Chacun son métier #8
De nos jours, beaucoup de gens écrivent et rêvent d'être publiés. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi (il y a pire motivation dans la vie), mais très peu y arriveront. Je ne crois pas que ce soit dramatique. Combien ont rêvé d'être astronautes et combien y sont parvenus ?
Depuis deux ans, depuis que je travaille chez Septentrion, j'ai vu beaucoup de manuscrits défilés sous mes yeux. Plus que mes collègues car je suis la porte d'entrée et de sortie des manuscrits. C'est également à moi qu'on remet les rapports de lecture. Sur le lot, j'en ai également lus plusieurs.
Je vous dirais que, dans l'ensemble, les manuscrits que nous recevons sont d'assez bonne qualité. C'est bien écrit. L'orthographe et la syntaxe se tiennent. Souvent, si on prend le volet essentiellement littéraire, l'histoire n'est pas si mal et c'est raconté correctement. Pourtant, la plupart de ces créations sont refusées.
Il est où le problème vous me direz ? Le problème principal c'est que nous n'évaluons pas des travaux scolaires. Pour qu'une oeuvre littéraire soit publiée, ça prend plus qu'une structure correcte. Ça presque tout le monde peut le faire.
Qu'est-ce que ça prend alors me demanderez-vous ? Ça, c'est plus subtil. Pour mieux y répondre, je prendrai deux exemples concrets en dehors de la littérature qui illustrent bien, je crois, le propos : Silence de Fred Pellerin et J'ai tué ma mère de Xavier Dolan.
Ces deux oeuvres ne sont pas parfaites, mais elles sont vraies. Fred Pellerin n'est pas un grand chanteur. Pourtant, toutes les interprétations qu'il fait sur son album sont justes, poignantes et personnelles. Il a su se les approprier en y mettant ses tripes. On ne peut pas faire autrement que de ressentir quelque chose en les écoutant. Xavier Dolan a fait la même chose avec son scénario et ensuite son film. La base de son scénario n'est pas nécessairement originale, mais par contre la voix l'est. Il y a des défauts dans ce film, mais le cri du coeur est fort et on le reçoit en pleine face. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, J'ai tué ma mère demeure une oeuvre personnelle et authentique.
Il y a de l'âme dans l'une et l'autre. Elle peut prendre diverses formes, mais il en faut pour transcender le côté technique d'un texte. Il n'y a pas vraiment de cours pour apprendre ça.



