Le 3 avril 2012 par Gaston D.

Du français trafiqué

« Au Québec, nous nous battons à tous les jours pour trouver le mot français juste. Nous nous battons à tous les jours pour conserver cette magnifique langue. Très amicalement, je veux vous rappeler qu'à Québec, au Québec, nous nous interdisons et nous bannissons l'utilisation de tout anglicisme... »

Le maire de Québec a fait une nouvelle intervention en faveur de langue française lors de sa dernière visite (pardon : sa « mission diplomatique et commerciale », comme on l’écrit dans Le Soleil…) à Bordeaux.

Si un maire de la capitale utilise le poids de sa fonction en faveur du français, il faut s’en réjouir même si on ne peut s’empêcher de constater que, contrairement à la plupart des sportifs, il joue mieux à l’étranger. Ici, il s’accommodait de l’orientation multiculturelle que le fédéral a donnée aux fêtes du 400e en 2008, du projet de reconstitution de la défaite des Plaines en 2009, du contenu scandaleusement anglophone du festival d’été en 2010 et du second enterrement d’Henri IV en 2011. On élargit un peu la question, mais si peu.

Se bat-on vraiment tous les jours pour la défense de la langue française ? Le monsieur « un peu vexé » que la journaliste du Soleil a observé pendant le discours de Bordeaux a peut-être déjà visité Québec, entendu ses citoyens et observé son affichage commercial. Bien sûr, c’est l’Amérique et on ne peut échapper aux Future Shop, Best Buy, Target et autre Winners. Pas même à la Little Burgundy. Ce sont pourtant des restaurateurs francophones de pure souche qui, par exemple, nous ont récemment donné le Jack Saloon, le Fish Bowl et le Wazy Lounge Thaï to go, sans protestations municipales et avec la bénédiction de l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Ce dernier se soucie-t-il de la qualité de la langue en acceptant un affichage qui peut contenir des mots anglais, pourvu qu’il y ait un générique « français » ? Selon ce principe, « Artist Cafe » (sans accent) est conforme à la loi. On se contente de peu; s’il y a un mot français dans le nom, c’est « correct », même si sa structure est anglaise, comme Paris Grill, Océan Grill et combien d’autres.

Passons sur le vénéré Red Bull Crashed Ice, le Hockey Pound et le Big Air : c’est la mondialisation (et le sport), évidemment. Il est plus difficile de comprendre que la ville et le ministère de la Culture (responsable de l’OQLF) aient tenu en 2009 un forum culturel sous un nom aussi bâtard que de « Québec horizon culture », que le même ministère ait mis en place l’an dernier un fonds de développement culturel qui s’appelle « Fonds capital culture Québec » et que le réseau des bibliothèques de la capitale n’ait pas trouvé mieux pour nommer son bulletin que Trafic culture… Tous les mots sont français mais le résultat est anglais. Les pouvoirs publics économisent sur les articles, comme la CAQ (Coalition avenir Québec).

Les Québécois se battent-ils vraiment « tous les jours » ? Ce n’est pas seulement au hockey que certains gros joueurs ne se présentent pas tous les soirs.

Le 23 mars 2012 par Gaston D.

Double message chez Loto-Québec

Le Journal de Québec nous rappelait cette semaine que les sociétés d’État avaient dépensé je ne sais plus combien de millions en loges « corporatives ». Loto-Québec se distinguait au palmarès avec ses sièges de luxe aux matches des Alouettes, de l’Impact (soccer) et surtout des Canadiens.

Au moins deux entreprises publiques nous ont appris récemment qu’elles abandonnaient leurs loges au Centre Bell. Pas Loto-Québec, qui considère ses loges comme une affaire d’État. « Tant les clients au casino que les détaillants qui vendent les billets de loto, nous en avons besoin. Et les gens nous le disent clairement, assister à un match dans une loge au Centre Bell, c’est leur gratuité préférée », a déclaré son porte-parole, sans trop expliquer en quoi « la réalité commerciale de Loto-Québec diffère des autres sociétés d’État ». L’Hydro et la SAQ ont aussi des employés, des clients et des fournisseurs. Leurs dirigeants prennent les moyens qu’ils jugent utiles pour que les revenus excèdent les dépenses. Loto-Québec semblent se distinguer en ajoutant des petits cadeaux supplémentaires pour encourager les détaillants à vendre de billets et les joueurs à jouer. La question n’est pas de savoir si ces derniers préfèrent le Canadien aux Alouettes, mais si la politique des petits cadeaux est justifiée. Et pourquoi la SAQ n’encouragerait-elle pas ses clients à boire davantage?

Le gouvernement du Québec a souvent justifié sa présence dans le monde des loteries en soutenant qu’il empêche ainsi le crime organisé d’en prendre le contrôle. Il n’encourage « évidemment » pas le jeu… mais en profite largement et se trouve lui aussi en conflit d’intérêts quand vient le temps d’évaluer les dépenses de promotion de Loto-Québec.

Le 11 mars 2012 par Gaston D.

Les intérêts convergents de Christian et Laurent

La réaction du ministre des Affaires municipales au déplacement d’une trentaine de fonctionnaires fédéraux de Rimouski à Thetford-Mines témoigne de la minceur naturelle du sens de l’éthique chez certains politiciens (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201203/09/01-4504206-centre-dassurance-emploi-transfere-a-thetford-mines-paradis-a-fait-son-travail-estime-lessard.php). Je dis bien « certains », mais ils font de l’ombre à tous les autres.

Qu’il y ait derrière l’installation de ce bureau d'assurance emploi à Thetford-Mines une possibilité de conflit d’intérêts (l’immeuble appartenant à une entreprise dont le principal actionnaire est un associé du père du ministre Paradis et ex-associé du ministre) ne dérange pas le ministre québécois mais ce n’est pas le plus troublant de l’affaire.

Le problème se situe plutôt dans l’apologie d’une dimension détestable du travail de député. « Quand un député travaille pour avoir des jobs chez lui, faut-il le dénoncer? », déclare le ministre québécois, comme si le ministre fédéral de l’Industrie avait rapatrié d’un coup tous les emplois délocalisés vers l’Asie et le Mexique depuis la Confédération. On veut bien que « Christian » (comme il dit) s’acquitte de son devoir « de prêcher pour sa région » mais, dans le cas qui nous occupe, « Christian » a simplement chipé des fonctionnaires à une circonscription représentée par un adversaire politique avec la complicité de sa collègue ministre des Ressources humaines (et il intente une poursuite contre le député perdant qui ose se plaindre !).

Cette manœuvre, dont le résultat est parfaitement nul en termes de développement économique, bénéficie essentiellement à une ville de la circonscription fédérale de « Christian », ville qui se trouve aussi dans la circonscription provinciale de « Laurent ». Ce dernier est de plus ministre responsable de la région où s’installeront les fonctionnaires déplacés et, pour couronner le tout, ancien maire … de Thetford-Mines. On comprend qu’il n’ait pas trop conscience des conflits d’intérêts.

Faut-il enfin rappeler que le titre exact du ministre québécois est « ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire » ? Il évoquait son appui indéfectible aux régions quand il s’agissait de protéger les intérêts électoraux du parti dans le dossier de la carte électorale (quitte à saboter la réputation du Directeur général des élections), mais ne se formalise pas maintenant, toujours inspiré par les mêmes intérêts, de voir des emplois d’une région déjà défavorisée partir vers le « centre du Québec ».

Difficile à suivre. Heureusement, les intérêts sont constants.

Le 26 février 2012 par Gaston D.

Petites nouvelles de « l’Outaouais supérieur »

Combien vaut une sinécure ?

Le gouverneur général ne paie pas d’impôt sur son salaire de 135 000 $ et peut toucher une pension équivalente à 100 % de son salaire pour le reste de ses jours après cinq ans en poste.

L’affaire a fait un peu de bruit récemment. Le Bloc a déposé une motion pour le faire payer, les conservateurs demandent la collaboration du gouverneur général, les libéraux envisagent de revoir son traitement en conséquence, traitement qui a probablement été maintenu relativement bas moyennant compensation, tout comme c’est l’usage dans le milieu : ne pas trop augmenter le salaire des parlementaires, tout en multipliant les indemnités supplémentaires ; ne pas toucher au salaire des juges, tout en « allégeant » leurs cotisations au fonds de pension… et leurs frais de stationnement.

La fonction de gouverneur général est honorifique et le traitement qui y est rattaché devait l’être aussi. Le gouverneur général est « logé, nourri, blanchi », assisté, documenté, transporté et probablement habillé à même les fonds publics. Pourquoi faut-il une rémunération pour faire de la figuration ? Surtout quand le titulaire touche une généreuse pension du secteur public comme c’est le cas actuellement pour David Johnston qui a fait une longue carrière universitaire.

Il ne serait pas difficile de trouver des candidats parmi les retraités de toutes espèces qui vont se multiplier au Canada. Il suffira de fournir aussi des fringues aux conjoints.

La production continue de drapeaux usés

Tel que révélé par Le Devoir de 9 février, le ministère fédéral des Travaux publics a fait installer un mât près de l'édifice de l'Ouest qui est en rénovation et qui ne pourra hisser l'unifolié à son emplacement habituel pendant environ six ans. Achat, installation, etc. : 25 000 $. Pourtant, de l’endroit où s’élève le nouveau mat, on peut voir environ 25 unifoliés…

Explication du ministère : il faut « assurer la continuité du programme de distribution des drapeaux canadiens de la colline parlementaire aux citoyens pendant la durée des travaux ». Combien de citoyens, surtout à l’est de l’Outaouais, savent qu’ils peuvent obtenir un drapeau fédéral usé ? Les drapeaux de la colline parlementaire sont changés régulièrement (tous les jours de la semaine, sauf exception, pour l’édifice du Centre, une fois par semaine pour les édifices de l'Ouest et de l'Est) et ensuite distribués à ceux qui en font la demande… et qui sont assez patients : il y a une liste d'attente de 35 ans pour le drapeau de l'édifice du Centre et de 23 ans pour les deux autres ! Certains l’auront peut-être à temps pour recouvrir leur cercueil…

Ce programme était donc menacé de dysfonctionnement, faute d’approvisionnement. Six fois 52 semaines : 300 unifoliés de moins à distribuer ! L’unité nationale était en jeu, d’où l’urgence de maintenir la production de drapeaux usés.

Père absent, vote manqué ?

Une jeune mère-députée allaite son bébé à son bureau du Parlement fédéral. En congé de paternité, le père est sur place, quelque part autour. Oups ! la cloche sonne pour un vote et le père n'est pas là pour prendre le relais. Est-il aux toilettes ? à la buvette ? sorti fumer ? en train de « cruiser »? L'histoire ne le dit pas. La mère se précipite en chambre pour voter, avec son bébé, qui est finalement pris en charge par un page et « évacué ».

Drame. Émotion dans les médias. Pourquoi donc ne peut-on pas amener ses enfants en Chambre ? Dans quel pays sommes-nous ? Il faut que le Président des Communes réexamine les règlements. Va-t-il établir des normes: combien d'enfants ? jusqu'à quel âge ? jusqu'à quelle heure ?... Et pourquoi ne pas admettre les conjoints: la politique brise tant de ménages... Voyons donc : conjoint de fait, marié, du même sexe ? Il faudra bien quelqu’un pour gérer le programme…

Tout cela pour un père « distrait ». Les grandes réformes ont parfois de bien petites explications.

Le 24 janvier 2012 par Gaston D.

Le Sénat historien

On aurait pu penser que les sénateurs seraient plus sages que les députés (http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2011/12/les_deputescenseurs_1.php), mais non : le Sénat français a adopté à son tour la proposition de loi qui prévoit de sanctionner toute personne qui aurait « contesté » ou « minimisé de façon outrancière (…) l'existence des génocides reconnus par la loi », i.e. les génocides juifs et arméniens.

Profondément divisés et rompant avec les « lignes de partis », les sénateurs ont voté à 127 contre 86, 60 % de leurs collègues étant absents, certains étant visiblement partis faire la « petite marche » classique du parlementaire qui ne veut pas prendre position.

Les sénateurs ont approuvé la proposition malgré l’avis défavorable de leur Commission des lois (http://www.senat.fr/rap/l11-269/l11-2691.pdf) selon laquelle « il n'appartenait pas à la loi, et en particulier à la loi pénale, d'intervenir dans le champ de l'histoire et de disposer en matière de vérité historique ». Elle a en outre considéré que cette loi pourrait entrer en contradiction avec plusieurs principes constitutionnels, en particulier le principe de légalité des délits et des peines, le principe de liberté d’opinion et d’expression et le principe de liberté de la recherche historique.

Car il est maintenant interdit de douter explicitement de l’existence du génocide arménien et dangereux de faire des recherches sur ce qui s’est passé en Arménie entre 1915 et 1923 : ce serait risquer d’aboutir à des résultats contraires à la « vérité » préétablie par le Parlement ou de minimiser « de façon outrancière » le génocide. Rien ne garantit la précision de l’instrument utilisé pour calculer l’outrance…

Il faut lire l’exposé de motifs de la proposition (http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3842.asp) présentée par la députée Valérie Boyer. On y rappelle que la France a des lois pour définir les génocides et autres crimes contre l’humanité, dont la loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 qui a reconnu le génocide arménien de 1915 et la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 sur la traite et l’esclavage, mais seule la contestation du génocide juif constitue un délit (introduit par la loi Gayssot du 13 juillet 1990), « de sorte que les victimes rescapées de crimes contre l’humanité se trouvent inégalement protégées » ! D’où la nécessité d’instituer, pour la négation du génocide arménien, des peines semblables à celles que la loi Gayssot a édictées en 1990, soit un an de prison et 45 000 € d'amende.

Livrés aux groupes de pression et mus par l’électoralisme (la communauté arménienne en France est la plus importante d'Europe occidentale, avec environ 600 000 membres), les députés n’ont rien retenu des avertissements de la communauté historienne et ont préféré s’enliser dans une rectitude qui fait peur. Le ministre des Relations avec le Parlement a justifié cette proposition de loi par la nécessité de lutter contre le « poison » négationniste, une expression qui rappelle une autre époque.

Reste le Conseil constitutionnel qui pourrait se prononcer sur la constitutionnalité du délit créé par cette loi, mais comment refuser aux Arméniens ce qu’on a accordé aux Juifs ?

Le 21 janvier 2012 par Gaston D.

Une autre Journée du drapeau bâclée

Dans un communiqué émis à 8h00 le 20 janvier et répété à la mêm heure le 21, le ministre responsable de l'application de la Loi sur le drapeau « invite la population à souligner le 64e anniversaire de l'adoption du fleurdelisé, en ce samedi 21 janvier 2012, jour du Drapeau, qui commémore un moment important de notre histoire ».
(http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Janvier2012/20/c5545.html)

C’est un immense progrès. Du temps des Weil et Normandeau, le communiqué sortait dans l’après midi du 21 janvier. Puis, en 2011, le ministre Fournier a « oublié ». À son cabinet, un attaché politique avait d’abord dit ignorer (!) l'existence d'une telle journée, pour ensuite voir le service des communications du ministère « admettre » que c'était un « oubli » de sa part. La faute aux fonctionnaires, qui n’auraient pas pris de risques cette année en programmant la diffusion à 8h00, un samedi matin.

Drapeau + tour.jpg


Le ministre de la Justice invite la population à souligner la Jour du drapeau qui « est l'occasion de nous rassembler autour de cet emblème qui incarne si puissamment nos valeurs, nos aspirations communes et notre détermination à bâtir ensemble le Québec de demain ». Mais il ne faut quand même pas trop en demander, surtout pas l’heure et le lieu du rassemblement. En fait, ni le ministre responsable de l’application de la loi, ni le premier ministre, chef du gouvernement dont le fleurdelisé est le principal emblème, n’ont inscrit quoi que ce soit à leur agenda.

Ils le feront peut-être l’an prochain quand le fleurdelisé aura 65 ans, l’âge de la pension fédérale.

Le 6 janvier 2012 par Gaston D.

La Marche des rois (suite)

Henri Bourassa doit tournoyer dans sa tombe. Après avoir passé le XXe siècle à se détacher pacifiquement mais résolument du Royaume-Uni, le Canada est en train de s’y recoller sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Des générations d’étudiants en droit et en science politique ont appris que la reine était devenue un simple symbole et que ses pouvoirs (comme ceux de ses représentants) étaient tombés en désuétude. C’est à qui imaginerait une situation de crise ultra compliquée où le gouverneur général aurait un rôle à jouer pour assurer la pérennité de nos institutions (et justifier son existence). Puis, quand Michaëlle Jean a eu l’occasion « rêvée » d’agir, et de refuser une scandaleuse demande de prorogation, elle s’est comportée comme une distributrice de luxe.

Le gouvernement fédéral présente maintenant la monarchie comme un trait distinctif de la culture politique du Canada, ce qui le distingue des Américains... Plus pragmatique, la ministre québécoise des Relations internationales voit les visites royales comme une sorte d’investissement dans le tourisme : la monarchie est revenue à la mode, en version pipolisée, pour divertir et faire rêver les vieilles colonies.

Rêvons donc en imaginant que le regretté journaliste Rémi Tremblay, dont il a déjà été quelques fois question ici (http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2011/05/a_la_maniere_de_remi_tremblay_1.php), a remis sa plume satirique à l’œuvre, au risque de froisser la mémoire de Daudet, du curé Domergue, voire du « bon roi René », tous artisans de la traditionnelle Marche des rois (cf. http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2012/01/la_marche_des_rois_i.php)

***

La marche des « rois nègres »

(Version 2012 harperisée de La marche des rois. Pour un accompagnement musical, ouvrir http://www.lirecreer.org/biblio/comptines/marche_des_rois/index.html dans une autre fenêtre)

Reine et carosse.jpg

1.
Un bon matin, Harper s’est mis en train
De ramener son peuple au Moyen Âge.
Un bon matin, Harper s’est mis en train
De fêter le règne élisabéthain.

Vinrent d’abord, livrés franc de port,
Plein de photos, de fanions et de messages,
Et puis, encore au frais du Trésor,
Même un portrait du vieux prince consort.

2.
James Moore l’a dit : le ciel nous a bénis
D’avoir vécu sous la reine d’Angleterre.
James Moore l’a dit : le ciel nous a bénis
Et la monarchie nous a définis.

Rien de trop beau, vu de Toronto :
On a remis du « royal » aux militaires
Et James Baird a troqué les tableaux
D’Alfred Pellan pour la reine en photo.

3.
Pour des idées de vrais colonisés,
On peut compter sur ces thuriféraires.
Pour des idées de vrais colonisés,
Les budgets ne sont jamais épuisés.

Rien de trop fort pour les dinosaures
Adulateurs de smalas parasitaires
Et, cet été, on paiera encore
Pour héberger le plus vieux des Windsor.

***

Ceux et celles qui auraient la rectitude écorchée par le titre peuvent relire ce qu’écrivait André Laurendeau sur « la théorie du roi-nègre », propos publiés dans Le Devoir d’Henri Bourassa le 4 juillet 1958 :

« Les Britanniques ont le sens politique, ils détruisent rarement les institutions politiques d'un pays conquis. Ils entourent le roi nègre mais ils lui passent des fantaisies. Ils lui ont permis à l'occasion de couper des têtes : ce sont les mœurs du pays. […]
« Il faut obtenir du roi nègre qu'il collabore et protège les intérêts des Britanniques. Cette collaboration assurée, le reste importe moins. Le roitelet viole les règles de la démocratie ? On ne saurait attendre mieux d'un primitif…
« […] Le résultat, c'est une régression de la démocratie et du parlementarisme […]. »

Le 3 janvier 2012 par Gaston D.

La Marche des rois (I)

On célébrait davantage et plus religieusement le 6 janvier « autrefois » (disons du temps de ma jeunesse…). Pour les catholiques, l’Épiphanie commémore un événement relaté dans l'Évangile selon Mathieu, la visite de l'enfant Jésus par les rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar, d’où le nom de « Fête des rois ». L’Épiphanie terminait le « temps de Fêtes » et sonnait le début d’une diète plus équilibrée.
Marche des rois Bonne chanson-Web.JPG

Le cantique qu’on entonnait en chœur le 6 janvier est sûrement resté accroché à la mémoire des plus vieux :

« De bon matin j'ai rencontré le train
De trois grands rois qui allaient en voyage
De bon matin j'ai rencontré le train
De trois grands rois dessus le grand chemin ».

Les origines de ce noël populaire remonteraient au XVe siècle. Certaines sources l’attribuent à René 1er (1409-1480), surnommé par ses sujets provençaux le « Bon Roi René », qui fut duc d'Anjou, comte de Provence, roi de Naples et roi titulaire de Jérusalem. Transmis de génération en génération par tradition orale, ce cantique fut publié pour la première fois dans le Recueil des noëls provenceaux composé par le sr Nicolas Saboly,... Nouvelle édition, augmentée du Noël fait à la mémoire de M. Saboly, et de celui des Rois, fait par J.-F. D., ouvrage imprimé à Avignon en 1763.

Le premier des huit couplets de La Marcho Di Rei allait comme suit :

De matin, Ai rescountra lou trin
De tres grand Rèi qu'anavon en vouiage ;
De matin, Ai rescountra lou trin
De tres grand Rèi dessus lou grand camin.
Ai vist d'abord De gardo cors,
De gènt arma em'uno troupo de page,
Ai vist d'abord De gardo cors,
Tóuti daura dessus si just-au-cors.

Le « J.-F. D. » mentionné dans le titre du recueil était l’ancien curé d'Aramon (commune du Gard), Joseph-François Domergue, né en 1691, mort à Avignon en 1729. C’est lui qui a écrit, ou simplement consigné par écrit, selon une autre hypothèse, les paroles du cantique populaire qu’il disait chanté sur l'« air de la Marche de Turenne », une œuvre attribuée à Jean-Baptiste Lulli - ou Lully - (1632-1687), compositeur français d'origine italienne.

Si Lulli a composé la musique, sur quel air pouvait bien chanter le roi René deux siècles plus tôt ? Lulli a peut-être composé sa Marche de Turenne en s’inspirant d’un air qui circulait déjà. À moins que la paternité du « bon roi René » ne soit que légende ? Tout n’est qu’hypothèse sur cette question que l’auteur des Miettes de l'histoire de Provence (1902) comparait au tonneau des Danaïdes, « tonneau sans fond dans lequel chaque controversiste apporte en pure perte son seau, toujours absolument vide de sérieux arguments ».

La suite de l’histoire est mieux connue. En 1872, Georges Bizet (1838-1875) compose une musique de scène pour L’Arlésienne, drame en trois actes qu’Alphonse Daudet (1840-1897) a tiré d’une nouvelle de ses Lettres de mon moulin (1869). Bizet s’inspire d’authentiques chants provençaux dont la célèbre « Marche des Rois ».Créée à Paris le 1er octobre 1872, la pièce de Daudet est retirée de l'affiche après vingt représentations mais Bizet extrait de sa musique une suite orchestrale qui remportera un succès jamais démenti.

Marche des rois-Daudet-Bizet.jpg

Quant au texte de la « Marche des rois », tel qu’on le connaît aujourd’hui, et dont on trouvait un couplet au dernier acte de la pièce éditée en 1872, Daudet l’a probablement rédigé en français moderne à la même époque. On l’a vue éditée au moins une fois avec la mention « Musique de Georges Bizet » mais on reconnaît généralement qu’elle est l’œuvre de Lulli, et que Bizet n'a fait que l'arranger pour L'Arlésienne, comme l'écrit d'aileurs Daudet.
(Pour écouter: http://www.youtube.com/watch?v=BQx7vH_6SQ0)

I
De bon matin, j'ai rencontré le train
De trois grands Rois qui allaient en voyage
De bon matin, j'ai rencontré le train
De trois grands Rois dessus le grand chemin.
Venaient d'abord des gardes du corps,
Des gens armés avec trente petits pages,
Venaient d'abord es gardes du corps,
Des gens armés dessus leurs justaucorps.

II
Puis sur un char doré de toutes parts,
On voit trois Rois modestes comme des anges,
Puis sur un char doré de toutes parts,
Trois Rois debout parmi les étendards.
L'étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant une pauvre étable,
L'étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant l'humble réduit.

III
Au Fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs hommages,
Au Fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs doux vœux.
De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au maître tant aimable,
De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au bienheureux enfant.

(Deuxième partie la semaine prochaine)

(Sources principales : http://www.nimausensis.com/Gard/ImageMois/MarcheDesRois/LesRoisMages.htm; http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Arl%C3%A9sienne_(Bizet).

Le 28 décembre 2011 par Gaston D.

Les députés-censeurs

L’Assemblée nationale française « lâchée lousse ». Ou livré aux groupes de pression ?

Une députée française a fait adopter une proposition de loi qui prévoit un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour toute personne qui nierait publiquement l’existence du génocide arménien (http://www.france24.com/fr/20111222-proposition-loi-condamnant-genocides-votee-a-lassemblee-nationale). Autrement dit, vous pouvez penser qu’il n’y a peut-être pas eu de génocide en 1915-1916 (au sens où on a défini ce concept trente ans plus tard…) en Arménie, mais « seulement » une guerre meurtrière, mais ne le dites pas à haute voix.

Le gouvernement ne s’est pas compromis, le ministre des Relations avec le Parlement ayant indiqué qu'il s'en remettrait à la « sagesse » des députés, une sagesse assez mince, dans tous les sens du terme, car il n’y en avait qu’une cinquantaine de députés (sur 577 !!!) en Chambre au moment du vote majoritaire à main levée.

Les historiens français ont évidemment réagi : il a quand même des gens qui y ont gardé toute leur tête en cette époque de rectitude exacerbée (http://www.lefigaro.fr/politique/2011/12/21/01002-20111221ARTFIG00552-genocide-armenien-les-historiens-critiquent-la-loi.php). Ils l’avaient fait en 1990, quand l’Assemblée nationale a adopté la loi Gayssot pour pénaliser la négation du génocide juif. En 2006, 19 historiens français, parmi les plus réputés, avaient signé une pétition demandant l'abrogation de la loi Gayssot, de la loi reconnaissant le génocide arménien, de la loi reconnaissant la traite et l'esclavage en tant que crime contre l'humanité et enfin de la loi sur l'intégration dans les programmes scolaires du rôle positif de la colonisation française : ils y rappelaient des principes : l'histoire n'est pas la morale, n'est pas l'esclave de l'actualité et n'est pas un objet juridique.

Les députés n’ont évidemment pas écouté les historiens qui rappliquent en 2011 en espérant convaincre le Sénat de ne pas créer un nouveau délit d’opinion :

- Pierre Nora : « Ce n'est pas aux politiques d'écrire l'histoire ! » ;
- Christian Delporte : « Nous sommes contre l'histoire officielle et nous estimons qu'il ne doit pas y avoir d'entrave au travail de l'historien. Or, dès l'instant qu'il y a une loi, il y a des risques de poursuite. L'histoire est avant tout une source de débat et doit le rester dans une démocratie » ;
- Gilles Manceron : « Va-t-on faire une loi pour tous les crimes du monde ? Pour ceux commis par les communistes en Russie ou pour le génocide des Indiens en Amérique ? »

Si les parlementaires décident maintenant de ce qui est « vrai » en histoire, on pourrait faire de même ici pour l’extermination des Renards par le Français, des Béotuks par les Anglais de Terre-Neuve ou des Hurons par les Iroquois.

Le 21 décembre 2011 par Gaston D.

Le temps des cadeaux

C’est Noël : on va parler de cadeaux.

Le Centre Bell en sera privé

Il n’y a pas de lien avec ce qui se passe derrière le banc du Canadien mais le Centre Bell va perdre quelques dollars venant du gouvernement. Hydro-Québec, la Société des alcools et la Caisse de dépôt abandonnent leurs loges « corporatives » (http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201112/21/01-4479829-la-caisse-de-depot-abandonne-sa-loge-au-centre-bell.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=lapresseaffaires_LA5_nouvelles_98718_accueil_POS15). Les Québécois ne verront pas de différences sur leurs rapports d’impôt mais l’État économisera presque un million par année.

Le seul organisme d’État qui résiste est Loto-Québec, qui dépense environ un demi-million pour deux loges, l’une pour ses meilleurs parieurs, l’autre pour ses dépanneurs « qui travaillent de longues journées et font face à une forte concurrence », dont celle que la société d’État leur fait avec son poker en ligne ! Mais, c’est un autre dossier.

Loto-Québec et le gouvernement continuent leur double langage. L’État justifie sa présence dans le jeu en disant qu’il empêche le crime organisé d’en profiter (tout en laissant proliférer les sites Internet illégaux sur les réserves, où il n’y a évidemment pas de crime organisé…). C’est donc un mal nécessaire… qu’il encourage avec des petits cadeaux aux plus « méritants ». Cherchez la cohérence.

Les démissionnaires passent à la caisse

Le député d’Argenteuil a démissionné le 16 décembre. Trop jeune pour toucher sa pension, dont on a fixé l’accès à 55 ans au début des années 1980, il bénéficiera de l’allocation de transition maximale (un an de salaire), créée à la même époque pour permettre aux jeunes retraités sans pension de « se r’virer de bord », ce qui ne devrait être un problème pour cet homme d’affaires qui a précisément perdu sa limousine à cause d’un conflit d’intérêts « appréhendé » entre ses activités de ministre et ses intérêts dans une entreprise de construction. On lui souhaite un bon fiscaliste pour éviter d’en payer un coup sur ce qui pourrait bien devenir une double rémunération en 2012.

Plusieurs autres députés pourraient quitter l’an prochain. La brochette comprendrait de nombreux vétérans admissibles à la pension des parlementaires AINSI qu’à la pension fédérale mais AUSSI l’allocation dite « de transition ». Transition vers quoi ? Sûrement un monde meilleur.

Pour les Bronfman, une double surprise ?

La famille Bronfman vient d’embaucher des lobbyistes afin d'influencer les parlementaires et convaincre l'Assemblée nationale d'adopter une loi privée touchant la répartition du patrimoine d’une dizaine de fiducies familiales créées en 1942 pour assurer la pérennité du capital et surtout payer le moins d’impôt possible (http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/politiqueprovinciale/archives/2011/12/20111220-173315.html).

Une première tentative a été effectuée au printemps avec le bill 205 qui a été étudié brièvement dans l’ombre du fameux 204. Alerté par un reportage du canal Argent, le Parti québécois avait tiqué et le député François Rebello avait posé plusieurs questions au gouvernement et même écrit au ministre au sujet de l’impact de ce projet sur le fisc québécois.

Quand les lois d’application générale ne suffisent pas et qu’il faut recourir à un projet de loi d’intérêt privé, on peut sans l’ombre d’un doute conclure qu’il y a un « problème » entre les intérêts privés et l’intérêt public. Et si de plus le ministre ainsi que les avocats et les lobbyistes de la requérante ne veulent pas donner d’explications, serait-ce qu’il y a quelque chose d’inexplicable ? Comme un « cadeau » dont le donateur ignorerait la valeur ?

Gaston Deschênes
Né à Saint-Jean-Port-Joli, Gaston Deschênes a étudié au collège de Saint-Anne-de-la-Pocatière et à l’Université Laval où il a obtenu une maîtrise en histoire. Auteur de plusieurs ouvrages sur sa région natale, la Côte-du-Sud, il est maintenant historien autonome, après plusieurs années passées dans la fonction publique, dont 30 comme historien à l'Assemblée nationale du Québec.

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