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Le 10 mars 2007 par Gaston D.

Lecture - Le Trudeau de John English (3)

John English est vite passé sur la publication du livre le plus connu de Trudeau, Le Fédéralisme et la société canadienne-française. Il en évoque le lancement, au début de 1968, pour souligner que Trudeau y embrassa de nombreuses jeunes filles, un phénomène neuf dans un monde politique où on embrassait plus naturellement les bébés. Cet ouvrage donne pourtant des clefs pour comprendre Trudeau : « Il ne faut pas chercher d’autre constante à ma pensée que celle de s’opposer aux idées reçues », écrit-il au début de l’avant-propos, et plus loin : « Mon action politique, ou ma pensée, pour peu que j’en ai eue, s’exprime en deux mots : faire contrepoids ». Bref, Trudeau n’avait aucun plan. Professionnellement, il aurait pu être avocat, fonctionnaire ou professeur d’université mais il n’a fait qu’effleurer dédaigneusement ces trois fonctions. Il ne s’est vraiment passionné que pour des activités et des plaisirs qui pouvaient lui permettre d’avoir du bon temps et se démarquer (voyages, voitures, vêtements, bonne bouffe, femmes, etc.) et il voulait par-dessus tout se ménager la liberté d’en profiter sans contraintes, ce qui l’a fait hésiter longuement avant d’accepter la candidature à la succession de Pearson. Il n’aurait pas détesté rester « sur la bande » et jouer le « gérant d’estrade ». En politique, Trudeau avait un « esprit de contradiction » : nationaliste, quand la majorité était fédéraliste, pro-URSS, Chine et Cuba, quand c’était exotique, fédéraliste, quand le Québec est passé au nationalisme, etc. Il avait le loisir de se permettre toutes les fantaisies.

Le cheminement de ce personnage qui aura un impact déterminant sur le Canada, comme on le verra dans la tome 2, illustre comment l’histoire tient à bien peu de choses et qu’on est le plus souvent bien loin des modèles et des théories politiques. « Trudeau semblait [!?] parfois agir sans but, presque en dilettante » ; son cheminement « rendit perplexes ses amis les plus intimes, de même que ceux qui tentaient d’étudier sa carrière avec objectivité » (p. 242). Chercher le fil conducteur? Peut-être, mais mieux vaut surtout de ne pas perdre le fil d’Ariane.

(Fin)

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Gaston Deschênes
Né à Saint-Jean-Port-Joli, Gaston Deschênes a étudié au collège de Saint-Anne-de-la-Pocatière et à l’Université Laval où il a obtenu une maîtrise en histoire. Auteur de plusieurs ouvrages sur sa région natale, la Côte-du-Sud, il est maintenant historien autonome, après plusieurs années passées dans la fonction publique, dont 30 comme historien à l'Assemblée nationale du Québec.

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