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janvier 16, 2008

Chacun son métier #7

Voici un chacun son métier tout à fait personnel.

Le 24 janvier prochain, ce sera ma dernière journée de travail en tant que libraire à la réputée librairie Pantoute.

Le 28, ce sera ma première journée chez Septentrion à titre de Responsable de la promotion. Je continuerai également de codiriger la collection hamac.

C'est une belle grosse bouffée d'air frais (légèrement angoissante) dans ma vie. J'en avais besoin. Je suis prêt à faire le saut même si je renonce à un métier que j'affectionnais particulièrement.

Qu'à cela ne tienne, le monde de l'édition m'ouvre ses portes grâce à Septentrion et je compte bien m'y tailler une belle place. En attendant, j'ai quelques croûtes à manger et toute la motivation de la terre pour y arriver.

décembre 11, 2007

Leçon de base en quatre étapes

Au fil des années, la période des fêtes capitaliste a vu poindre le phénomène des listes de Noël qui viennent enlever toute créativité et spontanéité à la course folle aux cadeaux. On retrouve de tout sur ces fameuses listes et surtout beaucoup de choses introuvables, au grand dam de celui qui l’a entre les mains.

Évidemment, on retrouve des suggestions de livres datant de Mathusalem ou difficilement trouvables en librairie. On a beau le dire au client, ce dernier s’entête à vouloir offrir les titres qu’on a mis sur la liste. À moins de deux semaines avant Noël, l’entêtement continue. En librairie, on a rarement autant de demandes incongrues qu’en cette période de réjouissance qui ne l’est pas toujours. La clientèle, de plus en plus Adulte-Roi, ne semble pas comprendre les contraintes auxquelles on doit faire face pour recevoir un livre à temps pour Noël.

Voici une leçon de base en quatre étapes pour démystifier notre réalité.

1. Même les bonnes libraires généralistes ne peuvent tout avoir en magasin. Elles ne sont pas munies d’un énorme entrepôt dans lequel on retrouverait tous les titres en quantité industrielle. On laisse ça au Père Noël.

2. Si nous ne l’avons pas en magasin, reste la commande spéciale. S’il est disponible chez le distributeur, il faut prévoir un bon 7-10 jours de délai (il peut arriver avant mais ce n’est pas garanti). Ce délai peut paraître long, mais, au risque de vous décevoir, votre commande n’est pas envoyée directement chez le distributeur au moment même où on la prend. Elle peut se faire le lendemain ou le surlendemain et elle doit être traitée chez le fournisseur avant qu’elle nous parvienne, la plupart du temps, de Montréal. Non, vous ne pouvez pas l’acheter directement du distributeur. Non, vous ne pouvez pas la recevoir par Puro. Du cas par cas serait trop lourd à gérer.

3. Les livres demandés ne sont pas nécessairement disponibles chez le distributeur. Dans le jargon du métier, il y a plusieurs appellations : manquant, épuisé ou en réimpression. Manquant signifie que le distributeur n’en a plus en stock momentanément et qu’il attend sa commande de l’éditeur. Le délai : 4-6 semaines. Épuisé signifie que le livre n’est plus édité, donc impossible de le commander. Un statut de réimpression signifie que l’éditeur projette de le rééditer éventuellement mais on ne sait pas quand.

4. Certains éditeurs européens ne sont pas distribués au Canada. Il faut que la librairie offre le service de commandes européennes. Délai : plusieurs mois.

Voilà autant de contraintes qui fait que le livre convoité ait de fortes de chances de ne pas arriver à temps pour Noël. Nous servir l’argument que le livre existe et qu’il vous le faut absolument pour le 24 décembre ne sert à rien. Peu importe l’Adulte-Roi qui se trouve devant nous, dans notre monde réel, la magie n’existe pas.

Conseil de votre libraire : prévoyez donc un plan B!

octobre 01, 2007

Incroyable mais vrai

Si les voies de Dieu sont impénétrables, le comportement des clients est imprévisible et ne cessera porbablement jamais de me surprendre.

Aujourd'hui, je réponds à un appel. La demande est confuse. Je fais répéter. La dame me demande le côté bibliothèque. Je lui rappelle qu'elle a téléphoné à une librairie. Elle croit que je peux quand même l'aider. Je fronce les sourcils. Elle se lance. Elle voudrait parler à quelqu'un qui aurait lu un livre pour avoir son avis. De quel livre parle-t-on? Toujours dans la confusion la plus totale, elle me demande si quelqu'un serait en mesure de l'aider. Diplomate, je lui dis que je ne saisis pas exactement ce qu'elle veut. Je rajoute, par prudence et pour préparer le terrain, qu'elle n'est peut-être pas au bon endroit pour avoir une réponse à ses questions. Elle veut savoir si un libraire a lu La théorie de la relativité. Curieux, je lui demande pourquoi. Elle me dit qu'elle est en train de le lire et qu'elle bloque sur certains concepts. Elle a pensé faire appel à quelqu'un qui l'aurait lu pour l'aider dans sa lecture!!!!

Je mets un terme à ce mini cauchemar en lui disant poliment qu'elle était effectivement au mauvais endroit pour une telle requête. Avant que nous raccrochions chacun de notre côté, un malaise était palpable.

Ce genre d'épisode me décourage. Qu'est-ce qui se passe dans la tête des gens? On est libraire pas des encyclopédies vivantes du livre à qui on peut poser n'importe quelle question.

Je dois vous avouer que ce n'est pas juste dans la tête qui se passe de drôles de choses. Dernièrement, j'ai remarqué que de plus en plus de clients pétaient librement dans la librairie sans gêne et sans complexe. Encore ce soir, juste à côté de moi, une dame s'est laissée aller bruyamment à deux reprises et elle a continué à bouquiner comme si de rien n'était. Le client qui se trouvait tout près d'elle m'a regardé l'air de se demander s'il venait bien de vivre ça.

Malheureusement, ce n'est pas un cas isolé. C'est quoi cette attitude? La liberté d'expression à outrance?

Pour terminer sur une note plus positive, quoique surprenante, depuis une semaine, pas moins de trois clients m'ont serré la main après les avoir servis! Je crois que ça ne m'était jamais arrivé avant. Est-ce une nouvelle tendance liée au fameux Secret? Soyez ultra poli pour créer des liens indéfectibles et vous deviendrez riche rapidement...

L'être humain est définitivement surprenant.

août 03, 2007

C'est le temps des vacances

Première journée de vacances. Aujourd'hui, direction Chicoutimi pour plusieurs jours. Ce soir, je me promets de boire une bonne Brahma avec mon amie Chantal sur le bord de la piscine creusée de notre hotesse. J'apporte avec moi "Une situation légèrement délicate" de Mark Haddon (que je n'ai toujours pas terminé) et la seconde aventure de Molly Moon dans lequel elle arête le temps. C'est peut-être ce qu'il me faudrait en ce moment pour retrouver mes longues plages de lecture.

À bien y penser, je n'en ai pas très envie. Pour le moment, je préfère profiter de la vie autrement.


juillet 22, 2007

David contre Goliath #2

À trop vouloir vaincre on finit par périr, c'est bien connu. Depuis hier, nous en avons une belle démonstration là où je travaille et c'est directement en lien avec la sortie du dernier tome d'Harry Potter en anglais.

Le géant d'en face annonce fièrement un prix dérisoire dans la vitrine de son magasin: 24.97 (au lieu de 45.00). Nous, n'ayant pas les moyens de descendre aussi bas et refusant surtout d'embarquer dans cette surenchère ridicule du prix le moins élevé, affichons discrètement notre 34.95 à l'intérieur de la librairie, ce qui n'est pas si mal. Si Goliaht raffle toute la mise, les invendus retourneront simplement chez le distributeur.

Cependant, Goliath, trop sûr de lui, n'avait pas prévu la tournure que pouvait prendre le combat. Il manque rapidement de stock dès la première journée de vente. Les fans avides de connaître les aventures du célèbre sorcier n'ont qu'à traverser la rue pour se le procurer. Ils sont tellement heureux de le trouver qu'ils ne rechignent en rien sur le prix demandé. David continue de fournir à la demande et pourra le faire encore plusieurs jours sans se saigner à blanc.

Pendant ce temps, Goliath affiche toujours aussi fièrement son prix imbattable.

juillet 17, 2007

Petite ritournelle

Il n'est vraiment pas rare d'entendre des gens prononcer cette phrase pendant qu'ils font le tour de la librairie:

J'ai de la misère à entrer dans une librairie sans m'acheter de livres!

Ce n'est jamais fait discrètement, il va sans dire. Ces gens-là ont besoin d'être entendu et veulent surtout impressionner les personnes qui les accompagnent.

C'est à peu près tout ce qu'ils font. Jamais je ne les vois acheter un seul livre.

juin 21, 2007

De belles rencontres #2

Mon métier de libraire m’a encore permis de faire une autre belle rencontre en la personne de Monsieur Antoine Boussin, directeur commercial de chez Grasset. En fait, je le connaissais déjà un peu pour l’avoir vu à quelques reprises à la librairie ou au salon du livre, mais c’est la toute première fois que j’avais la chance de dîner en sa compagnie.

Je n’étais pas le seul chanceux car une quinzaine de libraires privilégiés ont été conviés au réputé restaurant Le Saint-Amour* pour la présentation de la rentrée automnale de la prestigieuse maison d’édition que Monsieur Boussin dirige depuis sept ans.

De la dizaine de titres présentés, deux ont particulièrement retenus mon attention : Un effondrement de Ghislaine Dunant et L’année de la pensée magique de Joan Didion. Le premier traite de la dépression et le second du deuil. Sujets légers comme je les aime.

Ce que l’on retiendra de cette rencontre, outre le fait d’avoir envie de lire tous ces livres, c’est le plaisir communicatif d’Antoine Boussin. Doté d’un charisme fou, il séduit tout le monde par sa passion débordante, sa verve colorée, son sens de l’humour subtil, son esprit vif, sa joie de vivre évidente et par son côté humain qui vient lier tout le reste. Bref, un homme de très agréable compagnie qu’on voudrait pouvoir côtoyer plus souvent.

Comme il aime de plus en plus le Québec, on peut espérer le voir au moins une fois par année. Avec mon inimitable imitation du chant de gorge, vous pouvez être certains qu’il reviendra peut-être plus tôt que prévu! Mes consœurs de chez Clément-Morin et de chez Vaugeois pourraient d’ailleurs vous le confirmer.

D’ici là, avec ses Donner, Labrune, Boyle, Châteaureynaud, Dantzig, Dupont-Monod, Didion, Dunant et Slouka, il y a de quoi occuper notre automne!

*l’élégance d’asperges et les pétoncles de la Gaspésie étaient un pur délice

juin 14, 2007

Chacun son métier #7

Lorsqu'on travaille en librairie, on a l'habitude de se faire poser toutes sortes de questions. On a aussi souvent l'impression que les plus saugrenues sont derrière nous. Détrompons-nous car l'être humain est toujours plus surprenant qu'on le pense, j'en ai encore eu la preuve cet après-midi.

Le téléphone sonne. je réponds et le type me demande s'il peut nous envoyer son manuscrit. Ne sachant si j''avais bien entendu sa requête, je laisse un bon cinq secondes de silence avant de lui dire qu'il appelle dans une librairie. Non seulement c'était bien là son intention, il en rajoute en me demandant si nous pouvions évaluer son manuscrit!

Raccrocher, rire ou répondre sérieusement?

Je reste poli et je lui fais comprendre que ce n'est pas vraiment le rôle d'une librairie que d'évaluer des manuscrits. Je vais même jusqu'à lui proposer de le guider dans sa démarche en lui posant quelques questions sur le manuscrit en question. Je le surestimais. Il a été incapable de me dire si c'était un roman. Il a baragouiné les mots nouvelle et journal et je ne sais plus trop quoi et m'a remercié maladroitement avant de raccrocher.

Je ne sais ce qui m'a pris de ne pas lui proposer de me l'envoyer. Hamac vient peut-être de passer à côté d'un grand... heu... voyons.. heu...

avril 27, 2007

Chacun son métier #5

Depuis quelques années, le nombre de publications à compte d’auteur ne cesse d’augmenter au Québec. Ce phénomène est devenu un irritant pour les librairies. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un de ces auteurs ne nous sollicite afin que nous gardions son livre en consignation. En nous abordant, ils ont souvent une attitude prétentieuse envers le milieu du livre et ne se gênent pas pour dénigrer le travail des maisons d’éditions reconnues et bien établies. Si on ne répond pas positivement à leurs attentes, certains deviennent agressifs pendant que d’autres se mettent à jouer les souffre-douleur comme s’il fallait encourager à tout prix leur grande aventure dans le monde de l’édition.

Si, à la base, l’édition à compte d’auteur servait à publier un livre pour les proches de l’auteur sans devoir passer par le réseau des librairies, aujourd'hui ceux qui décident de se publier eux-mêmes prétendent au statut d’écrivain et espèrent une reconnaissance au même titre que les autres. Cette démarche est louable en soi, mais le marché actuel m’apparaît déjà suffisamment saturé sans qu’on en rajoute par la bande.

Il ne faut pas se leurrer, à part une exception de temps et à autre (un livre sur un sujet spécialisé par exemple), la plupart de ces titres n’auraient jamais dû voir le jour*. Il est bien évident que beaucoup de ces livres ont d’abord été refusé par les éditeurs qui ont probablement eu raison de le faire. Vexés dans leur orgueil de création, ces apprentis auteurs auraient intérêts à remettre leur ouvrage vingt fois sur le métier pour parfaire leur art plutôt que de faire paraître une œuvre inaboutie.

Cette croissance sans cesse grandissante de livres publiés à compte d’auteur n’est pas étonnante puisque les moyens technologiques d’aujourd’hui rendent accessibles une telle entreprise. Cette facilité nous fait malheureusement croire que tout peut être publié. Écrire est un art qui ne doit pas être pris à la légère. Plusieurs semblent l’avoir oublié.

Personnellement, je commence à en avoir marre de tous ces gens qui se publient sans rien connaître au monde de l’édition. À temps perdu à la librairie, je m’amuse à feuilleter toutes ces merveilles qui ne demandent qu’à être découvertes. Lire le premier paragraphe est toujours la première chose que je fais. La plupart du temps, je le réécrirais au complet tellement la syntaxe est mauvaise. Parfois, je n’ai même pas à me rendre aussi loin lorsque je vois une faute en exergue, sur la quatrième de couverture ou dans le titre (ça arrive!). Je ne parle pas de la page couverture souvent affreuse et de la mise en page déficiente. Bref, un concentré de mauvais goût qui en dit long sur le reste.

*je ne parle pas des maisons d’éditions émergentes qui ont une réelle démarche d’éditeur.

avril 16, 2007

Salon du livre de Québec (suite et fin)

Le Salon du livre de Québec a pris fin hier après cinq jours d’effervescence ininterrompus. Malgré une fatigue due à mes soixante-dix heures de travail, j’aurais presque souhaité que ça continue tellement je me suis senti bien à cet endroit-là, à ce moment-là.

Il n’y a rien à faire, j’adore le Salon du livre de Québec. À mon avis, c’est le plus beau des salons du livre au Québec. Contrairement à celui de Montréal, devenu une foire du livre étouffante, celui de Québec reste à échelle humaine et le très beau Centre des congrès en fait un endroit propice à la convivialité. Pas étonnant qu’il en résulte de belles et agréables rencontres d’une année à l’autre.

Je ne sais pas ce qui s’est passé cette année, mais tous les éléments étaient réunis pour faire de cette 49ième édition un succès incomparable et un événement mémorable. Le public a répondu à l’appel en venant très nombreux. Le Salon était continuellement bondé. Je n’avais jamais vu ça. Même si on ne savait pas toujours où se mettre et même si on accrochait quelqu’un dès qu’on faisait un petit mouvement, la foule ne s’est pas avérée être un irritant pour personne. Les gens étaient de bonne humeur, compréhensifs, courtois et patients. Chacun semblait avoir laissé ses frustrations et son agressivité de côté avant d’entrer. C’est peut-être ça, au fond, les vertus de la lecture?

Tout le monde avait l’air heureux d’être là. Moi le premier. Les rencontres espérées ont eu lieu. Un feu roulant d’échanges intéressants constamment interrompus par d’autres aussi intéressants. Même s’ils sont pour la plupart furtifs, ils sont tous vrais à leur façon. C’est comme si pendant cinq jours, le monde du livre prenait le temps de s’informer de l’autre. Une fois par année, j’en ai besoin. Ça me grise, ça me fait sentir vivant. Cette année encore plus que les autres années. J’ai mon élan pour les prochaines semaines, les prochains mois.

Un gros merci à tous ceux avec qui j’ai pu entrer en contact durant ce salon. Vous êtes trop nombreux pour que je vous nomme un à un, mais sachez que vous contribuez à faire en sorte que je puisse continuer de croire en l’espèce humaine.

avril 12, 2007

Salon du livre de Québec

Depuis mardi, ma vie tourne uniquement autour du Salon du livre de Québec. J'y suis du matin au soir. Ce sera comme ça jusqu'à dimanche. Je suis donc en mode Salon. Chaque année, j'appréhende ce moment. J'ai toujours peur de trouver la semaine trop longue. Une fois que c'est parti, j'ai un plaisir fou et ma grande réserve d'énergie (presque inépuisable) me surprend énormément.

Si j'ai autant de plaisir c'est en grande partie grâce aux nombreuses et belles rencontres que je peux y faire. Du matin au soir, c'est un feu roulant de petties discussions sympathiques, de salutations au loin et de serrage de mains. Si un jour je deviens politicien, j'aurai la technique de base.

Évidemment, je connais beaucoup de gens oeuvrant dans le milieu du livre, mais il y a tous ces clients réguliers de la librairie qui viennent faire leur petit tour. Il m'arrive parfois de saluer une personne que je connais, mais je suis incapable de la situer dans son contexte (un vrai politicien je vous dis). Aux autres aussi ça leur arrive, je vous assure. Je le vois à leurs regards.

Il y a aussi tous les à-côtés qui ne sont pas désagréables comme les invitations à dîner, les cocktails, les après salons. On voudrait tout accepter, mais on reste raisonnable pour garder la forme jusqu'au bout. Que voulez-vous, il faut aussi se garder du temps pour bien servir les visiteurs!

Pour moi, le Salon c'est tout ça. En fait, c'est tout sauf les livres à la rigueur. La preuve, je n'ai même pas pris le temps de faire le tour des kiosques. J'ai jusqu'à dimanche pour le faire. Je ne suis pas certain que je le ferai non plus. Ça dépendra jusqu'où me conduira mes rencontres. Si jamais vous voulez en faire partie, venez me voir au kiosque Hachette. Vous contribuerez à augmenter mon degré de fébrilité et de plaisir qui ne dure que trop peu de temps :-)

mars 02, 2007

David contre Goliath

Je suis de nature plutôt optimiste, mais depuis quelques semaines l’avenir des libraires indépendantes m’inquiète. Le livre est malheureusement devenu un objet de consommation comme tant d’autres. C’est la pire chose qui pouvait lui arriver.

Depuis quelques années, et c’est de pire en pire, on se bat pour attirer la clientèle avec des rabais de plus en plus grand. Avec la marge de profit habituel qui n’est que de 40% sur la vente d’un livre (environ 34% si on déduit tous les frais de gestion d’une libraire), il ne reste plus grand chose.

Les grandes surfaces n’ont jamais hésité à vendre les livres au prix coûtant et ils continuent de le faire sans gêne. De vendre des petits pois, des tondeuses ou des livres, c’est la même chose pour eux. Aucun libraire n’est là pour conseiller ni trouver le fameux titre qu’on a oublié. Pourtant, semaine après semaine, les lecteurs sont nombreux à y acheter les derniers livres de leurs auteurs préférés. Conséquence de cette situation : les gros titres attendus par les lecteurs ne sont pratiquement plus achetés dans les librairies conventionnelles. C’est dommage car c’est avec ces titres qu’une librairie devrait pouvoir tirer son épingle du jeu année après année.

Outre le cas des grandes surfaces, il y a le Groupe Renaud-Bray qui semble vouloir conquérir le Québec au complet. Pierre Renaud, soutenu par la SODEC et la FTQ et fort de son pouvoir d’achat, a les moyens d’acheter de bonnes petites librairies indépendantes augmentant ainsi son pouvoir tentaculaire. L’exemple de Tome un à Lévis en est une belle illustration et il y en aura d'autres au cours des prochaines années. Ce n’est pas son seul pouvoir. Si un titre est en demande, Renaud-Bray a le pouvoir de commander une grosse quantité au fournisseur pour répondre à la demande. Une seule commande du Groupe suffit parfois à prendre tout le stock du distributeur. Ne reste plus rien pour les autres. Au moins, la chaîne n’a pas encore commencé à couper le prix sur les nouveautés.

Pour contrer l’effet tentaculaire de Renaud-Bray, les librairies Raffin (également distributeur) commencent à s’implanter un peu partout au Québec. Ils ont d'ailleurs ouvert récemment une librairie à Place Fleur de lys (comme si la ville de Québec avait besoin de plus de vingt librairies dans sa région!). Leur expansion ne s’arrêtera sûrement pas là.


décembre 23, 2006

Apprendre à être heureux

Cet après-midi à la librairie, une cliente s'adresse à moi en me tendant un papier sur lequel on pouvait lire ceci:

Apprendre à être heureux
Boris Cyrulnik, 2006

Spontanément, je lui tends De chair et d'âme, le titre qu'a fait paraître Cyrulnik en 2006. Elle me regarde étonnée en me disant qu'elle avait pris sa référence dans L'actualité. Je fais un air sceptique en me dirigeant vers l'ordinateur pour m'assurer que Boris Cyrulnik n'avait signé aucun livre portant le titre mentionné ci-haut.

En faisant ma recherche (je ne trouvais rien évidemment), elle ajoute que chez Archambault il ne l'avait plus. Fouetté dans mon orgueil de libraire comme je le suis toujours dans ces cas-là, j'appronfondis encore plus ma recherche.

Finalement, j'arrive à démêler tout ça. Apprendre à être heureux n'a évidemment pas été écrit par Boris Cyrulnik mais plutôt par Stefan Klein .

Après le lui avoir prouvé concrètement, je la regarde en souriant et je lui dis:

"Madame, vous venez de faire la différence entre un disquaire et un libraire!"

décembre 20, 2006

Chacun son métier #2

Le très populaire chef Martin Picard du restaurant Au pied de cochon a fait paraître cet automne un beau livre qui est devenu un des succès de la saison. Le travail d’édition est de grande qualité. Étonnant même puisqu’il a été fait de manière indépendante. Ne voulant certainement pas faire n’importe quoi, Martin Picard a su s’entourer et le résultat est impressionnant. Tous les médias l’ont encensé avec raison. L’album, à l’image du chef, est une célébration de la chair loin de l'épicurisme propret de Chrystine Brouillet ou de Francine Ruel. Outre des recettes, on y retrouve des textes, des photos et des planches de bandes dessinées. Beaucoup plus qu’un simple livre de recettes.

Là où le bat blesse, c’est au niveau de la mise en marché du livre. Si on a bien conseillé Martin Picard pour l’aspect éditorial, il en est tout autrement en ce qui a trait à la distribution de son livre.

Quand les médias ont commencé à parler du livre, une grande majorité de librairies n’en connaissaient même pas l’existence; à part les grandes chaînes bien entendu à qui on avait offert une certaine exclusivité. Les bonnes petites librairies personnalisées, qui n’avaient pas été contacté, on du se débrouiller avec les moyens qu’ils avaient pour réussir à le commander afin de satisfaire leur clientèle avisée.

Résultat : les meilleures librairies du Québec ne pouvaient répondre à la demande alors que le livre Au pied de cochon ornait déjà les vitrines des grandes chaînes.

Ce n’est pas tout. Martin Picard et sa bande, ne connaissant pas les enjeux de la distribution, plutôt que de fixer un prix de vente au détail comme c’est le cas dans le domaine du livre, ont fixé un prix d’achat laissant le libraire décidé de son prix de vente.

Résultat : au restaurant Au pied de cochon et dans certaines grandes chaînes, on le trouvait à $60.00 et dans la plupart des bonnes petites librairies à $75.00. La clientèle avisée a évidemment reproché aux bonnes librairies de le vendre trop cher.

Ce n’est toujours pas tout. N’ayant pas de distributeur attitré, le livre était offert en consignation aux librairies. Normalement, lorsqu’il s’agit d’une consignation, la librairie paye les livres une fois qu’ils ont été vendus. S’il en recommande, comme ce fut le cas avec l’album Au pied de cochon, il devrait logiquement les payer une fois cette nouvelle commande écoulée. Martin Picard et sa bande, grisés par leur succès, ne l’entendent pas comme ça. Ils exigent que les librairies payent au fur et à mesure une fois leur première commande vendue. Les bonnes petites librairies sont un peu prises en otage. Cesser de le commander ou répondre aux demandes de leur clientèle avisée?

Résultat : on laisse un chef-cuisinier nous dicter les règles de la distribution de son livre.

Conclusion : si on ne s’improvise pas chef-cuisinier, on ne devrait pas non plus s’improviser distributeur de livres.

novembre 27, 2006

Prix des libraires du Québec 2007

La liste préliminaire du Prix des libraires du Québec 2007 a été dévoilée aujourd'hui. C'est jeudi dernier que mes collègues et moi sommes réunis pour établir cette liste. Chaque année, nous attendons ce moment avec beaucoup de fébrilité (et un peu d'angoisse!). Nous avons eu beaucoup de plaisir à nous retrouver, à nous réunir et à nous asticoter un peu pour défendre nos points de vue. Je dois dire que nous avons fait un excellent travail. Nous sommes très fiers de notre sélection et les réactions sont très bonnes jusqu'à maintenant. Nous nous réunirons à nouveau le 18 janvier pour établir les cinq finalistes dans chacune des catégories.

Sans plus tarder, voici le fruit de notre réunion:

Romans québécois

La fabrication de l'aube, Jean-François Beauchemin (Québec-Amérique)
Hadassa, Myriam Beaudoin (Leméac)
La clameur des ténèbres, Neil Bissoondath (Boréal)
Iphigénie en haute-ville, François Blais (L'instant même)
Parents et amis sont invités à y assister, Hervé Bouchard (Le Quartanier)
Traité de balistique, Alexandre Bourbaki (Alto)
La logeuse, Éric Dupont (Marchand de feuilles)
Sauvages, Louis Hamelin (Boréal)
La rivière du loup, Andrée Laberge (XYZ)
Trois modes de conservation des viandes, Maxime-Olivier Moutier (Marchand de feuilles)
Jeanne sur les routes, Jocelyne Saucier (XYZ)
Mitsuba, Aki Shimazaki (Leméac/Actes sud)

Romans hors Québec

Le chemin des âmes, Joseph Boyden (Albin Michel)
Un sentiment d'abandon, Christopher Coake (Albin Michel)
À perte de vue, Amanda Eyre Ward (Buchet Chastel)
Jours de juin, Julia Glass (Des 2 terres)
L'histoire de l'amour, Nicole Krauss (Gallimard)
Les bienveillantes, Jonathan Littell (Gallimard)
Kafka sur le rivage, Haruki Murakami (Belfond)
Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer (de l'Olivier)
Il faut qu'on parle de Kevin, Lionel Shriver (Belfond)
L'infortunée, Wesley Stace (Flammarion)
Ouest, François Vallejo (Viviane Hamy)
Dans les bois éternels, Fred Vargas (Viviane Hamy)

Vous, si vous aviez à choisir, quels seraient vos choix dans chacune de ces catégories?

(Pour en savoir plus: http://www.alq.qc.ca/#)

novembre 25, 2006

Chacun son métier #1

S'il y a une chose que les libraires détestent par dessus tout, ce sont les auteurs qui se manifestent afin de s'assurer de la meilleure visibilité pour leur livre. Tous ne sont pas discrets et subtils, croyez-moi.

La plupart joue au client en demandant leur titre et en nous le faisant chercher. S'il est en stock, il ne se contentera pas d'en être satisfait. Non, il insistera pour le voir, allant même jusqu’à nous faire perdre un temps précieux que nous n’avons pas toujours. Une fois le livre trouvé en rayon ou dans les boîtes, c'est souvent à ce moment qu'il se dévoile (ça, ça me tue!). Ce n’est pas tout, le pire survient ensuite. S’il est dans les boîtes, c’est un sacrilège. Il aurait fallu se précipiter pour le mettre sur les rayons. S’il est déjà placé, ce n’est jamais au bon endroit. Certains vont même jusqu’à nous suggérer où nous devrions le mettre même si ça ne cadre pas du tout avec notre façon de placer les livres. On nous suggère également de le mettre en vitrine. Avant de partir, après l’avoir mis de face n’importe où dans les rayons, on nous invite à en faire de bonnes provisions parce que les médias sont sur le coup.

Il y a ceux qui ne s'adressent jamais aux libraires qui sont parfois notre cauchemar. Après leur petite tournée bidon des librairies, ils appellent leur éditeur pour se plaindre du mauvais traitement réservé à leur livre extraordinaire. Résultat: l'éditeur appelle le distributeur qui semonce le représentant qui tète le libraire pour "accommoder raisonnablement" l'auteur en question. L’odieux nous revient encore une fois alors qu’on aurait du faire comprendre à l’auteur que cette facette du métier nous appartenait.

Il y a aussi les auteurs qui s'adressent directement aux gérants des librairies pour se plaindre sans avoir l’air de le faire en tenant un discours faussement humain du genre qu'il est peiné de voir que son livre n’a pas droit au même traitement que tel autre, que c'est un client de longue date, qu'il aurait espéré, m’enfin, bon!

Je n’ai pas encore parlé des proches des auteurs qui en rajoutent en utilisant les mêmes stratagèmes en nous faisant perdre encore une parcelle de temps précieux. Peut-être davantage car ils vont même jusqu’à nous demander les quantités initiales et les ventes. Elles ne sont jamais suffisantes, évidemment!

Ces comportements franchement désagréables sont le lot presque quotidien des libraires. Le plus choquant, c'est que, dans chacun de ses comportements, le libraire passe toujours pour celui qui ne fait pas bien son travail. Si le livre ne se vend pas c'est parce qu'il n'a pas eu la visibilité qu'il aurait fallu. Oui, c'est toujours la faute aux libraires. L'auteur, lui, semble ne jamais douter de son travail.

Contrairement à ce que semble croire certains auteurs, sachez que le libraire n’est pas con. Si un livre est en demande, il le mettra en évidence et commandera les stocks en conséquence. D’ailleurs, je crois que c’est un peu notre métier que de savoir satisfaire aux demandes des clients, non? Alors, il est où le problème? Je ne sais pas (mais je m’en doute)!

octobre 06, 2006

L'art de la joie

Le métier de libraire, malheureusement trop peu payé, nous apporte tout de même son lot de joie et surtout de belles rencontres. Ce matin, au chouette restaurant Éclectique, nous étions conviés à rencontrer l'éditrice Viviane Hamy. Si le nom ne vous dit rien, c'est elle qui publie Fred Vargas. L'an dernier, elle a surpris tout le monde en publiant une oeuvre posthume de l'italienne Goliarda Sapienza L'art de la joie. Une oeuvre dense, complexe et marquante qui a trouvé 100 000 preneurs!!!!

Ce matin, Viviane Hamy, contrairement à beaucoup d'éditeurs, n'a pas joué la carte de vendre ses livres. Elle nous a longuement parlé de son parcours dans l'édition et de celui de certains auteurs de la maison dont François Vallejo. C'était passionnant. Tellement, qu'après, on aurait juste envie de lire tout le catalogue Viviane Hamy. On ne le fera pas, mais c'est tout de même le sentiment qu'elle nous a laissé après son passage.

Ce que je retiens le plus dans le discours qu'elle nous a tenu, c'est d'encore trouver extraordinaire que le livre d'un auteur inconnu puisse se vendre à 300 exemplaires. Dans un monde de plus en plus compétitif qui pense beaucoup à l'argent, d'entendre une éditrice qui connaît de grands succès parler ainsi (le dernier Vargas est rendu à 300 000 exemplaires), on peut être rassuré: le livre est encore un objet respecté.

Le libraire en moi a été rassuré. L'auteur encore davantage car je vois les choses de la même façon. Comble de bonheur, mon éditeur aussi!

septembre 13, 2006

Laure Adler

Hier, j'ai eu le privilège de dîner à la même table que Laure Adler. Ce n'est pas quelque chose que j'aurais pu prévoir, encore moins espérer. Ça s'est passé dans le cadre de la journée annuelle de Dimédia (distributeur de livres). Elle était là pour présenter les nouveautés importantes du Seuil, qu'elle dirige maintenant depuis peu.

Comme c'est la coutume, quand arrive le dîner, des places nous sont déjà assignées (j'adore ce concept). C'est de cette façon que je me suis retrouvé assis en face de Laure Adler (quand même!). J'étais très content car c'est une femme de lettres que je respecte beaucoup. Son récit sur la perte de son enfant "À ce soir" m'avait profondément touché. D'ailleurs, je garde un souvenir impérissable de cette lecture intense. Aussi, j'avais littérallement dévoré sa biographie sur Duras, la plus intéressante et la plus complète sur le sujet. Et voilà que je me retrouve en face de cette dame.

Lorsqu'elle est arrivée dans la salle dans l'avant-midi, un peu comme une star en étant tout sauf discrète, je n'aurais pas parié sur un dîner intéressant en sa compagnie. Et pourtant, ce fut tout le contraire. Elle s'est montrée curieuse, intéressée et très à l'écoute lorsqu'un sujet l'interpellait particulièrement. La journaliste en elle n'était jamais loin. Elle a posé beaucoup de questions sur le Québec. On a discuté culture, littérature, radio, télé et un peu de politique. Bref, un dîner animé vachement stimulant pour une rencontre littéraire marquante.

Je me suis senti choyé.

août 07, 2006

De vraies vacances

Depuis le début de mes vacances, je n'ai presque pas lu. De vraies vacances pour un libraire...



Éric Simard est actuellement responsable de la promotion pour les éditions du Septentrion. Il a été libraire pendant plus de quinze ans. Par le passé, il a également travaillé pour une compagnie de disque, une maison d'édition et pour une compagnie de théâtre. Il en est à sa cinquième année à la barre de l'émission littéraire Encrage, diffusée sur les ondes de CKRL à Québec. Il a fait des chroniques littéraires à la télé de Radio-Canada et à TVA ainsi que dans le journal Le libraire pendant cinq ans. Il a deux romans à son actif Cher Émile (Hamac) et Martel en tête - titre épuisé (Intouchables). Il a été scénariste pour la populaire émission jeunesse Macaroni tout garni.

Ouvrage de cet auteur publié au Septentrion

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