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février 06, 2010

Le mémorial

J'avais remarqué pour la première fois les livres de Christopher Isherwood il y a quelques années alors que je travaillais encore en librairie. Des rééditions en format poche m'avaient donné envie. J'avais retenu le nom sans rien faire d'autre.

À l'automne, dans une bouquinerie près de chez moi, je suis tombé sur Le mémorial que je me suis empressé d'acheter à un prix dérisoire. Il s'est retrouvé dans mes trop nombreux titres à lire.

Il y a à peine un mois, comme premier film de l'année, je suis allé voir au Clap Un homme au singulier de Tom Ford adapté du roman du même nom signé Christopher Isherwood. Film que j'ai tout simplement adoré qui allie habilement esthétisme et profondeur psychologique.

Habité par ce que j'avais vu et ressenti, il me fallait poursuivre l'aventure en me plongeant dans l'univers romanesque de Isherwood. Je n'ai eu qu'à tendre la main pour lire Le mémorial. Dans ce roman, on suit plusieurs membres d'une même famille après la première guerre mondiale sur une période de neuf ans qui nous est présentés en quatre temps dans un ordre qui ne respecte pas le chronologie. Ils subissent tous, chacun à leur façon, la petite onde de choc laissée par la guerre.

L'ambiance générale qui s'en dégage est très forte et les intentions des personnages finement décrites. Deux aspects qu'on retrouvait également dans le film de Tom Ford. Même si ce n'est pas un grand roman, l'expérience a été suffisamment concluante pour avoir envie de découvrir d'autres oeuvres de Isherwood.

janvier 29, 2010

Paradis, clef en main

Le 29 août dernier, dans un billet consacré à la rentrée littéraire automnale, je disais ceci de Paradis, clef en main : Plus qu'une curiosité pour moi. J'avais littéralement été happé par l'écriture de Putain et Folle. À ciel ouvert m'avait rendu sceptique. Ce nouveau titre est peut-être un rendez-vous ultime entre elle et moi.

À peine un mois plus tard, Nelly Arcan s'enlevait la vie. Comme des milliers de gens, sa mort m'a beaucoup secoué. Malgré ce tragique événement, j'ai tout de même envie de parler de son dernier roman de la même façon que je l'aurais fait s'il n'était pas survenu.

Le rendez-vous ultime vient d'avoir lieu car je viens tout juste de terminer la lecture de Paradis, clef en main paru chez Coups de tête. Je dois faire un aveu difficile : à part les deux premières pages du roman et une dizaines d'autres vers la fin, le destin d'Antoinette Beauchamp n'est pas parvenu à me toucher. J'ai eu l'impression de tourner en rond autour du bobo sans que je puisse aller dans la plaie. J'étais prêt à y aller, je croyais que j'irais. J'hésitais même à commencer la lecture de ce livre pour cette raison. Finalement, ça s'est fait sans douleur et sans émotion.

Ce n'est pas un mauvais roman pour autant (il est supérieur à À ciel ouvert), mais Nelly Arcan avait mis la barre tellement haute avec Putain qu'il est difficile après de surpasser cette force, cette intensité et cette urgence de dire qu'on y retrouvait.

Si on n'a jamais lu Nelly Arcan, Paradis, clef en main est certes une bonne façon d'entrer dans son univers.

janvier 27, 2010

Dolce agonia

Avant de m'exprimer plus en détails sur ce roman de Nancy Huston, je me dois de me situer par rapport à son oeuvre.

Je ne peux pas dire que je suis un inconditionnel de cette auteure même si j'ai toujours apprécié les quelques romans que j'ai pu lire d'elle. Je mets toujours beaucoup de temps à en relire un autre. Elle ne crée pas chez moi le désir de me replonger dans son univers rapidement. Je sais en partie pourquoi. Parce que, chaque fois, je trouve qu'il y a un petit quelque chose de kétaine dans la structure de ses romans ou dans les thèmes abordés. C'est terrible de dire ça et pourtant c'est vrai. Dans Une adoration, entre autres, elle fait parler un cèdre du Liban et dans Dolce agonia, elle fait parler Dieu ! Mais, malgré tout, sous la plume de Nancy Huston, ça fonctionne. Ça fonctionne parce que son propos est intelligent, dense et profond (et je pèse mes mots). Curieux mélange comme si la littérature populaire rencontrait une littérature hautement intellectuelle.

Avec Dolce agonia, je tombe sur le cul et Nancy Huston est en train de m'avoir à l'usure. Elle a un sacré talent cette femme. Ce repas de la Thanksgiving auquel elle nous convie est pour le moins déstabilisant et marquant. À partir des 12 convives, elle nous brosse un portrait réaliste (proche du pessimisme) de ce qu'est l'être humain dans nos sociétés occidentales et de la vie, souvent impitoyable, qui passe (ça m'a d'ailleurs rappelé la teneur des propos du Déclin de l'empire américain). Chaque séquence du repas est entrecoupée par l'intervention de Dieu qui nous explique ce que sera la fin de vie pour chacun d'entre eux... Est-ce nécessaire d'en rajouter ?

Si : Dolce agonia est de la grande grande littérature.

janvier 24, 2010

Le livre brisé

Ça faisait vingt ans que je voulais lire Le livre brisé de Serge Doubrovsky. Il traînait pourtant dans ma bibliothèque depuis tout ce temps. Chaque fois que je le prenais dans mes mains, je finissais par le remettre dans les rayons. Faut croire qu'il me faisait peur.

Dernièrement, l'envie de le lire m'a repris et j'ai sauté sur l'occasion. J'avais raison d'avoir peur. C'est costaud ce livre. Après Proust et sa recherche, c'est peut-être l'exercice de lecture le plus difficile que j'ai fait. Car croyez-moi, il s'agit vraiment d'un exercice de lecture. D'ailleurs, j'ai failli en abandonner la lecture après une centaine de pages (il en fait plus de 400). Je me suis dit que je n'avais pas attendu vingt ans pour en arriver là. Chose que je fais rarement, je me suis donc imposé de le terminer. Ça m'aura pris plusieurs semaines.

Le livre brisé (prix Médicis en 1989), c'est d'abord pour Doubrovsky la volonté de se raconter. Rapidement, Isle, sa femme du moment, s'en mêle. Elle le met un peu au défi de la mettre au centre de son projet. Ce qu'il fait. On assiste alors à un jeu dangereux entre eux deux. En cours de route, rongée par l'alcool, Isle meurt. La gageure prend une tournure tragique. C'est ça le livre brisé.

Dans un style unique, syncopé et déstructuré, Serge Doubrosvky dissèque son couple. Pour la petite histoire, c'est lui qui, à la fin des années 70, a créé le terme "autofiction". Le livre brisé en est éloquent exemple.

Je ne peux pas dire que j'ai aimé cette lecture qui est plus souvent qu'autrement aride. Par contre, ce livre ne laisse pas le lecteur indifférent. Il est marquant en ce sens là. Je comprends pourquoi j'ai mis vingt ans avant de le lire et je ne regrette pas de l'avoir fait.

décembre 27, 2009

Palmarès 2009 : lectures

Bon an mal an, les belles rencontres littéraires sont au rendez-vous. Avec Emmanuel Carrère en tête de liste avec deux titres et Leméac/Actes sud avec quatre, 2009 ne sera pas en reste. Pour une troisième année consécutive, on y retrouve un Arnaldur Indridason (je dois bien l'aimer on dirait !). On retrouve également un Geneviève Robitaille qui faisait bonne figure dans celui de 2007. Comme j'y travaille, j'ai préféré ne pas mettre de titres publiés chez Septentrion.

Sans plus tarder, voici la liste des dix titres qui ont fait ma joie cette année :

1. Un roman russe, Emmanuel Carrère (P.O.L.)
2. Brooklyn Follies, Paul Auster (Leméac/Actes sud)
3. Désamours, Geneviève Robitaille (Leméac)
4. La femme en vert, Arnaldur Indridason (Points/Seuil)
5. L'étrangleur de Cater street, Anne Perry (10/18)
6. Quartier lointain/Un zoo en hiver, Jiro Taniguchi (Casterman Écritures)
7. La renarde et le mal peigné, Pauline Julien et Gérald Godin (Leméac)
8. Les hommes en général me plaisent beaucoup, Véronique Ovaldé (Babel/Actes sud)
9. D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère (P.O.L.)
10. Je jette mes ongles par la fenêtre, Natalie Jean (L'instant même)

Comme d'habitude, je serais curieux de connaître votre liste.

Mon palmarès 2008
Mon palmarès 2007
Mon palmarès 2006


décembre 22, 2009

Dans l'autobus

En décembre, j'ai opté pour le transport en commun pour me rendre au travail. Le grand avantage que ça représente pour moi, c'est le temps de lecture qui augmente grâce au trajet de 40 minutes que je dois effectuer pour l'aller et pour le retour. 80 minutes de bonheur par jour quand le livre est bon. Depuis trois semaines, j'ai été chanceux dans mon choix de lecture car deux des trois livres lus dans l'autobus ont été de véritables coups de coeur.

Les Jumelles de Highgate, Audrey Niffenegger (Oh ! éditions)
Dès les premières pages, à la fois à cause de la traduction et du contenu, je savais que ce nouveau roman d'Audrey Niffenegger n'égalerait pas tout le bonheur que j'ai eu à lire son impressionnant Le Temps n'est rien. Mon intuition ne s'est hélas pas trompée. Avec Les Jumelles de Highgate, elle a trop voulu suivre de pistes et de personnages en exploitant une autre facette du surnaturel. Ici, le voyage dans le temps (Le Temps n'est rien) fait place à la notion de fantômes. Si le thème était extrêmement bien exploité dans le premier, on ne peut pas en dire autant dans ce dernier. Elle évite à peine les clichés des histoires de fantômes et sa trame, trop alambiquée, tombe à plat. On ne s'attache pas aux personnages et on n'est que très peu partie prenante de l'action. Pourtant, elle avait tout pour arriver à ses fins. Selon moi, la dimension fantomatique est l'élément de trop dans ce roman. Rendez-vous raté donc. Dommage car j'attendais ce nouveau Niffenegger depuis longtemps.

Brooklyn Follies, Paul Auster (Actes sud)
J'ai appris à aimer Paul Auster avec le temps. Je trouve que ses livres sont des oeuvres de maturité qu'on ne peut qu'apprécier davantage à mesure que nous avançons en âge. Ils deviennent alors un écho de notre propre vie. Il y a quelques années, à sa sortie, La Nuit de l'oracle m'avait complètement fasciné et impressionné. J'ai encore en mémoire une scène très forte qui n'est pas prête de quitter mon esprit. En me plongeant dans Brooklyn Follies dernièrement, je ne m'attendais pas à ce que ce livre me fasse autant d'effet car on m'avait dit que c'était un Auster léger. Je ne suis pas d'accord. Il n'a peut-être pas la profondeur existentielle et métaphysique de ses oeuvres phares, mais quel roman puissant ! C'est un livre qui célèbre la vie, rien de moins. C'est touchant du début à la fin. C'est beau, c'est bon et encore plus. Un grand roman. Si vous ne connaissez pas l'univers de Paul Auster, ce serait un très bon titre pour le découvrir.

L'Étrangleur de Cater Street, Anne Perry (10/18)
Ça faisait des années que je voulais lire du Anne Perry pour deux raisons. La première : la gérante chez Pantoute où je travaillais m'en parlait souvent (c'était une invétérée). La seconde : savoir que l'auteure de ses romans policiers victoriens n'était nulle autre que le personnage incarnée par Kate Winslet dans Heavenly Creatures augmentait ma curiosité. Par hasard, je suis tombé sur L'Étrangleur de Cater Street qui est le tout premier qu'elle a écrit. Je dois vous dire que j'ai succombé au charme de l'univers très anglais qu'elle a créé. Elle ne révolutionne pas le genre, mais ça se lit avec énormément de plaisir. C'est plus victorien que policier mais il plaira aux deux publics. Je ne tarderai sans doute pas avant d'en lire un autre de cette auteure que je vous recommande fortement.

octobre 29, 2009

D'autres vies que la mienne

En ce moment, Emmanuel Carrère est l'écrivain qui m'intéresse le plus. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entretenu un tel rapport avec l'univers d'un auteur. C'est la lecture d'Un roman russe qui a tout déclenché ça cet été. Cette lecture m'a tellement fasciné qu'elle est encore très présente à l'intérieur de moi comme une flamme vive qui ne diminue pas. Au risque de me répéter, il y a tout ce que j'aime dans ce livre. À un point tel que j'aurais aimé pouvoir l'écrire.

D'autres vies que la mienne, que je viens de finir de lire, ne fait que raviver cette flamme qui brûle en moi. Moins solide qu'Un roman russe, il n'en demeure pas moins que les thèmes abordés, et surtout la façon qu'ils le sont, donnent à ce roman une force évocatrice peu commune en littérature. En tournant la dernière page, comment ne pas être ému ?

L'écriture d'Emmanuel Carrère a une force de frappe inégalée et presque inégalable. Jamais il ne tombe dans la facilité. Ses mots transpirent la vérité. Ils sont toujours portés par une structure narrative solide qu'il maîtrise extrêmement bien. Quand on le lit, c'est toujours un condensé d'intensité.

En tant qu'auteur, Emmanuel Carrère est en train de devenir un modèle pour moi. Il m'inspire, me stimule et, malgré mes doutes, m'incite à poursuivre ma petite oeuvre littéraire discrète et sincère que j'ai commencée il y a quelques années.

septembre 26, 2009

Inspirant Japon

J'ai commencé à m'intéresser à la littérature japonaise il y a plusieurs années déjà après avoir lu Geisha d'Arthur Golden (comme quoi la littérature populaire peut avoir du bon). Ce roman m'avait assez intrigué pour que je veuille en connaître davantage sur cette fascinante culture. Depuis, je continue mes explorations à travers la littérature contemporaine japonaise en y revenant régulièrement. Les titres japonais que j'ai lus ne sont pas tellement considérables, mais ils me permettent d'avoir une bonne base. Yoko Ogawa, Hitonari Tsuji et Aki Shimazaki n'ont maintenant plus de secret pour moi.

Cette bonne base me permet actuellement de travailler deux projets de front sur le Japon, avec deux auteurs différents, pour le compte de la collection Hamac. L'un est un recueil de nouvelles à la japonaise écrit par un Québécois. Le résultat sera tout à fait à la hauteur de ce que l'on retrouve habituellement dans la littérature nippone. Les sceptiques seront même confondus. L'autre sera un carnet de voyage d'une Québécoise qui a séjourné au Japon plusieurs mois. Elle nous offre sa passion en nous faisant découvrir ce pays atypique. Un Japon 101 fort sympathique et instructif.

Ces deux projets me ramènent évidement à cette littérature que j'aime tant. Dernièrement, pour la première fois, je me suis plongé dans les romans graphiques de Jiro Taniguchi. J'ai lu Un zoo en hiver et les deux tomes de Quartier lointain. Deux oeuvres inspirées de sa jeunesse pleines de sensibilité et d'âme. Un vrai régal. Je veux lire tout ce qu'il a fait. Dans cette même veine, je me suis laissé tenter par la superbe couverture du recueil de nouvelles Saules aveugles, femmes endormies de Haruki Murakami. Bien que la plupart des nouvelles tombent à plat, une fois qu'on accepte cet état de fait, comme à l'habitude la touche Murakami fait son travail du début à la fin.

septembre 09, 2009

Des fleurs pour Cohen

Ceci est un appel de textes pour un nouveau projet né de la belle idée de Charles Quimper.

Dès l’automne 2010, une fois par an, la collection Hamac fera paraître un recueil de textes inédits de différents auteurs à qui nous demanderons de s’inspirer de l’univers d’un artiste d’ici ou d’ailleurs.

Le premier recueil sera consacré à Leonard Cohen. Pourquoi Cohen ? Tout simplement parce que nous l’aimons. Nous croyons que la carrière musicale de celui-ci éclipse trop souvent sa vaste contribution au paysage littéraire pancanadien. Leonard Cohen nous appartient collectivement, au même titre qu’Anne Hébert, que Gabrielle Roy, que Gilles Vigneault ou que Mordecai Richler. Nous croyons qu’il est grand temps que les auteurs d’ici s’approprient son œuvre et le célèbrent enfin comme poète, comme romancier, comme parolier.

Ce projet nous trottait en tête depuis un moment déjà, mais n’ayant que tout récemment obtenu l’approbation de l’équipe de Monsieur Cohen, ce n’est qu’aujourd’hui que nous nous lançons hardiment dans l’aventure.

Si l’œuvre de Leonard Cohen vous inspire, vous pouvez dès maintenant vous mettre à la tâche dans le but de soumettre un texte par la suite. Ils peuvent prendre l’une des quatre formes suivantes : nouvelle, poésie, théâtre ou art graphique (dimensions 5" x 7,5"). Il n’y a aucune contrainte de mots en autant que la longueur soit raisonnable.

La date limite a été fixée au 31 janvier 2010.

Seuls les textes imprimés seront considérés. Il faut les faire parvenir par la poste en une seule copie à l’adresse suivante :

Les éditions du Septentrion
1300, av. Maguire
Québec (Québec)
G1T 1Z3

septembre 06, 2009

Un temps fou

Pour la quatrième fois, je me suis laissé prendre par l'univers de Laurence Tardieu. Pourtant, d'un livre à l'autre, c'est une variation sur un même thème : les rapports entre les êtres qui, la plupart du temps parlent d'amour. Elle nous surprend chaque fois car l'angle de l'intime est toujours différent. Elle pousse toujours plus loin l'observation du quotidien. Elle le décortique. Souvent au "je", un "je" qui est une autre en même temps le sien. C'est encore plus frappant dans Un temps fou. Elle nous donne l'illusion qu'elle nous raconte sa propre vie. L'illusion est parfaite. Ce titre m'a rappelé Ni toi ni moi de Camille Laurens.

Un temps fou est une histoire d'amour. De celle que l'on fabrique. Peut-être pas non plus. L'illusion, encore. Et ça fonctionne. Laurence Tardieu a l'art de nous ramener à notre propre histoire. C'est peut-être entre les lignes que ça se passe, subrepticement.

C'est ça la force de Laurence Tardieu : l'écriture.
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Un temps fou, Stock 2009
Rêve d'amour, Livre de poche 2009, Stock 2008
Puisque rien ne dure, Livre de poche 2008, Stock 2006
Le Jugement de Léa, Points 2007, Arléa 2004
Comme un père, Points 2008, Arléa 2002

août 29, 2009

Rentrée littéraire

Même s'il y a toujours trop de publications, j'ai toujours aimé les rentrées littéraires comme si elles annonçaient un avenir meilleur.

Évidemment, depuis que je travaille pour un éditeur, la rentrée littéraire a pris une autre signification. Mais je suis toujours autant excité de découvrir le programme éditorial des autres éditeurs. Curieux aussi de voir ce qu'ils auront à offrir.

Quand j'ai fait le saut du côté de l'édition, j'avais un peu peur de perdre une partie de ce plaisir. Mais il n'en est rien. Je dirais même que c'est peut-être encore plus intéressant. Ça se joue à un autre niveau. Mais revenons à l'essence excitante de cette rentrée et à une perspective plus personnelle : au lecteur que je suis et que je serai toujours.

Voici donc les dix titres qui retiennent mon attention en cet automne 2009 :

- La Vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint (Minuit) : j'avais beaucoup aimé Faire l'amour et Fuir
- Ce que je sais de Véra Candida de Véronique Ovaldé (de l'Olivier) : je viens de la découvrir avec Les hommes en général me plaisent beaucoup et j'ai eu un véritable coup d'affection pour son écriture
- Peaux de chagrins de Diane Vincent (Triptyque) : Épidermes m'avait procuré beaucoup de plaisir. J'espérais une suite. Elle s'en vient.
- La double vie d'Irina de Lionel Shriver (Belfond) : Son Il faut qu'on parle de Kevin m'avait trop "flabergasté" pour que j'ignore cette seconde traduction.
- Le roman de l'été de Nicolas Fargues (P.O.L.) : La lecture de Beau rôle m'a convaincu de poursuivre ma découverte de cet auteur beau et surtout talentueux.
- Les ruines du ciel de Christian Bobin (Gallimard) : Régulièrement, j'ai besoin de me plonger dans la luminosité de son écriture. Ce nouveau Bobin tombe à point car ça faisait longtemps.
- Mais moi je dormais de Pierre Labrie (Trois-Pistoles) : Parce que je le connais. Parce que j'en ai envie.
- Rose Amer de Martine Delvaux (Héliotrope) : Une joie. Après avoir tant aimé C'est quand le bonheur ?, je pourrai enfin me replonger dans la force tranquille de son écriture.
- Âmes en peine au paradis perdu d'Hélène Rioux (XYZ) : Second volet d'une trilogie que j'attendais, celui de Mercredi soir au bout du monde.
- Paradis clef en main de Nelly Arcan (Coup de tête) : Plus qu'une curiosité pour moi. J'avais littéralement été happé par l'écriture de Putain et Folle. À ciel ouvert m'avait rendu sceptique. Ce nouveau titre est peut-être un rendez-vous ultime entre elle et moi.

En terminant, j'attire votre attention sur La Louée de Françosie Bouffière que j'ai eu la chance de diriger. Les amateurs de Sylvie Germain, Agota Kristof et George Sand (entre autres) apprécieront sans doute.

Sur ce, bonne saison littéraire !

août 01, 2009

Un roman russe

Un roman russe d'Emmanuel Carrère traînait dans mes livres à lire depuis sa sortie en 2007. Malgré tout le bien qu'on m'en disait, et malgré le fait que j'avais beaucoup aimé La classe de neige et L'adversaire, je ne me décidais pas à le commencer. Il aura fallu la sortie de son nouveau D'autres vies que la mienne (que je n'ai pas lu) pour que je me décide enfin.

Je viens tout juste d'en terminer la lecture et j'en suis tout tourneboulé.

Il y a longtemps que je n'ai pas autant été pris par un livre. C'est une autofiction de haut niveau dans laquelle viennent s'ajouter plusieurs trames narratives efficaces dignes des meilleures fictions. Emmanuel Carrère accroche le lecteur du début à la fin. C'est d'une intensité et d'une vérité rare. Ça vous prend aux tripes. Il faut plus que beaucoup de talent pour utiliser aussi bien le réel au service de la littérature car c'est bien de cela qu'il s'agit. Et c'est de la grande dans ce cas-ci.

Un peu comme pour Emmanuel Carrère et les raisons de son séjour en Russie, je ne me suis pas méfié et les dernières pages m'ont rentré dedans d'aplomb alors que je ne m'y attendais pas du tout.

Un roman russe trônera assurément en haut de mon palmarès 2009.
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Un roman russe, Emmanuel Carrère, P.O.L. (2007)

mai 10, 2009

Désamours

Pour parler du désamour, il faut avant tout que je parle de mon amour pour la plume de Geneviève Robitaille. Mon amour pour elle d'une certaine manière car, livre après livre, j'apprends à connaître qui elle est. Chacune de ses publications a quelque chose d' impudique. Mais lorsque c'est si bien porté par la littérature, ça ne peut pas l'être (ou presque).

Désamours est probablement son récit le plus intime. C'est un aveu qu'elle nous fait à partir des amours qu'elle n'a pas sues vivre. Par peur, tout simplement. La confession est si honnête et directe qu'on la reçoit en plein coeur.

Mon parcours est différent du sien. Je ne suis pas non plus habité par les mêmes peurs, mais je me suis reconnu dans ce désamour que je commence à comprendre et à éviter pour me rapprocher davantage de l'amour. Reste maintenant à le trouver.

Tout comme moi, plusieurs se reconnaîtront à travers cette émouvante confession. En plus, si ce livre et ce billet peuvent être une porte d'entrée dans l'univers de Geneviève Robitaille, j'en serais ravi. L'oeuvre qu'elle peine à construire à coup de détermination hors du commun mérite qu'on s'y attarde. Pour moi, un nouveau Geneviève Robitaille est toujours un événement que je ne veux pas rater.

Pour vous aiguiller, voici ses autres titres :

Chez moi, Triptyque, 1999
Mes jours sont vos heures, Triptyque, 2001
Éloge des petits riens, Leméac, 2005
Chute, J'ai vu, 2006

avril 20, 2009

Les salons

Une fois de plus, j'ai vécu d'excellents moments au Salon International du Livre de Québec.

Ça clôt de belle façon ma saison des salons du livre. Là, je peux souffler un peu même si l'intensité que j'y retrouve me manquera. Heureusement que ça recommencera à l'automne.

Que ce soit à Bruxelles, Trois-Rivières, Gatineau ou Québec, merci à tous ceux que j'y ai rencontrés. Vous me permettez de mordre à plein dans cette vie si riche qui coule dans mes veines à l'intérieur d'un milieu que j'adore: celui du livre.

avril 10, 2009

Le goût de lire

J'ai recommencé à lire.
Peut-être retrouverai-je le goût d'écrire des billets sur ce carnet?

février 13, 2009

Passion et désenchantement du ministre Lapalme

Lu avec beaucoup de plaisir Passion et désenchantement du ministre Lapalme de Claude Corbo.

Écrit sous forme de pièce de théâtre et mettant en scène Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Guy Frégault et J. André Dolbec, ce texte met extrêmement bien en lumière le mépris de la culture par les dirigeants politiques.

De 1964 à 2009, rien ne semble avoir changé. Navrant vous dites!

février 11, 2009

Le Ciel de Bay city

Après avoir failli l'abandonner en cours de route, j'ai fini par finir de lire Le Ciel de Bay city de Catherine Mavrikakis.

Il mérite amplement tout le succès qui l'entoure.

Sauf que moi, je ne suis pas parvenu à vraiment embarquer dans cet univers désespéré.

janvier 20, 2009

Je jette mes ongles par la fenêtre

On ne peut pas dire que la couverture soit particulièrement belle ni que le titre soit particulièrement bien choisi. Pourtant, le recueil de nouvelles de Natalie Jean, lui, est très réussi. C'est plutôt dommage que ce qui donne accès au livre ne soit pas à la hauteur du texte. À mon avis, ça peut nuire à l'auteur. C'est-à-dire, empêcher des lecteurs de découvrir son talent. Car il s'agit bien de talent dans son cas.

Mine de rien, on entre dans son univers discrètement. On remarque rapidement que Natalie Jean aime s'attarder sur les détails du quotidien et les comportements subtils des êtres dans leur façon de vivre le monde. Après quelques nouvelles, on est surpris par la force des mots. Certaines phrases, qui semblent provenir de nulle part, provoquent une émotion vive difficile à réprimer. Ça nous fait cet effet jusqu'à la fin, toujours au détour d'une phrase en apparence banale.

En fait, ce n'est pas banal. Natalie Jean a une voix singulière et elle sait y mettre l'âme qu'il faut pour rejoindre la sensibilité du lecteur. Ce n'est pas sorcier en soi, mais peu d'auteurs en sont réellement capables. Et c'est là toute la différence.

Je jette mes ongles par la fenêtre est ma première belle découverte de 2009. Ça commence plutôt bien l'année, je trouve.

décembre 20, 2008

Mon palmarès 2008

Du côté de mes lectures, les années passent et ne se ressemblent pas. Cette année, je ne pourrais me restreindre à un top 10 tellement j'ai lu de bons livres. Je ne voulais pas faire de choix déchirants. Ça donne un top 17. Ce choix comprend deux titres pour la jeunesse.

Voici donc ma cuvée exceptionnelle de 2008:

1. Parades de Bernard Souviraa (de l'Olivier)
2. Les années d'Annie Ernaux (Gallimard)
3. On n'est pas là pour disparaître d'Olivia Rosenthal (Verticales)
4. Au pays de mes histoires de Michael Morpurgo (Gallimard jeunesse)
5. Replay de Ken Grimwood (Seuil)
6. La cité des jarres d'Arnaldur Indridason (Points policiers)
7. La porte des enfers de Laurent Gaudé (Actes sud)
8. Toute la nuit devant nous de Marcus Malte (Zulma)
9. Rêve d'amour de Laurence Tardieu (Stock)
10. Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson (Actes sud)
11. Tout m'accuse de Véronique Marcotte (Québec-Amérique)
12. Beau rôle de Nicolas Fargue (P.O.L.)
13. Compter jusqu'à cent de Mélanie Gélinas (Québec-Amérique)
14. Philippe de Camille Laurens (Folio)
15. Autrement dit de Marie Cardinal (Livre de poche)
16. L'arbre du voyageur d'Hitonari Tsuji (Folio)
17. L'oiseau rouge de Denis Côté (Québec-Amérique jeunesse)

Une grosse mention spéciale à La Deuxième vie de Clara Onyx, Au passage et Enthéos, de superbes fictions de la collection Hamac que j'ai le bonheur de codiriger avec Adeline Corrèze.

Mon palmarès 2007
Mon palmarès 2006

décembre 16, 2008

La porte des enfers

Hier soir dans l'autobus, en refermant le dernier Laurent Gaudé La porte des enfers, j'avais vraiment l'impression d'y être allés.

Laurent Gaudé
signe un roman intense sur le deuil en utilisant l'enfer comme symbole. C'est en même temps un prenant témoignage sur le lien filial.

C'est évidemment sombre.

Un des meilleurs romans que j'ai pu lire cette année.

décembre 13, 2008

Vrac de décembre

Voici un survol des livres lus récemment:

Syngué sabour (Pierre de patience), Atiq Rahimi (P.O.L.) : Premier roman écrit en français pour cet auteur afghan grâce auquel il vient de se mériter le prestigieux Prix Goncourt. Mérité? Certes. L'écriture est superbe, mais je n'ai pas été nécessairement ému par l'histoire de cette femme qui se confesse à son mari mourant. Confession qui devient un véritable playdoyer de libération pour la femme afghane. La fin laisse peprlexe mais elle est justifiée dans les circonstances. Un bon roman qui ne décevra personne ou très peu.

Peut-être une histoire d'amour, Martin Page (de l'Olivier): Si l'auteur de Comment je suis devenu stupide m'avait pour la première fois déçu avec la parution de On s'habitue aux fins du monde, la réconciliation a lieu avec Peut-être une histoire d'amour. Peut-être parce que c'est très Martin Page comme idée: le narrateur apprend sur le répondeur que Clara met un terme à leur histoire d'amour. Le hic, c'est qu'il ne connaît pas Clara ! Et là, c'est le commencement de la déroute pour lui. Plutôt que d'en faire une simple satire, l'auteur a réussi à créer une belle histoire douce amère.

Toute la nuit devant nous, Marcus Malte (Zulma) : Marcus Malte, que j'avais découvert il y a peu avec la lecture de Garden of love, est probablement ma découverte de l'année. Son écriture est tout simplement fabuleuse. Dans ce receuil de nouvelles, qui n'en compte que trois, elle est encore plus mise en valeur que dans son précédent. Marcus Malte a le don de créer des ambiances fortes du début à la fin de ses textes. Il subjugue le lecteur et le ravit. Je n'ai même pas envie de vous décrire le contenu de ces trois nouvelles. Je vous dirai seulement qu'elles sont intenses, troubles et très prenantes. Toute la nuit devant nous est une excellente entrée en matière dans l'univers de Marcus Malte qui comprend tout de même plus d'une dizaine d'ouvrages. Il était temps qu'on le découvre.

En terminant, j'aurais juste envie de vos parler du dernier Laurent Gaudé, mais je ne l'ai pas encore fini.

décembre 08, 2008

PDL 2009: mon analyse

Dans la catégorie québécoise, la liste préliminaire de cette année, avec tous ces titres à découvrir, est le prolongement logique de celle de l'an dernier. Nous retrouvons encore ce beau mélange de maisons d'éditions émergentes et établies. Le panorama d'auteurs suit également cette tangente. Plusieurs d'entre eux s'imposent de titres en titres (Michel Vézina, Véronique Marcotte, Catherine Mavrikakais, Marie-Andrée Lamontagne, Éric Dupont, Stéfanie Meunier et la toujours excellente Aki Shimazaki). Sinclair Dumontais et Mathieu Arsenault, même s'ils sont moins connus, pourraient également faire partie de cette énumération. Reste quelques plumes nouvelles qui visiblement se démarquent.

Cette sélection, loin d'être prévisible, montre à quel point notre littérature est bien vivante, forte et en plein essor. Vous n'avez pas idée à quel point la littérature québécoise sera belle à lire d'ici quelques années!

Côté étranger, outre Les années d'Annie Ernaux, Pierre de patience d'Atiq Rahimi et La route de Cornac McCarthy, la sélection nous invite à la découverte. Elle offre un bel éventail de la production internationale.

Bref, une belle liste qui nous sort des sentiers battus.

Puisqu'on m'incite à me mouiller, voici les cinq titres de chacune des deux catégories que je verrais dans la sélection finale:

Québécois

Tout m'accuse de Véronique Marcotte (Québec-Amérique)
La Deuxième vie de Clara Onyx de Sinclair Dumontais (Hamac)
Le ciel de Bay City de Catheirne mavrikakis (Héliotrope)
Et je te demanderai la mer de Stéfanie Meunier (Boréal)
Zakuro d'Aki Shimazaki (Actes sud/Leméac)

Étranger

Les années d'Annie Ernaux (Gallimard)
Toute la nuit devant nous de Marcus Malte (Zulma)
Le bonhomme de neige de Jo Nesbo (Gallimard)
Pierre de patience d'Atiq Rahimi (P.O.L.)
Effigie d'Alissa York (Alto)

décembre 01, 2008

Prix des libraires du Québec 2009: liste préliminaire

Je l'attends toujours plus que les autres celle-là par attachement sentimental. Elle est sortie aujour'hui. Vous me direz ce que vous en pensez. Je commenterai dans un prochain billet.

Voici ce que ça donne :

Liste préliminaire du Pirx des libraires du québec 2009

Catégorie « Roman québécois »

Uns, Marie-Andrée Lamontagne et Philippe Borne (Leméac)
Vu d’ici, Mathieu Arsenault (Tryptique)
La deuxième vie de Clara Onyx, Sinclair Dumontais (Septentrion)
Bestiaire, Éric Dupont (Marchand de feuilles)
Matamore no 29, Alain Farah (Le Quartanier)
Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier (Alto)
Tout m’accuse, Véronique Marcotte (Québec Amérique)
Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis (Héliotrope)
Et je te demanderai la mer, Stéfani Meunier (Boréal)
Sortie côté jardin, Patrick Servant (Amérik Média)
Zakuro, Aki Shimazaki (Actes Sud)
La Machine à orgueil, Michel Vézina (Québec Amérique)

Catégorie « Roman hors Québec »

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Robles (Zulma)
Les années, Annie Ernaux (Gallimard)
Suicide, Edouard Levé (P.O.L.)
Toute la nuit devant nous, Marcus Malte (Zulma)
La route, Cornac McCarthy (de l’Olivier)
Le bonhomme de neige, Jo Nesbo (Gallimard)
Nous sommes tous Kafka, Amat Nuria (Allia)
Seul le silence, Ellory R.J. (Sonatine)
Syngué sabour (Pierre de patience), Atiq Rahimi (P.O.L.)
Journée d’un opritchnik, Vladimir Sorokine (de l’Olivier)
Chaos calme, Sandro Véronesi (Grasset et Fasquelle)
Effigie, Alissa York (Alto)

novembre 17, 2008

Salon du livre de Montréal 2008

Le Salon du livre de Montréal battra son plein du mercreid 19 au lundi 24 novembre.

De mon côté, j'y serai du mercredi 19 au dimanche 23 novembre.

Je vous donne donc rendez-vous au stand du Septentrion qui se trouve à l'intérieur de celui de Dimédia qui se trouve à être le numéro 474.

novembre 14, 2008

Autrement dit

J'ai découvert Marie Cardinal il y a une vingtaine d'années avec la lecture marquante de son livre Les mots pour le dire dans lequel elle a raconté sa psychanalyse. Je l'avais littéralement dévoré, ce livre et je le relirai probablement un jour peut-être pas si lointain.

J'avais lu ensuite La clé sur la porte et Comme si de rien n'était. Moins marquantes, ces lectures m'avaient tout de même plu.

Après une longue abstention dans son univers, j'ai eu envie de replonger dans ses mots si personnels qui expriment si bien la complexité de l'humain. J'ai sorti Autrement dit qui traînait dans ma bibliothèque depuis nombres d'années et, dès les premières lignes, l'effet Cardinal a opéré. Le même qu'il y a vingt ans.

Ce prolongement des Mots pour le dire, qui part d'un dialogue entre elle et Annie Leclerc, aborde tous ces sujets: la création, l'écriture, la femme, l'homme, la maternité, le couple, la mort, la maladie, l'enfance et toutes ces subtilités qui font ce que nous sommes.

Écrit au milieu des années 70, ce texte témoigne d'une époque moins révolue qu'on veut bien le croire. Certaines choses ne changent pas ou évolue très lentement. De toute manière, lorsque l'on sonde la profondeur de l'être humain, on touche à l'intemporel.

À sa façon, ce billet témoinge à son tour de l'importance du travail de Marie Cardinal, qui, tout comme celui d'Hervé Guibert, est sur le point de tomber dans l'oubli. Ce qui serait réellement dommage.

novembre 13, 2008

Une femme à Berlin

Une femme à Berlin est un journal écrit entre le 20 avril et le 22 juin 1945 alors que les russes ont envahi Berlin à la fin de la guerre.

L'auteure, qui a désiré que son témoignage reste anonyme, relate avec beaucoup de retenu ce quotidien complètement démantelé. Quelle parle de la faim, de la peur ou de viol, le ton utilisé ne tombe jamais dans le sensationnalisme. C'est là que réside la force de ce texte.

Le principal intérêt de ce livre n'est pas son aspect littéraire, mais son point de vue unique qui apporte un nouvel éclairage sur les événements survenus lors de la deuxième guerre mondiale. C'est un document important comme a pu l'être celui de la secrétaire d'Hitler, Traudl Junge, lors de la parution de son journal Dans la tanière du loup.

Une femme à Berlin est disponible en folio.
Dans la tanière du loup seulement en grand format chez JCLattes.

novembre 04, 2008

Petite tournée d'automne express

Lus et appréciés :

Et je te demanderai la mer de Stéfani Meunier (Boréal): une écriture comme comme j'aime. C'est concis, simple et très senti. Une première incursion convaincante dans l'univers de cette auteure.

Anastasie ou la censure du cinéma au Québec de Yves Lever (Septentrion): un panorama complet de la censure au Québec des années 20 à maintenant. Intéressant et accessible. Un livre qui nous rebranche à notre fibre de cinéphile en nous redonnant le goût d'aller voir des films en salle.

Garden of love de Marcus Malte (Zulma) : une écriture éblouissante pour un univers complexe. Pour amateur de littérature un peu plus relevé.

octobre 09, 2008

La cité des jarres

Amateurs de la série Millénium, si vous ne connaissez pas les romans d'Arnaldur Indridason, courez chez votre libraire pour vous les procurer.

L'an dernier, j'avais lu La voix, le troisième de la série des enquêtes du commissaire Erlendur, et j'avais beaucoup aimé. Cette semaine, j'ai carrément dévoré le premier de la série La cité des jarres. C'est encore meilleur que l'autre.

Il n'y a pas de personnages aussi forts comme ceux qu'on retrouve dans Millénium, mais pour le reste, Indridason n'a rien à envier au talent de Larsson. Je dirais même que La cité des jarres est plus efficace car plus ramassé (le roman ne fait que 325 pages).

Inutile de vous en dire plus. Je vous laisse le plaisir de découvrir cette fascinante intrigue.

Si vous avez le goût d'une petite virée saisissante (et un peu glauque) en Islande, La cité des jarres vous attend.

septembre 16, 2008

Millenium

J'ai terminé récemment la lecture du succès de l'heure Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson. C'est le premier tome de Millenium.

Il y a des longueurs, mais l'ambiance est très forte et les deux personnages principaux (Mikaël Blomkvist et Lisbeth Salander) sont solides et fort attachants.

Je comprends tout à fait l'engouement autour de cette série.

J'ai beaucoup aimé ma lecture.

août 25, 2008

L'homme ralenti

J'écris très peu en ce moment car je lis tout aussi peu. C'est comme ça depuis le début de l'été. Ça me fait du bien de décrocher un peu de ce rythme un peu fou que je m'étais imposé depuis plusieurs années. Ça me permet de retrouver une certaine innocence par rapport aux livres. Je prends même plaisir à en acheter de temps à autre.

Dernièrement, j'ai surtout lu des manuscrits. C'est un tout autre aspect de la lecture. Ça commence même à déformer ma façon de lire. À force de traquer les petits défauts, on finit par les voir et le crayon à mine n'est jamais loin pour les annoter.

J'aime ce produit intérieur brut. Encore plus lorsqu'on détecte le diamant sous toutes ces couches de mots en trop.

C'est ce qui est arrivé avec Enthéos. Je suis extrêmement fier du résultat. Julie a été une élève exemplaire et son roman est une réussite. J'espère qu'il récoltera tout le succès qu'il mérite. Je me dis que ça ne peut pas faire autrement.

Après cinq lectures, elle parvenait encore à m'émouvoir.

La vérité ne peut mentir.

juillet 30, 2008

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire

Voilà un livre surprenant.

Tout d'abord, on s'attend à lire une histoire abracadabrante et légère à la sauce indienne, voire même bollywoodienne. Le titre et le début nous le laisse croire du moins. En bon lecteur sceptique que je peux être parfois, j'ai mis du temps à succomber au charme de ce roman. D'abord, il y a la traduction qui semble boiteuse. Même si j'avais un certain plaisir à suivre les déboires extraordinaires de Ram, ça accrochait. Je ne parvenais pas à trouver mon rythme de croisière. En cours de route, j'ai fini par m'abandonner au destin de ce jeune homme de 18 ans qui finit par nous attendrir et nous émouvoir.

Vikas Swarup a trouvé un moyen ingénieux de parler de la pauvreté de son pays d'origine. C'est une belle leçon de courage et d'espoir qui ne tombe jamais dans la facilité.

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire n'est pas un livre comique. C'est un roman complet.

Merci mhv, c'est grâce à toi si je l'ai lu.
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Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, Vikas Swarup (10/18)

juillet 18, 2008

Replay

Pour cette lecture-ci, je le suis loin d'être dans le coup. Je devais être le seul au monde à ne pas avoir encore lu Replay de Ken Grimwood (le seul de ses 5 romans qui a été traduit en français). Voilà, c'est maintenant fait. On n'en fera pas toute une histoire!

Sérieusement, j'ai adoré. J'aime beaucoup lorsqu'un auteur s'amuse intelligemment avec la notion du temps en exploitant le côté réaliste et existentiel de la chose qui nous ramène nécessairement à notre condition d'être humain. Ici, Jeff meurt une première fois en 1988 à l'âge de 43 ans. Il se retrouve en 1963 à l'âge de 18 ans. Et le cycle recommence avec toute la conscience de sa vie d'avant. Et ainsi de suite.

L'idée est géniale, mais je craignais un peu l'essoufflement comme c'est souvent le cas dans ce genre de projet. En même temps, Replay n'aurait pas traversé le temps si tel avait été le cas. Je faisais confiance au romancier. J'ai eu raison. L'évolution de la situation du personnage principal est tellement intéressante qu'elle maintient le lecteur dans un état d'alerte qui frôle parfois le vertige. C'est un roman qui brille par son inventivité et sa profondeur.

Pour l'anecdote, pendant que je le lisais, il y a eu une double mortalité dans ma famille. À quelques jours d'intervalles, je me suis retrouvé dans le même salon funéraire entouré du même monde. Seul le mort dans la tombe avait changé. Sensation et sentiment des plus étranges.

Si vous êtes de ceux qui n'avez pas encore lu Replay, allez-y sans hésitation. C'est une lecture parfaite pour les vacances. Si vous avez lu et aimé, je vous conseille fortement Le Temps n'est rien d'Audrey Niffenegger et La Deuxième vie de Clara Onyx de Sinclair Dumontais.

juillet 14, 2008

La Consolante

Pu capable.
Abandon à la page 108. C'est confus comme ça ne se peut pas et ce n'est pas très bien écrit.
Selon moi, Anna Gavalda s'est complètement gourée.

juillet 13, 2008

Mauve le vierge

Mes dernières lectures m'avaient redonné envie de lire des auteurs que j'avais un peu délaissés avec les années. Christophe Honoré et Bernard Souviraa m'ont ramené à Hervé Guibert. En fouillant dans ma bibliothèque, je me suis alors rendu compte qu'il y avait plusieurs titres de lui que je n'avais pas encore lus, dont Mauve le vierge.

À travers ce recueil de nouvelles, j'ai retrouvé avec plaisir l'écriture bien particulière de cet auteur. Il m'a tout de même fallu une certaine réadaptation. Après une nouvelle ou deux, j'étais un être reconquis.

Mauve le vierge est loin d'être un titre majeur de Guibert, mais comme dans tous ses livres il y a un petit quelque chose qui séduit, dérange et frappe l'imaginaire.

Il faudrait bien que je profite de ce momentum pour finir de tout lire Hervé Guibert.

juin 26, 2008

Deux ans

Oui, ça fait deux ans jour pour jour que j'ai commencé ce blogue. Au cours de la dernière année, j'ai manqué de souffle et j'ai un peu craint de ne pas me rendre ici et maintenant. C'est fou comme ça suit une courbe imprévisible de tenir un carnet virtuel et pourtant si réel.

En fait, j'ai manqué de souffle au moment où je remettais beaucoup de choses en question dans ma vie, à commencer par le métier de libraire que j'exerçais. J'ai eu besoin de questionner mes choix, de redéfinir mon rapport aux livres, à la lecture. Au fil des dernières années, je me suis rendu compte que c'est un lien d'obligation que j'avais fini par développer avec les livres. Ça s'est fait lentement, sûrement et sournoisement. Il fallait revenir à la notion de plaisir. Depuis quelques semaines, pour mon plus grand bonheur, j'ai les deux mains plongés dedans.

Vous pensez bien que de m'imposer d'écrire un billet aux trois jours me pesait un peu à ce moment-là, surtout que ça me prenait au moins une heure chaque fois. Plutôt que d'arrêter de nourrir mon carnet, j'ai accepté ce passage à vide en prenant un autre rythme de croisière. Petit à petit et par la force des choses, mon blogue s'est redéfini.

Actuellement, il s'inscrit dans la pure tradition des blogues littéraires. Une lecture, un billet. Et je les rédige plus spontanément. Bientôt, j'ai l'intention de parler davantage de mon nouveau milieu de travail. Je me dis que ce serait bien que je partage avec vous les coulisses du monde de l'édition. Il me reste juste à trouver le bon angle.

Je sens que ça s'en vient...

juin 24, 2008

La douceur

Deuxième roman de Christophe Honoré que je lis presque coup sur coup, La douceur explore encore en partie le thème de la famille, mais sans l'aspect autofictionnel cette fois. L'histoire tourne autour d'un crime crapuleux commis par deux adolescents. L'auteur s'est intéressé à l'onde de choc que ça peut provoquer dans l'entourage immédiat.

C'est à la fois sensible et cru. La montée dramatique est assez intense. La scène du crime est quasi insupportable. Heureusement que ça se termine dans une certaine douceur.

Christophe Honoré ne me laisse pas indifférent. J'aime le côté brut et limite de son écriture. Elle me touche autant qu'elle me dérange. De lui, dans ma bibliothèque, me reste à lire L'infamille. On devine un peu le thème!

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La douceur, Christophe Honoré (Points)

juin 20, 2008

Personnages désespérés

Je changerais le titre de ce roman de Paula Fox pour Personnages exaspérants. Antipathiques à ce point dans une fiction, c'est assez rare. C'est ce que l'auteur voulait, ça c'est certain. Vous devinez que ça n'a pas mais vraiment pas fonctionné avec moi.

Je n'ai pas aimé Sophie et Otto, ce couple désagréable qui s'enfonce dans une certaine monotonie du quotidien révélée par la morsure d'un chat dont est victime la Sophie en question. À travers des scènes constamment interrompues par le manque d'écoute des uns par rapport aux autres, on découvre leur univers désespéré et désespérant.

Paula Fox nous livre une vision pessimiste du couple et des relations interpersonnelles. Elle réussit tellement bien que tout dans ce livre devient désagréable. À un moment donné, tellement l'irritation augmente, on souhaite le pire aux personnages pour finir par s'en désintéresser totalement.

Lecture éprouvante, donc. C'est certain que ça donne très peu envie de relire un Paula Fox, mais on m'a dit tellement de bien de Côte ouest qu'il faudra bien que je lui donne une autre chance.

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Personnages désespérés, Paula Fox (Folio)

juin 15, 2008

Le livre pour enfants

Ce roman de Christophe Honoré traînait dans ma pile de livres à lire depuis sa sortie en 2005. Jusque là, je ne l'avais pas sélectionné malgré l'envie que j'avais de découvrir cet autre auteur montant de la nouvelle génération d'écrivains français. À force d'entendre parler d'eux, on finit par être curieux.

Qu'est-ce qui m'a décidé à lire ce livre? Un concours de circonstance, mais surtout la lecture de Parades, publié également aux éditions de l'Olivier (une maison qui me comble de plus en plus). Mon instinct ne m'a pas du tout trompé. Dans son écriture, Honoré est sincère, sensible, brute et parfois drôle. Il y a une proche parenté chez ces deux auteurs qui puisent à même leur expérience personnelle pour mieux parler de la complexité des relations amoureuses, particulièrement chez les homosexuels. Leur discours va bien au-delà d'une littérature de genre. C'est une voix littéraire qui témoigne d'une réalité contemporaine de la même façon que peuvent le faire Annie Ernaux et Camille Laurens .

Ce qui m'a fait plaisir en lisant Christophe Honoré, c'est de me rendre compte que le travail d'Hervé Guibert lui survit alors que ses livres, très populaire à la fin des années 80, commencent malheureusement à tomber dans l'oubli. Lire Le livre pour enfants c'est se replonger un peu dans le monde de Guibert. Honoré fait lui-même un lien direct avec son roman Mes parents. D'ailleurs, la famille, même si l'auteur/narrateur tente de dire le contraire, est au coeur de ce roman.

Le livre pour enfants n'en est pas un. C'est un prétexte pour revenir à l'enfance.

juin 13, 2008

3 livres en 2 jours

Non, ce n'est pas le titre du nouveau film mettant en vedette Sandrine Bonnaire ni le résultat d'un quelconque régime minceur. C'est tout simplement le nombre de livres que j'ai terminé coup sur coup. Ça fait partie des avantages de lire plusieurs livres en même temps.

Pardonnez-moi de Amanda Eyre Ward (Buchet Chastel) : C'est l'une des nouveautés de la saison que je voulais absolument lire car j'avais beaucoup aimé À perte de vue découvert grâce au Prix des libraires. Celui-ci m'a, je dois l'avouer, laissé sur ma faim. L'auteure utilise la même structure narrative en nous présentant la narratrice à des époques différentes. Le présent de Nadine, journaliste téméraire, se mélange donc à son passé. La maîtrise n'est pas parfaite. On s'y perd parfois et ça manque surtout d'intensité et possiblement de profondeur malgré un sujet aussi fort que l'Apartheid. Efficace et un peu convenu.

Exilés au nom du roi : Les fils de famille et les faux-sauniers en Nouvelle-France 1723-1749 de Josianne Paul (Septentrion) : on découvre dans ce livre très accessible comment on utilisait les lettres de cachet et comment on protégeait les familles et la population en exilant les petits délinquants et les faux-sauniers en Nouvelle-France. Si actuellement nous devons faire face à une forte contrebande de cigarettes à cause de leur prix trop élevées, au XVIIIe siècle en France, on faisait la contrebande de sel! Ce sont eux qu'on appelait les faux-sauniers, acteurs tout de même importants de notre histoire. J'ai eu beaucoup de plaisir à lire cette fort intéressante première publication de Josianne Paul. Avec le talent qu'elle a, ce ne sera certainement pas la dernière.

Nuits d'épouvante sous la direction de Marie-Andrée Clermont (Vents d'ouest ado) : je passerai vite ce collectif au titre trompeur. Je ne vois pas comment des ados pourraient s'épouvanter en lisant ces histoires de genre un peu convenues.

juin 07, 2008

Parades

Ça doit faire des années que je n’ai pas été soufflé par une lecture à ce point. J’ai eu un rapport de parfaite symbiose avec lui et, même après deux jours, l'intensité demeure et elle n'est pas prête de se résorber. Je l’ai lu à point nommé dans ma vie, ça ne pourrait être plus clair.

Avec Parades, Bernard Souviraa m’a forcé à revenir vingt ans en arrière pour mieux me reconnecter à mon présent, à mon essence. Ce n’est pas rien comme effet. Je me suis reconnu dans les questionnements existentiels de Sébastien, le personnage principal. Je me suis reconnu dans son rapport à l’autre, dans se quête de retrouver cet autre. Je me suis également reconnu dans son univers. Jusque ses rêves d’il y a vingt ans ressemblaient aux miens. C'est simple, l'ambiance générale créée par l'auteur est un peu celle qui régente ma vie.

C’est certain que de plonger dans un univers parallèle au nôtre fait remuer beaucoup de choses et suscite des réactions émotives intenses. Au-delà de tout ça, cette lecture m’a beaucoup rassuré et sera, j’en suis certain, un vecteur pour aller de l’avant. Ce serait trop bête de dire qu’il m’a fait comprendre des choses; chaque jour qui passe nous en fait comprendre. Non, c’est plus fort que ça. Je dirais plutôt que Bernard Souviraa a réussi à toucher aux aspects fondamentaux de ma personnalité. Et ça s’inscrit dans un moment clé de mon existence. Ce roman n’est pas le seul responsable de cette situation. Il y participe.

C'est puissant tout de même l'écriture, la littérature plus précisément.

C’est certain que je voudrais que tout le monde lise ce livre, mais je sais très bien qu’il y a peu de chance qu’il ait le même effet sur vous. Mais sait-on jamais!

Je termine ce billet en m’adressant à Denis G. : merci infiniment de m’avoir permis de faire cette rencontre. Tu ne peux pas savoir à quel point elle est importante pour moi. Sincèrement. Éric x

mai 31, 2008

La machine à orgueil

Si ça n'avait pas été d'une amie, je ne pense pas que j'aurais lu ce livre. Avant de m'y plonger, je ne me sentais pas beaucoup d'affinité avec l'univers de Michel Vézina. Après avoir lu La machine à orgueil, je sais maintenant que je ne me trompais pas.

N'allez pas croire que je n'ai pas apprécié ma lecture car il y a de très bonne séquences dans ce roman. On les retrouve surtout au début et à la fin. Au début, Djipi se réfugie dans le bois pour en finir avec la vie. Il ne supporte pas le suicide de Mado. À la fin, on assiste à une certaine rédemption par rapport à la vie.

Entre les deux, ce n'est pas toujours convainquant. Djipi relate sans cesse (et trop) les épisodes de son passé underground et c'est parfois forcé par rapport à l'action principale. Dit plus simplement: ça n'apporte pas toujours quelque chose au roman. On n'est plus avec Djipi et L'Allumé. C'est Michel Vézina qu'on entend nous relater ses frasques de jeunesse. C'est dommage.

J'aurais aimé aller plus au fond des choses avec Djipi comme me l'avait laissé croire le début. À la place, j'ai fait le tour de l'Europe des années 80 avec un punk pour guide. Du moins, c'est l'impression qui me reste de ce livre.

mai 26, 2008

John Burnside

Ça fait un p'tit moment que je voulais vous parler de cet auteur Écossais encore méconnu du côté francophone. J'ai lu ses trois romans traduits, tous parus chez Métailié dans la collection Bibliothèque écossaise. Pour moi, maintenant, depuis que j'ai lu le premier à paraître en français, savoir qu'un nouveau John Burnside s'en vient est source de joie et d'impatience tellement j'ai envie de me plonger dans son univers pourtant (oh, surprise!) pas jojo.

Cet affect littéraire a commencé par hasard avec La maison muette. C'est une attachée de presse qui l'avait envoyé pour qu'on le couvre à l'émission. Personne n'en a voulu sauf moi. J'ai bien fait de tenter l'expérience car ce titre est l'un des meilleurs romans que j'ai pu lire depuis cinq ans. Quand je parle d'expérience, je pèse mes mots.

Avant de vous raconter l'histoire, il faut dire que John Burnside, écrit ce que l'on pourrait appeler du roman social. Ses trois titres se passent tous dans de petits bleds d'Écosse. Il décrit très bien la réalité des gens vivant dans ce genre de coins isolés où la promiscuité n'est pas toujours un gage de bonne entente. S'ajoute à cet aspect, un fort penchant pour la psychologie. La plupart de ses personnages principaux sont un peu décalés et ont un comportement étrange. On ne sait pas toujours comment les percevoir. Il y a toujours quelque chose de déroutant et de troublant dans les histoires de cet auteur très habile et pour le moins talentueux.

Par exemple, dans La maison muette, le personnage principal est un espèce de reclus asocial. Il finit tout de même par se rapprocher d'une femme. De leur liaison naîtront des jumeaux. Il s'en servira pour faire des expériences. Je ne vous dis pas lesquelles. Disons seulement que c'est assez marquant.

Dans le second, Une vie nulle part, le personnage central trouve difficilement sa place. Qu'ils soient familiaux ou sociaux, il est toujours aux prises avec des conflits. Ce qui peut sembler banal ne l'est pas sous la plume de Burnside grâce à la force et à la précision que l'on retrouve dans son écriture.

Il y a aussi tout ça dans son dernier que je viens de terminer. En lisant Les empreintes du diable, on a le sentiment que les trois romans sont liés. Sensation d'être dans le même petit coin perdu d'Écosse, de renouer avec les mêmes personnages un peu fêlés, de découvrir ce monde sous un autre angle. Et c'est un peu vrai. Ce troisième titre serait le croisement du premier et du second. L'auteur nous emmène en cavale. La route est sinueuse, surprenante. On referme le livre sous le coup de l'émotion et je me dis que je devrai attendre je ne sais trop combien de temps avant d'en relire un autre.

mai 18, 2008

Entre mes mains

Décidément, j'ai la main chanceuse en ce moment. Tout ce que je lis se transforme en plaisir de lecture. J'avoue qu'avoir du plaisir à lire des livres dans lesquels la douleur est triomphante, on pourrait me traiter de masochiste et ce serait tout à fait juste. Mais j'assume entièrement ma déviance.

Si le ton d'Entre mes mains est à l'occasion plus léger que celui qu'on retrouve dans Philippe, le sujet est tout aussi grave. Il est même à l'opposé. Le roman tourne autour du thème de la maternité non assumée, non désirée. Une vraie mère indigne.

Avant d'en arriver là, on suit l'évolution de chacune des phases de la relation que la narratrice entretien avec Sylvain. L'auteur utilise un ton détaché, hyper réaliste et pimenté de dérision, ce qui n'est pas désagréable du tout. N'allez pas croire pour autant qu'on vous convie à une partie de plaisir. Entre mes mains est tout de même un roman dur.

Anne-Constance Vigier, qui en est seulement à son deuxième roman, fait preuve d'une belle maîtrise d'écriture et démontre un indéniable talent. Cette rencontre réussie ne me donne donc pas le choix de suivre le parcours de cet auteur.

Entre mes mains, Anne-Constance Vigier, Joelle Losfeld, 102 p., 2007.

mai 17, 2008

Philippe

Vous vous souvenez de la polémique autour du roman de Marie Darrieussecq Tom est mort? Philippe en est la cause.

Philippe, c'est le récit écrit par Camille Laurens suite à la mort prématurée de son fils qui n'aura vécu que deux heures dix minutes. Ça remonte à 1994. À la sortie de Tom est mort, elle a accusé Marie Darrieussecq de plagiat. En fait, on s'était rendu compte qu'il s'agissait plutôt d'une accusation de vol d'idées. C'était complètement aberrant. J'avais trouvé que Camille Laurens venait de faire un faux pas et je le pense toujours. Après avoir lu Philippe, force est de constater que le deuil de l'auteur n'est pas complété.

Toute cette histoire n'enlève absolument rien à la force de ce récit poignant et tellement meilleur que Tom est mort. Également supérieur à À ce soir de Laure Adler que j'avais beaucoup aimé à l'époque.

D'entrée de jeu, on est submergé par l'émotion et saisi par une tension. Il y a une force de frappe dans les mots et les images qu'utilise Camille Laurens que ça dépasse le simple récit détaillé d'un événement marquant. Non seulement on vit ce drame de l'intérieur, on est pris à témoin d'une mort qui n'aurait pas dû arriver.

C'est assez intense merci!

Philippe, Camille Laurens, Folio, 83 pages, 2008.

mai 15, 2008

Les années

Il y a de ces livres dont on ne voit pas du tout venir les effets.

Quand j'ai commencé la lecture du dernier Annie Ernaux, j'étais loin d'être convaincu de son entreprise. Je trouvais ça trop descriptif et répétitif. Elle défilait les années de son parcours de vie à une vitesse grand V sans prendre le temps d'installer une ambiance intimiste.

Par contre, je trouvais vraiment intéressant le fait qu'elle ne racontait pas sa vie en utilisant l'autofiction comme elle a toujours eu l'habitude de faire dans ses livres. Alors que le je aurait été de mise, elle nous sert un elle sous lequel se cache un nous collectif que Pauline Marois ne renierait pas.

Et là, mine de rien, ça part. On voit alors défiler les années 40, 50, 60, 70 et ainsi de suite jusqu'à maintenant. Annie Ernaux nous met sous le nez les grands et les petits événements sociaux des 70 dernières années. Elle reste discrète sur sa vie privée. Le ton qu'elle utilise est indescriptible. C'est en fait le regard d'un être humain sur la vie qui passe. Et c'est là que tout prend son sens à mesure qu'on avance dans le temps. Quand on traverse notre espace/temps, bonjour l'émotion!

Annie Ernaux nous livre un magistral exercice littéraire qui redéfinie le genre biographique. Les années, c'est l'oeuvre d'une vie dans tous les sens du terme.

mai 07, 2008

L'Arbre du voyageur

Je ne sais pas ce qui se passe, mais toutes mes lectures m'enchantent actuellement. Le dernier en lice: L'Arbre du voyageur d'Hitonari Tsuji. À ce propos, vous avais-je déjà vendu les mérites de cet auteur japonais? Ce titre est un bon prétexte pour le faire puisque c'est le meilleur que j'ai pu lire de lui (il faut quand même ajouter que j'avais beaucoup aimé les autres).

L'histoire est somme toute simple. À la mort de ses parents, Yûji, un jeune homme de 19 ans, part à la recherche de son frère aîné qu'il n'a pas revu depuis une dizaine d'année. Sa quête, qui se transforme rapidement en propre quête existentielle, l'amène à Tokyo où il fait la rencontre de personnes ayant eu un lien privilégié avec ce frère manquant.

Oui, une histoire simple, mais très forte. Le personnage de Yûji est attachant et on perçoit finement tout son désarroi et toute sa sensibilité. Il y a de l'âme dans ce roman. Il m'a rappelé, en moins étrange, l'univers de Haruki Murakami. L'Arbre du voyageur serait le parfait croisement entre Kafka sur le rivage et Le Passage de la nuit.

Hitonari Tsuji joue dans la cour des grands auteurs japonais. Outre celui-ci, je vous recommande Tokyo décibels (naïve), Objectif (10/18), En attendant le soleil (Belfond) et son recueil de nouvelles La Promesse du lendemain (Phébus).

Pendant ce temps, je lirai les rares titres en français qui me restent à lire de lui.

mai 02, 2008

On n'est pas là pour disparaître

Ça fait longtemps qu'une lecture ne m'a pas autant rejoint que ce roman d'Olivia Rosenthal On n'est pas là pour disparaître. Quand je tombe sur un livre comme celui-là, j'ai l'impression qu'il a été écrit expressément pour moi tellement il y a tout ce que j'aime dans la littérature. Et c'est pas tous les jours que ça arrive.

D'abord, le sujet qui sous tend toute la trame. Le style dépouillé et retenu de l'auteur. L'intelligence de l'écriture à la fois clinique et sensible.

Le sujet c'est la maladie d'Alzheimer, qui, par extension, devient celui de la disparition par l'oubli. On suit d'abord Monsieur T. qui en est atteint et qui a poignardé sa femme à coups de couteau. Il y a aussi le point de vue de la femme. Cette histoire est entrecoupée de réflexions profondes de l'auteur sur la maladie et sa propre vie qui, elles, sont entrecoupées de courtes observations biographiques de la vie du Docteur Alzheimer. C'est cette alternance de ces trois aspects qui donne toute la force au roman. La structure reproduit, d'une certaine façon, le processus mental de la maladie de A.

C'est totalement réussi. C'est un plaisir complet qui interpelle. J'aurais voulu noter l'entièreté du livre dans un carnet tellement chacune des phrases m'interpelait. Je ne l'ai pas fait. Ce sera préférable que je le relise un jour. Ça aussi c'est pas souvent que je puisse dire une chose pareille!

mars 29, 2008

Bonheurs d'occasion #4

À l’abri de rien, Olivier Adam (de l’Olivier) : dans ce dernier roman Olivier Adam s’intéresse à une femme qui s’investie corps et âme pour aider des réfugiés politiques. Même s’il n’a pas la puissance de Falaises, À l’abri de rien réussit tout de même à toucher et déranger le lecteur. L’effet semble encore plus fort chez le lectorat féminin. Olivier Adam est définitivement une figurante importante de la littérature française actuelle.

L’aventure amoureuse, Jean-François Vézina (L’Homme) : si j’avais un auteur préféré à choisir au rayon de la psychologie populaire, ce serait sans doute Jean-François Vézina. Il aborde la psychologie intelligemment en faisant confiance au lecteur. J’avoue qu’au début de ma lecture de celui-ci, j’ai eu peur car dans L’aventure amoureuse, il cartographie l’amour comme s’il s’agissait d’une contrée, d’une destination. Chaque parcelle de territoire représente l’une ou l’autre des phases amoureuses. Kétaine, direz-vous? Pas du tout. Ça tient la route et ça nous interpelle où que l’on soit dans cette lande amoureuse.

Ton kaki qui t’adore : lettres d’amour en temps de guerre, Denys Lessard (Septentrion) : dans cet irrésistible et charmant petit livre, c’est un amour naissant que l’on découvre. Celui de Janine et Gérard, les parents de l’auteur. C’est une infime partie des lettres qu’ils se sont échangées dans les années quarante qu’on y retrouve. J’ai d’autant plus d’affection pour ce livre car c’est le premier que j’ai travaillé avec les médias dans le cadre de mes nouvelles fonctions. La réception a été bonne et avec raison. À vous maintenant de le découvrir.


Beau rôle, Nicolas Fargues (P.O.L.) : À part que ça belle gueule ne laisse pas les filles de marbre, Nicolas Fargues semble très doué pour l’écriture. Beau rôle m’a complètement séduit. Son personnage d’Antoine (mi-trentaine, chiant, drôle, fragile et lucide) porte un regard aiguisé et parfois acerbe sur ce qu’il vit. On acquiesce autant à sa vision qu’on la déteste. D’ailleurs, c’est ce qui fait que c’est bon. Mais Beau rôle est plus que ça, c’est un tableau social que l’auteur brosse avec beaucoup talent. Dans la même lignée qu’Olivier Adam.

Au pays de mes histoires, Michael Morpurgo (Gallimard jeunesse) : Quel ravissement que ce livre! Je savais que j’aimais Morpurgo, mais là il vient de m’enchanter. Au pays de mes histoires mélange des histoires personnelles en alternance avec des histoires inventées. On comprend mieux son univers, ses inspirations, ses motivations et son importance. C’est aussi une extraordinaire leçon sur la lecture et l’écriture que tous les enseignants du primaire devraient prendre le temps de lire. C’est également une belle introduction à l’œuvre de Morpurgo si vous ne le connaissez pas.

février 24, 2008

Tout m'accuse

Ce matin, j'ai terminé la lecture du dernier roman de Véronqiue Marcotte Tout m'accuse.

Au début, je n'étais pas certain. On suit plusieurs personnages, les uns en Belgique, les autres à Montréal. Ce chevauchement de l'un à l'autre crée une certaine confusion. C'est voulu ainsi. Plus on avance, plus ça se rétrécit et se précise. On entre à l'intérieur de la vie de ces personnages. On découvre leurs failles et leur vulnérabilité. Ils sont vrais et touchants.

Véronique Marcotte, avec sa plume sensible (à un moment donné, j'ai eu peur qu'elle l'ait perdue), vient nous chercher et réussit à nous émouvoir. C'est là sa plus grande force.

J'ai beaucoup aimé. Selon moi, il fera partie des bons romans québécois de cette année.

Je n'ai pas envie de vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de le découvrir.

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Tout m'accuse, Véronique Marcotte (Québec-Amérique)

février 17, 2008

Les miscellanées littéraires de Monsieur S. #2

Voici encore quelques lectures en vrac:

Eden City : Bienvenue en enfer de N.M. Zimmermann (Milan) : deux ans après sa disparition, Saralyn refait surface à Eden City. Une aura de mystère plane autour de sa présence. Elle est contrainte à travailler pour une organisation. Elle devra se défendre, tuer des créatures et se méfier constamment de tout ce qui l’entoure. L’ambiance n’est pas sans rappeler l’excellent film de Luc Besson Nikita. On est dans un univers de paranoïa avec un soupçon très convainquant d’horreur. C’est excellent. Les ados vont adorer.

Une nuit rêvée pour aller en Chine de David Gilmour (Leméac/Actes sud) : un soir, alors que son fils dort, Roman ne peut résister à l’envie d’aller boire un verre tout près de chez lui. À son retour, son fils a disparu. Le roman tourne autour de cette disparition douloureuse. L’auteur, plutôt que de s’intéresser à l’aspect concret de ce drame, nous plonge dans la dérape psychologique du personnage principal. Si certaines scènes (trop peu nombreuses) sont bouleversantes, l’ensemble relève davantage de la curiosité. Loin d’être inintéressant.

Balade en train assis sur les genoux du dictateur de Stéphane Achille (vlb) : voir mon commentaire (et ceux des autres participantes) sur le site La recrue du mois!

Qu’est-ce qui m’empêche de guérir de Jeannine de La Fontaine (GGC) : lors de mon séjour de quelques années À Sherbrooke, j’ai eu la chance de côtoyer de près Jeannine de La Fontaine. Elle œuvre auprès de personnages atteintes de cancer en travaillant avec eux tout l’aspect émotionnel pour leur permettre de mieux comprendre ce qu’ils vivent. Mieux comprendre et mieux gérer ses émotions mène nécessairement à un mieux être. C’est ce dont ce livre parle et il nous éclaire sur ce que nous sommes réellement. Ce n’est pas de la pensée magique, c’est du gros bon sens qu’on oublie trop souvent.

Le froid modifie la trajectoire des poissons de Pierre Szalowski (HMH) : c’est l’idée du battement d’aile du papillon qui peut créer des cataclysmes à l’autre bout du monde que reprend à sa façon l’auteur qui est également scénariste. Son roman a pour cadre la crise de verglas qu’a connu le Québec en 1998. Plusieurs personnages ayant à la base peu de points en commun finiront par être solidaires les uns des autres. Si le début et la fin sont très solides, on ne peut pas en dire autant du deux tiers du roman. L’action retombe tout le temps et on ne croit pas toujours aux situations que vivent les personnages. Le scénariste aurait dû laisser plus de place au romancier.

février 06, 2008

Les miscellanées littéraires de Monsieur S. #1

Quelques lectures en vrac:

Dawson kid de Simon Girard (Boréal) : pour ne pas trop tourner le fer dans la plaie, je vous laisse le soin d ‘aller voir mon commentaire sur le site de La recrue du mois.

Cap-au-Renard de Louise Portal (Bibliothèque Québécoise) : j’ai toujours eu un faible pour cette artiste. Je la suis depuis les années 80 alors qu’elle chantait sa rébellion. Je la suis moins assidûment comme auteur, mais de temps en temps j’ai envie d’aller y faire un tour. Si Les mots de mon père m’avaient séduit, je ne peux pas en dire autant de Cap-au-Renard dont l’action se passe en Gaspésie (très bien évoquée) et qui tourne autour du suicide d’une adolescente. Ce n’est pas un mauvais roman pour autant, mais trop souvent Louise Portal pêche par accès de métaphores. Son écriture gagnerait en qualité si on lui faisait enlever l’excédent de ses effets de style.

Trois quartiers de Valérie Mréjen (J’ai lu) : ce recueil contient les trois courts romans que l’auteure avait fait paraître aux éditions Allia (Mon grand-père, Agrumes et Eau sauvage). Considérée comme faisant partie de la relève littéraire en France, j’étais curieux de la lire. Je n’ai pas du tout accroché à son écriture qui n’est constituée que d’énumérations. Si l’exercice, qui emprunte un peu à l’autofiction, s’avère sympathique au début, il finit par lasser assez rapidement rendant le tout franchement pénible.

Joséphine et moi de Hans Magnus Ensensberger (Gallimard) : je dois cet agréable moment de lecture à Denis G. qui me l’avait chaudement recommandé. Tout le livre est bâti autour de la relation incongrue d’une vieille femme au caractère prononcé et aux idées parfois surprenantes et le narrateur, un homme sérieux sans signe particulier. L’échange entre les deux est souvent savoureux, légèrement intellectuel et très porteur. Joséphine fait partie de ces personnages aussi attachants que détestables. Pas aussi bon que L'élégance mais si le cœur vous en dit, allez-y!

Le jugement de Léa de Laurence Tardieu (Points) : la vraie relève française se nomme Laurence Tardieu. Elle nous a tous jetés par terre avec Puisque rien ne dure. En attendant Rêve d’amour qui vient tout juste d’atterrir dans ma pile, je n’ai pu résister à ce Jugement de Léa qui relate les longues heures d’attente d’une mère accusé du meurtre de son fils avant la tombée du verdict. Une fois de plus, la souffrance d’une mère (d’un parent) est au cœur de son univers. Même si ce roman n’a pas la puissance du premier cité, il en a les qualités en ce sens qu’elle évite le pathos et les clichés et sa construction n’en est pas une linéaire. L’écriture est dépouillée et bien ciselée. Valeur sûre, je vous dis!

janvier 29, 2008

Prix des libraires du Québec 2008: les finalistes

Ça y est, une partie des jeux sont faits pour le Prix des libraires du Québec. Ne reste que 10 livres, 5 dans chacune des deux catégories.

La québécoise

Les carnets de Douglas, Christine Eddie (Alto)
Parfum de poussière, Rawi Hage (Alto)
Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde (Septentrion)
Tarquimpol, Serge Lamothe (Alto)
Léon, Coco et Mulligan, Christian Mistral (Boréal)

Évidemment, chez Septentrion on se réjouit de voir Un taxi la nuit figurer sur cette liste prestigieuse. Chez Alto, on doit littéralement exploser de tout ce qui peut ressembler à de la joie devant un tel résultat. Sans leur enlever le crédit, je ne sais pas si ces trois titres finalistes reflètent bien, toutes proportions gardées, l'apport de cette jeune maison d'édition sur l'ensemble de la scène littéraire de la dernière année. Qu'importe ce que je dis, Antoine Tanguay fait un excellent travail éditorial à la barre de sa maison d'édition et je me dois de le féliciter. Alto a la cote auprès des libraires et le choix des finalistes le souligne très bien. Il fut un temps, c'était Boréal qui ramassait presque tout. C'est la preuve que les temps changent. Cette année, il sauve la mise avec la présence méritée du dernier Mistral.

Compte tenu de ma position délicate, je m'abstiendrai de faire mes prédictions pour cette catégorie.

L'étrangère (Hors-Québec)

À l’abri de rien, Olivier Adam (de l’Olivier)
Le dernier frère, Nathacha Appanah (de l’Olivier)
Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel (Stock)
La cartographie des nuages, David Mitchell (de l’Olivier)
La voleuse de livres, Markus Zusak (Oh!)

Vite comme ça, ça m'apparaît être une belle sélection. Mais pour dire vrai, cette année elle m'interpelle beaucoup moins que sa petite soeur québécoise. Cela dit, je crois que Le rapport Brodeck part avec une longueur d'avance.

J'espère que tous les libraires du Québec auront la curiosité de plonger dans les livres qu'ils ne connaissent pas et qu'ils seront nombreux à voter pour leur Prix, geste que je ne peux désormais plus poser.

janvier 27, 2008

Histoires sans fin #3

Je ne sais pas si c’est parce que je me suis habitué à lire des manuscrits, si c’est parce que je change de travail ou si c’est parce que j’ai rarement des lectures coups de coeur depuis plusieurs semaines, mais j’abandonne facilement mes lectures en ce moment. Je ne perds donc pas de temps avec les livres qui ne me plaisent pas. Ceux qui me passent entre les mains ont intérêt à démarrer sur des chapeaux de roues, sinon ça s’appelle au suivant.

En voici cinq qui n’ont pas eu l’heur de me satisfaire et dont je ne connaîtrai jamais la fin.

Mille soleils splendides, Khaled Hosseini (Belfond) : une déception que ce livre par rapport à l’intensité et la profondeur que j’avais ressenties à la lecture des Cerfs-volants de Kaboul. Ici, plutôt que celui d’un homme, on suit le destin de deux femmes afghanes. Le ton est tellement simpliste et le contexte du début misérabiliste, j’ai été dans l’impossibilité de compatir à leurs sorts pourtant tristes. J’avais l’impression de lire une version d’Aurore l’enfant-martyr en Afghanistan. Après 150 pages, j’en avais assez. Je n’ai pas envie de le reprendre même si on m’a dit que l’intensité augmentait en cours de route.

Le crime parfait, Frank Cottrell Boyce (Gallimard jeunesse) : puisque j’avais bien aimé Millions, son précédant titre, il était tout naturel que je veuille lire celui-ci. Dès le départ, j’ai trouvé la narration trop descriptive (l’auteur passe son temps à faire des énumérations plutôt que de créer de l’action) et superficielle. Je n’ai pas eu envie de suivre la petite vie anecdotique de cette famille vivant dans un bled perdu.

Quelque chose à cacher, Dominique Barbébis (Gallimard) : depuis que j’ai vu le film Entre ses mains (avec l’incroyable Isabelle Carré) adapté d’un de ses romans (Les kangourous), je m’étais promis de lire le prochain Barbéris pour découvrir cette auteure. Promesse tenue qu’à moitié. On se retrouve dans un petit village qu’on découvre via le regard d’un de ses habitants (le narrateur). C’est glauque, intriguant, mais ça ne lève pas vraiment. L’ambiance qu’elle installe est très forte, mais je trouve qu’il manque un peu de chair à ce roman.

Catastrophes, Pierre Samson (Les Herbes Rouges) : ce titre est finaliste au Prix des collégiens cette année et il sommeillait dans ma pile depuis sa sortie à l’automne. La semaine dernière, je me décide à le lire en étant persuadé que j’allais aimer ce portrait sarcastique du milieu de l’édition. Pierre Samson utilise l’érudition pour s’en moquer. Je suis loin d’être certain que c’était le bon choix. Moi, il m’a perdu plutôt que de me faire rigoler. Dès les premières lignes, j’ai su que ce n’était pas pour moi. J’ai persévéré un peu mais rien à faire devant cette surenchère de vocabulaire trop recherché à mon goût.

Les merveilleuses aventures de Miles Mercredi : Le palais du rire, Jon Berkeley (Hachette jeunesse) : la couverture psychédélique donne envie. Le début est très prometteur avec son ambiance à la Charles Dickens mélangée à un univers de cirque. Tous les éléments semblent réunis pour nous faire vivre une belle aventure. Et pourtant, mon intrusion dans ce roman n’aura été que de courte durée. Trop de confusion et de détours inutiles pour si peu de magie.

janvier 04, 2008

Palmares 2007: littérature jeunesse

Pour parfaire l'éducation de Jules, pour votre plaisir ou par simple curiosité, voici donc mon palmares de littérature pour la jeunesse de l'année qui vient de s'écouler.

1. Le combat d'hiver de Jean-Claude Mourlevat (Gallimard jeunesse)
2. Le choix d'aimer de Malorie Blackman (Milan macadam)
3. L'affaire Jennifer Jones/Judy portée disparue de Anne Cassidy (Milan macadam)
4. La fille du Docteur Baudoin de Marie-Aude Murail (École des loisirs/Médium)
5. Le royaume de Kensuké de Michael Morpurgo (Folio junior)
6. La mandragore de Jacques Lazure (soulières)
7. Le soleil de Carla de Camille Pouzol (Hachette/Planète filles)
8. Molly Moon tome 1 et 2 de Georgia Byng (Livre de poche jeunesse)
9. Le souffle de la hyène de Pierre Bottero (Rageot)
10. La saga du grand corbeau de Sharon Stewart (Boréal inter)

décembre 23, 2007

Palmares 2007: lectures

L'année qui s'achève ne m'a pas énormément fourni de moments de grâce littéraires, mais j'ai tout de même réussi à établir un très bon palmares de lecture.

Les voici en ordre d'importance:

1. Kafka sur le rivage, Haruki Murakami (10/18)
2. Un petit bruit sec, Myriam Beaudoin (Triptyque)
3. Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible, Constance de Salm (Phébus)
4. Réveillez-vous, Monsieur!, Jonathan Ames (Joelle Losfeld)
5. Winkie, Cliffrod Chase (10/18)
6. Chute, Geneviève Robitaille (J'ai vu)
7. Une épouse presque parfaite, Laurie Colwin (Livre de poche)
8. C'est quand le bonheur, Martine Delvaux (Héliotrope)
9. La voix, Arnaldur Indridason (Métailié)
10. Mercredi soir au bout du monde, Hélène Rioux (XYZ)

Et le vôtre, il ressemblerait à quoi?

décembre 16, 2007

Bonheurs d'occasion #3

La voix d’Arnaldur Indridason (Métailié) : Je lis très peu de romans policiers mais il semble que je sache bien les choisir. Le fait que La voix se passe en Islande a pesé dans la balance. Le roman débute avec la découverte d’un cadavre dans une chambre d’hôtel. La victime est habillée en Père Noël. L’enquête nous fait découvrir le passé de cet homme solitaire et mystérieux et aussi les tourments de l’enquêteur. On ne doit pas lire ce livre seulement pour l’intrigue. Il faut le lire pour les personnages qui sont loin d’être unidimensionnels, pour la profondeur psychologique qui s’en dégage, pour l’humour sympathique d’Indridason et pour la forte atmosphère qui enrobe tout ça.

Dans le scriptorium de Paul Auster (Leméac/Actes sud) : Cette dernière plaquette de l’auteur n’est certes pas le meilleur livre qu’il ait écrit. La plupart des amateurs de Paul Auster s’entendraient pour l’affirmer. Toutefois, Dans le scriptorium ne laisse pas le lecteur indifférent. L’histoire de cet homme qui se retrouve dans une pièce fermée sans trop savoir ce qu’il fait réellement là, bien qu’elle soit floue, m’a interpellé. J’y ai vu une forte allégorie sur le vieillissement et toutes les pertes s’y rattachant. Pour les fans de l’auteur.

Le souffle de la hyène de Pierre Bottero (Rageot) : Celui à qui l’on doit la série à succès La quête d’Ewilan frappe peut-être plus fort (en ce qui me concerne du moins) avec ce premier tome d’une nouvelle trilogie intitulée L’autre. L’autre, une créature qui sommeillait dans les profondeurs de la terre depuis des siècles, est libérée accidentellement par des archéologues. Nathan et Shaé, deux jeunes adolescents ayant des dons particuliers, sont investis de la périlleuse mission de capturer cette créature menaçante. L’intrigue, qui flirte avec l’horreur, est vraiment captivante, très rythmée et juste assez complexe pour nous surprendre et maintenir notre attention jusqu’au bout. Un grand bonheur d’occasion.


La femme du Vième de Douglas Kennedy (Belfond) : Réglons une chose tout de suite : oui la fin est décevante. On m’avait prévenu, j’ai voulu ne pas le croire, mais on avait raison. Ne pas lire ce roman serait tout de même une erreur. J’ai eu un plaisir fou à suivre les déboires de cet américain qui débarque à Paris pour fuir son pays et qui se retrouve dans les bas-fonds parisiens. Ça paraît que Douglas Kennedy connaît bien cette ville. Il en fait ressortir tout le côté sordide dans un style qui rappelle les romans noirs. En même temps, il nous fait sourire par son côté loufoque. Un heureux mélange des genres qui séduit le lecteur. C’est juste dommage que la fin un peu surnaturelle vienne un peu gâcher le tout. Une première incursion dans l’œuvre de Kennedy vivifiante et certainement pas la dernière.

Journal d’un étudiant japonais à Paris de Christophe Léon (Serpent à plumes) : Quel étrange objet littéraire que ce roman français qui puise à même les principaux courants littéraires japonais. En principe, ce journal est celui de Tarô, cet étudiant japonais étudiant à Paris. En fait, ce n’est pas vraiment un journal. C’est une sorte d’ébauche de roman dans lequel plusieurs personnages interviennent à travers les écrits de ce Tarô en question qui aurait peut-être découpé en rondelles quelques filles de passage! Réalité ou fiction? Peu importe. Christophe Léon nous convie à pénétrer dans un univers bien particulier en jouant habilement avec l’invraisemblance. Pas mal du tout. Une belle curiosité pour ceux qui aime le dépaysement littéraire.

décembre 05, 2007

La tournée d'automne #3

Voici cette troisième tournée d'automne plutôt hivernale et toujours aussi féminine.

Les secrets du manoir de Martine Latulippe (Québec-Amérique jeunesse/Titan) : Martine Latulippe fait partie des belles rencontres que j‘ai faites cet automne à l’émission Encrage. Suite à cette rencontre, j’avais envie de vous parler brièvement de son dernier roman jeunesse. Pas parce qu’il est extraordinaire. Non. Plutôt parce qu’il y a justesse dans le ton, dans l’écriture et dans l’histoire pourtant simple qui se déroule dans un manoir un peu mystérieux le temps d’un été. Amour et inquiétude préoccupent la jeune Rosalie. Martine Latulippe ne tombe jamais dans la mièvrerie sentimentale ni dans les excès de style. Ça donne un roman charmant qui, je l’espère, saura plaire aux jeunes lecteurs.

Les carnets de Douglas de Christine Eddie (Alto) : voir mon commentaire sur le site La recrue du mois :-)

Le dernier frère de Natacha Appanah (de l’olivier) : Elle-même originaire de cette île, l’auteure s’est inspirée d’un fait historique s’étant produit à l’île Maurice durant la seconde guerre mondiale pour écrire ce roman prenant. À l’époque, un camp de réfugiés juifs, qu’on amenait par bateaux, avait été créé. Raj, un jeune garçon de dix ans, après avoir perdu ses deux frères, se lie d’amitié avec David, un jeune de son âge prisonnier de ce camp. Raj, à la vie à la mort, portera sur ses épaules le sort de ce frère-ami. Émotions garanties.


De grâce et de vérité de Jennifer Johnston (Belfond) : J’ai découvert cette auteure irlandaise par hasard. J’avais été attiré par la couverture mélancolique de Petite musique des adieux. Mon flair m’avait donné raison. Je suis tombé sous le charme de Jennifer Johnston. Avec De grâce et de vérité, peut-être avec moins de force, elle réussit encore à m’interpeller. Ici, on suit le drame intime de Sally, une actrice de renom qui se fait larguer par son mari alors qu’elle s’y attend le moins. Remonte à la surface une enfance trouble qui l’empêche de s’épanouir réellement. Ça sent le mélodrame, mais ce n’en est pas. C’est plus subtil car il y a le ton Jennifer Johnston qui fait toute la différence. Pour l’ambiance et la profondeur.

De ses mains de Rebecca Harding Davis (Phébus) : Les rééditions d’oeuvres tombées dans l’oubli que réédite Phébus régulièrement m’attirent toujours. Après Vingt-quatre heures d’une femme sensible qui m’avait réjoui, j’espérais que le petit miracle se reproduise avec De ses mains, roman social que l’on considère comme étant un des textes fondateurs de la littérature américaine. Fondateur, je veux bien mais, à part sa valeur historique, cette histoire de mineurs vivant dans des conditions de vie exécrables et qui rêvent d’une vie meilleure est loin de m’avoir passionné ou remué.

novembre 29, 2007

Prix des libraires du Québec 2008 - L'analyse

Je dois commencer par vous avouer que ça m’a fait tout drôle de prendre connaissance de la liste préliminaire puisque pour la première fois en cinq ans, je ne fais pas partie du comité. Évidemment, je ne la regarde pas du même œil que la plupart d’entre vous. En plus, je sais que ce n'a pas du être une liste facile à établir compte tenu du fait qu’aucun titre ne s’est réellement démarqué en 2007 alors que l’an dernier ce fut tout le contraire.

Cela étant dit (comme dirait Pinard), ça donne un résultat surprenant et un peu déroutant qui ne fera pas l’unanimité.

Moi, je la trouve intéressante cette liste si on prend le temps de l’analyser. Elle a quelque chose d’atypique.

Du côté québécois, une bonne majorité des titres est le fruit du travail de nouveaux auteurs. On remarque aussi la forte présence de jeunes maisons d’éditions (ou de collections) sur la liste préliminaire. Alto (avec trois titres) Marchand de feuilles (2), HMH revampé (2) et Septentrion avec sa nouvelle collection hamac (1) comptent pas moins de 8 titres sur 12!!!!!!!! Boréal (2), Leméac et XYZ se partagent le reste.

Si on sait lire entre les lignes, c’est un message significatif que le comité envoie inconsciemment aux maisons d’éditions québécoises bien ancrées dans le milieu littéraire depuis de nombreuses années. Le message envoyé est peut-être le suivant : on veut lire autre chose que ce qu’on a l’habitude de nous donner. Ça signifie aussi que notre littérature est en pleine mutation. Ce changement est perceptible depuis quelques années et il nous saute aux yeux maintenant. Certains éditeurs, s’ils savent faire preuve d’humilité, n’auront pas le choix de s’ajuster.

Pour revenir à cette fameuse liste, je suis tout de même perplexe devant tous ces titres que je n’ai pas lus malgré le fait que je lise beaucoup. Catégorie romans québécois, je ne peux me vanter que d’en avoir lu trois : Le reste du temps, Un taxi la nuit et Les carnets de Douglas. Je prévois en lire peut-être cinq autres : Parfum de poussière, Espèces en voie de disparition, Chroniques du lézard, Le froid modifie la trajectoire des poissons et Clark et les autres. Ça en ferait au moins 9/12.

Pas grand-chose à dire des romans hors Québec sinon que je me réjouis de voir que La voix en fasse partie ainsi que Le dernier frère. Pour les autres, je ne peux absolument rien dire puisque je ne les ai pas lus. Deux d’entre eux (Le nid du serpent, À l’abri de rien) n’attendent que je les ouvre depuis trop longtemps. Les autres ne me disent rien pour l’instant. J’attendrai de connaître les cinq finalistes pour me décider.

Ne me reste qu’à souhaiter un bon marathon de lecture aux membres du comité qui devront se taper toute la sélection en un mois et demi pendant que je pourrai lire ce que bon me semble à mon propre rythme :-)

novembre 26, 2007

Prix des libraires du Québec 2008 - la liste préliminaire

Je devais vous livrer une troisième tournée d’automne, mais le dévoilement de la liste préliminaire 2008 du Prix des libraires du Québec aujourd’hui même vient bousculer mes plans. Pour le moment, je vous laisse le soin d’émettre vos commentaires sans vous dévoiler les miens. Je décortiquerai cette liste dans mon prochain billet.

Sans plus tarder, la voici donc.

Romans québécois

Clark et les autres, Stéphane Bertrand (Hurtubise HMH)
Le reste du temps, Esther Croft (XYZ éditeur)
Les carnets de Douglas, Christine Eddie (Alto)
Parfum de poussière, Rawi Hage (Alto)
Espèces en voie de disparition, Robert Lalonde (Boréal)
Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde (Septentrion)
Tarquimpol, Serge Lamothe (Alto)
Léon, Coco et Mulligan, Christian Mistral (Boréal)
Chroniques du lézard, Maya Ombasic (Marchand de feuilles)
Le jardin sablier, Michèle Plomer (Marchand de feuilles)
Treize contes rassurants, Marc Provencher (Leméac)
Le froid modifie la trajectoire des poissons, Pierre Szalowski (Hurtubise HMH)

Romans hors Québec

À l’abri de rien, Olivier Adam (de l’Olivier)
Le dernier frère, Nathacha Appanah (de l’Olivier)
Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel (Stock)
Le nid du serpent, Pedro Juan Gutiérrez (Albin Michel)
La voix, Arnaldur Indridason (Métailié)
Alabama song, Gilles Leroy (Mercure de France)
La cartographie des nuages, David Mitchell (de l’Olivier)
Ursua, William Ospina (Jean-Claude Lattès)
La physique des catastrophes, Marisha Pessl (Gallimard)
Shantaram, Gregory David Roberts (Flammarion)
Songes de Mevlido, Antoine Volodine (Seuil)
La voleuse de livres, Markus Zusak (Oh!)

novembre 13, 2007

La tournée d'automne #2

Voici cette deuxième tournée toute féminine. De bonnes lectures dans l’ensemble mais toujours pas de sensation extrême à l’horizon.

L’année de la pensée magique de Joan Didion (Grasset) : Alors que, comme à l’habitude depuis de nombreuses années, elle soupe tranquillement avec son mari, ce dernier a une attaque cardiaque. Malgré les secours, il meurt. Pour elle, c’est comme si la vie s’arrêtait. Pendant un an, elle scrute presqu’à la loupe tout ce qui entoure la mort de son mari. Pendant un an, elle aurait voulu rattraper le temps afin que tout redevienne comme avant (d’où le titre). Un habile exercice de deuil littéraire qui ne tombe jamais dans le pathos et qui réussit néanmoins à rejoindre profondément le lecteur.

À ciel ouvert de Nelly Arcan (Seuil) : J’aurais tellement aimé pouvoir défendre ce troisième roman de cette romancière controversée qu’on ne cesse de juger par l’image négative qu’elle impose maladroitement. J’avais été subjugué par le talent et le souffle littéraire qu’on retrouvait dans Putain et Folle. De ce souffle, il ne reste à peu près plus rien dans À ciel ouvert. Voilà une grande déception pour l’amateur que je suis. Nelly Arcan nous sert gauchement du réchauffé en abordant le thème qui l’obsède, celui de l’image de la femme à travers le regard des hommes, le sexe et la chirurgie esthétique. Elle troque le je pour le il et, à mon avis, c’est là que tout tombe à plat. Ce il détaché, non intériorisé, qui traque le parcours de Rose et Julie, devient vite détestable pour le lecteur qui n’a pas envie de suivre ces deux gourdes superficielles qui se battent pour le même homme aussi peu charmant qu’elles. Nelly Arcan ne semble avoir aucune empathie pour ces deux personnages, aussi détestables puissent-elles être. Nous non plus. Souhaitons qu’elle passe à autre chose pour le quatrième acte.

La sœur de Judith de Lise Tremblay (Boréal) : Depuis La héronnière (le meilleur livre de l’auteure à ce jour), l’écriture de Lise Tremblay est devenue plus concrète, plus sentie et le lecteur ne peut que s’en réjouir. On la retrouve cette écriture dans La sœur de Judith, mais encore plus dépouillée, ce qui sert très bien la narratrice de douze ans. Douze ans, la fin d’une certaine innocence sociale (et personnelle par le fait même). Avec toute la vulnérabilité qui va avec, Lise Tremblay illustre très bien ce passage à travers le regard de cette jeune fille de Chicoutimi qui rêve d’un ailleurs meilleur qu’elle projette dans la sœur de Judith. C’est tout le Québec des années soixante qui est évoqué sous la plume de la romancière. C’est l’aspect le plus réussi de ce roman et c’est pour cette raison qu’il faut le lire.

Le retour à l’île aux cerises de Louise Turcot (Boréal inter) : j’ai un faible pour cette série jeunesse qui a du mal à trouver son public. De livre en livre, Louise Turcot nous montre l’évolution de Lulu, une jeune fille vivant seule avec sa mère à la fin des années cinquante. À l’instar de Lise Tremblay pour les années soixante, Louise Turcot réussit très bien à évoquer ces années d’après-guerre aux abords de Montréal. C’est encore plus vrai dans ce troisième volet alors que le cœur de Lulu (qui a maintenant douze ans) balance entre Gary et Luc. Elle découvre également le spectre de la seconde guerre mondiale et certains tourments de la vie. L’écriture de Louise Turcot est à son image : simple, fluide, chaleureuse et douce. Si vous l’aimez, vous aimerez les allées et venues de la petite Lulu à l’Île aux cerises. Le vrai public de cette série est définitivement celui de la comédienne.

Un effondrement de Ghislaine Dunant (Grasset) : L’exercice de Ghislaine Dunant peut s’apparenter à celui de Joan Didion. Plutôt que d’en être un de deuil, l’auteure a ressenti le besoin de revenir sur la dépression qu’elle a vécu il y a une trentaine d’années. Elle s’attarde principalement à cette période de « gel » où l’esprit de la personne dépressive est complètement détaché du corps qui l’abrite. Le début en fait, qu’elle nomme très justement l’effondrement. C’est surtout l’aspect médical et clinique de la chose qui ressort ici. Quiconque a côtoyé la dépression de près ne peut être insensible à ce livre. Pour avoir accompagnée quelqu’un pendant plus de deux ans, je n’ai pu rester insensible à plusieurs phrases tellement elles avaient une résonnance par rapport à ce que j’avais pu voir ou ressentir. Par contre, je ne peux pas dire que le récit de Ghislaine Dunant m’a complètement satisfait. Il n’est peut-être pas suffisamment porté par l’écriture ou l’émotion.

octobre 20, 2007

La tournée d'automne #1

Certains lecteurs étaient impatients d’avoir mon avis sur la rentrée automnale. Voici une première livraison de mes impressions.

La mandragore de Jacques Lazure (soulières) : Exploitant le mythe de la mandragore sous toutes ses coutures, Jacques Lazure signe un roman pour adolescent enlevant qui tient la route du début à la fin. Sylvain Ravine n’est pas au bout de ses peines car on ne se lie pas avec cette racine maléfique sans coup férir aussi gentille puisse-t-elle se montrer… C’est gothique, c’est intelligent, c’est bon et on a envie de le faire découvrir à tous les adolescents.

C’est quand le bonheur? de Martine Delvaux (Héliotrope) : Une énième histoire d’amour que ce roman? Que non! Une belle et vibrante histoire d’amitié amoureuse. Il n’y a rien dans ce roman et en même temps, il y a tout. À pas feutrés, Martine Delvaux nous laisse pénétrer dans l’intimité de cette amitié entre un homme et une femme. Un roman intimiste porté par une écriture concise, simple et totalement dépouillée de tout artifice. Elle s’immisce en nous à notre insu pour finir par nous habiter complètement. Et la fin est très émouvante. Une heureuse surprise, une heureuse rencontre. L’un des meilleurs romans lus cette année.

Tom est mort de Marie Darrieussecq (P.O.L.) : Au-delà du scandale provoqué inutilement par une Camille Laurens complètement à côté de la plaque, Tom est mort, qui traite de la perte d’un enfant, est avant tout un bon roman qui me réconcilie avec l’auteur de l’étonnant Truismes. Moins organiquement flou que les derniers que j’avais lus d’elle et plus senti, Darrieussecq emprunte ici une voie intéressante. L’histoire aurait gagné en force si elle ne s’étirait pas sur trop de pages. L’exercice de deuil auquel nous convie cette femme dix ans après les événements finit par créer un sentiment de répétition au deux tiers du roman. L’exercice est toutefois réussi. Si vous avez envie de vous plonger dans ces eaux troubles, allez-y.

Un monde de papier de François Désalliers (Triptyque) : j’aurais aimé encenser ce dernier roman de François Désalliers que j’avais découvert avec L’Homme-Café. Le charme s’était poursuivi avec Un été en banlieue et voilà qu’il se rompt (temporairement j’espère) avec Un monde de papier. Tout le roman, ou presque, se déroule à l’intérieur des pages d’un magazine féminin alors que le personnage d’Henri y est propulsé bien malgré lui. Avec lui, on navigue de page en page et on découvre tout un monde statique, superficiel, désincarné et drôlement géré. Le cadre est parfait. On a vraiment l’impression d’être dans un magazine. Ce n’est pas mauvais du tout, mais je n’ai pas adhéré à sa prémisse de départ et ça m’a poursuivi jusqu’au bout de l’aventure. Déçu d’être déçu.

D’ailleurs de Gilles Jobidon (vlb éditeur) : il a fait son entrée en littérature de belle façon en remportant le Prix Robert-Cliche avec La route des petits matins un roman superbement écrit qui n’était pas sans rappeler Soie d’un certain Alessandro Baricco. Depuis, Gilles Jobidon fait partie de ces auteurs que j’aime suivre. D’ailleurs, un court recueil de sept nouvelles, brosse le portrait de plusieurs personnages au carrefour d’un segment de leur vie. On se promène au quatre coins du monde. Chacun des portraits est très réussi et chaque lieu est bien rendu, particulièrement celle intitulée Ly Sanh qui se passe à Saigon et qui nous ait raconté par un petit garçon. L’écriture de Jobidon est plus sobre et classique que dans ces ouvrages précédents et peut-être plus efficace parce que moins poétique et moins maniéré. C’est comme s’il avait cessé de se regarder écrire pour laisser toute la place à ses personnages et leurs univers. Et c’est nous qui en profitons. Un bon recueil, vraiment.

octobre 15, 2007

Deception point #4

Comme vous pourrez le constater à nouveau, les déceptions littéraires sont encore au rendez-vous. Pour faire un clin d’œil à mon précédent billet, je peux affirmer que les titres ici-bas n’ont pas eu une grande résonnance sur le lecteur que je suis. Constatez-le par vous-même.

La gifle de Roxanne Bouchard (Coup de tête) : Qui donc recevra cette gifle tant attendue dans cette histoire ? Je vous le donne en mile : le lecteur. Un court texte à l’ambiance pseudo italienne qui frôle souvent le cliché et qui, disons-le, sent le fond de tiroir de la jeune auteure. Ce premier texte original de la toute nouvelle maison d’édition de Michel Vézina ne convainc pas tout à fait. Je ne comprends comment Danielle Laurin ait pu en faire l’éloge dans les pages du Devoir.

Antenora de Margaret Mazzantini (Robert Laffont) : après avoir vu le sublime et touchant film Écoute-moi, dont elle avait elle-même fait l’adaptation de son roman, je m’étais promis de lire sa prochaine publication en français. C’est chose faite et je ne sais plus si j’aurai envie de récidiver. L’histoire de cette grand-mère italienne n’est pas très passionnante ni très intéressante. N’eût été de la faible épaisseur du livre, je ne l’aurais jamais terminé. Décidément, l’Italie et moi ne faisons pas bon ménage en ce moment…

La maison d’Élisabeth d’Éric Rohmer (Gallimard) : plus de soixante ans après sa publication, Gallimard vient de rééditer le seul et unique roman d’Éric Rohmer. Après lecture, on comprend mieux pourquoi il ne s’est pas commis une autre fois et qu’il ait plutôt bifurqué vers le cinéma, qui lui sied nettement mieux. En lisant La maison d’Élisabeth, on reconnaît évidemment la signature de Rohmer, mais sans le support visuel ça devient vite confus et agaçant. J’aurai au moins satisfait ma curiosité.

Vous plaisantez Monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois (De l’Oliver) : j’ai lu ce livre sur la bonne recommandation de mon agente immobilière. Si elle ne s’est pas trompée sur l’achat de ma propriété, elle s’est un peu gourée avec cette suggestion littéraire qui décrit les déboires immobiliers de Monsieur Tanner après avoir reçu en héritage une vielle maison. Je n’ai pas du tout reconnu ma nouvelle réalité et j’ai perdu du temps précieux que j’aurais pu consacrer au sablage de mes planchers. Il n’y a rien dans ce roman. Après quelques essais infructueux, il y a décidément incompatibilité entre Jean-Paul Dubois et moi.

Sept comme setteur de Patrick Senécal (Édition la Bagnole) : la première incursion de Patrick Senécal en littérature jeunesse, bien que pas si mal, n’est pas une réussite. D'abord le sujet. Le bonhomme sept heures a beaucoup été exploité dans la littérature jeunesse québécoise, donc on peut parler de manque d’originalité. Les thèmes abordés comme le père noël, les lapins de pâques et la fée des dents s’adressent normalement à un jeune public ne sachant à peu près pas lire. Certains personnages sont mal définis. Je pense à la petite fille qui semble avoir 8-9 ans dans sa façon d’agir alors qu’elle ne sait toujours pas conduire un vélo sur deux roues! Le ton, quant à lui, teinté d’horreur fait plutôt 10-12 ans. On se retrouve avec un roman au lectorat mal ciblé ou, si vous préférez, assis le cul entre deux chaises!

Nous autres ça compte pas de François Blais (L’instant même) : Iphigénie en haute-ville nous avait séduit par sa fraîcheur, son humour bon enfant légèrement teinté de cynisme et ses pieds de nez à la structure narrative. On retrouve tout ça dans Nous autres ça compte pas mais mais mais! Mais la magie cette fois-ci n’opère pas vraiment pour une simple et bonne raison : tout ce qui se trouvait dans le premier est multiplié à la puissance mille dans le second. Ça finit par irriter légèrement et on rit visiblement moins. Ce n’est pas mauvais mais abuser du cynisme et de la forme narrative c'est comme abuser du chocolat: ça finti par tomber sur le coeur. On espère quelque chose de différent pour le troisième rendez-vous.

octobre 11, 2007

Chacun son métier #7

Le travail premier d’un écrivain est celui d’écrire afin de concocter des univers qui sauront rejoindre les gens. Le plus grand nombre est évidemment souhaitable.

À l’heure où les éditeurs se mettent pratiquement tous en mode marketing pour faire vendre le plus de livres possible en récupérant tout ce qui est récupérable et en copiant les stratégies du voisin, on est en droit de se demander si on ne fait pas fausse route en travestissant ainsi un si bel univers .

Le travail de l’écrivain est-il si marchandisable?

Je ne crois pas et je tiens ce discours depuis longtemps. Un éditeur qui met tout le paquet sur une promotion gigantesque réussira certainement à faire vendre un peu plus d’exemplaires qu’il s’il n’avait rien fait. Mais ce n’est pas ça qui fait la différence. C'est le bouche à oreille. C'est donc dire que la base de tous les résultats de vente de livres nous ramène au texte avec lequel le lecteur a rendez-vous. C’est le travail de l’écrivain (ou de l’auteur) qui fait cette différence.

Je crois fondamentalement que chaque livre rencontre le nombre de lecteurs qu’il doit rencontrer et il n’y a rien d’ésotérique dans mon propos. Il y a pleins de facteurs qui influence cette rencontre : le sujet, le style, les personnages, l’univers, le contexte, les idées, le contenu et tous ces détails infimes qui se retrouvent dans chaque livre. Le succès est imprévisible, en quelque sorte.

Qui aurait pu prévoir que L’élégance du hérisson de Muriel Barbery atteindrait le demi million de ventes un an après sa parution? Le tirage initial de Gallimard était de 5000 exemplaires. Le succès de ce roman atypique s’est construit lentement et il ne fait que s’accroître de semaines en semaines. Il est arrivé la même chose à Anna Gavalda après la sortie de son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part publié, à l’époque, chez un tout petit éditeur Le Dilettante faisant, cette année là, la barbe aux gros joueurs de l’édition française.

Ces livres sont-ils meilleurs pour autant. La réponse est non. Ils ont tout simplement eu une grande résonnance dans l’imaginaire des gens.

Difficile à prévoir tout ça. Quand les ventes ne suivent pas, c’est pareil. Après avoir lu Falaises d’Olivier Adam à sa sortie, j’aurais aimé le faire lire à tout le monde tellement il m’avait pris aux tripes. Je n’ai convaincu qu’une poignée de gens.

Personnellement, je pourrais être déçu du rendement de mes deux publications. Pourtant, je ne le suis pas. J’ai rejoint les lecteurs que j’avais à rejoindre. Je suis conscient d’écrire des romans très introspectifs aux univers troubles et sombres qui n’attirent pas nécessairement les foules. Je croyais que Cher Émile allait avoir une plus grande résonnance, mais ça ne s’est pas produit. Le sujet de l’homosexualité en a freiné sa course. J’ai écrit le roman que j’avais à écrire et je réécrirais le même si c’était à refaire.

septembre 26, 2007

De belles rencontres #3

Il y a eu d’abord Anne-Claire Delisle qui vient de nous offrir les somptueuses et riches illustrations d’un superbe abécédaire qui vient de paraître chez Bayard Canada. Samedi dernier, elle était l’invitée de l’émission Encrage (que j’anime depuis bientôt cinq ans). Ce fut un réel plaisir de m’entretenir avec le secret le mieux gardé de l’édition québécoise. Je vous invite à aller en librairie jeter un œil à son travail. Ça vaut le détour. Nombreux seront les éditeurs qui lui offriront des contrats prochainement.

Ensuite, comme il le fait deux fois l’an, André Vanasse conviait les libraires de Québec à un dîner XYZ pour présenter la saison. Cette fois-ci, c’est au Café Sirocco que nous étions attendus. C’est presque devenu un rendez-vous à ne pas manquer pour moi. Non seulement j’aime cette maison d’édition, j’adore entendre discourir André Vanasse sur l’écriture et la littérature. Je partage souvent son point de vue et il est une source de motivation pour mon écriture. C’était délicieux et fort intéressant. En bonus, Bruno Roy et Pierre Tourangeau nous ont présenté leur dernier roman. Ça ne gâche vraiment pas un dîner et ça donne évidemment envie de lire leurs titres!

J’étais content de revoir Bruno Roy que j’avais eu la chance de rencontrer dans les mêmes conditions il y a un an et demi. La discussion que j’avais alors eue avec lui autour de son Journal dérivé m’avait permis de structurer mon projet de livre lié à mon journal personnel. C’est devenu Journal de tous les jours. La première version existe réellement. Il reste encore beaucoup de travail à faire dessus mais j’ai bien hâte de vous le livrer. J’aurais aimé lui dire tout ça mardi mais les circonstances ne l’ont pas permis. Pas grave. Moi, je le sais et j'aurai sûrement une autre occasion de le lui dire.

Et ce soir, après quatre mois d’interruption, je retrouvais mes ados de la Bibliothèque Étienne-Parent de Beauport pour entamer la nouvelle saison de notre club. Ils étaient survoltés et toujours aussi intéressés. C’est un beau petit groupe curieux, vif, critique et intelligent. C’est beau de voir des adolescents passionnés par la lecture. Il y a quelque chose de rassurant là-dedans. Je les retrouverai le 24 octobre prochain.

Bref, autant de belles rencontres qui se font écho les unes aux autres.

Abécédaire de Pomme et Pépin, Paule Brière/Anne-Claire Delisle (Bayard Canada)
La moitié d’étoile, Pierre Tourangeau (XYZ)
N’oublie pas l’été, Bruno Roy (XYZ)

septembre 14, 2007

Mercredi soir au bout du monde

Le Bout du monde est tout d’abord un resto aux confins de Montréal qui semble ne pas payer de mine. Les gens qui s’y donnent rendez-vous sont tellement vrais et touchants qu'on voudrait les suivre jusqu’à la fin. Ce sont d’autres personnages éparpillés un peu partout sur la planète que nous suivront. Qu’ils soient à Vancouver, en Floride, au Mexique, en Russie ou en Espagne, un film et une chanson inspirée de ce même film Les ailes brisées les unissent. Entre autres choses.

Avec Mercredi soir au bout du monde, Hélène Rioux (XYZ) nous convie à un chassé-croisé subtil. Si tous les personnages sont attachants et intéressants à découvrir, c’est surtout l’atmosphère de ce roman qu’on retient, ce fil ténu qui sous-tend le récit avec force du début à la fin.

Oui, c’est ça, c’est un roman d’atmosphère (petit clin d’œil à Duras ici).

Cette première incursion dans l’œuvre d’Hélène Rioux me séduit. Un des trop rares bons romans québécois de cette année 2007.

septembre 05, 2007

My cuisine

Dans son livre My cuisine publié par Marabout et se vendant 49.95, Trish Deseine nous propose cette recette, qui, disons-le, me laisse pour le moins perplexe:

Sandwich au beurre de cacahuètes et à la gelée

Tout le monde se moque de cette combinaison. Pourtant, ce mélange croquant sucré-salé est formidable. Évitez juste de tartiner de beurre avant d'étaler le beurre de cacahuète. Restons raisonnables!

Pour 12 sandwichs
5 minutes de préparation
8 tranches de pain de mie, anglais brun ou complet
4 c.s. de beurre de cacahuètes crunchy (c'est-à-dire avec des morceaux)
4 c.s. de gelée de groseille

Étalez le beurre de cacahuète puis la gelée. Fermez les sandwichs, ôtez les croûtes et coupez en quatre.

juillet 27, 2007

Ma vie me prend tout mon temps

En ce moment, ma vie me prend tout mon temps reléguant ainsi la littérature au second plan. Partagé entre l'achat d'une propriété et une certaine idée d'un amour naissant, j'ai du mal à me concentrer lorsqu'au matin je plonge dans ma routine de lecture.

Le seul titre qui retient mon attention et auquel je m'accroche est le second roman de Mark Haddon "Une situation légèrement délicate" (Nil). "On ne peut pas empêcher un petit coeur d'aimer" de Claire Castillon, que j'ai commencé hier, ne m'enchante guère. Sinon, j'opte facilement pour l'abandon.

Récemment, quatre titres ont passé dans la moulinette du temps retrouvé : "Les 13 vies et demie du Capitaine Ours Bleu" de Walter Moers (Albin Michel Wiz), "Le cheval impossible" de Saki (Robert Laffont/Pavillons), "L'ange de mai" de Julie Hearn (Hachette/Blue moon) et le premier tome des "Chroniques des corneilles" de Clem Martini (courte échelle).

Ces quatre titres ne sont pas parvenus à me détourner de mon bonheur présent. Auraient-ils réussi à le faire en d'autres circonstances? Peut-être pas mais ils auraient bénéficié d'une meilleure chance. Ce que je vis en ce moment m'évite peut-être de perdre du temps avec les livres qui n'en valent réellement pas la peine. C'est une bonne chose en fait. Et de sortir des livres pour respirer un autre air ne peut que me faire du bien. Elle est là aussi la vie et je compte en profiter pleinement. D'où ce billet un peu plus personnel qui en annonce peut-être d'autres. Peut-être pas non plus. On verra.

Je vais très bien et les vacances ne sont même pas encore arrivées. Imaginez un peu :-)

juillet 14, 2007

Un air d'été

Voici quatre suggestions de lecture toutes ensoleillées qui égaieront vos journées d’été ou vos passages moroses.

La fin de l’alphabet, C.S Richardson (Alto) : Ambroise Zéphyr n’a qu’un mois à vivre. Plus de temps à perdre donc. Il décide de faire un tour du monde en respectant l’ordre de l’alphabet pour choisir ses destinations. Voilà la base de cette histoire qui, malgré un sujet grave, est tout à fait réjouissante. C’est le ton très anglais qui donne cette saveur à ce roman orignal. On peut parler d’un tour de force de la part de ce romancier canadien. Surtout que c’est un premier roman. Une autre réussite signée Alto.

Une vie merveilleuse/Une épouse presque parfaite, Laurie Colwin (Livre de poche) : Je dois la découverte de cette auteure américaine à ma collègue Dominique. Il y a quelques années Une vie merveilleuse m’avait ravi. Dernièrement, Une épouse presque parfaite m’a enchanté. Dans le premier, on suit l’évolution de deux couples, tout simplement. Si nous ne sommes pas toujours d’accord avec leurs façons de se comporter, on ne veut plus les quitter à la toute fin. Dans Une épouse presque parfaite, on suit le parcours de Polly (très beau personnage), mère, épouse et fille parfaite. Trop. Survient un événement dans sa vie qui fait basculer cette perfection. La grande qualité de Laurie Colwin est sa façon de saisir l’essence de ce que nous sommes. En quelques mots, elle parvient à décrire une situation complète ou à créer un personnage à part entière. Encore une fois, tout est dans le ton qu’emploie l’auteure. Sous une apparence légère se camouffle toujours une certaine gravité. C’est d’une finesse et d’une efficacité étonnante. Les amateurs d’Anna Gavalda, par exemple, sauront apprécier l’univers de Laurie Colwin. À découvrir si vous ne la connaissez pas.

Le soleil de Carla, Camille Pouzol (Planète filles/Hachette) : les adolescentes qui aiment le roman réaliste adoreront se plonger dans ce roman dont l’action se passe principalement en Corse. Carla, qui vient tout juste d’avoir 17 ans, nous relate cette première année passée dans cette contrée lointaine, forcée de quitter Paris et de suivre sa mère suite à la séparation de ses parents. Amours, peines, joies, tracas et petits bonheurs sont au rendez-vous sous le chaud soleil de la Corse. Même si la trame est conventionnelle, Camille Pouzol évite les clichés. Son personnage de Carla est très senti. On s’attache à elle, elle nous touche et on y croit à cette histoire de renoncements et de découvertes.

juillet 10, 2007

Winkie

Heureusement que j’ai fait la rencontre (que je dois à Antoine d’ailleurs) d’un attachant petit ours en peluche car je commençais à être découragé par la littérature. Ce sont mes lectures pour ados qui me ravissent le plus depuis quelque temps. Ça fait des mois que mon cœur et mon esprit ne se sont pas délectés en lisant un livre de grand. Grâce à Winkie, c’est chose faite.

Winkie, vous l’aurez peut-être deviné, c’est lui l’ours en peluche. C’est son histoire, parfois tragique, parfois tendre, que Clifford Chase a décidé de nous raconter. Au début, on assiste au procès de Mary alias Winkie accusé(e) de terrorisme. Déjà, son identité cause problème, ce qui ne fera qu’aggraver sa situation. Pas net, cet ours. Ajoutez à cela la mauvaise foi du juge et l’incompétence de son avocat, un certain Monsieur Unwin, et vous entrez dans un univers complètement absurde, con et tout de même charmant.

Le récit alterne entre le présent (le procès) et les souvenirs de l’ours en peluche alors que, du fond de sa cellule, il se remémore le bon vieux temps. Sa vie était un long fleuve tranquille, dans un cadre familial douillet et aimant. Au nom de la liberté, il se retrouve au banc des accusés.

Au début de ma lecture, j’avais peur que le roman s’essouffle rapidement. Bien au contraire. La fin du procès est jubilatoire. Clifford Chase ne s’est pas contenté d’écrire une histoire absurde. Il a créé un univers touffu sérieusement construit dans lequel gravite cet ours en peluche peu banal. Il évite le piège de la blague pour de la blague. L’humour est plutôt subtil. Il opère lorsqu’on reprend soudainement conscience que c’est d’un toutou dont il est question. En plus, le roman est truffé de références à la littérature ou à des pans de l’histoire et la justice américaine en prend pour son rhume, ce qui ne gâche rien.

Bref, c’est réussi, c’est bon et je vous le recommande. J’espère que vous allez être tenté par l’expérience Winkie, idéale en cette période estivale. Vous serez peut-être nombreux à vouloir faire comme moi : adopter ce pauvre petit ours!

Winkie, Clifford Chase, 10/18 (grand format)

juin 25, 2007

Histoires sans fin #2

Pire que les déceptions, ce sont ces livres qu’on abandonne avant la fin. Quelques uns d’entre eux ont croisé ma route dernièrement. Brièvement, ma route.

Je voudrais tant que tu te souviennes, Dominique Mainard (Joelle Losfeld) : j’avais très envie de lire ce roman et de découvrir du même coup cette auteure. Le sujet un peu étrange, flirtant avec le conte, m’interpelait. Dès la première page, j’ai presque su que ce n’était pas pour moi. L’écriture de Dominique Mainard est irréprochable et très belle. Elle sait créer des ambiances fortes. Malgré tout ça, je ne suis pas parvenu à m’attacher à ses personnages et à son univers étrange. C’est du vent que je lisais. J’avais l’impression que tout ça ne mènerait à rien. Même si je ne l’ai pas terminé, je me dis que j’avais certainement raison de le croire.

Après Shanghai, Judith Brouste (Gallimard) : Jours de guerre, son précédent roman, avec sa drôle d’histoire d’amour entre une femme et un clochard, m’avait beaucoup touché. Je surveillais attentivement la prochaine parution de Judith Brouste. Arrive enfin cet Après Shanghai. Les premières pages m’ont donné l’impression que je renouais avec ce que j’avais aimé de l’autre. Impression de trop courte durée. Cette histoire pas très intéressante et ennuyante d’un médecin volontaire m’a vite lassé.

Chinoiseries, Claude Jasmin (vlb éditeur) : pourquoi lire le nouveau Claude Jasmin? Par désir de me replonger dans son écriture, retrouver l’auteur de l’excellent Pleure pas, Germaine, m’intéresser au nouveau matériel d’un auteur qui nous a donné de belles pages de notre littérature, ne pas bouder sans savoir en pensant que le meilleur est derrière lui. Et Chinoiseries avait l’air pas mal. Malgré toutes mes bonnes intentions, je n’ai pas réussi à le terminer. Ce roman, qui oscille entre la jeunesse et la vieillesse du personnage principal, bien qu’abordant des thèmes très riches, n’est jamais parvenu à me convaincre. L’écriture de Jasmin m’a paru faible et parfois un peu trop naïve et maladroite.

Les vivants et les morts, Gérard Mordillat (Livre de poche) : depuis sa sortie en grand format, ce roman de 900 pages m’attirait. Le format poche traînait sur ma pile depuis un an. J’attendais le bon moment. La semaine dernière, l’été frappant à notre porte, je me décidais à plonger dans ce roman fleuve où m’attendais, croyais-je, une belle chronique familiale touchante. C’est plutôt une chronique sociale un peu aride qui se cachait derrière ce magnifique titre. L’auteur dépeint très bien le milieu ouvrier français avec la dureté qu’il faut dans ce genre de contexte, mais ce n’est pas vraiment le genre de sujet qui me passionne.

juin 17, 2007

Deception point #3

Les enchantements littéraires se font rares depuis quelques mois. Par contre, les déceptions continuent de croiser mon chemin.

J’en ai pour preuve ces quelques titres :

La traversée de l’été de Truman Capote (Grasset) : ce roman inédit de l’auteur, écrit alors qu’il n’avait que 19 ans, n’aurait jamais dû voir le jour. D’ailleurs, c’était le souhait de Truman Capote. Pour des questions mercantiles (j’imagine), on a fait fi de ses dernières volontés et on a publié ce roman mièvre et dépassé mettant en scène une jeune fille de bonne famille de 17 ans cherchant l’amour. Un titre qui vient entacher la bibliographie de ce grand romancier.

Le moindre des mondes de Sjon (Rivages) : une œuvre qui semble être le fruit d’un auteur islandais totalement inconnu. Pourtant, Sjon est le plus fidèle parolier de Björk, d’où mon intérêt pour ce court roman en prose. Hélas, je suis resté sur ma faim. Le moindre des mondes est une espèce da fable nordique très aride. Le texte m’a rappelé certaines légendes inuit. Vraiment pas ma tasse de thé.

La ville sans nom de Christiane Duchesne (Boréal) : premier tome de la trilogie Voyage au pays du Montnoir dans laquelle Christiane Duchesne se serait totalement investie, La ville sans nom ne remplit vraiment pas ses promesses. Je ne sais pas comment j’ai fait pour lire les 349 pages qu’il contient. Seule la grande qualité d’écriture de l’auteure sauve la mise. Pourtant, l’idée de départ a tout pour intéresser. Pierre Moulin passe à travers une pierre fendue et se retrouve dans une ville qu’il ne connaît pas. Où est-il? Que fait-il là? Qui est cet étrange personnage? Habituellement, dans la plupart des romans fantastiques flirtant avec cette idée, on répond à ces questionnements très rapidement. À la page 220, on n’a pas encore résolu ce mystère : « D’où venait-il vraiment, ce garçon hébergé par Julius? La question l’obsédait et l’empêchait de dormir ». Dois-je en rajouter davantage?

Le retour de Bernhard Schlink (Gallimard) : voici la déception des déceptions. Le dernier roman de Schlink était celui que j’attendais le plus ce printemps. Je garde un souvenir intense de son succès mondial Le liseur et un souvenir impérissable de son excellent recueil de nouvelles Amours en fuite. Dans Le retour, qui raconte le parcours d’un homme à la recherche de son père qu’il n’a pas connu, Schlink, à défaut de le captiver, finit par ennuyer et égarer le lecteur en digressions de toutes sortes. Jusqu’à la fin, après de longs moments de persévérance, on ne comprend toujours pas quel était le but de l’auteur. On dirait bien que son sujet a fini par lui échapper complètement. Vraiment dommage.

juin 11, 2007

Bonheurs d'occasion #3

Trois romans québécois qui vont au fond des choses et qui ne veulent surtout pas épargner la sensibilité du lecteur. Trois romans écrits par des femmes talentueuses issues d’une nouvelle génération d’auteure qui apportent un souffle nouveau sur notre littérature.

Crève, Maman!, Mô Singh (XYZ) : Juste à lire le titre de ce roman, on sait un peu dans quel univers on risque de se retrouver. Il n’y a aucune ironie à y déceler. C’est direct, cru et dur. Tout à fait à l’image de cette histoire de haine entre une fille et sa mère. On se promène entre le présent et le passé alors que la mort éminente de la mère en question fait poindre une promesse de libération pour la fille. Sans concession ni considération pathologique, Mô Singh évite de tomber dans les clichés des rapports mère-fille habituels. Un premier roman réussi porté par un réel regard d’écrivain.

Soudain le minotaure, Marie-Hélène Poitras (Triptyque) : Avec cette histoire de viol où elle nous force à se mettre d’abord dans la peau du violeur et par la suite dans celle de la violée, Marie-Hélène Poitras a fait une entrée fracassante et remarquée dans l’univers des lettres québécoises qui s’est consolidée avec son recueil de nouvelles La mort de Mignonne. Avec raison, l’entrée fracassante. Elle va au bout de son sujet et rend souvent insupportable certaines scènes qui nous apparaissent, ma foi, assez réalistes. L’ensemble est extrêmement bien dosé. Les deux points de vue, plutôt qu’un seul, donne toute la force à ce roman dérangeant.

L’enfant dans le miroir, Nelly Arcan et Pascale Bourguignon (Marchand de feuilles) : Avec ce court texte, Nelly Arcan est fidèle à elle-même en exploitant le thème de l’enfance troublée par l’action des adultes. Le spectre de la mort qui rôde, la difficulté de devenir grand, l’image sexuée des fillettes et le regard dégradant des hommes sont autant de facettes de ce texte intense, tordu et viscéral. Les superbes illustrations glauques et psychédéliques de Pascale Bourguignon, qui signe également tout l’aspect typographique alors que le texte se mélange parfaitement à l’image, ajoutent de la profondeur et de l’étrangeté aux mots de l'auteure. L’un ne pourrait aller sans l’autre. Une curiosité très intéressante.

juin 03, 2007

Chute

C’est Geneviève Robitaille elle-même qui a demandé à son éditeur de me faire parvenir un exemplaire de Chute dont elle a écrit le texte en s’inspirant des photographies d’Ivan Binet. Elle sait que j’admire beaucoup son travail. J’avais fait une bonne recension d’ Éloge des petits riens dans le journal le libraire à sa sortie. J’avais aussi beaucoup aimé Mes jours sont vos heures paru précédemment chez Triptyque.

C’est plus qu’une excellente idée qu’elle a eu de me faire parvenir Chute, ça elle ne le sait peut-être pas. J’adore les œuvres littéraires qui s’inspirent de photographies. J’aime également beaucoup le travail que fait les éditions J’ai vu, une petite maison d’édition spécialisée dans ce genre d’ouvrage. Je garde un souvenir très fort de ma lecture de Projections écrit par Andrée A. Michaud et inspiré de photographie de d’Angela Grauerholz. Et, à titre d’auteur, je rêve de participer à un de leur projet.

Dans Chute, Geneviève Robitaille, qui souffre depuis plusieurs années d’une maladie dégénérative, s’inspire de la chute de son propre corps. Elle fait également un lien avec l’effondrement du World Trade Center. Le parallèle est très fort. Il faut dire que son écriture concise, précise et dépouillée de tout artifice ajoute de la puissance à ses idées. C’est franchement réussi.

Ivan Binet, lui, a photographié la chute Montmorency sous plusieurs angles en privilégiant les gros plans. Ça crée un effet d’abstraction et d’étrangeté dominé par le gris, le blanc et le vert. On se croirait dans un autre monde. Les photos sont réunies au centre du livre. Elles ne pouvaient pas être placées ailleurs. Après avoir lu la première partie du texte, lorsqu’on arrive aux photos, on est happé par le vacarme, le mouvement, la grandeur et le silence de cette chute. C’est asses particulier comme effet. On revient au texte de Geneviève Robitaille dans un autre état d’esprit. Après la perturbation vient le calme. En apparence seulement, le calme.

mai 31, 2007

Un petit bruit sec

Ce matin, j’ai terminé la lecture d’ Un petit bruit sec de Myriam Beaudoin, son premier roman publié en 2003 chez Triptyque. Je ne l’avais pas remarqué au moment de sa sortie. Ça arrive trop souvent avec les livres. Heureusement qu’on peut toujours se rattraper.

Je ne sais pas ce qu’il y a dans l’écriture de Myriam Beaudoin mais elle vient me chercher profondément. Si les âmes littéraires existent, nous le sommes. En fait, je le sais un peu ce qui me plaît autant dans son écriture. J’aime ce mélange de simplicité et de profondeur qu’on y retrouve. C’est dépouillé et on ne sent jamais qu’elle veut faire des effets de style. Pourtant, du style elle en a. Tout est dans sa façon si singulière de raconter les choses.

Dans Hadassa, le portrait qu’elle brossait de la société juive orthodoxe était à la fois ahurissant et tendre. Il y a un peu de ça aussi dans Un petit bruit sec dans lequel elle relate le dur épisode de la mort de son père. Oui, c’est un roman troublant, touchant, tendre et bouleversant, mais on est tellement loin du récit personnel habituel. Elle nous offre sa vision à elle en nous permettant de plonger dans ses pensées les plus intimes et incongrues, de celles qu’on oserait à peine penser et encore moins avouer.

Combien d’heures, combien de nuits, combien de jours tu as supporté ton lit de bois, la dalle de pierre et les mètres de neige. La vermine a-t-elle atteint tes oreilles, tes yeux, ta bouche? La boue et les branches ont-elles fendu la boîte? As-tu au moins appris à respirer dans cette cave de vase et de glace? p.20

Un petit bruit sec n’a rien de chronologique. Elle alterne dans le désordre entre le présent, le passé et le futur, ce qui donne de la force à sa narration. Chaque segment est entrecoupé de lettres qu’elle adresse à son père. C’est dans les lettres que sa plume atteint sa pleine puissance. La dernière partie, qui se passe avant, alors que son père était consul en Afrique, m’a beaucoup fait penser à Duras. Je ne sais pas si c’est voulu, mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien. Une chose est certaine, à l’instar de Duras, Myriam Beaudoin fait partie de ces auteurs que j’ai envie de suivre pendant longtemps. Ça tombe bien, elle n’a que 31 ans!

mai 27, 2007

Aki Shimazaki

J'avais envie de partager avec vous le petit hommage que j'ai rendu à Aki Shimazaki lors de la remise du Prix des libraires le 14 mai dernier:

"Actuellement, Aki Shimazaki est l’une des auteurs les plus talentueuses au Québec. Peut-être aussi la plus méconnue de notre littérature. Pourtant, elle a tout pour séduire le plus grand nombre. Selon moi, ce n’est qu’une question de temps. Les grandes distinctions commencent à lui courir après et le grand public suit tranquillement. Tout pour me faire plaisir.

D'un livre à l'autre elle nous offre toujours de petits bijoux littéraires qui brillent par leur concision et leur intelligence et ce n’est jamais dénué d'émotion. Il faut lire sa série Le poids des secrets pour s’en rendre compte. Son écriture est précise et irréprochable pourtant elle écrit dans sa langue d'adoption. C’est assez impressionnant. On retrouve encore toutes ces grandes qualités à la lecture de Mitsuba, une touchante et magnifique histoire d'amour toute simple mais jamais banale qui débute au Japon et qui se termine à Montréal. Mitsuba, qui signifie trois feuilles en japonais, est le nom du café où se rencontrent Takashi et Yûko pour permettre à leur amour naissant de prendre son envol. Mais cet amour-là entre ce jeune cadre talentueux et cette fille dont le père est un homme d’affaire prospère réserve peut-être quelques surprises. On savoure chaque instant, chaque mot et on se laisse porter par cet univers charmant et enveloppant. En refermant le livre, on est touché par une certaine grâce. Mitsuba est un pur plaisir de lecture à s'offrir, du bonbon pour l’imaginaire.

Merci Aki Shimazaki pour ces belles rencontres littéraires que vous me faites faire à chacun de vos livres. J’attends le prochain avec autant de bonheur."

mai 15, 2007

Prix des libraires du Québec 2007 - les lauréats

Hier soir au Lion d’or à Montréal avait lieu la quatorzième remise du Prix des libraires du Québec. Pour la troisième année, j’agissais à titre de président du comité de sélection. Cette belle soirée très émouvante totalement réussie revêtait pour moi quelque chose de particulier : c’était ma dernière comme président et comme membre du comité.

Côté québécois, Jean-François Beauchemin a été couronné pour son récit La fabrication de l’aube (Québec-Amérique). Son discours a ému tout le monde lorsqu’il a rendu un vibrant hommage à sa femme qui l’accompagne depuis 19 ans. Une déclaration d’amour unique et d’une intensité rare. Avec le charisme qu’on lui connaît, c’était à faire fondre le cœur de toute l’assistance.

Côté hors-Québec, c’est Jonathan Safran Foer qui l’a remporté pour Extrêmement fort et incroyablement près paru aux éditions de l’Olivier. Le mot qu’il avait fait parvenir à l’intention des libraires a ravi tout le monde et nous a tous fait éclater de rire avec ses lampes de chevet lesbiennes!!!

La fameuse mention spéciale, remise pour la toute première fois dans l'histoire du prix, a été attribuée au bédéiste Michel Rabagliati pour l’ensemble de la série des Paul tous publiés à La Pastèque. Il était visiblement honoré et touché de cette reconnaissance tout à fait méritée.

Sinon, chaque année lors de la remise, les libraires qui forment le comité doivent présenter tour à tour les titres qu’ils défendent. Cette étape est très stressante pour nous. On a un peu l’impression d’aller à l’échafaud quand arrive notre tour. Moi, en tant que président, j’avais mon allocution habituelle d’ouverture en plus de présenter la mention spéciale. J'y suis allé trois fois plutôt qu’une sous l'échafaud. Heureusement, j'ai encore toute ma tête. Après ma dernière présentation, j’avais une tonne de pression de moins sur les épaules, tout comme mes confrères et consœurs. On a tous bien fait ça et on s’est couchés avec le sentiment du devoir accompli.

Cette quatorzième édition, probablement la meilleure de toutes, a été un succès sur toute la ligne.

Je sais déjà que tout ça me manquera l'an prochain. Je sais aussi que c'est pour mieux y revenir.

mai 08, 2007

Marguerite Duras

Lorsque l’on me demande de nommer mon auteur préféré, sans réfléchir je réponds Marguerite Duras. C’est celle qui a le plus marqué mon parcours. Celui de lecteur et celui d’auteur. C’est la lecture de L’amant il y a une vingtaine d’années qui a tout déclenché. Une révélation en quelque sorte. Cette écriture concise, incisive parfois et pleine de non-dits était aussi un peu la mienne. C’était la toute première fois que je lisais une auteure qui abordait l’écriture de la même manière que moi. Après, il y a eu Anne Hébert. Je le dis sans prétention. Je découvrais tout simplement des univers qui étaient compatibles avec le mien. Ça me réconfortait dans ma démarche. C’était nécessaire.

Depuis vingt ans, Marguerite Duras m’accompagne de façon irrégulière. De temps à autre, j’ai besoin de ma dose. Pas trop, juste assez pour me satisfaire. Au cours de la dernière année, il y a eu beaucoup d’ouvrages qui lui ont été consacrés puisque 2006 marquait le dixième anniversaire de sa mort. Satisfait, je l’ai été dernièrement.

Héliotrope, jeune maison d’édition québécoise au graphisme superbe, a eu la bonne idée de republier le court et intense texte très Durassien Sublime, forcément sublime Christine V. Un plaidoyer sur l’idée de la maternité autour du meurtre non résolu du petit Grégory qui fait les manchettes en France depuis plus de vingt ans. À certains moments, le point de vue de Duras rejoint celui de Lionel Shriver qu’on retrouve dans Il faut qu’on parle de Kevin. Condensé, puissant, audacieux et pour le moins dérangeant.

Toujours du côté québécois, Danielle Laurin, après avoir signé le touchant Duras l’impossible chez Varia, a dirigé à la même enseigne Lettres à Marguerite Duras. De vibrants témoignages qui ne tombent jamais dans la facilité et aucune lettre n’est de trop. Ça donne un ensemble homogène très bien construit donnant toute la place à ce monstre de la littérature. Quand on aime Duras, on se reconnaît à travers ces lettres, on est ravi et on se dit qu’on aurait pu nous aussi lui en écrire une aussi inspirée.

Il y a peu, P.O.L. et L’IMEC faisait paraitre ces Cahiers de guerre et autres textes. Ces inédits écrits dans les années 40 et 50 sont loin d’être du réchauffé posthume. Pour les amateurs de Duras, ce recueil est une mine d’or. Un peu comme un chaînon manquant, il vient compléter tout ce qu’elle a publié de son vivant tout en y apportant un éclairage nouveau. Un inédit tout à fait justifié de voir le jour.

Autant de titres qui vous donneront le goût de replonger dans l’univers unique de Marguerite Duras.

mai 03, 2007

D'autres plaisirs épistolaires

Décidément, les romans épistolaires n’auront jamais autant eu ma faveur. Faut dire que depuis quelques mois, il semble y avoir un nouvel engouement pour le genre. Dans l’ensemble, ma récolte aura été très bonne. Voici trois autres recommandations.

Lou pour toujours d’Elisabeth Brami (Seuil) : Lou et sa grand-mère ont pris la bonne habitude de s’envoyer des lettres durant la période estivale. C’est devenu leur petit univers bien à elles, une bulle de confidence nécessaire. Lou a maintenant treize ans et vit des moments plus difficiles à la maison. Sa grand-mère commence à ressentir les effets de l’âge et son corps refuse d’être aussi actif qu’avant. Elles ont toutes les deux besoin l’une de l’autre. La correspondance d’été ne suffit pas. On suivra leurs chaleureux échanges toute l‘année durant. Sous la plume juste et sensible d’Elisabeth Brami, on y croit et ce beau rapport intergénérationnel nous touche. Dès 10 ans.

Marie-Ève! Marie-Ève! d' Adrien Thério (XYZ) : Roman épistolaire à une seule voix, celle de Carmélia, une vieille femme ayant toujours vécu dans le même petit village. S’adressant à l’un de ses compatriotes capable de comprendre ce qu’elle a à dire, elle exprime enfin tout ce qu’elle porte en elle. C’est un plaidoyer en faveur de la liberté individuelle contre l’étroitesse d’esprit et les dogmes. C’est aussi le portrait d’une certaine ruralité menacée. Avec le personnage de Carmélia, Adrien Thério a créé un grand personnage romanesque. Elle est crédible du début à la fin, son discours est soutenu et, d’une certaine manière, elle est pus grande que nature. Un excellent roman qui fait le pont entre la littérature du terroir et une certaine modernité. Réédition.

Lettre à D. d'André Gorz (Galilée) : « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien ». Ainsi débute cette vibrante lettre que l’auteur adresse à sa femme. Comment ne pas succomber?

J’ai aussi lu Lettres à Marguerite Duras publié chez Varia sous la direction de Danielle Laurin, mais celui-ci fera partie d’un prochain billet consacré uniquement à Marguerite Duras.

avril 24, 2007

Vingt-Quatre heures d'une femme sensible

Ceux qui, comme moi, n’ont pas aimé Se résoudre aux adieux devraient se rabattre sur cet autre roman épistolaire hautement supérieur.

Si Philippe Besson a, d’une certaine façon, échoué dans sa tentative de se mettre dans la peau d’une femme bafouée par les affres de l’amour, il en est tout autrement pour Constance de Salm avec Vingt-quatre heures d’une femme sensible. L’instant d’une seule journée, on vivra toutes les phases du désarroi amoureux de cette femme anéantie par le désaveu de l’amour. 44 lettres comme autant de cris du cœur d’une profondeur intense qui l’aideront à surmonter son calvaire.

Toutes les lettres de ce court roman sont criantes de vérité. Écrit il y a près de deux cents ans, ce texte ne semble pas avoir pris une ride. S’intéresser aux choses du cœur était à l’époque assez avant-gardiste, mais Constance de Salm le fait avec tellement de justesse et d’intelligence qu’encore aujourd’hui tout humain peut se reconnaître dans les sentiments qu’elles expriment. Non seulement l’amour n’a pas de frontière, mais il ne connaît pas le temps.

Dans sa préface, Constance de Salm écrit : « Je voulais donc, par ces lettres, prouver que le goût des ouvrages sérieux n’exclut en rien la sensibilité ». Encore aujourd’hui, il est mal vu pour intellectuel d’en faire autant. Dans l’une des lettres, elle fait dire à cette femme sensible : « Les hommes sont bizarres; ils ne savent rien refuser à une femme qui leur est étrangère, et celle qui mérite le plus leurs égards semble toujours celle qui en obtient le moins ». Ça aussi, ça n’a pas changé. Et vous reconnaîtrez-vous dans cet autre extrait: « L’amour tient tant de place dans la vie! C’est quand il n’est plus là que l’on sent le poids de ces longues minutes qui doivent s’écouler sans lui ».

Avec des exemples aussi éloquents, inutile d’en rajouter davantage. Il faut juste remercier les éditions Phébus d’avoir eu la bonne idée de rééditer ce superbe roman épistolaire sur l’état du désespoir amoureux.

Vingt-quatre heurs d’une femme sensible, Constance de Salm (Phébus)

avril 18, 2007

Monsieur le codirecteur

J'aurai maintenant le plaisir de codiriger avec Adeline Corrèze la collection Hamac au Septentrion. Je suis très content et flatté que Gilles Herman ait pensé à moi. Ça arrive à point dans ma vie. De traverser du côté de l'édition me tentait de plus en plus. De faire mes premiers pas à la tête d'une jeune collection littéraire me stimule encore plus. Plus stimulant encore est le fait de pouvoir travailler de concert avec Adeline. Nos expériences respectives sont complémentaires et nous voyons la littérature un peu de la même façon. En plus, nous nous entendons très bien, ce qui ne gâche rien. Nous formerons, j'en suis coinvaincu, un beau duo.

Tout ça est à suivre, évidemment!

avril 05, 2007

Bonheurs d'occasion #2

Pobby et Dingan, Ben Rice (Pocket) : C’est la comédienne Véronique Côté qui m’a chaudement recommandé cette lecture. Habituellement, c’est plutôt moi qui la conseille mais pour une fois, les rôles ont été inversés. Sans partager totalement son enthousiasme débordant, je dois dire que j’ai aimé me retrouver dans ce bled perdu de l’Australie alors que tout le village tente de retrouver Pobby et Dingan. Lorsqu’on sait que Pobby et Dingan sont les amis imaginaires d’une fillette, le roman prend un tout autre sens. Tout tourne autour de cet événement. D'ailleurs, c’est ce qui fait la force de ce livre. L’auteur a su rester fidèle à son idée de base et ne s’égare jamais dans cette histoire bizarre qui finit par nous émouvoir.

Vues sur la mer, Hélène Gaudy (Les impressions nouvelles) : À l’automne, ce premier roman a réussi à se faufiler jusqu’à la deuxième sélection du Prix Médicis. Je comprends pourquoi. Il y a du talent à l’horizon. Au départ, on suit une femme (Jeanne) qui quitte son amoureux pour se réfugier dans un hôtel au bord de la mer. Rupture définitive ou solitude momentanée ? L’auteure nous présente sept variations de la même histoire et ça fonctionne. Cette répétition finit par envoûter et déstabiliser le lecteur. L’écriture très minimaliste et pleine de non-dits rappelle, à certains moments, celle de Duras. Je sais que la comparaison est énorme, mais disons qu’elle puise à la même source. J’attendrai avant de crier au génie, mais je répondrai présent à la prochaine publication d’Hélène Gaudy.

Épidermes, Diane Vincent (Triptyque) : J’ai été charmé par ce premier roman policier de Diane Vincent. D’abord, la prémisse est délicieuse : Reiko Thompson, une photographe underground eurasienne qui ne laisse personne indifférent, est retrouvée presque sans vie dans une ruelle montréalaise. Ne voilà-t-il pas qu’on découvre un pénis coupé dans la poche de son manteau. C’est là que tout commence (pas banal quand même!). C’est Josette Marchand, une massothérapeute spécialiste de la peau qui donne un coup de main à son vieux pote d’inspecteur pour le faire avancer dans son enquête, qui nous relate les faits de manière plutôt savoureuse. Ça se lit d’une traite avec le sourire aux lèvres.

avril 02, 2007

Histoires sans fin

Ça ne m’arrive pas souvent de ne pas terminer la lecture d’un livre, mais je m’en donne toujours le droit. En ce qui concerne ces deux titres, j’ai eu beau faire des efforts, ça n’a rien donné.

Sexe et dépendances de Stephen McCaulay (Flammarion)

Après avoir lu Le vide de Patrick Senécal et nombre de livres un peu lourds, j’avais envie de quelque chose de plus léger. Sexe et dépendance me semblait être la lecture idéale pour me permettre de respirer un autre air, surtout que j'en retardais la lecture depuis sa parution et tout le monde n'en disait que du bien. J’ai même eu la chance de discuter (en français) avec l’auteur au dernier Salon du livre de Montréal. J'avais donc plusieurs raisons de plonger dans ce roman.

Le plaisir aura été de courte durée. Après cent pages, j’ai abdiqué. À aucun moment, je n’ai eu de sympathie pour cet agent immobilier de Boston qui tente de se convaincre d’être moins dépendant au sexe. Le problème de ce roman est simple : cet agent immobilier n’est pas un personnage intéressant. Sa vie est d’une pauvreté à faire frémir plus qu’à faire rire. Je n’avais aucune envie de savoir ce qui allait lui arriver. En plus, ce n’est pas vraiment une histoire qu’on nous raconte. On nous présente des pans de vie décousus qui empêchent constamment l’action d’évoluer. Tout pour me déplaire et m’ennuyer.

Mes vies d’Edmund White (Plon)

Moi qui avais tant aimé La symphonie des adieux, ce livre dans lequel Edmund White s’inspirait de son parcours pour brosser un portrait impressionnant des quarante dernières années du milieu homosexuel newyorkais, je me faisais une joie de découvrir son autobiographie.

Dans Palimpseste, Gore Vidal a relaté sa vie de manière fort orignal, efficace et intelligente. C'était en plus porté par une écriture incisive et nettement maîtrisé. Dans Mes vies, Edmund White fait tout le contraire. La qualité de son écriture que l’on retrouve dans ses romans n’y est pas, ce qu’il raconte frôle plus souvent qu’autrement la vulgarité en plus d’être d’un narcissisme désolant. C’est un peu épars et ça va dans toutes les directions, malheureusement pas toujours édifiantes. Il finit par nous perdre complètement. J’ignore quel était le but de sa démarche, mais une chose est certaine elle n'atteint pas sa cible. Après 160 pages, j'en avais assez lu.

mars 25, 2007

Haruki Murakami

Ça faisait des années que je voulais découvrir le travail d’Haruki Murakami et il aura fallu 2007 et le Prix des libraires du Québec pour que je le fasse. Maintenant j’ai la piqûre, on dirait bien!

C’est Kafka sur le rivage qui m’a ouvert les portes de l’univers de cet auteur à l’écriture riche, intelligente et envoûtante mettant en scène des personnages marginaux à un carrefour de leur existence.

Dans Kafka, on suit un adolescent de 15 ans en cavale et un débile léger aux pouvoirs sensoriels étranges sachant parler le langage des chats. Toute la trame est auréolée par la mythologie grecque, mais c’est fait de manière subtile. Cette mythologie vient nourrir de façon impressionnante toute l’intrigue de ce roman foisonnant au caractère tout à fait contemporain. Plus on avance dans l’histoire, plus on en découvre toute la profondeur et la richesse et plus on s’attache aux personnages et aux situations qu’ils vivent.

Dans Le passage de la nuit, même s’il est moins réussi et moins dense que Kafka, on retrouve encore les mêmes thèmes qui lui sont chers. On traverse toute une nuit avec des personnages un peu décalés par rapport au reste de la société. Quelques heures de leurs vies nous sont présentées. C’est suffisant pour s’intéresser et s’attacher à eux. Au petit matin, on les regrette un peu.

Les univers que dépeint Murakami pourraient facilement tomber dans une ambiance glauque, mais il sait éviter ce piège. Il insuffle à son écriture beaucoup de sensibilité et d’humanisme. Il touche à l’universel, à ce que nous sommes tous et sous sa plume c’est grandiose. Pour de la littérature intelligente comme ça, je serai toujours preneur.

Haruki Murakami risque de devenir un auteur que je fréquenterai assidûment. C'est une belle et grande découverte que je viens de faire.

Pour augmenter votre envie, voici l'avis de Florinette

mars 22, 2007

Chacun son métier #4

Marie-Pier Côté a finalement avoué à ses parents mardi soir avoir copié l'oeuvre du français Frédéric Jeorge en publiant son roman Laura l'immortelle.
Par ailleurs, bien que l'éditeur du livre, Michel Brûlé, dise être une victime dans cette histoire, il n'en demeure pas moins que l'Association nationale des éditeurs a fait savoir qu'il y a eu un manque de vigilance dans ce cas précis.

Selon la vice-présidente de l'ANEL, l'éditeur aurait dû s'interroger en constatant une oeuvre presque parfaite.

Je ne devrais peut-être pas, mais je me réjouis presque de cette nouvelle.

Quand j’ai vu Laura l’immortelle arrivé en librairie et que j’ai constaté que Marie-Pier Côté n’avait que 12 ans, j’étais sceptique et surtout conscient que l’éditeur voulait profiter de la vague Alexandra Larochelle pour faire, espérait-il, un coup d’argent. Mal lui en prit, on dirait bien.

Cette jeune fille, quant à elle, rêvait probablement de devenir une vedette. Ne connaissant pas les règles de l'édition et aveuglée par son rêve, elle a naïvement plagié le travail d’un autre sans en mesurer les conséquences. Si la télé-réalité permet de devenir une super star en quelques semaines sans avoir aucun talent, il en est tout autrement si on veut devenir un écrivain. Je crois bien qu’elle vient de l’apprendre à ses dépends!

À son âge, je rêvais aussi de devenir écrivain. C'est le premier métier que j'ai voulu faire. Je n'ai pas brûlé (excusez le jeu de mot, il s'est imposé) d'étapes. J'ai vécu ma vie d'enfant et une fois devenu grand, je n'ai pas cessé d'écrire et de réécrire mes textes. Aujourd'hui, je ne suis pas une super vedette littéraire, mais j'ai deux romans à mon actif et plusieurs projets en chantier. Je suis très content de la vie que je mène.

Cette histoire est une belle leçon d’humilité pour l'éditeur et une très grande leçon de vie pour cette fillette qui devra maintenant rêver autrement.

mars 12, 2007

Le vide

Je ne suis pas un amateur de thriller, mais je ne peux résister à l’univers de Patrick Senécal. Je me fais toujours une joie de découvrir ce qu’il a de nouveau à nous offrir. Plonger dans ses romans comprend toujours une part de risque pour le lecteur qui n'en sort jamais tout à fait indemne. Celui-ci ne fait pas exception à la règle, même que... Disons, que j'étais content de le terminer ce matin, question de respirer un autre air moins vicié.

Dans Le vide, on suit trois personnages dont les destins s’entrecroisent et s’entremêlent sans arrêt. Max Lavoie est un riche milliardaire qui produit et anime Vivre au Max, l’émission à sensation qui bat tous les records d’audience. C’est une télé-réalité sans limite où les gens réalisent des rêves de tous genres. Frédéric Ferland est un psychologue désabusé par son travail qui cherche des sensations nouvelles pour se sentir en vie. Pierre Sauvé est un détective ayant survécu à une terrible tuerie en plein cœur de Drummondville. Il a du mal à s’en remettre. Évidemment, le vide est l’élément qui unit tout ce beau monde. Si vous connaissez le travail de Senécal vous savez que tous les ingrédients sont présents pour créer un bon thriller.

À part une scène particulièrement dérangeante vers la toute fin qui m'a presque fait vomir, c’est surtout l’aspect psychologique qui est poussé à sa puissance maximale plutôt que l’action en elle-même. Il prend le temps d’installer lentement les ficelles de son intrigue. Non seulement ça fonctionne, mais c’est nécessaire dans les circonstances. Senécal réussit excessivement bien à cerner ce vide existentiel que nous ressentons tous un jour ou l’autre. À la lecture du roman, le vide s’insinue en nous presqu’à notre insu. Plus on avance dans la lecture, plus on sent un certain vertige qui peut se transformer en angoisse profonde si on est moindrement vulnérable. Les âmes fragiles ou dépressives doivent vraiment s’abstenir de lire ce livre car le portrait qu'il brosse de l'existence, de l'être humain et de nos sociétés est loin d'être reluisant.

Si vous n'avez pas froid aux yeux, plongez tête première dans Le vide. Vous ne le regretterez pas, c'est un bon Senécal.

Le vide, Patrick Senécal, ALIRE, 642 pages


mars 09, 2007

De belles rencontres

Dans le cadre de l’émission littéraire Encrage que j’anime et réalise chaque samedi sur les ondes de CKRL, saison après saison mon équipe et moi avons la chance de nous entretenir régulièrement avec des auteurs de tous horizons. Contrairement à beaucoup de journalistes affectés au monde littéraire, nous prenons le temps de lire les ouvrages de nos invités. Si parfois l’exercice s’avère pénible, en d’autres occasions il nous permet de faire d’heureuse découvertes et de belles rencontres qui avaient toutes les chances de ne pas l’être.

C’est ce qui m’est arrivé dernièrement avec François Lavallée, Sylvie Leblanc et Geneviève Porter. L’entrevue que j’ai menée avec chacun d’entre eux a été un beau moment d’échanges autour de leur travail respectif. Aucun n’a la prétention d’avoir écrit le livre du siècle, mais ils sont tous mués par un réel désir d’écrire et de partager leur passion.

En lisant leurs livres, je n’ai pas eu de révélations littéraires mais j’ai senti (et de les rencontrer en personne me l’a confirmé) une démarche sincère et honnête dans leur travail. Ce qui en résulte est aussi intéressant que de bien des livres d’auteurs confirmés que j’ai pu lire dernièrement.

Dans son recueil de nouvelles Dieu, c’est par où (Guy St-Jean), François Lavallée soulève des questions existentielles auxquelles ses personnages sont confrontés. En utilisant des situations de tous les jours, il les prend à un tournant important de leur vie. Il le fait avec intelligence, humour, simplicité et vérité.

Dans Le bonheur au quotidien (Novalis), Sylvie Leblanc utilise des moments difficiles vécus avec son mari et ses enfants pour illustrer le fait que le bonheur peut être puisé à même ces situations. Ce livre de psychologie pratique écrit sous forme de témoignage personnel peut certainement aider des gens parfois dépassés par la dure réalité de leur quotidien. C’est parfois naïf, mais toujours sincère.

Dans Les sens dessus dessous (Guy St-Jean), Geneviève Porter aborde la nouvelle sous l’angle du fantastique et flirte parfois avec le polar. Elle s’amuse à déjouer la réalité en faisant basculer ses personnages dans les méandres du temps et de leurs craintes profondes. C’est parfois un peu appuyé, mais dans l’ensemble c’est senti et ça demeure un recueil de nouvelles bien construit.

Bref, de belles rencontres et beaucoup de préjugés en moins!

mars 05, 2007

Bonheurs d'occasion

Avec cette nouvelle rubrique, je souhaite mettre en lumière des titres qui, même s’ils ne se retrouveront pas en haut de mon palmarès annuel, valent la peine qu’on s’y attarde. Des titres qui ne feront malheureusement pas la une des cahiers livres et qu’on pourrait facilement oublier. Ce serait dommage. En vous en parlant, je me dis qu’ils vous plairont peut-être encore plus qu’à moi? Dépendamment de la sensibilité de chacun, je crois qu’ils en ont le potentiel.

Le reste du temps, Esther Croft (XYZ) : un court recueil de nouvelles dans lequel on suit plusieurs personnages confrontés au spectre de la mort, à la vie qui bascule. Esther Croft, dans un style concis et très efficace, scrute chacune de leurs réactions pour faire ressortir toute la fragilité de la vie. C’est d’une grande justesse et, surtout, ça s’inscrit dans une réelle démarche d’écrivain. Et ça, ça ne ment jamais.

Le passeur d’éternité, Roland Fuentès (L’instant même/Les 400 coups) : Ce court roman, dont l’action se passe au XVIIIème siècle, est construit autour du personnage énigmatique de Maladite, un collectionneur d’art et artiste lui-même. C’est un peu sous la forme d’un conte ou d’une légende qu’il nous est présenté. C’est très réussi. L’ambiance qu’il installe est très forte. L’écriture de Fuentès ne laisse pas le lecteur indifférent. Une belle découverte que l’univers de cet auteur dont le travail est à surveiller.

L’homme ralenti, J.M. Coetzee (Seuil) : je n’ai même pas encore lu les œuvres majeures de ce prix Nobel de la littérature et je l’aime déjà beaucoup. Fin observateur de la nature humaine, Coetzee met souvent ses personnages dans des contextes déstabilisants. Ici, Paul Rayment, affecté par la perte d’une jambe, donc aux prises avec une certaine incapacité à se mouvoir est confronté à sa solitude et au vieillissement. Au moment où on s’y attend le moins, pour notre plus grand plaisir je dois le dire, il fait apparaître le coloré personnage de la romancière Élisabeth Costello (héroïne principale de son précédent roman). C’est son arrivée qui apporte une profondeur et un souffle à ce roman, qui, sans être une œuvre majeure de la littérature, est tout à fait réussi.

Un été en banlieue, François Désalliers (Québec-Amérique) : j’avais mentionné rapidement ce titre dans un commentaire, mais je reviens à la charge parce que je crois sincèrement que François Désalliers (que j’avais découvert avec L’homme-Café) mérite de se faire connaître par un plus large public. C’est un excellent conteur et il sait ficeler de bonnes histoires simples qui ont du souffle. Elles ont du souffle parce que tous ses personnages ont de la substance. Dans celui-ci, on suit les élucubrations amoureuses et existentielles des membres d’un ciné-club privé. Grave, léger et jamais ennuyant.

Vous laisserez-vous tenter par l’un d’entre eux?

février 19, 2007

Cinq choses que vous ne connaissez peut-être pas de moi

Une tag entre bloggeurs fait rage depuis plusieurs semaines. Faisant ma petite affaire dans l’ombre, je pensais y échapper. Eh, non! Carole m’a choisi et je dois donc vous dévoiler cinq choses que vous ne connaissez peut-être pas de moi.

Pour rester dans l’esprit culturel de mon carnet, je m’attarderai à mes habitudes de lecture :

1. Lorsque nous étions jeunes, mes sœurs, mon frère et moi sommes inventés un jeu littéraire. Nous lisions jusqu’à la barre. Je vous explique. Ayant chacun un livre, à tour de rôle nous en lisions un extrait à voix haute et nous arrêtions notre lecture dès que nous tombions sur une barre de dialogue. C’était souvent court et parfois très long (voire interminable), selon le roman que nous étions en train de lire. C’était tout de même une activité stimulante autour du livre.
2. L’idée du cordonnier mal chaussé n’est pas un mythe. Je suis libraire, mais mes livres ne sont pas du tout classés à la maison. Peut-être un peu par genre, et encore!
3. Chaque matin, je lis une heure, une heure et demie. Si je n’ai pas ce temps de lecture, je passe une mauvaise journée.
4. Je ne suis plus capable de lire un seul livre d’une traite. Au fil du temps, je suis devenu un lecteur ayant un trouble de comportement, une sorte d’hyperactif de la lecture. Je lis toujours 4 livres en même temps (2 adultes et 2 jeunesses). Je saute de l’un à l’autre en lisant environ une vingtaine de pages de chaque livre. Je suis parfois des semaines sans en finir un seul et certains matins, je peux en finir deux d’un seul coup.
5. C’est très enfantin, mais c’est en partie le hasard qui détermine mes choix de lecture. J’en ai trop à lire et choisir pourrait devenir une torture. Par exemple : si ce matin je termine la lecture d’un livre adulte et qu’il comptait 444 pages, je retiens le chiffre 4. Alors, je plonge dans ma pile adulte et je coupe chacun des livres au hasard et lorsque je tombe sur une pagination finissant pas 4, je le mets de côté. Une fois ce processus terminé, je choisis un titre dans tous ceux mis de côté. Je ne me passerais plus de ce petit jeu. Ce moment fait autant partie de mes plaisirs de lecture que le reste.

Vous connaissez maintenant mes drôles d’habitudes de lecture!

En principe, je devrais donner la tag à cinq autres bloggeurs, mais je me contenterai de trois puisque j’en connais peu. En espérant qu'ils accepteront, je demanderais à mes acolytes de Septentrion de se prêter au jeu : Sophie, Gilles et Ginette.

Je serais également curieux d'en savoir plus sur les lecteurs de ce carnet. Avez-vous des secrets ou de drôles d'habitudes à nous dévoiler?

février 13, 2007

Réveillez-vous, Monsieur!

Lorsqu’il est question d’humour en littérature, je ne suis pas toujours preneur. Par contre, quand l’humour est fin, intelligent et un peu absurde comme celui qu’on retrouve dans Réveillez-vous, Monsieur!, j’adhère haut la main.

Difficile de résumer l’histoire de ce roman, mais disons qu’on suit les pérégrinations d’Alan Blair, un jeune auteur (un peu en panne) de trente ans, célibataire luttant constamment contre son alcoolisme. Son valet prénommé Jeeves, qu’il a pu se payer après avoir gagné une cause très payante, le suit partout. Jeeves supporte ses nombreux états d’âme et, comme tout bon valet qui se respecte, ne répond que par des phrases brèves à la « Oui, Monsieur ».

L’action se passe en bonne partie aux environs de New York dans une fondation où les artistes sont (en principe) invités à y séjourner pour parfaire leur art. Souvent entraîné par d’autres, Alan Blair profite de son séjour d’une drôle de façon. Il a le don de se mettre les deux pieds dans les plats, mais en même temps il n’a pas le profil du parfait gaffeur. Disons que c’est un sympathique gentleman maladroit désinvolte.

Tout au long du roman, c’est comme si on était plongé dans la tête d’Alan Blair (et dieu sait qu’il s’en passe des choses à cet endroit!). Lorsqu’il ne s’auto-psychanalyse pas, il théorise sur la vie de façon assez originale. On a droit à des réflexions complètement absurdes, saugrenues, lucides, inusités, stupides, rafraîchissantes et surprenantes.

Bref, au pays de Jonathan Ames, on ne s’ennuie jamais. Réveillez-vous, Monsieur! m’a fait rire de bon cœur du début à la fin. Un vrai livre tonique pour lecteur un peu las de lectures exigeantes ou tout simplement en quête d’un excellent roman à lire.

(Merci Denis pour cette belle découverte!)

Réveillez-vous, Monsieur!, Jonathan Ames, Éditions Joelle Losfeld, 444 p. ($44.50)

février 11, 2007

Sonde ton coeur, Laurie Rivers

Après un silence de cinq ans, le nouveau Bourguignon était l’un des titres les plus attendus de l’hiver. Si Un peu de fatigue explorait avec brio la crise de la quarantaine, dans Sonde ton cœur, Laurie Rivers, dont toute l’action du roman se passe aux États-Unis en mettant en scène uniquement des Américains, l’auteur a voulu explorer une autre facette de son écriture en nous amenant dans un univers complètement différent de ce qu’il nous avait offert jusqu’à maintenant. Pour un auteur, ce genre de pari est un peu risqué, mais en même temps, ça démontre une volonté d’aller plus loin dans une démarche d’écriture. C’est probablement l’aspect le plus intéressant de ce roman, car selon moi, malgré toutes ses bonnes intentions, il n’a pas réussi son pari.

J’ai eu du mal à m’attacher et à comprendre les véritables motivations de cette enseignante (Laurie Rivers) qui décide d’aider et de prendre en main une jeune étudiante obèse (Alice). On a l’impression que ça arrive de nulle part. C’est précipité et mal amené. Même si tout se révèle à la fin, je n’avais pas plus envie de les connaître, ses motivations. Je n’ai ressenti aucune forme d’émotion pendant ma lecture. Si, une certaine lassitude et un détachement par rapport à ce que les personnages pouvaient vivre.

Sonde ton cœur, Laurie Rivers est un roman correct, sans plus. Son principal problème est son manque de profondeur. C’est comme si Stéphane Bourguignon s’était trop concentré sur la forme au détriment du contenu. On ne sent aucun investissement de sa part dans ses personnages, tous sans exception. Il n’a pas pris le temps de définir leur psychologie, leurs contours et de bien les camper dans un cadre précis, ce que nous retrouvons habituellement dans la bonne littérature américaine.

Bourguignon parle beaucoup mieux de son projet que ce qu’il nous donne à lire. Ce que j’ai lu n’est pas ce qu’il présente. Oui, en forçant, en adaptant mon regard par rapport à ce que j’ai pu l’entendre dire en entrevue. Ce n’est pas normal. Une œuvre devrait parler d’elle-même sans avoir besoin de l'auteur pour la décoder.

Ce roman "à l'américaine" n'était peut-être pas une si bonne idée finalement!

février 07, 2007

Maxime-Olivier Moutier

Je ne pensais jamais écrire un billet sur cet auteur. Je pensais encore moins le faire de façon aussi positive. Pire, je ne pensais jamais relire un roman de Maxime-Olivier Moutier. Ses Lettres à mademoiselle Brochu sentaient la redite. Je l’avais lâché en plein milieu sans jamais le finir. Je trouvais qu’il était allé jusqu’au bout de son style incisif, nerveux, baveux et narcissique qui m’avait au préalable beaucoup interpelé dans son lucide recueil de nouvelles Risible et noir et touché dans son vibrant roman Marie-Hélène au mois de mars.

Grâce au Prix des libraires du Québec, j’ai lu le dernier Moutier qui marquait son retour à la vie littéraire après cinq ans d’absence. Et quel retour! En lisant Les trois modes de conservation des viandes on découvre un auteur d’une grande maturité en pleine possession de ses moyens. C’est la vie qui veut ça et c’est tant mieux. Cette maturité est palpable au détour de chaque phrase et c’est ce qui insuffle une telle force à ce roman inespéré. Le regard qu’il pose sur lui et sur les autres n’est plus le même qu’avant. Si son propos est toujours un peu provoquant, son écriture est maintenant plus nuancée, plus posée, plus réfléchie et beaucoup plus sentie. Ça se sent du début à la fin. Comme quoi un long temps d’arrêt peut parfois s’avérer salutaire pour un auteur.

Les trois modes de conservation des viandes m’a tant plus parce que j’ai aimé sa vision humaine, aimante et réaliste du couple et de la vie de famille. Son point de vue sur la paternité, en plus de m’apparaître assez juste, est à la fois percutant et touchant.

Au sujet du rôle des parents, il écrit ceci : « grâce au progrès, au siècle et à sa science, les enfants, ça n’entrave plus les désirs et le choix des adultes. Plus maintenant ».

Et de l’amour : « Car quand bien même je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ».

C’est ça le nouveau Moutier et on a hâte au prochain.

janvier 23, 2007

Prix des libraires du Québec 2007 - les finalistes

Rien ne va plus, les jeux sont faits!

Le comité du Prix des libraires du Québec s'est réuni jeudi dernier. Nous avons mis en commun nos choix respectifs. Après le cumule de tous les pointages, nous obtenons cette belle sélection:

Romans québécois

La fabrication de l'aube, Jean-François Beauchemin (Québec-Amérique)
La clameur des ténèbres, Neil Bissoondath (Boréal)
Iphigénie en haute-ville, François Blais (L'instant même)
La rivière du loup, Andrée Laberge (XYZ)
Mitsuba, Aki Shimazaki (Leméac/Actes sud)

Romans hors Québec

L'histoire de l'amour, Nicole Krauss (Gallimard)
Les bienveillantes, Jonathan Littell (Gallimard)
Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer (de l'Olivier)
Il faut qu'on parle de Kevin, Lionel Shriver (Belfond)
Ouest, François Vallejo (Viviane Hamy)

Selon vous, qui remportera dans chacune des catégories? Les paris sont ouverts...

N.B. tous les libraires du Québec ont jusqu'au 23 mars prochain pour voter.

janvier 19, 2007

Deception point #2

Je les attendais avec beaucoup d’impatience l’automne dernier. Je les ai lus. J’ai été déçu. C’est comme ça!

Les murs blancs de Linda Amyot (Leméac) : Après l’émouvant et percutant Ha Long qui traitait habilement de l’adoption internationale, Linda Amyot aborde de façon intimiste le sujet de la maladie (le cancer en l’occurrence). En suivant trop de pistes (tout l’entourage du personnage principal) et à trop vouloir saisir l’indicible, l’intensité du propos se dilue de même que l’intérêt du lecteur. Dommage!

La lune dans un HLM de Marie-Sissi Labrèche (Boréal) : Avec ce troisième roman, Marie-Sissi Labrèche est peut-être en train de démontrer qu'elle n'est pas une grande romancière. Selon moi, elle n'est pas parvenue à créer une histoire cohérente en utilisant les vraies lettres écrites à sa mère (je) en alternance avec un personnage inventée de toute pièce (il). Le lien semble forcé et on a du mal à croire à son personnage de Léa qui manque visiblement de profondeur. En plus, du début à la fin, on y décèle des tics d'écriture qu'on ne permettrait pas à un jeune auteur. En voici un exemple probant: "Elle voudrait qu'elle l'adopte, qu'elle fasse d'elle le fruit de ses entrailles est béni...".

L’amour humain d’Andreï Makine (Seuil) : Ayant pour toile de fond les révolutions angolaise, cubaine et russe, Makine délaisse son sujet de prédilection (l’amour) au profit d’un discours plus politique. On peut saluer son audace, mais l’exercice ne m’a pas semblé convainquant. J’ai compris son intention, mais je n’ai pas eu l’impression de lire ce qui se cachait derrière cette intention. Résultat : je me suis perdu tout au long du roman. N’eût été de la qualité de son écriture et de toute l‘admiration que je porte à cet auteur, je ne me serais jamais rendu jusqu’au bout. On est bien loin de La musique d'une vie.

Une belle éducation de France Théorêt (Boréal) : Pour qu’un récit puisse aspirer au titre d'oeuvre littéraire, il faut absolument qu’il soit porté par l’écriture. Je ne crois pas que ce soit le cas avec ce dernier titre de France Théorêt. L’écriture est peut-être trop minimaliste et l'auteure trop en retrait par rapport à son sujet. Plutôt que de donner de la puissance, de la profondeur et de l’émotion à son propos, ça lui en enlève. Ne reste plus qu’un témoignage honnête d’une enfance difficile.

Magnitude 9.0 de Maxime Mongeon (Leméac) : Depuis la parution de son premier roman (Une seconde d’achèvement), j’ai envie de suivre le travail de Maxime Mongeon. Je sens que, tôt ou tard, il peut nous offrir une œuvre importante. L’œuvre attendue n’est pas celle-ci. Dans Magnitude 9.0, qu’ils se trouvent à Montréal, Vancouver, Cuba ou en Thaïlande, tous les personnages de ce troisième roman subissent les contrecoups des dérèglements planétaires. Nous comme lecteur, d’un paragraphe à l’autre, on nage en eaux troubles. Tout au long, on a vraiment du mal à suivre le déroulement de l'action. On ne sait pas toujours où on se trouve, qui parle, qui pense, qui fait quoi et qui est qui par rapport à qui. S'il est volontaire, le flou ne fonctionne pas.

décembre 22, 2006

Palmares 2006: lectures

Voici la liste des dix livres que j'ai le plus aimés au cours de cette année qui s'achève:

1. Il faut qu'on parle de Kevin, Lionel Shriver (Belfond)
2. Le temps n'est rien, Audrey Niffenegger (J'ai lu)
3. Un sentiment d'abandon, Christopher Coake (Albin Michel)
4. Generations of love, Matteo B.Bianchi (Grancher)
5. Puisque rien ne dure, Laurence Tardieu (Stock)
6. Hadassa, Myriam Beaudoin (Leméac)
7. Mitsuba, Aki Shimazaki (Actes sud/Leméac)
8. Palimpseste, Gore Vidal (Galaade)
9. Patricio, je t'aime. Papa., Walter Veltroni (Galaade)
10. L'usage de la photo, Annie Ernaux/Marc Marie (Folio)

De votre côté, quels sont les titres qui vous ont fait vibrer cette année?

décembre 05, 2006

Puisque rien ne dure

Non, je ne suis pas déprimé en ce moment. Je le suis encore moins lorsque je fais de belles découvertes comme ce petit bijou de roman de Laurence Tardieu Puisque rien ne dure (Sotck). Cette réussite tient en très peu de pages (128). Laurence Tardieu possède l'art de la concision. Chaque mot semble avoir été pensé et soupesé avant d'avoir été fixé sur le papier. En même temps, tout est d'une simplicité désarmante et d'une grande puissance évocatrice. Tout pour me plaire.

La disparition est au coeur de ce roman. La disparition d'un enfant, Clara, la petite fille de Vincent et Geneviève. Clara qu'ils ne reverront jamais. Vincent et Geneviève qui s'aimaient d'un amour vrai, d'un amour grand. Mais comment préserver ce qui a été avant, comment survivre après une telle épreuve ?

En nous faisant plonger tour à tour dans la réalité de Vincent et de Geneviève, Laurence Tardieu posent plusieurs questions fondamentales et existentielles. Elle le fait avec retenue en faisant preuve de beaucoup d'intelligence et de sensibilité. C'est une auteure à part entière à n'en pas douter.

Puisque rien ne dure est, malgré sa gravité, une belle histoire d'amour comme on les aime car elle finit tristement.

Je vous laisse sur ces quelques extraits :

"J'ai perdu le chemin qui mène aux autres" p.40

"Je ne savais pas que la douleur éloignait tant des autres." p.58

"La valeur d'une vie tient aux choix que l'on fait." p.120

novembre 13, 2006

Il faut qu'on parle de Kevin

Ça fait plus d'une semaine que j'ai terminé la lecture de ce livre et je suis encore sous le choc. Mes réactions ne sont qu'émotives lorsque je viens pour en parler. Je cherche mes mots. Aucun ne semble adéquat. C'est rare qu'une lecture me fait cet effet. Je me souviendrai toujours de la confession sans concession d'Éva, cette mère d'un jeune adolescent responsable d'une tuerie à son école. Elle prend à témoin son ex, le père de Kevin, en lui adressant des lettres dans lesquelles elle cherche à comprendre le geste de leur fils. La tuerie est le prétexte idéal pour parler de nos sociétés modernes sclérosées, de notre quête existentielle (ou la perte de cette quête).

C'est un direct en pleine gueule que nous envoie Lionel Shriver à travers cette histoire déchirante. Elle ose dire tout ce que l'on ne doit pas dire à une époque en pleine négation de la nature humaine profonde.

En dire plus serait inutile. Il faut qu'on parle de Kevin est un roman exceptionnel, un coup de massue littéraire. Quand j'ai refermé le livre après l'avoir terminé, sonné et ému, je me suis dit que c'était pour faire des rencontres littéraires comme celle-là que j'aimais autant la lecture.

Est-ce nécessaire d'ajouter que c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis des années?

novembre 03, 2006

Deception Point

Après une trop longue absence causée par des problèmes informatiques, me voilà de retour. D'ailleurs, ce billet me trotte dans la tête depuis longtemps alors que, au fil de mes lectures des derniers mois, je n'allais que de déception en déception. Pour un lecteur toujours avide de petits bijoux littéraires, c'est pour le moins frustrant. C'est un peu le revers du métier de libraire qu'on a tendance à idéaliser comme si nous ne lisions que de bons livres dans un plaisir toujours renouvelé. Ce n'est malheureusement pas le cas. Ce texte en sera la preuve.

Pour me libérer de ma frustration, j'ai pensé la partager avec vous. J'aimerais aussi que vous me fassiez part de vos propres déceptions question de se faire du bien ensemble.

Les titres choisis ne comprennent que ceux d'auteurs dont j'avais particulièrement aimé le travail auparavant.

Voici ce que ça donne:

- L'angoisse des poulets sans plumes de Sébastien Chabot (Trois Pistoles) : Tout est trop dans ce second livre de l'auteur du surprenant premier roman Ma mère est une marmotte. Un peu de sobriété dans l'écriture n'aurait pas fait de torts à son histoire familiale pour le moins tordue. Malgré tout, on lui donnera une troisième chance.

- Le labyrtihne du temps de Maxence Fermine (Albin Michel): Cette pâle arabo-fable pour adulte ne parvient jamais à décoller. On a du mal à croire qu'elle provient de l'auteur qui a signé le superbe roman Amazone. Fermine commence peut-être à souffrir du syndrome de surproduction dont souffre Amélie Nothomb. Un prochain titre décevant pourrait me faire décrocher.

- Un peu de désir sinon je meurs de Marie Billetdoux (Albin Michel): Ici, sont consignées les lettres que l'auteure envoie à son éditeur pour lui faire part de son désarroi existentiel suite au décès de son mari. Jamais on ne se sent partie prenante de son tourment et on s'ennuie de Raphaële qui nous avait donné de bons romans comme Mes nuits sont plus belles que vos jours.

- Une odyssée de Julien Bouissoux (de l'Olivier): L'odyssée en trois étapes un peu absurbe mais jamais drôle à laquelle nous convie l'auteur ne va nulle part. Il aurait eu intérêt à en faire trois histoires disctinctes plutôt qu'un interminable roman sans queue ni tête. N'est pas Martin Page qui veut. On ne reconnaît pas l'auteur du sensible et profond Juste avant la frontière.

- La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel (Les Allusifs): Une qualité exceptionnelle d'écriture (c'est la cas ici) ne fait pas nécessairement des livres extraordinaires. Ce recueil de Sylvain Trudel en est un bel exemple. Comme toile de fond, il utilise les thèmes éculés du sexe, de l'enfance et de la religion sans aucune originalité. On croirait lire un livre écrit il y a 25 ans. Si vous ne l'avez jamais lu, il faut lire Le souffle de l'harmattan.

- Eldon d'or d'Emilie Andrewes (XYZ): Avec ce deuxième titre, Émilie Andrewes semble avoir oublié de raconter une histoire intéressante pour rejoindre le lecteur. Si son écriture floue et l'intensité des personnages avaient séduit dans Les mouches pauvres d'Ésope, c'est plutôt un sentiment d'indifférence qu'elle crée dans Eldon d'or. Dommage! On peut permettre une faiblesse à cette très jeune auteure talentueuse.

- Chaque jour est un arbre qui tombe de Gabrielle Wittkop (Verticales): Ce roman posthume de cette auteure plutôt bizarre ne contient pas la force dont elle a su faire peuve par le passé. Le titre est sujet à une moquerie facile que je ne ferai pas. Je vous mets plutôt au défi de lire La marchande d'enfants. C'est le roman le plus dérangeant que j'ai pu lire de ma vie. Pour lecteurs qui sont capables d'en prendre.

- Ni toi ni moi de Camille Laurens (P.O.L.): Ce nouveau roman de Camille Laurens n'est pas mauvais en soi mais il n'est pas non plus à la hauteur de son talent. En lisant Ni toi ni moi, dans lequel elle transforme habilement ses échanges de courriels avec un cinéaste travaillant à l'adaptation d'un de ses textes, on y décèle un potentiel qui n'aurait pas été exploité complètement. La dernière partie sauve la mise mais c'est trop peu trop tard malheureusement. On lira les suivants sans hésitation. Je conseille fortement Dans ces bras-là, un superbe hommage aux hommes.

Voilà! Je me sens déjà mieux (et légèrement méchant :-)

septembre 22, 2006

Hadassa

Jusqu'à maintenant, la plus belle surprise de la rentrée littéraire se nomme Hadassa (Leméac). Écrit par Myriam Beaudoin, une jeune et talentueuse auteure, ce roman nous fait pénétrer dans l'univers des juifs hassidiques de Montréal. Le roman débute alors qu'une enseignante catholique doit donner son premier cours de français à de jeunes filles juives de 11-12 ans. C'est, en quelque sorte, le choc des cultures. Elle s'attache particulièrement à l'une d'entre elles prénommée Hadassa. Et là, on entre dans un univers ahurissant. On est projeté dans un tout autre monde alors qu'il est tout près de nous.

Le plus remarquable dans le travail d'écriture de Myriam Beaudoin est qu'elle semble mettre tout son talent uniquement au profit de son écriture. Elle ne cherche jamais à épater la galerie. Au contraire, tout est d'une simplicité, d'une sincérité et d'un respect étonnant. C'est ce qui fait toute la force de ce roman. Dès les premières lignes, elle installe une ambiance forte qui nous rend captif du début à la fin. De par sa singularité, Myriam Beaudoin se distingue et apporte une voix nouvelle au paysage littéraire québécois.

Je vous laisse sur cet extrait:

"On m'offrit alors un budget de cinq cents dollars, une minuscule pièce, sombre et froide, attenante au gymnase, et on exigea que chaque nouveau titre passe au comité de censure. Habituées depuis la maternelle, les filles ne chercheraient pas à savoir pourquoi, dans les nouveaux livres, un trait de feutre noir couvrait les jambes et les bras nus, les cochons et les églises, ni pourquoi plusieurs fois par page, des mots étaient rayés et remplacés par des termes manuscrits."

Pour en savoir plus sur l'auteure: http://myriambeaudoin.com/

août 15, 2006

Jet d'encre

Jet d'encre, c'est une super belle revue littéraire chapeautée par le département des lettres de l'Université de Sherbrooke. Depuis trois ans, les collaborateurs font tous les efforts nécessaires afin d'offir une revue de grande qualité. Le résultat, à commencer par l'esthétisme de la revue, est assez remarquable. Depuis trois ans, ils se débattent pour la faire connaître, la rendre visible et rejoindre les amateurs de littérature. Cet aspect est beaucoup moins évident. Jet d'encre est encore trop méconnue et mérite qu'on s'y attarde. Si on tarde trop à la découvrir, elle risque de faire naufrage comme tant d'autres projets culturels de qualité. Je tiens cette triste information de mon amie July qui s'implique dans ce projet depuis le début. Dans le dernier numéro tout rose (Été 2006 - numéro 8), elle signe une courte nouvelle très intense. Vous y trouverez également des textes de Luc Larochelle, France Daigle, Pierre Nepveu et de plusieurs jeunes auteurs à la plume singulière.

En résumé: les ventes des prochains numéros seront cruciales pour l'avenir de la revue (en guise de solidarité, je me suis empressé d'acheter mon exemplaire et je compte récidiver lors des parutions prochaines).

Mon billet s'adresse avant tout aux lecteurs mais également à mes collègues libraires qui n'auraient pas cette revue sur leurs rayons. Quelques points de vente supplémentaires profiteraient sûrement à Jet d'encre.

Si vous voulez en savoir plus sur Jet d'encre, je vous invite à consulter leur site web au lien suivant:
http://www.pages.usherbrooke.ca/jet_dencre/public_html/index.html

juillet 28, 2006

Le temps n'est rien

Avant de partir en vacances, quelques mots pour vous parler du roman par excellence à lire durant vos vacances, et ce, que vous soyez un homme ou une femme. Il s'agit du surprenant Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger (J'ai lu, 17.95), une histoire d'amour métaphysique dans laquelle on plonge sans pouvoir en sortir tellement c'est fascinant. Vous oublierez tout pendant votre lecture. Vous ne serez qu' avec Claire et Henry, hors du temps. Vous risquez de passer à travers une gamme d'émotions qu'on ressent rarement à la lecture d'un roman. Bref, un plaisir complet. Je dois cette découverte littéraire à mon confrère Patrick du Prix des libraires. L'amour des livres se situe également à ce niveau, celui de pouvoir se passer le relais les uns aux autres. C'est à mon tour de vous mettre sur cette piste. Bonnes lectures de vacances!

juillet 19, 2006

De sang-froid

Je me promettais de lire De sang-froid de Truman Capote depuis 1989! C'est un auteur que j'aime beaucoup mais j'y résistais toujours probablement à cause du sujet. 17 ans plus tard, c'est chose faite grâce à l'impressionnant film Capote de Bennett Miller et l'incroyable prestation de Philip Seymour Hoffman dans le rôle de l'auteur (je ne suis pas le seul, le roman est remonté dans les palmares de ventes des librairies). Le film, qui retrace toute l'enquête de Capote autour d'un quadruple meurtre crapuleux et qui se transforme en quête existentielle maladive pour devenir De sang-froid (son plus grand succès littéraire), est tout simplement fascinant. Donc, avant d'entamer ma lecture, je possédais toutes les clés qui me permettaient de connaître tout le cadre et le propos du roman et d'en comprendre tout le processus de création. J'avais accès à l'envers du décor, en quelque sorte. Peut-être un peu trop. Le roman, qui a tout de même réussi à maintenir mon intérêt du début à la fin, n'est jamais parvenu à créer sur moi le même effet ressenti à la vision du film. Malheureusement, ma lecture de De sang-froid n'aura pas été une expérience inoubliable. Il m'a, par contre, davantage fait apprécier le film. Bennett Miller est peut-être parvenu à amener encore plus loin une oeuvre déjà marquante en en créant une autre plus forte! Pour apprécier le roman à sa juste valeur, je crois qu'il est préférable de le lire avant le visionnement de Capote, le film. Votre expérience n'en sera que plus mémorable.

juillet 04, 2006

Palimpseste

Hier matin, j'ai terminé la lecture de l'impressionnant "Palimpseste" de Gore Vidal et j'en suis encore tout habité. J'ai l'impression d'avoir fait une rencontre marquante comme ce fut le cas il y a quelques années après la lecture de "La symphonie des adieux" d'Edmund White (disponible en 10/18). Deux auteurs intègres au style flamboyant qui nous parlent d'une autre Amérique, celle qu'on devrait mieux connaître probablement. Dans "Palimpseste", Gore Vidal relate les 39 premières années de sa vie (d'une richesse inouïe) de manière imparfaite, parfois floue, faussement vraie comme l'est la mémoire, du moins celle qui subsiste. En même temps, c'est d'une honnêteté remarquable. À travers les 600 pages, on croise Anaïs Nin, Truman Capote, Jack Kerouac, John F. et Jackie Kennedy, Tennessee William et une foule de gens qui ont marqué l'histoire américaine du siècle dernier. C'est fait avec beaucoup d'adresse et on ne s'ennuie jamais même si on connaît mal l'Amérique des années 40-50 et 60, même si on a jamais lu (c'était mon cas) Vidal. C'est certain que je lirai éventuellement (j'en ai tellement à lire) "Un garçon près de la rivière" (disponible chez Rivages poche) et "Kalki" (rééditer tout récemment chez Galaade).



Éric Simard est actuellement responsable de la promotion pour les éditions du Septentrion. Il a été libraire pendant plus de quinze ans. Par le passé, il a également travaillé pour une compagnie de disque, une maison d'édition et pour une compagnie de théâtre. Il en est à sa cinquième année à la barre de l'émission littéraire Encrage, diffusée sur les ondes de CKRL à Québec. Il a fait des chroniques littéraires à la télé de Radio-Canada et à TVA ainsi que dans le journal Le libraire pendant cinq ans. Il a deux romans à son actif Cher Émile (Hamac) et Martel en tête - titre épuisé (Intouchables). Il a été scénariste pour la populaire émission jeunesse Macaroni tout garni.

Ouvrage de cet auteur publié au Septentrion

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