Accueil

juin 05, 2011

Retour de Cannes 2011

Cette année, j'ai renoué avec une vieille habitude : mon bilan.

Woody Allen est un inconditionnel de Paris. Il aime cette ville et regrette de ne pas y avoir vécu ou travaillé par le passé. Il se donne une seconde chance en créant son double Gil, jeune scénariste à succès, qui rêve d’écrire un premier roman et cherche l’inspiration dans Paris. Mais pas n’importe lequel Paris. Pourquoi pas celui des années folles?

Woody Allen n’a pas inventé cette bande comique « La Toupie du temps ». Mais il se souvient de son enfance qui est aussi la mienne. Ne rêvions-nous pas d’être Jacques Le Matamore et de pouvoir voyager dans le temps? Le cinéaste troque la toupie pour une ancienne bagnole qui transporte ses passagers à une autre époque. Gil rencontre Hemingway qui lui présente une éditrice géniale Gertrude Stein. Il n’a qu’une idée lui apporter l’ébauche de son manuscrit. Il doit cependant apprendre à refaire le parcours.

Les premières lignes de son roman font tressaillir la jeune maîtresse de Pablo [Picasso], Adriana. Elle a tout ce qu’il faut pour lui faire oublier sa froide et légère fiancée, ses parents qui sont sur leurs talons et des amis de collège rencontrés par hasard. Woody Allen s’en donne à cœur joie et fait défiler Scott Fitzgerald et sa Zelda, plusieurs peintres dont Gauguin, Lautrec, Dali puis le fantôme de Modigliani et l’incontournable Cole Porter qui le conduit vers la gentille Gabrielle. Woody Allen, alias Gil, ne s’ennuie pas et nous non plus. Chaque immersion dans le passé transforme l’apprenti écrivain. Il ne voudra plus quitter Paris.

La magie qui avait joué pour « La rose pourpre du Caire », ce célèbre film dans lequel les personnages sortaient de l’écran, est au rendez-vous.

Comme mise en bouche, les responsables de la Sélection officielle ont eu la main heureuse en nous servant « Minuit à Paris » de Woody Allen.

Cannes en rafale.

2011 est un excellent cru. Le choix est difficile. Pourquoi pas un menu-dégustation en deux temps : les grands et les moins connus. La cote de 1 à 5 s’en tient à l’aspect divertissement. Ne pas rater ceux qui ont 4 ou 5!

1) André Téchiné avec « Les Impardonnables », adaptation d’un roman de Philippe Djian.

Un écrivain, Francis, cherche un pied à terre à Venise pour écrire son prochain roman. Il déniche une jolie maison et s’y installe avec Judith, l’agente d’immeuble. Ils ont tous deux du vécu et sont vite en affaires. L’histoire démarre sur un ton de comédie qui tourne à la tragédie. Mais on n’y croit pas. André Dussolier et Carole Bouquet restent froids et calculateurs. Le film devient un prétexte pour visiter Venise et faire parader autour du couple la famille et les amies. Ici le féminin est important car Judith est bisexuelle.(2/5)

2) Bruno Dumont avec « Hors Satan ».

Tout le film repose sur David DeWaele, le vagabond, et Alexandra Lamatre, la fille de ferme. Ils se parlent peu, mais se comprennent, ce qui n’est pas immédiatement le cas du spectateur entraîné depuis de très gros plans, surtout du visage impassible du garçon, vers des plans très larges qui s’arrêtent sur une zone de mer désolée faite de dunes et de marais. (2/5)

3) Les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne avec « Le gamin au vélo ».

Les deux cinéastes sont-ils sérieux quand ils expliquent qu’ils ont voulu faire un nouveau « Sauvez Willy »? Ils n’ont pourtant pas besoin de modèle pour créer de jeunes personnages qui deviennent quasi inoubliables. Cette fois Jesse devient Cyril et le dauphin a pris la forme d’un vélo auquel le gamin tient par-dessus tout, à l’exception de son père qu’il recherche désespérément. Quand celui-ci lui dit que le vélo n’avait pas été volé mais qu’il l’avait vendu en même temps que sa moto, le gamin répond : « Ce n’est pas grave ». Ce pardon ne suffit pas à attendrir le père. Heureusement que Samantha la coiffeuse est là, capable d’affronter les terribles crises, des fugues à répétition et parfois même la violence du garçon. (Grand prix ex aequo). (5/5)

4) Pierre Schoeller avec « L’exercice de l’État » ou « Le ministre ».

Olivier Gourmet est très convaincant dans le rôle du ministre des transports dans un pays qui pourrait être la France. Son chef de cabinet, Michel Blanc, l’est tout autant. Tout y est : une pression constante, des rivalités impitoyables, des scoops vicieux, mille et une façons de gagner du temps. La politique à son pire. La salle a longuement applaudi. Gourmet se gonflait, souriait, encaissait. Les frères Dardenne, coproducteurs, applaudissaient poliment. En présentant le film, Thierry Frémaux, délégué général du Festival, a murmuré quasi à voix basse : »Heureusement qu’il y a encore une Belgique! » (5/5)

5) Nadine Labaki avec « Et maintenant on va où? »

Le film s’ouvre sur un cortège de femmes qui s’enlacent et se balancent doucement. Parvenues dans un cimetière, elles se partagent en deux groupes, musulmanes et chrétiennes. Deux religieux dominent ce petit village isolé au nord de Beyrouth, un prêtre maronite et un iman. Tout à l’opposé des deux protagonistes du « Petit Monde de Don Camillo », ils sont complices et soutiennent les femmes qui débordent d’imagination pour apaiser leurs hommes. À la fin, ceux-ci forment un nouveau ballet qui a soulevé l’approbation de la salle. (5/5)

6) Joseph Cedar avec « Hearat Shulayim » titre en hébreu qui pourrait se traduire par « Une note de bas de page ».

Le père et le fils sont de très sérieux chercheurs universitaires. La gloire sourit au fils mais non au père qui doit se contenter d’une note de bas de page consentie par un grand maître dans un ouvrage de référence. Pourtant le père méritait davantage si on accepte d’accorder de l’importance à d’interminables études du Talmud. Sur un ton de comédie, Cedar, à qui on doit « Beaufort » (2007) consacré à l’occupation israélienne du Liban, lève le voile sur les valeurs juives dans la société israélienne.( Prix du meilleur scénario). (4/5)

7) Maïwenn, Polisse, ( Prix du jury).

La réalisatrice nous fait pénétrer au cœur de l’action de la Brigade de protection des mineurs de Paris. Elle joue le rôle d’une photographe mandatée pour réaliser un reportage sur ces policiers. Le truc est un peu facile, mais le résultat est là. Ça marche. Les victimes ne sont pas toujours celles qu’on pense. (5/5)

8) Nicolas Winding Refn (Danemark) avec Drive ( Le cascadeur).

Ce genre polar étonne comme choix dans la Sélection officielle. Non seulement le jury s’est rallié, mais il lui a même décerné un prix. Il faut dire qu’on ne s’ennuie pas malgré des effets parfois un peu gros. Les comédiens sont excellents. (4/5)

9) Aki Kaurismäki (Finlande) avec Le Havre.

Un jeune immigré clandestin est protégé par un ex-écrivain devenu cireur de chaussures. Ce qui le rapproche des gens, explique-t-il. La distribution de ce petit film sans prétention est excellente. Monet (Jean-Pierre Darroussin), l’inspecteur de police, est impeccable. (5/5)

10) Lynne Ramsay (G.-B.) avec « We need to talk about Kevin ».

Ce roman a fait fureur au Québec. Qu’en sera-t-il de ce film? Chose certaine, il ne laissera personne indifférent. (3/5)

Pour compléter, voici mon évaluation d’une quinzaine de films de la Sélection officielle et de la section « Un certain regard ».

Juliana Rojas et Marco Dutra (Brésil), Travailler fatigue (2/5)

Gus Van Sant (USA), Restless (3/5)

Gerardo Naranjo, (Mexique) Miss Bala ( 3/5)

Kim Ki-Duk ( Corée du Sud) Arirang ( 0-5)

Cristian Jimenez ( Chili) Bonsai. (2/5)

Robert Guédiguian (France) Les neiges du Kilimandjaro ( 4/5)

Catalin Mitulescu ( Roumanie), Loverboy (2/5)

Joachim Trier (Danemark) Oslo,31 août ( 2/5)

Julia Leigh ( Australie) Sleeping beauty ( 3/5)

Hong Sangsoo ( Corée du sud) The day he arrives (2/5)

Bakur Bakuradze, (Russie), Okhotnik (Le chasseur) (2/5)

Nicolas Winding Refn ( Danemark) Drive (3/5)

Natalia Almada, ( Mexique), El velador ( Le gardien) (2/5).

Bertrand Bonello (France), L’Apollonide ou la maison close (1/5).

mai 21, 2008

Kanesatake, c'est rien!

Les nouvelles en provenance de Kanesatake vous désolent. D'ici peu, vous aurez une énorme consolation. Le film de Matteo Garrone intitulé Gomorra vous fera plonger dans un monde qu'on ne peut imaginer. Pourtant Garrone peut en parler puisqu'un tel univers existe. Dans un docu-roman publié en 2006, le journaliste italien Roberto Saviano fait indirectement la lumière sur la mafia napolitaine dite La Camorra.

Aujourd'hui Saviano est millionnaire grâce au succès de son livre (Gomorra), mais il est menacé de mort et vit sous la protection de la police. Les chiffres qui sont donnés à la fin du film sont terrifiants, mais les ramifications de cette mafia le sont encore davantage. Ce film est d'une troublante actualité. À moins de 200 kilomètres de Rome, règne une véritable "dynamique de guerre". Le nouveau président italien Berlusconi a convoqué son conseil des ministres à Naples aujourd'hui, mercredi 20 mai. Le journal Libération fait la une avec des montagnes de déchets au coeur de la ville. Comme à peu près tout le reste, la gestion des ordures est sous le contrôle de la mafia (La Camorra).

Pour donner une idée de l'ampleur, le réalisateur nous propose cinq histoires entrecroisées : le sympathique Toto, 13 ans, qui rêve d'appartenir à la mafia. Il fait très tôt ses preuves en ramenant aux truands un sac de cocaïne et un fusil dont l'un d'entre eux s'est débarrassé à l'arrivée de la police. Don Ciro, comptable de son clan, qui distribue de l'argent aux familles dont l'un des membres est tombé au champ d'honneur ou est en prison. Marco et Ciro qui agissent comme indépendants avant 'être abattus. Roberto a fini ses études et trouve un premier emploi auprès de l'un des responsables de la section des déchets toxiques.Enfin, Pasquale, grand couturier, qui cède à l'invitation des Chinois d'enseigner son savoir-faire à leur personnel.

Toutes ces histoires se terminent mal, parfois sous nos yeux, parfois par sous-entendus. Ainsi qu'arrive-t-il à Roberto qui renonce à se faire complice des tristes combines qu'on lui propose.

Franchement, la réalité que propose Matteo Garrone dépasse l'entendement. Il a compté 3 600 morts depuis sa propre naissance. il faut voir d'où provient l'argent et à quoi il sert. Trafic de drogue et d'armes à feu, contrebande de tout genre, trafic de cigarettes. Plus subtilement, extorsion de fonds auprès des entreprises et commerces de la région sous forme d'un impôt appelé Pizzo, également contrôle de commerce tout à fait légal comme celui de la viande ( on y a déjà goûté) ou des fleurs, contrôle d'offres publiques de chantiers. Tiens! Tiens!

Le film est une fiction construite à partir de l'enquête menée par Roberto Saviano. Il faut voir le film et lire le livre. Kanesatake ai-je écrit? Oui pour provoquer.

Si je me regarde, je me désole, si je me compare, je me console.

mai 19, 2008

Gros oubli

Comme je n'ai pas pu participer à la conférence de presse de Spielberg, je n'ai pas pu lui demander ce qu'il pensait de "L'Or des Amériques" que vient de publier le Septentrion en collaboration avec le Musée de la civilisation.

Le film est une bonne introduction au livre et inversement.

Un petit regret: Indiana Jones

Un petit regret : Indiana Jones.

Apparemment, c'est-à-dire selon Gilles, il est facile d'insérer des photos sur un blogue. J'ai donc jonglé avec la possibilité de me munir d'un appareil photo, mais la seule idée d'avoir à le traîner m'a découragé. En vérité, je ne l'ai pas regretté sauf à la conférence de presse de Spielberg.

À la sortie du film de deux heures, je me suis dirigé vers la salle de conférence de presse sans trop y croire. Je ne fus pas refoulé, je n'ai même pas pu m'approcher de l'entrée. Sans but précis, j'ai exploré les environs pour finalement planter ma tente devant une grande fenêtre à proximité de la passerelle par laquelle arrive les invités. Derrière moi, j'entendais les appels des gardiens pour essayer de contrôler la meute. Soudain un petit Asiatique s'est faufilé jusqu'à moi pour prendre position devant mon voisin et moi. J'avais le nez dans ma documentation et je n'avais pas eu le réflexe de le bloquer. Il tripotait son appareil photo et bougeait constamment. Finalement, il ne nous dérangeait pas beaucoup. J'observais le va-et-vient de quelques officiels: la maman des journalistes, Christine Aimé, le grand bonze des conférences de presse, Henri Behar, le nouveau délégué général, Thierry Frémaux toujours extrêmement nerveux sur scène lorsqu'il présente ses films à la section parallèle d'Un certain regard, le président du Festival, Gilles Jacob, et quelques autres officiels.

De toute évidence, il y avait eu une séance de photos puisqu'une armée de photographes et de cameramen défila longuement avant que ne surgissent des gardes du corps marchant lentement devant Steven Spielberg et son producteur, George Lucas, et les vedettes du film, d'abord Cate Blanchett habillée en bleu et tenant un large parapluie bleu pour se protéger du soleil et justifier son nom, Harrison Ford, désinvolte, sympathique, grisonnant, un jeune comédien Shia Labeouf que je n'ai évidemment pas reconnu et qui joue le rôle de Mutt Williams le fils de je ne sais plus quel Williams mais qui s'avérera être le fils de Marion Ravenwood ( Karen Allen), une ancienne flamme de Indiana Jones à qui elle apprendra qu'il est le père de Mutt auquel elle a donné le nom de son mari. Car elle et Indiana n'avaient pas été mariés. La morale sera tout de même à peu près sauve et je ne vous prive pas d'une grande surprise en disant que tout ça s"arrangera à la fin du film.

Gilles Jacob s'avança dignement vers un Spielberg, très décontracté. Pognée de mains, quelques mots et tout le monde entre à l'intérieur. Bon, il me reste à me trouver un écran qui diffusera la conférence de presse et je me dirige vers le large corridor qui conduit à la salle de conférence. C'est là où j'ai eu mon choc et que j'ai vraiment regretté de ne pas avoir d'appareil. J'ai failli rattraper mon petit Chinois pour lui demander de prendre pour moi une photo du spectacle que nous avions sous les yeux. Une haie de photographes juchés les uns sur les autres, munis de perches non seulement de son mais portant aux extrémités des caméras. Il m'est impossible avec des mots de vous donner une juste idée. Ça ne se décrit pas. Lorsque l'attroupement s'est dispersé, j'ai remarqué que plusieurs repliaient des escabeaux personnels.

À la sortie de la conférence, les invités s'engouffrent dans un large ascenseur, mais ils doivent franchir une courte distance. Les habitués se postent donc le long des cordes pour prendre des photos mais surtout pour tenter d'obtenir des autographes. Spielberg s'est livré au jeu mais encore davantage Harrison Ford. Des personnes très sérieuses, munies de leur badge de journaliste, sortaient de leur sac des photos et les brandissaient au bout de leurs bras. Patiemment et souriant, Ford fit bien des heureux.

Quelques minutes auparavant, on lui avait demandé comment on se sent quand on est l'objet de tant d'attention et de popularité? "Être une star, ça se vit comment?" Ford avait éludé la question. "Je suis tout simplement un acteur de cinéma qui prend son travail au sérieux".

Spielberg est fier de son film, mais laisse le dernier mot au public.Il n'y aura pas de surprise si ce n'est de s'étonner que ce nouveau Indiana Jones ait mis plus de vingt ans voir le jour. Le réalisateur explique qu'il voulu faire des films sérieux comme La Liste de Schindlet ou Amistad. Il a mis tout de même dix ans à péparer ce nouvel Indiana Jones. Faut-il prévoir une suite? "Nos oreilles sont ouvertes aux attentes du public qui me demande aussi une suite d'E.T.

Et l'histoire du film, me direz-vous? Elle est toute simple: La mère de Mutt a été enlevée en même temps qu'un ami d'Indiana Jones. Ils étaient sur les traces d'importantes découvertes de crânes de cristal. Tout ça nous conduit en Amérique latine avec les Russes sur les talons. Nous sommes en effet à l'époque de la guerre froide avec des escapades dans un univers sud-américain vieux de plus de 5 000 ans et sans doute visité par des extra-terrestres. Tout ça est bien connu, me direz-vous. C'est vrai, vous avez raison. Une petite révision ne peut pas nuire. Vous verrez: elle n'est surtout pas ennuyante.

t

mai 17, 2008

Refoulé

Refoulé.

Cela arrive au moins une fois par Festival et il y a tellement de bons films à venir, si on en juge par leurs réalisateurs ou leurs sujets, que je risque un autre « rejet ».

J’avais l’intention d’assister à la conférence de presse de Woody Allen pour le voir de près et ne pas manquer de contempler Penelope Cruz. Le temps de le dire, la salle était bondée. Une demi-heure avant l’heure, on ne laissait passer que les cartes blanches et les roses avec pastille. Votre serviteur, malgré ses années de service, est bloquée au niveau de la carte rose.

Je me suis posté à l’entrée de la salle de presse; Jean-Pierre Tadros rédacteur d’un bulletin destiné au milieu du cinéma (CTVM), est arrivé encore plus tard que moi. Il m’a confié son gros sac et, brandissant son appareil photo, a cherché une issue dans la foule qui se massait le long du parcours prévu pour l’arrivée des invités. J’ai vu un Woody Allen, frêle, voûté. hisurte, trottinant derrière les autres. Il a regardé autour, l’air étonné de voir tout ce monde. Une grande noire le suivait. Rebecca Hall ou Penelope Cruz? Sur le coup, je ne savais pas.

Je me suis donc consolé en ma rapprochant d’un des écrans qui permet de suivre la conférence de presse. J’ai manqué les premières questions. J ‘étais trop loin. Mais j’ai bien entendu un journaliste américain : « Est-ce que le trio amoureux ( un homme et deux femmes) que vous présentez est un de vos fantasmes? »- Réponse : « Il me semble qu’il est déjà difficile de s’occuper d’une… » Et il a brodé là dessus. « Pourquoi le choix de Barcelone ? » Toujours un peu provocant, il répond : « Les autorités de Barcelone m’ont proposé de tourner un film chez eux et on a mis à ma disposition un budget ». Il a quand même dit qu’il aimait bien Barcelone, que c’était une ville remarquable, blablabla. Imperturbable, il a ajouté qu’il était prêt à tourner dans plein d’autres villes aux mêmes conditions. Et il en a énuméré quelques unes.

Son film est réussi. Deux jeunes américaines arrivent à Barcelone pour plusieurs semaines de séjour. Très typiques toutes les deux. Elles se font draguer ou plutôt harponner par un artiste irrésistible. Il propose d’emblée la formule trio. L’une, fiancée à un type parfait, recule. Mais il y a l’omniprésente et incontournable femme du charmeur catalan qui n’a pas dit son dernier mot. Woody Allen s’en donne à cœur joie avec une jolie satire du monde moderne, les Américains en tête.

J’ai profité de cette accalmie pour rentrer à ma chambre et mettre un peu d’ordre dans la vaste documentation déjà accumulée.

La femme de chambre s’en était déjà mêlée! Sans commentaire. J’ai donc recréé un nouveau désordre, fait un peu de lessive et quelques courses. Tout est à proximité comme dans toute vraie ville européenne.

Bilan jusqu’à maintenant : excellent.

Correction importante:Michael Fassbinder n'est pas éligible au prix d'interprétation masculine. Son film n'est pas en Sélection officielle mais à un Certain regard.

mai 16, 2008

Prédictions en date du 16 mai

J'aime bien des prédictions, mais généralement j'attends vers la fin du Festival. C'est bien normal.

Cette fois, les six premiers films que j'ai vus m'ont tellement impressionné que je me lance dès aujourd'hui.

Je vois mal qui pourrait ravir le prix d'interprétation à Michael Fassbender l'intreprète principal de Hunger (pour A hunger for freedom).

Pour incarner le rôle de Bobby Sands, un leader de lRA mort après 66 jours de grève de la faim, il a dû maigrir à l'extrême. Son poids normal est d'environ 73 kilos et il a baissé jusqu'à 59 kilos. Dans les dernières scènes, on voit un cadavre qui n'a vraiment que la peau et les os. Il est tellement sensible qu'on installe au-dessus de son corps une armature sur laquelle on place une couverture. Une telle maigreur, volontaire, est-elle possible ? À défaut de trucage, il y a certes de subtils jeux de caméra.

On ne pouvait cacher aux familles, donc au public la grève de certains militants. Les parents avaient un droit d'ultimes visites. La mère de Bobby viendra poser ses lèvres sur le front de son fils rendu à la dernière extrémité; il ne peut faire plus que de remuer les paupières. Résignée, infiniment triste mais non révoltée par le sacrifice de son fils dont la mémoire reste très vive en Irlande du Nord. Ce n'est pas le premier film sur ce sujet et ils font tous réfléchir. Et ils font peur!

Dans Leonera, film argentin signé par Pablo Traperon, une comédienne, cette fois, s'implique physiquement au-delà des exigences les plus grandes.

Soupçonnée de meurtre, elle est incarcérée. Au moment de la fouille à nue, la surveillante lui demande: "Vous êtes enceinte ?- Ou i- Depuis quand ?- Je ne sais pas". On la reverra à la fin de sa grossesse sortant de la douche. Pas de trucage possible. Elle accouchera en prison et sait qu'elle pourra garder son enfant jusqu'à l'âge de 4 ans au maximum. Quelle peine l'attend ? J'y reviendrai sans doute. Pour l'instant, je veux souligner la performance de Martina Gusman qui incarne Julia dite Leonera ou, selon ce que j'ai compris, la lionne, celle qui protège et défend sa progéniture de toute son énergie. Ce film est étonnant aussi par cet univers carcéral féminin qui accueille les femmes avec des enfants.

Michael Fassbendder et Martina Gusman ont de fortes chances de décrocher un prix d'interprétation.

Hunger devrait en outre se mériter une place au palmarès.

Prédictions en date du 16.

J'aime bien des prédictions, mais généralement j'attends vers la fin du Festival. C'est bien normal.

Cette fois, les six premiers films que j'ai vus m'ont tellement impressionné que je me lance dès aujourd'hui.

Je vois mal qui pourrait ravir le prix d'interprétation à Michael Fassbender l'intreprète principal de Hunger (pour A hunger for freedom).

Pour incarner le rôle de Bobby Sands, un leader de lRA mort après 66 jours de grève de la faim, il a du maigrir à l'extrême. Son poids normal est d'environ 73 kilos et il a baissé jusqu'à 59 kilos. Dans les dernières scènes, on voit un cadavre qui n'a vraiment que la peau et les os. Il est tellement sensible qu'on installe au dessus de son corps une armature sur laquelle on place une couverture. Une telle maigreur, volontaire, est-elle possible? À défaut de trucage, il y a certes de subtils jeux de caméra.

On ne pouvait cacher aux familles, donc au public la grève de certains militants. Les parents avaient un droit d'ultimes visites. La mère de Bobby viendra poser ses lèvres sur le front de son fils rendu à la dernière extrémité; il ne peut faire plus que de remuer les paupières. Résignée, infiniment triste mais non révoltée par le sacrifice de son fils dont la mémoire reste très vive en Irlande du Nord. Ce n'est pas le premier film sur ce sujet et ils font tous réfléchir. Et ils font peur!

Dans Leonera, film argentin signé par Pablo Traperon, une comédienne, cette fois, s'implique physiquement au delà des exigences les plus grandes.

Soupçonnée de meurtre, elle est incarcérée. Au moment de la fouille à nue, la surveillante lui demande: "Vous êtes enceinte?- Oui- Depuis quand?- Je ne sais pas". On la reverra à la fin de sa grossesse sortant de la douche. Pas de trucage possible. Elle accouchera en prison et sait qu'elle pourra garder son enfant jusqu'à l'âge de 4 ans au maximum. Quelle peine l'attend? J'y reviendrai sans doute. Pour l'instant, je veux souligner la performance de Martina Gusman qui incarne Julia dite Leonera ou, selon ce que j'ai compris, la lionne, celle qui protège et défend sa progéniture de toute son énergie. Ce film est étonnant aussi par cet univers carcéral féminin qui accueille les femmes avec des enfants.

Michael Fassbendder et Martina Gusman ont de fortes chances de décrocher un prix d'interprétation.

Hunger devrait en outre se mériter une place au palmarès.

Tout un départ!

Vendredi 16 mai 2008.

Malgré le manque de sommeil et l'inévitable fatigue du voyage, les premiers films de ce Festival m'ont comblé. Bien sûr, vous lirez des points de vue différents et même opposés dans les divers quotidiens. Les attentes varient beaucoup d'un cinéphile à l'autre. Il y a les spécialistes et les amateurs. Vous pouvez me classer dans la seconde catégorie.

Premier film: je croyais voir Blindness de Fernando Meirelles dans lequel le Canada ou le Québec ont investi quelques millions, j'avais mal lu le programme, il s'agissait plutôt de Valse avec Bachir.. Les premières images m'ont rappelé Persepolis. Pas mal direz-vous! Il faut dire que le film s'ouvrait sur une meute de chiens enragés qui renversaient tout sur leur passage. Ils étaient d'ailleurs effrayants. Ces chiens sortis des rêves d'un ancien soldat israélien nous ramène à la "première" invasion du Liban par Israël en septembre 1982. À ce propos confesse le réalisateur Ari Folman, lui-même ancien combattant israélien: "je n'apprends rien aux Israéliens. Cette invasion de Beyrouth ouest était inutile et ne rapportait rien. Une énorme tache noire sur notre Histoire". Il ajoute avec calme: " Je suis prêt à parier qu'Ariel Sharon, en ce moment dans le coma, aurait donné n'importe quoi pour réécrire l'histoire et éviter cette expédition insensée dont il fut l'initiateur". En conférence de presse, il rappellera, devant les questions d'une journaliste libanaise, que ce sont des phalangistes chrétiens qui ont procédé à un massacre qui a duré du 16 au 18 septembre 1982 dans les camps de Sabra et Chatila, sauf que l'armée israélienne, complice, a laissé faire.

Pour préparer son film, il n'a pas puisé dans ses propres souvenirs. Il n'en avait plus. C'est cet ami qui multipliait les cauchemars avec ses chiens qui lui a fait réaliser que sa propre mémoire était totalement en panne. Les enquêtes menées auprès d'anciens combattants l'ont mis en face d'horreurs bien pires que celles qu'il a montrées, mais c'était quand même trop pour en faire des reconstitutions. Par pudeur en somme, il a opté pour un film d'animation, ce qui constituait en soi une forme d'audace. On ne le sait que trop maintenant, le projet de Folman est d'une terrible actualité.

Il en va autrement pour une histoire de conflit interne, en Irlande du Nord cette fois. Signé Steve McQueen dont c'est je crois le premier long métrage. Il est surtout connu pour ses tableaux présentant des scènes de guerre où figurent des hommes et femmes tués en Irak. Sur chacun, figure le profil de la reine d'Angleterre au nom de laquelle ces victimes ont perdu leur vie. Ces tableaux seraient destinés à devenir de vrais timbres!

En conférence de presse, le réalisateur a rappelé qu'il commençait à peine à travailler sur son projet de film qu'est survenue l'épisode de la prison de d'Abou Ghraib et l'horreur de Guatanamo. La prison qu'il choisit de montrer est peut-être toute neuve, mais elle reste hantée par une haine effroyable. On sort de ce film, longuement applaudi, totalement abasourdi, presque incrédule. Admettons que le film est un peu à sens unique et insiste sur la barbarie invraisemblable des autorités et de leurs mandataires. Pour la comprendre ou essayer de la comprendre, la contrepartie est essentielle. Il faut la deviner à partir de l'ardeur et de la détermination des militants de lIRA. Il n'en reste pas moins que rien ne justifie une telle répression. Tout a fini là par où on aurait pu commencer.

Le drame de Bobby Sands ( Michael Fassbender), est au coeur de ce film intitulé Hanger. Celui-ci est mort après 66 jours de jeune, le jour même où il était élu député. Depuis, un prisonnier ne peut plus être candidat. Huit autres prisonniers succomberont à une grève semblable avant que les autorités cèdent ( fin 1981-début 1982). On apprendra à la toute fin que, pendant la même période, 18 gardiens de la prison seront assassinés dont l'un, froidement abattu d'une balle, sous les yeux des spectateurs qui ont bien failli applaudir à tout rompre. Fassbender est très émouvant et convaincant. On dit qu'il a beaucoup maigri pour jouer ce rôle, mais certes pas assez pour soutenir les dernières images.

La prison irlandaise nous conduit à une autre prison, en Argentine cette fois. Cette fois, une comédienne paie de sa personne dans Leonora, film également très réussie. (À suivre)..

mai 12, 2008

Nouveau départ

Nouveau départ : Cannes

Après quelques hésitations, j’ai cédé. Je serai au Festival de Cannes encore cette année. Ce sera la 24e fois.

Tout a commencé en 1985, grâce à notre ancien professeur de cinéma, l’abbé Léo Cloutier. Dans les années 1940-50, pendant cette supposée grande noirceur, ce prêtre extraordinaire nous initiait à l’histoire de l’Europe, à la belle musique et surtout au cinéma. Il a fondé un ciné-club qui a compté jusqu’à un millier de membres. C’était un habitué de Cannes et un chroniqueur apprécié du quotidien Le Nouvelliste.

Redevenu un homme libre en janvier 1985, je l’avais croisé à Trois-Rivières. Je n’avais pas de projet précis. J’explorais une façon de revenir à l’édition. « Allez-vous toujours à Cannes, monsieur l’abbé? »-« Bien sûr! »-« Vous devriez m’amener avec vous cette année! » Pendant mes études au Séminaire de Trois-Rivières, j’avais collaboré aux activités qu’organisait l’abbé Cloutier, en particulier en préparant les fiches et les « cotes morales » des films projetés à Trois-Rivières. Il proposa mes services à un distributeur de Montréal. Cette année-là, j’ai du voir près une cinquantaine de films en moins de deux semaines. J’y suis allé sans interruption à divers titres depuis cette époque.

L'an dernier, j'avais présenté mon palmarès sur mon blogue. Puis je me fis silencieux. Gilles, notre directeur des éditions, me dispute souvent. Pour me convaincre, il vient de me proposer un logiciel qui devrait m'inspirer. Je vous en reparlerai quand je serai plus certain de la bonne affaire.

Donc, chaque jour, à partir du 14 mai, je vous ferai part de mes commentaires. Auparavant, je dois régler une question qui découle de l'émission de Michel Lacombe à laquelle j'ai participé samedi le 10. Donc je conclus ce message, je vérifie si tout a fonctionné et je vous reviens.

Denis Vaugeois

mai 26, 2007

Bilan et rétrospective (Cannes-2007)

Mes cotes : (1) Excellent ; (2) Vaut le déplacement ; (3) Si on rien à faire ; (4) Sans intérêt ; (5) nul.

Zodiac de David Fincher ( Comp.) pas vu.

Sicko de Michael Moore. ( Hors comp.) Par vu.

1- Izgnanie (Le Banissement) Andreï Zviaguintsey, réalisateur russe. Cote du Film français : (5) mauvais ; une palme et le reste, faible. (2)

2- Le Voyage du ballon rouge de Hou Hsiao Hsien. Avec Juliette Binoche, Hippolyte Girardot et un petit garçon qui sauve un peu le film (sans doute Simon Iteanu). Mauvais. (3)

3- Magnus, de Kadri Kousaar, réalisatrice estonienne. (4)

4- L’Avocat de la terreur de Barbet Schroeder. Documentaire exceptionnel sur Jacques Vergès, né de père de la Réunion et de mère vietnamienne. Se fait connaître au moment de la guerre d'Algérie et de la défense de Djamila Bouhired. (1+)

5- No country for old men de Joel & Ethan Coen. Le tueur ( Anton Chigurh), le shérif Belle ( Tommy Lee Jones), le jeune vétéran Llewelyn Moss (Josh Brolin). (1++)

6- Actrices ( Le Rêve de la nuit d’avant) de Valeria Bruni-Tedeschi, réalisatrice italienne. Passable. (2)

7- La Visite de la fanfare ( Bikur Hatizmoret) de Eran Kolorin, réalisateur italien. Amusant. Acheté par Pierre Brousseau. Rôle principal : Sasson Gabai ( Tewfiq). (2)

8- Tehilim, de Raphaël Nadjari, réalisateur de nationalité française. Film se passe en Israël. Père disparu. (4)

9- Moi fratello è Figlio unico ( Mon frère est fils unique) de Daniele Luchetti, réalisateur italien. (1)

10- Mang Shan ( Blind Mountains, Sombres Vallées) de Li Yang, réalisateur chinois. Intreprète principale, Lu Hunag. (1)

11- Import Export de Ulrich Seidl, réalisateur autrichien. Interprètes : Ekateryna Rak (Olga), Paul Hofmann ( Paul). (2)

12- El Bano del papa, de César Charlone et Enrique Fernandez, réalisateurs de nationalité uruguayenne. (1)

13- La Soledad de Jaime Rosales, réalisateur espagnol (4)

14- Death Proof de Quentin Tarantino (Pulp Fiction), réalisateur américain. (1)

15- Mister Lonely, de Harmony Korine, réalisateur américain. (4)

16- Calle Sante Fe de Carmen Castillo, réalisatrice chilienne (2)

17- The Man fron London, de Béla Tarr, réalisateur hongrois

18- Et toi, t’es sur qui de Lola Doillon, réalisatrice française (2)

19- Kuaile Gongchang ( Pleasure Factory) de Ekachai Uekrongtham, réalisateur thaïlandais.(3)

20- Secret Sunshine, Lee Chang-dong, réalisateur coréen (1)

21- We own the night ( La Nuit nous appartient) du réalisateur américain, James Gray.(1)

22- Una Novia errante ( La Fiancée errante) de la réalisatrice argentine, Ana Katz (3)

23- Mogari no mori (La Forêt de Mogari) de la réalisatrice japonaise, Naomi Kawase (3)

24- California dreamin’ (Nesfarsit) du réalisateur roumain Cristian Nemescu (1)

25- L’âge des Ténèbres du Québécois, Denys Arcand.(1)

Parmi les bons films: Arcand

Avant de parler du dernier film de Denys Arcand, je veux indiquer mon accord aux trois prix décernés à Un certain regard. Mon ordre aurait toutefois été : Nemescu, Korilin et Bruni-Tedeschi dont je n’ai pas eu le temps de vous parler.

Arcand. Son film m’a beaucoup plus. Il souligne encore une fois nos travers avec à-propos. Il promène avec habileté son héros du rêve à la réalité. Il tourne en dérision plusieurs de nos excès, depuis les interdits de fumer, les incessants cours de performance et de rendement, le politiquement correct, principalement dans le langage, jusqu’à l’impuissance de la bureaucratie.

Ses références au Moyen-Âge m’ont bien amusé et accompagnent bien les propres phantasmes du héros. Si une scène m’a paru longue et ratée, c’est plutôt celle de Thierry Ardisson et son émission française et non celle des combats médiévaux dont la finale, vraiment cocasse.

Tous les rôles sont magnifiquement joués, tant Marc Labrèche que Sylvie Léonard ou Emma de Caunes. On peut en dire autant de tous les personnages secondaires, y compris Rufus Wainwright.

Ce n’est peut-être pas le meilleur Arcand, mais on ne s’ennuie pas et ça fait du bien de pouvoir se moquer un peu de nos dérapages dont celui de la maison cossue à plus d’une heure du bureau, si on peut parler de bureau. On dira ce qu’on voudra, les messages ne manquent pas. La satire est au rendez-vous. J’aime ça.

Malaise et détente

« De quoi parlez-vous », lance Denys Arcand en réaction à une première question de la salle. Maxence Bilodeau, correspondant de Radio-Canada en Europe, se reprend : « Je fais référence aux critiques, à l’accueil assez mièvre que reçoit votre film. D’ailleurs votre conférence de presse n’a pas attiré beaucoup de monde ». « Je ne sais toujours pas de quoi vous parlez », fait Arcand. « Très bien, changeons de sujet, propose Bilodeau, Où situez-vous ce film dans votre démarche ? Y en aura-t-il d’autres ? » « C’est le dernier que j’ai fait et un autre suivra ». Bilodeau posera aussi la dernière question, cette fois à la productrice, Denise Robert, à propos du budget et des ventes de droits. « Les ventes vont très bien, répond-elle. L’Italie a déjà acheté ».

Le coproducteur, Dominique Besnehard, profite d’une question pour dire : « Hallucinant qu’une telle question provienne d’un journaliste canadien ! » Un autre journaliste de Radio-Canada, Hugues Poulain, demande poliment : « Êtes-vous satisfait d’être hors compétition et de clôturer ? ». « Ce n’est pas la première fois et l’expérience antérieure a été positive » et il ajoute qu’une seule raison l’aurait amené à souhaiter être en Compétition, permettre à Marc Labrèche de remporter le prix d’interprétation. « Il l’aurait bien mérité ! » Labrèche est dégagé et souriant. Bilodeau l’attrape à la sortie et l’acteur lui donne un long entretien. Arcand et Robert restent à distance.

L’équipe défile : Diane Kruger, froide, hautaine, Sylvie Léonard, charmante, Caroline Néron, beauté classique autant en personne qu’en photo, Emma de Caunes, mignonne, qui aura bien du mal avec une question posée en anglais à laquelle elle répond, de toute façon, en français.

En fait, peu de questions de la salle : 4 ou 5 tout au plus. L’une porte sur la langue. « Dans le temps, j’avais vu La Maudite Galette avec des sous-titres français. Cette fois, rien de semblable. La langue québécoise a-t-elle changé ? » « L’accent varie selon les classes sociales, explique Arcand. Dans L’âge des ténèbres , l’un est fonctionnaire, l’autre agente immobilière, ce sont des gens d’un certain niveau social qui parle une langue que les Français peuvent comprendre.

« Ce film, est-ce une métaphore sur le Québec ? Voulez-vous montrer une société bloquée ? » L’animateur, Henri Behar, ajoute : « Ou un regard sur le monde occidental ? » « Je parle de la ville et de gens que je connais. Si je le fais bien, sans doute que d’autres peuvent se reconnaître », répond le cinéaste.

Béhar avait ouvert le jeu avec une question sur les références médiévales du film. Celles-ci soulèvent beaucoup de commentaires en effet. Arcand a des réponses toutes prêtes. Il a souvent l’occasion de constater que bien des gens aiment s’imaginer à l’époque médiévale, d’autres à celles des Vikings. Il ne sait pas pourquoi, mais c’est ainsi.

La presse québécoise a été réservée face au film. Nos critiques sont-ils injustes ? Je ne trancherai pas, mais je vais de ce pas me faire une idée.

Comme il arrive souvent, le hasard m’a amené à l’auditorium Debussy, question de tuer le temps avant le film d’Arcand. California Dreamin (Nesfarsit) du cinéaste roumain, Cristian Nemescu, tué dans accident d’auto il y a quelques semaines. Voilà indéniablement, une perte pour le cinéma. Ce film de 2h35 est un délice. On a du mal à croire qu’il est aussi long. Bien joué et bien construit, l’action nous ramène en Roumanie, pendant la guerre du Kosovo. Un train de l’Otan est immobilisé dans un petit village par le chef de gare qui exige des papiers de douane. Quelles sont ses vraies raisons ? Des flashbacks nous fournissent des éléments d’explications mais le personnage reste énigmatique. Il déteste les Américains, sa fille s’en accommode très bien.

mai 25, 2007

Deux frères (deux fois), trois soeurs et encore deux frères

À la sortie du film du réalisateur américain, James Gray, j’ai croisé Odile Tremblay du Devoir. Une esthète dont j’apprécie beaucoup les papiers. Je lui ai lancé comme ça : « Tu diras ce que tu voudras… ». Elle a rétorqué : « Ce n’est pas un bon film ! ». On s’était tout dit. La salle a légèrement hué le film à la fin de la projection. Admettons que la toute dernière scène faisait un peu fleur bleue. Ce n’est pas seule d’ailleurs de We own the night (La nuit nous appartient). Mais personne n’est sorti pendant la projection ! C’est un excellent thriller.

New York à la fin des années 1980. La mafia russe fait des siennes. Un policier célèbre prend les choses en main avec un de ses fils, l’autre qui a changé son nom tient l’une des boîtes de nuit bien branchées où le trafic de drogue est florissant. Les deux frères ont tout de différent, mais il reste des frères.

Mon frère est fils unique de Daniele Luchetti.

Le film de Gray nous renvoie à celui de Luchetti, vu quelques jours plus tôt. Je suis un inconditionnel du cinéma italien. J’ai forcément adoré cette histoire de deux frères si différents et si près dans les grands moments. Tout est jeu, fugues, grandes et petites passions. Les deux frères sont d’incorrigibles bagarreurs, engagés dans toutes sortes de combats, même en faveur de la démocratie. Accio, le plus jeune qui fait le désespoir de sa mère qui l’appelle La Teigne, renonce bien vite à la prêtrise et se laisse plutôt initier au fascisme. Son frère, irrésistible séducteur, séduit autant les filles que les ouvriers. Ce sera le choc des idées et des poings jusqu’au jour où Manrico, le beau, en veut davantage. Accio s’est assagi. Il lui reste une mission : faire ouvrir les résidences promises par la bureaucratie. La morale de l’histoire : l’Italie est spéciale, mais sa bureaucratie est normale.

Blind Mountains (Mang Shan traduit aussi par Sourdes Vallées !!!)
du Chinois Li Yang

La Chine est un pays immense. En fait, elle regroupe plusieurs pays d’époques différentes. Li Yang nous entraîne dans une vallée splendide où l’homme a façonné de grandioses paysages, loin de la ville, loin du monde. Pour sacrifier les filles au moment de la naissance, on en vient à manquer de filles au moment du mariage. Restent les grands moyens : le commerce de jeunes filles. L’actrice Lu Hunag interprète magnifiquement le rôle de Bai Xuemei, victime d’un enlèvement. Elle est présente à Cannes et monte bravement sur scène. Elle me paraissait plus jolie à l’écran. C’est presque toujours le cas. Elle porte une robe bizarre en forme de tulipe tournée vers le bas et totalement ouverte à l’avant. Lu Hunag est sans doute fière de ses jambes bien droites.

Otage de sa belle famille au milieu de villageois indifférents, elle ne se résigne pas, contrairement à d’autres. Un jour, c’est le drame total. La salle éclate. De partout, jaillissent spontanément des applaudissements nourris qui me rappellent nos réactions de jeunes quand le méchant se faisait enfin donner une raclée. Le réalisateur n’hésite pas: FIN. Un bien beau film.

La Soledad de l’Espagnol, Jaime Rosales

Film tellement lent que je me suis endormi à plusieurs reprises. En fait le réalisateur a sans doute réussi son but. Ne soyons pas injuste. Le film n’est pas sans mérites. Le réalisateur s’amuse avec un procédé appelé la polyvision. L’écran est régulièrement coupé en deux. Parfois ce procédé donne deux points de vue différents d’une même scène ou tout simplement permet de suivre les déplacements d’un personnage d’une pièce à l’autre, encore que l’on cherche à gauche alors qu’il apparaît à droite. Restons-en là, ce film ne viendra sans doute pas au Québec. Après tout, les distributeurs n’ont-ils pas l’embarras du choix.

No Country for Old Men des frères Joel et Ethan Coen

Non seulement ce film viendra au Québec, mais il fera un malheur. Il est d’ailleurs sur ma liste pour la Palme d’or ou tout au moins un prix de la Compétition. Un autre qui se démarque, c’est le film du roumain Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines et 2 jours).

Comme d’habitude, les frères Coen se mettent à deux pour nous offrir un film remarquable, sans genre bien défini, dont l’action se déroule à la frontière mexicaine. Bush et son père adoreront : il y a plein d’armes à feu et des puissantes. Le tueur a vraiment l’air d’un tueur et les trafiquants de drogue, de tristes paumés. Le hasard place sur leur route un type, venu de nulle part, qui résiste. Et vraiment bien. Il étonne jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il s’agit d’un vétéran du Vietnam. Même le douanier s’incline. Il y a du pour et du contre. Le shérif ( Tommy Lee Jones) juge qu’il a fait son temps et se retire pendant qu’il est encore en vie. Pour tenter d’en finir avec le tueur (Javier Bardem), les frères Coen tentent le banal accident de voiture. Vous m’en reparlerez.

mai 24, 2007

Deux documentaires inégaux mais importants

L’Avocat de la terreur
de l’Iranien Barbet Schroeder.

Jacques Vergès a 82 ans. Il est au cœur de ce documentaire achevé tout récemment. Au Québec, Vergès est un nom peu connu. La réalité est tout autre en France. Aussi vaniteux qu’intelligent, l’homme dévoile sa logique, celle de l’amertume du colonisé, pour ne pas dire de la haine pour tous les colonisateurs de la planète, la France en tête.

Il est né au Cambodge, d’un père originaire de la Réunion et d’une mère Vietnamienne. Étudiant à Paris, il est de toutes les manifestations anti-colonialistes. Il a connu Pol-Pot. On le soupçonne d’avoir rejoint ce dernier pendant les quelque 7 ou 8 ans où il disparaît. Le film ne nous en apprendra pas davantage à ce sujet. Aurait-il, pendant la même période, fréquenté le célèbre Carlos aujourd’hui emprisonné en France ? Il s’en défend, mais mollement. Il cultive le mystère.

Vergès s’est fait connaître du grand public en prenant la défense de militants du FLN, auteurs d’attentats qui leur valent la peine de mort. Une figure se détache, celle de Rachida Bouhired, en faveur de laquelle il orchestre une campagne quasi internationale. Elle est finalement graciée. Ils s’épousent. Je crois qu’il se fait même musulman pour vaincre la résistance de la belle famille.

De la cause algérienne, il passe à la cause palestinienne puis il disparaît. Il quitte Rachida, apparemment sans la prévenir et sans la contacter par la suite. Quelle cause a-t-il servi alors ? Il nous dit ce qu’il veut et le réalisateur sème les indices mais nous laisse sans piste véritable, sauf peut-être celle d’importantes sommes d’argent.

À son retour, Vergès continue d’assurer, toujours avec succès, la défense de terroristes de toutes provenances. Lorsque Klaus Barbie est retrouvé et traîné devant les tribunaux, Vergès accepte de le défendre. Moment de suprême jouissance alors qu’il affronte 40 avocats. Il le raconte avec une arrogance teintée d’humour. Oui, Vergès réussit presque à devenir sympathique. Pourquoi défendre Barbie ? Pour prendre sa revanche sur les colonisateurs français, ceux de l’Algérie, ceux qui ont agi à l’époque de Rachida. Ce qu’on reproche à Barbie est-il tellement différent ? Vergès profite d’une tribune exceptionnelle. Il n’allait pas laisser passer une semblable occasion.

Ce documentaire, à lui seul, est un réservoir d’histoires qui ont débordé largement le dernier demi-siècle. Il faut plusieurs films pour nous en fournir autant, avec une densité équivalente. Parodiant Sartre aperçu rapidement dans ce film où les documents d’archives ne manquent pas, Vergès lance : « Oui, je défends la violence là où elle est nécessaire ». À un autre moment, il déclenche les applaudissements en rétorquant : « J’ai défendu Barbie, j’accepterais même de défendre Bush ! ».


Calle Santa Fe
de la réalisatrice chilienne Carmen Castillo.

Il me semble approprié de présenter ici ce documentaire politique, même si je l’ai vu quelques jours plus tard. Il avait tout me plaire, du moins pour m’intéresser vivement. J’attendais trop, j’ai été déçu. Je n’ai pas retrouvé ce Santiago de 1973, ce coup d’État dont je fus presque témoin.

Carmen Castillo vit à Paris. Elle fut expulsée du Chili. Compagne de Miguel Enriquez, un des dirigeants de la résistance contre Pinochet, abattu par les carabiniers ; elle fut elle-même blessée. Elle entend raconter. Devoir de mémoire bien compréhensible, mais pénible aussi. Les survivants défilent devant la caméra ; elle fait les entrevues. On la voit sans cesse. Un peu plus, elle tournait un film sur elle-même. Tout de même, elle le fait avec honnêteté. Continuer le combat ? Mais quel combat ? Les jeunes tentent de la convaincre qu’il faut penser à autre chose. Les résistants avaient-il une juste cause ? Certes, oui. Les bons moyens ? Les résultats suggèrent que non. La dictature a duré de 1973 à 1990 dans un des pays les plus dynamiques de l’Amérique latine. Il y a eu quelque chose de faux. Le peuple a décroché non sans avoir lutté. Il y a eu les « disparus » et aussi les enfants « abandonnés » volontairement. Pour la cause. Ils témoignent sévèrement.

Malgré ses lacunes, ce film a été chaleureusement applaudi. La cause évoquée a fait oublier les longueurs et une certaines incohérence. Pourtant tous les ingrédients étaient là. La morale ? Tout comme on ne doit pas s’éditer soi-même, il est difficile de réussir un documentaire sur soi-même.

Vergès a été bien servi par Schroeder, Castillo ne l’a pas été par Castillo.

Piètre départ. Retour sur quelques films

Le Bannissement
(Film du Russe Andreï Zviaguintsev à qui on doit Le Retour, 2003).

Les paysages se succèdent, lentement, cadrage impeccable. À ce point qu’il écrase le jeu des acteurs. Un couple mystérieux et leurs deux enfants s’installent dans la maison paternelle, isolée en campagne. Le paradis terrestre ?

« Je suis enceinte. L’enfant n’est pas de toi », annonce-t-elle à son mari. Déjà, celui-ci est un homme fermé, énigmatique. Le pire est à craindre. Et tout se déroule à peu près comme prévu, en pire même. Alors qu’on croyait avoir tout compris, le mystère surgit. Celui de l’Annonciation, nouvelle manière ?

Des vagues indices se succèdent. En rafale. Qu’y a-t-il d’écrit au dos du test de grossesse ? Comment expliquer le comportement de l’époux ? De son frère ? Du fils ? De l’épouse ? Qui est Robert ? Quel est son rôle ? Plus rien n’est clair. Le spectateur se rend compte qu’il n’avait rien compris. À la sortie, il aura tout le temps pour reconstruire ce message qui se veut biblique.

Délibérément, le cinéaste nous prive de toute référence géographique. Où sommes-nous ? À quelle époque ? Cela n’a pas d’importance. Tout est intérieur et très profondément. Même les dialogues sont impossibles.

La clé est dans le casse-tête qui occupe les enfants. Une scène religieuse de Léonard de Vinci, je crois.. Peut-être L’Annonciation. Le film lui-même n’est-il pas un casse-tête ? Autant de spectateurs, autant de regards, de lectures.

Ce bannissement me conduit à celui, bien mérité de Paul Wolfowitz. La bêtise de ce faucon, ennemi du mal, des méchants, des impurs, l’aura conduit à la plus humiliante des déchéances. La réalité dépasse la fiction. Parfois la justice se fait attendre, mais …


Le Voyage en ballon rouge
du Taïwanais Hou Hsiao Hsien.

Film enfantin au sujet bien mince que Juliette Binoche tente de rescaper. Marionnettiste esseulée et débordée, elle est convaincante, mais cela ne suffit pas. Son fils de 7 ans ( sans doute Simon Iteanu) est magnifique, mais cela ne suffit pas non plus. Présenté en séance d’ouverture à Un certain regard en présence du réalisateur et de ses comédiens (dont Hippolyte Girardot), le film a été poliment applaudi.


Magnus
de l’Estonienne Kadri Kousaar.

Décidément, ce Festival 2007, 60e édition, démarrait péniblement. Magnus, c’est une caricature de la misère. Le « héros » est d’abord condamné à une mort prématurée. La médecine fait des progrès pour tout le monde. Son problème pulmonaire a été réglé malgré les cigarettes fumées en cachette assez tôt remplacées par toutes sortes de mélange. La fin est celle qu’on devine. Le père et la mère sont séparés, si jamais ils ont été unis. Ils sont grotesques et vivent d’expédients.

Il est difficile de faire plus laid, plus sordide. Pourtant Magnus est beau, il est presque intelligent. Si ses parents meurent, il ne les regrettera pas ; si lui-même meurt, personne non plus ne le pleurera. La réalisatrice a-t-elle voulu transmettre sa propre détresse ? Il semble bien que c’est tout ce qu’elle a réussi.

En guise de punition, j’imposerais le visionnement de Magnus aux 2 200 employés d’entretien de la STM entre les périodes réservées au maintien des services essentiels, celles où ils collectent leurs allocations de fonds de grèves.

Films vus et cotes

Cannes 2007. Première semaine.

Mes cotes : (1) Excellent ; (2) Vaut le déplacement ; (3) Si on rien à faire ; (4) Sans intérêt ; (5) nul.

1- Izgnanie (Le Banissement) Andreï Zviaguintsey, réalisateur russe. Cote du Film français : (5) mauvais ; une palme et le reste, faible. (2)

2- Le Voyage du ballon rouge de Hou Hsiao Hsien. Avec Juliette Binoche, Hippolyte Girardot et un petit garçon qui sauve un peu le film (sans doute Simon Iteanu). Mauvais. (3)

3- Magnus, de Kadri Kousaar, réalisatrice estonienne. (4)

4- L’Avocat de la terreur de Barbet Schroeder. Documentaire exceptionnel sur Jacques Vergès, né de père de la Réunion et de mère vietnamienne. Se fait connaître au moment de la guerre d'Algérie et de la défense de Djamila Bouhired. (1+)

5- No country for old men de Joel & Ethan Coen. Le tueur ( Anton Chigurh), le shérif Belle ( Tommy Lee Jones), le jeune vétéran Llewelyn Moss (Josh Brolin). (1++)

6- Actrices ( Le Rêve de la nuit d’avant) de Valeria Bruni-Tedeschi, réalisatrice italienne. Passable. (2)

7- La Visite de la fanfare ( Bikur Hatizmoret) de Eran Kolorin, réalisateur italien. Amusant. Acheté par Pierre Brousseau. Rôle principal : Sasson Gabai ( Tewfiq). (2)

8- Tehilim, de Raphaël Nadjari, réalisateur de nationalité française. Film se passe en Israël. Père disparu. (4)

9- Moi fratello è Figlio unico ( Mon frère est fils unique) de Daniele Luchetti, réalisateur italien. (1)

10- Mang Shan ( Blind Mountains, Sombres Vallées) de Li Yang, réalisateur chinois. Intreprète principale, Lu Hunag. (1)

11- Import Export de Ulrich Seidl, réalisateur autrichien. Interprètes : Ekateryna Rak (Olga), Paul Hofmann ( Paul). (2)

12- El Bano del papa, de César Charlone et Enrique Fernandez, réalisateurs de nationalité uruguayenne. (1)

13- La Soledad de Jaime Rosales, réalisateur espagnol (4)

14- Death Proof de Quentin Tarantino (Pulp Fiction), réalisateur américain. (1)

15- Mister Lonely, de Harmony Korine, réalisateur américain. (4)

16- Calle Sante Fe de Carmen Castillo, réalisatrice chilienne (2)

17- The Man fron London, de Béla Tarr, réalisateur hongrois

18- Et toi, t’es sur qui de Lola Doillon, réalisatrice française (2)

19- Kuaile Gongchang ( Pleasure Factory) de Ekachai Uekrongtham, réalisateur thaïlandais.(3)

20- Secret Sunshine, Lee Chang-dong, réalisateur coréen (1)

Une semaine au festival de Cannes

Arrivée à Cannes, mercredi le 16, par train. Trop tard pour retirer « mon badge » et tout l’attirail nécessaire à la planification.

Jeudi, deux films et, depuis, trois par jour. Autrement dit, une moyenne de 7 à 8 heures en salle. Les films de plus de deux heures sont nombreux. Il faut aussi compter un temps d’attente à l’intérieur et un autre à l’extérieur.

Au total donc, jusqu’à présent 20 films dont la liste suit. Je leur donne une cote de (1) pour les meilleurs, selon mon goût, et (5) pour les films à éviter qui de toute façon ne viendront sans doute pas au Québec.

Cannes est en effet un festival et un marché. Contrairement à l’idée reçue, il n’y a pas que la Compétition officielle qui conduit aux fameux prix dont la Palme d’or. Il existe une sélection parallèle appelée « Un certain regard » où les journalistes munis d’une carte rose (c’est mon cas) ont le privilège d’éviter la queue. Les deux tiers des films que j’ai vus appartiennent à cette sélection.

Autrefois, je partageais mon temps avec La Quinzaine des réalisateurs dont je garde un excellent souvenir grâce au Déclin, Un Zoo la nuit et plus récemment La grande séduction et combien d’autres. Mais il faut accepter entre 30 et 60 minutes d’attente. Aménagée sous l’hôtel Hilton, la salle dite du Noga est un engagement du promoteur de cet hôtel qui a démoli l’ancien palais qui accueillait le festival à la belle époque.

La Quinzaine pour sa part est née dans la controverse et résiste bien aux ans, malgré l’inconfort de cette salle largement fréquentée par des cinéphiles cannois qui se plaignaient d’être exclus de toutes ces projections et qui peuvent dorénavant s’acheter des billets à bas prix.

Il existe aussi une autre sélection dite La Semaine de la critique où j’ai vu jadis les films de Carole Laure et d’Hugo Latulippe.

Les droits de tous ces films des diverses sélections sont à vendre. Donc ils constituent la matière d’un immense marché complété par des centaines, sinon des milliers de films qui font l’objet de projections privées dans des suites d’hôtel, dans de petites salles du Grand Palais, lequel mérite bien son nom, ou dans les nombreux stands situés au sous-sol ou à l’arrière le long de la mer.

La SODEC y a un magnifique emplacement qui donne précisément sur la mer, choix judicieux de Pierre Lampron dans le temps. Aujourd’hui, Christian Verbert y dirige les opérations. On y brasse de grosses affaires. Dès la première journée, j’ai croisé un Roger Frappier en pleine forme, heureux d’une première vente faite à des Coréens, fier de me présenter Félize, sa grande fille, excité par l’idée d’un prochain film dont l’idée lui est venue à la lecture du dernier livre de Graham Fraser, Sorry, I dont speak french.

Ce fut ma seule escapade de la semaine. J’ai renoncé aux diverses réceptions, même celle de la SODEC, évité les conférences de presse que j’affectionnais autrefois, boudé au moins une soixantaine d’heures de beau soleil. De toute façon, je bronze à l’ombre et c’est moins dangereux. Voir les vedettes en chair et en os, ce n’est pas rien, même si je me suis rendu compte avec le temps que les actrices et les acteurs sont mieux à l’écran qu’en personne. Ils ont en commun d’être photogénique.

Je ne m’arrête plus, non plus, pour assister à la montée des marches, d’ailleurs projetée sur de multiples écrans placés ici et là. Bref, le déjeuner et le dîner ne font qu’un et le souper se prend vers 10h, le plus souvent à La Potinière qui ne tire pas son nom des potins qui fourmillent sur la Croisette.