Québec, tel qu'il est, est un miracle ». Tous convenaient que j'avais raison et nous avons ensemble essayé d'expliquer ce « miracle », ce qui n'est pas évident en 30 minutes!

Ce qu'il faut retenir de ces petites retrouvailles, c'est que très loin du Québec, il y a un certain intérêt--je dirais même un intérêt certain--pour ce qui s'y passe. Une passion pour leur lieu d'origine existe chez les Québécois que j'ai rencontrés ici en octobre qui ont choisi de vivre ici en permanence ou en attendant le retour au pays. Sans pouvoir parler de passion chez les étudiants, il persiste néanmoins chez Ashley King de Phoenix (AZ), David Lowrimore de Dallas (TX), Elise Legge de Phoenix (AZ), Ashley Coogan de Baltimore (MD), Patrick Kunnemund de Phoenix (AZ), Brian McLoughlin de Herndon (VA), Meghan Wells de Kansas City (MO) et Jane Evans de Smithville (TN), tous inscrits au cours FRE-472, Franco-Canadian Civilization à ASU, une curiosité à toute épreuve.


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En prenant congé d'Hélène et de ses étudiants, j'ai couru le long de l'avenue Collège afin de monter à bord du nouveau métro de surface qui dessert depuis le 28 janvier Phoenix et sa région (La Vallée du soleil). Après avoir évoqué en classe quelques minutes plus tôt les grandes entreprises multinationales québécoises telles que Softimage, CGI, Desjardins, Cirque du Soleil et Bombardier, j'avais hâte de voir si les rames du nouveau métro avaient été fabriquées à la Pocatière. Hélas, non. Il s'agit de technologie japonaise appliquée par la compagnie Kinkisharyo.


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février 03, 2009

Wickenburg, AZ: rencontre chaleureuse avec les Burrell du Nouveau-Brunswick


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Au terrain de camping Horspitality--oui, HORS--pas HOSpitality, à Wickenburg, en Arizona, assis devant la buanderie à attendre mon lavage, j'entends crier « Hé, le Québécoué, t'es ben loin de chez toé ». Je lève la tête. Un homme d'à peu près mon âge arrive en courant: « Chu du Nouveau-Brunswick, moé, Ronald est mon nom, Ronald Burrell ».

« Éyoù », au Nouveau-Brunswick, je lui demande.

« De Grand Sault » répond-il.

J'ai mon voyage! Puisque plusieurs entrées précédentes sur ce blogue traitent du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, les fidèles lecteurs sauront que je connais beaucoup de monde à Grand Sault, des grandes familles: Beaulieu, Morin, Ouellet(te), Michaud, Gervais, Laforge, Laforest, Thériault...mais pas de Burrell. Cela s'explique simplement. Ronald est un anglâs qui vient du secteur du Portage. Et moi, je me tiens près des francophones de l'autre côté de la rivière! La seule famille anglaise que je connaisse est celle des Toner. En apprenant cela, Ronald me demande si je connais « Dickie », son copain d'école secondaire et ancien directeur de l'école John-Caldwell. Évidemment, je connais Earl Toner que tout le monde appelle Dick. Il est marié avec Irma Beaulieu, la plus jeune des dix filles de Lucien et Yvonne Beaulieu de Drummond. Ronald se rappelle la plus vieille des filles Beaulieu, Claudette, mariée avec un Michaud. Il se souvenait vaguement d'une fille Beaulieu mariée avec Red Ouellet, « le meilleur joueur de hockey que j'avais jamais vu dans ma jeunesse et qui a joué une année avec les Bruins ». Cette Beaulieu-là s'appelle Lucille, lui dis-je, et habite aujourd'hui, avec son Red, le quartier de Ronald, presque en face de la maison paternelle où ses parents avaient comme voisins Eddie et Adèle Rioux, bons amis de Lucien et Yvonne Beaulieu.

Ronald me parlait avec affection de sa mère, Agatha, qui a enseigné le « grade 1 » à l'école anglaise Sacred Heart jusqu'à ce qu'elle prenne sa retraite en 1977, mais non seulement d'elle. Il a également mentionné affectueusement une soeur qui lui avait enseigné le français. Excellente pédagogue, Soeur SAM préparait bien ses cours, organisait des jeux, faisaient en sorte que les enfants aiment le français. Soeur SAM (Soeur Andréa-Marie de nom religieux) étaient nulle autre que Viola Léger, « La Sagouine ». Il se rappelait aussi la vocation équestre qu'avaient les garçons de la famille Turcotte. En fait, Ron Turcotte, dont le pont à Grand Sault porte le nom, a piloté, en 1973, Secrétariat au championnat de la Triple Couronne (Kentucky Derby, Preakness, Belmont Stakes). En 1978, lors d'une chute tragique, sa carrière a pris fin prématurément.

Malgré sa grande familiarité avec Grand Sault, Ronald Burrell n'y habite plus depuis 38 ans. En fait, après avoir fini ses études secondaires à Grand Sault, il est parti à Fredericton faire ses études en foresterie à l'université du Nouveau-Brunswick où il a rencontré Elspeth, étudiante en sciences infirmières de la Miramichi (Chatham). Une fois le couple formé, ils partent en 1971 en Colombie britannique poursuivre leurs carrières à Campell River (île de Vancouver). Selon Ronald, les forestiers et les infirmières sont des gens très terre à terre, possédant beaucoup d'affinités qui leur permettent de bien s'entendre et de bien vivre ensemble. Ronald me fait remarquer qu'en dépit des quatre décennies qui le séparent de sa province natale, il se dit toujours « du Nouveau-Brunswick », tandis que Eppie, sa femme, n'assume plus cette identité depuis longtemps, se disant évidemment de « BC ». Selon Ronald, un homme retient toujours ses origines, tandis qu'une femme qui fonde foyer et donne naissance aux enfants s'enracine davantage dans son nouveau lieu. Il ne m'a pas convaincu!


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Ce qui est évident, c'est que Ron et Eppie aiment voyager et adorent la présence l'un de l'autre. Le voyage qu'ils réalisent ces jours-ci n'est pas celui qu'ils projetaient à faire il y a quelques mois. Non, ils avaient prévu partir à deux couples et descendre jusque Oaxaca, dans le sud du Mexique, en suivant la côte du Pacifique et revenir vers le Texas en suivant la côte est. L'un des amis qui devait les accompagner a subi une blessure qui lui a empêché d'entreprendre le voyage rêvé. Maintenant ce couple d'anciens Néo-Brunswickois que composent Ronald et Eppie Burrell se dirige tranquillement vers la région du « Big Bend » au sud Texas.

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Everett Bowman, champion cowboy 1935-37, né le 12 juillet 1899 à Hope, NM; mort le 25 octobre 1971 à Wickenburg, AZ

Ce matin, à Wickenburg, « cowboy capital of Arizona », selon certains, ils sont en train, eux-mêmes, de faire comme Everett Bowman...comme les Turcotte de Grand Sault, c'est-à-dire monter à cheval.

février 01, 2009

Super Bowl Sunday en Arizona

Le 1er février 2009. Grand jour dans la vie des amateurs de football l'État d'Arizona. Leurs favoris participeront pour la première fois de leur douloureuse histoire au Super Bowl, match culminant de la longue saison de la Ligue nationale de football. À Tampa Bay, en Floride, cette équipe, les Cardinaux, marquée par insuccès sur insuccès depuis 80 ans, d'abord à Chicago, puis à Saint-Louis, avant de s'établir à Phoenix en 1988, feront face aux redoutables Steelers de Pittsburgh, en quête de leur sixième conquête du Super Bowl. Et quel match que ce sera, gagné par la peau des fesses, par les hommes de la ville d'acier, 27-23, à 35 seconds de la fin, revenus comme de vrais champions, à la suite d'une remontée spectaculaire de la part des Rouges.

À Parker, véritable oasis, située sur les rives du Colorado, j'ai pu assister au match en présence de « Snowbirds » de partout en Amérique, transformés, le temps d'une journée, en ardent Arizonans, prenant, avec enthousiasme, pour la home team. Le repas d'avant match a été succulent. Chacun a apporté un plat, le plus souvent à saveur du Sud-Ouest ou du Mexique: des salsas, du guacamole, des noix... Le propriétaire du terrain de camping a fourni des hot-dog.


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Puis, nous nous sommes installés devant les trois téléviseurs pour encourager l'équipe locale. Mais hélas, nos cris ne sont pas rendus à Tampa Bay et nous avons dû nous contenter d'une victoire morale...et des éternels clichés: l'équipe a bien figuré malgré sa jeunesse, son manque d'expérience...wait 'til next year!


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Juste avant le match de football, les Canadians dans le groupe, largement d'Alberta et de Colombie britannique, avait assisté, par le truchement de la câblovision, au match de hockey opposant les Oilers d'Edmonton aux Prédateurs de Nashville.

Nashville! Quelle belle ville de hockey! Et Québec, Winnipeg et Hamilton qui n'ont pas de club!

janvier 29, 2009

Parmi les « snowbirds » à Yuma

« Snowbirds », cette race d'humains, surtout âgés, qui, à partir du mois de novembre, fuit la neige, la glace et le froid du Nord pour se rendre sous les palmiers du Sud. Cette transhumance qui caractérise l'Amérique de nos jours prend toute son importance ici à Yuma, ville de 77 500 habitants, située sur le Colorado, dans le coin sud-ouest de l'État d'Arizona, à une dizaine de kilomètres seulement du Mexique. Pourtant, au dessus du bureau d'inscription de Suni-Sands RV Resort, le drapeau mexicain ne flotte pas, que ceux des États-Unis et du Canada! Y a-t-il un message ou plusieurs? (1) Les Mexicains ne sont pas les bienvenus? (2) Les Mexicains n'ont pas besoin du soleil d'Arizona, ils ont le leur? (3) Les Mexicains n'ont pas pas les moyens de se payer des véhicules récréatifs qui sont accommodés au Suni-Sands? (4) Des Mexicains pourraient se servir d'un séjour au Suni-Sands pour entrer clandestinement aux États-Unis? Tant de questions, tant de réponses possibles. Dans le cadre d'une solidarité nord-américaine et étant donné la proximité au Mexique, il aurait été souhaitable, ne serait-ce que symboliquement, d'ériger trois mâts à l'entrée.


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Au Québec, on en connaît des « snowbirds ». Il y en a dans toutes les familles. Ils se rendent par milliers en Floride et de plus en plus vers la vallée de la Rio Grande au Texas où les coûts sont moindres et les contrôles plus souples (voir mon texte à ce sujet écrit en 2004 sur ce blogue). Les distances étant ce qu'elles sont, nos compatriotes québécois sont rares en Arizona, mais non pas nos compatriotes canadiens. Examinons la situation de près.

À Yuma, il existe trente-cinq « RV resorts » (parcs de véhicules récréatifs) inscrits auprès de la Chambre de commerce qui gère le centre d'informations touristiques. Ils varient en superficie et en nombre d'emplacements. Le Suni-Sands semble être de dimension moyenne, mesurant environ 200 mètres de large par 300 mètres de long et comptant 300 emplacements. Les deux tiers des emplacements, environ 200, sont réservés aux « saisonniers », à ces « snowbirds » qui réservent bien à l'avance et restent ici plusieurs mois par année. Il n'est pas exceptionnel de trouver à Suni-Sands, aménagé en 1969, des gens qui passent tous leurs hivers ici depuis dix ans. D'habitude, c'est moins, car les gens vieillissent, ayant de moins en moins de facilité à se déplacer en motorisé ou un camion et de plus en plus d'ennuis de santé. Les 100 autres emplacements peuvent accueillir des « snowbirds » qui arrivent sans préavis ou des voyageurs, comme moi, cherchant un peu de confort pour un ou plusieurs jours.

Sur les 200 « saisonniers » qui passent leur hiver ici, 55 sont Canadiens (37 de Colombie britannique, d'Alberta et du Yukon), 18 du ROC (Rest of Canada). Sauf que le reste du Canada est constitué exclusivement de Saskatchewan et du Manitoba. Évidemment, les « snowbirds » de l'Ontario, du Québec et des Maritimes préfèrent les destinations ensoleillées plus à proximité. Ces jours-ci, les seuls visiteurs de l'Est du Canada au Suni-Sands sont moi-même et un couple de l'Ontario qui voyage dans une fourgonnette similaire à la mienne. Évidemment nous faisons pitié comparés aux mastodontes de la route qui nous entourent.


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Les États-Uniens qui fréquentent cette région l'hiver viennent surtout des États limitrophes à l'Ouest canadien. Quatre-vingt de ces « snowbirds » viennent de Washington, d'Idaho, du Montana et du Wyoming. Il y en a quand même 19 qui arrivent du proche Midwest (Dakota du Nord, Dakota du Sud, Minnesota, Iowa) et six du lointain Midwest (Michigan, Illinois, Wisconsin), régions qui subissent aussi l'attraction du Texas et de la Floride. Pour compléter le tableau statistique, notons que onze « snowbirds » viennent d'Orégon, de Californie, du Nevada et de l'Utah et 23, en raison de la proximité, d'Arizona, du Nouveau-Mexique, du Colorado, d'Oklahoma et du Texas.

La dynamique qui anime les interactions entre Canadiens et États-Uniens au Suni-Sands joue à tous les niveaux. Invités au pays de l'Oncle Sam, les Canadiens font très attention de ne pas froisser leurs amis et voisins. Plusieurs osent hisser le drapeau unifolié au dessus de leur motorisé ou de leur roulotte, quitte à se faire taquiner et à se faire traiter de « Canuck » par leurs hôtes qui font preuve, le plus souvent, d'un patriotisme extrême tel que manifesté par ce drapeau aux allures très familières, mais portant un message politico-patriotique puissant: America, love it or leave it , avec, en avant plan, le symbole de la république (American Eagle) en mode d'attaque.


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janvier 28, 2009

Un dimanche après-midi à la plage de La Jolla

Je ne me connais vraiment pas en phoques! À Québec, pour en voir, il faut se rendre au nouvel aquarium, près du Pont de Québec. Pour en entendre parler, il faut simplement regarder les nouvelles et lire les journaux au moment de la chasse aux bébés phoques qui a lieu bon an mal an, en dépit des protestations musclées d'une partie de la communauté internationale, aux Îles de la Madeleine. C'est donc avec intérêt que j'ai passé une bonne partie du dimanche après-midi à l'anse La Jolla, au nord de San Diego, à regarder des « sea lions ». Quelle est la différence entre un «sea lion » et un « seal »? Donc, entre une « otarie » et un « phoque »? Il paraît que tout se joue au niveau des oreilles--pas entre les deux oreilles! Une otarie a des oreilles, un phoque n'en a pas! On dit aussi que le phoque descend d'une lignée de mammifères terrestres ressemblant à la loutre, tandis que l'otarie descendrait d'un mammifère ayant des airs d'ours!


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Tout cela semble bien compliqué, mais n'enlève pas le plaisir de regarder ces grosses bêtes marines sortir de l'eau et se traîner sur terre, les puissantes nageoires servant de pattes, et de les observer se réchauffer la couenne en troupeau sur la plage sablonneuse de l'anse.

À quelques dizaines de mètres de là, des pélicans, perchés sur le roc, surveillent la scène et les goélands se promènent sur la rive.


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La faune humaine, pas très nombreuse en cette journée « hivernale » où la température atteint à peine les 15 degrés, jouit néanmoins des plaisirs de la mer, certains s'y baignant même torse nu.


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janvier 25, 2009

Un samedi matin sur la jetée à Imperial Beach

Imperial Beach, en Californie, tout à fait au coin sud-ouest du rectangle que forment les États-Unis, à cinq kilomètres du Mexique. Au pays de Barack Obama dont tout le monde parle jour et nuit, impossible pour un Québécois de se retrouver à un point plus éloigné de chez lui! Loin sur tous les plans: géographique, climatique, économique et culturel. Par contre, un point commun en ce mois de janvier, la pêche aux petits poissons. À Sainte-Anne-de-la-Pérade, les friands de la pêche hivernale s'installent près du poêle à l'intérieur de petits cabanons et pêchent de l'éperlan à travers l'épaisse glace de la rivière. Ici, à une quinzaine de kilomètres au sud de la gigantesque ville de San Diego, les pêcheurs, grands et petits, vieux et jeunes, hommes et femmes, dont la plupart de langue espagnole, tentent leur chance auprès des sardines. La technique en est fort simple. Soit avec une canne à pêche, soit avec une ligne tenue à la main, l'une et l'autre munie d'une demi-douzaine de hameçons--même si la loi n'en permet que trois--on trempe sa ligne dans les eaux de l'océan Pacifique. L'appât de choix: la crevette.


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Les prises ne sont pas nombreuses, quelques sardines au fond des seaux en plastique qu'il faut par la suite vider et écailler sur place, les goélands et cormorans faisant un festin des entrailles et écailles. Le plaisir de la pêche est immense, la détente exaltante et la conversation parfois croustillante.

Chose inusitée: à la suite de ma partie de pêche, en quittant Imperial Beach, je me suis fait arrêter par la police pour déficience de vitesse. Je roulais à 25 milles à l'heure dans une zone de 35! Qu'un avertissement...heureusement!

janvier 23, 2009

Rencontre inattendue entre Québécois à Las Vegas

En 1905, lors d'un encan tenu au coin de Fremont et Main, le plan de la ville de Las Vegas se dessine. L'année suivante l'hôtel Golden Gate et son casino s'ouvrent sur les lieux mêmes. Ils sont encore là et font partie aujourd'hui de ce qui s'appelle la Fremont Experience. Il s'agit d'une nouvelle concentration de jeux au downtown, à deux kilomètres au nord du fameux « Strip », cette longue artère qui est le boulevard Las Vegas, regroupant une multitude de méga hôtels et casinos, depuis le Stratosphère au nord au Luxor au sud. Moins célèbre que le « Strip », la rue Fremont, depuis sa transformation, en 1995, en Fremont Experience, un vaste théâtre urbain tout en néon, couvert d'un toit qui, aux heures piles, une fois la nuit tombée, sert d'immense écran, long de quatre pâtés de maison, sur lequel sont projetés des spectacles de son et lumière à couper le souffle.


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C'est ici, en faisant la queue pour entrer au diner du Golden Gate, que nous avons rencontrés des compatriotes: Carel, Éric et Denis, fraîchement arrivés de Joliet pour une visite de cinq jours. Malheureusement pour eux, ayant réservé à quelques jours d'intervalle, ils n'ont pas pu avoir des accommodations dans le même hôtel. Le couple, Carel et Éric, pour qui c'était la troisième visite dans la capitale mondiale des jeux, dormaient--si on dort à Las Vegas--au Imperial Palace, tandis que leur copain, Denis, facteur de métier qui compte les jours avant de prendre sa retraite l'an prochain, devait se contenter de Harrah's. Mais quel contentement, car Harrah's est au « Strip » ce que est le Golden Gate au Fremont Experience, l'une de ses plus vieilles institutions!


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De gauche à droite: Éric, Carel et Denis

Lors de nos conversations, nous ne pouvions que remarquer l'influence du Québec à Las Vegas. Le Cirque du Soleil est partout--sur tous les enseignes--produisant des spectacle à profusion d'un bout à l'autre du « Strip ». Ne mentionnons que Ô, Kà, Mystère, Zumanity et Love qui dominent la marquise aux hôtels Bellagio, MGM Grand, Treasure Island, New York New York et Treasure Island respectivement. N'oublions pas non plus que c'est ici que Céline a atteint le statut de diva.

janvier 22, 2009

Deux Québécoises en Utah, au service de leur Église

Au Québec, il est souvent question des « nouvelles religions ». Parmi celles-ci, se classe bien sûr l'Église de Jésus-Christ des Saint des Derniers Jours, communément appelée l'Église mormone. Pour la plupart des Québécois et des francophones du monde entier, il s'agit là d'un « culte » ou d'une « secte ». C'est pour cela qu'il est fort instructif de voyager au pays des Mormons, de visiter Temple Square à Salt Lake City, le Vatican des Saints des Derniers Jours. On découvre que ce n'est pas tout à fait cela.

À 425 km au sud-ouest de là et à 200 km au nord-est de Las Vegas se trouve la ville de St. George (j'en ai déjà parlé dans une chronique écrite il y a 5 ans et publiée sur ce site). Autrefois, petite ville somnolente, jouissant des températures exceptionnellement chaudes pendant la saison froide, elle est bourgeonnante de nous jours. De moins de 10 000 habitants qu'elle comptait en 1970, elle en compte environ 100 000 aujourd'hui. Au coeur de cette agglomération se trouve le temple mormon, dédicacé en 1877. À cause de la douceur de son climat, Brigham Young (1801-1877), prophète aux yeux des fidèles et réputé colonisateur de vastes étendues de l'Ouest américain, a opté pour la construction de sa maison d'hiver à St. George


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Temple de St. George


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Centre d'interprétation du temple de St. George

Aujourd'hui, le Centre des visiteurs du temple de St. George, une mini version du Temple Square à Salt Lake, est très fréquenté par les voyageurs nord-américains, se déplaçant en voiture entre Los Angeles et Salt Lake ou Denver et des touristes internationaux à la recherche du wilderness. En fait, le temple de St. George et son centre d'interprétation font partie maintenant du circuit des parcs nationaux de la région (Bryce Canyon, Zion's, Grand Canyon). Pour acceuillir les visiteurs dans leur langue, de nombreuse jeunes missionnaires, engagées bénévolement pour une période de 18 mois, sont sur place. Parmi elles--car ce sont toutes des jeunes femmes--sont deux Québécoises qui assurent une permanence en langue française, Soeur Poulin de Drummondville et Soeur Charette de Gatineau. Soeurs? Oui, car pendant la période de service missionnaire, on n'utilise jamais le prénom habituel, ce qui aurait tendance à inspirer une certaine familiarité qui n'est pas souhaitée.


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Soeur Charette

Soeur Poulin

Soeurs Poulin qui terminera sa mission en avril et rentrera au Québec par la suite et Soeur Charette qui a commencé la sienne en janvier 2009 se font un plaisir de rencontrer des passants au Centre afin de leur fournir par voie de la parole, du pamphlet, du film et de la musique des explications sur l'histoire et les principes de cette « nouvelle » religion que leurs parents ont adoptée au Québec il y a une génération.



janvier 17, 2009

Millard Fillmore, président anonyme!


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À l'occassion de l'inauguration du 44e président des États-Unis, le monde entier a l'impression, grâce aux médias modernes et à la longue campagne présidentielle, de connaître déjà à fond le nouveau président, Barack Obama. Or, il n'en a pas toujours été ainsi! Certains présidents ont été des personnages anonymes, oubliés par l'histoire. Hier, ma visite au premier capitole du territoire de l'Utah, Fillmore, aujourd'hui chef lieu du comté de Millard, me l'a rappelé.


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Première assemblée législative de l'Utah, circa 1855.

En 1850, au moment du décès du douzième président des États-Unis, Zachary Taylor, le vice-président, Millard Fillmore a assumé les lourdes responsabilités de président. N'étant pas réélu à l'élection suivante, ce dernier des Whig a sombré dans l'oubli, sauf en Utah où l'un des 29 comtés porte son prénom et la petite ville (2 253 habitants) son nom. Pourquoi donc?  

C'est que Millard Fillmore a accédé à la présidence trois ans après l'arrivée des premiers pionniers mormons dans la vallée du Grand lac salé. Pendant sa présidence, la colonisation du vaste territoire de l'Utah sous la direction du prophète Brigham Young, s'entamait. Malgré les tractations, tergiversations et persécutions subies par les Mormons aux mains des Américains du Missouri et de l'Illinois, avec le concours des autorités gouvernementales, qui nécessitèrent leur départ des États-Unis, Young, nouvellement nommé gouverneur du territoire récemment acquis par les États-Unis, suite à la guerre avec le Mexique, tenait à convaincre les autorités fédérales que ses ouailles étaient, malgré les rumeurs qui circulaient au sujet de de leurs moeurs étranges, des citoyens modèles, encore fidèles à l'Union. Quelle meilleure façon d'en faire la démonstration que de baptiser la capitale du nouveau territoire au nom du président de la République étoilée?


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Circa 1930

Aujourd'hui, à la veille de l'inauguration de Barack Obama comme 44e président des États-Unis, il peut être difficile de trouver dans cet État, le deuxième plus rouge des États rouges (après Oklahoma), quelqu'un ayant voté pour lui !

janvier 13, 2009

Rencontre dans les airs avec un Chevalier de Colomb

Comme c'est agréable de ne pas passer par Montréal pour se rendre aux États-Unis par vol commercial. Le 10 janvier, à 8h10, j'ai pris le vol 2869 de Northwest Airlink vers Détroit avec correspondance à Salt Lake City. À 14h10 (MST), je me trouvais déjà dans l'étreinte de ma soeur. Entre temps, assis dans mon siège 17-C de l'airbus 319, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec Donald Bouchard, assis, lui, dans le 17-B, à côté d'une Américaine d'origine coréenne, dans le 17-A, qui ne cessait de lire de sa bible en prenant des notes à profusion. Donald partit tôt le matin de Portland, au Maine, à destination de Tucson, en Arizona, afin participer, avec 475 autres agents du KoC de partout aux États-Unis, à l'assemblée annuelle des agents des Chevaliers de Colomb dont Don est membre au quatrième degré. De chez lui, il s'occupe des dossiers des gens de sa région qui se prévalent de ses services pour l'obtention d'assurance vie et autres.


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L'histoire de Don est intéressante et en dit long sur l'évolution récente de cette capitale franco-américaine qui enjambe la rivière Androscoggin, au sud du Maine. Jeune homme, il n'a que 36 ans. Lui et son frère jumeau sont les cadets d'une famille de sept enfants dont le père est décédé en 1990 et la mère en novembre dernier à l'âge de 63 ans seulement. Sa grande soeur, la plus vieille de la famille n'a que 47 ans. Leurs parents sont nés aux États-Unis, enfants d'immigrants de Trois-Rivières, du côté paternel, et de Magog, du côté maternel. Don ne pouvait me dire avec précision la date d'arrivée dans le Maine de ses grands-parents, mais ils devaient faire partie des dernières vagues en provenance du Québec, avant la fermeture de la frontière canado-américaine en 1929. Sa mère était la dernière de douze enfants et a passé une partie de sa jeunesse, avant la fermeture de l'usine, à travailler dans le complexe industriel formé autour du Bates Mill, à Lewiston.

Mes conversations avec Don se poursuivirent évidemment en langue anglaise car son français était fort laborieux, ce qui le mettait visiblement mal à l'aise. Par contre, si j'avais eu affaire à sa soeur, cette situation ne se serait pas produite car elle parle couramment la langue de ses ancêtres. Pourquoi cette différence? Peut-être trois explications: école, relation filiale, société ambiante. D'abord, la grande soeur a eu l'occasion de fréquenter l'école paroissiale au moment où une partie considérable de son cursus s'offrait encore en français (années 1960). L'école paroissiale franco-américaine se trouvait alors dans ses derniers balbutiements, soit qu'elle fermerait soit qu'elle deviendrait une école comme les autres de point de vue langue d'enseignement. Lorsque Donald est arrivé à la même école, sa vocation linguistique avait changé, la langue française avait complètement disparu. Ensuite, la grande soeur, compte tenu du petit écart entre son âge et celui de sa mère jouissait d'une situation privilégiée auprès de celle-ci. Selon Don, leur relation ressemblait davantage à celle entre deux soeurs qu'entre mère et fille. Maman parlait français avec sa fille et l'initiait à une certaine vie française en l'emmenant régulièrement au Québec assister aux concerts de l'un de ses favoris, Johnny Farrago. Maman y achetait des disques qu'elle écoutait par la suite avec sa fille à Lewiston. Enfin, l'anglicisation/américanisation, la disparition de l'industrie du textile et la réussite économique tardive des Franco de Lewiston-Auburn faisaient en sorte que les Petits Canadas, avec leur institutions ethniques, disparaissaient rapidement les unes après les autres.

Le Messager de Lewiston, par exemple, cessa publication en 1966. Donald prétendait l'avoir vu sur la table de cuisine chez eux, ce qui est impossible compte tenu de sa date de naissance. Il reconnaît d'emblée son tort de ne pas parler français: after all, dit-il, it's my heritage. Malgré ce voeu pieux et malgré le fait que bon nombre des vieux Chevaliers de Colomb qu'il dessert en tant que commis de bureau et responsable de leurs dossiers préfèrent obtenir le service en français, sa vie se poursuit exclusivement en anglais. Don connaît le Franco-American Heritage Center, nouvellement aménagé dans la magnifique église Sainte-Marie désacralisée, mais ne sait rien de la Collection franco-américaine, les plus importantes archives franco-amércaines de l'État du Maine, conservées sur le campus de l'University of Southern Maine, Lewiston-Auburn Campus. Il n'en savait pas plus sur l'excellent volume, Voyages: A Maine Franco-American Reader, publié l'an dernier par Barry Rodrigue et Nelson Madore.

Comme je fais toujours dans de pareilles circonstances, j'ai suggère à Donald de se réorienter géographiquement, de penser plus en termes « nord-sud » et moins en termes « est-ouest », et de séjourner au Québec afin de se retremper dans la culture de sa mère patrie. Il m'informe que depuis trois ans, il a fait deux voyages à Québec, une fois seul, une fois accompagné de son épouse d'origine irlando-américaine et de leur fille. Les deux fois, il s'est logé au « Château de Frontenac ». Ses promenades se limitèrent donc au Vieux-Québec où, dit-il, « tout le monde parle anglais ». Hélas...



Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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