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juillet 12, 2009

Précision sur Maurice K. Séguin

L'édition du "Voyage de Peter Kalm" est d'une richesse incroyable. Réalisé par Jacques Rousseau, Guy Béthune et Pierre Morisset, ce travail m'impressionne à chaque fois que je le consulte. Cette fois, j'y cherche des informations sur le passage de Français à Canadien. À la page CXXXVI, Rousseau indique qu'il a traduit en français la plupart des titres suédois de Kalm. En note, il précise:" Le professeur M.K. Seguin (sans accent) du Département de géologie de l'Université Laval a eu l'amabilité de vérifier ces traductions et de suggérer plusieurs corrections".

Dans mon texte de présentation du monumental essai de Séguin sur Champlain ( Septentrion, 2008:9), je signalais qu'il avait profiter d'un séjour de deux années en Suède pour se familiariser avec la langue suédoise. Il me restait un petit doute qui se devine à ma façon de raconter la chose.

Me voilà rassurer et vous aussi.

Ce rappel est aussi l'occasion de souligner l'audace de Pierre Tisseyre ( Cercle du livre de France, 1977) qui a relevé avec le "Voyage de Peter Kalm" un véritable défi. J'ai rarement vu un ouvrage aussi complexe et exigeant pour un éditeur.

Je salue avec émotion le souvenir d'un grand éditeur.

mai 17, 2009

BAnQ. Un siècle d'histoire

À propos d’un livre récent sur BAnQ.

Fides vient de publier sous la signature de mon « compatriote » de Saint-Tite, l’excellent Denis Goulet, un ouvrage consacré à Bibliothèque et Archives nationales du Québec avec en sous-titre « Un siècle d’histoire ». Le livre est très agréable et retrace bien les étapes qui ont conduit à la naissance de BAnQ. Mais aucun ouvrage n’est parfait et il n’était pas facile pour l’auteur de répondre aux attentes des uns et des autres. Il est de notoriété quasi publique que le manuscrit de Denis Goulet a été examiné par diverses équipes de BAnQ. Si j’avais été invité à me joindre à celles-ci voici quelques remarques que j’aurais formulées.

1) Goulet, p.97. "Passionné des livres" dit-on de moi. Je veux bien, mais mon objectif était de développer des lieux d'éducation populaire et permanente. Les bibliothèques et les musées ont été au coeur de mes préoccupations et de mes actions.

2) Goulet p. 97. La légende de la photo n'est pas exacte. J'ai été nommé ministre en février 1978.

3) Goulet p. 97. La situation immobilière de la Bibliothèque nationale. J'aimais cet endroit que j'avais fréquenté. Son état me préoccupait de même que celui du centre d'archives de Montréal (ouvert en 1974). Le problème principal: il n'y avait pas d'entente entre la Bibliothèque et les Archives. Quatre protocoles avaient été préparés pour déterminer par écrit les mandats de chacun. C'était à mourir de tristesse. Brault se faisait tirer dans le dos à qui mieux-mieux. J'ai quand même réussi à faire préparer un projet d'agrandissement. Je me souviens très bien de mes visites et des discussions avec les fonctionnaires des travaux publics. À noter que la collaboration de la ministre des travaux publics, Jocelyne Ouellet, était acquise à tous nos projets. Nous avons siégé ensemble au conseil du trésor et nous voulions réaliser le maximum. Nos cabinets travaillaient main dans la main. En page 107, Goulet mentionne d’ailleurs le dépôt d'un projet de construction. J'ai alors quitté le ministère et je suppose que la chicane a continué et empêché la réalisation du projet.

4) Goulet p. 258. La collaboration de madame Ouellet m'a permis d'ouvrir six centres régionaux d'archives en trois ans et d'installer les Archives nationales dans le pavillon Casault (Goulet, p. 260). On a l'impression que ce déménagement a été une réalisation du Saint-Esprit. À mon arrivée au ministère, les ANQ étaient logées dans le Musée du Québec et occupaient une belle salle d'exposition au rez-de-chaussée. Les fonctionnaires avaient installé leurs bureaux dans d'autres salles. Je les ai fait déménager dans une école située à proximité. Ce ne fut pas une mesure très populaire, mais le Musée a repris peu à peu sa vocation.

5) Goulet p. 98. Dossier de Brault sur les salaires des bibliothécaires. J'ai évidemment lu les mémoires de Jean-Rémi Brault. C'est un homme discret et réservé. Il m'a tout de même appris des choses troublantes, mais ce qu'il ignorait c'est que son mémoire n'aurait pas eu un bien gros impact si je n'avais pas été au Conseil du Trésor avec M. Parizeau. J'ai déjà raconté devant un auditoire de bibliothécaires ce qui s'est passé alors.

6) Une loi des Archives. Dès mon arrivée au ministère, la décision avait été prise de préparer un projet de loi sur les Archives. Historien comme moi, le sous-ministre Noël Vallerand, y tenait et s'en occupait personnellement. Goulet (p. 262) parle "d'indifférence générale". Bien au contraire, le Conseil du trésor voulait en assumer la responsabilité, le ministère des Travaux publics également de même que le ministère des Affaires culturelles, même si François Beaudin montrait à cet égard une certaine mollesse. Vallerand, ami personnel de Robert Tessier, secrétaire du conseil du trésor, était confiant de faire aboutir ce dossier. Il est tombé gravement malade tandis que moi j'échouais dans mes efforts pour convaincre mes collègues du conseil des ministres d'introduire l’obligation de remettre à l'État leurs propres "archives ministérielles". Il y a un livre à écrire sur cette seule question. J'ai refusé de déposer un projet de loi qui ne comprendrait pas une telle obligation. Mon successeur, Clément Richard, a cédé et a fait voter la loi. À noter que c'est moi qui ai amorcé la loi d'accès à l'information. Mais là, ce fut pire encore et la protection des renseignements a pris le dessus. On en souffre encore aujourd'hui. Il aurait fallu que je reste aux Affaires culturelles et aux Communications au moins 2 ou 3 ans de plus.

7) Goulet p. 284 et 347. Le traité de Murray. Vraiment je ne comprends pas le silence de la note 118 à propos de ma recherche sur le traité de Murray. Mon étude ( La Fin des alliances franco-indiennes, Boréal et Septentrion, 1995) m'a valu d'être finaliste au prix du Gouverneur général. C'est moi qui ai établi le texte exact et la découverte d'un original a confirmé mes conclusions. Bien plus, Septentrion a publié l'étude d'André Münch (L’Expertise en écritures et en signatures, 2000) qui a établi l'authenticité du document découvert "par accident".

Évidemment, mes archives de députés et de ministre ont été confiées aux Archives nationales et tout ce que j'écris ici peut être vérifié.

J'ai même déposé dans le temps les archives des éditions du Boréal.

décembre 12, 2008

L'art du kidnapping. Christian Rioux.

CET ARTICLE S’EST MÉRITÉ LE PRIX JUDITH JASMIN DANS LA CATÉGORIE OPINION, DÉCERNÉ PAR LA FÉDÉRATION PROFESSIONNELLE DES JOURNALISTES DU QUÉBEC (FPJQ)

L’art du kidnapping
Voilà en effet la sornette qu’est venue raconter cette semaine aux Français la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean
Christian RIOUX
Le Devoir
vendredi 9 mai 2008


« Dans la catégorie Opinion, le prix Judith-Jasmin est attribué à Christian Rioux du Devoir pour "L’art du kidnapping"

« Pour le jury, ce texte est un véritable bijou tant au point de vue de la forme que du fond. L’auteur a su démontrer avec brio, érudition et conviction, et dans un français absolument impeccable, l’habile manoeuvre du gouvernement fédéral visant à détourner à son profit le 400e anniversaire de Québec. Les juges ont accordé une note parfaite à ce texte qui démonte le stratagème politique en utilisant superbement l’analogie du kidnapping. Ce texte d’opinion, exemplaire en son genre, constitue un régal pour l’intelligence ! » Texte du jury de la FPJQ, 2008


Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à un kidnapping. J’utilise volontairement le mot anglais, car le français n’a pas le même éclat. « Enlèvement » fait tout de suite penser à l’enlèvement de la neige ou des ordures. Mais le kidnapping recèle pour ainsi dire un parfum de mystère. Des kidnappings, il y en a eu des grands, des sordides et des célèbres. Pensons au rapt des Sabines, qui provoqua une guerre à Rome et dont Picasso fit un tableau magnifique. Pensons à Malraux qui rêvait de kidnapper Trotski pour le libérer de sa prison stalinienne. Le mot anglais évoque l’enlèvement des esclaves pour les faire travailler dans les plantations du Sud. Il souligne le vol des enfants (kids), qu’il fallait attirer par mille et un subterfuges. Car le kidnapping est un art complexe. Pour kidnapper quelqu’un, il faut d’abord s’en approcher subrepticement, l’appâter et parfois même le séduire. Chacun sait que la victime développe souvent par la suite une relation ambiguë avec son ravisseur, une sorte de soumission mêlée de sympathie morbide. Le kidnapping est affaire d’experts. Ne devient pas kidnappeur qui veut.

Le kidnapping dont il est question ici n’a ni le charme ni la volupté des précédents, mais il ne manque pas d’intérêt non plus. On peut kidnapper des personnalités, mais on peut aussi kidnapper des idées. On peut même kidnapper des pans entiers d’histoire.

Il y a 400 ans, des aventuriers un peu fous sont partis de Honfleur pour fonder une ville de l’autre côté de l’Atlantique. Parmi cette bande de fêlés se trouvait un certain Samuel de Champlain qui, avec l’aide de quelques autres, fonda Québec en 1608. De ce geste mémorable a découlé l’histoire de tout un peuple. Celui-ci n’existerait pas sans l’intelligence de ces précurseurs qui avaient eu l’intuition sublime qu’en s’établissant là où le fleuve se rétrécit, ils pourraient contrôler l’accès à tout un continent. Et, comme de fait, jusque vers 1800, ce sont ces habitants, plus tard appelés Canadiens, Canadiens français et Québécois, qui ont contrôlé l’accès aux Grands Lacs et aux fleuves qui menaient jusqu’en Louisiane et aux Rocheuses.

Mais voilà que quelques kidnappeurs habiles ont récemment entrepris de ravir aux descendants de cette bande d’aventuriers cette belle histoire qu’ils avaient toujours été les seuls à se raconter de génération en génération. Ceux-ci ont même entrepris d’en faire le moment fondateur d’un pays nommé Canada, pourtant apparu 250 ans plus tard et devenu véritablement indépendant au cours de la première moitié du XXe siècle.

Voilà en effet la sornette qu’est venue raconter cette semaine aux Français la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Son excellence semble d’ailleurs elle-même tellement en manque de racines historiques qu’elle pousse la farce jusqu’à faire remonter l’origine de sa propre fonction... à Champlain. Comme si l’aventurier de Brouage s’était subitement métamorphosé en lectrice de nouvelles de Radio-Canada.

L’affaire est d’autant plus cocasse qu’il y a quelques années à peine, les Français avaient vu débarquer chez eux un premier ministre canadien nommé Jean Chrétien qui leur avait raconté une tout autre histoire. Celui-ci avait expliqué avec moult exemples que l’Amérique française n’était pas née en 1608 à Québec mais bien en 1604 à Port-Royal, cette colonie mort-née de la Nouvelle-Écosse. La fondation de Québec était donc une peccadille, un détail de l’histoire, pourrait-on dire. Cependant, comme les grandes festivités nord-américaines qui avaient été spécialement conçues pour faire de l’ombre à celles de Québec firent long feu, il fallut bien récrire de nouveau le manuel d’histoire.

If you can’t beat them, join them. Il aura fallu l’intelligence de Stephen Harper pour que le révisionnisme historique atteigne un nouveau sommet. Le kidnapping exige une préparation minutieuse. Celui dont nous parlons a été conçu dès le sommet de la Francophonie tenu à Bucarest en septembre 2006. C’est là, devant votre humble serviteur, que le nouveau premier ministre avait affirmé pour la première fois que le français a été « la langue fondatrice du Canada » et que « la fondation de Québec marque aussi la fondation de l’État canadien ». En 1608, il n’y avait pas l’ombre d’un État français en Nouvelle-France puisque Champlain et son commanditaire, Pierre Dugua de Monts, étaient en quelque sorte des entrepreneurs privés (le régiment de Carignan n’est arrivé qu’en 1665). Mais qu’on se le dise, il y aurait eu un « État canadien », probablement caché quelque part dans les bois.

Le projet allait prendre corps lors du voyage qu’a fait Stephen Harper en Australie l’an dernier. Ironie du sort, c’est dans cette ancienne colonie pénitentiaire où furent déportés 58 Patriotes de 1837-38 que le premier ministre avait tenu à répéter que « le Canada est né en français, à Québec, il y aura 400 ans ». Ce n’était pourtant pas l’opinion des Thibert, Longtin, Morin, Paré, Laberge et Dumouchelle, exilés en 1840 sur la péninsule de Longbottom, près de Sydney.

La gouverneure générale Michaëlle Jean, qui achève ces jours-ci une mission en France, a décidé de pousser la supercherie encore plus loin. Il s’agit cette fois-ci de convaincre non plus les Québécois mais les Français eux-mêmes qu’ils n’ont pas fondé la Nouvelle-France en 1608 mais bien l’unique monarchie de toutes les Amériques, un beau et grand pays multiculturel appelé Canada.

La boucle est maintenant bouclée ; le piège peut se refermer.

***

Tout l’art du ravisseur tient évidemment dans la manière de séduire sa proie. Quoi de plus flatteur pour les Québécois que de se faire dire qu’ils ont fondé le Canada tout seuls comme des grands ? Et en français en plus ! Pour peu, ils en oublieraient toutes les leçons qu’ils ont apprises à la petite école.

Si le kidnapping réussit, les Québécois pourront se flatter la bedaine en racontant partout qu’ils ont fondé le Canada. Certains Québécois semblent d’ailleurs déjà atteints du syndrome de Stockholm. En pratique, l’opération permettra de passer à la trappe 250 ans d’histoire. Une histoire qui a non seulement façonné un peuple distinct mais qui est la seule à permettre de comprendre que ce peuple a existé avant le Canada et qu’il pourrait bien un jour exister sans lui.

***

crioux@ledevoir.com







décembre 01, 2008

Cassure ou Perte de repères toponymiques

Mes opinions ne plaisent pas beaucoup aux responsables du Soleil. Sans doute, cherche-t-on à protéger madame Marois!

Il me reste le refuge de mon blogue. Voici le texte soumis au Soleil dès vendredi le 28. J'avais cessé toute activité pour le préparer sur le champ.

« Il y a eu une cassure lors des fusions » avoue enfin madame Marois. C’était bien évident, mais il en a fallu du temps pour l’admettre! Seules Agnès Maltais et Christiane Gagnon avaient sauvé leur siège. Elles étaient toutes deux dans des comtés non touchés. Madame Boucher en avait profité pour se faire élire sans équipe, sans budget, sans programme, sans pancartes. À mon avis, même la victoire de M. Labeaume n’est pas étrangère à une rancœur dirigée contre Madame Bourget et son parti. Les changements ridicules de noms de rues avaient ajouté à l’irritation découlant des fusions.

Faute avouée, faute à demi pardonnée. Que doit faire le PQ pour regagner une confiance bêtement perdue. Il n’est évidemment pas question de revenir en arrière. Les chicanes étaient devenues insupportables et tout à fait nuisibles.

Non seulement il n’y a pas eu d’économies d’échelle, mais certains salaires ont explosé. Là non plus on ne reviendra pas en arrière, mais il me semble qu’ils doivent pris en considération dans les négociations actuelles. Secundo, les problèmes de la caisse de retraite sont ceux de l’ancienne ville. Tertio, déjà cette caisse faisait problème, Avec des prises de retraite plus hâtive et une espérance de vie plus longue, la solution n’est pas dans les négociations. Un gouvernement du PQ devrait s’engager à examiner ce problème.

Personnellement, c’est la perte d’un patrimoine toponymique qui m’a fait le plus mal. Beauport, Sillery, Cap Rouge, Charlevoix, Ste-Foy, etc. sont des noms chargés d’histoire. Il y avait une façon de les conserver. Des modèles existent ailleurs. À Québec, on a tout fait pour que même une chatte ne retrouve pas ses petits. Ces jours derniers, je remarquais une note sur un dépliant de la Ville de Québec : « Si vous ne savez pas dans quel arrondissement vous habitez…!!! » Eh oui. Les anciennes villes ont été charcutées et leur population répartie comme du bétail dans des arrondissements aseptisés. Exemple : on fait des fouilles archéologiques à coups de millions dans Cap Rouge, ville qui a été rayée de la carte et dont le nom n’a même pas pu être retenu pour un arrondissement. On a préféré « laurentien »!

Maintenant que le premier pas est fait, que madame Marois s’engage à revenir sur les questions d’aménagement. Après tout, pour faire un pays, il faut une population et aussi un territoire.

novembre 10, 2008

L'Amérique et l'Afrique

Est-il vrai que Sarah Palin, au cours d’une entrevue, a hésité pour nommer les pays membres de l'Alena? Est-il vrai qu'elle ne savait pas que l'Afrique est un continent plutôt qu’un pays ou un regroupement de pays? Dans les deux cas, avec galanterie, je lui accorde le bénéfice du doute.

Mais les Français qui disent L'Amérique pour désigner les États-Unis savent-ils qu'ils confondent un pays et un continent ? Quand le président Bush dit America, comment faut-il l'interpréter ? Évoque-t-il l'évolution inéluctable de l'Alena ?

En 1776, les Treize Colonies deviennent les United Colonies puis, en 1783, les United States of America. À l’époque, leurs dirigeants ont cherché à donner un nom à ce nouveau pays, sans réussir. C'est resté United States of America jusqu'au jour où ils se sont rendus maîtres de toute l'Amérique ou ont cru l'être devenus. C’était il y a plus d’un siècle, Manifest Destiny aidant.

P.S. : Jusqu’à présent, le Mexique et le Canada, deux pays qui sont également des "états unis", ont au moins réussi à sauver leur nom.

novembre 01, 2008

La séparation des pouvoirs

La choix du président par les parlementaires de l'opposition a soulevé la colère du premier ministre.Et pourtant. J'ai adressé au Devoir la lettre suivante qui n'a pas trouvé sa place parmi les opinions des lecteurs. Sans doute la résignation du responsable est-elle totale.

Le premier ministre et le président.

Monsieur Charest a été offusqué par la manière avec laquelle M. François Gendron a accédé à la présidence. Le leader du gouvernement, M. Fournier, a clamé son indignation. Comme ils sont tous deux tout à fait sincères, j’en déduis que le rôle fondamental dévolu à l’Assemblée nationale a été, depuis belle lurette, relégué aux oubliettes.

Avec les années, l’Assemblée nationale est tombée sous le contrôle de l’exécutif. Il est peut-être temps de rétablir les responsabilités du législatif et de l’exécutif et de profiter de la présence d’un gouvernement minoritaire pour renouer avec la séparation des pouvoirs.

L’assemblée des députés a la responsabilité de voter les lois et le budget. Les ministres sont responsables devant l’Assemblée nationale. Logiquement, l’assemblée devrait pouvoir examiner sérieusement les projets de loi soumis par le gouvernement, passer au crible le budget proposé et, le cas échéant, blâmer un ministre.

L’idéal est que le choix du président de l’Assemblée nationale et des membres du bureau soit celui des parlementaires sans intervention de l’exécutif. Ceux-ci ne sont pas consultés dans le choix des ministres et inversement le pouvoir législatif doit retrouver son autonomie pour jouer son rôle et regagner la confiance de la population.

Concrètement, l’élection du président et des membres du Bureau devrait toujours se faire à l’initiative du secrétaire général et par vote secret.

Dans notre régime politique, les pouvoirs d’un Premier ministre sont excessifs. Et ce, quel qu’il soit! C’est peut-être pour cette raison que, plus ou moins consciemment, l’électorat opte pour des gouvernements minoritaires. On appelle ça la sagesse populaire.

1er novembre 2008.

octobre 08, 2008

Perte de mémoire et la vitesse de google!

Un blogueur très actif a préparé un texte intitulé "deux visions de l'histoire s'affrontent". Il l'a retiré aussitôt mais non avant que nous puissions en prendre connaissance.

Pourquoi? J'aimerais bien le savoir. Pour l'instant, je garde confidentiel son commentaire.

Cet incident m'a rappelé un excellent roman de Philip Roth intitulé "La Tâche".

Par ailleurs un autre lecteur, Claude Morin, m'a envoyé un échange très intéressant avec Jocelyn Létourneau. Il n'y a pas de rapport me direz-vous. Peut-être.

Il s'agit toujours de mémoire et d'identité. Et M. Morin m'a autorisé à publié son texte.

À suivre.

Perte de mémoire équivaut à perte d'identité (suite 4)

Pour celles et ceux que ça intéresse, et je constate qu'ils sont nombreux, voici la lettre adressée à M. Dubé. Je n'ai pas jugé approprié de l'envoyer aux journaux. Celà reste entre nous.!

Sillery, le 3 octobre 2008

Bonjour Philippe Dubé,

Après avoir relu ton commentaire dans Le Devoir du 1er octobre, je me demande encore où tu veux en venir. Tu n’as certainement pas bien lu l’essentiel de l’entrevue téléphonique rapportée par Réginald Harvey (Le Devoir, 28 au 28 septembre 2008) et tu ignores sans doute tout de la stratégie fédérale, du programme des commandites et de la surveillance étroite dont les ministres Couillard et Verner ont été victimes.

Il est possible également que l’épisode Pierre Boulanger t’ait échappé. Le journaliste Jacques Samson ne s’est pas trompé en février 2008 lorsqu’il écrit dans Le Journal de Québec : « Personne ne conteste que M. Boulanger possède une formation académique exceptionnelle et que ses diverses affectations lorsqu'il était à l'emploi du ministère des Affaires extérieures du Canada, lui procurent un bagage hors du commun pour devenir délégué du Québec à l'étranger, particulièrement en Angleterre, principal partenaire économique en Europe.

ll n'en demeure pas moins que M. Boulanger a dû être remplacé à la tête de la Société du 400e, le 2 janvier, parce que celle-ci courait vers un fiasco. Le président avait donc échoué dans le mandat qui lui avait été confié par les actionnaires, les gouvernements. Tous les correctifs apportés à la hâte depuis le montrent bien.

Le gouvernement Charest le récupère pourtant aussitôt et lui donne sur un plateau d'argent l'un des postes les plus convoités de la petite diplomatie québécoise, dans ce qui a toutes les apparences d'une récompense politique. Quelle est alors la véritable raison de ce parachute doré ? Serait-ce que plusieurs problèmes constatés à la Société du 400e et pour lesquels il est devenu le bouc émissaire silencieux depuis sa rétrogradation, découlaient de commandes que M. Boulanger a docilement accepté d'exécuter ? L'ascenseur serait alors remonté pour lui cette semaine. C'est la supposition la plus logique. »

Mon cher Dubé, je connais cette histoire sur le bout de mes doigts. J’ai joué dans cette pièce ! Que sais-tu de l’accord Chirac-Chrétien pour commémorer la naissance de l’Amérique française en 2004 et des stratégies développées à la demande du Conseil privé ? Que sais-tu des innombrables refus de la Société du 400e ? Et de leurs justifications ?

Par ailleurs, tu te méprends sur ma propre démarche d’historien. Un de mes derniers livres a été finaliste au prix du Gouverneur général, un autre m’a mérité un prix de l’Académie de la Marine et en novembre prochain l’Académie française décernera le prix Hercule Catenacci aux auteurs de La Mesure d’un continent. Ces divers ouvrages cherchent-ils à restreindre « l’autonomie, voire la souveraineté du spectateur » ? Devrais-je surveiller mes tentatives de « contrôler » le public par l’écrit et la dictée (ture) des mots. Mes ouvrages d’auteur ou d’éditeur sont-ils le reflet de « convictions politiques » ?

Le plus cocasse dans les circonstances, c’est que je loge à la même enseigne que Robert Lepage avec lequel je partage l’honneur d’avoir reçu le Prix Samuel-de-Champlain de l’Institut France-Canada.

« En acceptant son prix, Lepage n'a pas évoqué son actualité théâtrale ni les nombreuses créations qu'il a présentées en France depuis ses débuts. Il a plutôt parlé de son admiration pour Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, où il vit et travaille.

“Nous sommes voisins�, a-t-il dit, en soulignant qu'il habitait tout près de l'endroit où reposent peut-être, selon les théories du géographe René Lévesque, les restes du célèbre explorateur.

“Je m'identifie beaucoup à ce personnage, a expliqué l'homme de théâtre. Il était à sa manière une sorte d'artiste multimédia. Il était cartographe, géographe, auteur du premier bestiaire de Nouvelle-France. C'était aussi quelqu'un qui réfléchissait déjà à la question du métissage et de la rencontre des cultures.� » (Le Devoir, 22 novembre 2005)

Enfin, je n’ai eu que de bons mots pour Le Moulin à images et je les maintiens même si j’apprends que tu en fus coscénariste. Je te rappelle ce que me fait dire le journaliste Réginald Harvey : « C'est venu très tôt dans la programmation, et Robert Lepage, c'est un nom incontournable, comme le Cirque du Soleil, si on veut. De toute façon, les organisateurs ne connaissaient pas le contenu, qui a priori avait l'air inoffensif ; sur le plan technique, le caractère spectaculaire ressortait. […] mais on s'est bien abstenu d'expliquer quoi que ce soit dans ce défilé d'images. J’ai beaucoup aimé ; le choix des images était d'ailleurs correct, intelligent et tout ça était tout à fait approprié pour les silos qui étaient là. C'était vraiment génial, mais même dans la brochure il n'y a pas un mot d'explication. »

À chaque fois que j’ai assisté à une projection, les gens qui m’entouraient posaient plein de questions. Il me semble qu’il aurait été dans l’ordre de prévoir une brochure pour fournir quelques explications, en particulier la provenance des images. Le muséologue ne sera-t-il pas d’accord avec moi ? Au moins sur ce point.

Finalement, le mérite de ton papier dans Le Devoir aura été de faire connaître ton rôle de coscénariste.

Je me disais aussi que Robert Lepage avait eu de l’aide à cet égard. Bravo !

Denis Vaugeois

P.-S. Je suis un inconditionnel de Robert Lepage et je suis responsable du dossier qui a amené les responsables de Petit Larousse à l’inclure dans le dictionnaire. Ce sera aussi vrai pour l’entrée de Fernand Dumont pour qui perte de mémoire équivalait à perte d’identité.

octobre 03, 2008

Perte de mémoire équivant à perte d'identité ( suite 3)

Aujourd'hui 3 octobre, je fais une lettre personnelle à M. Philippe Dubé. Par délicatesse, je lui laisse le temps d'en prendre connaissance avant de la publier ici.

De toute façon, cette "histoire" ne fait que commencer. Pour les plus curieux, je signale que mon ami Gaston Deschênes a été fort vigilant au cours des derniers mois. On consultera avec intérêt son blogue parmi les auteurs du Septentrion.

Perte de mémoire équivaut à perte d'identité

Ce vendredi 3 octobre, je lis avec plaisir l'opinion de M. Sylvain Deschênes.

La voici:

OPINION

Lettres - Le Moulin à Lepage

Sylvain Deschênes, Le 1er octobre 2008 

Édition du vendredi 03 octobre 2008

Mots clés : Robert Lepage, Moulin à images, Spectacle, Québec (ville)

L'intervention de Philippe Dubé, coscénariste du Moulin à images, visant à pourfendre l'opinion de Denis Vaugeois sur l'oeuvre réalisée par Robert Lepage, étonne.

Saluant l'événement, l'historien disait pourtant que l'oeuvre lui apparaissait vraiment géniale, que le choix des images -- matériau couramment usité en histoire -- était intelligent et il ne reprochait somme toute qu'un manque d'explications au choix des images.

La réplique du coscénariste stupéfie: «Le Moulin à images a tenté de dévoiler la trame des 400 ans de Québec en laissant le spectateur faire sa propre lecture des faits qui lui étaient proposés sous la forme de capsules d'images librement organisées.»

Ainsi, le scénariste même d'une oeuvre faite d'images tente de nous convaincre que l'organisation de ses choix iconographiques est «libre» et qu'elle échappe ainsi à toute explication générale. On ne peut proposer aucune lecture particulière du Moulin à images, selon lui. Chacun se fait ainsi «librement» sa propre histoire sans être influencé par celui qui fait tourner le moulin.

C'est peut-être ainsi que la seule chose vraiment réussie des fêtes du 400e a pu être réalisée: en se camouflant derrière un «choix d'images librement organisées».

Heureusement que Lepage est un génie.

Perte de mémoire équivaut à perte d'identité (suite-1)

Le 1er octobre, Le Devoir publie un commentaire de Philippe Dubé qui se présente comme coscénariste du Moulin à images, réalisation pour laquelle j'avais pourtant été passablement élogieux. C'est ainsi que nous apprenons le rôle de M. Dubé. Sur le site du 400e, il n'y avait que le nom de M. Lepage.

Voici l'opinion de M. Dubé:

OPINION

Une histoire sans nom, sans date, ni événement

Philippe Dubé, Coscénariste du Moulin à images et professeur de muséologie au Département d'histoire de l'Université Laval 

Édition du mercredi 01 octobre 2008

Mots clés : Bilan des festivités, 400e de Québec, Festival et fête, Québec (ville)

L'heure est au bilan, maintenant que la fête d'anniversaire de Québec est sur le point de se terminer et que chacun engrange à sa manière, avant de ranger ses outils, le fruit de ses récoltes. C'est d'ailleurs là le sens véritable de la journée de l'Action de grâces qui va sonner sous peu et qui nous invitera joyeusement à mieux «passer l'hiver».

D'emblée, chacun y va selon son point de vue avec sa propre lecture des événements qui, de fait, se sont déroulés dans la bonne humeur générale, et c'est à cet exercice commandé que s'est livré Denis Vaugeois samedi dernier dans les pages du Devoir [«Une fête célébrée à la sauce Canada», cahier spécial Le 400e de Québec et l'histoire].

Plan caché?

En ce qui me concerne, je ne puis partager la vision soupçonneuse de l'historien-éditeur voulant qu'un plan caché du gouvernement fédéral ait cherché malicieusement à nier l'identité québécoise à travers une programmation a-historique venue souligner, durant l'été 2008, le quatrième centenaire de fondation de la ville de Québec.

Je dois plutôt reconnaître que les convictions politiques de l'historien enchâssent désespérément sa perception sur un mince horizon qui, au fond, n'explique rien, sauf sa posture ultrasouverainiste et peut-être, aussi, sa peur de l'effritement de l'édifice sémantique appelé Histoire; celui, bien entendu, construit par les historiens.

Or, on comprendra que ceci est résolument plus grave qu'on ne veut bien le croire, car nous avons, en effet, assisté durant ces festivités à une véritable révolution du sens à donner aux choses de l'histoire. Je reprendrai seulement la dernière phrase de Denis Vaugeois lâchée en toute fin d'entrevue: «En fait, cette ville, ce sont les textes qui figurent derrière le Moulin à Images.» Sans le dire explicitement, l'historien ici avoue regretter le peu de place faite aux discours, aux textes alors que, des vues mêmes de Robert Lepage -- en se référant à son oeuvre --, il fallait à tout prix sortir du paradigme éculé du «charmant Château Frontenac» avec ses parfums romantiques pour re-raconter l'histoire de cette ville et l'aborder enfin d'une manière neuve en la projetant sur une surface neutre (non historiée) qu'offrent les élévateurs à grains de la Bunge dans le Vieux-Port de Québec.

Chacun son récit

L'intention de l'homme de théâtre n'était pas badine; il voulait renouveler le récit de l'histoire d'une ville en laissant place aux images qui l'ont illustrée, ne cédant en rien à l'évocation convenue de clichés qui le constitue. De cette manière, le Moulin à images a tenté de dévoiler la trame des 400 ans de Québec en laissant le spectateur faire sa propre lecture des faits qui lui étaient proposés sous la forme de capsules d'images librement organisées.

Ces images ont donc été lues comme de nouveaux textes visuels auxquels tous avaient accès, même celui ou celle qui ne connaissaient rien de l'histoire de cette ville. Tous ont d'ailleurs pu composer à leur guise le récit qu'ils voulaient ou pouvaient bien saisir, évoqué ici en termes presque poétiques. Ce spectacle était en fait une explosion de signes qui nous ont été donnés à voir, fournissant par là des images à l'imaginaire de ceux et celles qui ont pu construire pour une première fois le récit de leur propre histoire.

Cette manière en effet éclatée a permis de révéler les couches successives du temps à travers les chemins qui se sont croisés sur ce site urbanisé. Et chacun était libre d'interpréter, selon sa sensibilité et à partir du point de vue qui le concerne, la part que nous livrent l'Histoire et l'inexorable passage du Temps.

Interprétation libre

Sans vouloir être à mon tour suspicieux, on peut se demander si c'est l'autonomie, voire la souveraineté du spectateur que l'historien craint, voyant peut-être là une menace au contrôle qu'il tente inconsciemment d'exercer par l'écrit et sa dictée(ture) des mots. Je ne crois pas que l'un ait nécessairement à s'opposer radicalement à l'autre, dans une lutte acharnée sans merci entre mots et images.

Mais il s'agit plutôt de laisser plus de place à l'interprétation libre d'un patrimoine reconnu implicitement comme étant la propriété publique. L'appropriation généralisée de l'histoire est une donnée non négligeable pour l'avenir culturel d'une nation, et cette mémoire «populaire» ne peut pas rester captive sur l'écritoire de l'historien.

Perte de mémoire équivant à perte d'identité

Il est encore prématuré de faire le bilan des fêtes du 400e, mais une article du Devoir m'y incite. Je ressuscite donc mon blogue au grand plaisir de Gilles Herman et, je l'espère, de quelques lecteurs.

Voici l'entrevue non sollicitée qui a tout déclenché:

Le 400e de Québec et l'histoire - Une fête célébrée à la sauce Canada

RÉGINALD HARVEY 
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 septembre 2008

Mots clés : 400e de Québec, Nationalisme, Festival et fête, Québec (province), Québec (province)

« Ils avaient peur qu'en brassant l'histoire on ravive la flamme nationaliste »

Photo: Jacques Grenier

La Société du 400e a réservé jusqu'à présent une place plutôt mince à l'histoire, s'il faut en croire les propos de l'historien et éditeur Denis Vaugeois. Ce grand événement fut plus festif qu'historique : le plat a été préparé pour en faire ressortir la saveur nationale canadienne plutôt que celle du Québec, dont le véritable goût a été dissimulé dans le tourbillon des fêtes.

L'historien Denis Vaugeois résume sa pensée sur la place réservée à l'histoire à Québec: «Les gens l'ont ressenti comme une perte d'histoire, et c'est une perte d'identité, et on ne voulait rien faire pour renforcer le sentiment identitaire québécois. C'est quasiment légitime. Depuis 1995, le Canada a vécu un référendum qui lui a causé un grand effroi. Là-bas, ils ont des comités qui scrutent toutes ces questions-là. Ils ont vu venir le 400e de Québec et ils se sont organisés pour aller dans le sens où les événements se sont déroulés. Dans l'esprit canadien, c'est absolument légitime: eux, ils défendent et protègent le Canada. S'ils ont à défendre une identité, c'est l'identité canadienne.»

Laconique, il se prononce de la sorte sur ce que l'organisation du 400e a célébré ou souligné jusqu'à maintenant: «À mon avis, je dirais: rien.» Il s'explique: «Je me souviens d'un article de Robert Laplante qui relevait des propos figurant dans Le Devoir et disant qu'ils avaient raté leur coup, à la suite du spectacle du 31 décembre dernier. Il écrivait plutôt qu'ils ne l'ont pas raté du tout; c'est ce qu'ils voulaient.» Il poursuit: «Le mot d'ordre au départ, c'était d'occulter le passé, l'histoire, et de ne rien retenir à contenu historique, d'éviter cela comme la peste. Telles étaient les orientations qui avaient été retenues et planifiées au début. Voilà ce qui a été réalisé et ce qui a été réussi.»

Il remonte à la source: «C'est une affaire qui a été pensée à Ottawa depuis très longtemps, tellement qu'on avait, dès les années 2000, prévu de souligner avec insistance la fondation et la naissance de l'Amérique française à partir de l'Acadie. On a mis de l'argent là-dedans, on a organisé des activités concrètes, on a soutenu plein de projets, et de très beaux livres sont parus à l'occasion de la célébration du 400e de l'Acadie (1604-2004): c'était cela qui était reconnu comme la naissance de l'Amérique française. Une fois rendu en 2008, on a mis en place des gens qui avaient comme instruction de souligner l'aspect festif de l'année, donc d'avoir de l'argent pour la fête et de ne pas en avoir pour tout ce qui était des projets à caractère historique.»

Une histoire mise de côté

Les Paul McCartney et Céline Dion en sont la preuve: «La présence de ces deux artistes n'était pas planifiée, mais il y a eu beaucoup d'autres événements festifs. On a eu droit à un feu roulant et cela a été réussi sous cet aspect-là, mais l'aspect historique a été occulté; c'était voulu comme cela. Ils avaient peur qu'en brassant l'histoire on ravive la flamme nationaliste. C'est aussi simple que cela.»

Le Moulin à images présente une exception: «C'est venu très tôt dans la programmation, et Robert Lepage, c'est un nom incontournable, comme le Cirque du Soleil, si on veut. De toute façon, les organisateurs ne connaissaient pas le contenu, qui a priori avait l'air

inoffensif; sur le plan technique, le caractère spectaculaire ressortait. On a donc joué la carte du Moulin, mais il n'y avait pas de quoi vraiment énerver le monde parce que c'était beau, mais il n'y avait aucun contenu et on s'est bien abstenu d'expliquer quoi que ce soit dans ce défilé d'images. J'applaudis à cela et j'ai beaucoup aimé; le choix des images était d'ailleurs correct, intelligent et tout ça était tout à fait approprié pour les silos qui étaient là. C'était vraiment génial, mais même dans la brochure il n'y a pas un mot d'explication.»

De rares propositions acceptées

De l'avis de l'historien, les initiatives ont surgi de plusieurs groupes à la fois: «Il y a eu une infinité de projets qui ont été soumis. Les sociétés historiques ont soumis des choses, les éditeurs ont proposé des projets de livre et les cinéastes ont défendu des scénarios. Je connais un projet en histoire qui a passé et c'est une exposition sur les Juifs de Québec qui a été montrée à la gare du Palais. Je crois qu'une expo a aussi été retenue sur les immigrés et, finalement, on va rescaper des conférences du 400e, qu'on va confier à Bernard Arcand.»

En cours de déroulement, le tir a tout de même été corrigé: «Après l'affaire du 31 décembre et avec l'arrivée de Labeaume, les gens ont été déplacés les uns après les autres. Tranquillement, il y a des projets à caractère historique qui n'ont pas été écartés aussi cavalièrement ou qui ont été jugés inoffensifs et ont été retenus; on ne pouvait pas dire non au petit groupe qui voulait faire l'histoire des Juifs, ce qui aurait été indécent.»

En cas de refus, la même réponse se faisait inévitablement entendre: «Ce n'est pas assez festif. En fait, ils ne voulaient pas de contenu historique.» D'autres ont pris la relève: «L'Assemblée nationale a publié un magnifique livre et les professeurs de l'université Laval ont fait de même. Par contre, je connais plein d'éditeurs et de revues qui avaient des projets; ils ont adressé des demandes au 400e, pour se faire dire non parce que ce n'était pas assez festif.» Une sorte d'état d'esprit s'est installé: «L'idée qui circulait, pour justifier l'approche qu'on prenait, c'était que Québec est trop souvent présentée comme une ville historique qui est chargée d'histoire; il faut maintenant lui donner l'image d'une ville tournée vers l'avenir. Tel était le mot d'ordre.»

La place de l'histoire

Denis Vaugeois désigne ce qui aurait dû être réalisé dans un contexte historique: «Il se serait entre autres agi d'appuyer les projets qui se sont faits malgré tout. L'Assemblée nationale a utilisé les services de quatre historiens pendant je ne sais trop combien de temps, pour sortir un ouvrage absolument magnifique sur l'histoire de la ville de Québec; cette initiative aurait dû être soutenue financièrement et publicisée par le 400e.» Heureusement, la Ville a pris la relève dans certains cas et a apporté son appui à des projets à caractère historique: «Elle a dégagé un fonctionnaire à plein temps, a fourni de l'argent et a trouvé un espace dans la programmation pour en arriver là.» Il en est allé de même pour plusieurs groupes privés: «Pour le 400e, on ne peut parler d'une note de zéro en matière de contenu historique, c'est 10 sur 10 qu'ils ont obtenu, parce qu'il n'en voulait pas. Ils ont réussi à "goaler" à peu près à la perfection tout rappel historique.»

Il fournit sa vision d'historien: «Pour nous, Québec, c'est une porte d'entrée du continent. L'histoire du continent est liée à cette ville. On aurait pu expliquer aux immigrants que leurs ancêtres sont entrés ici autrefois, historiquement, par Québec. C'est une ville avec une diversification beaucoup plus grande que le jour sous lequel on veut bien la présenter. En fait, cette ville, ce sont tous les textes qui figurent derrière Le Moulin à images.»

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août 30, 2007

Christophe Plantin

L’Amour du livre a été composé en Plantin, caractère qui tient son nom de Christophe Plantin. Ce dernier l’a indirectement inspiré au créateur Frank H. Pierpont en 1913. Relieur à l’origine et installé à Anvers à partir de 1551, Plantin y devient imprimeur à la suite d’une blessure grave à l’épaule. Il n’a pas créé de caractères mais était constamment à la recherche des plus beaux. À sa mort, son atelier disposait de quatre-vingt-dix types de caractères qui avaient servi à quelque 2450 ouvrages (1555- 1589). Prenons le temps d’imaginer le travail d’un typographe qui plaçait les caractères un par un et à l’endroit comme à l’envers selon le format d’imposition des pages. Le tirage moyen chez Plantin se situait entre 1000 et 1250 exemplaires. On raconte que c’est sa Bible en hébreu qui, en 1566, connut le plus fort tirage, soit 7800 pour le Pentateuque et entre 5200 et 6700 pour les autres volumes.

Christophe Plantin est né en France vers 1520. Il rencontrera sa future femme Jeanne Rivière à Caen où il travaille comme apprenti chez le relieur et imprimeur Robert Macé. Homo plebeius comme il aime se désigner, il sait pourtant s’exprimer dans la langue de l’élite, le latin. Il meurt en 1589. Déjà son gendre, Jean Moerentorf, Anversois de naissance et qui latinise son nom en Moretus, est à ses côtés à la tête de l’atelier.

Les Moretus sont riches et Plantin lui-même laisse une grande fortune à sa mort. Vers 1576, Plantin s’était installé dans une superbe demeure, plusieurs fois agrandie, où loge sa famille et son atelier appelé le Compas d’Or représenté, comme il se doit, par un compas autour duquel se glisse sa devise Labore et Constantia.

Le Musée Plantin-Moretus d’Anvers compte 154 incunables, des centaines de manuscrits allant du IXe au XVIIe siècle, quelque 25000 reliures anciennes, d’extraordinaires collections typographiques, du matériel de fonte, des plaques de cuivre, des blocs de bois, etc., sans compter les pièces de cuir, les tapisseries et une vingtaine de tableaux de Pierre Paul Rubens (1577-1640) qui travailla régulièrement pour le Compas d’Or. À lui seul, ce musée justifie le détour par Anvers.

Historien et éditeur.