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octobre 06, 2008

Il y a longtemps que je t'aime

Je dois le dire d'emblée: Il y a longtemps que je t'aime ce film écrit et réalisé par Philippe Claudel m'a totalement ému. À ma grande surprise dois-je ajouté puisque l'univers romanesque de l'auteur ne m'a jamais interpelé. J'avais abandonné la lecture des Âmes grises et, à partir de cette expérience, je m'étais désintéressé de son travail de romancier.

Mais là, quel film! Kristin Scott-Thomas est plus qu'admirable dans son rôle de Juliette, une femme qui doit refaire sa vie sans en avoir réellement envie. Elle offre une performance d'une force incroyable qui vient nous chercher à tout instant.

Les autres comédiens ne sont pas en reste non plus (c'est un immense plaisir de retrouver à l'écran l'étincelante Elsa Zylberstein). Tous les personnages de ce film sont bien définis et, à différents degrés, se battent pour mieux exister.

Ce film, plein d'humanité, est un superbe plaidoyer en faveur de la vie. Les émotions qui y sont véhiculées sont toutes sauf gnan gnan.

L'univers de Claudel m'a beaucoup fait penser à celui de Laurence Tardieu. Elle aurait facilement pu signer ce scénario.

Alors, si vous avez aimé Il y a longtemps que je t'aime, allez faire un tour du côté des romans de Laurence Tardieu. Si vous aimez cette dernière, courez voir le film de Claudel.

septembre 23, 2008

Vicky, Cristina, Barcelona

Le nouveau Woody Allen est tout à fait délicieux et légèrement acidulé.

On a malheureusement tendance à oublier à quel point c'est un excellent scénariste et dialoguiste.

Le quatuor d'acteurs (Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem et Penelope Cruz) est un carré d'as assez impressionnant et exceptionnel.

Si vous avez aimé Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret, vous aimerez Vicky, Cristina, Barcelona. C'est dans le même esprit avec la naïveté en moins.

septembre 18, 2008

Ce qu'il faut pour vivre

Quelques mots sur le très beau film de Benoit Pilon Ce qu'il faut pour vivre. Scénarisé par l'excellent Bernard Émond, ça ne pouvait faire autrement que d'être réussi.

Une nomination pour l'Oscar du meilleur film étranger méritée.

mai 23, 2008

Un baiser s'il vous plaît


Oui, j'en aurais envie de ce baiser. J'avais aussi envie de vous parler d'un auteur, mais j'ai bien peur que ce soit pour un prochain billet (pas si lointain). J'ai trop en tête ce film d'Emmanuel Mouret que j'ai vu hier soir au Clap. Dès que j'ai su que ce film viendrait sur nos écrans, je ne voulais absolument pas le manquer. Qu'à voir l'affiche, je me remémorais le savoureux moment passé à visionner le précédent

Un baiser s'il vous plaît joue dans le même registre. Sauf qu'il a une gravité que l'autre n'avait pas. On y retrouve, fort heureusement, le même charme suranné, parfait croisement entre l'univers d'Éric Rohmer et le théâtre de Georges Feydeau. Emmanuel Mouret a même son Arielle Dombasle à lui en la p

ersonne de Frédérique Bel, qui, une fois de plus, illumine l'écran en jouant les ingénues. Il y a aussi, ça et là, de petits clin d'oeil au cinéma des années 50 et 60. Julie Gayet, avec son port de tête digne de Grace Kelly, en est le parfait exemple.

Sinon, c'est quoi cette histoire de baiser? Elle est un peu compliqué à expliquer en quelques mots. Si on avait plus de temps, peut-être que je vous la raconterais. Mais je me retiens. Je ne voudrais surtout pas briser le charme qui vous attend et encore moins vous priver de l'esprit et de la saveur de ce marivaudage des temps modernes. Allez-y, le voir. Tout simplement.

Avec ce film-là, on se rend compte que le cinéaste est allé à la bonne école et qu'il est en train de se tailler une belle place dans le 7e art. Si ce carnet s'appelait Facebook, je deviendrais fan d'Emmanuel Mouret :-)

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mai 01, 2008

La Petite voleuse

Je viens de revoir avec beaucoup d'émotion le film La Petite voleuse de Claude Miller. Il m'a encore plus touché qu'à sa sortie en 1988. Je comprends mieux ma fascination pour Charlotte Gainsbourg.

mars 09, 2008

La 10ième soirée des Jutra

Avec le temps qui faisait aujourd'hui ajouté à mon rhume qui me force au repos, je me faisais une petite joie de m'installer confortablement devant mon écran de télévision pour écouter la dixième remise des Jutra.

Quel rendez-vous raté! J'avais l'impression de regarder une mauvaise soirée consacrée à l'égo de Normand Brathwaite et son Brume de nuit, un faux film faussement drôle qui a volé la vedette aux bons films québécois de la dernière année.

La disposition de la salle façon talk-show a tué toute la magie et la fébrilité propre aux galas. Aucun suspense dans l'air et un malaise palpable du début à la fin. C'est vraiment dommage pour les artisans du cinéma québécois qui méritaient mieux que ça. Une soirée vraiment pas à la hauteur de notre septième art.

De toute manière, le vrai plaisir du cinéma est dans la salle au moment où le film est projeté. Contre toute espérance, qui a valu le Jutra de la meilleure actrice à Guylaine Tremblay, m'avait procuré un moment intense d'émotion l'an dernier tout comme Borderline vient de le faire vendredi.

J'espère que Continental, le grand gagnant de la soirée, reprendra l'affiche puisque celui-là, je l'avais malheureusement raté à sa sortie. Si au moins cette remise de prix peut servir à ça, ce sera toujours au moins ça de gagner!

janvier 09, 2008

Palmares 2007: cinéma

Même si je vais moins souvent au cinéma qu'avant, je tenais à faire un petit palmares des cinq films que j'ai le plus aimés en 2007.

1. Après la noce de Susanne Bier (Danemark)
2. Contre toute espérance de Bernard Émond (Québec)
3. La tourneuse de pages de Denis Dercourt (France)
4. 2 jours à Paris de Julei Delpy (France)
5. 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu (Roumanie)

Voilà qui clos de belle façon l'année 2007.

novembre 20, 2007

P'tites vites culturelles

Je tenais à faire ce bref retour sur ces films et spectacles que j'ai vus dernièrement.

Cinéma

La capture de Carole Laure (Québec) : j’ai d’abord suivi sa carrière de chanteuse avec beaucoup d’intérêt. Maintenant quelle est devenue cinéaste, l’intérêt que j’entretiens avec cette artiste marginale demeure. La capture, son troisième film, est de loin son plus achevé de ses trois. Malgré quelques petites maladresses qu’on lui pardonnera, ce film est en train de prouver que Carole Laure a sa place comme réalisatrice et elle n’a surtout pas fini de nous étonner. Teinté de symboles où la métaphore et une certaine poésie prennent souvent (mais juste assez) le dessus sur le réalisme (je pense à la scène du début chorégraphié comme un morceau de danse alors que l’on voit que les pieds du couple pendant que l’homme est en train de battre sa femme), La capture ne laisse pas le spectateur indifférent. Catherine de Léan porte littéralement le film sur ses épaules. L’alter ego de la cinéaste est une véritable révélation. Un film qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais qui vaut le détour pour les amateurs de films d’auteurs.

4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (Roumanie) : ce film surprise de l’année ne laisse pas non plus le spectateur indifférent. Relatant tout le processus extrêmement compliqué d’un avortement sous le régime de Causescu en 1987, cet acte illégal illustre tellement bien ce que peut être un régime totalitaire. 4,3,2... le décompte est parti! C’est fait avec retenu et une grande subtilité. C’est dur, sombre, troublant et dérangeant. Difficile de se prononcer après la projection et les jours qui suivent. C’est un film pernicieux qui fait son œuvre lentement et sûrement. Depuis que je l’ai vu, je ressens une profonde tristesse en moi et je suis convaincu que ce que j’ai vu y est pour quelque chose. Je suis aussi convaincu que c'est un excellent film.

Spectacles

Sttellla au Petit Champlain : de voir ce groupe rigolo sur scène m’a fait bizarre. Quand je pense à Sttella, je replonge au début des années 90 alors que j’étais avec P.J. C’est lui qui me les avait fait découvrir. Durant toute la soirée, c’était comme s'il m’accompagnait. Les tartines, Dracula, Le slow du lac et quelques autres tubes inoubliables m’ont ramené à cette époque heureuse de ma vie tout en me permettant de vivre un moment présent plus que sympathique. Je me suis rarement autant bidonné à un spectacle de musique. Jean-Luc Fonck est un humoriste et un homme de scène hors pair.
(note: faudrait que je songe à payer mon billet à Gilles et à remercier mhv d'avoir imposé ce spectacle à mon agenda surchargé...)

Marie-Jo Thério et le Consort contemporain de Québec au Palais Montcalm : tout d’abord il faut le dire, la grande salle du nouveau Palais Montcalm est magnifique. Avant même que le spectacle ne commence, on a déjà l’impression que la soirée sera réussie. Et ce fut effectivement le cas. Faut dire que l’univers intimiste et éclaté de Marie-Jo Thério se marie très bien à des arrangements contemporains. Nicolas Jobin (cherchant un peu trop à être sous les projecteurs) et sa bande ont fait un impressionnant travail d’adaptation. Plusieurs moments forts en rire et en émotion dont la magnifique réinterprétation de sa pièce Cocagne tirée de son premier album. Un show unique par une artiste qui l’est encore plus.

septembre 10, 2007

Contre toute espérance

Depuis que j’ai vu La femme qui boit, je ne manquerais pour rien au monde la sortie d’un nouveau Bernard Émond. Selon moi, c’est actuellement le plus grand cinéaste québécois. Ses films à caractère social d’un réalisme impressionnant renouent avec ce que notre cinéma avait de mieux à nous offrir dans les années 70. Ses scénarios sont d’une justesse comme il ne s’en fait plus. Aucun mot de trop. Tout est bien soupesé et le reste passe à travers l’œil de la caméra (jamais indiscrète) et l’intensité des personnages.

Pour atteindre ce qu’il recherche dans l’art qu’il exerce, je ne sais pas comment il s’y prend, mais il parvient toujours à tirer de ses comédiens le meilleur de ce qu’ils ont à offrir. Dans chacun de ses films, on a droit à une performance d’acteur hors du commun. Élise Guilbault est remarquable dans La femme qui boit et La neuvaine. Luc Picard l’est tout autant dans 20h17 rue Darling. Contre toute espérance ne fait pas exception à la règle. Guylaine Tremblay et Guy Jodoin sont tout simplement cirant de vérité dans leur incarnation d’un couple ordinaire qui perd tout.

J’ai une fois de plus été bouleversé par l’univers de Bernard Émond. J’ai toujours l’impression qu’il parle de moi, qu’il met en lumière mon passé, l’univers dont je suis issu. Je suis toujours happé par le rythme lent qu’il installe dans ses films. Un rythme lent soutenu du début à la fin et plein de ce que nous sommes : des êtres humains vulnérables et démunis et fort face à l’adversité.

Il y a tout ça dans Contre toute espérance. Et c'est l’un des meilleurs films de l’auteur.

août 22, 2007

2 jours à Paris

Julie Delpy, que j'avais découvert comme beaucoup de monde dans La passion Béatrice il y a un siècle, possède tous les talents. Dans son film 2 jours à Paris, elle est à la fois scénariste, réalisatrice, monteuse, compositeure et actrice!!! Cet amalgame concentré de sa créativité est une réussite sur toute la ligne. 2 jours à Paris est tout simplement réjouissant. Les dialogues sont drôlement savoureux et le film défile à la vitesse de l'éclair sans susciter un moment d'ennui. Son film est un feu roulant de vérités pas toujours bonnes à dire (mais bonnes à entendre) sur les français et nos chers voisins américains avec, en prime, une vision de l'amour pas toujours jojo mais intéressante à observer.

Une des belles surprises de l'année.

août 15, 2007

Les 3 p'tits cochons

Pendant mes vacances, j'ai vu Les 3 p'tits cochons de Patrick Huard. Il ne faisait pas nécessairement partie de ma liste de films à voir mais lorsque deux personnes sur trois en font leur choix, on se range du côté de la majorité.

N'ayant pas réellement d'attentes, j'ai trouvé le film correct, sans plus. La grande faiblesse du film est la structure du scénario qui est trop répétitive. Ça crée des longueurs inutiles. Les concepteurs auraient eu avantage à s'éloigner un peu plus du conte traditionnel qui a inspiré le film.

Sinon, il y a quelques petites trouvailles sympathiques, plusieurs bonnes répliques qui font rire spontanément et quelques personnages intéressants. Je pense au personnage de la policière interprétée par l'excellente Julie Perreault. Claude Legault est solide et Guillaume Lemay-Thivierge tout simplement irrésisitible. Mahée Paiement n'est pas très bonne et mon allégeance sexuelle ne me permet pas de la trouver sexy. Par contre, Guillaume...

La réalisation de Patrick Huard ne passera pas à l'histoire. On a vu mieux, on a vu pire. Il signe un bon film de gars à son image.

juillet 05, 2007

Ensemble, c'est tout

L'important n'est pas de savoir si le film est meilleur ou non que le livre. L.important est tout le plaisir qu'on peut ressentir en présence de ces très beaux personnages qu'a su créer Anna Gavalda. De les retrouver sur grand écran hier m'a fait beaucoup de bien comme lorsque l'on retrouve des amis que l'on n'a pas vus depuis longtemps. Je suis sorti du cinéma avec le sourire aux lèvres et le coeur plein de vie. C'est exactement le sentiment que j'avais éprouvé après la lecture du roman. C'est ça la force de cette oeuvre romanesque.

Audrey Tautou, que je n'affectionne pas particulièrement, m'a eu. Sa Camille espiègle et fragile est crédible et touchante. Guillaume Canet dans le rôle de Franck est tout simplement remarquable. C'est presque toujours lui qui fait jaillir l'émotion du film. Mais, malgré sa grande prestation, ma révélation à moi est celle de Laurent Stocker dans le rôle de Philibert. Même si physiquement il diffère de celui qu'on pouvait retrouver dans le livre, l'âme et l'esprit qu'il insuffle à son personnage est tout à fait juste. On s'attache rapidement à lui et à sa bouille irrésistible. Françoise Bertin parvient à rendre attendrissante sa Paulette un peu grincheuse aux allures de Marguerite Duras.

C'est un beau quatuor d'acteurs que le film nous offre. Ils sont naturels et la chimie qui se crée entre eux est communicative. C'est en plein ce que ça prenait pour en faire une bonne adaptation. Je me dis que Claude Berri doit y être pour quelque chose.

Petits bémols pour les placements publicitaires pas vraiment subtils (ça m'a rappelé ceux qu'on trouvait dans Les invasions barbares): Gros plan sur une canette de Pepsi que boit Franck et sur la boîte d'un système de son JVC acheté par Camille, réplique inoubliable de Franck "je dois aller chez Rent rapporter la voiture" et gros plan sur le roman de Nathalie Rheims "Le cercle de Meggido" que lit Camille. Comble de hasard, Nathalie Rheims est l'une des productrices!

Sinon, ne bouder pas votre plaisir: lisez ou allez voir Ensemble, c'est tout! C'est encore permis de se faire du bien ;-)

mai 24, 2007

Susanne Bier

Je viens de faire une grande découverte cinématographique qui a pour nom Susanne Bier. (Comment ai-je même fait pour passer à côté de son travail pendant toutes ces années?) J’ai vu deux de ses films en moins d’une semaine et me voilà conquis et convaincu. Cette cinéaste danoise sait mieux que quiconque filmer la complexité des rapports humains. Avec elle, n’est prévisible que les événements. Pour ce qui est du reste, c’est-à-dire comment ils sont perçus et vécus par ses personnages, on peut s’attendre à tout.

Dans Cœurs ouverts (merci Anne-Marie!), sans trop vous en dévoiler, tout tourne autour d’un accident grave qui aura des conséquences bouleversantes sur le couple atteint et le couple responsable. Ce n’est qu’un point de départ qui nous amène dans les dédales de la nature humaine pour le moins surprenante. Rien n’est alambiqué. Tout se tient réalistement. Ce drame intime pourrait bien être le nôtre. La caméra est nerveuse, sensible, saccadée et indiscrète comme si elle cherchait à pénétrer l’âme des acteurs pour trouver leur vérité. Je ne sais pas comment elle fait, mais elle y parvient. On craque pour Mads Mikkelsen.

On retrouve tout ça dans Après la noce. Même qu’elle pousse encore plus loin la réflexion de ce que nous sommes, de ce qui nous pousse à agir. À l’intime, ici s’ajoute l’aspect social. Entre l’Inde et le Danemark, c’est un immense portrait de la vie qu’elle embrasse de sa caméra encore plus indiscrète et d’une efficacité dérangeante. Le spectateur est constamment déjoué, secoué et ému tout au long du film grâce à un scénario béton. C’est filmé magnifiquement et c’est porté par une distribution solide. On craque encore pour Mads Mikkelsen.

Susanne Bier est définitivement une cinéaste hors-pair qui réussit à communiquer excessivement bien sa grandeur d’âme et son humanisme.

(Voir également les propos de Virge gravitant autour de ce film)

avril 30, 2007

Le pressentiment

La principale raison qui m’a poussé à aller voir le film Le pressentiment est le fait qu’il soit adapté d’un roman d’Emmanuel Bove. J’ai découvert cet auteur il y a quelques années alors que je déambulais dans la bibliothèque Eva Senécal de Sherbrooke en quête de lectures nouvelles. Je me promettais de lire cet auteur un jour. Ce jour-là, le titre Mes amis m’avait interpellé. Je ne me suis pas trompé J’ai adoré ce roman et, depuis, je m’intéresse au travail de cet auteur encore trop méconnu.

Dès les premières minutes du film, j’ai su que j’étais au bon endroit car je retrouvais avec beaucoup de plaisir l’univers d’Emmnauel Bove. Comme c’est souvent le cas dans la plupart de ses romans, l’histoire gravite autour d’un seul personnage confronté simultanément à son désir d’être dans la vie et celui de ne pas y être. Dans Le pressentiment, on suit Charles Bernesteau, un avocat de très bonne famille qui lâche tout pour vivre une vie simple dans un quartier populaire de Paris. C’est un misanthrope sympathique désillusionné par la nature humaine. Sa nouvelle façon de vivre lui réserve tout de même quelques surprises.

Le quartier populaire, où fourmille une ribambelle de personnages colorés, devient la plaque tournante du film. Darroussin en fait ressortir toute la richesse. C’est plein de vie. Une vie à la fois triste et belle. Il y a beaucoup de tendresse et de compassion qui passe à travers la caméra du cinéaste. Plus le film avance, plus on est touché par l’univers particulier de Charles et les autres. Faut dire que Jean-Pierre Darroussin offre une performance très convaincante. Son personnage de Charles, aussi fort que vulnérable, est attachant et touchant de vérité. Tous les personnages secondaires le sont tout autant.

Jean-Pierre Darroussin et Valérie Stroh ont fait un travail d’adaptation remarquable. Ils ont su rendre l’essence même de l'écriture d’Emmanuel Bove, pourtant pas facile à transposer au grand écran. C’est fait de façon inspirée et loin d'être ennuyante. C’est le genre de film qui brille par tous ces petits riens subtils qui finissent par faire toute la différence. J'ai l'impression que la vie qui y grouille est contagieuse. J'en suis encore tout habité. Je ne résisterai pas longtemps pour lire Armand qui m'attend dans ma pile...

janvier 25, 2007

Le labyrinthe de Pan

Hier soir, en allant voir le film de Guillermo Del Toro Le labyrinthe de Pan, j'ai vécu une expérience limite.

En ce qui concerne le film en tant que tel, j'ai adoré toute la partie fantasmagorique du personnage de la petite fille. J'avais l'impression de plonger dans un excellent roman fantastique pour adolescents. Le personnage du Faune m'a littéralement fasciné. Là où j'ai eu du mal, c'est avec la partie réaliste, celle du Capitaine (magistralement joué par un Sergi Lopez méconnaissable). La cruauté tellement vraisemblable de certaines scènes est venue me chercher jusque dans mes viscères. À plusieurs reprises, je me suis fermé les yeux pour ne pas voir ce qui se passait. C'était trop pour moi. J'avais raison. Rendu à la moitié du film, fermer les yeux ne suffisait plus. Tout l'univers du film me dérangeait profondément. Mon corps m'embarrassait. Je me suis mis à me tortiller sur mon banc. J'avais presque l'impression que c'est moi qu'on allait torturer. Ensuite, j'ai commencé à avoir des chaleurs pour finir par me sentir complètement étourdi. Ce n'était pas juste un mauvais moment à passer. J'étais dans une situation d'inconfort total et j'avais l'impression que ça ne finirait jamais. Il n'y avait qu'une chose à faire: m'extraire de cette situation au plus vite. J'ai dit à la personne qui m'accompagnait que je sortais parce que je ne me sentais pas bien. Et je suis sorti.

Je me souviens à peine du trajet que j'ai fait mais je suis parvenu à sortir de la salle. J'ai marché comme un automate. J'avais extrêmement chaud, la tête me tournait, la lumière éblouissante m'a donné le vertige, j'ai vu le corridor du Clap tangué, je suis devenu mou comme de la guenille et je me suis laissé choir de tout mon long sur le sol. J'ai perdu la carte pendant peut-être une minute. J'ai ouvert les yeux, même si je me sentais perdu, tout m'est revenu en mémoire. Je savais où j'étais. J'ai réussi à me relever tranquillement. J'étais encore étourdi et complètement vidé. Un employé m'a apporté un verre d'eau. De boire m'a fait le plus grand bien.

C'est la deuxième fois de ma vie qu'un film me fait cet effet-là. Je suis capable de supporter bien des choses, mais pas des scènes cruelles trop réalistes. Encore moins si elles comportent du sang. Del Toro n'épargne pas le spectateur. Il ne se gêne pas pour montrer ce qu'il a à montrer. Moi, je n'ai pas supporté. Mes limites ont été atteintes.

C'est ça pour moi Le labyrinthe de Pan. Un film inoubliable en quelque sorte.

C'est puissant l'art quand on y pense!


janvier 07, 2007

La tourneuse de pages

Ce film de Denis Dercourt n'est vraiment pas sans rappeler ceux de Claude Chabrol. Il serait un croisement parfait de Chocolat et La cérémonie. Même cadre, même atmosphère, même tension dramatique, même étrangeté. C'est appuyé par des performances d'actrices remarquables.

L'histoire, qu'il est préférable de ne pas trop dévoiler, tourne autour d'Arianne qui est concertiste de renommée et Mélanie ex-musicienne qui devient la tourneuse de pages de la musicienne. On suit subtilement les liens qui se tissent entre elles sans jamais savoir ce qui se cache derrière leurs intentions respectives. C'est là que réside toute la force de ce film. Dès les premières images, le cinéaste installe une ambiance forte et particulière autour de ces deux personnages énigmatiques. L'intrigue est pourtant simple, mais l'intelligence de la caméra et la concision du scénario suffisent à maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'à la fin.

Catherine Frot prouve hors de tout doute qu'elle peut aussi bien jouer dans un registre comique que dramatique. Elle est très convaincante et touchante dans ce personnage de musicienne bourgeoise fragilisée par un accident. Deborah François, qui joue la tourneuse de pages, brille par sa froideur et sa retenue. Inquiétante au point de nous faire parfois frémir. Toute une révélation.

La tourneuse de pages est un film à voir si vous êtes du genre à aimer les films d'atmosphère. Vous ne le regretterez pas.


décembre 28, 2006

Palmares 2006: cinéma

Voici les cinq meilleurs films que j'ai vus en salle cette année:

1. Babel, Alejandro Gonzalez Innaritu (États-Unis)
2. Le temps qui reste, François Ozon (France)
3. Lemming, Dominik Moll (France)
4. Changement d'adresse, Emmanuel Mouret (France)
5. Manderlay, Lars Von Trier (Danemark, etc.)

décembre 14, 2006

Babel

Quand on connaît le travail d'Alejandro Gonzalez Inarritu (Amours chiennes et 21 grammes), on ne peut résister à l'envie d'aller voir ce qu'il a de nouveau à nous proposer. Je ne pouvais pas rater la sortie du film Babel. Évidemment, j'y allais en ayant beaucoup d'attentes. Elles ont toutes été déclassées: Babel n'est rien de moins qu'un film brillant qui ébloui et qui nous rive à notre siège du début à la fin.

La base du scénario, signé Guillermo Arriaga une fois de plus, tourne autour de l'idée du mouvement qui finit par avoir des incidences sur la vie de beaucoup de gens. Dans Babel, une balle tirée presque au hasard a des répercussions dramatiques dans la vie d'une famille américaine, marocaine, japonaise et mexicaine. Comme cette idée du mouvement nous avait été servie dans Amours chiennes, je craignais une certaine répétition. Eh, bien non. Non parce que le film ne repose pas uniquement sur cet aspect. Le mouvement sert à illustrer le fossé entre les cultures pour mieux en démontrer toutes les richesses propres à chacune. La caméra d'Inarritu parvient avec beaucoup de force à faire ressortir toute l'humanité qui s'en dégage en scrutant les gestes du quotidien de ces gens unis par le mouvement. On passe d'un univers à l'autre toujours un peu secoué par ce que nous venons de voir, de vivre. C'est d'une subtilité et d'une véracité à faire frémir.

Là où Inarritu impressionnne le plus, c'est que le Japon (digne de Wong Kar Wai) et le Maroc qu'il filme sont aussi authentiques que l'est sa terre natale, le Mexique. Un tour de force hallucinant que peu de cinéastes peuvent réussir.

Bref, c'est du grand art.


septembre 30, 2006

La science des rêves

Le film de Michel Gondry La science des rêves prouve hors de tout doute qu'il ne suffit pas d'être ultra créatif pour faire un bon film. À part les deux acteurs au charisme incroyable (Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg), ce film n'a rien d'excitant. Oui, il y a une grande inventivité artistique qui se veut un plongeon direct dans l'onirisme, mais le spectateur, lui, plonge plutôt dans le vide tellement le scénario est mince. On cherche constamment à s'accrocher à quelque chose d'intéressant. Seules les bébelles inventées y parviennent.

Je me suis rendu jusqu'au bout de ce rêve malgré de fortes envies de regarder l'heure régulièrement (pas bon signe ça au cinéma!) et à un certain moment, l'idée de sortir de la salle m'a effleuré l'esprit (encore moins bon signe). Je suis resté pour le sourire de Charlotte et la candeur de Gael. J'aurais été fou de ne pas en profiter!

août 26, 2006

Festival des Films du Monde

Même si je ne fais que le regarder de loin depuis que je n'habite plus Montréal, je me réjouis du fait que le FFM soit toujours existant. C'est un beau pied de nez aux médias, qui, depuis plusieurs années, s'acharnent à vouloir la peau de Serge Losique en lui reprochant un peu n'importe quoi. Ce qui revient le plus souvent est le manque de prestige associé au Festival. Losique est trop ceci, pas assez cela. Trop de films, on s'y perd. Pas de grosses vedettes, pas assez de glamour, pas suffisamment de soirées superficielles et tout le clinquant des grands festivals de cinéma. Les stars, c'est probablement la dernière chose que les vrais cinéphiles recherchent dans un Festival. Chaque année, ils le prouvent en allant massivement voir les films présentés.

Quand je prenais mes vacances pendant le FFM, j'avais juste envie de faire mes propres découvertes dans ce vaste choix. Pour moi, il n'y en avait jamais trop. Sur 45 films visionnés, très peu me décevaient. Au contraire, j'ai fait des découvertes inoubliables et j'ai l'impression qu'elles n'appartiennent qu'à moi encore aujourd'hui. J'aimais la fraternité qui se développait de jour en jour avec les autres festivaliers. J'adorais faire la file à 9 heures du matin en sirotant mon café. Après, j'étais d'attaque pour enchaîner quotidiennement 4-5 films. À chaque début de projection, j'étais prêt à faire tous les voyages. Et je les faisais. J'adorais passer d'un univers à l'autre brusquement, de la grisaille hongroise à la légèreté italienne.

La première année que je me suis payé cette traite, je ne pouvais plus embarquer dans ces stupidités médiatiques. Je suis certain que chaque festivalier invétéré pourrait dire la même chose. Si Losique n'est pas courtois avec la sphère médiatique et qu'il n'en fait qu'à sa tête (c'est peut-être pour cette raison que son Festival a 30 ans cette année), ce n'est pas le problème du grand public. L'important est ce qui est présenté et le FFM joue un rôle primordial pour la diffusion des films étrangers et du cinéma d'auteur. Sans Losique et son Festival, j'aurais eu très peu de chance de voir des films Islandais, je n'aurais jamais découvert toute la richesse du cinéma de l'Europe de l'est, je n'aurais jamais connu le travail de Nikki de Saint-Phalle et combien d'autres univers qui sont venus enrichir le mien.

Malgré le refus des deux paliers de gouvernements à soutenir l'événement, Serge Losique est toujours debout et le temps semble lui donner raison. Même les médias sont confondus cette année. Soudainement, les journalistes commencent à changer leur fusil d'épaule (c'est un univers de plus en plus pute et de moins en moins objectif). On lui reprochait quoi au juste? Pourquoi ne pas prendre ce festival pour ce qu'il est: une rencontre pleine de promesse avec le cinéma de tous les pays du monde.

juillet 21, 2006

Lemming

Au sortir du cinéma, après le visionnement du film Lemming de Dominik Moll, j'étais dans un état second et plutôt perplexe. Oui, j'avais aimé, mais...Tout ce que je trouvais à dire était que le scénario m'apparaissaît boîteux dans la seconde partie du film qui avait pourtant démarré sur des chapeaux de roues. Je prenais un malin plaisir à voir évoluer le personnage presque démoniaque d'Alice joué d'une façon magistrale par une Charlotte Rampling à son meilleur. ...mais dans l'ensemble c'était bien, sans plus. Un bon film psycho-schizo. Quelques jours plus tard, j'avoue que le petit lemming a su se frayer un chemin et faire sa niche à l'intérieur de moi. Je n'arrête pas d'interpréter et de réinterpréter le scénario. Chaque interprétation que je lui confère me plaît, même les plus étranges. J'adore quand un film continue de faire son travail bien après la projection. C'est une très belle qualité et un très bon signe. Faible, le scénario? Peut-être plus efficace qu'il n'y paraît. Cette histoire de lemming (petit rongeur de la Finlande) qui se retrouve coincé dans l'évier du couple (fort bien campé par Laurent Lucas et Charlotte Gainsbourg) et de cette Alice qui s'infiltre en même temps dans la vie de ces gens-là n'est finalement pas piquée des vers. Oui, c'est un film psycho-schizo qui brouille les pistes et surtout qui distorsionne la réalité. La perception qu'on peut avoir des choses s'en trouve alors passablement affectée. Si vous avez envie d'un film étrange et irrationnel flirtant avec le fantastique, Lemming serait plus désigné que OSS 117:-)

juillet 07, 2006

Le temps qui reste

Avec mon carnet, je souhaitais créer une sorte de communauté culturelle. Si je me fie à la réponse rapide avec laquelle vous avez répondu à mes deux premiers billets, ça augure plutôt bien. Aussi, suite au courriel que j'ai fait parvenir annonçant la mise au monde de mon blogue, dès le lendemain, lecteurs.ca le mettait à sa une (voir page d'accueil du site) et je recevais aussi un courriel d'un inconnu qui m'invitait à faire connaître le sien et lui se chargerait de faire connaître le mien. En plein le genre de truc que j'aime. C'est un français installé à Montréal qui vient de créer un espace voué au cinéma français s'adressant aux anglophones! Inusité mais intéressant. Voici le lien:

http://forgivemyfrenchfilms.blogspirit.com

Ce préambule est un excellent prétexte pour vous parler du nouveau film de François Ozon "Le temps qui reste". Même si Ozon ne m'avait pas encore jeté par terre par sa filmographie, je ne pouvais résister à l'envie d'aller voir son travail. "Sitcom" (complètement débile), "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" (avec la bizarroïdes et incomparable Anna Thompson - vous avez vu "Sue perdue à Manhattan" j'espère!), "Huit femmes" (l'interprétation d'Isabelle Huppert de la chanson "Message personnel" est inoubliable), "Sous le sable" (lumineuse Charlotte Rampling), "Swimming pool" (perfide Ludivine Sagnier) et "5 x 2" (la toujours à fleur de peau Valéria Bruni-Tesdeschi) m'ont tout de même laissé de bons souvenirs. Mais là, avec "Le temps qui reste", fillm profondément humain, François Ozon signe une oeuvre très personnelle et achevée. Chaque réplique a sa place. Chaque plan a sa raison d'être. Tout est savamment orchestré. Tout est vrai. C'est parfois dérangeant, jamais complaisant, mais toujours d'une justesse vertigineuse. Il évite tous les clichés liés à une mort imminente. C'est de l'émotion brute, vraie. Melvil Poupaud s'est complètement abandonné au personnage. Il crève l'écran et nous subjugue du début à la fin. De loin sa plus grande performance d'acteur. Et je n'ai même pas encore parlé de Jeanne Moreau, de Valéria Bruni-Tesdeschi et de tout ce qui rend ce film inoubliable. Enfin le film de François Ozon que l'on attendait depuis longtemps!



Éric Simard est actuellement responsable de la promotion pour les éditions du Septentrion. Il a été libraire pendant plus de quinze ans. Par le passé, il a également travaillé pour une compagnie de disque, une maison d'édition et pour une compagnie de théâtre. Il en est à sa cinquième année à la barre de l'émission littéraire Encrage, diffusée sur les ondes de CKRL à Québec. Il a fait des chroniques littéraires à la télé de Radio-Canada et à TVA ainsi que dans le journal Le libraire pendant cinq ans. Il a deux romans à son actif Cher Émile (Hamac) et Martel en tête - titre épuisé (Intouchables). Il a été scénariste pour la populaire émission jeunesse Macaroni tout garni.

Ouvrage de cet auteur publié au Septentrion

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