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novembre 22, 2009

Claude et Loulou Trépanier: 60 ans de mariage

Cécyle Trépanier et Konrad Wolf nous ont reçus à Kingston (ON) cette fin de semaine. Quelle merveilleuse chose que l’amitié. Merci à vous deux!


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Le 13 août dernier, les parents à Cécyle ont fêté leur 60e anniversaire de mariage. Bel exploit de nos jours! Pour le livret commémoratif contenant des mots écrits par parents et amis, je me suis mis à contribution par le texte qui suit :

Hommage aux bons parents

Comme père d’une famille nombreuse, rien ne me fait autant plaisir que de recevoir un compliment au sujet de l’un de mes quatre garçons ou l’une de mes quatre filles. C’est dans cet esprit que j’aborde les 60 ans de vie conjugale de mes amis, Claude et Loulou, que je connais à travers leur fille, Cécyle, qui m’a accepté, tour à tour, comme grand frère, mentor, ami, « parrain » et collègue. Je lui serai éternellement redevable.

Les réalisations de leur fille sont toutes à l’honneur de ses parents qui ont su l’élever avec tendresse, diligence et sagesse. Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois à Québec en 1975, au début de ses études de maîtrise, il était évident que Cécyle avait des valeurs à la bonne place, qu’elle venait d’une famille où les parents s’aimaient passionnément et se souciaient, l’un pour l’autre et pour leurs enfants. Libre enfin des contraintes du milieu paroissial et de la maison paternelle, Cécyle continuait néanmoins, tout au long de ses années de maîtrise à faire la navette régulièrement les fins de semaine entre Québec et Trois-Rivières afin de ne pas desserrer le lien avec Claude et Loulou, certes, mais surtout avec son jeune frère qui l’adorait.

À la fin de la maîtrise, une nouvelle étape de la vie s’annonce qui amènera Cécyle loin de Trois-Rivières, loin du Québec. Elle a accepté mon offre d’un poste d’adjointe de recherche. Elle m’aiderait à poursuivre des recherches sur le Vieux-Carré à la Nouvelle-Orléans et à publier d’un article qui comparait ce quartier historique et touristique à celui du Vieux-Québec. Ensemble, en parcourant le sud de la Louisiane, Cécyle et moi découvririons la culture cadjine et elle mènerait des enquêtes auprès de la population. Claude Trépanier avait toujours dit à sa fille de bien apprendre l’anglais, car cela pourrait lui être très utile. En Louisiane, elle en a eu la preuve…et des regrets. Son anglais n’était pas tout à fait au point! C’était quand même un mal pour un bien, car les Cadjins qu’elle visitait chez eux n’avaient d’autre choix que de lui parler en français pour se faire comprendre de la Québécoise.

En cette année 1977-78, afin de passer du temps avec sa fille au loin, Loulou, accompagnée de tante Marielle, a fait son premier voyage en avion. Cécyle leur a fait rencontrer ses « parents louisianais », Forrest et Marie Richoux, qui avaient adopté la « fille à mobylette » . Les Richoux trouvaient Céycle bien maigre et l’invitait souvent à manger et la soignait quand elle était malade. Ce merveilleux couple a reçu Loulou et Marielle dans leur petite maison à Westwego. Pour l’occasion, Marie avait préparé un délicieux gombo aux « chrevettes » que Loulou a trouvé délicieux. Pourtant, Loulou déteste des crevettes; elle n’est pas capable d’en manger. Quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre ultérieurement que ce qu’elle avait mangé ce jour-là n’était pas un plat à la viande de chèvre, mais plutôt un ragoût cadjin à la crevette. En voyage, il faut développer son vocabulaire! En français cadjin, « chevrette » veut dire « crevette ».

Deux ans après son escapade louisianaise, Cécyle a entrepris une autre odyssée aux États-Unis, cette fois-ci en Pennsylvanie pour faire son doctorat. Et oui, c’était encore moi qui étais responsable de son éloignement de Claude et Loulou. J’avais reçu une lettre du directeur du Département de géographie de la Pennsylvania State University, l’une des meilleures écoles de géographie aux États-Unis. Monsieur Zelinsky se trouvait en mode de recrutement. Il voulait attirer les meilleurs candidats possibles à son programme de doctorat. J’ai été fier de lui proposer le nom de Cécyle Trépanier qui fut acceptée. Elle y passerait cinq ans, réalisant une thèse sur la Louisiane française qui faisait suite aux travaux réalisés sous ma direction. En Pennsylvanie, Cécyle a plongé dans la culture américaine. Évidemment, on y parlait peu français et l’écrivait encore moins. Il a fallu donc qu’elle écrive sa thèse dans cette langue. Par la force des choses, le souhait de son père fut exaucé. L’apprentissage de cette langue lui servirait beaucoup plus qu’elle ne le croyait, d’abord comme professeure pendant un an à l’université du Manitoba avant de se faire engager comme professeure à l’université Laval où elle a profité de son expérience états-unienne, autant en Louisiane qu’en Pennsylvanie pour offrir un cours très couru sur la géographie historique de l’Amérique du Nord.

Son retour à Laval fit de nous des collègues et de moi son « parrain ». Nous partagions un cours, Le Québec et l’Amérique française qui nous faisait fréquenter avec nos étudiants des communautés francophones en Alberta, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Angleterre et en Louisiane. Quel plaisir que nous avons eu à enseigner ensemble! Je me trouvais constamment en admiration devant sa bonne humeur, sa compétence et sa capacité d’innover. Elle avait le don de faire comprendre des idées et des concepts en faisant appel à la bonne vieille philosophie de sa mère ou de sa grand-mère : « Comme ma mère disait… » Combien de fois l’ai-je entendu dire cela devant une salle remplie d’étudiants.

Pour revenir au souhait de Claude Trépanier que sa fille maîtrise l’anglais, avouons tout de suite que personne n’aurait pensé que cette langue deviendrait la lingua franca entre Cécyle et l’homme de sa vie que le destin a mis sur son chemin grâce à moi. Mais c’est là une autre histoire que je laisserai Cécyle et Konrad raconter.

Sachez, Claude et Loulou que vous réussi votre mariage et vous avez réussi dans la vie. Je regrette de ne pas mieux connaître votre fils, mais j’ai pu suivre ses progrès de loin grâce à votre fille que j’estime tant. De moi et de ma famille que vous avez eu l’occasion de connaître, je vous félicite en ce grand jour de votre 60e anniversaire de mariage.


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novembre 15, 2009

Camille et William

Journée historique chez nous! William D. Louder de Montréal (fils de Mathieu et Marie-Lou), né le 15 octobre 2009, s’est rendu à Québec aujourd'hui faire la connaissance de sa cousine, Camille Louder (fille de Zachary et Geneviève), née le 14 février 2009.

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Une belle rencontre, the first of many, souhaitons-le.

novembre 14, 2009

Souvenirs d’un voyage en Louisiane et retrouvailles avec Warren Perrin

Au moment où je m’apprête à repartir vers la Louisiane, je me rappelle un voyage que j’y ai effectué il y a neuf ans. En fait, en octobre 2000, Cécyle Trépanier et moi avons emmené en Louisiane la quinzaine d’étudiants inscrits au cours GGR-16527, Le Québec et l’Amérique française. Il s’agissait de la vingtième excursion en milieu francophone minoritaire depuis 1980—des voyages qui nous ont conduits aux quatre coins de l’Amérique, de Terre-Neuve à Rivière-la-Paix, en Alberta, et de Rivière-la-Paix à la Floride avec plusieurs visites en Acadie, en Franco-Américanie et en Ontario français (voir carte des excursions). L’historique de cette extraordinaire expérience pédagogique est consigné à un article intitulé « Sur les routes de l’Amérique française : l’expérience des géographe lavallois », publié en septembre 2002 dans la revue Québec Studies. Si je reproduis ici la partie de l’article consacrée à cette excursion en pays cadien, c’est pour mieux parler d’un lancement de livre qui a eu lieu hier soir dans la Maison Fornel, sous le patronage de l’Association acadienne de la région de Québec, du Centre de la francophonie des Amériques et du Ministère des relations internationales.


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Carte des excursions, 1980-2001

L’année 2000 permet la réalisation d’un rêve : amener nos étudiant en Louisiane, où notre recherche nous avait régulièrement conduits depuis la fin des années 1970. Ainsi, nous prenions la route du sud, à la découverte de la Louisiane contemporaine. Notre port d’attache sera Abbeville, petite municipalité tout près de Lafayette, où nous avons bénéficié de l’hospitalité de Sœur Jeannette, au couvent de la communauté des Dominicaines, et d’Allen LeBlanc, notre ange-gardien, avant et pendant notre séjour. Notre programme de cinq jours visait à illustrer la diversité régionale du sud de la Louisiane et privilégiait quelques thèmes.


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Soeur Jeannette

La première journée, nous avons exploré la région du bayou Tèche (Pont-Breaux, Parks et Saint-Martinville), culturellement et racialement diversifiée, et caractérisée par la culture de la canne à sucre. Le moment fort de la journée a été la visite à Saint-Martnville, au Monument acadien, et au futur site du African-American Museum. Deux jeunes Créoles noirs, francophones, nous accompagnaient lors de cette visite. Ils se sont senti offensés par le nom de la future institution. Celle-ci devait célébrer leur culture créole, mais ne mettait en évidence que leur culture noire. La seconde journée fut consacrée à la découverte de la région des Prairies (Mamou et Eunice), fief de l’identité cadjine, et où l’économie agricole est dominée par la culture du riz et des fèves sojas. Cette journée fut marquée par la musique. D’abord celle de chez Fred’s, un bar à Mamou à partir duquel on diffuse une émission radiophonique, maintenant célèbre, tôt le samedi matin, puis au Lafitte National Cultural Center et au Liberty Theater d’Eunice, où différents orchestres cadjins étaient en vedette… pour le grand plaisir des touristes. Alors que l’on se préparait à aller écouter un orchestre Zydeco, la maladie a frappé. Diagnostic : empoisonnement alimentaire. C’est donc une troupe amoindrie qui, le troisième jour, se dirige vers le Mississippi. Il faut d’abord traverser le bassin de l’Atchafalaya, une barrière naturelle impressionnante entre le sud-est et le sud-ouest de la Louisiane française. Sur les rives du grand fleuve, à St. James, où une plaque historique rappelle l’arrivée des Acadiens, nous avons rencontré les paroissiens, des Créoles noirs, tous endimanchés et célébrant la fête des morts. À la Nouvelle-Orléans, berceau de la Louisiane française, nos étudiants nous ont surpris par leur dégoût du Vieux-Carré, quartier historique transformée en parc d’amusement…pour adultes. Les deux derniers jours étaient consacrés à la visite d’institutions et de différentes associations à vocation éducative (Prairie Elementary School, University of Louisiana at Lafayette), culturelle (Conseil pour le développement du français en Louisiane-CODOFIL, Radio Louisiane) ou économique (Louisiana Convention and Visitor Commission, le Centre international de commerce). Que retenir de toutes ces rencontrse et de toutes ces visites? Le rapport à la langue française est différent de celui observé ailleurs sur le continent. Malgré les efforts de nombreux individus et du CODOFIL, organisme gouvernemental qui fait des miracles avec un financement déficient, l’ensemble de la population soutient peu ses militants. Ici, on est avant tout Américain. Pourtant, l’industrie touristique, elle, reçoit des millions de dollars pour mettre en valeur la culture cadjine, afin de remplir les coffres de l’État. Une culture sans langue, voilà un des plus grands paradoxes louisianais. [Québec Studies, 33, pp. 36-37]

L’un qui travaille contre vents et marées pour minimiser, sinon effacer, les effets de l’américanisation du pays des Cadiens est Warren A. Perrin, président du CODOFIL depuis plusieurs années déjà, que nous avons aussi rencontré en 2000, à son bureau d’avocats, au cœur de Lafayette, où il nous expliquait la démarche qu’il avait entreprise afin d’obtenir des excuses de la Reine d’Angleterre pour la Déportation des Acadiens en 1755—démarche qui porta fruit en 2003 par la Proclamation royale.


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Hier, Warren était de passage à Québec pour le lancement de son livre Une Saga acadienne, de Beausoleil Broussard à la Proclamation royale, traduit par Roger Légère et Guy Thériault et publié aux Éditions Lambda. Il s’agit d’un petit livre en trois parties, ayant paru en anglais en 2005 sous le titre Acadian Redemption (avec le même sous-titre). La première partie du livre rend hommage au résistant acadien, Beausoleil Broussard, celui qui devint un héros, autant en Acadie qu’en Louisiane, pour ses actes de bravoure en face de l’ennemi. Perrin, dont la femme est une Broussard, suit l’ancêtre à la trace de son Acadie natale à sa nouvelle demeure en Louisiane. La deuxième partie n’a que peu à voir avec la première. C’est ici que Perrin décrit sa « démarche vers la justice », fondée sur une pétition présentée au nom des Acadiens à Margaret Thatcher et à la Reine, elle-même, demandant réparation de la part du gouvernement britannique pour les torts infligés aux Acadiens. La dernière partie du livre, composant plus que le tiers du volume (pages 145 à 232), est accessoire à la compréhension. Il s’agit de 15 annexes d’utilité variable : annexe 3, Marquage du bétail dans le Sud-ouest de la Louisiane (peu) ; annexe 10, Proclamation royale de 2003 (beaucoup).


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En prenant la parole au lancement, Me Perrin remerciait le Québec et les Québécois de leur appui constant depuis la fondation en 1968 de l’organisme qu’il préside. Cet appui est d’autant plus important depuis les événements du 11 septembre 2001, car le gouvernement des États-Unis ne permet plus le recrutement par CODOFIL de moniteurs du français et d’enseignants d’immersion en provenance des pays d’Afrique ou du Moyen Orient. Le Canada (Québec/Acadie), la France et la Belgique tiennent seuls le fort.


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À son tour de parler, l’éditeur aux Éditions Lambda a levé le voile sur un secret mal gardé. En ce moment, sur recommandation d’une Sénatrice de Louisiane, Warren Perrin serait dans la mise du président Barack Obama comme possible ambassadeur des États-Unis auprès d'un pays de la Francophonie.

À suivre donc…

octobre 30, 2009

Isle Dernière en spectacle à Québec

Dans le foulée des activités entourant le premier anniversaire du Centre de la Francophonie des Amériques, un groupe rock louisianais, Isle Dernière, mettant en vedette le jeune rockeur cadien (Cajun), Rocky McKeon, de Canal à Robinson (bayou Terrebonne, à 15 km en amont de Cocodrie), s’est produit hier soir au Cercle, bistro/bar/resto de la rue Saint-Joseph. Détendu et souriant avant le spectacle, Rocky s’est transformé vers 22h en bête de la scène. Accompagné de Ethan Jordan, Marc Poirier et Dustin Schultz, cet activiste, défenseur ardent de la langue et de la culture cadiennes, proposait une musique actuelle inspirée de classic rock et de delta blues, chantée tout en français bien sûr!

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La foule, un peu lasse au début, ne pouvait la demeurer longtemps se faisant entrainer par la bonne humeur de l’artiste, les rythmes endiablés et les paroles souvent touchantes.


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En première partie du spectacle de l’Isle Dernière, deux chanteurs guadeloupéens, G’Ny et Smiley. La première est une vedette montante des Antilles offrant une fusion entre les musiques modernes caribéennes et les courants acoustiques traditionnels, tandis que le deuxième se situe entre reggae et couleurs caribéennes—un spécialiste des nouvelles sonorités.


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octobre 18, 2009

Un futur Nordique

Né le 15 octobre 2009, à Montréal, William D. Louder, 7 lbs. 8 oz.


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Les parents: Marie-Lou Desmarais et Mathieu Louder.

Ça fait deux petits-fils en six semaines!

octobre 02, 2009

André Gladu reçu à l’Ordre des francophones d’Amérique

Décerné annuellement par le Conseil supérieur de la langue française, l'Ordre des francophones d'Amérique a pour but de reconnaître les mérites de personnes qui se consacrent au maintien et à l'épanouissement de la langue de la Franco-Amérique. À la cérémonie de la remise des insignes de l’Ordre, tenue le 30 septembre en le Salon rouge de l’Assemblée nationale du Québec, en présence de la Ministre Christine Saint-Pierre, du maire de Québec, Régis Labeaume, et du président du Conseil supérieur de la langue de française, Conrad Ouellon et de nombreux amis, collègues et collaborateurs, ainsi que de son fils, Aléxis, André Gladu, cinéaste dont la profondeur, l’originalité et la sensibilité de l’œuvre sont reconnues au Québec et partout sur le continent dans les milieux universitaires et dans les communautés acadienne, cadienne, franco-américaine, franco-canadienne et métisse, a reçu les honneurs couronnant sa longue carrière de documentariste qui se poursuit inlassablement.


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Régis Lebeaume, Conrad Ouellon, André, Christine St-Pierre


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André et Aléxis Pilon-Gladu

L’octroi des insignes de l’Ordre des francophones d’Amérique signifie que le récipiendaire a travaillé au rayonnement de la francophonie au Québec ou dans les grandes concentrations francophones nord-américaines. Dans le cas d’André, ce n’est pas une question d’avoir travaillé au rayonnement au Québec OU dans les îles de l’Archipel franco d’Amérique. Non, dans son cas, le OU se transforme indubitablement en ET. Aucun artiste ou artisan en Franco-Amérique n’a autant travaillé à la fois sur le Québec ET le hors Québec. Son tout premier documentaire, Le Reel Pendu (1971), consacré aux liens entre les cultures du Québec, de l’Acadie et de la Louisiane, annonçait déjà ce qui serait la couleur de sa carrière. D’ailleurs, une analyse rapide—et probablement partielle—de l’œuvre de Gladu révèle la réalisation de 45 films documentaires. Ils sont de durée variable (10, 30, 60 et 80 minutes) et de thèmes divers (biographie, patrimoine, musique traditionnelle…). Sur ce nombre, 18 ont le Québec comme toile de fond et les Québécois comme sujet. À titre d’exemples : Gilles Vigneault : Portager le rêve (1997), La conquête du grand écran (1996), Gaston Miron : les outils du poète (1994), Marc-Aurèle Fortin (1983), Les dompteurs du vent (1981), Le quêteux Tremblay (1977), « Pitou » Boudreault, violoneux (1974). Vingt-et-un d’entre eux visent à mettre en valeur les autres Francos d’Amérique. Mentionnons Marron : la piste créole en Amérique [Louisiane] (2005), Tintamarre : la piste Acadie en Amérique (2004), Liberty Street Blues [Louisiane] (1988), Zarico [Louisiane] (1984), Les gens libres [Métis du Manitoba] (1979), C’est toujours à recommencer [Ontario] (1979), Le Petit Canada [Nouvelle-Angleterre] (1978), Le dernier boutte [Terre-neuve] (1978), C’est pu comme ça anymore [Missouri] (1976). Enfin, cinq autres films ont été tournés en Europe, quatre en France et un en Ireland : And a bit ou music… (1979), Parler breton, c’était un crime (1979), J’ai chanté, j’ai déchanté et je rechante (1979), Il faut continuer (1978), La terre d’Amitié (1978).

Son passage à Québec a fourni à André l’occasion de rencontrer au bureau des Éditions du Septentrion, lors d’une séance de travail en vue d’un prochain film consacré aux peuples métis du Canada et des Etats-Unis, Robert Foxcurran, chercheur de Seattle en visite chez moi. Celui-ci vient de terminer la rédaction d'un volumineux manuscrit intitulé « Washington Territory’s Tale of Two Frenchtowns » . Foxcurran, à la retraite depuis peu de la grande compagnie d’aviation Boeing, poursuit depuis une quinzaine d’années sa principale passion : le dévoilement—pour ne pas dire le « déterrement »—et la mise en valeur de la présence franco dans sa région. Il s’agit d’un pan d’histoire et d’un espace géographique qui manquent dans les manuels d’histoire, autant aux États-Unis qu’ici. Rob voudrait bien corriger la situation. Tout au long de son court séjour, il nous rappelait que la présence canadienne-française et métisse est historiquement et numériquement plus importante dans l’Ouest américain que dans l’Ouest canadien. Pourtant, on associe toujours ce phénomène aux provinces du Manitoba, de Saskatchewan et d’Alberta et rarement aux États de Dakota du Nord, de Dakota du Sud, du Montana, d’Idaho, de l’Orégon et de son propre État de Washington. Foxcurran insiste sur l’artificialité du 49e parallèle en ce qui a trait aux coureurs de bois et aux voyageurs canadiens du continent et à la nouvelle nation qu’ils ont engendrée, celle des Métis…des Bois-brûlés...des French Breeds !


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Séance de travail chez Septentrion


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Robert Foxcurran devant la Fontaine Tourny

septembre 18, 2009

Claudine, Cannoise de Californie: « French San Franciso »


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Au printemps 2008, dans la région de la baie de San Francisco, la Délégation du Québec à Los Angeles organisa deux activités, l’une universitaire à Berkeley, l’autre culturelle à l’Alliance française de San Francisco. Aux deux, j’ai eu le bonheur de partager la tribune avec Claudine Chalmers, ressortissante française ayant passé le plus clair de sa vie d’adulte en Californie où elle incarne aujourd’hui le patrimoine français perdu de cette région. Collectionneuse, archiviste, conférencière et auteure, Claudine fut de passage à l’université Laval cette semaine afin de participer au Séminaire de la CEFAN (Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord), consacré ce trimestre-ci à l’étude et à la compréhension de la formation associative en francophonie nord-américaine. Sa prestation intitulée « Mouvements associatifs dans la francophonie nord-américaine : cas particulier de San Francisco », copieusement illustrée de photos et de documents historiques a séduit l’auditoire composé d’une vingtaine d’étudiants qui ignoraient, pour la plupart, l’existence d’un fond français à San Francisco et la réalité francophone de la Californie d'aujourd’hui. Grâce à son exposé et au texte intitulé « Les Québécois au ‘pays des rêves’ : nouveaux enjeux, nouvelles tendances en Californie » écrit par Marc Boucher, ancien délégué du Québec à Los Angeles et actuel délégué à Chicago, publié dans le livre Franco-Amérique (Éditions du Septentrion, 2008), et offert aux étudiants comme complément d’informations, ce manque fut comblé.

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Lucille Guilbert, responsable du séminaire, et Claudine

Venue en Californie pour la première fois à l’âge de 17 ans comme l’un des cinq exchange students—la seule de France—dans une excellente école secondaire à Palo Alto, cette Cannoise a eu la piqûre de la Californie, y revenant pour de bon dix ans plus tard pour fonder foyer (deux fils) et poursuivre son rêve.

En plus de French San Francisco, publié en 2007, Splendide Californie!: Selections by French Artists in California History, 1786-1900, un livre haut de gamme publié en seulement 450 exemplaires, vit le jour en 2001. Tel qu’en témoigne l’extrait suivant tiré d’un numéro récent du bulletin de Sierra Writers, ses intérêts ne se limitent pas au fait français. L’engagement local de cette citadine transplantée au pied de la Sierra est exemplaire.

Even from her native Cannes, France, award winning author, Claudine Chalmers had a fascination with California’s Gold Rush and the artists that captured it. Chalmers’ fascination was more than a fleeting fancy. It became a passion prompting not only her doctoral dissertation but many articles and a 2001 Commonwealth Club of California Silver medal winning book.

In her most recent book, Grass Valley, Chalmers draws on her vast research as well as interviews with local families and museum curators to get at the lesser known local history. Chalmers describes this short book as a “memory lane” sort of experience that despite its length provides the first truly comprehensive look at Grass Valley’s transformation from the Maidu settlement to an industrial mining town. Rare photographs along with histories of the lesser known cultural groups such as African-American and Jewish pioneers help “Grass Valley” to find its place on the shelf among the other Gold Rush history books.

Chalmer’s love for the Gold Rush history brought her from France in 1974. After many years in the Bay Area, she moved to Nevada County where she now lives. After renovating several old Grass Valley homes from the 1890s, Chalmers found that the stories of the houses themselves mixed with her life-long interest in early French artists and pioneers. This propelled her search deeper into the history specific to Grass Valley. An historian and historical conservationist, Chalmers hopes that the light she sheds on corners of the past in “Grass Valley” will add more details to what is known about the region and will encourage the on-going efforts to protect local landmarks and cultural heritage.

Whether you are a writer, an art lover, a historian or just want to know a little more about your local history, an evening with Claudine Chalmers will provide a learning experience for all.

Le passage à Québec de la Cannoise de Californie l’a marquée pour la vie. La beauté des lieux en ce début d’automne, l’accueil des gens à l’université Laval, au Centre de la Francophonie des Amériques, dans les restaurants et dans les rues l’a convaincue que cette première visite à Québec ne sera pas sa dernière !

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Claudine au Bois de Coulonge

septembre 02, 2009

Prix de la rentrée: un autre petit-fils

Né le 2 septembre 2009, à Boisé, ID, Jaymus Rausch, 6 lbs 14 oz.

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Les parents: Lysanne Louder et Jeremy Rausch.

Voilà que la vie est belle! ...


septembre 01, 2009

Parc des Grands-Jardins: les « Rocheuses québécoises » valent-elles les Rocheuses canadiennes ?

À chaque lecture du blogue familial (crlouder.blogspot.com) de mon fils aîné qui habite l’Alberta, je m’émerveille devant le choix de ses photos. En voici deux prises la semaine dernière lors d’une randonnée au lac Rawson, situé au cœur du « Kananaskis Country », à l’ouest de Calgary.


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Les regardant, j’ai eu envie de vivre ce que Cort et sa famille venaient de vivre et je suis parti par beau temps le vendredi après-midi pour les « Rocheuses québécoises », à 90 minutes de Québec, dans la région de Charlevoix. Depuis des années, je m’étais promis d’escalader le Mont du lac des Cygnes, en marge du parc national des Grands-Jardins. Ce jour est venu le lendemain matin (le samedi 29 août) à 7h30! Malheureusement, le beau ciel bleu de la veille cédait aux nuages gris et au brouillard que je voyais s’approcher de l’Ouest, de la vallée de la Grande rivière de Canada (autrement connue sous le vocable du fleuve Saint-Laurent) au fur et à mesure que je suivais le sentier étroit de 4,1 km menant au sommet, 440 mètres plus haut.

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Une fois rendu, il a fallu que je me couvre car il ventait à écorner les boeufs! Le paysage était devenu alpin, nordique… Du taïga partout, des roches couvertes de lichens. Il ne manquait que des caribous!

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À 360 degrés à la ronde, des vues à couper le souffle :


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Vers le Nord-Est


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Vers l’Est


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Vers le Sud-Est


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Vers le Nord-Ouest et le lac Georges


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Vers le Sud-Ouest

Nos « Rocheuses » valent-elles les « leurs »? Je ne me prononce pas, mais j’ai ma petite idée. D’une chose, je suis certain. Nous avons quelque chose qu’ils n’ont pas, ce grand fleuve qui pénètre le continent, élément vital de la vie d’ici d’antan et d’aujourd’hui. Depuis les Grands-Jardins, on peut en moins d’une heure se rendre à Saint-Siméon, là où le fleuve est le plus beau, embarquer à bord du Trans-Saint-Laurent. Quittant Charlevoix, 65 minutes plus tard, le traversier accoste à Rivière-du-Loup, porte d’entrée du Bas-Saint-Laurent, du Témiscouata et de Kamouraska.


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août 22, 2009

De la petite visite du Texas: retour à la mère patrie

De passage à Québec pour retracer leur ancêtre et voir le pays dont il était issu, Bertha Leveck-Mendiola de San Antonio et sa fille, Carla de Dallas ont eu recours à mes services. Voici l’histoire qu’elles véhiculent.


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L’ancêtre, Jean-Pierre Lévesque, est né dans la grande région de Kamouraska, probablement près de Rivière-du-Loup vers 1805. Sans doute qu’il était de ces Canayens qui ont décidé au milieu du siècle de s’expatrier dans la très loyaliste province du Nouveau-Brunswick, s’installant dans un premier temps dans la Vallée du Haut-Saint-Jean avant de se marier en 1854 avec Susan Little du comté Queens. Premières noces? Nul ne le sait.

Par contre, on sait que le couple s’est par la suite déplacé aux États-Unis, élisant domicile près de Caribou et de Presque Ile, au Maine. Ils ont eu cinq enfants élevés dans la foi de leur mère, le Méthodisme. L’un d’eux, Coleman, devient le père de Sandy, né en 1900. À 19 ans, l’armistice en Europe signée depuis peu, le soldat Sandy Leveck est posté à McAllen, au Texas, où les forces armées américaines assurent la sécurité le long de la frontière mexicano-américaine. C’est l’époque où Washington se méfie des incursions aux États-Unis du « bandit » Pancho Villa. Sandy y rencontre Elodia McDonald, Mexicaine-Américaine malgré le nom; ils se marient. L’union lui permettra de retrouver sa foi catholique, mais pas son nom Lévesque.


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Bertha, qui garde précieusement dans sa sacoche sa carte de membre de l’Association des Lévesque d’Amérique, est la troisième enfant de Sandy dont elle ne conserve qu’un vague souvenir, car il mort est en 1938, alors qu’elle n’avait que 6 ans. La langue maternelle à Bertha est l’espagnol. Elle trouve formidable de trouver au Québec un pays où tout le monde parle cette autre langue de son patrimoine culture, celle qu’elle ne parle point, le français!

Carla, diplômée de l’université Rice au premier cycle et de l’Université du Texas au deuxième, et inspirée par la vécu de ses ancêtres, poursuit actuellement un doctorat en histoire à Southern Methodist University dont le projet d’étude a pour but d’explorer, dans un cadre comparatif, les relations transfrontalières à micro échelle ayant eu cours dans le sud du Texas et dans le nord du Maine de 1900 à 1930. Autrement dit, elle s’intéresse à découvrir de quelle manière les processus d’ethnicisation et d’internationalisation ont pu jouer dans la vie de tous les jours des habitants des vallées de la Rio Grande et du fleuve Saint-Jean à cette époque charnière.

Le Québec, mère patrie! Faut le dire et le redire, car il s’agit là d’un aspect majeur de sa spécificité.

août 06, 2009

De la grande visite du Dakota du Nord : retour à la mère patrie

Il y a 130 ans, la Mauricie, comme le Québec tout entier se vidait. Exode vers la Nouvelle-Angleterre, exode vers le nord de l’Ontario, exode vers le Midwest américain et vers le Dakota du Nord, en particulier. Les Martel de Trois-Rivières, les Richard de Mont-Carmel, les Brunelle de Batiscan, les Pronovost de Saint-Narcisse et ainsi de suite.


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La semaine du 27 juillet, c’était un retour au pays—à la mère patrie—pour des descendants de ces Canadiens français partis si loin faire fortune. Dans le cadre du programme des Initiatives en français Midwest, organisme fondé en 2004 et dirigé par Virgil Benoît, professeur à l’université du Dakota du Nord, 28 « survenants » se sont pointés aux portes du Québec dans le but de visiter les lieux de leurs ancêtres. En route, afin de renouer avec des Franco comme eux et d'en découvrir d’autres, ils firent escale à Duluth, au Minnesota, à Marquette, au Michigan, à Sault-Sainte-Marie, à Sudbury et à Ottawa.


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Virgil Benoît


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Au Québec l’autobus s’arrêta, tour à tour, à Montréal, à Trois-Rivières et à Québec. La journée du 31 juillet, passée largement à l’Île d’Orléans, fut particulièrement riche en découvertes et en émotion. C’est à Sainte-Famille, à la Maison de nos aïeux, à la suite d’un excellent repas aux mets traditionnels offerts au Relais des Pins, que certains ont pu obtenir de précieuses informations sur l’endroit précis où leur ancêtre eut frôlé pour la première fois le sol canadien.


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Janice Parrow (Perreault) et sa fille, Laska, de Minneapolis, se réjouirent de trouver à quelques centaines de mètres de la Maison le monument érigé à l’honneur de leur ancêtre David Létourneau, le premier à porter ce nom en Amérique.


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Myron Senechal (au Dakota le nom aurait perdu ses accents au cours des décennies), très ému en retrouvant le lieu de son ancêtre, Jean Côté, prononça d’une voix tremblante, ces mots : « I’m home ». Au lendemain matin, lors des adieux, à mon tour d’être ému lorsque Myron s’avança du fond de l’autobus pour m’embrasser en murmurant ces remerciements : « Thank you, Dean, ô thank you for helping me find my family! »


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Les « quatre femmes Savard » (Donna Crawford et Barbara Barth, mère et fille, Barbara Lehman, sœur de Donna et Evelyn Landis, cousine des trois autres), tenaient à visiter la maison des Savard dont elles avaient déjà vu une photo. En soirée donc, elles se rendirent au 170, rue Giroux à Loretteville, résidence habitée sans cesse par un Savard depuis sa construction il y a 250 ans. À l’entrée, les quatre dames se font poser devant le monument de Simon Savard, charron, et son épouse, Marie Hurdouille.


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À la surprise de toutes, Yvette Savard, 85 ans, les reçoit sur le perron, accompagnée de deux autres Savard et leurs conjoints, l’une de Californie et l’autre de l’Ancienne-Lorette, deux sœurs. La visite de cette maison ancestrale, meublée avec goût en respectant l’histoire et la tradition, se fait littéralement de fond en comble. Mme Yvette est si fière de l’ouvrage qu’elle a sur ses deux métiers et de ses albums souvenirs qu’elle partage avec ces femmes venues de loin.


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Les « anciens Canadiens » qui ont rendu visite la semaine dernière à leur mère patrie sont tous partis le cœur rempli de joie, d’amour et de reconnaissance. Qu’est-ce que le Québec et les Québécois peuvent offrir de plus?

juin 15, 2009

L'AARQ: faire flèche de tout bois


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Le soir du 13 juin dernier, les membres de l’Association acadienne de la région de Québec (AARQ), leurs invités et amis montèrent au septième ciel, car il y avait de la belle visite d’Acadie en la salle Wilbrod-Bhrer. Calixte Duguay, légendaire poète, auteur, compositeur et interprète était de passage pour partager son grand talent et faire la promotion de son dernier album, De terre et d’eau. Duguay se joignait au chœur Échos de l’Arcadie, sous la direction musicale de Catherine-Élisabeth Loiselle, pour présenter un spectacle ayant pour titre Mémoires d’Acadie.


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La chorale, issue en 1996 de l’Association acadienne de la région de Québec, fondée, elle, l’année précédente se servit de l’occasion pour mettre la touche finale au répertoire qu’elle présentera au Congrès mondial acadien et pour épater les quelques 300 personnes dans la salle. La tournée estivale de la chorale passera dans sept localités :

            14 août            Église Saint-Simon, Caraquet, NB

            15 août            Village historique acadien, Caraquet, NB

            16 août            Église Saint-Augustin, Paquetville, NB

            17 août            Église de Covedell, Tabusintac, NB

            18 août            Pays de la Sagouine, Bouctouche, NB

            19 août            Église Notre-Dame-de-Mont-Carmel, IPE

            20 août            Chapelle historique, Sainte-Anne-de Beaumont, NB


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Le répertoire de ces chanteurs « acadiens », tous de la région de Québec, est un heureux mélange d’airs traditionnels («Ave Maris Stella», «Partons la mer est belle», «Jos Frédric»…) et d’airs nouveaux («Plus jamais la mer», «De terre et d’eau», «L’Acadie n’a pas de frontières»…), la plupart adaptées par la directrice musicale du groupe.

Le retour en Acadie de ces Québécois d’origine acadienne ou de ces Acadiens de Québec marque une étape majeure dans l’évolution de la chorale. Quelle réception y recevra-t-elle ? Seront-ils reçus comme des Québécois déguisés en Acadiens ou comme des Acadiens hors d’Acadie ? Quelle incidence cette tournée pourrait-elle avoir sur le choix du site du cinquième Congrès mondial acadien qui aura lieu en 2014. Trois régions sont actuellement en lice : la « République » du Madawaska, le sud de la Louisiane et la ville de Québec. Les résultats du concours seront annoncés à Caraquet en août, mais d’ores et déjà, ce dossier a mobilisé, jusqu’à l’épuisement, certains membres du Conseil d’administration de l’AARQ.

Si la question identitaire évoquée au début du paragraphe précédent peut paraître banale, elle pourrait également soulever la polémique, car les avis sont partagés. Les Blanchard, Chiasson, Cormier, Hébert, Landry, Melançon, Richard, Thériault, Vigneault demeurant en grand nombre au Québec depuis l’époque du Grand dérangement, sont-ils encore des Acadiens ou se sont-ils fondus dans le creuset québécois ? Lorsqu’on assiste aux activités de l’AARQ, comme le concert du 13 juin, l’une des fêtes dînatoires mensuelles ou l’assemblée annuelle, un aspect saute aux yeux, la couleur des cheveux. On dirait que pour être Acadien à Québec ou pour être conscient de ses origines acadiennes, à moins d’être nouvellement arrivé des provinces Maritimes, il faut avoir dépassé la cinquantaine !

Sensible à la question identitaire, la constitution de l’AARQ cite comme premier objectif de regrouper les Québécois d’origine ou de descendance acadienne de la région de Québec, sans exclusion quant aux Québécois intéressés aux liens d’amitié avec l’Acadie. Suivent trois autres objectifs : développer des liens avec les autres Acadiens de tous les lieux ; promouvoir le fait acadien dans la région de Québec ; contribuer à la promotion de la Francophonie canadienne et internationale.

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Sous la direction de sa dynamique présidente, Rita Cormier-de la Garde, l’AARQ fait flèche de tout bois, satisfaisant aux quatre objectifs et répondant aux attentes de ses 225 membres.

mai 19, 2009

Le passage d'un « maudit Français »

Le 7 mai dernier se tint le service funéraire à la mémoire de Louis-Charles Bruniau. À cette occasion, sa veuve, Zina, m'a demandé de livrer quelques remarques à son sujet. Les voici:

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Louis Bruniau et moi partagions un certain vécu, celui d’immigrant, lui de France, moi des États-Unis. Louis est arrivé au Québec en 1966, un an après son épouse, Zina. Quant à moi, je me suis installé à Québec en 1971. Dès mon arrivée, j’entendais souvent de la bouche des gens d’ici une expression dont je comprenais les mots, mais pas le sens de ces mots. Ce n’est qu’en 1973, lorsque j’ai rencontré Louis Bruniau pour la première fois que j’ai compris vraiment ce que voulait dire « maudit Français » !

Plus je fréquentais Louis, plus je me rendais compte qu’il y a du vrai dans tous les clichés du genre. Par contre, il y a encore plus de faux, car sous le carapace dur d’un être qui vivait une relation doux-amer avec son pays d’adoption battait le cœur d’un homme généreux, instruit, intelligent, un homme ayant aussi appris les leçons de la vie à la dure école, car Louis, membre de la tristement célèbre, mais glorieuse Légion étrangère avait connu des atrocités des nombreuses conflits de décolonisation que menaient son pays au cours des années 50 : au Vietnam, en Algérie et au Maroc.

« Légionnaire, tu es fait pour mourir et on t’envoie où l’on meurt. »

Voilà la devise qui a défini les contours de la vie de Louis Bruniau des années durant lorsqu’il faisait partie de ce Corps d’élite de l’armée de Terre française.

Après avoir découvert le Québec, Louis, Zina et Éric ont découvert le Canada. Cela s’est fait lors d’un voyage inoubliable qui les a emmenés jusqu’à l’île de Vancouver. Louis me racontait une fois, il y a si longtemps, ce voyage. Il parlait surtout des grands espaces, ces plaines à l’infini, ce grand vide qui sépare l’Ouest de l’Est. Je le traverse souvent ce vide pour me rendre chez mes enfants en Alberta et chaque fois je pense aux peuples autochtones, amérindiens et métis, qui parcouraient, en rois et maîtres, cette vaste région au cours du dix-neuvième siècle et qui gagnaient leur vie de la chasse au bison dont la population était innombrable. Sans doute que Louis y pensait aussi parce que c’était un homme cultivé qui s’intéressait à l’histoire et à la culture. C’est un peu ironique qu’au moment où j’ai appris son décès, je lisais le dernier roman de Jacques Poulin dont l’œuvre fait découvrir pour les uns, et sert de rappel pour les autres, l’importante contribution des Français aux fondements et au développement du continent nord-américain. À la page 86 de L’Anglais n’est pas une langue magique, Poulin cite le grand chef des Pieds-Noirs, Patte-de-corbeau, ami et allié dans l’Ouest des Français et Canadiens français, qui réfléchit sur le sens de la vie :

Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant.

Autrement dit, dans l’immensité de l’univers et à travers des vastes éternités, la vie est si brève, mais combien marquante.

J’aimerais terminer ces remarques par un poème de Baudelaire, ce poète qui ne fut compris que par quelques uns de ses pairs. En cela, il partageait avec notre défunt ami, Louis. J’ai trouvé trois poèmes de Baudelaire qui traitent de la mort : La mort des amants, La mort des artistes et La mort des pauvres. Je retiens le dernier.

C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;


C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir


Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,


Et nous donne le cœur de marcher jusqu'au soir ;

À travers la tempête, et la neige, et le givre,


C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ;


C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,


Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques


Le sommeil et le don des rêves extatiques,


Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,


C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,


C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

mai 13, 2009

Une mère en mer: Mme Laurette réalise son rêve

Pendant plus d’un demi-siècle, une paire de jumelles sur le rebord de sa fenêtre, la propriétaire de la petite maison jaune regardait passer les bateaux en face de Saint-André-de-Kamouraska…et rêvait. Kayak, chaloupe, goélette, grand voilier, vraquier, pétrolier, porte-conteneur…elle en prenait note dans son petit carnet. À l’arrivée de l’automne, elle faisait venir de la garde côtière à Québec l’horaire des paquebots tels Queen Mary II, Queen Elizabeth II, Explorer of the Sea, Grand Princesse… Et elle les attendait à sa fenêtre se disant, « un jour, je ferai une croisière ».


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Ce jour est enfin arrivé en juillet 2006 quand Laurette, à l’âge de 77 ans, prit le bateau à Rivière-Ouelle pour réaliser une mini croisière de 2 jours qui l’emmènerait à Chicoutimi. Or, ce n’était que l’apéritif. Le plat principal lui serait servi l’année de ses 80 ans. Le 15 février 2009, Laurette, accompagnée de sa fille, Dorothée, eut son baptême de l’air. De l’aéroport Jean-Lesage à Québec, elles se sont envolées vers Miami. À Fort Lauderdale, elles se joignirent aux 2 970 autres passagers pour entreprendre à bord du Carnival Valor une tournée autour de la Caraïbe. Quatre escales prévues avant d’accoster de nouveau à Fort Lauderdale une semaine plus tard.  D’abord, les Iles Caïman, suivi de Roaton (Honduras), du Bélize et de Cozumel (Mexique).

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Le Carnival Valor

En haute mer, comme à la plage, assise par terre ou en VW Coccinelle, Laurette jouit de la plus belle semaine de sa vie. Elle écrivait dans son journal qu’elle conservait religieusement :

Un voyage pour moi, ce n’est pas arriver, c’est partir. C’est la saveur de la journée qui s’ouvre. C’est l’imprévu de la prochaine escale. C’est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose. C’est la curiosité de confronter ses rêves avec le monde. Repos, songeries, bonheurs, on ne vous goûte vraiment qu’en mer, sur un magnifique bateau. Vive l’eau, les bateaux et les capitaines.


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C’est la petite maison jaune qui fit de Laurette Morin et moi des amis. Au moment où elle cherchait à contre cœur à la vendre, je suis passé devant sa porte. N’eut été mon empressement de me rendre au Nouveau-Brunswick ce samedi après-midi-là, je l’aurais achetée sur le champ ! Le mardi, au retour, j’avais envie de visiter ce qui aurait pu être pour moi une maison de retraite formidable. À mon arrivée, la propriétaire, Laurette, arrosait ses fleurs. Ne voyant plus de pancarte, j’exclamai : « Madame, votre belle maison est-elle encore à vendre? » Ce à quoi, elle me répondit, la gorge resserrée d’émotion : « mon cher monsieur, vous arrivez trop tard, je l’ai vendue hier ».

Contrairement au beau rêve de Laurette qui s’est réalisé, le mien d’avoir un pied à terre au bord du Saint-Laurent, dans la douce région de Kamouraska. se fait encore attendre. Cependant, de cette rencontre fortuite, je garde quelque chose de plus précieux, une amitié sûre et durable avec la maîtresse de la petite maison jaune.

mai 12, 2009

La petite maison jaune du Cap Saint-André (Kamouraska)

En 2005, en raison de son âge et en prévision d'une détérioration de son état de santé, Mme Laurette Morin Ouellet a dû se départir de sa petite maison jaune située sur le cap, en face de l'église à Saint-André-de-Kamouraska. Autrefois une maison de rang, elle avait été déménagée au milieu du siècle dernier sur ce site qui domine le village et donne sur le fleuve. C'est ici que la jeune Laurette fraîchement sortie du couvent et nouvellement mariée à un homme de beaucoup son aîné, s'établit et élèvera ses cinq enfants. C'était avec profond regret qu'elle quittait ce « petit coin de son coeur ». Le poème qui suit, écrit de sa propre main, reflète son état d'âme et son enracinement profond:


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Ma petite maison jaune

Ma maison est un endroit chaleureux et plein d'amour.

Ma maison résonne d'échos qui ne quittent jamais mes oreilles

Elle y garde des souvenirs sculptés comme de l'ivoire peint,

Délicatement colorés de nuances éclatantes ou plus douces,

Parfois effacés, presque oubliés, mais jamais rayés de mon existence.

Ma maison excelle d'images, de souvenirs, de rêves, jamais oubliés.

J'appréhende depuis quelque temps

Le jour où elle devra changer de nom.

Mais pour moi, elle sera toujours

Ma petite maison jaune.

Elle a été le témoin de très grands bonheurs.

J'y suis entrée le jour de mon mariage.

L'année suivante un premier fils est arrivé,

Puis trois autres sont venus augmenter ce bonheur.

Et enfin, une fille est venue compléter notre notre famille.

C'était en tes murs le paradis !

Si tu pouvais parler, petite maison jaune,

Que de belles choses tu aurais à dire !

Il me semblait que rien ne pouvait nous atteindre.

Il y eut bien des petits nuages qui laissèrent de le l'humidité,

Juste de quoi alimenter le grand amour que tu abritais.

Soudainement, une grande épreuve nous arriva:

La mort de ton propriétaire, mon mari.

Toi, ma vieille maison, tu es restée...

Je suis toujours très attachée à toi.

Bien que malgré moi,

J'aurai bientôt à prendre la décision de te laisser.

Tu nous a gardés tous... si longtemps dans tes murs,

Bientôt, ce sera nous qui te garderons dans nos coeurs.

Ma grande consolation,

C'est que mes enfants t'aiment et te cajolent

Comme je l'ai toujours fait.

Car notre maison est l'endroit où l'on a grandi...et d'où l'on part...

Et dont pourtant on se souvient et à laquelle on tient.

Pour moi et pour mes enfants, tu seras toujours:

« Notre bonne vieille petite maison jaune ».


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janvier 13, 2009

Rencontre dans les airs avec un Chevalier de Colomb

Comme c'est agréable de ne pas passer par Montréal pour se rendre aux États-Unis par vol commercial. Le 10 janvier, à 8h10, j'ai pris le vol 2869 de Northwest Airlink vers Détroit avec correspondance à Salt Lake City. À 14h10 (MST), je me trouvais déjà dans l'étreinte de ma soeur. Entre temps, assis dans mon siège 17-C de l'airbus 319, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec Donald Bouchard, assis, lui, dans le 17-B, à côté d'une Américaine d'origine coréenne, dans le 17-A, qui ne cessait de lire de sa bible en prenant des notes à profusion. Donald partit tôt le matin de Portland, au Maine, à destination de Tucson, en Arizona, afin participer, avec 475 autres agents du KoC de partout aux États-Unis, à l'assemblée annuelle des agents des Chevaliers de Colomb dont Don est membre au quatrième degré. De chez lui, il s'occupe des dossiers des gens de sa région qui se prévalent de ses services pour l'obtention d'assurance vie et autres.


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L'histoire de Don est intéressante et en dit long sur l'évolution récente de cette capitale franco-américaine qui enjambe la rivière Androscoggin, au sud du Maine. Jeune homme, il n'a que 36 ans. Lui et son frère jumeau sont les cadets d'une famille de sept enfants dont le père est décédé en 1990 et la mère en novembre dernier à l'âge de 63 ans seulement. Sa grande soeur, la plus vieille de la famille n'a que 47 ans. Leurs parents sont nés aux États-Unis, enfants d'immigrants de Trois-Rivières, du côté paternel, et de Magog, du côté maternel. Don ne pouvait me dire avec précision la date d'arrivée dans le Maine de ses grands-parents, mais ils devaient faire partie des dernières vagues en provenance du Québec, avant la fermeture de la frontière canado-américaine en 1929. Sa mère était la dernière de douze enfants et a passé une partie de sa jeunesse, avant la fermeture de l'usine, à travailler dans le complexe industriel formé autour du Bates Mill, à Lewiston.

Mes conversations avec Don se poursuivirent évidemment en langue anglaise car son français était fort laborieux, ce qui le mettait visiblement mal à l'aise. Par contre, si j'avais eu affaire à sa soeur, cette situation ne se serait pas produite car elle parle couramment la langue de ses ancêtres. Pourquoi cette différence? Peut-être trois explications: école, relation filiale, société ambiante. D'abord, la grande soeur a eu l'occasion de fréquenter l'école paroissiale au moment où une partie considérable de son cursus s'offrait encore en français (années 1960). L'école paroissiale franco-américaine se trouvait alors dans ses derniers balbutiements, soit qu'elle fermerait soit qu'elle deviendrait une école comme les autres de point de vue langue d'enseignement. Lorsque Donald est arrivé à la même école, sa vocation linguistique avait changé, la langue française avait complètement disparu. Ensuite, la grande soeur, compte tenu du petit écart entre son âge et celui de sa mère jouissait d'une situation privilégiée auprès de celle-ci. Selon Don, leur relation ressemblait davantage à celle entre deux soeurs qu'entre mère et fille. Maman parlait français avec sa fille et l'initiait à une certaine vie française en l'emmenant régulièrement au Québec assister aux concerts de l'un de ses favoris, Johnny Farrago. Maman y achetait des disques qu'elle écoutait par la suite avec sa fille à Lewiston. Enfin, l'anglicisation/américanisation, la disparition de l'industrie du textile et la réussite économique tardive des Franco de Lewiston-Auburn faisaient en sorte que les Petits Canadas, avec leur institutions ethniques, disparaissaient rapidement les unes après les autres.

Le Messager de Lewiston, par exemple, cessa publication en 1966. Donald prétendait l'avoir vu sur la table de cuisine chez eux, ce qui est impossible compte tenu de sa date de naissance. Il reconnaît d'emblée son tort de ne pas parler français: after all, dit-il, it's my heritage. Malgré ce voeu pieux et malgré le fait que bon nombre des vieux Chevaliers de Colomb qu'il dessert en tant que commis de bureau et responsable de leurs dossiers préfèrent obtenir le service en français, sa vie se poursuit exclusivement en anglais. Don connaît le Franco-American Heritage Center, nouvellement aménagé dans la magnifique église Sainte-Marie désacralisée, mais ne sait rien de la Collection franco-américaine, les plus importantes archives franco-amércaines de l'État du Maine, conservées sur le campus de l'University of Southern Maine, Lewiston-Auburn Campus. Il n'en savait pas plus sur l'excellent volume, Voyages: A Maine Franco-American Reader, publié l'an dernier par Barry Rodrigue et Nelson Madore.

Comme je fais toujours dans de pareilles circonstances, j'ai suggère à Donald de se réorienter géographiquement, de penser plus en termes « nord-sud » et moins en termes « est-ouest », et de séjourner au Québec afin de se retremper dans la culture de sa mère patrie. Il m'informe que depuis trois ans, il a fait deux voyages à Québec, une fois seul, une fois accompagné de son épouse d'origine irlando-américaine et de leur fille. Les deux fois, il s'est logé au « Château de Frontenac ». Ses promenades se limitèrent donc au Vieux-Québec où, dit-il, « tout le monde parle anglais ». Hélas...

janvier 08, 2009

Retour sur le Centre de la Francophonie des Amériques

Dans sa chronique du mardi 6 janvier, François Bourque du Soleil prétendait que le legs de la France au 400e : un hall pour le Centre de la francophonie, au Musée de l'Amérique française était un lieu froid, vide et dont on se demande à quoi il va servir. Le Centre lui rappelait l'autre cadeau, celui de la place Royale, qui ne fut jamais déballé.


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Son billet rejoint le mien écrit le 1er octobre dernier et posté sur ce blogue. À ce moment-là, j'avais signalé qu'à 17 jours de l'ouverture, une course contre la montre était engagée pour parachever les cloisons, finir la peinture, aménager les meubles, installer le parc d'ordinateurs et des écrans cathodiques avant l'inauguration par Nicolas Sarkozy le 18 octobre.

Au Centre, on a réalisé le pari. L'ouverture s'est faite. Sarko a eu sa photo-op. Le Centre est alors entré dans une période de rodage qui est loin d'être terminée. Il faut encore du temps pour que le « fine tuning » de tous les équipements informatiques de dernier cri produise des résultats satisfaisants et que les erreurs de conception architecturale (made in France) soient corrigées. Il est encore trop tôt pour porter un jugement aussi sévère que celui de M. Bourque qui semble n'avoir vu que le hall. Donnons encore du temps au directeur général, Michel Robitaille, et à son équipe qui travaillent à l'ombre, aux étages supérieurs du Centre et sur le terrain, dans le but de mettre en valeur et de faire rayonner les cultures de langue française en Amérique.

Dans ma chronique précédente, je posais quatre questions: (1) Est-ce que le Centre va répondre aux attentes des milliers de Franco d'Amérique en quête d'un pied à terre au Québec? (2) Est-ce que ce sera un lieu convivial et accueillant pour eux? (3) Va-t-il permettre au Québec de devenir la plaque tournante véritable de la Franco-Amérique et d'assumer enfin le rôle de mère patrie à une population deux fois et demie plus grande que la sienne? (4) Deviendra-t-il autre chose qu'un centre d'interprétation froid et aseptisé destiné aux touristes?

Pour François Bourque, la décision semble être déjà prise. Je préfère attendre encore. Le succès du Centre s'inscrit dans la durée, non dans l'immédiat. Aux troisième et quatrième étages de la belle bâtisse, située au 2, Côte de la Fabrique, où travaille une équipe jeune, énergique et passionnée, des idées fusent et des projets foisonnent. En ce début de 2009, tous les espoirs sont encore permis !

décembre 27, 2008

Rendez-vous au Faks Café des compagnons d’infortune

Le café préféré du personnel des Éditions du Septentrion est le Faks, situé à deux portes, sur l’avenue Maguire, artère commerciale de Sillery. Les prix sont abordables, la bouffe savoureuse et l’ambiance conviviale. J’ai un parti pris : mon fils, Zac, y travaille!

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C’est au Faks que nous nous sommes donnés rendez-vous aujourd’hui, mon épouse, moi et nos compagnons d’infortune, Pierre et Jo Bonavent de Perpignan, en France.

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Compagnons d’infortune? Hélas, oui! Lors du retour de France le 9 décembre dernier, arrivant à Paris, de Nice et de Perpignan respectivement,.les deux couples ont eu ce rare privilège de se trouver à l’aérogare Charles-De Gaulle sous des rafales de neige suffisamment fortes pour exiger le dégivrage du Boeing 777 qui devait les transporter à Montréal. Peu habitué à ce genre de défi à ce temps-ci de l’année, le personnel des aérogares de Paris a mal répondu à l’appel, avec le résultat que nous avons passé trois heures et vingt minutes sur la piste à faire la queue avant de pouvoir nous faire arroser et décoller.

Impossible pour le gros appareil de combler le retard. Les voyageurs en correspondance à l’aéroport Pierre Elliot-Trudeau, dont les Bonavent et nous qui cherchions à nous rendre à Québec, ont été réaffectés à d’autres vols qui ne partiraient pas au cours de la soirée, car la première vraie tempête de l’hiver se déferlait tout au long de la vallée du Saint-Laurent : neige, pluie verglas!

À 22h50, nous avons appris que le vol de 23h15 sur Québec venait d’être annulé. Rien ne bougerait avant le lendemain matin! Les agents d’Air Canada, sans panique, se dépêchèrent de distribuer le numéro 800 d’un service de dépannage hôtelier. Débordés, les préposés des bagages ne purent ramener nos valises au carrousel domestique qu’à 1h30. Un peu tard pour prendre un hôtel et dormir à peine trois ou quatre heures. Aussi bien trouver un petit coin tranquille à l’aéroport et se coucher sur un banc. Voilà ce que nous avons fait, moi et mes compagnons d’infortune!

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Aujourd’hui, avec Stéphanie, leur fille, et Kenza, leur petite-fille, nous pouvions en rire. Il y a à peine 15 jours, ce n’était pas rigolo! Si tout va bien, si Dame nature collabore, les Bonavent verront arriver la nouvelle année chez eux à Perpignan. Ils auront échappé à ce pays de neige et de glace pour retrouver la douceur de la mer au pied des Pyrénées.

décembre 15, 2008

La disparition d’un autre Renoir (Alain, 1921-2008)

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Les fidèles lecteurs de ce blogue ont découvert avec moi en 2008 quelques « secrets » de la famille étendue de l’artiste peintre, Pierre-Auguste Renoir. Il en est question dans deux entrées:

À la recherche de Victor Charigot, beau-père de Pierre-Auguste Renoir (13 septembre 2008)

Essoyes : une journée en présence d’un Pharisien (20 octobre 2008)

Ce matin, grâce à Bernard Pharisien, j’ai appris le décès d’Alain, petit-fils du grand peintre, et fils de Jean Renoir, cinéaste de renommée internationale. Sur son blogue, Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française, nous fait part aujourd’hui de sa rencontre en 2004 avec cet homme simple et advenant, figure emblématique d'une certaine Franco-Amérique:

http://blog.cinematheque.fr/?p=95

Le propos de M. Pharisien sur le décès d’Alain Renoir peut être lu dans les commentaires qui suivent les deux articles mentionnés ci-haut (Charigot et Essoyes).

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novembre 16, 2008

Deux grands moments en 2008, les mariages de son fils et de sa fille

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Mathieu Louder et Marie-Lou Desmarais, à Saint-Hippolyte, QC, le 5 juillet 2008.

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Mary-Soleil Louder et Jason Krogman, à Boisé, ID, le 15 novembre 2008.

novembre 06, 2008

Franco-Amérique, sujet de conversation à Grand Sault.

Aujourd’hui à Grand Sault, au Nouveau-Brunswick, eut lieu le Café littéraire du mois de novembre organisé par la directrice de la bibliothèque municipale, Émilie Lefrançois. Six personnes, toutes des femmes, se faisaient des comptes rendus de leurs dernières lectures. Laura Beaulieu, du village avoisinant de Drummond, a profité de

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l’occasion pour parler à ses concitoyennes du livre Franco-Amérique, avec des clins d’œil sur Vision et visages de la Franco-Amérique, ainsi que sur le contenu de ce carnet. Étant donné le contexte régional de son intervention, elle a insisté surtout, mais pas exclusivement, sur le chapitre de Franco-Amérique consacré à l’Acadie (« Acadie 101 ») et sur l’encart intitulé « Drummond, NB, pas Drummondville, QC ».

Son propos fut reçu avec émerveillement et enthousiasme par le petit groupe qui découvrait pour la première fois l’étalement des Franco à travers le continent et se rendait compte des ponts à bâtir entre les nombreux îlots de l’Archipel franco en Amérique du Nord.

octobre 25, 2008

La Franco-Amérique sous le soleil de l’Arizona

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Brian Friedman, directeur du département de développement économique de Glendale, là où sont situés le nouveau stade de football des Cardinaux de la Ligue nationale de football et le nouvel aréna des Coyotes de la Ligue nationale de hockey, et époux de Catherine Dubrueil du chemin Royal à Beauport, me le disait clairement hier. L’Arizona, c’est tout à fait l’opposé du Québec : chaud/froid, sable/neige, aride/humide, désert/forêt, cactus/conifère, brun/vert, fusils/fleurs, conservateur/progressiste, Hummer/VW…! Je le savais. En 1985-86, j’avais passé un an comme professeur invité à Arizona State University. C’était donc avec plaisir que je me retrouvais de nouveau sur le campus pour faire connaître notre nouveau livre Franco-Amérique en m’adressant aux étudiants de premier cycle inscrits aux cours de français et aux membres de l’Alliance française. Deux conférences, l’une le mercredi, l’autre le vendredi, chacune suivie de la projection d’un film de Denys Arcand, d’abord L’âge des ténèbres, ensuite Invasions barbares. Donc, deux soirées québécoises sous les palmiers!

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Par mes deux conférences intitulées : La Franco-Amérique : lieux d’histoire, de mémoire et de vie et La Franco-Amérique : perspectives autobiographiques, je pense avoir réussi à créer un certain engouement pour le Québec, Québec et le fait franco en Amérique. Les deux longs métrages, s’ils ont été bien compris par l’auditoire, ont tempéré mon propos plutôt ensoleillé, lui jetant une certaine ombre et le teintant de pessimisme ou de réalisme.

Après San Diego et Los Angeles, c’est Phoenix la grande ville états-unienne la plus loin de Montréal. De toute évidence, la distance amenuise le niveau de connaissance que les jeunes peuvent avoir sur le Québec, voire sur le Canada. À titre d’exemple, en ce 22 octobre, personne dans la salle n’était au courant des élections fédérales tenues au Canada huit jours auparavant. Personne non plus ne pouvait nommer le Premier ministre du Canada. Évidemment, je les ai châtiés ou taquinés, selon la perspective, en leur disant qu’ils devraient avoir honte de leur ignorance, car au Québec et au Canada, nous savons « tout » sur leur course à la présidence qui tire heureusement à sa fin. Chose étonnante : la solidité des appuis au candidat Obama ici en Arizona, État que représente à Washington depuis un quart de siècle le candidat McCain.

octobre 05, 2008

Jubilé au CRCCF

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Selon son dépliant, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l’Université d’Ottawa s’intéresse à la société et à la culture des communautés francophones de l’Amérique du Nord d’hier et d’aujourd’hui. Le Centre mène des activités de recherche et de diffusion du savoir en plus de conserver et de mettre en valeur une riche collection de ressources documentaires. Le 2 octobre, il a eu 50 ans. Pour souligner l’occasion, le Centre, fondé en 1958 grâce aux efforts de Bernard Julien, Jean Ménard, Réjean Robidoux et Paul Wyczynski, et dirigé aujourd’hui par Yves Frenette organisa un colloque sur le thème : « La francophonie en terre d’Amérique : les

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grandes questions ». Celles-ci étaient au nombre de quatre : (1) L’Amérique française : réalité historique ou construction de l’esprit? (2) Que reste-il de la littérature canadienne-française? (3) Le projet franco-canadien est-il compatible avec la diversité ethnoculturelle? (4) Quel a été et que devrait être le rôle des gouvernements dans le développement des communautés francophones?

À prime abord très simples, les questions se sont rapidement avérées très complexes sous l’œil critique des spécialistes appelés à en discuter et de l’auditoire fort nombreux qui en débattait avec ardeur et intelligence.

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Intervenants à la séance 1 : Martin Pâquet, Jean-Pierre Pichette, Michel Boch

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Intervenants à la séance 2 : Marie-Frédérique Desbiens, Johanne Melançon, Pamela Sing

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Intervenants à la séance 3 : Dominique Sarny, Monica Heller, Joseph-Yvon Thériault

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Intervenants à la séance 4 : François Charbonneau, Daniel Bourgeois, Marcel Martel

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Intervenants à la séance de synthèse : Olivier Dard, Gratien Allaire, Jean-Philippe Warren (derrière la tribune).

La veille, les membres du CRCCF et une multitude d’invités avaient rempli la salle de l’ancienne chapelle du Pavillon Tabaret pour écouter Monsieur Serge Bouchard, populaire animateur des émissions à la Première Chaîne de Radio-Canada Les Chemins de travers et Les Remarquables oubliés, les entretenir des grands pans d’histoire canadienne-française rélégués aux oubliettes à la faveur de l’histoire « officielle » émanant de la bouche et des écrits des élites

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largement rivées sur les berges du Saint-Laurent, à Montréal et à Québec. Au banquet qui s’ensuivit, le prix du CRCCF 2008 fut attribué à Dean Louder et Eric Waddell. Autant par leur enseignement sur un quart de siècle (cours Le Québec et l’Amérique française offert à l’université Laval) que par leurs publications (Du Continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l’Amérique française [1983], repris en anglais en 1992 sous le titre French America : Mobility, Identity and Minority Experience Across the Continent, Vision et visages de la Franco-Amérique [2001] et Franco-Amérique [2008]), ces deux chercheurs auraient joué un rôle de pionnier dans l’étude de la francophonie nord-américaine.

Depuis l’arrivée, il y a trois ans, d’Yves Frenette à la direction du CRCCF, il y a une volonté d’élargir le champ d’études et d’intervention du Centre qui intégrera le mois prochain de nouveaux locaux, plus spacieux et plus harmonieux, au centre du campus. D’une vocation surtout franco-canadienne pour ne pas dire franco-ontarienne, un regard innovateur sur le continent est en train d’émerger, la nouvelle devise du Centre révélant un souci continental : « Comprendre les francophonies nord-américaines ».

Or, la transition du local au continental ne sera pas facile. Les séances et les débats du colloque anniversaire en ont été la preuve. Sur les quatre séances de discussion et de débat, seule la première, avec quelques petits clins d’œil sur les communautés franco de la Nouvelle-Angleterre, évoquait des espaces outre canadiens. Seul parmi les intervenants à ne pas avoir la citoyenneté canadienne, Olivier Dard, de passage à Ottawa de Metz, en France. L’auditoire aussi semblait être tout aussi homogène. Souvent, la discussion s’embourbait dans des questions traditionnelles, mais toujours passionnantes : identité culturelle, relation Québec/hors Québec, rôle du gouvernement dans le maintien des communautés minoritaires…

À plusieurs reprises au cours de la journée, référence fut faite à la politique du Québec à l’égard des Franco-Canadiens et, particulièrement, au nouveau Centre de la francophonie des Amériques (CFA) qui aura, à partir du 18 octobre, pignon sur rue, à Québec. Malgré le refus—ou l’oubli?— du personnel au Secrétariat des Affaires intergouvernementales canadiennes d’accuser réception d’un mémoire qui lui fut destiné le printemps dernier en provenance de MM. Yves Frenette, Gratien Allaire et Rodrigue Landry, directeurs, respectivement, du CRCCF, de l’Institut franco-ontarien (Sudbury) et de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (Moncton), le nouveau CFA à Québec et son directeur, Michel Robitaille, pourront compter sur ces partenaires potentiels. Le mémoire offrait des suggestions d'orientation et identifiait des pistes de collaboration éventuelle. Texte très étoffé, il aurait mérité une réponse!


octobre 01, 2008

Le Centre de la francophonie des Amériques…toujours un chantier

À 17 jours de l’ouverture, la fébrilité règne au nouveau Centre de la Francophonie des Amériques, situé au 2, côte de la Fabrique. Ce matin, après avoir validé le positionnement d’une carte géographique au plafond du hall d’entrée de cette magnifique bâtisse en pleine rénovation, grâce aux fonds fournis par le gouvernement français, en vue de son inauguration le 18 octobre à l’occasion du XIIe sommet de la Francophonie, j’ai eu droit à une visite guidée des lieux. Ouf! Que du travail à réaliser d’ici là : parachèvement des cloisons, peinture, emménagement de meubles, installation d’un parc d’ordinateurs, accrochage aux murs de grands écrans cathodiques, réfection des trottoirs en avant et autour… et j’en passe.

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Pour le moment, il est impossible de dire autre chose que « ça va être beau! ». Est-ce que le Centre va répondre aux attentes des milliers de Franco d’Amérique en quête d’un pied à terre au Québec? Est-ce que ce sera un lieu convivial et accueillant pour eux? Va-t-il permettre au Québec de devenir la plaque tournante véritable de la Franco-Amérique et d’assumer enfin le rôle de mère patrie à une population deux fois et demie plus grande que la sienne. Deviendra-t-il autre chose qu’un centre d’interprétation froid et aseptisé destiné aux touristes circulant dans le Vieux-Québec qui pourront s’y amuser à « pitonner » et à se reposer quelques minutes après une folle course aux « t-shirts »?

Doté d’un Conseil d’administration visionnaire constitué de représentants de toutes les régions de la Franco-Amérique—autant des États-Unis que du Canada— d’une direction enthousiaste et énergique et d’un personnel hautement compétent, tous les espoirs sont permis!

septembre 30, 2008

Willa Cather à Québec

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En juin 1928, la romancière américaine bien connue, Willa Cather (1873-1947), est arrivée à Québec avec sa compagne, Édith Lewis. De leur domicile à New York, elles se rendaient à leur chalet à l’île de Grand Manan, au Nouveau-Brunswick. Malade, Mme Lewis a dû être hospitalisée plusieurs jours à Québec. Cette halte permit à Willa, francophile depuis toujours, de découvrir cette ville perchée sur un rocher, le Cap Diamant, et de s’imaginer la vie d’autrefois. Trois ans, plus tard, parut aux États-Unis Shadows on the Rock, inspiré de ce séjour et de

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ses recherches subséquentes. En 1932, celui-ci y devint le livre le plus vendu. Traduit des années plus tard en France sous le titre Des ombres sur le rocher, Shadows demeure néanmoins très peu connu au Québec, pourtant, il raconte peut-être mieux que toute autre œuvre de fiction la vie en Nouvelle-France, à Québec, au tournant du dix-huitième siècle. D’ailleurs, l’histoire commence par le départ des derniers bateaux pour la France à l’automne de1697 et se termine en 1713, l’année du Traité d’Utrecht qui redéfinissait les frontières franco-britanniques en Amérique du Nord.

Pour palier à ce manque de connaissance et pour contribuer à sa façon aux célébrations du 400e à Québec, la Quebec Literary and Historical Society dont la magnifique bibliothèque se trouve au Collège Morrin, situé sur la Chaussée des Écossais, au cœur du Vieux-Québec, a organisé le samedi 27 septembre une colloque

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consacré à ce livre remarquable qui, par sa préoccupation des rythmes de la vie et de la pérennité de la culture canadienne [française], fait penser, à bien des égards, à cet autre classique « québécois » écrit par un étranger, Louis Hémon, Maria Chapelaine.

Quatre « cathériens » (experts sur l’œuvre de Willa Cather) nous entretenaient de la femme et de son œuvre. John Murphy de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, (extrême droite dans la photo) faisait ressortir la dimension continentale de l'ensemble de l’œuvre de Cather, son souci des « petites cultures » et son désir de faire contre poids à la culture anglo dominante. Selon Murphy, Shadows « celebrates the blossoming of French colonisation and the curious endurance of a narrow culture ». Après avoir publié plusieurs romans sur les cultures immigrantes, scandinaves surtout, situées aux limites de la frontière agricole américaine, au Nebraska et au Kansas ( My Antonia), et sur las Hispaniques du Sud-Ouest ( Death Comes to the Archbishop), elle complète le portrait en rappelant la présence française sur les rives du Saint-Laurent.

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Lors de sa conférence, Robert Thacker de Canton, au New York, (extrême gauche), tenta de trouver dans l’œuvre de Cather les racines de la culture québécoise contemporaine. Certains dans l’assistance lui ont fait remarquer que Cather serait probablement surprise de constater aujourd’hui ce Québec séculaire, matérialiste et avant-gardiste. Ce à quoi Thacker a répondu qu’elle en serait probablement fort aise.

Ann Romines (seule femme), a tracé la biographie de cette jeune fille, née en Virginie huit ans après la fin de la guerre de sécession qui, jeune, s’est déplacée à Red Cloud, au Nebraska, où elle a passé sa jeunesse avant de s’inscrire à l’université du Nebraska. Pour gagner sa vie, Cather est retournée dans l’Est, à Pittsburgh, d’abord, puis à New York où elle a élu domicile pendant 40 ans. Romines a révélé l’influence sur Cather et son œuvre de chacun de ces lieux, ainsi que la nature de sa relation avec son éditrice et amie, Édith Lewis.

Enfin, Guy Reynolds, directeur du Projet Cather à l’université du Nebraska chanta les louanges de celle qu’il considère comme la plus importante « écrivaine ethnographique » de son époque. Par le contenu de son œuvre, elle dépasse les bornes du simple régionaliste, faisant preuve d'un engagement vif envers le continent. Par la portée géographique de son œuvre, Cather crée des liens innovateurs entre plusieurs régions du continent. Dans les années qui suivirent la première Guerre mondiale, l’auteure déplorait les tentatives officielles d’éradiquer la diversité linguistique dans son pays et pleurait les « apparently vanished Americas ». Selon Reynolds, Cather était un parangon de cosmopolitisme.

Avant et après chaque intervention savante, l’auditoire eut droit à la lecture en anglais et en français par de jeunes bénévoles de la Société littéraire et historique de Québec d’extraits du livre à l’étude.

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Notons enfin que cette société fondée en 1824 fut la première société savante au Canada. Son histoire témoigne du développement de la vie intellectuelle du pays. Elle est maintenant le principal promoteur d’un projet de centre culture, le Morrin Centre, qui offre au public une grande variété d’activités : service de bibliothèque et d'archives, visites guidées, conférences sur l’histoire et la littérature, groupes de discussion, ateliers d’écriture et cours de poésie…

septembre 20, 2008

Park City Remembrances…(for English, see below)

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Un récit en anglais? Une aberration sur ce blogue! Mais qui peut me reprocher de « publier » un texte dans ma langue maternelle, d’autant plus qu’il s’agit d’une vérification de l’hypothèse émise précédemment (Wallace Stegner et l'Ouest américain) et reprise ici :

Peu importe où nous voyageons, peu importe le nombre et la distance des déplacements, peu importe les tentatives d’enracinement ailleurs et peu importe notre longévité, les lieux dont nous nous souvenons le mieux sont ceux de notre enfance.

En 1952, à l’âge de neuf ans, j’ai quitté Park City, Utah, une petite ville minière de 3 500 habitants, située au cœur des montagnes Wasatch, à 7 000 pieds d’altitude et à 35 milles de Salt Lake City. Elle était en faillite. Les mines fermaient les unes après les autres. La population chutait. Son destin semblait être celui de tant d'autres petites localités du genre dans l'Ouest : devenir ville fantôme. Une douzaine d’années plus tard, la crise s’était résorbée, le vent avait changé. La ville a découvert une nouvelle vocation, le ski. Les centres de ski foisonnèrent : Treasure Mountain, Deer Valley, Canyons, Westgate… Aujourd’hui, Park City est connue mondialement. Site de compétitions internationales, y compris certains concours des jeux Olympiques d'hiver de 2002, havre de paix pour les riches et célèbres qui y élisent domicile secondaire ou tertiaire, terrain de jeu pour les gens en quête d’émotions fortes et lieu de prédilection pour l’après-ski.

La Park City racontée ici est celle de mon enfance, celle dont je me souvenais encore si limpidement à la fin de l’année 1987. C’était en cherchant un cadeau de Noël pour mes parents que j’ai eu l’idée de leur offrir ces 20 historiettes. Le cadeau a connu un franc succès. Jamais, je ne leur avais offert quelque chose d’aussi personnel. Jamais, un cadeau ne leur avait fait autant plaisir!

Évidemment, le document a connu une diffusion restreinte. C’est pour cela que je le reprends 20 ans plus tard en espérant qu’en le lisant ici, d’autres anciens de Park City s’y retrouveront et des résidents actuels pourront plus facilement se remémorer et commémorer ce milieu de mon enfance. Je dédie ce qui suit à ma sœur, Larna, et sa famille. Je souhaite également que d’autres de ma parenté—oncles, tantes, cousins—ainsi que mes quelques petits enfants qui n’ont pas le bonheur de connaître le français puissent enfin me lire sur internet et ressentir l’affection qui est encore dans mon coeur à l'endroit de mon lieu de naissance.

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Photo de tous les bébés nés en 1943 devant le Park City Miners’ Hospital. Deuxième rangée, au milieu de la photo, gros bonnet sur la tête, regardant vers l’arrière, Dean, dans les bras de sa mère, Bernice.

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septembre 15, 2008

La librairie City Lights et l’Allée Jack-Kerouac

Le 4 septembre dernier paraissait dans les pages du Devoir un article signé Gabriel Anctil (fils de l’un de mes étudiants à Laval en 1971 et aujourd’hui professeur d’histoire et d’études canadiennes à l’université d’Ottawa) et intitulé « Sur le chemin ». Anctil y décrit un roman, rédigé en français par Jack Kerouac en 1952. Inédit et insoupçonné, selon l’auteur, le manuscrit dormait depuis plus d'un demi-siècle dans la noirceur des archives à New York. Sa découverte aujourd’hui jette une lumière tout à fait nouvelle sur l'oeuvre de ce fils de Canadiens français, considéré comme l'un des écrivains les plus importants du XXe siècle.

Cet article m’a rappelé un séjour à San Francisco au début du mois d’avril 2008 lorsque j’ai eu l’occasion de faire connaître notre nouvel ouvrage, Franco-Amérique, aux étudiants et professeurs en études canadiennes à l’Université de la Californie à Berkeley et aux membres de l’Alliance française de San Francisco. Kerouac est l’une des figures emblématiques les plus importantes de la Franco-Amérique et nous faisons souvent allusion à lui dans le livre. Par exemple, à la page 13, Jack nous dit :

I cannot write my native language and I have no native home anymore, and am amazed by the horrible homelessness that all French-Canadians in America have.

Cette préoccupation chez Kerouac de l'errance se reflète dans le titre du manuscrit récemment déterré, Sur le chemin ainsi que dans son roman le plus connu, On the Road, qui n’est pas, malgré le titre, une traduction de l’autre. Aux années 50, son sentiment de déracinement l’a conduit d’un bout à l’autre du continent, jusqu’en Californie, à San Francisco, où il ne pouvait aller plus loin. Ici, il a connu M. Lawrence Ferlinghetti qui fonda en 1955 la librairie City Lights qui devint un lieu de rencontre de Kerouac et d’autres de la « génération des beats ».

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Aujourd’hui, en plus d’offrir un vaste éventail de livres de toutes sortes, la City Lights, toujours dirigé par Ferlinghetti et encore située aux limites de North Beach, quartier italien, et de Chinatown, continue à être un phare pour la contre-culture et pour ceux et celles qui s’opposent au Pouvoir et aux idées reçues.

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Faisant l’angle avec l’avenue Columbus et rejoignant l’avenue Grant, l’allée Jack Kerouac, pavée en pierres dans

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lesquelles sont encastrées une douzaine de « plaquettes poétiques » dont l’une du fondateur de City Lights sur laquelle sont gravés les mots suivants :" La poésie est l'ombre projetée par nos imaginations illuminées"

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Un échantillon des autres inscriptions qui s'y trouvent :

The free exploring mind of the individual human is the most valuable thing in the world (John Steinbeck)

Love lights more fires than hate extinguishes (Ella Wheeler Wilcox).

Without courage we cannot practice any other virtue with consistency (Maya Angelou).

In the company of best friends, there is never enough wine (en caractères chinois).

Brotherhood in all corners of the world (en caractères chinois).

Et, pour terminer sur une note écologique et sur un sujet près du cœur des Québécois, l’eau: une autre « plaquette poétique », elle aussi en caractères chinois :

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Quand tu bois de l’eau, pense à sa source.

août 29, 2008

Mario Dumont à l’école du « ouï-dire »

Voyons Mario! As-tu déjà étudié dans un « high school » américain? Es-tu déjà passé par les portes d’école affichées « Fire arms forbidden » (port d’armes à feu défendu)? As-tu vu le film du grand Michael Moore, Bowling for Columbine ? T’y es-tu déjà levé à tous les matins de l’année scolaire, main sur le cœur, pour prêter serment au drapeau des États-Unis d’Amérique? Sais-tu de quoi tu parles, Mario?

Moi, oui, Mario! J’ai été de ces jeunes hommes qui portaient fièrement le veston bleu de mon école, frappé de la lettre O en or (Orem High School), un vrai Tigre! Car sur mon O se trouvaient cousus de petits écussons, symboles de ma réussite au basket, au football et au baseball. Oui, j’avais un fort sentiment d’appartenance. Cependant, seuls les athlètes avaient le droit d’en porter. Les « bollés » devaient se contenter de certificats, de parchemins, d’un bon mot par ci par là de la part d’un enseignant ou d’une enseignante—rien de trop visible. Leur sentiment d’appartenance s’avérait moins solide.

Nos écoles au Québec sont-elles si mauvaises? En 1985, moi et ma famille avons passé un an en Arizona. Ma fille, Jolyn, venait de finir son Secondaire-IV à l’École de Rochebelle. C’est l’équivalent du « grade 10 » dans le système américain qui exige douze ans d’études pour obtenir le diplôme d’études secondaires. En cette fin du mois d’août 1985, à l’examen de ses relevés de notes des Secondaires III et IV, l’orienteur lui a annoncé qu’elle avait déjà obtenu un nombre suffisant de « crédits » pour se qualifier au diplôme et que ces « crédits » étaient correctement répartis entre sciences physiques, mathématiques, sciences sociales, "humanités" et cours facultatifs. De plus, elle parlait couramment deux langues, ce que la vaste majorité des jeunes de McClintock High School ne pouvaient faire.

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Pour se qualifier au diplôme, il a fallu seulement que Jolyn suive trois cours : histoire des États-Unis, histoire de l’Arizona, institutions politiques locales et fédérales. Sourire en coin, j’ai dit à l’orienteur, « Vous devez lui faire suivre des cours de propagande afin d'en faire une bonne Américaine ». Ce à quoi il a répondu sur un ton narquois, « Ouais, c’est à peu près cela ».

Jolyn fit donc partie des finissants de 1986 de McClintock High School, à Tempe, en Arizona. Elle en a été contente et fière. La cérémonie de « graduation » eut lieu par une belle soirée du printemps dans le stade de football des Chargers de McClintock. Il s’agissait d’un diplôme qui lui a permis d’entrer l’année suivante dans un collège communautaire aux États-Unis et, éventuellement dans un cégep au Québec. Cette année-là, elle a beaucoup appris sur la culture du pays d’origine de ses parents, sur les mœurs des gens de la région de Phoenix et sur l’éducation qu’elle avait reçue au Québec...qui n'avait pas été si pire!

août 23, 2008

La Grand-messe de Céline vécue par un « infidèle »

Je ne peux que joindre ma voix à celle du chroniqueur du Soleil François Bourque qui commentait ce matin la grand-messe du vendredi soir. Lui, comme moi, « …a revu Québec, fébrile et fière d’être un soir encore le centre du monde. Sur la route des Plaines, la procession des fidèles marchait dans l’allégresse…en direction ouest sur Grande Allée, face au soleil couchant, le peuple élu, les appelés de Dieu, détenteurs des billets donnant accès aux meilleures places…dans l’autre direction, les pécheurs sans papiers. Un long pèlerinage vers les lieux saints ». Les fidèles prenaient ainsi place devant l’autel de la diva bien aimée.

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Avec les pécheurs, je me suis retrouvé accroché à la clôture en fer forgé qui borde l’extrême nord des Plaines dans ce secteur, face à face à un « infidèle », un enseignant de la région de Toronto qui avait prolongé les vacances de son couple à Québec d’une journée afin d’assister à la grand-messe. Il se vantait des grandes célébrations auxquelles il avait déjà participé : AC-DC, Rolling Stones, New Orleans Jazz Festival (trois fois), etc. Tout cela, cependant, ne l’avait pas préparé à la spécificité de ce qu’il allait vivre vendredi soir. Jack, un nom de ma fabrication parce qu’il ne m’a pas donné le sien, a dû ressentir dans cette foule un peu ce que j’avais ressenti en 1977, en assistant à un match de football réunissant deux équipes d’universités louisianaises dont la population estudiantine est afro-américaine à plus de 90%, Southern et Grambling. La joute, tenue dans le Super Dome de la Nouvelle-Orléans, constitue possiblement le plus grand « happening » de l’année chez les Afro-Américains qui comptent quand même 32% de la population de l’État. Endimanchés au possible en ce samedi après-midi, ils remplissaient l’enceinte pour encourager leurs équipes respectives. Assise à ma gauche, ma conjointe, à ma droite, un ami, autour de nous 69 997 visages noirs.

Pauvre Jack! Au fur et à mesure que les fidèles arrivaient, il entendait de moins en moins sa langue. Il s’énervait visiblement. Une chance que j’étais là! Par contre, le fait de converser avec « un Américain de Seattle » qui avait choisi d’élire domicile à Québec en 1971 et qui semblait s'en tirer pas mal—car il est encore là—le déboussolait passablement. Dans sa tête de « bloke », un Anglo à Québec ne pouvait que se sentir persécuté, seul et malheureux.

-Quelle est la raison principale pour laquelle vous aimez vivre ici? demande Jack.

Rapidement, j’énumère trois raisons :

1. La qualité de vie ici est supérieure à toute autre ville que j’ai connue.
2. Le rythme de vie ici respecte l’être humain.
3. La ville permet à celui ou à celle qui aime la langue française et qui désire vivre en français de le faire pleinement. C’est la seule grande ville en Amérique du genre.

Les deux premières explications lui ont plu. La troisième était pour lui incompréhensible. À un moment donné, à la suite de mes révélations concernant l’identité des invités de Céline (Garou, Zachary, les Aiëux, Dan, Éric, Jean-Pierre, Ginette, etc.), tous des francophones dont il n’avait jamais entendu parler, Jack m’a chuchoté « mais elle va chanter en anglais, n’est-ce pas? »

« J’espère que non! » lui dis-je. Il me regarde de travers.

Mon nouvel ami a pu « tuffer » la première demi-heure du spectacle, mais c’était plus fort que lui. Il ne comprenait pas les paroles des chanteurs, ni la langue « étrangère » parlée par les gens autour de nous. De plus, il s’inquiétait de sa voiture stationnée à l’université Laval et de comment il ferait pour la retrouver et retourner à son motel à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Vers 21h30, il en avait eu assez. « Quel autobus avez-vous dit? »

« Le 800 ou le 801 ».

Sur cela, Jack a empoigné le bras de son épouse et ils ont disparu dans la nuit.

Et les fidèles ont communié jusqu’aux petites heures!.

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août 19, 2008

Jean-Marie Nadeau sur Québec, la magnifique

Jean-Marie Nadeau est chroniqueur à l’Acadie Nouvelle, seul quotidien de langue française des provinces Maritimes. Les textes de cet « autonomiste » acadien publiés tous les mardis matins sont tout aussi intéressants les uns que les autres. Celui d’aujourd’hui, écrit à la suite de son passage à Québec la semaine dernière pour fêter l’Acadie, mérite l’attention des lecteurs québécois. Je vous l’offre donc sur mon blogue. Ceux et celles désirant communiquer directement avec Jean-Marie peuvent le faire à l’adresse suivante : jmacadie@nb.sympatico.ca

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J’étais à Québec la semaine dernière pour fêter l’Acadie qui se présentait en ville avec ses plus beaux habits : un tintamarre retentissant, un spectacle acadien de haut calibre en toute modernité, et une réception fort sympathique organisée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

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Même s’il y a eu des démêlés inacceptables entourant le 400ième anniversaire de l’établissement permanent de cette ville et celui de notre 404ième comme peuple, Québec mérite la majesté de ses festivités. On ne peut que tomber sous le charme de cette ville, surtout le Vieux-Québec. Québec est en partant un bijou du patrimoine nord-américain et mondial…en français. Et dieu que ça fait du bien de passer quelques jours à entendre parler principalement français, tout en entendant autant d’allemand, d’espagnol, d’italien, de japonais que d’anglais!

Le tintamarre a été un grand succès, débordant d’émotion. Il y avait autant , sinon plus de Québécois tout au long du parcours que d’Acadiens dans le tintamarre. Ce fût donc une activité en dehors du commun, permettant aux deux peuples francophones d’Amérique de se côtoyer enfin dans l’harmonie, la solidarité, et la joie mutuelle de se rencontrer et de s’apprécier.

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Ça donne envie de trouver des moyens, comme cette présence acadienne réussie à Québec cette année, pour faciliter des rapprochements plus conviviaux entre nos deux peuples. Pour briser les murs de la méconnaissance mutuelle. Pour extirper cette acrimonie et ces ressentiments qui existent entre nous depuis que le peuple québécois a entamé un processus pour s’assumer pleinement à part entière, pour ne pas dire souverainement.

Il faut donc célébrer les initiatives des deux gouvernements, qui par le biais d’un organisme communautaire comme le Conseil économique du Nouveau-Brunswick et son homologue québécois, ont organisé des sommets économiques entre les entrepreneurs de chaque province. De tels événements se sont déjà tenus à Edmundston et Rivière-du-loup ces dernières années. Régis Labeaume, maire actuel de Québec et coorganisateur québécois avec Paul Aucoin, son pendant acadien et ancien directeur général du Conseil économique chez-nous, ont été honorés en recevant chacun une médaille de reconnaissance Québec-Nouveau-Brunswick pour leur engagement.

Benoit Pelletier, ministre québécois responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne, a également reçu la médaille Léger-Comeau de la Société nationale de l’Acadie pour sa contribution à l’avancement des relations québécoises avec les communautés francophones et acadiennes du Canada. Cet honneur est hautement mérité. Depuis Claude Ryan, le ministre Pelletier est probablement le politicien québécois à avoir la meilleure connaissance et sensibilité face aux réalités que nous vivons comme communautés acadiennes et francophones au pays.

Mais, il ne faut pas se faire d’illusion. Le projet de souveraineté québécoise est loin d’être mort. Il est plutôt en sommeil, et même las pour le moment. Il est fascinant de constater jusqu’à quel point le gouvernement canadien, qui a financé en grande partie les activités du 400ième de Québec, a tenté d’y occulter le drapeau québécois, par exemple. Si les fédéralistes canadiens et québécois continuent à manœuvrer en sourdine pour imposer le Canada aux Québécois de cette façon, plusieurs de ces gestes seront bientôt démasqués et se retourneront contre eux.

Mais, ils ne sont pas les seuls. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick semble avoir aussi tout fait pour occulter d’une certaine manière l’appellation acadienne dans l’organisation de ces activités à Québec. On « pushait » autant le drapeau « NB » que le drapeau acadien. Et il parait qu’on ne devait pas trop utiliser du « bonne fête l’Acadie » dans les activités officielles. Ce n’est pas la première fois qu’on est témoin de tels gestes inconvenants. Comment pense-t-il qu’on puisse troquer le label « acadien » pour celui de « NB », à prononcer à l’anglaise ou à la française, et prendre notre place hors Nouveau-Brunswick? Sans les Acadiens du Nouveau-Brunswick, notre province serait une province anglaise comme les autres, surtout au Québec…Le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne devrait pas trop jouer sur ce terrain de cette façon.

Ces petites gamineries fédérales ne feront que nourrir à la longue la grogne souverainiste au Québec. Quant aux gamineries néo-brunswickoises, elles produiront là aussi un effet de ressac acadien. Ces mesquineries n’ont plus leur place.

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Pour terminer sur une note plus positive, il parait évident que Québec la magnifique a tout de même bien réussi son 400ième , comme elle a réussi en grand son accueil de l’Acadie. Le maire Labeaume a déjà énoncé l’intérêt de Québec à recevoir le Congrès mondial acadien 2014. Le crû 2008 de l’accueil de l’Acadie sera un atout de plus dans son jeu. Merci Québec!

juillet 28, 2008

La Louisiane française perd une partie de son âme... je perds un très grand ami.

En avril 2007, j’ai vu Richard Guidry pour la dernière fois. Sur la terrasse d’un café à Lafayette, j’ai eu le plaisir de lui offrir un exemplaire de la version nouvellement réimprimée de notre premier livre consacré à la Franco-Amérique, Du continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l’Amérique française, paru à l’origine aux Presses de l’université Laval en 1983. C’était pour le remercier du manuscrit qu’il venait de me remettre pour publication dans

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le nouveau livre, Franco-Amérique. Le titre de son texte était saisissant, chargé de signification et prémonitoire : « Les mémoires d’un Cadien passionné ».

L’état de santé de ce gros Cadien du bayou Vermillon (c’est ainsi qu’il signait ses courriels) était alors précaire et continuerait de se détériorer. Il a passé de longs mois dans un hôpital de Shreveport, dans le nord de l’État, loin de sa Louisiane et de son monde. Sorti enfin de l’hôpital et de retour chez lui, Richard semblait, pendant un certain temps, prendre du mieux. Lorsqu’en avril dernier, Franco-Amérique a paru et il en a eu sa copie, il l’a célébré en compagnie d’ami(e)s. Debbie Clifton m’a fait part de cette rencontre soulignant que Richard se réjouissait de voir sur la page couverture la photo de son copain de Haute Louisiane (Missouri), Kent Beaulne, et d’y relire ses « mémoires ».

À la page 372 de ce livre se trouve une courte notice biographique de l’auteur de ces mémoires :

Richard Guidry est né à Gueydan, en Louisiane, mais a passé sa vie d’adulte à Lafayette. Ses nombreuses activités professionnelles et créatrices visant à promouvoir la langue française lui ont valu la décoration des Palmes académiques en 1993. En plus d’être auteur de pièces de théâtre et de monologues, Richard est une véritable encyclopédie ambulante en ce qui a trait aux cultures cadienne et créole. Il fut longtemps responsable du recrutement et de la formation des enseignants du français en Louisiane.et a joué un rôle déterminant dans l’établissement, au début des années 1990, d’un réseau d’écoles d’immersion française.

Personnellement, je dois énormément au disparu. Lui, plus que tout autre, m’a initié à la Louisiane française. Je ne pourrai jamais oublier les longues conversations que nous avons tenues dans sa roulotte à Pont-Breaux en 1977 et les nombreuses sorties sur le terrain. J’ai appris à faire abstraction de ses colères et de ses opinions fortes…pour ne pas dire extrêmes. Je restais souvent bouche bée devant sa grande sensibilité vis-à-vis de la culture locale du sud de la Louisiane, mais aussi devant ses connaissances érudites des cultures francophones du reste du continent nord-américain et du monde entier. En 1996, sans le savoir, Richard Guidry a posé un geste qui a transformé ma vie affective et pour lequel je lui serai éternellement redevable.

Oui, la Louisiane vient de perdre un gros morceau, une partie intégrante de son âme et je pleure la perte d’un cher ami.

N.B. La photo qui suit m'a été fournie par Jean Guilbert, l'un des commentateurs de cette note. Elle est de Richard à 25 ans.

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Dean Louder est né en Utah. Très marqué en huitième année par sa lecture d’Évangéline de Longfellow, il le fut d’autant plus par les trente mois qu’il a passés en France à partir de l’âge de 19 ans. Après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Washington, l’apprentissage de la langue de Molière lui a permis en 1971 d’accepter un poste de professeur de géographie à l’Université Laval. C’est à partir de Québec, à la fin des années 1970, que Dean, le plus souvent accompagné de ses étudiants, explorera la plupart des îles de l’Archipel francophone d’Amérique. À la retraite depuis 2003, sa cadence n’a pas diminué. Il reste encore tant à découvrir en cette Franco-Amérique !

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