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janvier 24, 2012

Le Sénat historien

On aurait pu penser que les sénateurs seraient plus sages que les députés (http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2011/12/les_deputescenseurs_1.php), mais non : le Sénat français a adopté à son tour la proposition de loi qui prévoit de sanctionner toute personne qui aurait « contesté » ou « minimisé de façon outrancière (…) l'existence des génocides reconnus par la loi », i.e. les génocides juifs et arméniens.

Profondément divisés et rompant avec les « lignes de partis », les sénateurs ont voté à 127 contre 86, 60 % de leurs collègues étant absents, certains étant visiblement partis faire la « petite marche » classique du parlementaire qui ne veut pas prendre position.

Les sénateurs ont approuvé la proposition malgré l’avis défavorable de leur Commission des lois (http://www.senat.fr/rap/l11-269/l11-2691.pdf) selon laquelle « il n'appartenait pas à la loi, et en particulier à la loi pénale, d'intervenir dans le champ de l'histoire et de disposer en matière de vérité historique ». Elle a en outre considéré que cette loi pourrait entrer en contradiction avec plusieurs principes constitutionnels, en particulier le principe de légalité des délits et des peines, le principe de liberté d’opinion et d’expression et le principe de liberté de la recherche historique.

Car il est maintenant interdit de douter explicitement de l’existence du génocide arménien et dangereux de faire des recherches sur ce qui s’est passé en Arménie entre 1915 et 1923 : ce serait risquer d’aboutir à des résultats contraires à la « vérité » préétablie par le Parlement ou de minimiser « de façon outrancière » le génocide. Rien ne garantit la précision de l’instrument utilisé pour calculer l’outrance…

Il faut lire l’exposé de motifs de la proposition (http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3842.asp) présentée par la députée Valérie Boyer. On y rappelle que la France a des lois pour définir les génocides et autres crimes contre l’humanité, dont la loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 qui a reconnu le génocide arménien de 1915 et la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 sur la traite et l’esclavage, mais seule la contestation du génocide juif constitue un délit (introduit par la loi Gayssot du 13 juillet 1990), « de sorte que les victimes rescapées de crimes contre l’humanité se trouvent inégalement protégées » ! D’où la nécessité d’instituer, pour la négation du génocide arménien, des peines semblables à celles que la loi Gayssot a édictées en 1990, soit un an de prison et 45 000 € d'amende.

Livrés aux groupes de pression et mus par l’électoralisme (la communauté arménienne en France est la plus importante d'Europe occidentale, avec environ 600 000 membres), les députés n’ont rien retenu des avertissements de la communauté historienne et ont préféré s’enliser dans une rectitude qui fait peur. Le ministre des Relations avec le Parlement a justifié cette proposition de loi par la nécessité de lutter contre le « poison » négationniste, une expression qui rappelle une autre époque.

Reste le Conseil constitutionnel qui pourrait se prononcer sur la constitutionnalité du délit créé par cette loi, mais comment refuser aux Arméniens ce qu’on a accordé aux Juifs ?

janvier 21, 2012

Une autre Journée du drapeau bâclée

Dans un communiqué émis à 8h00 le 20 janvier et répété à la mêm heure le 21, le ministre responsable de l'application de la Loi sur le drapeau « invite la population à souligner le 64e anniversaire de l'adoption du fleurdelisé, en ce samedi 21 janvier 2012, jour du Drapeau, qui commémore un moment important de notre histoire ».
(http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Janvier2012/20/c5545.html)

C’est un immense progrès. Du temps des Weil et Normandeau, le communiqué sortait dans l’après midi du 21 janvier. Puis, en 2011, le ministre Fournier a « oublié ». À son cabinet, un attaché politique avait d’abord dit ignorer (!) l'existence d'une telle journée, pour ensuite voir le service des communications du ministère « admettre » que c'était un « oubli » de sa part. La faute aux fonctionnaires, qui n’auraient pas pris de risques cette année en programmant la diffusion à 8h00, un samedi matin.

Drapeau + tour.jpg


Le ministre de la Justice invite la population à souligner la Jour du drapeau qui « est l'occasion de nous rassembler autour de cet emblème qui incarne si puissamment nos valeurs, nos aspirations communes et notre détermination à bâtir ensemble le Québec de demain ». Mais il ne faut quand même pas trop en demander, surtout pas l’heure et le lieu du rassemblement. En fait, ni le ministre responsable de l’application de la loi, ni le premier ministre, chef du gouvernement dont le fleurdelisé est le principal emblème, n’ont inscrit quoi que ce soit à leur agenda.

Ils le feront peut-être l’an prochain quand le fleurdelisé aura 65 ans, l’âge de la pension fédérale.

janvier 06, 2012

La Marche des rois (suite)

Henri Bourassa doit tournoyer dans sa tombe. Après avoir passé le XXe siècle à se détacher pacifiquement mais résolument du Royaume-Uni, le Canada est en train de s’y recoller sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Des générations d’étudiants en droit et en science politique ont appris que la reine était devenue un simple symbole et que ses pouvoirs (comme ceux de ses représentants) étaient tombés en désuétude. C’est à qui imaginerait une situation de crise ultra compliquée où le gouverneur général aurait un rôle à jouer pour assurer la pérennité de nos institutions (et justifier son existence). Puis, quand Michaëlle Jean a eu l’occasion « rêvée » d’agir, et de refuser une scandaleuse demande de prorogation, elle s’est comportée comme une distributrice de luxe.

Le gouvernement fédéral présente maintenant la monarchie comme un trait distinctif de la culture politique du Canada, ce qui le distingue des Américains... Plus pragmatique, la ministre québécoise des Relations internationales voit les visites royales comme une sorte d’investissement dans le tourisme : la monarchie est revenue à la mode, en version pipolisée, pour divertir et faire rêver les vieilles colonies.

Rêvons donc en imaginant que le regretté journaliste Rémi Tremblay, dont il a déjà été quelques fois question ici (http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2011/05/a_la_maniere_de_remi_tremblay_1.php), a remis sa plume satirique à l’œuvre, au risque de froisser la mémoire de Daudet, du curé Domergue, voire du « bon roi René », tous artisans de la traditionnelle Marche des rois (cf. http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2012/01/la_marche_des_rois_i.php)

***

La marche des « rois nègres »

(Version 2012 harperisée de La marche des rois. Pour un accompagnement musical, ouvrir http://www.lirecreer.org/biblio/comptines/marche_des_rois/index.html dans une autre fenêtre)

Reine et carosse.jpg

1.
Un bon matin, Harper s’est mis en train
De ramener son peuple au Moyen Âge.
Un bon matin, Harper s’est mis en train
De fêter le règne élisabéthain.

Vinrent d’abord, livrés franc de port,
Plein de photos, de fanions et de messages,
Et puis, encore au frais du Trésor,
Même un portrait du vieux prince consort.

2.
James Moore l’a dit : le ciel nous a bénis
D’avoir vécu sous la reine d’Angleterre.
James Moore l’a dit : le ciel nous a bénis
Et la monarchie nous a définis.

Rien de trop beau, vu de Toronto :
On a remis du « royal » aux militaires
Et James Baird a troqué les tableaux
D’Alfred Pellan pour la reine en photo.

3.
Pour des idées de vrais colonisés,
On peut compter sur ces thuriféraires.
Pour des idées de vrais colonisés,
Les budgets ne sont jamais épuisés.

Rien de trop fort pour les dinosaures
Adulateurs de smalas parasitaires
Et, cet été, on paiera encore
Pour héberger le plus vieux des Windsor.

***

Ceux et celles qui auraient la rectitude écorchée par le titre peuvent relire ce qu’écrivait André Laurendeau sur « la théorie du roi-nègre », propos publiés dans Le Devoir d’Henri Bourassa le 4 juillet 1958 :

« Les Britanniques ont le sens politique, ils détruisent rarement les institutions politiques d'un pays conquis. Ils entourent le roi nègre mais ils lui passent des fantaisies. Ils lui ont permis à l'occasion de couper des têtes : ce sont les mœurs du pays. […]
« Il faut obtenir du roi nègre qu'il collabore et protège les intérêts des Britanniques. Cette collaboration assurée, le reste importe moins. Le roitelet viole les règles de la démocratie ? On ne saurait attendre mieux d'un primitif…
« […] Le résultat, c'est une régression de la démocratie et du parlementarisme […]. »

janvier 03, 2012

La Marche des rois (I)

On célébrait davantage et plus religieusement le 6 janvier « autrefois » (disons du temps de ma jeunesse…). Pour les catholiques, l’Épiphanie commémore un événement relaté dans l'Évangile selon Mathieu, la visite de l'enfant Jésus par les rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar, d’où le nom de « Fête des rois ». L’Épiphanie terminait le « temps de Fêtes » et sonnait le début d’une diète plus équilibrée.
Marche des rois Bonne chanson-Web.JPG

Le cantique qu’on entonnait en chœur le 6 janvier est sûrement resté accroché à la mémoire des plus vieux :

« De bon matin j'ai rencontré le train
De trois grands rois qui allaient en voyage
De bon matin j'ai rencontré le train
De trois grands rois dessus le grand chemin ».

Les origines de ce noël populaire remonteraient au XVe siècle. Certaines sources l’attribuent à René 1er (1409-1480), surnommé par ses sujets provençaux le « Bon Roi René », qui fut duc d'Anjou, comte de Provence, roi de Naples et roi titulaire de Jérusalem. Transmis de génération en génération par tradition orale, ce cantique fut publié pour la première fois dans le Recueil des noëls provenceaux composé par le sr Nicolas Saboly,... Nouvelle édition, augmentée du Noël fait à la mémoire de M. Saboly, et de celui des Rois, fait par J.-F. D., ouvrage imprimé à Avignon en 1763.

Le premier des huit couplets de La Marcho Di Rei allait comme suit :

De matin, Ai rescountra lou trin
De tres grand Rèi qu'anavon en vouiage ;
De matin, Ai rescountra lou trin
De tres grand Rèi dessus lou grand camin.
Ai vist d'abord De gardo cors,
De gènt arma em'uno troupo de page,
Ai vist d'abord De gardo cors,
Tóuti daura dessus si just-au-cors.

Le « J.-F. D. » mentionné dans le titre du recueil était l’ancien curé d'Aramon (commune du Gard), Joseph-François Domergue, né en 1691, mort à Avignon en 1729. C’est lui qui a écrit, ou simplement consigné par écrit, selon une autre hypothèse, les paroles du cantique populaire qu’il disait chanté sur l'« air de la Marche de Turenne », une œuvre attribuée à Jean-Baptiste Lulli - ou Lully - (1632-1687), compositeur français d'origine italienne.

Si Lulli a composé la musique, sur quel air pouvait bien chanter le roi René deux siècles plus tôt ? Lulli a peut-être composé sa Marche de Turenne en s’inspirant d’un air qui circulait déjà. À moins que la paternité du « bon roi René » ne soit que légende ? Tout n’est qu’hypothèse sur cette question que l’auteur des Miettes de l'histoire de Provence (1902) comparait au tonneau des Danaïdes, « tonneau sans fond dans lequel chaque controversiste apporte en pure perte son seau, toujours absolument vide de sérieux arguments ».

La suite de l’histoire est mieux connue. En 1872, Georges Bizet (1838-1875) compose une musique de scène pour L’Arlésienne, drame en trois actes qu’Alphonse Daudet (1840-1897) a tiré d’une nouvelle de ses Lettres de mon moulin (1869). Bizet s’inspire d’authentiques chants provençaux dont la célèbre « Marche des Rois ».Créée à Paris le 1er octobre 1872, la pièce de Daudet est retirée de l'affiche après vingt représentations mais Bizet extrait de sa musique une suite orchestrale qui remportera un succès jamais démenti.

Marche des rois-Daudet-Bizet.jpg

Quant au texte de la « Marche des rois », tel qu’on le connaît aujourd’hui, et dont on trouvait un couplet au dernier acte de la pièce éditée en 1872, Daudet l’a probablement rédigé en français moderne à la même époque. On l’a vue éditée au moins une fois avec la mention « Musique de Georges Bizet » mais on reconnaît généralement qu’elle est l’œuvre de Lulli, et que Bizet n'a fait que l'arranger pour L'Arlésienne, comme l'écrit d'aileurs Daudet.
(Pour écouter: http://www.youtube.com/watch?v=BQx7vH_6SQ0)

I
De bon matin, j'ai rencontré le train
De trois grands Rois qui allaient en voyage
De bon matin, j'ai rencontré le train
De trois grands Rois dessus le grand chemin.
Venaient d'abord des gardes du corps,
Des gens armés avec trente petits pages,
Venaient d'abord es gardes du corps,
Des gens armés dessus leurs justaucorps.

II
Puis sur un char doré de toutes parts,
On voit trois Rois modestes comme des anges,
Puis sur un char doré de toutes parts,
Trois Rois debout parmi les étendards.
L'étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant une pauvre étable,
L'étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant l'humble réduit.

III
Au Fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs hommages,
Au Fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs doux vœux.
De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au maître tant aimable,
De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au bienheureux enfant.

(Deuxième partie la semaine prochaine)

(Sources principales : http://www.nimausensis.com/Gard/ImageMois/MarcheDesRois/LesRoisMages.htm; http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Arl%C3%A9sienne_(Bizet).

décembre 28, 2011

Les députés-censeurs

L’Assemblée nationale française « lâchée lousse ». Ou livré aux groupes de pression ?

Une députée française a fait adopter une proposition de loi qui prévoit un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour toute personne qui nierait publiquement l’existence du génocide arménien (http://www.france24.com/fr/20111222-proposition-loi-condamnant-genocides-votee-a-lassemblee-nationale). Autrement dit, vous pouvez penser qu’il n’y a peut-être pas eu de génocide en 1915-1916 (au sens où on a défini ce concept trente ans plus tard…) en Arménie, mais « seulement » une guerre meurtrière, mais ne le dites pas à haute voix.

Le gouvernement ne s’est pas compromis, le ministre des Relations avec le Parlement ayant indiqué qu'il s'en remettrait à la « sagesse » des députés, une sagesse assez mince, dans tous les sens du terme, car il n’y en avait qu’une cinquantaine de députés (sur 577 !!!) en Chambre au moment du vote majoritaire à main levée.

Les historiens français ont évidemment réagi : il a quand même des gens qui y ont gardé toute leur tête en cette époque de rectitude exacerbée (http://www.lefigaro.fr/politique/2011/12/21/01002-20111221ARTFIG00552-genocide-armenien-les-historiens-critiquent-la-loi.php). Ils l’avaient fait en 1990, quand l’Assemblée nationale a adopté la loi Gayssot pour pénaliser la négation du génocide juif. En 2006, 19 historiens français, parmi les plus réputés, avaient signé une pétition demandant l'abrogation de la loi Gayssot, de la loi reconnaissant le génocide arménien, de la loi reconnaissant la traite et l'esclavage en tant que crime contre l'humanité et enfin de la loi sur l'intégration dans les programmes scolaires du rôle positif de la colonisation française : ils y rappelaient des principes : l'histoire n'est pas la morale, n'est pas l'esclave de l'actualité et n'est pas un objet juridique.

Les députés n’ont évidemment pas écouté les historiens qui rappliquent en 2011 en espérant convaincre le Sénat de ne pas créer un nouveau délit d’opinion :

- Pierre Nora : « Ce n'est pas aux politiques d'écrire l'histoire ! » ;
- Christian Delporte : « Nous sommes contre l'histoire officielle et nous estimons qu'il ne doit pas y avoir d'entrave au travail de l'historien. Or, dès l'instant qu'il y a une loi, il y a des risques de poursuite. L'histoire est avant tout une source de débat et doit le rester dans une démocratie » ;
- Gilles Manceron : « Va-t-on faire une loi pour tous les crimes du monde ? Pour ceux commis par les communistes en Russie ou pour le génocide des Indiens en Amérique ? »

Si les parlementaires décident maintenant de ce qui est « vrai » en histoire, on pourrait faire de même ici pour l’extermination des Renards par le Français, des Béotuks par les Anglais de Terre-Neuve ou des Hurons par les Iroquois.

décembre 21, 2011

Le temps des cadeaux

C’est Noël : on va parler de cadeaux.

Le Centre Bell en sera privé

Il n’y a pas de lien avec ce qui se passe derrière le banc du Canadien mais le Centre Bell va perdre quelques dollars venant du gouvernement. Hydro-Québec, la Société des alcools et la Caisse de dépôt abandonnent leurs loges « corporatives » (http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201112/21/01-4479829-la-caisse-de-depot-abandonne-sa-loge-au-centre-bell.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=lapresseaffaires_LA5_nouvelles_98718_accueil_POS15). Les Québécois ne verront pas de différences sur leurs rapports d’impôt mais l’État économisera presque un million par année.

Le seul organisme d’État qui résiste est Loto-Québec, qui dépense environ un demi-million pour deux loges, l’une pour ses meilleurs parieurs, l’autre pour ses dépanneurs « qui travaillent de longues journées et font face à une forte concurrence », dont celle que la société d’État leur fait avec son poker en ligne ! Mais, c’est un autre dossier.

Loto-Québec et le gouvernement continuent leur double langage. L’État justifie sa présence dans le jeu en disant qu’il empêche le crime organisé d’en profiter (tout en laissant proliférer les sites Internet illégaux sur les réserves, où il n’y a évidemment pas de crime organisé…). C’est donc un mal nécessaire… qu’il encourage avec des petits cadeaux aux plus « méritants ». Cherchez la cohérence.

Les démissionnaires passent à la caisse

Le député d’Argenteuil a démissionné le 16 décembre. Trop jeune pour toucher sa pension, dont on a fixé l’accès à 55 ans au début des années 1980, il bénéficiera de l’allocation de transition maximale (un an de salaire), créée à la même époque pour permettre aux jeunes retraités sans pension de « se r’virer de bord », ce qui ne devrait être un problème pour cet homme d’affaires qui a précisément perdu sa limousine à cause d’un conflit d’intérêts « appréhendé » entre ses activités de ministre et ses intérêts dans une entreprise de construction. On lui souhaite un bon fiscaliste pour éviter d’en payer un coup sur ce qui pourrait bien devenir une double rémunération en 2012.

Plusieurs autres députés pourraient quitter l’an prochain. La brochette comprendrait de nombreux vétérans admissibles à la pension des parlementaires AINSI qu’à la pension fédérale mais AUSSI l’allocation dite « de transition ». Transition vers quoi ? Sûrement un monde meilleur.

Pour les Bronfman, une double surprise ?

La famille Bronfman vient d’embaucher des lobbyistes afin d'influencer les parlementaires et convaincre l'Assemblée nationale d'adopter une loi privée touchant la répartition du patrimoine d’une dizaine de fiducies familiales créées en 1942 pour assurer la pérennité du capital et surtout payer le moins d’impôt possible (http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/politiqueprovinciale/archives/2011/12/20111220-173315.html).

Une première tentative a été effectuée au printemps avec le bill 205 qui a été étudié brièvement dans l’ombre du fameux 204. Alerté par un reportage du canal Argent, le Parti québécois avait tiqué et le député François Rebello avait posé plusieurs questions au gouvernement et même écrit au ministre au sujet de l’impact de ce projet sur le fisc québécois.

Quand les lois d’application générale ne suffisent pas et qu’il faut recourir à un projet de loi d’intérêt privé, on peut sans l’ombre d’un doute conclure qu’il y a un « problème » entre les intérêts privés et l’intérêt public. Et si de plus le ministre ainsi que les avocats et les lobbyistes de la requérante ne veulent pas donner d’explications, serait-ce qu’il y a quelque chose d’inexplicable ? Comme un « cadeau » dont le donateur ignorerait la valeur ?

décembre 08, 2011

La légitimité des indépendants

L’éditorialiste Jean-Pascal Beaupré (« Fausse représentation », La Presse, 5 décembre 2011) se demande si les députés qui siègent actuellement comme indépendants ont « la légitimité de représenter les électeurs de leur circonscription ». À cette question, il faut répondre : « Oui, certainement (sauf peut-être le cas très particulier qui est actuellement sub judice). »

La Loi sur l’Assemblée nationale édicte que le député « jouit d'une entière indépendance dans l'exercice de ses fonctions » (art. 43). Pour mieux éclairer nos lanternes, il faudrait peut-être amender cette loi en nous inspirant de l’article 38 de la Loi fondamentale pour la République fédérale d’Allemagne, texte si judicieusement cité dans le projet de réforme parlementaire déposé par le ministre Jacques Dupuis en juin 2004 : « Les députés du Bundestag allemand sont élus au suffrage universel, direct, libre, égal et secret. Ils sont les représentants de l’ensemble du peuple, ne sont liés ni par des mandats ni par des instructions et ne sont soumis qu’à leur conscience » (La réforme parlementaire, p. 18).

En droit québécois, comme le précisent Brun, Tremblay et Brouillet dans leur Droit constitutionnel (5e édition, p. 306), le député est « absolument libre, durant son mandat, d'agir selon ses seules convictions dans la poursuite du bien commun; il n'est jamais lié par les désirs de ses commettants ». Nul ne peut « essayer d'influencer le vote, l'opinion, le jugement ou l'action du député par fraude, menace ou par des pressions indues » (Loi sur l’Assemblée nationale, art. 55). Bien sûr, cet article ne met pas le député à l’abri de la discipline de parti mais ce n’est pas un objet, un numéro ou un robot, ni un soldat, et son chef a l’obligation de convaincre, non pas d’imposer. Le projet de réforme précité voulait alléger cette discipline « afin de permettre aux députés d’exercer leur mandat en tenant compte aussi: des attentes des électeurs de leur circonscription ou de l’ensemble des citoyens; de leurs propres convictions ou conclusions sur une question; des impératifs de leur conscience ».

Tels sont justement les motifs qui ont amené la plupart des députés indépendants d’hier et d’aujourd’hui sur les banquettes arrière et, malgré ce que peuvent en penser certains citoyens, ils n’ont pas pris leur décision de gaieté de cœur, « pour se faire remarquer », comme on l’entend parfois. Sauf exception, devenir indépendant est un choix très difficile qui marque souvent le début de la fin d’une carrière parlementaire.

« Ils ont été élus grâce au chef et au parti : qu’ils y restent loyaux ! », entend-on aussi. Il y a du vrai dans cette perception (les élus sont redevables au chef et au parti dans des proportions qu’il serait bien présomptueux d’évaluer), mais elle s’applique plutôt mal à la plupart des indépendants actuels. Les députés Caire et Picard ont été élus avec un chef qui avait leur loyauté mais qui a été remplacé au terme d’un congrès bizarre dont ils n’acceptent pas les résultats. Les dissidents du PQ ont, pour la plupart, fait défection après avoir vu leur parti appuyer une cause (le projet de loi 204) qui ne figurait pas à son programme et qui cadrait d’ailleurs assez mal avec sa philosophie. Si leur chef avait été plus souple sur la discipline, ils seraient peut-être encore sous sa houlette. Ils ont préféré suivre leurs convictions, eux, et siéger comme indépendants (tel que permis explicitement par le Règlement de l’Assemblée nationale), ce qui n’a visiblement pas provoqué de soulèvements dans leurs circonscriptions.

Au moment où un fort courant d’opinion remet en question la « ligne de parti » qui limite la liberté d’expression et impose la « discipline de vote », il est pour le moins étonnant de voir un éditorialiste proposer une mesure qui aurait pour effet d’enfermer définitivement les députés dans le corset partisan. Sur le plan éthique — où il veut nous amener — ce serait bien le bouquet si les députés qui votent, à visière levée, selon « les impératifs de leur conscience » étaient ostracisés sans appel alors que ceux qui renient leurs principes peuvent continuer de voter machinalement, peinards et incognito.

novembre 27, 2011

Le « sénateur justicier »

Je n’ai pas d’atomes crochus avec le sénateur Boisvenu. Ce monsieur a vécu de grandes épreuves et, par respect pour lui, plusieurs l’ont ménagé lorsqu’il s’est mis à intervenir publiquement sur le « droit des victimes ». Depuis quelque temps, on peut cependant dire qu’il liquide rapidement le capital de sympathie qu’il possédait.

Contrairement à Jean Lapointe, qui a compris que sa cause n’avançait pas (quand l’heure de la retraite a sonné), et à Jacques Demers, qui ne le comprendra probablement pas, le sénateur Boisvenu défend un dossier qui correspond aux visées du gouvernement conservateur et qui va malheureusement aboutir.

Je ne suivrais pas cependant le raisonnement de Debora de Thomassis, vice-présidente de l'Association des avocats de la défense de Montréal, qui invite le sénateur à s’enregistrer comme lobbyiste « s'il veut faire du lobbying » (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2011/11/20/002-barreau-boisvenu-defense.shtml). Il y a des limites à dire n’importe quoi, même sous le coup de la colère. Le sénateur Boisvenu est parfaitement justifié de défendre son point de vue (pour une fois qu’un sénateur s’active concrètement…); c’est à ses interlocuteurs de démonter ses « raisonnements ».

Je ne suis pas non plus Me Jean-Claude Hébert qui a bien démontré (http://www.cyberpresse.ca/debats/opinions/201111/24/01-4471290-le-senateur-justicier.php) comment l’analyse du « sénateur justicier » est « stupéfiante » et son argumentaire, « déroutant », mais qui se laisse aller à des considérations moins pertinentes quand il écrit que le sénateur Boisvenu « usurpe une responsabilité des élus » et devrait « se tenir coi jusqu'à l'adoption du projet de loi C-10 par la Chambre des communes », réservant son point de vue pour l’étude du projet « en comité parlementaire du Sénat ».

Qu’on le veuille ou non, le Sénat participe à la fonction législative et rien, dans notre droit, n’empêche un sénateur de se prononcer sur une question à l’étude devant le Parlement. Ni de dire des bêtises.

novembre 15, 2011

Et la langue, on la conserve?

Un petit producteur fait beaucoup parler de lui dans le monde de l’alimentation depuis quelques années. Reportages dans tout ce qu’on trouve d’émissions et de médias branchés, prix et distinctions, éloges de toutes sortes, certainement mérités.

Dans son édition de décembre, L’Actualité consacre une page à cette « conserverie gastronomique artisanale » qui veut contribuer à la « redécouverte du patrimoine culinaire ». Allier conserves et gastronomie n’est pas banal. Les propriétaires, dont les noms évoquent les familles-souches québécoises, critiquent l’industrialisation, valorisent le rapprochement avec les producteurs, parlent artisanat et terroir. Mieux encore, l’entreprise qui a débuté comme restaurant à Montréal est maintenant installée en campagne et favorise la conciliation travail-famille. Et elle participera à la guignolée des médias avec des boîtes numérotées ornées d’une étiquette signée Claude Robinson. Avant d’ouvrir la boîte, on sent déjà les bons sentiments.

Un bémol? Le journaliste note que l’entreprise se distingue aussi par « un nom curieux » : elle s’appelle « LE NAKED LUNCH », nom « bien de chez nous » dûment inscrit au Registre des entreprises du Québec, « patenté » au fédéral (OPIC) et donc « avalé » par notre bienveillant Office québécois de la langue française.

Tout est correct / It’s all right.

Merci / Thank you.

Allez-en paix / Ite missa est.

pate_chinois.jpg

novembre 12, 2011

Deltell contre Henri IV, prise 2

Le chef de l’ADQ retourne en mission afin de faire changer le nom de l’autoroute Henri IV pour « autoroute de la Bravoure ». On croyait le dossier mort quand la Commission de toponymie a rejeté cette demande en 2009. La Société historique de Charlesbourg, notamment, s’était prononcée contre le changement de nom par la voix de son président, René Cloutier (http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2009/10/et_ce_brave_henri_iv_2.php).

Heni IV e.jpg


Mais le soldat Deltell n’a pas désarmé et il a profité du climat de sensiblerie qui entoure chaque année le 11 novembre pour aller chercher des appuis au pied la croix du Sacrifice (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201111/11/01-4467120-de-nombreux-appuis-pour-lautoroute-de-la-bravoure.php).

Qu’y a-t-il de neuf, depuis deux ans, pour modifier l’opinion de la Commission de toponymie? Une légion d’honneur certes méritée, décernée opportunément au père du député quelques jours avant la commémoration du 11 novembre et habilement médiatisée auprès d’une certaine radio, ne peut pas nuire quand on veut créer un buzz (pour employer un mot à la mode). Il y a aussi une nouvelle présidente à la Commission de toponymie. Issue du milieu des chambres de commerce et du patronat, celle-ci a « promis au député de Chauveau de procéder à une révision administrative du dossier ». «Le seul engagement que j'ai pris, c'est de faire en sorte que l'on s'assure que toutes les étapes ont été franchies et que toutes les petites pierres ont été retournées», a affirmé Mme Marchand. «Je ne mets pas du tout en doute le processus antérieur. Mais deux fois valent mieux qu'une», a-t-elle tenu à préciser.
(http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201111/10/01-4466698-autoroute-de-la-bravoure-lidee-fait-du-chemin.php)

C’est probablement la parade classique de la fonctionnaire embarrassée par les pressions d’un parlementaire qui veut obtenir des accommodements, et ultimement de nouveaux galons auprès de ses électeurs. Mais il n’y a rien de sûr et, par précaution, il faudra remonter aux créneaux pour défendre la mémoire d’Henri IV - un brave militaire lui-même, mais surtout le principal soutien de Champlain - envers et contre ceux qui voudraient le sortir de Québec, y compris le maire de la ville qu’il a contribué à fonder.

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octobre 30, 2011

Le castor canadien serait-il ringard ?

Les temps sont durs pour le castor canadien.

L’an dernier, il voyait son nom disparaître de la page couverture d’un très ancien magazine dédié à l’histoire. La cause : les filtres Internet bloquaient le mot « beaver » qui désignerait en slang les organes génitaux féminins! Cette malheureuse confusion nuisait, selon la direction de la revue, aux relations avec les lecteurs, abonnés et correspondants potentiels. Fondé en 1920 par la fameuse Hudson’s Bay Company et publié de nos jours par la Canada’s National History Society, The Beaver a donc été rebaptisé prosaïquement … Canada’s History.

Et voilà qu’une sénatrice conservatrice (pour d’autres raisons, naturellement…) veut maintenant dépouiller le fameux rongeur du titre d’emblème animal que le Canada lui a accordé en 1979.

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Pour Nicole Eaton, citée par TVA, le castor est un animal périmé, un «has-been» qui ne reflète plus les valeurs canadiennes. «C'est un rat, un gros rat, a-t-elle déclaré. Nous passons l'été sur une baie et nos quais sont détruits chaque hiver par les castors.»

Pour remplacer le castor, madame Eaton propose l’ours polaire, « le mammifère le plus majestueux et splendide du Canada ». Elle dit croire que la «force, le courage, la débrouillardise et la dignité» de l'animal carnivore blanc serait un symbole approprié pour le Canada moderne.

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La sénatrice n’aime visiblement pas les castors et, s’ils détruisent vraiment ses « quais » chaque hiver, les spécimens de sa région sont de TRÈS GROS rats. Mais elle semble surtout en vouloir à leur apparence et à leur image : le castor manque de majesté, c’est un petit moche (tout « gros rat » qu’il soit) à côté du beau grand nounours. Qu’il évoque toute l’importance du commerce de la fourrure dans l’histoire de l'Amérique du Nord ne l’émeut guère, ni ses qualités d’animal ingénieux, travailleur, prévoyant et résilient.

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Emblème de New York dès 1623 et de la Compagnie de la baie d’Hudson en 1678, présent sur le premier timbre canadien et sur son cinq cents, le castor figure toujours sur les armoiries de la London School of Economics et sur la bague des étudiants du réputé Massachusetts Institute of Technology. Ce n’est pas par accident, comme on l’a expliqué au MIT: « The beaver not only typifies the Tech (student), but his habits are peculiarly our own. The beaver is noted for his engineering, mechanical skills, and industry ».

Bien sûr, il n’y a rien d’immuable. Même s’il s’agit de symboles d’identité avec lesquels on ne joue pas sans motifs sérieux, les emblèmes peuvent changer. Le Canada s’est donné un nouveau drapeau en 1965. Au Québec, l’iris versicolore a remplacé le lis blanc en 1999. Et l’ours polaire, théoriquement, serait un excellent choix. Consolons-nous : avec l’esprit rétrograde qui règne à Ottawa ces temps-ci, un conservateur aurait pu suggérer les corgis de Sa Majesté.

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octobre 16, 2011

Une regrettable modestie

L’Assemblée nationale a raté une belle occasion de « s’auto-revaloriser » au début du mois en s’abstenant de blâmer formellement le président de La Financière agricole dans une affaire pourtant évidente d’outrage au Parlement.

La Commission de l'agriculture examine actuellement les orientations, les activités et la gestion de La Financière agricole. Le 8 août, elle adresse des avis de convocation aux membres du conseil d'administration de cet organisme paragouvernemental qui sert d'assureur aux agriculteurs. Le 17 août, le président du conseil d'administration, André Forcier, informe la commission que les huit administrateurs convoqués pour le 22 août ne comparaîtront pas. Malgré deux rappels, seul un administrateur se présente. La commission décide donc d'assigner sept administrateurs pour le 12 septembre et les sept autres, dont M. Forcier, pour le 19. Le 7 septembre, M. Forcier informe la commission qu'il sera à l'extérieur du pays entre le 16 et le 30 septembre et propose d'être entendu le 12. Le comité directeur de la commission (le président Pierre Paradis et le vice-président Claude Pinard) décide de maintenir l'assignation. Le 16 septembre, La Financière transmet à la commission une lettre l'avisant que M. Forcier ne comparaîtra pas et qu'il se mettrait à la disposition de celle-ci dès son retour, le 30 septembre. Le 19 septembre, tous les administrateurs convoqués sont présents, à l'exception de M. Forcier, qui se présentera finalement le 4 octobre.

Le 27 septembre, le député de Saint-Maurice et vice-président de la commission remet au président de l’Assemblée nationale un avis signalant une violation de privilège. Le 4 octobre, le président de l’Assemblée rend sa décision sur la recevabilité de la question de privilège :

« Il ne fait aucun doute que la commission agissait conformément à son pouvoir constitutionnel d'assigner un témoin à comparaître devant elle. […] Le fait pour M. Forcier de ne pas s'être présenté devant la commission malgré l'obligation qui lui incombait constitue sans contredit à première vue une contravention au paragraphe 1° de l'article 55 de la Loi sur l'Assemblée nationale […]. »

« À première vue », et il n’y en a pas eu de « seconde », personne n’ayant exprimé l’intention de présenter une motion pour que l’Assemblée étudie le fond de la question, décide s’il y a VRAIMENT eu atteinte à ses droits et prenne la décision appropriée. L’affaire est donc restée une patte en l’air, le président souhaitant que sa « décision » serve « d'avertissement à toute personne qui déciderait de ne pas se conformer à une assignation à comparaître devant une commission parlementaire ».

On peut se demander pourquoi ce n’est pas la Commission de l’agriculture qui a signalé la violation au président, laissant le député de Saint-Maurice seul au bâton. Visiblement, les membres libéraux de la commission ne se sentaient pas assez « outragés ». En lisant les débats du 22 août, on constate que, n’eut été l’insistance des membres péquistes, ils n’auraient peut-être même pas insisté pour entendre les administrateurs de La Financière. Incapables d’enlever leur chapeau partisan pour porter celui de parlementaires soucieux de contrôler l’administration publique, ils voient probablement comme un danger pour le gouvernement et leur parti les reproches que la commission pourrait faire aux administrateurs d’un organisme pourtant réputé autonome et seul responsables de ses gestes. On peut se demander aussi à quoi faisait référence le leader de l’opposition quand il a dit au président de l’Assemblée que le PQ ne souhaitait « évidemment pas pousser plus loin en ce qui concerne l'outrage au Parlement, pour les raisons que vous connaissez bien ». Aurait-on négocié quelque chose ?

De son côté, « sans remettre en question la décision du président », tout en la contestant indirectement, le leader du gouvernement a pris la défense du président de La Financière et a réussi à blâmer l’opposition et l’ensemble des parlementaires qui « doivent exercer leur pouvoir avec un certain respect pour les gens avec qui nous travaillons ». Selon lui, on ne doit pas interpréter la décision « comme voulant dire que M. Forcier voulait empêcher l'Assemblée de faire son travail »…. Si c’est le cas, il faudrait expliquer pourquoi, bien avant les conflits d’horaires présidentiels de septembre, La Financière a refusé de fournir les documents demandés, de laisser ses administrateurs venir témoigner en août et même de fournir les adresses de ces derniers à la commission.

Si les dirigeants de cet organisme ne voulaient pas « empêcher l'Assemblée de faire son travail », ils cachaient bien leur jeu ! De la part d’un organisme gouvernemental, c’est sans précédent et, en fait, carrément inconcevable. Malheureusement, campés dans leurs positions partisanes, les parlementaires ont accepté de faire avec, comme ils ont accepté de laisser passer d’autres outrages précédemment (interruption d’une séance de commission en 1971, affaire Cogéma en 1975-76, piquetage syndical en 1978, incident de Baie-Comeau en 1982), par « respect », probablement, pour des gens qui ne leur en témoignaient aucun. En fait, il y a longtemps qu’ils n’ont pas sanctionné une atteinte à leurs privilèges, la dernière « réprimande » dans un cas semblable à celui qui nous occupe remontant à l’affaire Dansereau en 1875. On va finir par oublier qu’ils en ont.

septembre 25, 2011

Justice et politique : un cumul gênant

Dans La Presse du 24 septembre, Patrick Lagacé résumait sa conversation impromptue avec un policier de la SQ rencontré par hasard : « En quatre phrases, ce flic résume ce qui suinte de l'escouade Marteau, depuis deux ans, hors du cadre rose des communiqués de presse : fouiller dans les banlieues sans conséquence, oui, les boys, allez-y... Mais quand les boys ont des pistes qui remonteraient vers des gens qui pèsent plus lourd politiquement, ouain, ben, les boys, êtes-vous vraiiiiiment sûrs que vos pistes sont sérieuses? ». (http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201109/23/01-4450915-bonjour-la-police-politique.php)

Et, comme un écho, dans la page suivante du même journal, Caroline Touzin écrivait : « Après avoir reçu le dossier de l'Unité permanente anticorruption sur l'ancien ministre libéral Tony Tomassi, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a demandé aux policiers d'approfondir leur enquête ». (http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201109/24/01-4450949-enquete-approfondie-sur-lancien-ministre-tomassi.php)

Cette enquête, rappelons-le, porte sur l’utilisation d’UNE carte de crédit par UN député, mais elle dure depuis 16 mois…

Le patron de la SQ s’insurge évidemment lorsqu’on remet en question l’indépendance de la police. On veut bien le croire, mais ce n’est qu’une facette de la question. Quand l’enquête est terminée, le dossier passe sur le bureau d’un procureur de la Couronne et du Directeur des poursuites criminelles et pénales. C’est là qu’on décide s’il y aura poursuite ou non. Tous ces « gens de robe » sont sûrement honnêtes, mais ils relèvent du ministre de la Justice qui se trouve aussi, actuellement, leader parlementaire du parti au pouvoir.

Notre régime veut que le titulaire de la Justice et procureur général soit un membre du gouvernement. Ce cumul illustre parfaitement la séparation boiteuse des pouvoirs dans le régime parlementaire mais faut-il que la Justice relève du ministre qui exerce probablement la fonction la plus « explicitement » partisane au Parlement?

Depuis la création de la fonction de leader, en 1965, jusqu’à l’avènement du gouvernement actuel, on ne trouve que deux brèves périodes de cumul : Rémi Paul, du 23 juillet 1969 au 12 mai 1970, et Gérard D. Levesque, du 30 juillet 1975 au 26 novembre 1976. Depuis 2003, Jacques Dupuis a exercé les deux fonctions, tout aussi brièvement, du 27 avril 2004 au 18 février 2005, et le ministre de la Justice actuel est aussi leader parlementaire du gouvernement depuis le 20 septembre 2010.

Est-ce un hasard s’il n’y a pas eu de cumul pendant plus d’une génération? Les premiers ministres l’ont-ils volontairement évité de 1976 à 2004 (tout comme ils ont évité d’assumer personnellement le portefeuille de la Justice depuis 1959)?

Confier la Justice à un ministre plus « discret » serait plus prudent et contribuerait à maintenir le respect envers cette fonction. On éviterait les situations ambigües vécues récemment quand le leader-ministre a attaqué le site Vigile pour des propos supposément haineux (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2011/03/24/003-vigile.net-antisemite-parti-quebecois.shtml) puis enjoint François Legault de respecter la Loi électorale, sans vraiment l’accuser de l’enfreindre (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/331025/fournier-demande-a-legault-de-respecter-la-loi). Comme le disait le leader parlementaire de l'Opposition officielle dans le cas de Vigile : « Si des propos haineux ont été tenus à l'encontre du Code criminel, [le ministre] a une responsabilité de s'assurer de l'application de la loi ».

Pour l’instant, le shérif semble dégainer plus vite contre les gringos que devant les amigos, ce qui projette une bien mauvaise image de l’administration de la justice.

septembre 15, 2011

Le monument des suffragettes : un faux débat

L’affaire n’a pas l’envergure du dérapage de 2008, quand les médias de Québec avaient transformé la lettre de bienvenue de Luc Archambault à sir Paul en geste hostile (sans jamais avoir la décence d’en publier le texte intégral), mais elle mérite une mise au point.

La nouvelle est sortie dans le Journal de Québec du vendredi 26 août dernier (http://lejournaldemontreal.canoe.ca/journaldemontreal/actualites/national/politiqueprovinciale/archives/2011/08/20110826-081150.html): « Même si aucune d'entre elles n'a accédé à cette fonction, pouvait-on y lire, un monument en hommage aux femmes sera érigé au coût de 325 000 $ sur la promenade des premiers ministres ceinturant le parlement de Québec. […] Le monument, qui sera installé entre les statues de Maurice Duplessis et de Louis-Joseph Papineau, devrait être inauguré au cours de l'automne 2012 ». Il immortalisera Idola Saint-Jean, Marie Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain, trois figures marquantes de la lutte des femmes pour le droit de vote.

Peut-être parce que l’affaire n’avait pas suscité de réactions, le journaliste est allé solliciter l’opinion de l’ancien premier ministre Bernard Landry : « L’histoire doit être respectée, jugea ce dernier. Ils peuvent trouver un endroit proéminent sur la Colline pour les femmes, mais je pense qu’il faut réserver la promenade pour les premiers ministres », en évoquant une question de « disponibilité » : comme il y a eu 28 premiers ministres au Québec, il faut utiliser cet espace réservé avec parcimonie…

J’ignore ce qui a pu se dire ou s’écrire sur les ondes de nos radios-poubelles ou dans les médias sociaux - ces versions modernes du perron d’église et de la beurrerie d’autrefois – mais au moins deux lecteurs du Journal de Québec ont exprimé leur opposition. « Des tricheuses » titrait un lecteur (ou l’éditeur?) le 7 septembre en dénonçant la « relecture idéologique de l’Histoire ». Une semaine plus tard, un ancien député et ministre déplorait à son tour ce manque de respect envers « l’histoire de l’Assemblée nationale », tout en écorchant « joyeusement » la première parlementaire élue à Québec. Car il faut préciser que les artistes sollicités doivent prévoir un projet qui pourra éventuellement intégrer une quatrième figure, celle de la première élue, Claire Kirkland, qui a pour l’instant le « défaut » d’être encore vivante…

« Ex falso sequitur quodlibet » (Du faux s’ensuit n’importe quoi) dit une maxime médiévale que cette petite polémique illustre parfaitement.

Les suffragettes ne seront pas des intruses pour la bonne et simple raison que leur monument sera installé entre Duplessis et Papineau, sur Grande Allée, et non sur la promenade des premiers ministres qui longe « le boulevard René-Lévesque Est, entre l'avenue Honoré-Mercier et la rue De La Chevrotière » (http://www.capitale.gouv.qc.ca/realisations/colline-parlementaire/promenade-des-premiers-ministres.html). Monsieur Landry peut dormir tranquille : de toute manière, la promenade des premiers ministres n’a pas été conçue pour l’installation de statues. On y trouve 14 panneaux d'interprétation rappelant la contribution des premiers ministres à l’histoire du Québec. Des socles ont cependant été aménagés pour recevoir éventuellement des sculptures thématiques évoquant cette histoire.

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Un rappel des luttes pour le suffrage féminin n’aura rien d’incongru aux abords de l’Hôtel du Parlement où il n’y a pas que des premiers ministres. Papineau n’était pas premier ministre mais président de l’Assemblée, et ce serait bien le comble si on excluait des pelouses du parlement les titulaires de la plus importante fonction parlementaire! Il y a, devant la porte de l’édifice le monument de la famille amérindienne et, plus bas, un inukshuk érigé récemment en hommage aux Inuits. À l’arrière, une petite (et un peu dérisoire) pyramide évoque la Conférence parlementaire des Amériques. Devant la bibliothèque, il y avait autrefois un totem (probablement encore entreposé, en attendant la restauration ou la mise au foyer…) et on a démantelé un monument dédié aux arpenteurs-géomètres (qui attend sa relocalisation?) pour faire place à Robert Bourassa. Quoi encore? Il n’y a aucun premier ministre dans les niches de la façade, mais deux religieuses, les seules femmes avec la mère de famille amérindienne et les figures allégoriques qui dominent les avant-corps.

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Finalement, ne serait-il pas parfaitement aberrant de donner l’exclusivité des abords du « Palais législatif » aux chefs de l’exécutif ? N’occupent-ils déjà pas trop de place à l’intérieur?

août 25, 2011

Bouilli du mois d’août

Un petit ménage dans la boîte des coupures de presse.

Souverain mépris

Quel progrès! Nous aurons une marine royale. Personne ne l’avait prévue, celle-là, même si le ministre de la Défense prétend corriger une erreur « historique » et répondre à des revendications, dont personne n’a entendu parler. Un de ses prédécesseurs ajoute que le retour du mot « royal » dans l’appellation des forces armées n’aurait « rien à faire avec la royauté »… Et un autre ministre « de la Couronne » (allons-y donc avec les vraies appellations!) d’affirmer : « On est fiers d'être une monarchie constitutionnelle. C'est ce que nous sommes, c'est ce qui nous définit comme Canadiens. C'est dans notre identité...», tout en ajoutant « que l'indépendance du Canada est plus forte que jamais »!

Peut-on convenir qu’ils disent n’importe quoi? Serions-nous de retour à la case départ, forcés de reprendre le combat de 1899, quand Bourassa (Henri, le vrai, comme disait Jacques Normand) prônait l’indépendance… du Canada face à l’Angleterre?

On s’attend maintenant à ce que les producteurs du papier hygiénique Royale, le plus épais sur le marché, devienne le fournisseur officiel de l’armée du même nom et bénéficie de l’appellation « By Royal Appointment ».

En garde, Ottawa?

Toujours sur le front outaouais, le Bureau du Québec vient de changer de chef. Le nouveau titulaire était jusqu'à récemment chef de cabinet du ministre canadien des Affaires étrangères. Il a été précédemment rédacteur de discours pour le premier ministre conservateur Brian Mulroney à la fin des années 1980 et au début des années 1990. C’est donc un vétéran des coulisses du Parti conservateur et du gouvernement fédéral. On devine qu’il y a connu l’actuel chef du gouvernement du Québec quand ce dernier jouait sous d’autres couleurs.
Le chef du Bureau du Québec représente « les yeux et les oreilles de la province » à Ottawa. Comme dans toute autre « ambassade », on y pratique certaines formes d’ « espionnage » mais il serait étonnant qu’on y fasse du zèle sous cette nouvelle administration.

Tailor Made Fable, Dance Laury Dance et autres Picard Bands

Tandis que Sylvain Cossette et Roch Voisine exhument les classiques américains, Grégory Charles annonce la parution d’un disque de ses compositions en français et Kim Richardson, anglophone née en Ontario, lance une compilation de classiques francophones. Faut croire qu’il y a encore un marché dans cette langue.

Pendant ce temps, Pascale Picard Band fait des petits dans la région de Québec où des groupes de musiciens francophones tentent fortune aux USA en interprétant des chansons en anglais, naturellement, ce qui est bien légitime, mais en se présentant de plus sous des étiquettes anglaises. Pathétique.

Jack Saloon

Pour rester dans le même registre…

La ville de Québec s’est enrichie d’un nouveau restaurant la semaine dernière. Dans un secteur où on trouve le Louis-Hébert, le Dagobert, le Saint-Hubert, les Vieux Canons, le Rivoli, la Maison du spaghetti, le Grand Café, Maurice et Charlotte, les promoteurs ont préféré se coller aux McDo, Voodoo et autres Starbucks en désignant leur établissement sous le nom de « Jack Saloon ». Par quel orifice l’Office de la langue française peut-il absorber ça? On se le demande.

« S’enrichir » n’est cependant pas le terme approprié. Le Jack Saloon a fait parler de lui lors de son ouverture en mettant à la disposition de sa distinguée clientèle la nouvelle star de la gastronomie étatsunienne, le Krispy Kreme Burger, ce « sandwich » dont le pain est remplacé par un beigne qui contient une boulette de viande « gigantesque », du bacon fumé maison, de la laitue, des tomates et, moyennant un léger supplément, un œuf.

Le Krispy Kreme Burger contient 1550 calories, soit trois fois plus qu’un Big Mac. Disons donc plutôt que la capitale s’est « engraissée » d’un restaurant.

août 15, 2011

Les Acadiens et leur hymne national

Les Acadiens célèbrent aujourd’hui leur fête nationale. Ils ont la chance, eux, de pouvoir entonner un hymne officiel. Pas de pays, pas de territoire aux frontières précises? Peu importe. Ils n’ont que faire de l’objection formulée ici lorsque Raoul Duguay a proposé un hymne québécois récemment : « Québec n'est pas un pays », donc il ne pourrait avoir d’hymne national… C’est pourtant une nation reconnue par Ottawa.

Le chant national acadien a été choisi en 1884 lors de la deuxième convention nationale des Acadiens dans les instants qui ont suivi le dévoilement de leur drapeau, un tricolore orné d’une étoile dorée. Quelqu’un entonne alors le chant religieux bien connu Ave Maris Stella (Salut, astre des mers) et l’assemblée décide sur le champ qu’il s’agira désormais de l’hymne national.

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La première strophe se lit comme suit :

Ave maris stella (Salut, Astre des mers)
Dei mater alma (Auguste mère de Dieu)
Atque semper virgo (qui toujours demeuras vierge)
Felix coeli porta (heureuse porte du ciel) (bis)
Amen (Amen)

À partir des années 1960, plusieurs contestent l'Ave Maris Stella, un hymne religieux, mais une majorité d’Acadiens souhaite le conserver. En 1994, à la suite d’un concours pour créer une version française, le texte de Jacinthe Laforest, journaliste à La Voix acadienne est choisi et l’hymne est chanté en français (avec une première strophe latine) à la clôture du premier Congrès mondial acadien.

Ave maris stella
Dei mater alma
Atque semper virgo
Felix coeli porta (bis)

Acadie, ma patrie
À ton nom je me lie
Ma vie, ma foi sont à toi
Tu me protégeras (bis)

Acadie, ma patrie
Ma terre et mon défi
De près, de loin tu me tiens
Mon cœur est acadien (bis)

Acadie, ma patrie
Ton histoire, je la vis
La fierté, je te la dois
En l’avenir je crois (bis)

L'enregistrement ci-joint comprend deux strophes en latin (http://www.youtube.com/watch?v=Xy73pY1LiLY).

juillet 31, 2011

« Fantastique »

Dans le Devoir du 29 juillet, Christian Rioux a publié une analyse acide du comportement de nos médias lors du passage des Metallica, U2 et autres Sir Paul au Québec (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/328349/comme-les-americains).

Quelques extraits :

« À Paris, à Rome ou à Berlin, ces grandes productions passent plusieurs fois par année. Mais elles font rarement la une des médias généralistes. On en parle évidemment dans les pages culturelles et les médias spécialisés.

Ici, dès qu'une grande vedette anglo-saxonne débarque, le grand chœur des colonisés se répand en courbettes. C'est comme si Metallica nous faisait une faveur inestimable. Comme si les nouveaux dieux nommés Bono ou Lady Gaga nous avaient désignés comme le nouveau peuple élu. Que Sir Paul prononce quelques mots en français sur scène et c'est le délire. Voilà qu'une armée de chroniqueurs et d'animateurs le remercient d'avoir daigné parler la langue de l'autochtone […].

Partout où il va, Paul McCartney prononce quelques mots en allemand, en chinois ou en slovène, et cela n'étonne personne. Sauf ici, où nous avons poussé le mépris de nous-mêmes jusqu'à ne plus juger de notre réussite culturelle qu'à l'aune du regard des autres ».

Les observations de Rioux auraient pu s’appliquer aussi au « Kate and William Tour » qui a suscité le même genre de réactions. Quelques jours plus tard et il aurait pu ajouter le cas Rod Stewart. Sept pages dans le Journal de Québec ce matin, onze dans Le Soleil ! « Full front pages » incluses, comme ils disent. On sait tout : ce qu’il portait, ce qu’il a mangé et bu, la marque et la couleur de la voiture, et ce que son groupe a visité, soit les chutes et un magasin Super C. ! Et dire que le spectacle semble avoir été moyen, selon la critique du Soleil . Daniel Gélinas aurait commenté brièvement : « C’est un bon artiste »… Et nous n'avons pas de réaction du maire. ..

Stewart n’a pas parlé de Lévis mais aurait dit en français « fantastique », une fois, mais c'était peut-être plutôt ... « fantastic ». Peut-être connaît-il les Denis Drolet (http://www.youtube.com/watch?v=nliLWKaH0lQ). N'est-ce pas réconfortant?

juillet 21, 2011

Métallica et le drapeau du Québec

Selon des informations confirmées par des spectateurs, le drapeau brandi par le bassiste du groupe Metallica en fin de spectacle (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/festival-dete/201107/18/01-4418987-metallica-photos-de-famille.php) était "l'oeuvre" d'un admirateur. Une partie des commentaires émis dans la note d'hier n'est donc pas appropriée, et la note elle-même perd sa cohérence, d'où sa suppression.

juillet 10, 2011

« Bonsoir, ils sont… partis! »

Était-ce un défilé de mode, une tournée de promotion, un test de « couronnabilité » effectué sur des sujets lointains? Difficile de conclure que la « mission » ou « l’opération » est réussie, comme l’ont écrit Gilbert Lavoie et André Pratte, et comme l'a proclamé Benoît Pelletier, quand on n’en connaît pas le but?

S’il faut en croire la presse britannique, William et Kate auraient fait preuve de courage en s’embarquant dans la frégate « sailing up the St Lawrence river to Quebec City, traditionally the centre of the separatist movement ». Passons sur l’ignorance du Guardian en politique (Québec, foyer séparatiste!!!) et en géographie (« sailing UP to Québec »!); il demeure que les futurs biographes royaux auront besoin de tout leur esprit critique lorsqu’ils utiliseront les vieux journaux anglais.

Que penseront-ils des nôtres, sinon qu’ils étaient complètement subjugués (i.e. « sous le joug ») dès que Kate souriait ou que William roulait ses manches, que le couple prenait la peine de visiter un hôpital ou une maison de jeunes, comme si ce n’était pas que le minimum du convenu pour les « royals » et leurs représentants dans les anciens « dominions ». Dans l’ouest, on a noté des regards amoureux : pas trop étonnants pour de jeunes mariés. Dans l’est, Williams a fait amerrir son hélico en compagnie d’un moniteur: grosse affaire pour quelqu’un dont c’est le métier, comme un taxi qui « parquerait son char dans le trafic » au centre-ville. Notre presse s’est ébahie particulièrement quand le prince a parlé français à Québec, comme s'il s'agissait d'un exploit olympique, alors qu'il a bien péniblement lu quelques lignes de banalités (comme souligner la bravoure du 22e, et la joie de vivre des Québécois...), 110 mots qu'il avait eu toute la nuit pour examiner. Personne n’a souligné qu’on était loin du français que parlait sa grand-mère à son âge, comme en témoigne le film de son voyage à Québec en 1951.

La bravoure du petit couple aurait consisté à tenir une conférence de presse (une seule) pour expliquer le but sa mission au Canada. Quelqu’un aurait pu demander au prince héritier comment on appelle un pays dont le chef est le souverain régnant d’un autre État, sinon une colonie. Mais on rêve : les princes ne s’abaissent pas à communiquer avec leurs sujets, sauf pour leur faire des « tatas », serrer des mains à l’occasion (lorsqu’il y a autant d’agents derrière eux que derrière la ligne des admirateurs triés sur le volet), parler « de la maternité et de la tarte aux pommes », comme ils disent, dans des atmosphères strictement contrôlées. Encore aurait-il fallu qu’un journaliste ait le front de poser la question. Or, nos journalistes les plus sérieux ont succombé, comme l’écrivait Mario Cardinal dans Le Devoir : « la télévision de Radio-Canada a complètement perdu la mesure ». À RDI, Marc Laurendeau a entrepris de nous démontrer qu’une monarchie constitutionnelle est plus démocratique qu’une république! Alain Dubuc (La Presse) et Donald Charrette (Journal de Québec) nous ont invités à nous résigner au statu quo, vu qu’il serait trop difficile de supprimer la monarchie… Et on ne parle pas ici de jeunes journalistes dépourvus de repères historiques et politiques.

Du côté des politiciens, le ravissement a été tout aussi général, mis à part Amir Khadir, les péquistes et les bloquistes (qui ont d’autres préoccupations). Plusieurs, dont le ministre responsable de la région de Québec, ont résumé leur vision en disant que c’était « bon pour Québec », ce qui n’est pas fondamentalement différent du point de vue de Khadir qui comparait le couple princier à de « bêtes de cirque » en tournée. Il a retiré cette dernière expression, mais n’en pensait pas moins : si c’est une question de promotion touristique, louons-les à tour de rôle. Et n’oublions pas les régions : Princeville, Windsor, Katevale, Saint-Régis...

Ce qui s’est avéré particulièrement paradoxal la semaine dernière fut de lire des chroniques (comme celle de Dubuc, de La Presse) qui ont à la fois réprouvé les manifestants antimonarchistes ET souligné que les Québécois sont à quelque 60% contre la monarchie. Au fond, les vrais courageux dans cette affaire sont les membres du RRQ qui ont choisi de dire ouvertement ce que pense la majorité des Québécois, envers et contre tous ceux qui les ont vilipendés dans les semaines qui ont précédé la visite. Ils ont été beaucoup plus honnêtes que les députés néodémocrates de la région de Québec qui ont fait des pieds et des mains, voire de la gueule, pour figurer devant les « kodaks » alors que le programme de leur parti prône l’abolition de la monarchie! Certains observateurs ont minimisé l’importance de la banderole déployant un « Vive le Québec libre » au moment où le prince lisait son boniment. Reconnaître que la RRQ avait réalisé un coup astucieux aurait témoigné d’un « fair play » qu’on dit britannique : faut croire qu’ils ne sont pas complètement colonisés.

juin 28, 2011

Le « petit couple princier » et l’identité québécoise

« Toute comparaison cloche », dit-on. Celle que Pierre Champagne a faite dans une lettre ouverte au Soleil (« Élément de notre identité » 26 juin) entre la visite de Grace de Monaco avec celle du « petit couple princier » sonne comme une cloche fêlée.

Grace de Monaco est venue à Québec comme invitée du Carnaval de Québec, et non en visite officielle auprès des gouvernements. Et il ne faut pas se leurrer : elle ne serait jamais venue sans le lien d’amitié qui l’unissait à l’épouse (américaine) du maire Lamontagne, son ancienne compagne de classe à Philadelphie. On n’a pas revu de têtes couronnées avec Bonhomme par la suite, sauf la reine du Carnaval.

Il y a aussi, et surtout, une différence notable entre la monarchie d’opérette monégasque et la monarchie britannique, aujourd’hui réduite à un symbole, bien sûr, mais quand même « inoubliable » dans les rôles qu’elle a joués de Champlain à nos jours, en passant par la Conquête, la répression des troubles de 1837 et la proclamation par Elizabeth II d’une constitution adoptée en l’absence du Québec. William de Cambridge est né deux mois plus tard, en juin 1982, mais il sait que cette constitution bancale confère toujours juridiquement à sa grand-mère le rôle de chef d’État (du Canada et du Québec) et qu’il pourrait lui succéder plus vite qu’on pense. On est loin de Grace Kelly !

Sylvain Lelièvre chantait « Y en a qui s’en souviennent, d’autres qui s’en souviennent pas », et, pour ces derniers, il existe des manuels d’histoire. Mais il disait, plus loin, « y en a qui s’en souviennent, d’autres qui préfèrent mieux pas », et, pour ceux-là, il n’y a rien à faire.

(Lettre expédiée au Soleil le 26 juin)

juin 24, 2011

Dans l’ombre de l’amphithéâtre

Pendant que le « bill » 204 et la crise qui s’ensuivit monopolisaient l’attention, quelques autres dossiers sont restés dans l’ombre.

Le « Québec Summer Festival »

Le Festival d’été a rendu public sa programmation 2011, sans trop d’ostentation, et on y trouve plus de contenu francophone que l’an dernier. « Les Québécois font un retour en force sur les plaines d’Abraham », écrit le journaliste du Journal de Québec. « Les artistes québécois seront à l'honneur 4 soirs sur 11 », ajoute Le Soleil. N’est-ce pas exactement ce que souhaitait un certain groupe l’an dernier ? On a pourtant traité les signataires de « ringuards ». Le Parlement s’est même ému de cette « dangereuse » contestation en adoptant à la vapeur une motion félicitant le Festival d’été pour sa programmation, programmation qui n’était même pas complète !

Le virage effectué cette année démontre que les signataires de cette lettre avaient raison de sonner la cloche. Faut-il pour autant remercier Daniel Gélinas à genoux ? Attendons de voir si la « correction » se poursuivra et comment le Festival d'été remplira sa mission qui consiste à organiser « une fête des arts de la scène et de la rue valorisant la chanson francophone et les projets de création, tout en étant ouverte au reste de la production culturelle dans le monde et à la découverte ».

Le « bill » des Bronfman

Pendant qu’on discutait du 204 au Salon rouge, le 205 occupait une autre commission mais peu de journalistes s’y sont intéressés. Ce projet « concerne certains actes de donation de Samuel Bronfman » et vise à faciliter une répartition des fiducies familiales contenant des milliards.

Transférer de l’argent dans une fiducie procure des avantages aux riches. La fiducie permet de faire du fractionnement de revenus au sein d’une famille. Un homme d’affaires peut ainsi partager ses revenus avec sa femme et ses enfants pour éviter d’être le seul contribuable imposé sur ces revenus. Les fiducies permettent d’éviter de payer de l’impôt sur les gains en capital. « Dans les années 1940, les gens fortunés créaient des fiducies familiales qui étaient, en quelque sorte, éternelles. Elles ne payaient jamais d’impôt sur le gain en capital. Aujourd’hui, c’est impossible!», a expliqué la fiscaliste Brigitte Alepin.

Le projet de loi 205 vise des fiducies créées en 1942 par le montréalais Samuel Bronfman, alors patron de Seagram, au bénéfice de ses descendants mais seulement deux générations peuvent en profiter. Selon un expert consulté par la chaîne Argent, de nouvelles fiducies (moins avantageuses) doivent être créées pour qu’une troisième génération jouisse du capital protégé par une fiducie.

Le député péquiste François Rebello a demandé quel était l'impact fiscal du projet de loi au Québec et au Canada. On lui a répondu qu’il n’y avait pas d’impact au Québec. Peut être pas. Mais ailleurs?

On sait que le ministère fédéral du Revenu a autorisé dans les années 1990 le transfert aux États-Unis d'une fiducie familiale des Bronfman, une opération qui avait été vivement critiquée par le vérificateur général du Canada car elle avait fait perdre quelque 700 millions de dollars au gouvernement canadien. D’après La Presse, « ce sont les cours américaines qui devront interpréter les fiducies, mais selon les lois québécoises. C'est pourquoi on veut dissiper tout doute [tiens, tiens, comme dans le « bill 204…] pour les cours américaines sur le pouvoir d'Edgar Bronfman Sr de disposer de ses actifs entre ses descendants ». Autrement dit, l’Assemblée nationale pourrait faciliter d'autres économies. Et si le but ultime était d’étendre les privilèges des vieilles fiducies à la jeune génération?

Devant les questions posées par le député Rebello, l'avocat de la famille Bronfman a demandé que l'étude du projet soit repoussée à l'automne. Reviendra-t-elle?

Et la carte…

Comme il n’y a pas eu de consensus entre le gouvernement et l'opposition sur une nouvelle façon de redessiner la carte électorale, c'est la proposition du Directeur général des élections qui devrait s'appliquer aux prochaines élections générales. Selon ce projet, la circonscription de Kamouraska-Témiscouata disparaîtra, ainsi qu’une autre dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie et une troisième dans la Beauce. Trois circonscriptions naîtront dans la région de Montréal.

Dans l’illusoire perspective de trouver de nouveaux critères pour découper la carte en évitant de supprimer des circonscriptions rurales tout en respectant la démocratie, le gouvernement avait suspendu les pouvoirs du DGE. Y a-t-il vraiment un observateur sérieux qui a cru en cette manœuvre qui visait surtout à pelleter le problème en avant au moment où une élection partielle s’annonçait dans une des circonscriptions condamnées? Le premier ministre avait invité les partis à lui faire des suggestions! C’était bien le signe qu’il n’y croyait pas lui-même.

Son gouvernement a bien présenté le projet de loi 19 qui prévoit leur maintien des trois circonscriptions rurales mais c’est une solution « temporaire ». Le Parti québécois propose une solution « durable » mais elle a le « malheureux » défaut de créer deux classes de citoyens. Est-on surpris? Pour parodier la pub bien connue, « si des critères (magiques) existaient, on les aurait! »

C'est bien dommage pour les régions mais on ne peut faire fi ni de la démocratie ni de la démographie. La Loi électorale n’est pas un programme de développement régional et, sauf le respect que l’on leur doit, les députés ont un impact très mince sur la richesse de leurs circonscriptions. L’est du Québec a été, presque de tout temps, surreprésenté au Parlement. Dans le cabinet Johnson, il y avait trois ministres côte à côte sur la… Côte-du-Sud (Bellechasse, Montmagny, L’Islet). Est-ce que cela a marqué son essor?

L’avenir de régions tient à autre chose, dont une réelle volonté du gouvernement. Et peut-être aussi aux difficultés de la région métropolitaine où la qualité de vie pourrait bien perdre de l’attrait dans les prochaines années. Le bonheur sera peut-être de plus en plus dans le pré.

juin 14, 2011

Un hymne national : pourquoi pas ?

Le projet d’hymne national de Raoul Duguay a été plutôt mal reçu. Il a fait l’objet de commentaires assassins dans une chronique de Patrick Lagacé dans La Presse (http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201106/13/01-4408898-mes-oreilles-saignent.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B40_chroniqueurs_373561_accueil_POS1).

Ses critiques en vrac auraient mérité d’être mieux emballées. Il écrit qu’un hymne national « est inévitablement pompeux et grandiloquent » pour ajouter ensuite qu’on a déjà Gens du pays, une ritournelle qui n’a vraiment rien d’un hymne national, sauf le respect que je dois à Gilles Vignault. Ne pas confondre avec Les gens de mon pays dont le caractère serait plus approprié.

On peut ne pas aimer le genre, mais, à force de vouloir en mettre pour « épater la galerie », dans des sujets qu’il ne maîtrise pas, le chroniqueur est finalement rejoint par son ignorance. Ou son parti-pris. Il écrit : « Note de service à la SSJB: le Québec n'est pas un pays », laissant entendre qu’il est prématuré de se donner un hymne national avant d’avoir un siège aux Nations unies.

Il y a pourtant de nombreuses « nations-sans-pays » qui ont un hymne. Seulement au Canada, les Acadiens (http://www.youtube.com/watch?v=Xy73pY1LiLY&NR=1) et les Hurons (http://www.youtube.com/watch?v=Cd48pzhuBT0 - malheureusement pas une bonne interprétation) ont un hymne national même s'ils n'ont pas de pays au sens formel.

Le chroniqueur leur dira-t-il qu'ils ont mis la charrue avant les bœufs, comme il le fait pour les Québécois, dans une autre « belle » manifestation de mépris de soi-même?

mai 30, 2011

Les indépendants et les orphelins

La hargne avec laquelle certains journalistes attaquent la crédibilité, les positions et les stratégies du député de Mercier en dit long sur la conception qu’ils se font de la fonction de député et de la démocratie.

Dans notre système parlementaire, le député a théoriquement beaucoup de pouvoir et de liberté. La Loi sur l’Assemblée nationale stipule que le député « jouit d'une entière indépendance dans l'exercice de ses fonctions » et que nul ne peut « essayer d'influencer le vote, l'opinion, le jugement ou l'action du député par fraude, menace ou par des pressions indues ». Une fois élu, le député représente toute la population et pas seulement ses électeurs ; ces derniers n’ont pas de contrôle sur ses actions et ne peuvent le révoquer.

Telle est la théorie. En pratique, le député doit le plus souvent son élection au parti auquel il appartient et surtout à son chef. S’il peut s’exprimer dans les caucus, les corridors ou les coulisses, une fois en Chambre, il n’est qu’une voix dans la chorale. Les positions des libéraux, des péquistes et des adéquistes dans le débat sur le « bill de Nordiques » l’illustrent parfaitement.

Il n’y a pas eu de députés indépendants élus à Québec depuis presque deux générations. Les députés indépendants de notre époque le sont devenus par défection… ou éjection. Le cas du député de Mercier (comme autrefois celui de Mario Dumont) est différent : il s’est retrouvé seul de sa gang après les élections.

Un chroniqueur du Journal de Québec s'est payé de savants calculs pour établir que le député de Mercier représentait seulement 0,8% de l’Assemblée nationale et n’a obtenu que 8597 voix contre 153 847 pour le maire de Québec.

Les députés appartenant à des groupes parlementaires ont « décidé » de se soumettre à la discipline partisane, même s’ils sont nombreux à grincer des dents. Le député de Mercier et les deux autres indépendants se retrouvent donc les porte-parole d’un bon 25% de la population de Québec qui, selon le bienveillant sondage du Soleil, n’est pas d’accord avec l’intervention du Parlement, déplore le manque de transparence et doute de la pertinence de l’investissement public. Ils représentent aussi cette portion assez large (voire majoritaire ?) de la population des autres régions du Québec qui a, sur le financement 100% public de l’amphithéâtre, un point de vue qu’il est inutile de rappeler ici.

Les partis disciplinés laissent orphelins de nombreux citoyens que les indépendants ont le devoir de représenter au Parlement. Ces derniers savent très bien qu’ils ont toutes les chances de perdre tôt ou tard. Ils savent surtout qu'ils vont se faire tasser en commission. S’ils ont autant de « pouvoir » actuellement, c’est qu’on a besoin de leur collaboration pour déroger au Règlement afin d’adopter une législation d’exception qui ne respecte ni les délais ni la procédure normale des projets de loi d’intérêt privé, un nom particulièrement cynique pour désigner une mesure qui avantage principalement l’entreprise de monsieur Péladeau.

mai 21, 2011

Le « Nordiques Bill » (titre provisoire)

Le projet de loi dont il a été question cette semaine aura au moins un effet positif : celui de faire progresser nos connaissances sur les projets de loi d’intérêt privé, mieux connus sous le nom de « projets de loi privés » ou encore « bills privés ». Même les députés en ont appris, alors, que dire des pauvres lecteurs de journaux ? Après plusieurs jours de débats et de reportages, il leur en manque encore des bouts.

Les projets de loi d’intérêt privé ont nécessairement un aspect exceptionnel, autrement, on n’en aurait pas besoin : les lois d’application générale suffiraient. Les « bills privés » visent à régler des cas particuliers et, presque toujours, permettent une dérogation ou une exception aux lois d’application générale.

Un projet de loi concernant des intérêts particuliers ou locaux est présenté par un député mais, comme le précise le Règlement de l’Assemblée, « ce dernier ne se porte pas garant de son contenu et n'en approuve pas nécessairement les dispositions ». Intéressant.

Habituellement, ces projets de lois ne font pas de bruit car ils n’ont d’impact que sur les personnes visées par leurs dispositions évidemment ciblées. Pour s’assurer qu’il n’y a pas de tiers potentiellement lésés, la personne qui demande l'adoption du projet de loi fait publier, dans la Gazette officielle du Québec, un avis décrivant l'objet du projet de loi et « invitant toute personne qui a des motifs d'intervenir » à se manifester auprès de l’Assemblée nationale. Cet avis doit aussi paraître une fois par semaine pendant quatre semaines dans un journal circulant dans le district judiciaire de la personne intéressée.

Dans le cas du « Nordiques Bill », il n’y a évidemment pas eu d’avis et le fait sera soulevé lors de la présentation du projet. Il faudra donc un consentement pour déroger au Règlement de l’Assemblée, d’où le premier vote unanime requis.

Cette absence d’avis a cependant d’autres conséquences. Les personnes intéressées à intervenir auront-elles le temps de se manifester ? Comme le projet de loi (que personne n’a encore vu…) aurait pour but d’empêcher toute contestation judiciaire de l’entente Québec-Québécor, tous les contestataires potentiels sont théoriquement concernés ! On nage dans la virtualité. Qui pourra intervenir ? Comment la présidence va-t-elle gérer les demandes d’intervention ? On verra.

Comme le projet sera présenté après le 15 mai, il ne pourra être adopté pendant la période de travaux en cours, soit avant les vacances estivales, à moins d’obtenir un autre « consentement unanime » pour déroger à cette règle sagement inspirée par le président Richard Guay, lors de la réforme parlementaire de 1984, pour empêcher la présentation à la sauvette, l’étude sous pression et l’adoption à la vapeur de projets de loi minute qui ne perdent rien à reposer au frigo jusqu’à l’automne.

mai 14, 2011

Avant le NPD, la vague créditiste

Ai-je bien entendu? Le NPD serait le premier parti politique fédéral où les Québécois sont majoritaires ? A-t-on déjà oublié l’épisode du Crédit social du Canada?

Fondé pendant la Grande Crise (tout comme le CCF, devenu le NPD en 1961), le Crédit social du Canada remporte 17 sièges en 1935, tous dans l’Ouest. Il connaît ensuite une fortune variable et se retrouve à zéro en 1958.

Surprise en 1962 : sous la direction de l'Albertain Robert N. Thompson (qui avait défait le Québécois Réal Caouette dans une course au leadership l’année précédente), le Crédit social revient à la Chambre des communes avec 30 députés : trois de l'Ouest, dont Thompson, et 26 du Québec! L’année suivante (quatrième élection en six ans), le Crédit social conserve 24 sièges, dont 20 au Québec, mais les tensions minent le caucus. Les Québécois considèrent que leur chef est Caouette, qui a été nommé chef adjoint comme prix de consolation. D’après la rumeur, il aurait eu la majorité des voix au congrès de 1961, mais les résultats, jamais dévoilés, auraient été trafiqués... Le premier ministre créditiste albertain Ernest Manning, avait par ailleurs déclaré que sa province n'accepterait jamais qu'un catholique francophone dirige le parti…

En septembre 1963, Thompson refuse de laisser la direction à Caouette, un vendeur d’automobiles de Rouyn qui était devenu un adepte des théories créditistes 20 ans plus tôt et s’était imposé, dans les « assemblées de cuisine », sur les tribunes et à la télévision, grâce à son charisme et son nationalisme. Caouette décide de former un caucus distinct sous le nom de « Ralliement des créditistes ». Treize députés le suivent, les autres deviendront indépendants (5) ou conservateurs (2).

En 1965, Thompson ne fait élire que cinq députés du Crédit Social du Canada, tous dans l’Ouest, et passe ensuite au Parti progressiste-conservateur. De son côté, au Québec, le Ralliement des créditistes dirigé par Caouette remporte 9 sièges en 1965 et 14 en 1968. Cette année-là, le Crédit social retombe à zéro au Canada anglais.

En 1971, Caouette et ses créditistes québécois renouent avec le Crédit social du Canada. Le tribun populaire est élu « chef national » mais il ne fera plus élire de députés ailleurs qu’au Québec où la représentation parlementaire créditiste décline jusqu’à disparaître en 1980.

La majorité québécoise qu’on observe au sein du NPD n’est donc pas un précédent. Il y a cinquante ans, à l’époque où fleurissait le concept des deux nations, le Québec a fait le coup au Crédit social du Canada… qui n’a pas survécu. Quant aux Québécois, ils ont appris, s’ils ne le savaient pas, qu’ils ne fonctionnent bien dans les partis fédéraux « nationaux » qu’en reconnaissant, comme on disait autrefois, « leur rang et leur classe ».

mai 04, 2011

Yes, he « canne » !

L’incident est passé inaperçu, justement parce qu’il n’a duré qu’un instant : Jack Layton a gravi prestement les marches qui menaient à la tribune en fin de soirée lundi. Sans aucune hésitation. Tout en brandissant sa canne. La soirée électorale n’était décidément pas à court de miracles. Ni les faiseurs d’images qui ont visiblement étiré la vie utile de cet accessoire sympathique.

Sur le lutrin, un slogan « bilingue », « Canadian leadership/Travaillons ensemble », typique des traductions qu’on pratique à l’occasion à Ottawa quand il faut parler simultanément des deux côtés… de l’Outaouais.

Dans son discours, la portion congrue pour le Québec qui venait, pratiquement seul (le bilan des gains et pertes hors Québec étant pratiquement neutre) de le hisser au rang de chef de l’Opposition officielle. Pas un mot sur les « conditions gagnantes » mais une kyrielle de promesses (comme si la campagne se poursuivait…) dans plusieurs champs de compétences québécoises. Le message, comme la canne, n'avait pas été reformaté.

Le lendemain, questionné sur l’unilinguisme de sa représentante dans Berthier-Maskinongé, le chef du NPD a promis main sur le cœur que son Anglaise allait améliorer « sa française ».

avril 29, 2011

Échos de la campagne profonde

Le péché originel

On se moquait autrefois de la fixation de Duplessis sur les communistes; il en voyait dans les synficats et les coopératives, ou sous le pont de Trois-Rivières, voire dans les oeufs importés de Pologne. À Québec, le communiste des années cinquante est devenu le « radical », nouvel épouvantail, et, à Ottawa, la « coalition » est dénoncée comme un nouveau péché.

À l’époque où les dirigeants politiques avaient de la culture historique (et avant que notre système politique ne soit perverti par les partis politiques modernes), on savait que les coalitions n'avaient rien d'exotique. C'est une coalition qui donne naissance au Parti conservateur (eh! oui) en 1854 mais le meilleur exemple survient en 1864. Je cite l’Encyclopédie Canadienne (http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=f1ARTf0003424):

« C'est en raison de l'instabilité et de l'impasse politiques qui prévalent dans la province du Canada au début des années 1860 qu'est créée la Grande Coalition de 1864-1867. Les dangers extérieurs que pose la Guerre de sécession aux États-Unis se conjuguent à l'impasse politique pour imposer des changements radicaux. L'union des deux Canadas étant un échec, les chefs politiques sont prêts à mettre de côté leurs vieilles querelles politiques pour créer un ordre politique nouveau. George Brown, chef du Reform Movement, propose qu'un comité parlementaire regroupant des membres provenant de tous les horizons politiques se réunisse pour essayer de dénouer l'impasse. Ce comité en vient très vite à la conclusion que la meilleure solution est une confédération de l’Amérique du nord britannique ou l'union fédérale des deux Canadas. Brown réagit rapidement au rapport en se joignant à une coalition avec les conservateurs en vue de créer une nouvelle union (annoncé au Parlement le 22 juin 1864). Ainsi est formée la Grande Coalition sous le leadership de Brown, de George-Étienne Cartier et surtout de John A. Macdonald. Cette coalition bénéficiant d'un appui généralisé réussit remarquablement à atteindre ses objectifs primordiaux : la fin de l'impasse politique et la création d'une nouvelle entité politique. Ce gouvernement de coalition de la Province du Canada est resté à peu près intact jusqu'à la Confédération ».

Non seulement le Parti conservateur mais le Canada est né d’une coalition réunissant les libéraux (Clear Grits) et les conservateurs du Haut-Canada avec les conservateurs du Bas-Canada (Bleus comme anglophones), et laissant les Rouges du Bas-Canada, héritiers des patriotes, dans leur coin.

Et personne n’aurait même songé à mettre en doute sa légitimité.

Le « gros cave » de Chambly-Borduas

L’humoriste Mercier donne un très mauvais spectacle dans Chambly-Borduas. Il se porte candidat mais ne veut pas être élu ; il dénonce la situation politique mais promet de ne rien changer. Comme incohérence, on peut difficilement trouver mieux. S’il avait utilisé la moitié de sa notoriété pour inciter les jeunes à voter (comme l’a fait le groupe Arcade Fire, par exemple), il aurait pu apporter une contribution utile.

Cette pitrerie promotionnelle lui mérite plusieurs articles dans les journaux dont une demi-page de Nathalie Pétrowski qui croit y voir un engagement dans l’action... Allons donc! Il crée un amusement. S'il en veut à Coderre, pourquoi se présenter dans Chambly-Borduas? Dans ce dernier comté, il y aura plusieurs candidats. Les citoyens ont un choix. Ce sont tous des pourris? Même ceux qui n’ont jamais été au pouvoir?

Si ce n'est pas entretenir du cynisme, je me demande bien ce que c'est. Ces mascarades déprécient le processus politique.

Et l’autre, là, dans Portneuf?

Les électeurs/trices de Portneuf reconduiront-ils/elles leur conducteur d’autobus à Ottawa?
Cet homme se désintéresse totalement de la fonction de député mais se porte à nouveau candidat et, de toute évidence, il aura encore une pluralité des voix. C’est à désespérer de son sens éthique et de celui de ses admirateurs/trices. Mes excuses aux gens de Portneuf.

Promesse 101

Couper les campagnes électorales de 20% serait la plus élémentaire des économies.

avril 21, 2011

Une « tablette » et un bon « boss »

Jacques Demers a suscité une immense sympathie quand il a dévoilé qu’il était analphabète. Certains l’ont trouvé moins drôle quand il a accepté un siège de sénateur. Paraît qu’il allait se servir de son poste pour défendre de bonnes causes, dont on ne s’est pas trop inquiété des détails… Le même refrain qu'un autre sénateur issu du showbizz -- celui qui donnait le LA dans un désormais regretté duo -- a entonné pour finalement arriver au bout de son âge en se demandant, comme on l'a deviné dans ses commentaires, ce qu'il était allé faire dans cette galère (heureusement rémunérée).

En fait, la nomination-surprise d’un analphabète devenu vedette du petit écran, et certes inattaquable -- rectitude politique oblige --, a servi à occulter la nomination en douce de huit proches partisans du premier ministre.

Le nouveau sénateur a commencé sa carrière... par une longue absence, retenu au micro par son poste de commentateur sportif. L’histoire ne dit pas quand il est entré sur la liste de paye mais il s'est ensuite retrouvé sur la liste des blessés, ce qui a réduit son temps de glace, et l'a tenu loin du sommaire. On lui connaît une intervention très human interest, et préparée avec l'aide d'une collègue, sur la journée de la femme et une déclaration sur l'affaire Chara. Ce serait tout pour sa première saison, euh!, ... session.

Depuis la fin de la session, en bon « employé », il multiplie les présences pour appuyer son « patron » dans les éliminatoires, euh !, les élections. Car c’est ainsi qu’il perçoit son rôle, selon ce qu’on a pu entendre dans une entrevue reproduite au Sportnographe le 15 avril dernier : « Le grand patron a décidé […] nous sommes des employés et ces employés sont mis en ligne et on suit le chemin et c’est tout ». Paraît que ce n'est pas « politique », son travail consistant à présenter des candidats qui sont de « bonnes personnes ». Naturellement.

Voilà, en toute naïve simplicité, comment fonctionne le parlement moderne. On dit généralement, et plus pudiquement, que ce sont des « membres du parti » qui suivent les consignes de leur « chef » mais pourquoi ne pas dire les vraies choses, si tant est qu'on en comprenne le sens et la portée ?

avril 08, 2011

Devise du Québec : la légende court toujours

(Ce texte reprend une bonne partie d'une note publiée le 15 mars 2009 -- http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2009/03/la_devise_du_quebec_selon_son.php)

La légende qui circule au sujet de l’origine et de la signification de la devise du Québec est comme la mythologique hydre de Lerne; on croit lui avoir coupé une tête (elle en avait plusieurs), il en repousse deux. Accouplée avec cet autre monstre que constitue Internet, elle devient quasi indestructible.

Prenant le relais du premier ministre, qui avait propagé la légende jusqu’au Japon en 2005 avant de la répéter devant Sarkozy en 2008, le président de l’Assemblée nationale a invité ses collègues jeudi dernier « à réfléchir sur ce mot d'Eugène-Étienne Taché: Je me souviens d'être né sous le lys et d'avoir grandi sous la rose », expression dont nous aurions « conservé le Je me souviens », pour en faire la devise du Québec.

Cette interprétation n’a pas de fondement historique. Il serait trop long de démontrer ici que la devise du Québec n’a jamais compris que trois mots, « Je me souviens » et que son concepteur ne lui a pas donné de complément car son emplacement original, au-dessus de la porte de l’Hôtel du Parlement, lui donnait tout son sens. Ceux et celles que le sujet intéresse trouveront une étude sur cette question dans l’encyclopédie virtuelle Agora (depuis 2001), étude reproduite dans Le Parlement de Québec (Multi-Mondes, 2005) et résumée dans L’Action nationale (2001), Québecensia (2003), L’héraldique au Canada (2005), le Bulletin d’histoire politique (2006), The Beaver (2008), L’encyclopédie canadienne (2010) et récemment dans L’encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française (http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-518/La_devise_québécoise_«Je_me_souviens».html), le tout sans susciter la moindre réplique. Ni convaincre aux plus hauts niveaux, visiblement.

Un texte publié précédemment dans Le Devoir, en 1994 s’appuyait sur les propos d’un fonctionnaire francophone de Québec, Ernest Gagnon. La démonstration s’est ensuite enrichie d’un témoignage qui devrait mieux convaincre, celui d’un avocat anglophone de Montréal, David Ross McCord (fondateur du McCord Museum), qui écrivait ceci dans un cahier de notes, vers 1900, sous le titre « French sentiment in Canada » :

« However mistaken may be the looking towards France as a desintegrating factor operating against the unification of the nation – it may be perhaps pardonable – no one can gainsay the beauty and simplicity of Eugene Taché’s words « Je me souviens ». He and Siméon Lesage have done more than any two other Canadians towards elevating the architectural taste in the Province. Is Taché not also the author of the other motto – the sentiment of which we will all drink a toast – « Née dans les lis, je croîs dans les roses ». There is no desintegration there. »

La première phrase de cette citation a posé de la difficulté aux traducteurs consultés mais il serait possible de la rendre ainsi: « Aussi mal avisé que soit cet attachement à la France comme facteur de désintégration jouant contre l’unité nationale – c’est peut-être pardonnable –, personne ne peut nier la beauté et la simplicité du « Je me souviens » d’Eugène Taché. Siméon Lesage et lui ont fait plus que quiconque au Canada pour une architecture de qualité dans la province. D’ailleurs, Taché n’est-il pas aussi l’auteur de l’autre devise, « Née dans les lis, je croîs dans les roses », à laquelle nous lèverons tous nos verres. Il n’y a rien là pour favoriser la désunion ».

Ce passage à lui seul prouve sans l’ombre d’un doute que « Je me souviens » (créée vers 1880) et « Née dans les lis, je croîs (ou grandis) dans les roses » (créée vers 1900 et recyclée sur la médaille du tricentenaire de Québec) sont deux devises DISTINCTES et ne constituent pas un « poème » de Taché, comme plusieurs le prétendent. Mieux encore, ce texte prouve que les deux devises ont un SENS DIFFÉRENT et que la seconde ne peut donc expliquer la première. Enfin, on devine aisément que monsieur McCord est ennuyé par « Je me souviens » et qu’il préfère « l’autre devise » car elle traduit mieux ses opinions politiques.

Il est inutile de chercher l’origine ou l’auteur du poème-fantôme d’où viendrait la devise du Québec; il faut plutôt se demander dans quelles circonstances et par qui, après la mort de Taché, ces deux devises ont été rattachées pour donner une proposition bâtarde -- « Je me souviens que, né dans les lis, je croîs (ou grandis) dans les roses » -- et créer une légende urbaine qui court depuis plusieurs décennies, particulièrement dans la presse anglophone, et dénature la devise du Québec.

mars 31, 2011

« Moi vouloir subvention culture »

Le gouvernement du Québec vient d’annoncer la création d’un fonds « pour le développement de projets d'envergure en culture ». Plusieurs secteurs de « l'industrie culturelle » pourront en bénéficier : spectacles, cinéma, livre, jeux vidéo, etc.

« Privilégier l'exportation de la culture québécoise, devenir le nouvel instrument par lequel les créateurs agrandiront leurs champs d'opportunités [sic], permettre l'émergence de nouveaux joueurs, de nouveaux créateurs sont les principaux objectifs qu'entend poursuivre le Fonds », selon ce qu’on peut lire dans le communiqué émis par la SODEC qui détiendrait 60% du capital de 100M$, le reste étant fourni par le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.

Les fonds sont à la mode. Québec en a créé plusieurs : Fonds de la recherche sur la société et la culture, Fonds du patrimoine culturel québécois, Fonds de lutte contre la pauvreté, Fonds de conservation et d'amélioration du réseau routier, Fonds de la recherche en santé, Fonds de la recherche sur la nature et les technologies, etc.

Celui dont on vient d’annoncer la création se distingue déjà... par son indigence linguistique : il s’appelle «Fonds capital culture Québec»…

Autrefois, quand la rectitude politique ne nous avait pas encore aseptisés, on aurait pu parler de langage « petit nègre ». Ou plus précisément de « petit nègre blanc d’Amérique »...

On dira donc simplement que ce sont des mots français servis à la mode anglaise, en souhaitant que la loi qui viendra concrétiser cette intention gouvernementale corrige aussi ce nom bâtard.

mars 26, 2011

L'affaire Michaud: le dernier carré

Dix ans après le coup de 2000, le député de d’Arcy-McGee a présenté une autre motion dénonçant des « propos » antisémites. Quels propos? On ne le sait pas plus qu’il y a dix ans. Même en lisant tous les quotidiens, il est difficile de cerner exactement de quoi il est question. Tous ceux qui écrivent sur Vigile sont maintenant suspects. Seule l’Assemblée nationale peut se permettre ce genre d'atteinte à la réputation sans prendre la peine d’énoncer les propos présumés répréhensibles, simplement pour marquer des points au Salon bleu..

La bonne nouvelle est que cet incident permet d’allonger la liste des repentants dans l’affaire Michaud. En effet, dans le point de presse qu’il a donné pour expliquer pourquoi son parti avait refusé d’appuyer la motion, le leader parlementaire du PQ a implicitement reconnu que la motion adoptée contre Yves Michaud en 2000 était une erreur, comme en font foi les extraits suivants :

« M. Bédard : …On dit souvent : la sagesse, c’est la somme des erreurs jamais commises deux fois, là. On fait référence à des textes que là je n’ai pas lus, que je n’ai vus. On ne fait pas référence à des propos particuliers, ... j’espère que, sur un sujet aussi sensible, aussi important pour notre société que la condamnation justement de l’antisémitisme, des propos haineux en général, qu’on n’utilise pas ça encore une fois de façon grossière, éhontée...
M. Robitaille (Antoine) : Vous craignez une autre affaire Michaud, soyons clairs, là.
M. Bédard : ... on a appris une chose, ... à l’Assemblée, on n’est pas un tribunal. On ne peut pas condamner un individu, ... Il y a des lieux pour ça et, si des gens ont tenu des propos haineux, il y a des tribunaux pour les condamner. »

De tous les parlementaires actuels qui ont voté en 2000, il n'y aurait donc plus que des libéraux qui refusent de s'amender. Et il n’y a vraisemblement rien à attendre de ce côté, malgré l’injustice évidente (et quoi qu'ils en pensent au fond d'eux-mêmes), tant que celui qui est à l’origine de l’affaire sera encore à la tête du parti.

« Discipline as usual », comme ils disent.

mars 18, 2011

Le sur-financement de l’universitaire

Contrairement à l'ancienne Commissaire à l'intégrité (sic) du secteur public, qui a pris prématurément sa retraite avec promesse de ne rien dévoiler sur les circonstances de son départ et sa prime de départ d’au moins 400 000 $, le nouveau recteur de l'Université Concordia ne manque pas de transparence : il a demandé que son contrat soit rendu public (http://www.concordia.ca/about/administration-and-governance/president/contract/Concordia-FL-Employment-Agreement%20Signed.pdf).

En fait, le nouveau recteur de Concordia est un recteur retraité recruté sur une base intérimaire dans le but de sortir l’institution du bourbier où elle s’est trouvée à la suite du départ de la dernière titulaire, dans des circonstances nébuleuses mais avec une prime de 703 000 $ (deux ans de salaire), ladite titulaire ayant brièvement succédé au recteur « sortant » parti avec une indemnité de 1,3M$. Ce n'est pas l'UNIVERSité pour rien: sky is the limit.

On comprend que Concordia avait besoin d'un sauveur mais celui-ci allait quitter Montréal et avait pratiquement conclu l’achat d’une nouvelle résidence à l'extérieur du Québec, Qu'à cela ne tienne: Concordia a acheté le condo montréalais qu'il avait mis en vente (une valeur d’un million de dollars) pour lui permettre de respecter ses engagements dans l’autre transaction.

La bienveillante transparence du nouveau recteur permet aux contribuables de se mettre à jour sur les mœurs administratives de nos universités. L’ancien-nouveau recteur touchera un salaire annuel de 350 000 $ (soit deux fois le salaire du premier ministre), ce qui ne lui permettra visiblement pas de joindre les deux bouts, d’où la nécessité de quelques suppléments dont une allocation annuelle de 36 000 $ pour se loger (dans son ancien condo… qui pourrait servir à des « university-related events »), une allocation pour automobile de 14 400 $ (le condo qu'on lui offre, pour un loyer non divulgué, est à environ un mille de l’université…), plus le remboursement de ses dépenses pour l’immatriculation, les assurances et l’entretien du véhicule, une « annual professional development or scholarly research allowance » de 5 000 $ (pour payer sa liaison Internet?), deux « club memberships »… Le contrat permet au recteur d’accepter des mandats de consultation mais ne précise pas s’il peut aussi continuer de toucher sa pension.

Malheureusement, le recteur devra payer son « gaz ». Il n’a pas d’allocation de vêtement, mais les dépenses de sa conjointe seront remboursées si sa présence est requise à des activités reliées aux fonctions rectorales, ce qui pourrait bien comprendre quelques fringues de circonstance.

Les conditions d'embauche de ce recteur sont-elles plus « libérales » que celles de ses pairs? À voir avec quel empressement son collègue de l'université Laval a fait ajuster son revenu l'an dernier, on peut être certain qu'ils visent tous la moyenne. Il faut retenir ces personnages de grande valeur, dit-on. Qu'on en trouve deux anciens sur l'arrière-banc du Parlement est une autre question.

Dans l'évaluation des conditions d'embauche des recteurs, il faut comprendre que leurs fonctions ne sont plus qu'accessoirement liées à la direction intellectuelle de l'université. Pour les fins du financement des institutions qu'ils dirigent, les recteurs frayent maintenant davantage avec les grandes entreprises industrielles et financières qu'avec les milieux savants. Aussi en adoptent-ils la « culture ». Leur salaire est encore loin de ceux des gérants de banque (qui au moins exhibent des profits), mais ils ne peuvent tout de même pas habiter un 5 et demi dans Hochelaga, rouler en Corolla louée à 4 000 $ par an et côtoyer la « haute finance » avec une conjointe habillée chez Winners.

mars 12, 2011

Chambres des Communes, 2, Ligue nationale, 0

La fonction de commissaire de la Ligue nationale et celle de président des Communes ont-elles des points communs? Dans les deux cas, les titulaires ont la laisse courte. Le président de la Ligue doit ménager les hommes d’affaires qui possèdent les clubs et les vedettes, celui des Communes marche sur des œufs lorsque se pointe une possibilité de conflit avec le parti qui l’a mis sur son siège et qu'il doit juger le comportement des stars qui composent le cabinet. Daniel Johnson disait que le speaker devait protéger sa droite.

Les décisions rendues par le président des Communes cette semaine constituent donc un fait rare. À deux reprises, ce qui est probablement sans précédent, il a jugé le gouvernement Harper coupable d'outrage au Parlement. M. Milliken a décidé que le gouvernement n'avait pas respecté les règles en refusant de dévoiler les documents sur les coûts réels de baisses d'impôt sur les sociétés et sur les coûts des différents projets de loi sur la justice. Il a ensuite conclu que la ministre Bev Oda avait menti aux parlementaires au sujet de la subvention refusée au groupe Kairos.

Le commissaire de la Ligue nationale n’est pas rendu là. Par la voix de son vice-président, il a exonéré le défenseur vedette Chara de tout blâme dans « l’incident » qui a failli paralyser Pacioretty.

Il faut relire le commentaire de monsieur Murphy pour réaliser à quel point la direction de la Ligue vit dans un autre monde, « est ailleurs », pour utiliser une expression à la mode à Québec.

Citation : « Ce coup est le résultat d'un jeu qui s'est déroulé très rapidement, avec les deux joueurs qui patinaient dans la même direction, et avec Chara qui tentait de rediriger son adversaire contre la bande ». (Les gens qui ne connaissent pas trop le hockey saisiront mal comment on peut aller dans la même direction (vers la rondelle, en principe) et se frapper, sans enfreindre le règlement, s’ils ignorent qu’il est « toléré » dans cette ligue de « compléter sa mise en échec », c’est-à-dire frapper un joueur qui n’a plus la rondelle.)

Citation : « Je n'ai pu trouver une preuve qui laissait croire […] que Chara a visé la tête de son adversaire… » (C'est probablement la main de Dieu qui a tenu la tête du joueur dans la direction du poteau comme on peut le voir sur la photo d'Éric Bolté publiée dans le Journal de Québec du 13 mars).

Chara.JPG

Citation : « …, qu'il a sauté pour donner une mise en échec qui pourrait être jugée dangereuse. » (Le v.-p. ignore que Chara mesure 6 pieds 9 pouces.)

Citation : « C'est un jeu qui a mené à une blessure, à cause d'un joueur qui a frappé la baie vitrée, et qui a ensuite frappé la glace ». (Dans la comptabilité de la NHL, la commotion de Pacioretty sera placée dans la colonne Accidents car sa tête a frappé la glace; elle sera donc exclue des statistiques sur les coups dangereux.)

Citation : « En revoyant ce jeu, j'ai aussi pris en considération le fait que Chara n'a jamais été impliqué dans un incident qui a mené à une suspension en 13 ans de carrière. » (C’est la meilleure : la prochaine fois que Chara sera impliqué dans une affaire similaire, on pourra dire encore qu’il n’a jamais été suspendu et, avec de tels raisonnements, il ne le sera jamais. Peut-être faut-il comprendre plutôt que son geste serait pire s’il avait déjà été suspendu. Dans cette ligue, on ne juge pas les actes mais les hommes.)

Dans le chapitre « Nous prennent-ils pour des valises! », il faut citer Chara lui-même qui soutient ne pas avoir réalisé que le joueur frappé était Pacioretty. Quatre secondes avant le choc, Chara attend la mise au jeu à la ligne bleue; Pacioretty est en face de lui, à environ 10 mètres. À la mise au jeu, la rondelle passe entre l’ailier et le défenseur et roule vers la bande. Les jeux joueurs patinent en sa direction et Pacioretty lui touche à peine avant d’être frappé. Chara est un joueur-vedette de 13 ans d’expérience, capitaine du club, et il n’aurait pas noté l’identité des joueurs qui lui faisaient face à la mise au jeu, particulièrement son vis-à-vis, celui qu'il avait justement à surveiller?

Le commissaire de la Ligue nationale de hockey affirme pour sa part que la blessure subie par Pacioretty est horrible, mais que « cela fait partie du jeu ». C’est là qu’il se distingue du président des Communes qui a décidé cette semaine que le mensonge n’en faisait pas partie. Quoi qu’en pense le premier ministre.

mars 07, 2011

« Il compte… et fait la passe »

Mme Verner et le PC s'arrangeront avec leurs justifications et les conséquences de leur refus de participer au projet d’amphithéâtre ; leur position n’est pas sympathique, mais leur lecture est exacte sur un point : il n'y a pas de dollars privés dans le projet de construction, mise à part l'obole symbolique de J'ai ma place (qui va plafonner maintenant que l’amphithéâtre est « acquis »).

PKP fait une fleur à Québec en payant sa pub d'avance (33M$ pour le nom) et la ville en profite pour réduire son emprunt; elle prend le beurre tout de suite, ce qui la privera pendant 25 ans de l’argent dudit beurre, soit un revenu annuel moyen de 1,32M$ qui aurait été utile pour l'entretien de la bête.

Une astuce bien planifiée pour donner l'illusion d'une participation « significative » du privé : la quasi-totalité des observateurs locaux et tous ceux qui ont une raison de stigmatiser le gouvernement fédéral ont marché dans le courant. Impressionnés par la passe que le maire a fait à PKP (en lui laissant la tâche d’aller chercher un club), ils n’ont pas voulu voir que ce dernier a réalisé un jeu d’un autre niveau : compter … et faire la passe ensuite.

On a tout su, cette semaine, de certains détails périphériques (dont les mouvements de l’hélico présidentiel dans les derniers moments de la négociation…), mais on a manqué d’analystes indépendants pour décortiquer le match comme l’a fait Pierre-Yves McSween sur Cyberpresse dimanche (http://www.cyberpresse.ca/opinions/201103/04/01-4376227-amphitheatre-pourquoi-pkp-est-un-excellent-homme-daffaires.php).

Cette analyse vient de Montréal (nul n’est parfait…) mais il faut bien s’en satisfaire à défaut de produits locaux. Incidemment, le bon côté de l’entrée en scène de Québecor (en plus de nous épargner un « Rogers Center », par exemple), c'est que, concurrence médiatique aidant, des médias de Québec pourraient connaître un regain de sens critique à l'égard de ce qui se passe dans la Vieille capitale. Le chroniqueur du Soleil voit la possibilité « d une overdose si Quebecor ambitionne sur le pain béni de la convergence ». Souhaitons que la confrérie n’attende pas le delirium tremens avant de penser au sevrage.

février 28, 2011

Diderot à l’encan

Mon « Alma mater », à l époque « classique », met en vente son exemplaire de L’Encyclopédie de Diderot, un ouvrage en 35 volumes publié au milieu du XVIIIe siècle. On comprend que la presse a été mise sur la piste par une indiscrétion et que l’affaire n’était pas destinée à sortir sur la place publique. Trouvera-t-on des « anciens » pour monter aux barricades, comme l’anticipe la directrice générale du collège ? La question en vaut-elle la peine ? Ou faut-il simplement hausser les épaules ?

Le Collège de Sainte-Anne est une entreprise privée qui peut faire ce qu’elle veut de son patrimoine et qui peut se donner les politiques de conservation de son choix. Elle a récemment liquidé des tableaux (dont on n’a pu savoir ni la liste ni la valeur), un lot de livres anciens (qui étaient, disait-on, des doublons ou des exemplaires défraîchis), des meubles antiques (paraît-il), et quoi d’autre ? Ces ventes « font le bonheur des collectionneurs privés », d’après la direction. C’est ce qu’on disait aussi quand les « pickers » vidaient les campagnes. Mais, de quoi se plaint-on, si tout le monde est heureux ?

Il demeure que certains anciens, les « vrais », ceux qui ont connu le Collège dans sa forme traditionnelle, ne manqueront pas de sourciller. Liquider le patrimoine du collège pour investir « dans le savoir moderne » rappellera de beaux souvenirs à ceux qui souhaitaient autrefois apprendre l’espagnol plutôt que les langues mortes qui leur étaient imposées.... Les temps changent. L'Encyclopédie que possède le Collège n’est pas « un objet unique », bien sûr, et tout son « contenu est disponible sur Internet », plaide-t-on : imaginez les économies qu’on pourra faire, un coup partis dans cette veine, comme installer tous les étudiants du collège dans un entrepôt vide avec un iPhone personnel pour toute ressource pédagogique. On pourra même un jour s’y confesser.

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers n’est pas un ouvrage quelconque et devrait signifier quelque chose pour une institution de savoir qui vise à former des élites pour notre société. C’est la première encyclopédie française. Elle a fait la synthèse des connaissances de son époque et constitue un symbole du siècle des Lumières.

Ce n’est bien sûr qu’une « vieille encyclopédie » dont le contenu est dépassé. Convenons aussi que le collège n'est ni un musée, ni un centre d’archives. Mais, s’il n’est pas outillé lui-même « pour conserver des volumes anciens », il faut rappeler aux dirigeants du Collège qu’ils hébergent, dans leurs propres locaux, un centre d’archives régional « patenté » qui peut aisément prendre charge de 35 volumes supplémentaires, de même qu’un musée (le musée François-Pilote) qui s’enrichirait de posséder les remarquables artéfacts que sont les planches thématiques de L’Encyclopédie. L’ouvrage demeurerait dans la région qui tient ce collège à bout de bras depuis des années, et il se trouvera peut-être un professeur de français, de sciences ou d’histoire qui voudra le faire voir « en personne » à ses étudiants. Ça les changerait de Facebook.

février 21, 2011

Fermé pour cause de réflexion

Fort intéressant texte de Fabien Deglise dans le Devoir du 12 février (« On se débranche et on déjeune », http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/316586/on-se-debranche-et-on-dejeune).

À noter entrer autres ce qu’il rapporte au sujet de John Lilly, qui n’est pas particulièrement has been vu qu’il a dirigé Mozilla, la compagnie qui a mis au monde le fureteur Firefox. Autrement dit, ce n'est pas un twit , du moins au sens où on l'entendait jusqu'à récemment.

Ce qui a fait la fortune de Lilly est en train d’empoisonner sa vie. Il a donc annoncé sur son blogue au début de l'année qu’il va « mettre un terme à une partie de son existence en ligne, rompre avec son Google Reader, son Facebook et son Twitter » dans le but de reprendre le contrôle de sa vie et «le temps de penser».

«Je veux prendre du temps pour être plus créatif, pour penser plus grand et avoir des idées plus originales», expose-t-il, en ajoutant être très excité à l'idée de commencer l'année en ralentissant la cadence pour essayer de «penser plus à long terme».

À noter qu'il n'a pas dit qu'il fermait son blogue.

février 14, 2011

Les propos de Michaud : des inventions ?

Environ 45 des 66 députés du Parti québécois qui ont voté la motion de blâme contre Yves Michaud en 2000 ont reconnu, sous une forme où l’autre, au cours des derniers mois, qu’il s’agissait d’une erreur. Ce geste les honore. Certains l’ont fait discrètement, en quelques mots, d’autres, de façon plus explicite, comme Jean-François Simard dont Le Soleil a publié une longue lettre le 15 janvier dernier. L’ex-député de Montmorency y écrivait notamment : « Je reconnais avoir été de bonne foi, mais dans la plus totale ignorance de ce que représentait cette résolution comme atteinte aux droits fondamentaux de la personne et aux principes élémentaires de justice naturelle ».

Le Soleil du 22 décembre a aussi rendu compte d’une longue lettre adressée par l’ex-député de Matane, Matthias Rioux, à divers médias mais publiée nulle part, sauf sur Vigile.net (http://www.vigile.net/Le-complot-du-14-decembre-2000).

« Aujourd’hui, je joins ma voix à celle de mes anciens collègues pour dénoncer le complot dont fut victime Yves Michaud le 14 décembre 2000 et lui présenter mes excuses les plus sincères. J’en profite pour dire la honte que j’éprouve d’avoir été roulé dans la farine par des manipulateurs. […] Il est réconfortant de constater que d’anciens parlementaires acceptent, dix ans après la mauvaise action, de relever la tête et de reconnaître leur erreur ».

Dans une une autre lettre, adressée au Devoir le 19 décembre dernier (et malheureusement restée inédite), François Beaulne, ancien député de Marguerite-d’Youville, nous en apprend un peu plus :

« Comme plusieurs de mes collègues j’avais appuyé la motion, non seulement parce que je sentais que tel était la volonté du chef, mais également parce que cette motion, qui prêtait à Monsieur Michaud des propos antisémites, était présentée conjointement par deux députés, l’un péquiste, André Boulerice, et l’autre, libéral, Lawrence Bergman […].
Immédiatement après le vote, lorsque plusieurs d’entre nous voulurent aller aux sources et en savoir plus, les choses se compliquèrent et ce n’est que beaucoup plus tard que nous sûmes que Monsieur Michaud n’avait jamais prononcé les mots qu’on lui attribuait ».

La plus lourde de sens des lettres du genre est toutefois celle d’André Boulerice lui-même (http://www.vigile.net/Des-excuses-du-depute-Andre), co-auteur de la motion de blâme. Dans une lettre envoyée à son ex-collègue Paul Bégin le 26 janvier, l’ancien député de Sainte-Marie-Saint-Jacques assume sa responsabilité dans la présentation de la motion mais il évoque, sans utiliser le terme, des circonstances atténuantes :

« À l’époque, on nous a rapporté des propos inacceptables traitant de matières très sensibles et qui, par le passé, avaient profondément entaché notre formation politique. Il appert, des différents documents portés à ma connaissance, que les propos de M. Michaud avaient été inventés ou interprétés vraisemblablement dans le but de tromper ou de provoquer une vive réaction émotive ».

L'affaire Michaud découlerait de propos « inventés » ? On attend la suite. Il doit bien y avoir un inventeur.

février 04, 2011

Feu la parité

26 ministres?

Maintenant que la parité est du passé, on pourrait mettre pied à terre et cesser de spinner*. Il y a 27 ministres au Conseil des ministres et deux députés participent à ses réunions sans être membres, soit le whip et le président du caucus. Le site Internet du Conseil exécutif contient une liste et un tableau (http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/equipe/conseil-des-ministres.asp) qui donnent précisément les noms, titres et photos de ces 27 ministres, incluant celui qui en est le "premier".

Jean Charest a probablement réussi le plus beau spin de la décennie en créant l'illusion qu'il n'était plus membre de son propre conseil (où donc pourrait-il être?) pour laisser croire qu'il y avait parité. Le Conseil des ministres d'avril 2007 comprenait 19 personnes, soit 9 femmes et 10 hommes; celui de décembre 2008 en comptait 27 (toujours selon le site officiel), soit 13 femmes et 14 hommes.

Le seul moment où il y a eu vraiment parité s'est produit à la suite d'une série d'événements dont le premier ministre a davantage été la victime que l'inspirateur. C'est en quelque sorte par attrition (départs de Whissel et de Tomassi, puis démission de Béchard) que le Conseil des ministres s'est trouvé en septembre 2010 composé d'un nombre égal d'hommes (incluant le premier ministre) et de femmes, soit 12. Or, curieusement, personne n'a signalé, ni dans les médias ni au gouvernement, que, selon la "logique" du spin de 2007, le Conseil était alors majoritairement féminin (12 contre 11, en excluant le premier ministre)!

Pour être conséquent avec la "mathématique" nouvelle imaginée en 2007, ce ne serait pas la fin de la parité qu'on a connue hier mais la fin d’une brève et exceptionnelle majorité féminine au Conseil des ministres. Car il faut se brancher: ou bien le premier ministre est membre du Conseil des ministres (et il n'y a pas eu de parité depuis 2007, sauf depuis la démission de Claude Béchard), ou bien il n'y est pas (et les femmes étaient majoritaires de septembre dernier à avant-hier).

La seule autre hypothèse serait, suivant sa déclaration du 20 janvier dernier, qu'il est "ailleurs".

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* "En présentant les faits ou les informations sous un angle favorable, quitte à les déformer, les spin doctors (attachés politiques, attachés de presse, conseillers en communication) qui entourent les politiciens tentent d'orienter l'opinion des médias et des citoyens.

janvier 24, 2011

Jour du drapeau? Comme la température, sous zéro

En 2010, le Jour du drapeau s’était passé dans l’indifférence quasi complète : aucune publicité gouvernementale, aucune activité officielle. Le ministère de la Justice avait émis un très bref communiqué à 11 h 20 (un gain de 2 heures sur l’année précédente!).

Cette année, nous avons atteint le fond du baril. Aucune publicité gouvernementale, aucune activité officielle, même pas de communiqué. Silence, lndifférence: peut-on dire « mépris » ? Ne reste plus qu'à abroger l'article 3 de la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec (L.R.Q., c. D-12.1) qui stipule que « le 21 janvier est le jour du drapeau du Québec ». Le ministre de la Justice est chargé de son application. L’ignore-t-il? Ce serait le comble de l’ironie (« Nul n'est censé....»). Si non, a-t-il une idée de ce qu’un drapeau signifie pour une nation?

Dans le communiqué émis par le ministère l’an dernier, on pouvait lire que le drapeau du Québec arboré devant les édifices gouvernementaux « répond à un besoin de traçabilité des services ». Cette vision technocratique du drapeau (on se serait cru dans le dossier des OGM!) n’a évidemment rien pour inspirer une commémoration minimale, ne serait-ce qu’une petite fois par année.

décembre 31, 2010

« Un an passé sur la scène du monde… »

Les journaux du XIXe siècle exprimaient souvent leurs vœux du Nouvel an sous forme de poèmes ou de chansons. Fameux pour ses satires et ses parodies, le journaliste-chansonnier Rémi Tremblay a composé pour les lecteurs du Canard une œuvre qui connaîtra beaucoup de popularité même si elle est pratiquement oubliée aujourd’hui. Publié le 31 décembre 1881 (une sorte de bye bye avant la lettre…), son texte intitulé « Le Jour de l’an » commençait ainsi :

« Un an passé. Sur la scène du monde,
Ont figuré d’insipides acteurs
Qu’on a claqués et sifflés à la ronde,
Comme ils ont dû rire les spectateurs!
En attendant que le rideau se lève,
Pour nous montrer quelque sot charlatan,
D'un faux bonheur, poursuivons le doux rêve
Et saluons le premier jour de l'an. »

Les couplets suivants évoquaient les embrassades, la bénédiction paternelle, les festivités et les vœux de santé, bonheur et prospérité.

Jour de l'an-visite2.jpg


Né à Saint-Barnabé (Saint-Hyacinthe) en 1847, Rémi Tremblay émigre aux États-Unis et participe à la guerre de Sécession. Fait prisonnier, il s’évade, rentre au Canada, s’inscrit à l’école militaire de Montréal puis bifurque vers le journalisme. Il se distingue particulièrement comme poète satirique. Il varlope les politiciens de son époque avec humour, malice et conviction, perdant même son emploi de traducteur au parlement fédéral pour avoir commis un texte particulièrement virulent sur l’affaire Riel.

Rémi Tremblay a fait l’objet d’une remarquable anthologie éditée par Jean Levasseur (Aux chevaliers du nœud coulant, Poèmes et chansons, Québec, PUL, 2007, 534 p.). Il est difficile de résister à l’envie de reproduire ici un extrait de son « Chant des libéraux » (composé en 1877 sur l’air de « La Marseillaise »), oeuvre dont l'actualité ne dépend que de votre imagination :

« Allons, chevaliers d’industrie,
Le jour de crèche est arrivé.
Que le trésor de la patrie
Entre nous tous soit partagé. [bis]
Bons libéraux, prenez courage,
Si, de la faim, depuis longtemps,
Nous éprouvons les contretemps
Aujourd’hui tout est au pillage.
Au coffre, libéraux ! Tous d’un commun accord,
Volons, volons, empressons-nous de saisir le trésor. »

Mais revenons au jour de l’an…

Tremblay a composé ses vœux de 1881 sur l’air de « La Valse des adieux », une chanson de Gustave Nadaud (Roubaix, 1820-Passy 1893), « goguettier », poète et chansonnier français qui donnait aussi dans les bluettes, comme cette valse qu’il avait dédiée à une dame Gouin et dont on peut écouter la mélodie sur le site de Ginonet (http://goninet.philippe.akeonet.com/adieux.mid): (attention de ne pas fermer Internet après l'écoute; revenir à la page précédente)

« Il est un air à la fois vif et tendre
Dont j’ai gardé le touchant souvenir ;
J’aimais jadis, j’aime encore à l’entendre ;
Il annonçait qu’elle devait venir.

Le souvenir, même d’une folie,
A quelquefois des larmes dans les yeux ;
J’ai retenu la valse qu’elle oublie,
Pour l’appeler la Valse des adieux. »

Jour de l'an-disquebis.jpg


La chanson « Le Jour de l’an » écrite par Tremblay est ensuite entrée dans le folklore québécois, avec d’inévitables variantes dans le texte. Même si Le Canard avait publié la mélodie de Nadaud, elle nous est parvenue sur un autre air dont l’auteur reste inconnu. Le réputé folkloriste Conrad Gauthier (1885-1964) l’a enregistrée en 1929 sous étiquette Victor avec la simple mention « Folklore ». Son recueil Dans tous les cantons (Montréal, Archambault, 1963) ne dit rien non plus de l'origine des paroles ou de la mélodie. On peut l’écouter sur la Gramophone virtuel (http://amicus.collectionscanada.ca/gramophone-bin/Main/ItemDisplay?l=1&l_ef_l=0&id=&v=1&lvl=1&coll=24&rt=1&itm=31392403&rsn=S_WWWfeakrAnBv&all=1&dt=MC+|jour|+ET+|de|+ET+|l'an|&spi=-&rp=1&v=1) ou encore Chez Muse (http://gauterdo.com/noel/chants/jj/jour.an.02.html) qui donne aussi les paroles reproduites ci-dessous.

C'est par Google books (hé, oui!) que s'est fait le lien entre Tremblay et Gauthier. Je cherchais depuis longtemps l'origine de cette chanson, la plus belle, à mon avis, de nos chansons du jour de l’an, sauf le respect qu’on doit aux Bolduc, Légaré, Daignault et autres Soucy de notre patrimoine musical.

Qu’elle vous serve de vœux pour 2011 !

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Le jour de l'an
(Enregistrée par Conrad Gauthier, 1929, reproduite dans son recueil Dans tous les cantons (Montréal, Archambault, 1963); paroles tirées d’un texte de Rémi Tremblay qui comprenait un couplet de plus dans la version originale publiée par Le Canard du 31 décembre 1881)

1
Un an passé sur la scène du monde
A ramené les débris des acteurs
On a claqué et sifflé à la ronde :
Ce qu'ils ont dû rire les spectateurs!
En attendant que le rideau se lève,
Pour nous montrer quelque sot charlatan,
[D'un faux bonheur, poursuivons le doux rêve
Et saluons le premier jour de l'An!] [bis]

2
Chacun accourt pour revoir son vieux père
Et recevoir le baiser maternel :
On est heureux de rencontrer un frère,
De se revoir au foyer paternel.
Et quand le père, d'une voix émue,
Nous dit: « Je te bénis, mon cher enfant! »
[On se recueille, à ce mot qui remue,
Le cœur bien gros, le premier jour de l'An.] [bis]

3
Au jour de l'An on se réconcilie,
On se souvient seulement des bienfaits;
Le verre en main, la querelle s'oublie
Et l'on se sent pleinement satisfaits!
Que de pochards aujourd'hui font ripaille
Et qui, demain, n'auront rien sous la dent!
[Plusieurs d'entre eux coucheront sur la paille
D'un noir cachot, le premier jour de l'An. ] [bis]

4
Les Canadiens ont conservé l'usage
De s'embrasser à bouche, que veux-tu;
Au jour de l'An, c'est une mode sage,
En d'autres temps, hélas, c'est défendu…
Mais, oubliant cette dure défense,
Les Canadiens sont parfois si galants
[Qu'ils font durer, sans que l'on s'en offense,
Des mois entiers le premier jour de l'An.] [bis]

décembre 28, 2010

Con-sti-fusion

On pouvait lire dans La Presse du 18 décembre que « le gouvernement fédéral n'a aucune objection à ce que le Québec ou toute autre province se dote de sa propre constitution ». Après un instant d’émotion devant cet élan de magnanimité du Bureau du Conseil privé (soutiré néanmoins grâce à la Loi sur l’accès à l’information…), on réalise comment cette nouvelle illustre la confusion qui règne (et que certains se plaisent visiblement à entretenir) au sujet de l’idée de « doter » le Québec d’une constitution.

Le fait est que le Québec a déjà une constitution. Nécessairement. La cinquième partie V de la Loi constitutionnelle de 1867 s’intitule « Constitutions provinciales » et définit les pouvoirs exécutifs et législatifs des provinces. Il y est question de la fonction de lieutenant-gouverneur, du Conseil exécutif, de la composition, du quorum et de la durée des assemblées législatives, du siège des gouvernements, etc., bref, les éléments essentiels de la constitution du Québec, constitution que l'Assemblée nationale peut modifier de façon exclusive (sous réserve de certaines dispositions, comme la fonction de lieutenant-gouverneur), tel que stipulé par l'article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982.

Pourquoi le Québec devrait-il se doter d’une constitution s’il en a déjà une? (C’est ici que le dossier se complique, que de nombreux politiciens se plaisent à le rendre plus opaque encore et que le citoyen moyen décroche.) Parce que le Québec n’a pas de constitution FORMELLE, de document distinct, identifiable, intitulé « Constitution du Québec » et contenant ses règles de droit les plus importantes, celles dont la valeur juridique est supérieure à toutes les autres.

En ce sens, le Québec n’a pas de constitution : ses règles de droit fondamentales sont dispersées dans de nombreux textes (dont Loi constitutionnelle de 1867 et ses amendements, la Loi constitutionnelle de 1982, la Charte des droits et des libertés, la Charte de la langue française, la Loi sur l’Assemblée nationale) et d’autres encore ne sont écrites, comme le principe de la responsabilité ministérielle qui n’est précisé nulle part.

« Se doter d’une constitution », au sens où l’entend l’analyste du Conseil privé et comme l’a proposé l’expert constitutionnel Benoît Pelletier, consiste simplement à rassembler les règles constitutionnelles en vigueur actuellement dans un seul document qui aurait de plus valeur pédagogique (on pourrait notamment la mettre dans la trousse d’accueil des immigrants…). Que l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales n’ait pas réussi à convaincre ses collègues d’entreprendre cet exercice de synthèse, « neutre », en principe, sur le plan partisan, mais plus que symbolique sur le plan civique, en dit long sur la hantise du gouvernement Charest envers tout ce qui touche la constitution, même quand elle ne sert qu’à décrire la réalité.

décembre 11, 2010

Au-delà de l’affaire Michaud

Reprenant l’affaire Michaud où elle l’avait laissée il y a dix ans, l’Assemblée nationale a de nouveau montré son mauvais profil.

L’initiative du co-chef de Québec solidaire relevait peut-être de la naïveté : il croyait que l’Assemblée nationale pourrait exprimer des regrets et réagisse enfin, collectivement, au constat formulé par le juge Baudouin sur la motion du 14 décembre 2000. « Étrange paradoxe », écrivait ce dernier en 2006, le Parlement a le « droit » de blâmer Michaud, mais il a cependant commis une injustice envers lui. Et le juge se prononçait – faut-il encore le rappeler? –, nonobstant les idées en cause : « bonnes ou mauvaises, politiquement correctes ou non, la chose importe peu ».

La motion présentée par le député de Mercier avait le mérite d’aborder une question gênante que les autres groupes parlementaires avaient glissée sous le tapis. Et, naïveté pour naïveté, la proposition de madame Marois n’a pas plus d’avenir. Baliser les futures motions contre des citoyens serait reconnaître au Parlement un pouvoir de blâmer (pour autre chose que les outrages, qui sont déjà prévus au Règlement), et donc légitimer ce qu’on n’a jamais fait avant 2000 et qu’on ne veut plus jamais faire. Il ne faut cependant pas s’inquiéter: le président ne fera rien sans un signe du parti ministériel qui a refusé d’amender le règlement en ce sens au début des années 2000 et qui n’a pas changé d’avis. Si le leader du gouvernement, qui occupe une fonction déterminante au Parlement, ministre de la Justice (!) par surcroît, s’accommode aisément du fait qu’un juge de la cour d’appel considère la motion du 14 décembre 2000 comme une injustice, il n’y a rien à attendre de son côté de chambre. Surtout pas de dissidence.

Deux semaines avant de présenter sa motion du 3 décembre, Amir Khadir avait invité les chefs du PQ et du PLQ à l’appuyer ou à présenter eux-mêmes une motion reconnaissant « l'erreur commise à l'endroit de M. Michaud ».

« On vit une période de turbulence, de crise de confiance et de grand questionnement sur la nature de nos institutions, écrivait-il. Les responsables politiques sont appelés à se hisser à la hauteur de leur fonction d'État. Dans cet esprit, ai-je raison de penser que tout geste des membres de l'Assemblée qui traduit la capacité de porter un regard critique sur notre propre action serait perçu comme une attitude noble et un leadership susceptible de rehausser la crédibilité de nos institutions et de nos personnes? »

Manifestement, il a perdu son pari et l’Assemblée nationale n’a pas apporté d’arguments convaincants aux citoyens qui lui accordent encore de la considération. Au-delà de l’affaire Michaud, il faut se demander si l’Assemblée nationale existe vraiment, en tant qu’institution, autrement que sous la forme d’un passage obligé pour le gouvernement et d’arène où les partis font valoir des intérêts strictement électoraux. Y a-t-il quelqu’un qui pense, parle et agit en son nom, sans égard aux considérations partisanes?

novembre 24, 2010

Rappel à l’ordre pour Hydro-Québec (et le gouvernement)

Il y a des jours où je me demande si l’Assemblée nationale existe. Dans l’affaire Michaud, un juge a estimé qu’elle avait commis une injustice, quelques députés ont fait amende honorable, d’autres y pensent, mais l’Institution, elle, vit bien avec ça, merci, depuis 4 ans.

Une décision rendue le 23 novembre par le président (et malheureusement noyée dans les odeurs qui occupent tout l’espace médiatique) apporte un certain réconfort à ceux et celles qui portent encore du respect au Parlement.

Quelques faits. Le 29 septembre 2010, la motion suivante a été adoptée à l'unanimité : « Que l'Assemblée nationale exige d'Hydro-Québec qu'elle transmette à l'Assemblée dans les plus brefs délais les informations relatives à tous les contrats octroyés de 2000 à 2010, notamment le nom de toutes les entreprises qui ont soumissionné, le mode d'attribution, le montant de chacune de leur soumission ainsi que le montant réel des déboursés, incluant les dépassements de coûts, pour chacun des contrats octroyés et que cette motion devienne un ordre de l'Assemblée. »

Un mois et demi plus tard, l’Assemblée n’avait pas eu la moindre réaction et le leader de l'opposition officielle a soulevé une question de privilège estimant qu’il y avait outrage au Parlement, c'est-à-dire un acte ou une omission qui a pour effet de porter atteinte à l'autorité de l'Assemblée ou d'entraver ses travaux. Le 16 novembre, le président a entendu les arguments de part et d’autre, dont ceux du leader du gouvernement qui n’y voyait pas de problème à ce qu’un organisme gouvernemental refuse de donner suite à un ordre du Parlement... Le jour même, par hasard (…!), la ministre des Ressources naturelles déposait une lettre du pdg d'Hydro-Québec expliquant qu’il avait rendu publiques, sur son site Internet, des informations relatives à plus de 1300 contrats depuis l'année 2000 et qu’il prévoyait compléter l’opération au plus tard le 15 janvier 2011.

Le président a pris la chose en délibéré et rendu sa décision une semaine plus tard. Se disant préoccupé de voir qu'Hydro-Québec avait attendu une question de privilège avant de manifester ses intentions et semblait vouloir déterminer les conditions de transmission des documents à l'Assemblée (en fixant un échéancier et en se réservant le droit de ne pas transmettre certaines informations), le président a jugé que les faits dénoncés par le leader de l’opposition officielle constituent, à première vue, un outrage au Parlement. Compte tenu de l’imprécision de l’expression « plus brefs délais », le président a accordé « à Hydro-Québec un délai supplémentaire, soit jusqu'au 2 décembre prochain, au plus tard, pour [lui] transmettre la totalité des documents exigés ». Si Hydro-Québec ne se conforme pas à l’ordre de l’Assemblée, cette dernière devra « décider si on a véritablement commis un outrage au Parlement ».

« Des malins », comme disait Jean-Charles Bonenfant, souhaitent secrètement qu’Hydro-Québec ne se conforme pas, juste pour voir l’attitude de la majorité dans le débat qui suivrait sur le respect d’un privilège parlementaire incontestable.

octobre 29, 2010

L'Affaire Michaud

(Extraits des notes préparées pour les lancements de Montréal et de Québec, les 26 et 28 octobre 2010)

...
Le 14 décembre 2000, j’ai appris que l’Assemblée nationale avait adopté une motion contre Yves Michaud de la bouche d’un journaliste qui voulait savoir si c’était la première fois qu’une personne était ainsi blâmée par le Parlement. J’ai invoqué la nécessité de faire des vérifications pour ne pas répondre. Dans ma tête, la réponse était claire mais, si la Chambre jouait à l’unisson, je risquais fort de détonner (avec deux « n », comme en musique).

J’ai eu par la suite la réaction d’indignation que vous partagez probablement tous, en silence dans mon cas, mais aussi une déception de voir l’institution où j’ai fait presque toute ma carrière s’égarer de cette façon. D’un certain point de vue, l’Assemblée nationale a été utilisée par les appareils politiques et se trouve, elle aussi, victime.

Personne à l’Assemblée ne m’a demandé mon point de vue, ni avant ni après, et c’est normal. Le service que je dirigeais alors depuis 25 ans servait de mémoire au Parlement avec son personnel professionnel multidisciplinaire, ses ouvrages de références et ses ressources documentaires, autant de choses inutiles quand le débat est essentiellement politique [partisan] et qu’on ne veut pas analyser le fond de la question.

Je me suis donc contenté de prendre des notes et de suivre le dossier pendant mes dernières années de travail et encore après ma retraite. Quand j’ai confié à Denis Vaugeois que je songeais à faire un texte pour le dixième anniversaire, il a jugé que cette histoire méritait davantage et m’a mis en contact avec monsieur Michaud, que je connaissais évidemment de réputation, mais que je n’avais jamais rencontré. Dix ans après les événements, je ne crois pas nécessaire de m’imposer davantage de réserve. De toute manière, je n’ai pas été impliqué dans ce dossier. Toute ma documentation est du domaine public, hormis deux ou trois documents de monsieur Michaud. Je ne peux rien dévoiler de ce que j’aurais appris dans le cadre de mes fonctions puisqu’on m’a refusé l’accès aux documents que j’ai souhaité consulter!

Le sous-titre de l’ouvrage fait réagir. J’aurais pu écrire « lynchage », mais Michel David l’avait fait. Je me suis plutôt inspiré d’un juge de la Cour d’appel pour créer une sorte de néologisme, « exécution parlementaire », tout en souhaitant qu’il ne soit jamais réutilisé.
J’imagine que vous connaissez ce commentaire du juge Baudouin. Tout en endossant les motifs exposés par sa collègue pour débouter monsieur Michaud, ce juge a souligné l’étrange paradoxe d’un Droit qui permet « qu'un individu soit condamné pour ses idées […], sans appel et qu'il soit ensuite exécuté sur la place publique sans, d'une part, avoir eu la chance de se défendre et, d'autre part, sans même que les raisons de sa condamnation aient préalablement été clairement exposées devant ses juges, les parlementaires ».

Je voulais initialement m’en tenir à la forme. Nous connaissons tous cet adage : « le Parlement peut tout faire, sauf changer un homme en femme », mais est-ce le rôle du Parlement de sanctionner les opinions des citoyens ? La liberté de parole qui a été accordée aux parlementaires en 1689 pour les protéger du souverain peut-elle devenir une arme offensive ?

Y a-t-il des précédents ? Les leaders parlementaires en ont avancé deux à l’époque mais les avocats de l’Assemblée n’en ont pas cité dans leurs mémoires aux tribunaux. Une vérification dans les procès-verbaux leur a peut-être appris, par exemple qu’il n’y a pas eu de motion contre André Pratte en mars 1997, comme on l’a soutenu à l’époque, et comme monsieur Michaud lui-même l’a cru jusqu’à cette année.

Autre question sur la forme : la motion du 14 décembre constituait-elle un exercice de surveillance des activités gouvernementales, comme on l’a soutenu dans le jugement de première instance ? Pour cela, il faudrait que les ministres soient responsables des propos tenus par les citoyens devant un organisme consultatif, une commission d’enquête ou des États généraux. La responsabilité ministérielle ne s’étend évidemment pas jusque-là, pour la simple raison que les citoyens qui sont consultés n’agissent pas au nom du gouvernement.

J’ai été amené à me pencher sur le fond quand j’ai réalisé en cours de recherche que « la parole de monsieur Michaud [avait] été déformée de façon incroyable ». Ce ne sont pas mes propos, mais ceux de Robert Libman lui-même, cité par le journal Voir en mars 2001.

Je vous laisse découvrir à quel point Yves Michaud a été cité hors contexte, ce qui n’est vraiment pas un cliché dans son cas. La transcription de son entrevue avec Paul Arcand, qui a circulé à partir du 12 décembre, est incomplète : on aurait mieux compris, et interprété, la réponse de monsieur Michaud si la question de Paul Arcand avait aussi été reproduite.

Cet ouvrage ne videra pas le sujet. Il laisse ouvertes plusieurs questions : qui a eu l’idée d’une motion ? qui l’a rédigée ? où et quand ? Pour y répondre, il aurait fallu mener des entrevues avec de nombreuses personnes, confronter leurs points de vue, départager le vrai du… reste. J’ai beaucoup d’admiration pour les auteurs comme Pierre Duchesne et Pierre Godin qui ont produit de monumentales biographies avec d’innombrables entrevues ; ce sont des méthodes que je respecte mais avec lesquelles je ne suis pas à l’aise. Depuis que ce livre est annoncé, les quelques bribes d’information qui me sont parvenues au sujet de la conception de la motion sont contradictoires. Ça commence mal. Mon livre pourrait toutefois amener des confidences. S’il s’en dégage des conclusions intéressantes, j’en profiterai pour la deuxième édition.

octobre 25, 2010

Les bessons

Si j’avais eu la prétention de me trouver dans les éphémérides du Journal de Québec un jour, mon chien serait mort samedi : LES jumeaux sont nés à Palm Beach le jour de mon anniversaire.

« Contre mauvaise fortune, bon cœur » : si les heureux parents n’étaient pas pressés par le temps d’enregistrer leurs rejetons, nous pourrions ouvrir un concours, surtout que le couple semble divisé sur ce sujet.

Spontanément, samedi, j’ai lancé « Nic et Pic », fameux duo animé de la TV canadienne. Le thème et la dignité du second « mariage » gréco-romain des parents devrait cependant suggérer plus sérieux comme Castor et Pollux, fils de Zeus, ou Rémus et Romulus, fils du dieu Mars et fondateurs de Rome. Mais il y a fort à parier (…) que ces enfants auront un nom inspiré du show-business, et probablement plus genre Abbott et Costello que Nazaire et Barnabé.

Comme ne se sont pas des jumeaux identiques, il y aurait aussi Laurel et Hardy, Mutt et Jeff, Sol et Gobelet, GrandGalop et Petittrot…

Jack and Jill offrirait des possibilités d’autofinancement, comme Roland et Napoléon, commandités par Rona.

octobre 22, 2010

« Profondément attristée »

Diverses activités, dont la préparation de la sortie du livre sur l’affaire Michaud (en librairie mardi), m’ont amené à négliger mon blogue et mon auditoire virtuel. Pendant ce temps, les coupures de presse s’empilent et pourrait bien donner une « salade d’hiver » consistante.

Je retiens des derniers jours, parce qu’elle est liée à mes préoccupations des derniers mois, la motion des Communes sur le Maclean’s. Les gazettes y ont vu un « dénonciation » ou une « condamnation », mais il vaut la peine d’aller lire « dans le texte ». D’après la motion consignée au procès-verbal, la Chambre des communes « est profondément attristée par les préjugés véhiculés et les stéréotypes employés par le magazine Maclean's pour dénigrer la nation québécoise, son histoire et ses institutions».

Il faudrait voir quelles négociations ont été nécessaires pour arriver à cette formulation unanime. « Profondément attristée », c’est ce qu’on dit après un accident de la route ou un autre événement regrettable ou inévitable.

Cette formulation s’explique peut-être par une réserve, louable et bienvenue, de parlementaires fédéraux. Ce n’est pas le rôle du Parlement de sanctionner les opinions des citoyens et des journalistes. Une fois qu’il a établi les règles du débat public, des lois concernant les menaces et la diffamation, les propos haineux ou séditieux, c’est aux tribunaux de s’occuper des délinquants. S’il n’y a pas matière à poursuite, pourquoi le Parlement s’en mêlerait-il ? Ce n’est pas une « basse-cour », ni un tribunal politique.

On aura remarqué que le premier ministre du Québec, comme dans le cas de Jane Wong en 2006, n’a pas amené la question à l’Assemblée nationale et a exprimé son désaccord au moyen d’une lettre ouverte. Peut-être voulait-il éviter un débat sur la corruption…

On a peut-être aussi appris quelque chose de l’affaire Michaud ; « il est périlleux, écrivait Joseph Facal, dans le Journal de Montréal du 31 mai 2010, d’utiliser un parlement pour statuer sur des opinions individuelles ».

octobre 01, 2010

Un autre prétendu successeur de Champlain

Le nouveau gouverneur général a récupéré les vieux discours de sa prédécesseure (prédécessesse?). Il entonne la rengaine de Patrimoine Canada et se prétend lui aussi le successeur de Champlain.

Champlain a eu plusieurs titres mais pas celui de « gouverneur du Canada ». Le Dictionnaire biographique du Canada les énumère ainsi :

« lieutenant du lieutenant général Pierre DU Gua de Monts de 1608 à 1612, du lieutenant général Bourbon de Soissons en 1612, du vice-roi Bourbon de Condé de 1612 à 1620, du vice-roi de Montmorency de 1620 à 1625, du vice-roi de Ventadour de 1625 à 1627 ; commandant à Québec en 1627 et 1628, entre la démission de Ventadour et la création de la Compagnie des Cent-Associés ; « commandant en la Nouvelle-France en l’absence » du cardinal de Richelieu de 1629 à 1635 ».

Le Canada ne fait pas partie du vocabulaire administratif de son époque, ni de celui de Charles Huault de Montmagny qui, selon le même ouvrage, fut le premier gouverneur de la Nouvelle-France (de 1636 à 1648), et non du Canada.

Et même si Champlain avait été « gouverneur du Canada », la théorie soutenue par le gouverneur général aurait une autre faille encore plus grande car il n’y a évidemment aucune continuité entre les gouverneurs du régime français et ceux du régime anglais. Pour que le nouveau gouverneur général du Canada soit le successeur de Champlain, il faudrait que Murray soit le successeur de Vaudreuil, « dernier gouverneur général de la Nouvelle-France ». Or, avec le traité de Paris et la Proclamation royale (1763), la Nouvelle-France n’existe plus et James Murray (gouverneur du district de Québec pendant le régime militaire) ne gouverne que sur une « province of Québec » qui correspond en gros à la vallée du Saint-Laurent. Le Canada n’est toujours pas dans le vocabulaire administratif ; il y reviendra en 1791 quand la « province of Québec », agrandie avec l’Acte de Québec de 1774, sera divisée en deux colonies, le Haut et le Bas-Canada.

James Murray, représentant de la couronne britannique, serait probablement mort de rire s’il apprenait qu’il a succédé à un représentant de la couronne française. Il ne comprendrait surtout pas comment on peut gommer l’événement de sa vie, la Conquête de 1759-1760.

Car c’est de cela qu’il s’agit. Pour Patrimoine-Canada et Rideau Hall, le Canada de Cartier et celui de Harper sont interchangeables. Ils se fondent en un seul que le gouvernement fédéral fait renaître à volonté, selon les anniversaires, avec Cabot en 1497 pour les Canadiens anglais, avec Cartier en 1534 pour les Canadiens français, avec Du Gua de Monts en 1604 pour les Acadiens, avec Champlain en 1608 pour les Québécois, avec Wolfe en 1759 pour les anglophones, avec Durham en 1840 pour les Ontariens, avec Macdonald en 1867 pour les Canadiens et probablement un jour avec Trudeau en 1982.

septembre 26, 2010

Salade d’automne

Le téléphone smatte

Avez-vous un téléphone « intelligent »? Est-il plus que simplement « smart », comme on le désigne en anglais (smartphone)? Je suis curieux de savoir ce qu’il a fait de brillant pour vous dernièrement, quelque chose d’original, pour lequel il n’a pas été programmé à l’avance, quelque chose d’inédit, de personnel, témoignant de sa créativité, de son flair ou de son instinct, autre chose que de transmettre bêtement de l’information ou d’exécuter mécaniquement des commandes.

Ceux qui accèdent à cette note au moyen d’un smartphone pourraient-ils me dire si ce dernier est assez intelligent pour la comprendre et formuler de vibrantes protestations?

Le sapin accommodé

Si le projet de la Société de développement commercial du Centre-ville est appuyé par la vile de Québec, la rue Saint-Joseph aura le plus gros «arbre illuminé des Fêtes» au Canada. C’est du moins ce qu’on peut le lire dans un document du conseil exécutif mais le vice-président dudit conseil n’aurait pas saisi la subtilité dans le changement de nom de l’objet qu’on appelait récemment un « sapin de Noël ».

Une super-femme

Le premier ministre est satisfait du travail de son attachée politique Chantal Landry, celle qu’il a décrite comme « une sorte de directrice des ressources humaines au sein de son cabinet ».

Pour une fois, il n’exagère pas. Si on croit ce qu’on a entendu à la commission Bastarache, cette femme doit « trouver du monde » pour combler 800 postes par année dans l’administration publique, en s’assurant qu’il y ait « autant de femmes que d’homme », et « les ci et les ça », comme disait monsieur Rondeau qui voulait probablement parler des Amérindiens ou des communautés culturelles.

Dans les entreprises qui comblent 800 postes par année, il faut toute une direction des ressources humaines pour y arriver. Pas étonnant que monsieur Rondeau ait accouru, mû par un sens aigu du devoir public pour aider madame Landry à s’acquitter de cette immense tâche, les ministres responsables des organismes où il y a des personnes à nommer ayant visiblement déserté.

Ceux qui ne sont pas morts de rire peuvent passer au paragraphe suivant.

Où va-t-on?

Quelques jours seulement après avoir subi les foudres de membres du gouvernement, le Directeur général des élections démissionne en disant qu’il aurait pris sa retraite de toute manière. Il donne en plus un préavis pour permettre à l’Assemblée nationale de lui trouver un remplaçant. C’est définitivement un gentleman qui se retient sûrement de donner le fond de sa pensée aux parlementaires qui ont dénoncé la carte électorale qu’il a proposée en 2008.

Le Parti québécois est revenu à de meilleurs sentiments. Le Parti libéral a procédé aux grands manœuvres en lançant un projet de carte dont il connaissait l’irréalisme, dans le seul but de flatter les « régionaux », pour ensuite le retirer en proférant les anathèmes, contre le Parti québécois, pour avoir abandonné les régions, et contre le DGE qui s’était attaqué « au fondement même de notre démocratie »!

Le DGE n’avait pourtant rien fait d’autre que d’apporter des changements nécessaires à la carte électorale sur le plan juridique et constitutionnel. C’est peut-être finalement ce qui peut paraître inquiétant dans le contexte actuel : si les fonctionnaires se mettent à appliquer les lois, où s’en va-t-on?

septembre 13, 2010

Un conseil des ministres majoritairement féminin?

La démission de Claude Béchard a provoqué un événement exceptionnel que sa mort est venue aussitôt occulter, temporairement. C’est un peu bête à dire mais ce drame fait en sorte que le gouvernement du Québec est maintenant majoritairement féminin, un précédent en Amérique et un fait rarissime au niveau mondial.

Avec la répartition des responsabilités de Claude Béchard entre deux collègues, le Conseil des ministres comprend 11 hommes et 12 femmes dont l’histoire retiendra les noms : ce sont les ministres Normandeau, Gagnon-Tremblay, Beauchamp, Courchesne, Boulet, Saint-Pierre, James, Weil, Thériault, Ménard, Blais et Vien. La minorité masculine comprend les ministres Fournier, Bachand, Bolduc, Hamad, Lessard, Gignac, Dutil, Arcand, Corbeil, MacMillan, Simard.

A-t-on oublié quelqu’un? Le premier ministre? Vous êtes en retard. On ne le compte plus dans le Conseil des ministres depuis mai 2007. Le premier ministre avait alors invité neuf hommes et neuf femmes à former son cabinet, ce qui lui permettait de dire qu’il avait un cabinet paritaire… même si le site du Conseil exécutif tout comme celui de l’Assemblée nationale donnaient bien un Conseil des ministres de 19 membres, incluant naturellement le chef du gouvernement. Toute la presse parlementaire a accepté cette nouvelle façon de calculer. Un chroniqueur politique en vue, à qui je demandais comment 9 et 9 faisaient 19, me répondit avec humour : « Vous avez raison, bien sûr. Mais vous qui êtes sûrement un sage et un malin, devriez savoir qu'en politique, 9 et 9 font 19 et non pas 18 »...

La même situation s’est reproduite après le dernier remaniement. « Nous sommes maintenant à 24 et nous resterons à 24 », disait le premier ministre le 11 août dernier, en oubliant encore sa propre personne. L'information diffusée sur son site Internet en donnait 25 mais qu'importe.

Pas facile de faire abstraction du premier ministre au moment où Marc Bellemare le considère comme le pape ou le bon Dieu! Mais ces visions ne sont pas contradictoires. Depuis le temps que les politicologues nous disent que le premier ministre n’est plus le « premier des ministres » (le « primus inter pares ») mais un « monarque élu », qui domine complètement ses collègues, nous en observons finalement les effets concrets : le Conseil des ministres ne rassemblerait plus les conseillers exécutifs du souverain (ou de son représentant) mais ceux du premier ministre.

Pour les analystes qui ont un point de vue « classique » sur nos institutions — point de vue qui se reflète encore sur le site même du Conseil exécutif (http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/equipe/conseil-des-ministres.shtml) —, hommes et femmes sont depuis une semaine, pour la première fois, en nombre égal au Conseil des ministres (12-12). Si on suit la logique établie par le premier ministre depuis trois ans, et entérinée par la classe politique, les femmes y sont en fait majoritaires (12 sur 23). Que la chose soit passée inaperçue nous indique peut-être que, dans un cas comme dans l'autre, elles ne sont pas au pouvoir pour autant.

septembre 04, 2010

Le « traité » de Murray: un cas de révisionnisme historique

Il y a 250 ans, le 5 septembre 1760, le chef des Hurons rencontrait James Murray, à Longueuil, pour convenir des termes d’un traité. En 1990, 230 ans plus tard, les tribunaux ont validé ce traité « reconnaissant aux Hurons leurs droits ancestraux de l'occupation du territoire », selon les propos livrés par leur chef actuel au Soleil le 24 mai dernier.

Ceux qui ont une foi aveugle envers les tribunaux se satisferont de cette version, mais, pour ceux qui se montrent sceptiques lorsque les savants juges trichent Thémis avec Clio et s‘avisent de réinterpréter le passé, l’histoire est un peu différente.

En septembre 1760, les Hurons jugent désespérée la situation de leurs alliés français, ceux qui les avaient accueillis à Québec, un siècle plus tôt, après la destruction de la Huronie. Les Anglais ont pris Québec en septembre 1759 et assiègent maintenant Montréal. Les quelque 30 ou 40 Hurons qui étaient alors sous les armes aux côtés des Français décident de laisser ces derniers avec leurs problèmes, de conclure une paix séparée avec les Anglais, de se « soumettre à Sa Majesté britannique » et de retourner chez eux à Lorette, près de Québec, où vit la tribu composée d'une centaine de personnes. Pour ce faire, ils doivent traverser un territoire (entre Montréal et Québec) occupé par des garnisons anglaises qui en ont gros sur le cœur contre les Indiens, de redoutables guerriers qui leur en ont fait voir de toutes les couleurs. D’où la nécessité d’un sauf-conduit. C’est ce que tout le monde avait compris des termes utilisés par Murray dans le document qu'il signe, seul, le 5 septembre pour certifier que les Hurons se sont mis « sous sa protection », ne doivent pas être molestés par les soldats qu'ils pourraient rencontrer en retournant chez eux.

La Cour suprême a donné une tout autre interprétation de l’histoire et transformé en « traité » un document qui avait toujours été considéré jusque là comme un certificat, même par les Hurons, notamment par Marguerite Vincent Téharionila qui le désignait comme un « certificat de protection du général Murray à la nation huronne » , dans son ouvrage La nation huronne édité au Pélican avec une préface du chef huron Max Gros-Louis en 1984, l'année même où il est déposé en cour.

La Cour suprême aurait-elle émis le même jugement si elle avait eu la version originale du document? Car il faut rappeler que l’avocat des Hurons n’avait pas de texte original à présenter au juge de première instance, seulement une copie manuscrite et une copie imprimée, deux documents présentés in extrémis et plus que très sommairement examinés par la Cour. Un « expert » a prétendu que la copie imprimée l’avait été à Halifax dès 1760 (!), ce qui démontrait son importance (!!), une opinion qui ne tient pas la route pour des raisons techniques mais surtout à cause de la facture du document imprimé, comme l’a démontré plus tard Denis Vaugeois (dans La Fin des alliances franco-indiennes – Enquête sur un sauf-conduit devenu un traité en 1990, Boréal, 1995), en examinant sa typographie. Quelques mots de la copie manuscrite déposée en preuve en 1980 étaient soulignés une, deux ou trois fois et on découvrira plus tard qu’il s’agissait de signes conventionnels d’imprimerie indiquant les mots à mettre respectivement en italiques, en petites capitales et en capitales, ce qui correspondait exactement à la version imprimée. Il s’agissait donc d’une copie faite, au début des années 1800, pour guider la composition et l’impression du document original, sans altérer ce dernier. Et, quand on mit finalement la main sur cet original, en 1996, ce fut pour découvrir que le copiste avait commis quelques « oublis », écrivant notamment « being allowed [the] liberty of trading with the English » au lieu de « being allowed [the] liberty of trading with the English garrisons », comme le précisait l’original, ce qui limitait singulièrement ce droit de commercer et confirmait le caractère ponctuel de ce sauf-conduit.

Les savants juges en auraient-ils tenu compte, eux qui n’avaient pas pris en considération le fait que le « traité » n’était signé que par une partie et n’avait jamais été vu comme autre chose qu’un certificat de protection ou laissez-passer? Peut-être pas, mais il faut savoir par ailleurs que la Cour ne s’est pas étendue sur la portée du « traité ». Son jugement précise que les Hurons « étaient présents dans la région de Québec depuis environ 1650 après avoir dû quitter leurs terres ancestrales situées sur un territoire qui est aujourd'hui en Ontario » et qu’en 1760 « ils étaient établis à Lorette sur des terres que leur avaient concédés les Jésuites 18 ans plus tôt et ils fréquentaient alors le territoire du Parc de la Jacques-Cartier » (R. c. Sioui, (1990) 1. R.C.S. 1032). Et plus loin, la Cour ajoute que leur « ...présence relativement récente dans la région de Lorette suggère que les Hurons n'avaient pas la possession historique de ces terres » (R. c. Sioui, (1990) 1. R.C.S. 1070). Bref, pour la Cour suprême, le certificat de Murray est peut-être un « traité » mais elle n’en a pas défini la portée et n’en a surtout pas déduit des « droits ancestraux de l'occupation du territoire ».

C’est donc avec un gros grain de sel qu’il faut lire le communiqué émis le 2 septembre pour inviter les médias à une « fête » soulignant le 250e anniversaire du jour où « deux nations, les Hurons-Wendat et les Britanniques, signaient un traité de paix, d'harmonie et d'alliance » dont le contenu « prévoyait et prévoit toujours clairement la reconnaissance et la protection de droits relatifs à nos territoires traditionnels ». Comment expliquer qu’on n’ait jamais fêté, auparavant, ce qui serait aujourd’hui « l'événement historique le plus important pour la nation huronne-wendat »? En réalité, avant que les tribunaux ne confèrent au « certificat de Murray » une étonnante signification, personne n’aurait imaginé « fêter » l’anniversaire une simple reddition.

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Pour le bénéfice de ceux et celles qui en parlent sans nécessairement l'avoir lu, voici le fameux document reproduit, transcrit et traduit dans André Münch dans L’expertise en écritures et en signatures (Septentrion, 2000, p. 139-141) d’après l’original déposé le 4 août 1810 au greffe du notaire Barthélémy Faribault fils (ANQ-Q CN301, S99 [12/11_f]).

« These are to Certify that The Chief of the Huron Tribe of Indians, having come to me in the name of His Nation, to Submit to His Britanick Majesty, & make Peace, has been received Under my Protection, with his whole tribe; and henceforth no English Officer or party is to molest, or interrupt them in returning to their settlement at Lorette; and They are received upon the same terms with the Canadians, being allowed the free Exercise of their Religion, their Customs & and Liberty of trading with the English Garrisons recommending it to the Officers Commanding the Posts, to treat them kindly.
Given under my hand at Longueiul, this 5th day of September 1760.
Ja : Murray
By the Genl's Command,
John Cosnan,
Adjut. Genl. »

août 29, 2010

La galerie des juges

Dans sa série « Où vont vos impôts? », le Journal de Québec s’est intéressé dimanche au déménagement de 10 photos de juges de Québec à Montréal, opération pour laquelle la SIQ a facturé 26 000$ à la Justice.

On comprend qu’il ne s’agissait pas seulement d’apporter des photos encadrées de petites dimensions à Montréal (ce qu’un commis aurait pu faire avec un VUS) et de les accrocher au mur (ce qui aurait requis dix crochets valant quelques dollars). Les photos ont été uniformisées (ce qui a demandé des travaux de numérisation, des retouches photographiques, des impressions numériques et des encadrements) puis installées sur des rails accrochées sur des panneaux de chêne dans un couloir du 17e étage du palais de justice de Montréal.

La dépense est-elle exagérée? Disons que c’est assez cher, même si l’opération tient plus de l’aménagement d’une galerie que d’un simple déplacement de 10 photos encadrées des juges (en chef, associés et adjoints) qui ont occupé ces fonctions depuis 1983.

La vraie question me semble ailleurs : pourquoi a-t-on déménagé à Montréal des photos qu’on accrochait, depuis 1983, au palais de justice de Québec? Les bureaux du juge en chef actuel de cette cour étant à Montréal, on a choisi, explique-t-on au Ministère, de les déménager plus près de son lieu de travail. D’où la question suivante : mais pourquoi donc le juge en chef de la Cour supérieure, tout comme d’ailleurs le juge en chef de la Cour d’appel, n’ont pas TOUJOURS leurs bureaux dans la ville qu’on désigne communément comme la capitale. Il y a probablement une chinoiserie dans la loi des tribunaux qui justifie que le nouveau juge en chef traîne avec lui le « siège social » de la cour. Au ministère de la Justice, d’après l’article du Journal de Québec, on ne pouvait pas dire « pour quelles raisons ces photos étaient à Québec », comme s’il s’agissait d’une situation incongrue.

Une autre dimension de cette affaire ne manquera pas de faire sourciller. Le journaliste n’a pas pu photographier de près les œuvres qu’on a ainsi réinstallées à grand frais dans un endroit pourtant accessible au public. Il a du se contenter d’une vue d’ensemble pour que les lecteurs ne puissent pas distinguer les visages et les noms.
Pourquoi donc? « Raisons de confidentialité ». D’après une adjointe exécutive du palais de justice, « la jurisprudence, lorsqu'il s'agit de prendre des photographies, entre autres de personnes, est que celles-ci ne peuvent être utilisées ou reproduites sans leur consentement».

Dans quelle cause cette jurisprudence a-t-elle été établie? S’agit-il d’une disposition particulière pour les juges?
On comprend qu’il serait inconvenant d’en faire des cartes postales mais faudrait-il demander une permission à chacun de ces personnages pour ramener leur binette en souvenir d’un passage au Palais? La procédure s’applique-t-elle aussi aux portraits des présidents à l’Assemblée nationale et des maires à l’hôtel de ville? Y a-t-il une exception pour les morts?

Une dernière question, avant de sombrer dans l’absurdité : si le prochain juge en chef est choisi parmi les juges en poste à Québec, ramènera-t-il les photos de ses prédécesseurs dans la capitale?

août 23, 2010

Les poissons ne sont pas tous dans le Bowl

Dans un texte publié par Le Soleil le 29 juillet (« Affichage commercial: l'anglais s'impose à Québec »), Annie Morin a montré comment l’affichage commercial contourne la Charte de la langue française. « Le marchand de vêtements Urban Outfitters s'installera bientôt rue Saint-Joseph, écrit-elle, dans le quartier Saint-Roch, non loin de Mountain Equipment Co-op. Pendant ce temps, Old Navy, American Apparel, The Children's Place et Feetfirst prospèrent dans les centres commerciaux de Sainte-Foy ».

La loi 101 a beau réglementer l'usage du français dans l'affichage public et la publicité commerciale, l’Office québécois de la langue française (OQLF) est impuissant lorsque les noms d'entreprises sont enregistrés comme marques de commerce. Les multinationales, surtout américaines, se surpassent « pour créer une marque qui résiste aux particularités régionales et qui est donc plus facile à implanter ».

Une publicité du même journal nous apprenait en juin qu’on pouvait trouver, « enfin chez nous! », plus précisément à Lévis, un restaurant FISH BOWL. Comment avons-nous pu nous en passer si longtemps?

Encore un multinationale genre McDo, Eastside Mario’s, et autres Tao’s? Non, deux petites Cantin franco-ontariennes ont choisi ce nom pour leur premier restaurant établi à Barrie (http://www.restaurantsfishbowl.com/fr/main-nav/historique/). Elles en ont ensuite ouvert deux autres succursales en Ontario (Sudbury et Timmins) puis une quatrième à Lévis cette année.

Pourquoi Lévis? C'est le berceau des premiers Cantin au Canada.

N’est-ce pas émouvant?

Comme le veut le dicton bien connu, « on n'est jamais si bien (as)servi que par soi-même ».

août 13, 2010

Primes de luxe

La Ligue des contribuables s’est une autre fois manifestée, à juste titre, à la suite de la démission du ministre de la Sécurité publique qui quitte, à mi-mandat, avec une « allocation de transition » de quelque 150 000$, en attendant un premier chèque de pension qui ne tardera pas, tout comme l’annonce de nouvelles fonctions bien rémunérées. Bref, triple parachute.

L’allocation de transition, rappelons-le, a été créée par la loi qui a rendu la pension moins accessible, en 1982, en reportant l’âge minimum à 55 ans. Comme son nom l’indique, cette allocation devait aider à se « r’virer d’bord » les députés sortants qui ne seraient pas admissibles à la pension ou trop jeunes pour la toucher. À l'époque, quelques députés s’étaient trouvés dans des situations difficiles, incapables de se replacer sur le marché du travail ; dans un élan d’humanité, et de grande générosité, le législateur a rendu la mesure universelle, applicable même quand le besoin n’a rien d’évident, notamment quand la transition consiste à... prendre sa retraite !

D’après une dépêche émise par la Presse canadienne le 9 août, le premier ministre s'est contenté « d’affirmer que ce sont les règles de l'Assemblée nationale qui s'appliqueraient, tout simplement »; le démissionnaire, aurait-il déclaré, « s'est dévoué de manière exceptionnelle au service de ses concitoyens ». Ceci justifiant visiblement cela.

On aurait juré entendre un prof de chimie ou de physique, un Lavoisier causant de la loi de la conservation de la matière ou Newton expliquant la loi de l’attraction universelle. La fatalité, quoi ! Autrement dit, « Que voulez-vous? »

On est pourtant loin des lois de la nature mais bien plutôt dans le domaine des règles d’origine humaine qu’on peut changer lorsqu’elles s’avèrent déraisonnables et qu’on a les deux mains sur le volant.

août 10, 2010

Les prétendus « gaspillages » de la Vérificatrice générale

Les journaux de Québécor sont partis en guerre contre le gaspillage dans l’administration publique. Reportages, listes d’engagements financiers, statistiques, on ne ménage rien pour débusquer les dépenses qui semblent injustifiées.

Rien à redire en principe : c’est le rôle de la presse d’avoir le gouvernement à l’œil mais il ne faudrait quand même pas charrier.

La « capture » de la semaine est la Vérificatrice générale du Canada. Le Journal de Québec du 9 août consacre deux grandes pages à des « formations douteuses » dont elle aurait fait bénéficier son personnel, en mettant l’emphase sur la somme de 345$ dépensée pour que l'UN de ses employés participe à UN atelier de renaissance (rebirth). On est loin des montants donnés au Parlement en « allocations de transition » et il faudrait plus d’information sur LE cas pour en évaluer la pertinence.

Le texte mentionne que le Bureau du vérificateur a déboursé 445 816 $ en 2009 pour des formations suivies par son personnel, qui compte 650 employés. Que représente ce demi-million par rapport au budget total? Le lecteur doit faire le calcul lui-même et mettre les choses en perspective.

Le Journal s’interroge sur le rapport entre le mandat du vérificateur et les cours que TROIS employés ont suivis sur le marxisme, la civilisation romaine et les théories classiques en anthropologie. On s’étonne effectivement, au premier abord, et on reste étonné si on ne sait pas que ces cours s’inscrivent dans un cadre plus vaste. Si l’employeur aide un employé prometteur à obtenir un diplôme de premier cycle universitaire qui pourrait lui valoir ultérieurement une promotion, on imagine que l’employé n’y arrivera pas en suivant trente fois le même cours de comptabilité.

Dépense injustifiée? Perfectionner un employé productif pourrait bien coûter moins cher, en fin de compte, que de recruter et former une nouvelle ressource. Mais, pour le savoir, il faut plus que des chiffres bruts publiés en vrac.

juillet 05, 2010

Note de vacances

Petit dialogue au centre-ville :

— Paraît que le maire de Québec est revenu de Bordeaux avec un… un… lumbago?

— Une autre affaire pour l’hôtel de ville?

— Pour le moment, il reste au lit avec.

juin 25, 2010

Les râleurs de Québec

Après avoir lu le reportage de François Bourque, dans le Soleil de ce matin (« Comment mater les râleurs professionnels »), je pense comprendre pourquoi le maire de Québec veut tellement rajeunir la ville, comme il l’a répété sur de nombreuses tribunes depuis son avènement. L’automne dernier, il avait suscité la colère de la FADOQ après avoir dit, lors d'un déjeuner-causerie devant des hommes d'affaires, que « les aînés ne consomment pas, [...] envahissent les bibliothèques et demandent de plus en plus de services de loisirs et de culture...»

De passage à Bordeaux cette semaine, il y est allé « d'une charge contre ceux qui accaparent selon lui l'espace public », des « quasi-politiques » que ses homologues de Bordeaux et de Strasbourg appellent « râleurs professionnels » ou « spécialistes de la grogne ». Avec ses collègues, il a rebrassé ses notions de sociologie pour définir « la bête » : des gens « très intelligents » et qui ont le temps, des employés de l'État à la retraite, des sexagénaires plutôt que des trentenaires, des universitaires plutôt que des citoyens de quartiers populaires, des hommes plus que des femmes. Bref, je me sentirais visé si le « très intelligents » ne me laissait pas une petite gêne…

Ces « râleurs professionnels patentés » (une expression dont la paternité n’est pas claire), sont embarrassants. « Dans une semaine, comme l’a expliqué le maire (dans une description que le journaliste a jugée caricaturale !), ils peuvent venir le lundi soir au conseil municipal ; le mardi au conseil d'agglomération ; le mercredi à la Communauté métropolitaine ; le jeudi au conseil d'arrondissement ; le vendredi au conseil de quartier ; le samedi, ils peuvent participer à la consultation publique sur un projet ; le dimanche, ils devraient se reposer, mais pourraient participer à un référendum de quartier ou aller s'exprimer auprès du conseil régional des élus. »

Il faudra s’y faire car ce n’est qu’un début. Les baby-boomers, puisqu’il faut appeler les « choses » par leur nom, ne font que poindre et la variété la plus inquiétante pour les politiciens — les retraités du secteur public — est particulièrement répandue à Québec. Ils sont instruits, informés, souvent rompus à la communication orale ou écrite, équipés de nouvelles technologies, et, de plus, familiers avec les affaires publiques, les grandes et les « petites », qui sont souvent les pires.

Pour les politiciens qui argumentent à coup de commentaires cassants et de « je veux », ce serait effectivement plus reposant de gouverner une ville composée de petits couples qui n’ont pas le temps de s’intéresser aux affaires publiques, municipales et autres, malheureusement trop occupés qu’ils sont à bosser en double pour entretenir une maison achetée trop grande et gazer deux chars trop gourmands.

juin 15, 2010

Questions d’éthique

Plusieurs observateurs de la scène politique ont déploré le climat qui a régné en chambre au cours de la dernière session. Le premier ministre n’aurait jamais vécu une telle situation, disait-il, l’opposition étant, nécessairement, la cause de ce mauvais climat, une situation dite sans précédent.

Peut-être avons-nous la mémoire bien courte. Et surtout pas de moyens de mesure. Est-ce plus « bordélique » qu’à la fin du régime Taschereau, du régime Duplessis ou du premier régime Bourassa ? (Que les exemples soient pris en fin de régime est le fruit du hasard, comme on dit au cinéma, et « toute ressemblance avec… etc., etc. »). La question est ouverte. Il faut aussi prendre garde de comparer notre époque de débats télévisés et de nouvelles continues avec « l’ancien temps » où il fallait se fier seulement aux reportages de la presse parlementaire.

Faut-il se scandaliser ? Il y a environ soixante-quinze périodes des questions de 45 minutes par année, ce qui donne une cinquantaine d’heures au total. Et on voudrait que ce soit en plus un genre de thé de 5 heures ? On parle quand même ici de débats parlementaires. L’Opposition harcèle le gouvernement et s’acharne sur certaines questions ? On a vu que, dans certains dossiers, après des jours de négation, il a fallu reconnaître qu’il y avait problème : calendrier scolaire, garderies, affaire D’Amour… Si l’opposition ne s’était pas acharnée (avec l’appui de la presse), on n’aurait rien su.

Par ailleurs, il est certain que la période des questions a changé d’allure. À l’origine, les députés utilisaient une brèche dans le règlement pour demander des renseignements aux ministres. Au fil des ans, cette période de questions née « naturellement » s’est institutionnalisée et, de dérives en tolérances, ce qui s’y passe aujourd’hui ne correspond plus à ce qu’on lit dans les règlements. Selon le règlement de l’Assemblée, les questions « doivent être brèves » (!) mais un « court préambule est permis pour les situer dans leur contexte » (!!). Les questions ne peuvent « 1° comporter ni expression d’opinion ni argumentation ; 2° être fondées sur des suppositions ; 3° viser à obtenir un avis professionnel ou personnel ; 4° suggérer la réponse demandée ; 5° être formulées de manière à susciter un débat » (!!!). Bien malin qui reconnaîtrait là ce qui se passe en réalité à la période des questions.
Faut-il revoir les règlements ? En 1997, le président de l’Assemblée suggéra de les changer pour « les rendre plus conformes à la réalité », le changement des comportements étant devenu impossible.

Les parlementaires ont peut-être un examen de conscience à faire mais il y a plus inquiétant, pour l’image de leur institution, et plus fondamental il me semble, même si la chose ne paraît pas préoccuper grand monde à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison.

Il y a quelques semaines, le premier ministre a congédié son ministre de la Famille qui avait reconnu avoir utilisé à des fins personnelles une carte de crédit de l'agence de sécurité BCIA, entreprise qui fait affaires avec des institutions publiques. Le ministre démis a aussi été expulsé du caucus mais il entend continuer de siéger comme député de LaFontaine. Or, s’il était indigne d’exercer une fonction exécutive et de faire partie du caucus libéral, comment peut-il décemment conserver son titre de parlementaire, le plus important des trois, puisqu’il a reconnu avoir utilisé cette carte pendant qu'il était député ? On attend peut-être de savoir si des dépenses déjà payées avec cette carte ont été aussi remboursées au député par l’Assemblée nationale. La Sûreté du Québec est sur le dossier depuis plus d’un mois, mais, dans ces circonstances, on se met à imaginer une Loi d’accès à l’information qui n’aurait pas mis un couvercle étanche sur les dépenses des parlementaires ou une étude des crédits qui ne soit pas du théâtre.

mai 29, 2010

Charly Forbes (1921-2010)

Le lieutenant-colonel (honoraire) J. Charles Forbes figure parmi les plus remarquables auteurs que j’ai édités, mais, quand il est arrivé, impressionnant, dans l’embrasure de la porte du Septentrion, avec son projet d’autobiographie sous le bras, j’ignorais tout de cet homme dont les écoliers néerlandais apprennent pourtant le nom dans leurs manuels d’histoire.

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Né à Matane en 1921, entré au Collège militaire à 18 ans, enrôlé à 20, Charles Forbes traverse en Angleterre en 1942 et débarque en Normandie en juillet 1944. Il participe à la percée de Falaise et à la poussée des alliés qui le mène aux frontières du Reich, sur la Meuse, où il est blessé en décembre 1944. Sa participation à la libération de la Hollande et, en particulier, un acte de bravoure sur le pont de l'île de Walcheren, lui valent la Croix de Chevalier militaire de l'Ordre de Wilhem (RMWO), la plus haute décoration militaire des Pays-bas, l’équivalent néerlandais de notre Croix de Victoria. «Il a permis d'éviter que les Allemands fassent sauter des digues et inonder de vastes terrains. Des milliers de personnes auraient pu mourir noyées», a raconté la consule honoraire de la Hollande à ses funérailles vendredi le 28 mai.

Après la guerre, Charles Forbes joint le Régiment des Fusiliers du Saint-Laurent puis le 1er Bataillon du Royal 22e Régiment. En novembre 1950, il se porte volontaire pour servir en Corée où il s'illustre encore, obtenant une médaille de bravoure pour son rôle dans la bataille de la colline 355. Il prend sa retraite en 1965 avec le rang de major.

En 2005 (60e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale), Charles Forbes a pris place dans le salon des Croix de Victoria, aux côtés des Brillant, Keable et Triquet. En 2007, il est fait Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur, la plus haute décoration de la République française, pour sa conduite héroïque et glorieuse au combat.

C'était un homme aux multiples talents, l'un de nos militaires les plus décorés certes, mais aussi un peintre et un musicien; il aurait certainement pu faire du théâtre et sa voix chaleureuse lui aurait permis de faire carrière dans le monde des communications.

J’ai eu le plaisir de travailler avec lui à l'édition de son autobiographie, Fantassin pour mon pays, la gloire… et des prunes, un ouvrage malheureusement inachevé. Un jour, il m'arrive au Septentrion avec son manuscrit interrompu au chapitre où il redevient civil (et qui devait s’intituler « Le choc de la rue »). « J'arrête », me dit-il en me tendant sa liasse de feuilles. Surpris, je lui demande pourquoi. Il m'apprend que sa fille s’est suicidée et qu’il ne peut plus écrire un mot.

C'était probablement la seule chose qui pouvait arrêter « Charly » Forbes.

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Pour écouter Charles Forbes: http://www.vac-acc.gc.ca/souvenir/sub.cfm?source=collections/heros/details&media_id=3291

mai 21, 2010

La mission véritable du Festival d’été

Dans la lettre ouverte qu’elle a fait paraître dans plusieurs quotidiens la semaine dernière (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201005/12/01-4279812-la-mission-du-festival-dete-de-quebec.php), la présidente du conseil d’administration du Festival d'été est venue bien involontairement « rétablir les faits » en faveur des signataires de la lettre du 5 mai, en soulignant la mission première du FEQ : « le Festival doit animer, l’année durant, la ville de Québec, pour tous les gens d’ici et d’ailleurs, avec une fête des arts de la scène et de la rue valorisant la chanson francophone et les projets de création, tout en étant ouverte au reste de la production culturelle dans le monde et à la découverte ».

On ne saurait mieux dire, et rassurer les 25 signataires quant à la justesse de leur démarche. Toute personne qui sait lire comprend que l’essentiel de cette « fête des arts de la scène et de la rue » est d’abord de valoriser « la chanson francophone », tout en restant ouverte, bien sûr, à d’autres formes d’expression. Et on comprend aussi que cette mission justifiait les subventions de l’État... jusqu'à maintenant.

A cet égard, le gouvernement du Québec ne peut plus se mettre la tête dans le sable et se dispenser de revoir sa contribution. Comment peut-on concilier l'allure que prend le Festival cette année avec les conclusions de l'entente intervenue entre le Festival d'été et les FrancoFolies l'automne dernier, au terme d'une négociation demandée par le gouvernement lui-même et les maires de Québec et Montréal? Dans le communiqué émis par les deux festivals le 30 novembre (http://www.infofestival.com/index.php?lang=fr&page=uncommunique&id=126), sous le titre « L’avenir de la chanson francophone avant tout ! » (???), on pouvait lire ce qui suit:

« C’est parce qu’ils ont à coeur l’avenir de la chanson francophone que les organisateurs des FrancoFolies de Montréal et du Festival d’été de Québec en sont venus à une entente. Les deux manifestations musicales pourront ainsi poursuivre leur développement sans se nuire et surtout continuer à faire la promotion de la chanson francophone internationale au Québec. »

Et encore:

« C’est donc avec une énergie et un plaisir renouvelés et dans un esprit de collaboration mutuelle que les programmateurs chevronnés des FrancoFolies de Montréal et du Festival d’été de Québec s’affairent à la mise sur pied de leur programmation avec comme objectif de recevoir à leur événement respectif les meilleurs représentants de la chanson francophone actuelle. »

« Nous sortons tous gagnants de cette entente et la mission francophone du Festival d’été de Québec est protégée », estimait pour sa part Daniel Gélinas, le directeur général du Festival d’été de Québec.

« Mission francophone » : ce n'est donc pas seulement un « volet ». Protégée? On ne pouvait mieux confirmer qu'elle était menacée. Comment expliquer alors que la dimension francophone du festival soit encore plus mince cette année?

mai 10, 2010

À quand des félicitations aux FrancoFolies ?

Il est possible que l’Assemblée nationale ait déjà félicité les dirigeants d’un festival mais on chercherait en vain un autre cas où elle aurait félicité un festival pour sa programmation, comme elle l’a fait jeudi pour le Festival d’été de Québec (FEQ), sans attendre que cette dernière soit complète, et a fortiori réalisée. Il est encore plus étonnant de voir que l’Assemblée félicite le Festival pour une programmation dont le contenu est largement anglophone alors qu’elle n’a pas jugé bon d’en faire autant pour les FrancoFolies de Montréal, dont la programmation est complète (ça débute dans un mois) et naturellement francophone. Est-ce l’influence du gouvernement fédéral qui se préparerait à augmenter la subvention au FEQ après avoir coupé celle des FrancoFolies?

À quoi tient cette disparité de traitement ? L’Assemblée nationale n’aurait tout de même pas un préjugé favorable envers les festivals qui font la promotion de la culture anglo-américaine. Se pourrait-il plutôt qu’une simple lettre ouverte ait ému la classe politique au point de mettre en branle l’ultime instrument que constitue une motion unanime de l’Assemblée nationale ? Ne serait-ce pas le monde à l’envers ? L’Assemblée NATIONALE désavouant un groupe de citoyens qui s'interrogent sur l'application de la politique culturelle officielle de leur gouvernement ?

La question que pose cette lettre n’a pourtant rien de séditieux, ni même d’original. Elle reprend essentiellement ce que disait ouvertement le directeur général du Festival d’été de Québec l’été dernier pendant la controverse avec les FrancoFolies de Montréal : « Je pense à la SODEC. Vont-ils accepter qu’on devienne un gros festival très large avec des grandes vedettes internationales et presque plus de chansons francophones ? » (Québec Hebdo, 12 août 2009). On sait que la crise s’est réglée aussi vite qu’elle avait éclaté, mais fort discrètement, sans qu’on ne sache jamais les termes de l’armistice. Posons la question : si Québec a retraité aussi facilement devant Montréal, serait-ce que le changement de calendrier des FrancoFolies ne dérangeait finalement pas et donnait au Festival d’été de Québec, en fin de compte, le plus beau prétexte pour « ne plus réussir » à trouver des artistes francophones ?

La question lancée par le directeur général du Festival d’été de Québec était pertinente en août denier; elle l’est davantage aujourd’hui, après l’annonce d’une programmation 2010 où le volet francophone s’est encore rétréci. Avec sa motion de félicitations unanime, formulée sans réserve et adoptée sans débat, l’Assemblée nationale ne vient-elle pas donner une absolution inconditionnelle aux dirigeants du Festival d’été de Québec et leur confirmer qu’ils sont dans la bonne direction avec leur « beau programme » ?

mai 08, 2010

De bien belles valeurs

Le député conservateur de Beauce Maxime Bernier va parcourir le Québec afin de vendre « des valeurs conservatrices ».

Dans un discours récent, il a durement critiqué les « irresponsables » qui « vivent au-dessus de leurs moyens et qui nous endettent ». Au sujet des problèmes vécus au Québec, il dit qu’il faut « les reconnaître et les analyser avec la tête froide si on veut leur trouver des solutions ». Il a posé un diagnostic « qui se fonde sur des faits et des données concrètes. La plupart de ceux qui ont réagi négativement l'ont fait sur la base d'une émotion ».

Il a bien raison. On a besoin de guides qui ont les deux pieds sur terre et qui ne nous mèneront dans des aventures risquées. Combien de Québécois se sont fait emberlificoter par des rêveurs et des gens irréalistes qui leur ont conseillé des « valeurs » douteuses comme les PCAA ? Il est temps de revenir à des approches plus conservatrices si on veut assurer notre avenir et celui de nos enfants.

Mais, le doute m'assaille, comme dirait Achille Talon: il parlait bien de placements ? Non ? J’avais compris qu’il allait devenir courtier en valeurs mobilières.

Dommage, il serait sûrement bon dans ça.

mai 02, 2010

L’astuce

L’hommage de Pauline Marois à Robert Bourassa a suscité une tempête. Son exercice d’analyse politique comparée n’a pas eu l’heur de plaire à ses « amis d’en face ». Invoquant l’article 35 du règlement, le leader du gouvernement a tenté de l’interrompre en prétendant qu’on ne faisait pas « ce genre d'intervention en général sur une motion sans préavis ».

Que dit l’article 35 ? Il interdit au député qui a la parole de
« 1° désigner le président ou un député autrement que par son titre ;
2° faire référence aux travaux d’une commission siégeant à huis clos avant qu’elle ait remis son rapport à l’Assemblée ;
3° parler d’une affaire qui est devant les tribunaux ou un organisme quasi judiciaire, ou qui fait l’objet d’une enquête, si les paroles prononcées peuvent porter préjudice à qui que ce soit ;
4° s’adresser directement à un autre député ;
5° attaquer la conduite d’un député […] ;
6° imputer des motifs indignes à un député ou refuser d’accepter sa parole ;
7° se servir d’un langage violent, injurieux ou blessant à l’adresse de qui que ce soit ;
8° employer un langage grossier ou irrespectueux envers l’Assemblée ;
9° adresser des menaces à un député ;
10° tenir des propos séditieux. »

Aucune de ces dispositions (notamment celle qui concerne la sédition…) ne pouvait évidemment s’appliquer à l’intervention de la chef de l’Opposition et justifier l’intervention du président ; ce dernier a vite compris que le leader utilisait un truc vieux comme le Parlement (Duplessis le faisait couramment) qui consiste à invoquer sciemment un article non pertinent seulement pour « changer l’allure du match ». Difficile aussi de convaincre le président que les parlementaires « ne devaient pas tenir des propos susceptibles de soulever des [débats] » alors qu’il venait de constater un « consentement pour débattre de cette motion » !

Pourquoi alors tant d’alarme ? Les citoyens qui n’ont lu que les brefs reportages des journaux et la lettre « profondément » indignée que la présidente du Conseil du Trésor a fait paraître dans au moins deux journaux pour dénoncer la chef péquiste ne peuvent pas avoir une juste idée de ce qui s’est passé. Pour cela, il faut lire son intervention intégrale (http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-1/journal-debats/20100429/16141.html#_Toc260399125).

En quelques paragraphes, madame Marois a souligné deux traits du personnage : ses positions constitutionnelles et la création de deux fameuses commissions d’enquête, la CECO, en 1972 et la commission Cliche, sur l’industrie de la construction, en 1974.

Après avoir évoqué les positions de Bourassa sur l’accord du lac Meech, madame Marois a fait allusion au rapport Charest (qui avait servi de prétexte à Lucien Bouchard pour quitter le Cabinet Mulroney) avant d’ajouter : « On s’étonne, à ce moment, que le gouvernement actuel n’ait pas de positions constitutionnelles ». Et dans la foulée de son rappel sur les commissions d’enquête, elle a ajouté : « Nous souhaitons, donc, que le gouvernement actuel, qui aime bien rappeler la filiation du parti libéral d’aujourd’hui avec le parti libéral d’hier, se montre à la hauteur de son héritage. Qu’il pose un geste courageux, en instituant une enquête publique sur la construction et ses liens avec le financement des partis politiques ».

C’est à ce moment, à la deuxième « prise », que le leader du gouvernement est intervenu. Madame Marois avait pourtant prudemment dit « partis politiques », et non Parti libéral »… Et quand elle a pu reprendre la parole, ce fut pour commémorer brièvement l’élection des premiers députés du PQ ce même 29 avril 1970.

Dans la lettre qu’elle a fait paraître dans Le Devoir de samedi, la présidente du Conseil du Trésor écrit : « Totalement incapable de prendre ses distances de la partisanerie politique qui l'aveugle, Mme Marois aura lamentablement échoué dans sa tentative de s'élever au-dessus de la mêlée et de reconnaître, à sa juste valeur, l'ancien premier ministre du Québec. Grand chef d'État, Robert Bourassa aura été le premier premier ministre du Québec à militer en faveur du droit et de la place des femmes en politique, en créant notamment le Conseil du statut de la femme ».

Difficile de concilier cette analyse avec la lecture des propos de madame Marois qui n’a pas dit un seul mot négatif sur le premier gouvernement de Robert Bourassa, l’objet de la motion, ni sur Robert Bourassa lui-même qui n’est quand même pas « sur les planches » actuellement. Disons qu’elle l’a plutôt ménagé, comme c’est l’usage dans les circonstances. Madame Marois a été généreuse en acceptant de « célébrer », sans exprimer le moindre bémol, le quarantième anniversaire de l’élection d’un chef de gouvernement que son parti a combattu pendant quatre mandats. A-t-elle commis un grave impair que certains commentateurs lui reprochent en « tirant la pipe » au premier ministre actuel dans une circonstance (les motions sans préavis) où on célèbre généralement « la maternité et la tarte aux pommes », et où il n’y a pas de réplique ? Faudra-t-il désormais qu’on négocie aussi le contenu des interventions ? Le gouvernement sera plus prudent à l’avenir quand il sera tenté de souligner des événements qui peuvent donner prise aux astuces. Et, si l’incident peut contribuer à réduire le nombre des motions sans préavis, il aura servi à quelque chose.

avril 23, 2010

Excuses, explications et autres « défaites »

L’actualité nous a bien servis, ces derniers jours, en matière de propos déroutants et d’explications étonnantes. Il faut en savoir gré à leurs auteurs sans qui nous n'aurions peut-être pas compris le fin fond des affaires.

On apprenait le 19 avril que la Commission de toponymie n’acceptait pas de rebaptiser l’autoroute Henri IV, tel que le souhaitait le chef de l’ADQ. Réaction de ce dernier : « C’est triste, c’est malheureux de voir que des bureaucrates sont allés à l’encontre de ce que désirait la population » (JQ, 20 avril 2010).

Les fonctionnaires ont le dos large, surtout pour les lanceurs de couteaux de l’ADQ, mais il ne faudrait pas les charger injustement. La Commission de toponymie n'est pas formée de fonctionnaires mais d’experts choisis hors de la fonction publique comme notre ami Jacques Lacoursière qui sera étonné de se voir qualifié de « bureaucrate ». Sans cette explication, nous aurions pu croire candidement que l'opposition massive des sociétés d'histoire aurait peut-être eu certaine influence.

Furieux de ne pas avoir été traité avec les égards dus à son statut (d’auteur à scandales…), le biographe non autorisé de Guy Laliberté et de Michael Jackson estime que Guy A. et son fou se sont moqués de lui à TLMP, le 18 avril, parce qu’il est… juif. Ils sont donc antisémites. CQFD.

Louis O’Neill a écrit, autrefois : « Le Québécois dit de souche est, paraît-il, facilement envahi par un sentiment de culpabilité. Il est porté à s'excuser quand on lui marche sur les pieds. […] Ses ennemis connaissent son malaise, son sentiment de culpabilité. Ils en profitent. L'astuce est habile qui consiste à lui faire croire qu'il est peut-être antisémite, peut-être même certainement, insinue-t-on ». Fin du commentaire : l’Assemblée nationale pourrait s’en mêler…

Troisième cas et non le moindre. Le 16 avril, des animateurs d’une station radio de Québec ont été blâmés par le Conseil de presse pour des propos jugés « méprisants » et « inexacts » à propos des assistés sociaux et des travailleurs sociaux. Un des animateurs a répliqué qu’il ne se sentait pas visé par la décision car il se décrit, non pas comme journaliste, mais comme un « clown » qui livre des impressions personnelles et ne sent pas la nécessité d’appuyer ses opinions sur des données précises : « J’ai un secondaire cinq. Et on me demande de dire ce que je pense de différents sujets de l’actualité ».

Ce n’est pas moi qui l’ai dit.

avril 12, 2010

« …un exercice des plus périlleux… »

L’affaire Rapaille nous a bien fait rire mais, comme le veut le dicton popularisé par les humoristes de Croc, « ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle ».

Prendre conseil auprès de spécialistes (surtout s’il ne coûte que « cinq cennes »...) aurait été utile. Voici d’ailleurs ce que pense Pierre Balloffet, professeur de marketing à HEC Montréal, du branding, le marquage, qui, nous apprend-il, trouve son origine étymologique dans le mot français « brandon », soit l’empreinte faite sur le bétail avec un fer rouge.

« Marquer un objet, c’est en effet en prendre possession. Ce qui est vrai pour un produit ou un service commercial l’est aussi pour un lieu ou une institution. Les études menées par l’auteur de ce texte dans le cas des villes mettent toutes en évidence le rapport ambigu de la population à l’égard de ce type d’exercice de branding.

« Instinctivement, l’agacement, sinon la résistance de la population, lors de la définition puis de la projection de l’image de sa ville, mettent en relief deux sentiments: une impression de perte d’appropriation ou de spoliation du lieu au profit d’une image qui apparaît comme le reflet d’une identité décidée et imposée; le ridicule perçu d’une image très réductrice, car incapable de rendre pleinement compte de la complexité de ce qui forme en définitive une cité.

« L’image d’une ville, sa réputation, est en effet le résultat dans la durée de multiples gestes et initiatives, parfois heureux, parfois non, souvent contradictoires. C’est de ces mouvements incessants que naît en définitive l’image de la ville. Il est possible de s’interroger sur la pertinence d’un exercice qui vise à définir cette image non plus comme un résultat ou un résidu, mais comme un cadre préalable. Il est difficile de ne pas voir dans cette réduction au dénominateur commun un exercice assez stérile. […]

« La marque est d’abord et avant tout un artifice commercial. […] appliquer sa logique à un autre contexte, celui de la ville, par exemple, est un exercice des plus périlleux, certainement pas neutre ni innocent, dont l’à-propos et la légitimité doivent donc être questionnés [La Presse Affaires, 12 avril 2010, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/201004/12/01-4269427-une-ville-comme-une-image.php ]. »

On aura compris que les Québécois qui ont manifesté leur scepticisme devant cet exercice incongru n’étaient que normaux.

mars 22, 2010

Soldes de fin (?) d’hiver

Une autre tentative pour voir le fond du panier…

L’église Saint-Vincent-de-Paul

La façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul est tombée. Sur la liste des démolitions récentes, elle s’ajoute à la chapelle des Franciscaines et sera suivie du couvent des Dominicains. Ce n’est pas notre pire perte. Peut-être faudrait-il se pencher, avant que les promoteurs ne le fassent, sur les bâtiments plus importants encore dont l’avenir est menacé : la chapelle du Bon-Pasteur, l’église Saint-Cœur-de-Marie, par exemple.

Pour conserver la mémoire de l’église Saint-Vincent-de-Paul, au lieu de lui intégrer quelques pierres insignifiantes, il serait peut-être mieux de donner un nom significatif à l’hôtel qui la remplacera. Pourquoi pas l’hôtel Saint-Vincent ? Le propriétaire ferait la preuve de son engagement en faveur du patrimoine et de son respect du caractère français de la capitale. Sans que ça ne lui coûte un sou.

Saint-Vincent : ça se comprend même dans les deux langues ! Et ça nous changerait des Québec Inn, Lindberg, Plazza et autres Must (sic) qui constituent actuellement les plus nombreux maillons de la chaîne hôtelière Jaro.

French Canadian XGames ?

Organisés par la chaîne ESPN aux États-Unis depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, les X Games offrent un large éventail de compétitions de sports extrêmes : ski casse-cou, planche à neige, motocross, motoneige... Cette industrie se décline en plusieurs versions : Latin XGames, Asian XGames, Global XGames, Junior XGames, etc.

Les 14e XGames d'hiver ont eu lieu à Aspen, Colorado, à la fin du mois de janvier, et le président d'Équipe Québec en rêve pour la capitale (Soleil, 10 février 2010). C’est tout naturel. On a déjà le Red Bull Crashed Ice, le Surf Big Air, le Pound Hockey, le Trip Hockey Bud Light, l’Ultimate Frisbee, etc. Comme l’a dit un ministre il y a quelques semaines (JQ, 13 février 2010) : « Il ne faut pas s’asseoir sur ses oreillers ».

Le mauvais numéro

L’ancien DG du 400e devant la Chambre de commerce française : « Ca prend de gros noms pour attirer les touristes et faire sortir les gens dans les rues, comme l’avait fait George VI lors des célébrations du 300e de Québec ».

Peut-être a-t-il été mal cité (JQ, 24 février 2010) mais rappelons pour mémoire que George VI n’avait que 12 ans en 1908 et n’est monté sur le trône qu’en 1936. C’est son père, George V, qui est venu à Québec mais il n’était alors que prince de Galles.

Le cadeau de la France

Dans le Journal de Québec du 26 février 2010, l’architecte Simon-Pierre Fortier justifie la démarche architecturale qui a mené à la réalisation du Centre de la francophonie. Il réagit vraisemblablement à quelques commentaires négatifs dont le texte de Marie-Paule Tremblay (« Trésors défigurés ») publié dans La Presse du 15 janvier dernier.

L’architecte a techniquement raison : l’intérieur de l’édifice avait été transformé, il était délabré, le travail s’est fait dans le respect des normes et de concert avec les autorités concernées, dont celles qui privilégient « le patrimoine de demain »… Le résultat ? On connaît la chanson : si vous n’aimez pas, vous êtes « réfractaire au changement »…

Mais le problème n’est pas là. Il se situe en aval, dans cette série de manœuvres politico-administratives (dont la France ne serait que partiellement responsable) qui ont fait avorter trois projets de cadeau vraiment porteurs de sens et ont abouti à ce « projet de recyclage ».

250 000$ pour des clichés?

Visiblement ébloui, en sortant de la conférence de monsieur Rapaille, un ancien député-ministre de la région de Québec se dit fasciné de voir le gourou connaître tous les « clichés » concernant Québec...

Ça nous rassure sur ses qualités de visionnaire du consultant: il a vu tout de suite ce que nous savons tous.

Le monde selon Cannon

Le ministre est agacé parce que le chef du Bloc québécois définit son groupe comme des « résistants »; il en déduit que le gouvernement fédéral serait nazi. Peut-être sera-t-il encore plus ennuyé s'il persiste dans sa logique implacable: où sont alors les antisémites?

Des résistants allemands

« Halte au Denglish » (La Presse, 26 février 2010) ! La compagnie allemande des chemins de fer renonce aux anglicismes qui pimentaient sa publicité : « hotline » (renseignements téléphoniques), « flyer » (brochure), et « counter » (guichet) sont bannis. Le ministre des Transports a banni les « task forces » (groupes de travail), « travel management » (bureau de voyage), et autres « inhouse meetings » (séminaires).

Tiens, donc ! Plus de 100 millions de personnes parlent allemand en Europe et l'Allemagne sent le besoin de lancer une campagne contre les anglicismes et l'emprise croissante de l'anglais. Et dire que certains esprits angéliques estiment qu’on s’en préoccupe trop ici.

mars 14, 2010

Ferrat achevé par les Victoires ?

Jean Ferrat est mort le 13 mars 2010. Plus qu’un simple auteur-compositeur-interprète, c'était un personnage hors du commun pour qui le rédacteur de Sarkozy a sorti sa plus belle plume : « Avec Jean Ferrat, c'est un grand nom de la chanson française qui disparaît. Chacun a en mémoire les mélodies inoubliables et les textes exigeants de ses chansons, qui continueront encore longtemps, par leur générosité, leur humanisme et leur poésie à transporter les âmes et les cœurs, à accompagner aussi les joies et les peines du quotidien […]. C’est aussi une conception intransigeante de la chanson française qui s'éteint ».

Mis à part un commentaire de Claude Lemesle, président de la Sacem, on a peu parlé des causes de sa mort : « depuis près d'une année, son état de santé s'était dégradé, a-t-il dit, de même que son moral ».

En fait, ce sont probablement les dernières Victoires françaises de la musique qui l’on achevé.

« Pour nombre de francophones d'Amérique, écrit Alain Brunet dans La Presse du 13 mars, visionner les dernières Victoires françaises de la musique a été troublant. Environ la moitié des numéros prévus au programme se sont déroulés en anglais […]. Et l'on ne compte pas les nominations de groupes ou artistes s'exprimant en anglais. […] Pony Pony Run Run, un groupe frenchy-anglo, y a été sacré « révélation de l'année ». Trois groupes convertis à l'anglais (Slimmy, Revolver et Yodelice) étaient en lice pour « l'album révélation de l'année » et Yodelice est reparti avec la statuette ».

Toujours dans La Presse du 13 mars (coïncidence suspecte), plusieurs artistes francophones expliquent pourquoi ils chantent en anglais. « Les chansons me sont toujours venues en anglais », explique Mark Daumail (du groupe français Cocoon, en entrevue au magazine Télérama), j'ai biberonné à cette culture musicale. La première fois que j'ai écouté du Brel ou du Gainsbourg, j'ai trouvé ça bizarre, carrément laid ». Heureusement qu’il n’écoutait pas Ferrat ! De son côté, notre Pascale Picard essaie de se justifier rationnellement (au lieu d’avouer simplement son déracinement) : « Faire de la musique, c'est de l'art, et je crois profondément que j'ai le droit de choisir mon matériau, comme un sculpteur choisit plutôt le bois que le marbre. Moi, j'ai choisi l'anglais. » La comparaison logique aurait été de dire qu’elle a choisi la guitare au lieu de la cornemuse.

Si Ferrat n’avait pas encore succombé en lisant le cahier « Arts et spectacles » de La Presse, il n’aurait pas survécu de toute façon en prenant connaissance du résultat d’une enquête sur la culture musicale de nos cégépiens (Paul Journet, « Le français, bof ! ») dans la même Presse du 13 mars (vous voyez bien !). « Les chiffres : 64 % des répondants préfèrent la musique en anglais, contre seulement 6 % en français ».

« Il y a plus de variétés en anglais, je trouve », explique Maxime Couillard, 17 ans, du cégep de Terrebonne. « J'aime mieux la musique en anglais parce que je ne comprends pas les paroles. En français, les textes n'ont pas toujours beaucoup d'allure », ajoute son ami Paige Ouellet.

J’espère que Ferrat était déjà mort quand ces lumineux points de vue sont apparus sur le site de La Presse au matin du 13 mars. Ce qui lui restait de moral n'aurait pas résisté en apprenant que, dans les cégeps du Québec, les textes ont beaucoup plus d’allure quand on ne les comprend pas.

mars 10, 2010

La Grande vague est passée tout droit!

Depuis le début de février, Bibliothèque et Archives nationales du Québec expose La grande vague ou La mémoire de l'eau salée à son Centre d’archives de la rue Viger. Le communiqué précise que cette œuvre de deux mètres sur dix mètres est composée de 400 livres scellés célébrant autant de familles pionnières venues de France et qu’elle a été conçue par Marc Lincourt (artiste originaire de Terrebonne mais vivant en France) à l'occasion du 400e anniversaire de Québec.

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(Photo Barbara Laborde tirée de la revue L'Action nationale)

J’ai vu cette œuvre vendredi dernier : c’est à la fois sobre et impressionnant. Les livres ne sont pas arrangés par ordre alphabétique et les noms de familles sont écrits de telle façon qu’ils sont parfois difficiles à déchiffrer lorsqu’ils se trouvent dans les rangées du centre. J’ai été chanceux de trouver rapidement celui de la famille Miville.

L’œuvre est accompagnée d’un petit livre joliment illustré (La grande vague ou La mémoire de l'eau salée, Paris, Talmart, 2008) où l’auteur explique sa démarche. Son texte est précédé d’une introduction du géographe Henri Dorion et suivi d’un commentaire de Renée Viau. Comme on l’écrit sur la quatrième de cette plaquette imprimée en avril 2008, la sculpture « voyagera de Brouage, où elle a été construiite, jusqu’aux rives du Saint-Laurent »; l’itinéraire est tracé : «Brouage – Paris –Tourouvre - Honfleur- Québec – Sept-Îles – Montréal – Ottawa».

Québec? « Il est tout naturel que le Centre d'archives de Montréal accueille cette œuvre spectaculaire, inspirée par l'histoire, la mémoire et la recherche des racines », a souligné Guy Berthiaume, président-directeur général de BANQ, dans le communiqué émis pour lancer l’exposition. Il aurait été encore plus naturel qu’on puisse la voir à Québec mais la Grande vague est passée directement à Montréal sans jamais faire escale dans la capitale quadricentenaire, malgré la participation de la Société du 400e à ce projet et les démarches de l’artiste qui demandait 75 000 $ dollars pour l’ensemble des frais de transport et d’installation. La facture a ensuite été réduite à 30 000 $ et Montréal l’a eue pour 20 000 $. « Trop cher », dit-on à la mairie de Québec. Disons surtout trop peu d’intérêt (voir ma note du 25 septembre 2008, http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2008/09/pas_de_vague.php), à la ville et à la Société du 400e, comme pour tout ce qui ne swignait pas suffisamment.

Au-delà de l’aspect monétaire, une autre question se pose : si Bibliothèque et Archives nationales du Québec avait le budget pour cette opération, pourquoi la Grande vague n’est-elle pas exposée au Centre d’archives de Québec qui serait toujours le « siège social » des Archives nationales, même après la fusion avec la Grande Bibliothèque, selon l’ex-PDG de BANQ ? La direction des Archives nationales « n’a pas bougé de Québec », m’écrivait-elle dans une diatribe (Le Soleil, 26 décembre 2007). Son institution a raté une belle occasion de démontrer que ce n’est pas une illusion.

janvier 31, 2010

Les deux mains sur les rênes

Je ne suis pas monarchiste et je me passerais bien d’un lieutenant-gouverneur mais son abolition requiert un amendement constitutionnel qui aurait l’appui de tous les parlements du Canada, y compris les deux chambres du Parlement fédéral. Ou un OUI clairement majoritaire dans un référendum sur la souveraineté. Alors… En attendant la première éventualité, comme disent les assureurs, il faut vivre avec.

« L'Assemblée nationale et le lieutenant-gouverneur constituent le Parlement du Québec » : c’est l’article 2 de la Loi sur l’Assemblée nationale et le début des problèmes pour les technocrates qui veulent faire entrer ces institutions dans leurs cases comptables. Il fut un temps où l’Assemblée nationale se retrouvait dans la liste des « organismes du gouvernement », une parfaite aberration qu’elle a réussi à corriger, de longue lutte, il y a plus de 25 ans, au nom d’une saine conception du partage des pouvoirs et de l’autonomie du parlement par rapport au gouvernement. C’est donc avec une certaine surprise qu’on voit maintenant des membres de l’Assemblée nationale appliquer le même statut au lieutenant-gouverneur. Surtout que l’Assemblée, elle, s’autogère sans contrôle externe depuis 1982 et n’a plus d’étude de crédits depuis une dizaine d’années. De plus, toujours au nom de l’autonomie du Parlement, elle s’est assuré un statut particulier en matière d’accès à l’information et une longue guérilla contre les médias a permis de mettre les dépenses des députés à l’abri. Faut-il rappeler aussi, comme le lieutenant-gouverneur le précisait lui-même le 30 octobre 2008, que le budget vice-royal est inférieur à celui du whip de l'opposition officielle ?

Lorsque le législateur dit que « l'Assemblée a un pouvoir de surveillance sur tout acte du gouvernement, de ses ministères et de ses organismes » (LAN, art. 4), il ne laisse planer aucun doute sur la nature des organismes qu’il vise : ce sont ceux qui relèvent du gouvernement et on y reconnaît difficilement le lieutenant-gouverneur qui représente constitutionnellement le chef de l’État. Et lorsque le législateur précise plus loin que le secrétaire général de l’Assemblée nationale fournit des copies imprimées des lois « au lieutenant-gouverneur, aux ministères et aux organismes publics visés dans l'article 66 », il est clair que le représentant de la reine n’est pas dans la même catégorie que la Société nationale du cheval de course.

C’est la Loi sur l’administration publique, et non la Loi sur l’Assemblée nationale, qui prévoit que « chaque ministre dépose à l'Assemblée nationale le rapport annuel de gestion de son ministère ainsi que celui des organismes et des unités administratives relevant de sa responsabilité ». La loi prévoit ensuite que « la commission parlementaire compétente de l'Assemblée nationale doit entendre au moins une fois tous les quatre ans le ministre, si celui-ci le juge opportun, et, selon le cas, le sous-ministre ou le dirigeant d'organisme afin de discuter de leur gestion administrative ».

Le lieutenant-gouverneur est-il un organisme « relevant de [la] responsabilité » d’un ministre ? Fait-il partie de « l'Administration gouvernementale » définie à l’article 3 de la Loi sur l’administration publique? Cette loi respecte l’autonomie de l'Assemblée nationale, qui lui est assujettie « dans la mesure prévue par une loi » (art. 4), mais ne prévoit rien de semblable pour le lieutenant-gouverneur, l’autre partie du Parlement. Pourtant, les deux institutions ont des crédits qui figurent au budget et des employés nommés suivant la Loi sur la fonction publique, deux critères qui définissent les organismes dans la Loi sur l'administration publique.

La question est loin d’être claire, d’où le projet de loi dont le lieutenant-gouverneur a pris l’initiative pour préciser les modes de contrôle qui devraient lui être applicables. Reconnaissons qu’il ne s’enfarge pas trop dans les prérogatives royales.

En pratique, et en dépit de ce qui précède, les dépenses du lieutenant-gouverneur ont été soumises au contrôle parlementaire depuis des temps immémoriaux, sans que personne ne s’émeuve de voir les crédits vice-royaux scrutés par la « chambre basse ». En remontant seulement au début de ce siècle, on peut constater que les dépenses du « Bureau du lieutenant-gouverneur » ont été soumises à l’attention de la Commission des institutions lors de l'étude des crédits du Conseil exécutif chaque année pendant le règne de madame Thibault. « Étude », il faut le dire vite, car la seule substance apparaissant au Journal des débats (jusqu’à ce que la presse fasse éclater « l’affaire ») se résume a peu près ainsi :

« Le président : … Est-ce que le programme 1, Bureau du lieutenant-gouverneur, est adopté?
Des voix : Adopté.
Une voix : Sur division. »

On aura noté qu’il s’agit des crédits du « Bureau du lieutenant-gouverneur » et non du lieutenant-gouverneur lui-même, personnage nommé et payé par une autre administration. Le représentant de la reine ne s’est évidemment jamais présenté devant les parlementaires pour cet examen annuel. Les premiers ministres l’ont représenté, selon une tradition le premier ministre actuel a justement expliquée le 27 avril dernier :

« M. le Président, c'est une tradition, c'est dans nos coutumes des crédits, l'occasion pour nous de rendre compte des crédits dont je suis directement responsable, évidemment ceux du Conseil exécutif, ceux qui relèvent du bureau du lieutenant-gouverneur. Plus tard dans la semaine, j'aurai l'occasion de revenir devant vous ― je crois que c'est mercredi ― pour rendre compte des crédits du Secrétariat à la jeunesse, dont je suis également responsable. »

L’Opposition peut tirer sans réserve ni danger sur ce représentant royal nommé par le fédéral dont 90 % des Québécois souhaitent la disparition. Pour ce qui est du premier ministre, on s’attendrait à ce qu’il se garde une petite gêne avant de demander au lieutenant-gouverneur de parader personnellement devant les députés. Nommé par le lieutenant-gouverneur (qui ne fait bien sûr que reconnaître le verdict populaire), le premier ministre est juridiquement le premier conseiller du représentant de la Couronne et c’est à lui (et à ses prédécesseurs) qu’il appartenait de défendre les crédits du « Bureau du lieutenant-gouverneur », en s’assurant au préalable qu’ils étaient défendables.

Pour l’avenir, la proposition du lieutenant-gouverneur (être autonome dans l'exercice de ses fonctions, au même titre que le Vérificateur général, le Protecteur du citoyen et les autres personnes désignées par l'Assemblée, et rendre compte de sa gestion annuellement par le dépôt d'un rapport à l'Assemblée) clarifierait la situation et constituerait un net progrès sur le mode de contrôle traditionnel qui permettait néanmoins aux services du premier ministre de tamiser les dépenses du lieutenant-gouverneur et aux parlementaires, ministériels et oppositionnistes, de poser des questions. Ce ne fut pas le cas et, les responsables du « char de l’État » n’ayant pas gardé les deux mains sur les rênes, le lieutenant-gouverneur a roulé sans freins, la bride sur le cou, pendant une dizaine d’années.

Ceci expliquant peut-être cela.

janvier 22, 2010

Grosse fête !

Le Jour du drapeau s‘est encore passé dans l’indifférence quasi complète : aucune publicité gouvernementale, aucun texte dans mes quatre quotidiens habituels, sauf dans le Journal de Québec qui avait un minuscule article et une mention dans ses éphémérides. Je présume que la Gazette s’est aussi abstenue.

Le ministère de la Justice (et non la ministre) a émis un très bref communiqué à 11 h 20 le Jour du drapeau, communiqué parfaitement inefficace car les citoyens ne sont pas abonnés à Telbec et ce n’est plus matière à nouvelle le lendemain de la « fête » s’il n'y a aucune activité pertinente du côté du premier ministre ou de l'Opposition. Il faudrait dire à la ministre qu'il n'y a plus de journaux du soir.

Le texte du communiqué est plutôt désincarné. Après le paragraphe historique obligé, il contient un commentaire général sur l'importance d'un drapeau pour une nation (sans préciser laquelle), mentionne que le drapeau du Québec arboré devant les édifices gouvernementaux « répond à un besoin de traçabilité des services » (Ô technocratie ! On se croirait dans le dossier des OGM !) et tient à préciser que la Loi sur le drapeau relève de sa responsabilité...

Le communiqué est quand même en avance de deux heures sur celui de l'an dernier qui était sorti en début d’après midi (13 h 44). À ce rythme, dans une douzaine d'années, les citoyens seront informés AVANT le Jour du drapeau (comme c'était le cas il y a quelques années), ce qui donnerait une certaine utilité au communiqué ministériel.

janvier 06, 2010

Recyclage 101

Biscuits Leclerc vient d’investir près de deux millions de dollars dans un nouveau procédé industriel afin de supprimer le plastique multicouches dans ses emballages de biscuits. Les nouvelles boîtes de carton de Leclerc contiennent 50 % de matières recyclées et sont elle-même recyclables.

Les industriels n’ont pas tous la main aussi heureuse. Le café Nabob, qui se targue de donner dans le développement durable, a aussi une nouvelle boite dont les parois sont faites à 100% de matières recyclées et qui est recyclable « si les installations adéquates existent », ce qui n’est pas évident car le fond est en métal, les côtés en carton et le couvercle en plastique. L'art de compliquer le recyclage.

Mais il y a pire. Après avoir désossé un poulet la semaine dernière, je me suis retrouvé avec un contenant en plastique dont le dessous est codé 5 et le dessus, codé 6, le premier recyclable à Québec, l’autre pas.

Il n’y a pas seulement les ours blancs qui ont besoin d’aide.

décembre 31, 2009

L'épidémie

Quelques jours avant Noël, la presse s’est émue du nombre important de députés ayant mis fin hâtivement à leur mandat depuis 2004. C’est le Journal de Québec qui a attaché le grelot (J.-Jacques Samson, « Les déserteurs », 16 décembre, p. 19), suivi du Devoir (Antoine Robitaille, « Chers, chers, les députés démissionnaires », 19 décembre, p. 6). L’affaire a fait long feu, compte tenu de la trêve des Fêtes, mais aussi de l’absence de participation des parlementaires, partis en vacances et sûrement peu enclins à alimenter un débat qui les concerne tous, tous partis confondus.

Vingt-deux parlementaires ont démissionné de 2004 à 2009, soit près de 4 par année. De la Confédération à la fin des années 1970, le Parlement a perdu en moyenne 3 députés par année. Cette moyenne est passée à 3,2 depuis 1980 et à 3,4 depuis 2000. La hausse n’est pas vraiment énorme, d’autant plus que le nombre de sièges est passé de 65 à 125 pendant cette période.

Départs volontaires et involontaires

Un examen plus approfondi des statistiques ouvre cependant d’autres perspectives. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, plusieurs députés ont plié bagages lorsque leur élection a été annulée. Par ailleurs, entre 1890 et 1960, il mourrait en moyenne un député par année. Avec le temps, ces deux formes de départs involontaires se sont raréfiées : les élections annulées se comptent presque sur les doigts de la main depuis un siècle, seulement six députés sont morts en fonction depuis 30 ans et le Parlement n’a vécu aucune de ces deux situations malheureuses depuis 2000. Parallèlement, le nombre de départs volontaires (démission ou nomination à un poste incompatible) a augmenté, au fil des ans, passant de 1,7 par année, en moyenne, de 1867 à la fin des années 1970, à 2,9 depuis 1980 et 3,4 depuis 2000. En conséquence, alors que les départs étaient volontaires dans 57 % des cas de 1867 à la fin des années 1970, cette proportion est passée à 93 % depuis 1980 et à 100 % depuis 2000.

En bref, les élections sont mieux tenues, les députés se portent mieux, des règles administratives plus justes restreignent les nominations partisanes (à la magistrature par exemple) et il ne reste plus qu’une façon de quitter le Parlement avant la fin du mandat : démissionner, ce qui s’est produit 34 fois depuis 2000 (ce qui n’exclut pas la possibilité de voir les démissionnaires nommés quelque part dans les semaines ou les mois suivants).

Une analyse plus pointue révèle un autre phénomène qui contribue à justifier les réactions des médias: 14 des 22 derniers démissionnaires ont quitté moins de 24 mois après l’élection générale et 7 ont posé ce geste dans les 12 mois suivant le scrutin (sans compter le dernier démissionnaire qui a quitté après un an et 6 jours). Le phénomène n’est pas sans précédent. On a vu, par exemple, 6 départs volontaires dans les 12 mois suivant l’élection de 1881 mais ces départs hâtifs se sont raréfiés par la suite et on n’en comptait que 7 dans toute la seconde moitié du siècle dernier.

L’allocation de transition

Associer la prolifération des démissions après 1980 avec l’apparition de l’allocation de transition accordée indistinctement aux vaincus et aux démissionnaires depuis 1983 serait sûrement un raccourci dangereux. Il demeure que le total des démissions depuis 1980 est à peu près trois fois ce qu’il était dans les 30 années précédentes.

A l'époque où la Loi sur les conditions de travail et le régime de pension des députés (1982) a été adoptée, c’est la générosité du régime de retraite qui faisait problème. Un député pouvait toucher une retraite à vie après quelques années de service, quel que soit son âge. Par ailleurs, l’indemnité était inférieure au salaire d‘un agent de recherche. Il fut donc convenu d’augmenter l’indemnité et de rétreindre l’accès à la pension (en suggérant que le coût de l’opération serait nul...), tout en créant une « allocation de transition » pour aider ceux qui n'était pas admissible à la pension à se « revirer de bord ».

Depuis janvier 1983, un député qui démissionne comme membre de l'Assemblée, est défait lors d'une élection ou termine un mandat à ce titre sans être candidat à l'élection qui suit a droit à une allocation de transition égale à deux fois son traitement mensuel pour chaque année complète pendant laquelle il a été membre de l'Assemblée. L'allocation ne peut être inférieure à quatre fois le traitement mensuel ni supérieure à douze fois le traitement mensuel.

A-t-on pensé que ce parachute aurait des effets pervers ? Il faudrait relire les débats pour s’en assurer mais c’était une époque où les démissions étaient assez rares et les nominations partisanes, en voie de disparition. La moyenne annuelle des départs volontaires de 1867 à 1980 (1,7) cache d’ailleurs un creux significatif dans les années 1950-1979 (1,2 départ volontaire par an). Pouvait-on prévoir que cette moyenne rebondirait pour tripler au cours des 30 années suivantes (3,4 départs depuis 2000)?

***

Trente ans après sa création, une réflexion s’impose sur l’allocation de transition, son universalité et ses autres modalités d’application. Plusieurs s’interrogent avec raison sur la pertinence de verser une allocation de transition à un député qui retourne à son emploi antérieur, obtient un mandat électif à un autre niveau (municipal ou fédéral) ou est admissible à la retraite.

Cette réflexion devrait s’accompagner d’un retour à la transparence sur l’ensemble des conditions de travail des parlementaires. Les Comptes publics fournissaient autrefois des données nominales sur les indemnités, les allocations et même les prestations de retraite. On n’y trouve presque plus rien depuis qu’il existe une Loi d’accès à l’information

(Note: Les données ont été compilées à partir de la chronologie du site de l’Assemblée nationale (http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/chronologie/index.html). La rédaction de cette chronologie s’étant étendue sur plusieurs années, il est possible qu’on y trouve une certaine inconstance dans la formulation des entrées. Les démissions causées par l’abolition du double mandat (1874), l’accession au cabinet (réélection obligatoire avant 1927) et l’élection dans deux circonscriptions (permise avant 1952) n’ont pas été prises en compte.)

décembre 27, 2009

Liquidation de fin d’année

Encore une fois, il faut vider le panier qui déborde…

Une décennie extraordinaire : elle se serait écoulée en 9 ans seulement !

C'est reparti ! Après avoir essayé de liquider hâtivement le XXe siècle, voilà que Le Soleil a décidé que « la première décennie du nouveau millénaire » était terminée.

Si le siècle et le millénaire ont débuté le 1er janvier 2001, envers et contre tous les murmures marchands, la première décennie ne se terminera bel et bien qu'à la fin de 2010. Recalculons : la première année de la décennie, du siècle et du millénaire s’est écoulée de janvier à décembre 2001, la deuxième, de janvier à décembre 2002, etc. Inutile de continuer. C’est comme le compte de 10 à la boxe : l’arbitre ne commence pas à compter à zéro.

Le 10 de l'arbitre fait partie de la dizaine, tout comme 1920 fait partie des années dix, 1930, des années 1920, et ainsi de suite. Pas facile à comprendre pour ceux qui se fient aux apparences. Les médias devraient aller au-delà des mirages.

Feu la façade

La ministre a fait son baroud d’honneur, le promoteur s’en tire, évidemment, la ville aussi (elle a accordé un permis sans prendre soin de la faire endosser par le ministère). Saint Vincent-de-Paul est le seul perdant mais il a connu de bien pires misères.

En février dernier, j’écrivais ce qui suit au sujet de la façade (et je me cite, une fois n’est pas coutume) : « On peut gager tout de suite que ce sera plus cher que prévu, plus difficile (on parle déjà de pierres qui s’effritent), plus long aussi, et qu’il faudra demander de l’aide publique ? Sans compter que ce sera au moins assez long pour que tout le monde oublie ça ? ».

On n’a même pas pris le temps de se faire oublier : la façade ne sera plus qu’un souvenir, et son mini-portail, un rappel insignifiant, dont on pourrait bien se passer. Mais, puisque l’hôtel n’a pas encore officiellement de nom, pourquoi ne pas lui donner celui de Saint-Vincent? Ce serait la moindre des choses. Et, ô bonheur !, ça ce dit pareil en anglais !

Une série sur Raymond Malenfant

Le Soleil du 2 décembre nous apprenait que Séries+ présentera une minisérie de fiction sur la vie de l’homme d’affaires Raymond Malenfant à l’hiver 2011. L’œuvre comptera quatre épisodes d’une heure et rappellera sa bataille épique avec les syndiqués du Manoir Richelieu.

Et dire qu’on attend toujours la série que plusieurs équipes ont essayé de faire financer depuis 25 ans sur Papineau.

Des bienfaiteurs de l’humanité

Aux États-Unis, le Sénat et la Chambre des représentants travaillent sur d’importants projets de loi concernant la santé. La réforme Obama, bien sûr, mais aussi deux petits projets de loi qui pourraient procurer un bienfait pour l’humanité.

La Chambre des représentants a adopté par acclamation un projet de loi ordonnant aux chaînes de télévision américaines de baisser le volume des publicités. Un projet similaire portant le nom de CALM (Commercial Advertisement Loudness Mitigation Act of 2009) a été déposé au Sénat.

Le projet de loi charge la Commission fédérale des communications (FCC) d'appliquer les nouvelles règles. En juin, la même FCC expliquait que la notion de volume élevé était subjective et que « le contrôle manuel du volume avec la télécommande reste le moyen le plus simple pour réduire les volumes sonores excessifs »…

On n’y aurait pas pensé....

Vivons heureux, vivons cachés ?

La nouvelle est passée en douce, seul le Journal de Québec en a parlé le 4 décembre. Les 13 administrateurs de la Société du 400e anniversaire de Québec ont plié bagage et Québec les a remplacés par trois hauts fonctionnaires.

Il ne resterait que quelques « modalités administratives » à compléter. Un rapport et un bilan financier, peut-être ? Le c.a. n’a pas réussi à les produire 14 mois après la fin des activités (octobre 2008). Il ne sera pas là pour la distribution des surplus ni pour expliquer comment il a détourné le sens de cet anniversaire.

Au chapitre de la discrétion, il faut citer aussi le Festival d’été de Québec qui a réussi à conclure et annoncer un traité de paix avec les FrancoFolies de Montréal sans en révéler le moindre élément de contenu. Il y a pourtant quelques dollars publics en jeu, là aussi.

Le sens des mots

On se rappellera que, l’hiver dernier, un député avait qualifié de « colonisés » les opposants à la reconstitution de la bataille du 13 septembre. Un lecteur du Devoir s’était chargé de lui rappeler le sens de ce mot : « le colonisé, c'est l'Irlandais ou l'Écossais qui se réjouissait de la domination britannique, l'Algérien qui se réjouissait de la domination française, le Sud-Américain qui se réjouissait de la domination espagnole et l'adéquiste qui se réjouit à l'idée d'être invité à fêter la conquête ». Bref, s'il y avait des « colonisés » dans ce débat, ils étaient dans l'autre camp, le sien.

Le député, dont on taira le nom (et qui s’est tu, d’ailleurs, après cette sortie), n’est pas le seul à éprouver de la difficulté avec le vocabulaire de la période coloniale. « Nous n’avons pas la prétention de dire qu’on va agir comme des colonisateurs, comme j’ai cru entendre », a déclaré récemment le dg du Festival d’été de Québec en expliquant sa position dans le dossier de New Richmond.

« Agir en colonisateur » serait devenu un idéal auquel on peut prétendre?

décembre 10, 2009

La relâche parlementaire

C’était cette semaine la fête de l’Immaculée conception (8 décembre), une journée chômée, autrefois, par les parlementaires. Cette tradition s’est rompue en 1966 mais, 33 ans plus tard, en vertu du calendrier établi dans la dernière vague de réformes, c’est toute la semaine que le parlement est resté silencieux.

Si elle n’a pas l’ampleur de celle de 1984, la réforme parlementaire de 2009 n’amène pas moins plusieurs changements importants, au-delà des innovations technologiques (pétitions sur support électronique, lancées et signées à partir du site Internet de l’Assemblée, audition publique par la technologie de la visioconférence, consultations en ligne, commentaires par Internet sur tout projet de loi ou mandat réalisé par une commission, etc.) qui occupent le premier rang des faits saillants. On note en particulier que, désormais,
• l’élection du président de l’Assemblée se fera au scrutin secret ;
• les circonstances pouvant mettre en cause la confiance de l’Assemblée nationale envers le gouvernement sont clairement définies (une idée qui mijote depuis 1984…) ;
• le gouvernement est obligé de répondre aux pétitions déposées ;
• les commissions parlementaires peuvent siéger à l’extérieur plus facilement ;
• le nombre de commissions pouvant siéger simultanément passe de trois à quatre, lorsque l’Assemblée tient séance, et de quatre à cinq, lorsque l’Assemblée ne siège pas ;
• les personnes nommées par l’Assemblée nationale sur proposition du premier ministre pourront être entendues avant leur nomination par la Commission de l’Assemblée nationale.

De plus, en vertu du nouveau calendrier parlementaire, les travaux parlementaires seront étalés sur une plus longue période, soit dix-huit semaines à compter du deuxième mardi de février, puis douze semaines à compter du troisième mardi de septembre. Les travaux commencent donc désormais un mois plus tôt à l’hiver et à l’automne ; ils se terminent cependant un peu plus tôt en juin et en décembre. La session s’étendra donc chaque année sur 30 semaines au lieu de 24, un changement notable qui permettra à l’Assemblée d’être présente dans les grands débats de société sur une plus longue portion de l’année.

La particularité de ce calendrier est que la Chambre ne siégera pas pendant toute la session. Au début de chacune des périodes de travaux, on fixera des « semaines de travail en circonscription » au cours desquelles ni l’Assemblée ni les commissions ne pourront se réunir, ce qui permettra aux députés de passer plus de temps dans leur circonscription (http://www.assnat.qc.ca/fra/Assemblee/calendrierdetail.pdf).

Compte tenu de ces semaines de « relâche parlementaire », on ne siégera vraiment que pendant 26 semaines, soit 2 de plus qu’avant. Et, comme la durée des travaux intensifs en fin de session (la Chambre siège alors 4 jours par semaine) est réduite à deux semaines au printemps et à l’automne, le nombre de séances passera en réalité de 79 (compte tenu de la semaine après Pâques, où l’Assemblée suspendait déjà ses travaux) à 82, ce qui relativise aussi l’idée que « cette formule accroîtra le contrôle parlementaire en permettant un plus grand nombre de périodes de questions »…

Si on comprend aisément l’idée et la pertinence des « semaines de travail en circonscription » PENDANT la session, ce qui permettra aux députés d’aller prendre le pouls du comté et de souffler un peu, il est plus difficile de saisir la nature exacte de la « semaine de travail en circonscription » qu’on a placée APRÈS l’ajournement du 4 décembre, soit dans la semaine du 7 décembre. Quelle est la différence entre cette semaine et les suivantes, jusqu’à la reprise des travaux le 9 février ? Ce ne sont évidemment pas toutes des semaines de vacances, mais où le député travaillera-t-il alors, s’il n’est pas à Québec ou dans sa circonscription ?

Aussi bien expliquer le dogme de l’Immaculée conception?

décembre 06, 2009

Un œil au beurre noir pour la démocratie

Dans le but fort louable, en théorie, « de permettre aux régions en décroissance de préserver leur nombre actuel de circonscriptions », et de maintenir ainsi leur poids politique, le gouvernement du Québec propose un projet de loi qui fixe un nombre minimal de circonscriptions par région (ce qui préserve les 125 actuelles) tout en permettant au Directeur général des élections d’augmenter le nombre de circonscriptions dans les régions en croissance démographique en fonction de « nouveaux critères » inscrits dans la loi.

La carte qui résulterait de cette opération serait évidemment très différente de celle que le Directeur général des élections avait élaborée en 2008 et qui entrainait la disparition de trois circonscriptions – Gaspé, Beauce-Nord et Kamouraska-Témiscouata (circonscription du ministre Béchard) – et la création de trois nouvelles dans les couronnes nord et sud de Montréal (là où la population a augmenté), pour un total inchangé de 125, le maximum prescrit par la Loi électorale actuelle.

Le dépôt de ce projet de loi a suscité de vives réactions chez les partis d’opposition qui ont accusé le ministre de «jeter à la poubelle» le travail du DGEQ, de jouer les matamores, de travailler en catimini, d’enrober cette pilule amère dans le dossier du financement électoral, de sauver son siège, etc.

La seule chose qu’on n’a pas entendu, encore, c’est une objection de principe au nom de la démocratie. Il est aussi étonnant de ne pas entendre le lobby qui défend l’idée de représentation proportionnelle au nom de grands principes démocratiques, au moment où le gouvernement ajoute une nouvelle exception (le Nunavik), découpé en définitive sur une base ethnique.

Car ce n’est pas seulement le travail du Directeur général des élections qu’on jette à la poubelle mais bien aussi le principe qui guide la confection de la carte électorale depuis les années 1970. Il faut se rappeler à quel point le découpage des circonscriptions était inéquitable antérieurement. En 1962, la région métropolitaine comptait plus de 37 pour cent de la population, mais n'avait que 16,8 pour cent des sièges à l'Assemblée. La circonscription de Laval avait près de 135 000 électeurs, contre 5600 aux Îles-de-la-Madeleine. Malgré quelques aménagements dans les années 1960, la carte électorale demeurait fortement inégalitaire. En 1970, l'Assemblée abolit le privilège qui permettait aux députés des douze «comtés protégés» par la Constitution de 1867 de bloquer tout changement de leurs limites. Ensuite, une commission indépendante a préparé une carte électorale sur la base du principe que les circonscriptions devaient avoir, en moyenne, 34 000 électeurs, tout en acceptant des écarts de 25 pour cent en plus ou en moins.

C’est pour corriger les inégalités et enlever aux politiciens la possibilité de manipuler la carte à des fins partisanes que le découpage se fait depuis plus de 30 ans en fonction de principes clairs par un organisme indépendant dont les membres sont nommés sur proposition du premier ministre approuvée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

Depuis déjà plusieurs années, le processus grince parce que la Commission de la représentation électorale applique la Loi électorale en fonction de l’évolution démographique du Québec tandis que certains députés voudraient qu’elle ignore la réalité. Au fil des ans, en plus des exceptions officielles (Ïles-de-la-Madeleine et Ungava), on a toléré des « exceptions » ponctuelles, c’est-à-dire des écarts qui dépassent largement la norme de 25%. Mais le point de rupture semble atteint : ou bien on applique la loi et des circonscriptions rurales disparaissent, ou bien on change la loi au mépris des principes démocratiques.

Le gouvernement a choisi la seconde option. Peut-être croit-il gagner des points en région (surtout si l’opposition prennait le parti de défendre une loi qui orne le bilan du gouvernement Lévesque, ce qui n’est pas sûr…) mais il s'engage dans une mauvaise voie. A quoi sert en effet de geler la représentation de l’est du Québec si on ajoute ensuite une dizaine de députés dans la région de Montréal? Le poids de l’est ne sera pas plus imposant. Actuellement, 8 députés représentent le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine. Que leur nombre passe à 7 ou à 9 changerait-il vraiment quelque chose dans l’évolution socio-économique de cette partie du Québec? J’ai beaucoup de respect pour le travail réalisé par les députés mais ce sont des agents de développement bien modestes. Si l’État ne veut ou ne peut rien faire pour inverser sensiblement le courant de l’évolution démographique, ce ne sont pas les députés qui y parviendront.

Des régions rurales ont souvent été surreprésentées au Parlement dans le passé. Au milieu du XIXe siècle, des parlementaires de la Côte-du-Sud détenaient la moitié des portefeuilles dans le cabinet Taché-MacDonald (Étienne-Pascal Taché, Jean-Charles Chapais et Hector-Louis Langevin). Un siècle plus tard, les députés de Bellechasse, Montmagny et L’Islet étaient tous trois dans le cabinet Johnson. Cela n’a pas empêché la région de perdre du poids démographiquement.

Si le gouvernement veut empêcher qu’on se retrouve tous en périphérie de Montréal dans quelque temps, il doit y penser tous les jours et, à défaut d’influencer efficacement l’évolution socio-économique des régions périphériques, saisir toutes les occasions qui se présentent pour favoriser une meilleure répartition de la population sur le territoire, à commencer par les gestes qu’il pose dans sa propre administration publique et l’importance qu’il accorde à sa propre capitale. La solution n’est pas de travestir la carte électorale en programme de développement régional!

On a invoqué les difficultés que posent de grandes circonscriptions rurales aux députés qui les représentent, la charge de travail, les distances à parcourir, etc. Ces difficultés sont réelles mais il existe des moyens pour les atténuer. Les allocations mises à la disposition des parlementaires sont déjà modulées selon les circonscriptions et on pourrait probablement trouver autre chose, avant de mettre la démocratie en veilleuse. Ce serait d’ailleurs une belle occasion de revoir certaines de nos « traditions parlementaires » : le député doit-il assister à toutes les funérailles et les expositions de fermières du comté?

Personne encore n’a parlé du coût de cette initiative, au moment où le déficit budgétaire imposera des sacrifices sans précédents. Un député coûte entre 350 000 et 950 000$ par année, selon qu’on calcule les coûts directs (indemnités, allocations, remboursements, etc. payés directement aux députés) ou qu’on divise simplement les dépenses de l’Assemblée nationale par 125. Il faudra bien ajouter des bureaux, des pupitres, voir aggrandir la salle des séances. Réglons pour un demi-million, probablement 10 fois, car il faudra plusieurs nouvelles circonscriptions pour faire en sorte que la moyenne d’électeurs par circonscription dans la région de Montréal ne s’éloigne pas trop de celle de la Gaspésie (sinon le gouvernement pourrait se retrouver devant les tribunaux). La somme n’est pas considérable, presque insignifiante à l’échelle du budget du Québec, mais, si c’est le cas, pourquoi pas 5 000 000$ aussi pour les aidants naturels, l’aide aux devoirs, les centres d’archives régionaux, la protection de la jeunesse, etc.?

Que retiendront les citoyens de cette initiative? Que l’objectif de la mesure est d’alléger le travail de deux ou trois députés, tout en accumulant du capital politique dans autant de régions périphériques et que ceux qui ont adopté cette mesure en sont aussi les bénéficiaires? Ils font pourtant partie d’une institution dont le « fonds de commerce » est la démocratie?

décembre 01, 2009

« E bilingouale titeule? Ouaille? »

La plus importante exposition organisée par la Société du 400e anniversaire de Québec, berceau de l'Amérique française, s'intitulait Passagers/Passengers, titre bilingue imposé par le gouvernement fédéral, commanditaire principal de l'événement.

Le 250e anniversaire de la bataille des Plaines nous a valu une exposition du Musée des beaux-arts du Québec, La prise de Québec/The Taking of Québec, plus modeste mais bilingual as usual, le partenaire étant la Commission des champs de bataille nationaux.

Et voilà que, depuis la fin de septembre, toujours au Musée des beaux-arts du Québec, l’exposition Emporte-moi / Sweep me off my feet aborde « la question de la valeur de l’émotion dans l’art contemporain ».

Un partenariat avec le Smithsonian? le British Museum? Patrimoine-Canada? Non, simplement avec le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, en banlieue de Paris.

D'où le bilinguisme du titre, naturellement.

novembre 22, 2009

Québec-sur-divan

Clotaire Rapaille vaut-il le coût? En fait, il ne coûtera pas vraiment cher à Québec. Cet expert international demande normalement 30 000$ pour une causerie de 45 minutes et au moins 125 000$ par consultation. A 100 000$, comme ça semble être le cas pour Québec, c’est comme entrer chez Fauchon et en sortir avec un petit macaron, pour le plaisir de dire qu’on fréquente les grands traiteurs. « Du seul fait que le nom de Québec s'inscrive dans la liste des clients de ce champion planétaire du marketing ne peut que contribuer à notre notoriété », écrit un chroniqueur ce matin. Une sorte de name dropping. D’autres s’achètent des titres de noblesse…

L’entreprise de ce psychiatre, Archetype Discoveries Worldwide, serait « unique ». D’après la présentation qu’on trouve sur son site (http://www.archetypediscoveriesworldwide.com/), ce n’est pas un consultant (!), il ne fait pas de market research, ne rédige pas de rapports et ne facture pas à l’heure ou à la journée. Il fait des « découvertes » et déchiffre des codes. Il offre à des clients la possibilité de se regrouper dans une « Syndicated Discovery » pour un tarif fixe (flat fee) de 135 000$. Par tête? Probablement, ce qui explique la recherche de partenaires à Québec.

Ce qui intrigue dans cette affaire, c’est la contrepartie. Que lui demande-t-on? Lorsqu’une institution publique prévoit dépenser 100 000, on s’attend à ce que le projet soit explicite, exposé publiquement dans une demande de biens et services et justifié par un besoin. De quoi la ville a-t-elle besoin? Pour le moment, on sait que le maire est allergique à l’expression « Vieille capitale ». Le problème est que cette image n’a jamais fait partie des programmes publicitaires. Comment Québec peut-elle se débarrasser de ce surnom qu’on lui a donné au XIXe siècle? Il suffit de le vouloir … pour que ceux qui l’utilisent de façon désobligeante continuent de l’utiliser. Quant aux autres, ils sont peu nombreux à se réveiller la nuit pour le haïr. Avant l’an dernier, personne ne s’en formalisait. La ville de Québec n’a pas été empêchée de se transformer, se développer, s’enrichir, vivre un quasi plein emploi, « retrouver sa fierté » (comme si elle l’avait déjà perdue), s’élire un maire rocker

Clotaire Rapaille aurait pour mission de « saisir l’âme de Québec », de décoder la capitale, tout en changeant son image de marque. Voilà qui pourrait bien s’avérer contradictoire mais cet homme vit assez bien avec le paradoxe. Son prénom est mérovingien et son nom, un pur canadianisme d’une autre époque qui évoque L’Homme rapaillé de Gaston Miron et les Rapaillages du chanoine Groulx. Ceci ne l’empêche pas de se considérer à l’avant-garde et de se projeter dans le futur. Peut-être constatera-t-il que l’âme de Québec est plus proche de ses vieilles pierres, de ses remparts et de son hôtel-château que du Saint-Roch nouvo, et qu’il hésitera à retirer du portfolio de Québec cet édifice qui serait l’un des plus photographiés au monde. Bien mauvaise stratégie de « discarter » son meilleur atout.

Pour justifier l’embauche de cet expert, on a dit qu’il était « éloquent sur Québec » (comme il l’est probablement sur tous ses clients potentiels…). Il préparerait même un livre qui s'intitulerait Le P'tit Bonheur et traiterait de notre spécificité culturelle. Mais que dit-il en fait? Dans Le Devoir, Josée Blanchette (http://www.ledevoir.com/2008/06/13/193754.html) a résumé ainsi sa vision du Québec :

«Vous n'êtes ni américains, ni français, vous êtes québécois! Une culture faible qui se bat et se défend contre ses voisins, c'est un exemple pour le monde entier, s'exclame-t-il. Il existe trois grandes entités culturelles en Amérique du Nord; elles font appel aux trois cerveaux. Les Américains sont reptiliens, mobilisés par le pouvoir, la violence, la survie. Les reptiliens, ce sont les gangsters de Chicago. Puis, vous avez les Anglos-Canadiens, associés au cortical, civilisés, polis, qui s'excusent si on leur rentre dedans. C'est le cortex parental. Enfin, au milieu, le limbique, le Québec. C'est le siège des émotions, le cerveau féminin ».

Voilà qui est bien gentil mais la page d’accueil de son site précise en grosses lettres que « the reptilian always win » !

D’après Justin Boland (http://www.brainsturbator.com/articles/clotaire_rapaille_we_salute_you/), « Rapaille’s greatest success is not any of the work he’s done for major corporations—it’s himself. He is a living brand, and in many ways quite similar to a cult leader ». On ne s’étonnera pas de son pouvoir de séduction auprès des dirigeants d’entreprises : « Rapaille plait à ces hommes d'affaires parce qu'il répond avec une extrême simplicité à leurs plus infantiles besoins d'encouragement, d'autorité et ... d'un vieil oncle français excentrique et pas méchant (He appeals to these executives on the most base level of their most childlike needs for comfort and authority and a sweet, eccentric French uncle)».

Un « king qui parle français »? Accueillons-le sans chauvinisme. Que peut-il nous arriver après le «cube Rubik» de la place de Paris, l’éclairage du pont de Québec et l’aménagement du hall du Centre de la francophonie?

novembre 16, 2009

R.I.P. Falardeau

Dans le Soleil du 12 novembre, Raymond Giroux contribue à donner l’heure juste sur « l’affaire des Plaines » en s’appuyant sur un document de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN), le très officiel Rapport sur le rendement pour la période se terminant le 31 mars 2009. Il faut le féliciter d’avoir gardé l’œil ouvert. Malheureusement, les mises au point, les correctifs et les rétractations attirent rarement les projecteurs.

Le paragraphe qui nous intéresse se lit comme suit :
« …la CCBN avait planifié un projet d'envergure, soit une reconstitution historique des ces batailles qui devait être la plus imposante démonstration du genre au pays et regroupant de 2000 à 3000 reconstituteurs : des passionnés d'histoire qui parcourent le monde pour participer bénévolement à ces évocations d'époque. 100 000 visiteurs étaient aussi attendus pour l'occasion. Toutefois, ce projet a soulevé la controverse au sein de la population et a fait l'objet d'une grande couverture médiatique. Après une période de consultation et d'écoute, la CCBN a été en mesure de mieux cerner la sensibilité des gens face à certains éléments de sa programmation. Elle a donc décidé d'annuler la reconstitution historique et de modifier certaines activités pour offrir une programmation sobre et respectueuse qui rappelle l'importance des événements historiques et les conséquences tragiques du siège de Québec sur sa population civile. La décision d'annuler la reconstitution a également été basée sur le risque de ne pouvoir assurer la sécurité des reconstituteurs et des spectateurs. »

On retiendra que la Commission n’a pas toujours eu le même langage. Aux autorités supérieures, elle met de l’avant SES initiatives alors que, l’hiver dernier, elle ne semblait que prêter ses pelouses pour la réalisation d’une reconstitution par des groupes privés. On sait maintenant que c’est bien un organisme fédéral qui avait organisé le spectacle.

La Commission écrit qu’elle a annulé la reconstitution et modifié « certaines activités pour offrir une programmation sobre et respectueuse », ce qui laisse entendre que ces qualités n’étouffaient le programme initial…

On remarquera enfin que la menace à la sécurité des reconstituteurs et des spectateurs n’est pas présentée comme la principale cause de l’annulation. La Commission semble se repentir mais, avant de donner l’absolution, il faut noter qu’elle invoque l’incompréhension : « Compte tenu du niveau de sensibilité de la population en regard de la Conquête, le type d'activités de commémoration doit être choisi avec grande précaution. Il est nécessaire de présenter l'information s'y rapportant de façon détaillée et claire afin d'éviter toute mauvaise interprétation ». Attendons 2059 : le marketing pourrait s’améliorer!

Il faut lire ce rapport officiel en parallèle avec les propos tenus sur les ondes du FM93 le lendemain. Ayant réussi à mettre la main sur les fameux « messages de menace » qui auraient justifié l’annulation, un journaliste de cette station en a examiné 400 et lu les 20 plus « hots », à son avis, sans réussir à susciter autre chose que des sarcasmes chez l’animateur qui a constaté qu’il n’y avait là aucune menace sérieuse justifiant l'annulation de la reconstitution. Sa conclusion, textuelle : « Aucune menace... Ils les ont inventées...Ni le RRQ, ni Falardeau n’ont menacé » (voir http://www.fm93.com/bouchard-en-par... entre 8h20 et 8h30). R.I.P. Falardeau.

La vérité fait son chemin mais il faudra attendre un bon moment avant d’en savoir plus. L’Histoire pourrait bien confirmer - ce qu’on entend de diverses sources – que de très fortes pressions ont été exercées sur le président de la Commission pour qu’il empêche la tenue du Moulin à paroles, en septembre, ce qu’il a refusé, pour annoncer peu après qu’il quittait ses fonctions. Depuis 1995, le gouvernement féféral ne tolère même pas l'ombre d'une défaite.

octobre 30, 2009

Le fédéral en voie de disparition?

L’éditorialiste en chef de La Presse s’inquiétait récemment de la « disparition du fédéral ». Les partis provinciaux, écrivait-il le 22 octobre, « dénoncent la centralisation fédérale, mais c'est la tendance contraire qui prévaut. Les motions unanimes se succèdent, les concessions fédérales aussi, et les Québécois ont de moins en moins de contacts avec le gouvernement du Canada. Les indépendantistes, en particulier, cherchent à faire disparaître toute trace du fédéral en territoire québécois […] ». Et « les politiciens fédéralistes sont trop couards ou trop malhabiles pour s'interposer efficacement» .

Pourquoi tant d’alarme? Parce que le gouvernement Charest serait « devenu plus gourmand ». Il demande que le fédéral lui cède trois lots situés à l'est de l’Hôtel du Parlement, entre la Fontaine de Tourny et les fortifications, et Ottawa refuse, car ces lots « font partie du Lieu historique national des Fortifications-de-Québec, un site préservé par le gouvernement du Canada ».

L’éditorialiste en chef part sur le mauvais pied. La position du gouvernement du Québec respecte intégralement la motion unanime du 20 mai dernier qui lui demandait de poursuivre les « démarches auprès du gouvernement du Canada afin que l'ensemble des terrains formant la colline Parlementaire, que le gouvernement du Québec loue au gouvernement fédéral depuis 1881, lui soient cédés »; son porte-parole avait alors précisé que la motion concernait « trois lots qui sont de l'autre côté du boulevard Honoré-Mercier et […] un lot, 9 686 mètres carrés, qui se trouvent devant le Parlement ». Pas de surprise, donc, ni gourmandise.

Par ailleurs, l’éditorialiste en chef pourrait bien induire en erreur ses lecteurs qui ne sont pas familiers avec les lieux et qu’il n’aveugle pas de ses lumières. Québec ne réclame pas une partie des fortifications mais une pelouse qui longe ces dernières, une part infime dudit lieu historique et une part infinitésimale des terrains que le fédéral possède dans le Vieux-Québec et les environs. Mieux encore, c’est un terrain que Québec a aménagé à ses frais, dans les années 1880, en aplanissant les glacis, et c’est en vue de faire d’autres travaux d’embellissement qu’il a réclamé, dès 1888, la propriété de cet espace entre Dufferin (aujourd’hui Honoré-Mercier) et les fortifications, et non seulement « du lot se situant juste devant l'Hôtel du Parlement» , comme l’écrit encore erronément l’éditorialiste en chef.

Ce dernier nous sert ensuite le refrain de « l'excellent travail » des fonctionnaires fédéraux. Bien sûr. Les mêmes qui géraient le manège militaire qui a disparu dans un incendie dont les circonstances (gênantes?) semblent bien difficiles à expliquer dans un rapport? Ou ceux qui gèrent les immeubles militaires patrimoniaux de Québec dont on apprenait cette semaine qu’ils sont à près de 50% dans un état médiocre, onze d’entre eux représentant même une menace pour les piétons?

L’entretien des bâtiments que le fédéral tient absolument à garder pour assurer sa présence à Québec lui impose des responsabilités. De son côté, Québec devrait au moins être capable de tondre le gazon.

octobre 29, 2009

Et ce brave Henri IV? (2)

Le changement de nom qu’on a proposé pour l’autoroute Henri-IV suscite des réactions négatives. La Société historique de Charlesbourg s’est prononcée contre par la voix de son président René Cloutier, la Société historique de Québec aussi et d’autres devraient suivre.

Ci-dessous la lettre de monsieur Cloutier.

JOUR DE L’OUBLI

Une lettre circule dans la région de Québec pour demander d’appuyer le changement de nom de l’autoroute Henri-IV en autoroute de la Bravoure. En tant que président de la Société historique de Charlesbourg, j’ai refusé d’appuyer cette démarche en plus de la dénoncer. Il est également préférable d’ignorer le nom du promoteur de cette requête. Il reflète tout au plus l’ignorance qu’il a de notre histoire.

Pour les responsables de la démarche, voilà une malheureuse occasion de démontrer le peu de cas qu’ils font de l’histoire, du devoir qu’ils ont de la respecter, en plus d’abandonner à l’école seule, la responsabilité de l’enseigner. Évidemment c’est une façon facile de se donner des cotes d’écoute sur les ondes et de la popularité sur la scène politique : on est assuré du silence d’Henri IV, mort depuis 400 ans. Quelle bravoure! L’enseignement de l’histoire est l’affaire de tous, de l’école à la famille, des institutions aux médias d’information. Il faut éviter de succomber aux manchettes d’une actualité très passagère. Il doit bien exister des endroits de la région de Québec sans dénomination, que l’on pourrait baptiser comme on le veut, sans effacer une page de notre histoire! S’ils ne vous viennent pas à l’esprit, nous sommes prêts à collaborer pour vous en suggérer.

Par ailleurs qu’a fait Henri IV pour démériter de la sorte et devoir retourner aux limbes de notre mémoire collective? C’est lui qui a permis à Champlain de fonder Québec dont on vient tout juste de célébrer les 400 ans. Veut-on déjà l’oublier? C’est aussi ce roi, symbole de tolérance, qui a refait l’unité de son pays appauvri par des décennies de guerres de religions qui ont empêché la France de développer son territoire d’Amérique depuis le départ de Cartier jusqu’au retour de Champlain. Avec François Ier, Henri IV est probablement le seul monarque français à avoir eu l’intention d’implanter une communauté française viable en Amérique du Nord.

Comme on projette de proposer le nouveau nom de l’autoroute le Jour du Souvenir - ne devrait-on pas plutôt parler de Jour de l’oubli en l’occurrence? - il est urgent que les décideurs réfléchissent à l’erreur qu’ils sont en train de commettre.

Cessons de soumettre l’histoire au service des goûts du jour.

René Cloutier, président de la Société historique de Charlesbourg
20 octobre 2009

octobre 20, 2009

Légende banlieusarde

Travailleuse autonome, madame X utilise Internet depuis qu’il existe. Elle est en communication constante avec plusieurs entreprises et protège évidemment sa connexion sans fil avec un antivirus efficace.

Au printemps 2009, elle constate que son fournisseur de services Internet lui a facturé un supplément parce qu’elle a dépassé le maximum de téléchargement prévu à son contrat. Appel chez le fournisseur au début de mai. Dans une conversation enregistrée (d’après le message téléphonique de l’entreprise), un technicien l’informe sans se faire prier qu’il y a eu des téléchargements énormes dans sa connexion tel et tel jour, entre telle et telle heure. Quelqu’un a réussi à cracker son routeur, à partir de telle date et cette personne se trouvait à 40 ou 50 mètres de son ordinateur. Le technicien ne lui a pas donné l’adresse IP du pirate mais il n’aurait pas été nécessaire de le torturer longtemps pour la connaître.

Non seulement quelqu’un a-t-il utilisé sa connexion pour effectuer d’énormes téléchargements mais il a laissé des traces d’effraction sur son ordinateur sous forme de virus, chevaux de Troie et autres cochonneries, de telle sorte qu’elle doit faire reformater son appareil. Par mesure de précaution, elle s’abonne au service de sécurité du fournisseur et revient à la connexion avec fil. Madame X habite dans «un pavillon de banlieue» depuis une trentaine d’années. Vérification faite dans l’entourage, deux voisins ont été piratés quelques mois plus tôt. Le «problème» est vite cerné.

Plainte à la police en août. En allant aux nouvelles, deux mois plus tard, elle apprend que le dossier a été fermé en septembre. L’enquêteur s’est fait répondre par le fournisseur de services Internet que la plaignante ne se protégeait pas assez et que la présence de virus dans son ordi était la cause des téléchargements massifs!?! Bref, la version informatique de la jupe trop courte.

Si le pirate fait partie de ses abonnés, le fournisseur peut théoriquement mettre fin à ses comportements frauduleux. Si le pirate n’est pas son client, il pourrait porter plainte pour atteinte à son entreprise. En pratique, le fournisseur s’en lave les mains car la fraude touche SEULEMENT ses clients; lui, il encaisse sur tous les plans : facturation des surplus de consommation, abonnement à son service de sécurité, etc.

Moralité : aucune. Le fournisseur de services Internet est une sous-espèce du propriétaire de bordel. Ce qui se passe dans les chambres ne le concerne pas, tant que personne ne brise ses meubles.

octobre 18, 2009

À lire sans rire, sourire ou pleurer

«Du fait que l’accommodement offert est en fait exécuté par la personne en charge de la répartition des dossiers, les évaluateurs et évaluatrices ne sont pas confrontés à un refus de leurs services par le client demandeur d’accommodement.» (http://www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/docs/accommodements_politique_SAAQ_commentaires_Commission.pdf)
• la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse au sujet de la politique que la Société de l’assurance automobile du Québec applique lorsqu’un candidat à l’examen de conduite requiert la présence d’un évaluateur et non d’une évaluatrice; autrement dit, «ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal».

«Nous ne changeons pas notre position. Elle a simplement évolué.» (Soleil, 17 octobre 2009)
• un attaché de presse pour expliquer que le gouvernement du Québec voit d’un bon œil le financement intégral du futur Colisée par des fonds publics alors que le premier ministre, en campagne électorale, et son ministre, en août dernier, considéraient tous deux l'implication du secteur privé comme d'un élément incontournable.

«Les tuyaux n'appartiennent à personne.» (Soleil, 18 octobre 2009)
• un porte-parole de la Ville de Québec, au sujet d'un ancien réseau d'alimentation des réverbères dont les tuyaux ont laissé échapper des gaz toxiques dans le quartier Saint-Sauveur, forçant les citoyens à quitter leurs résidences pendant quelques jours. Probablement des tuyaux sauvages.

«Je pète une coche régulièrement et, si je n’ai pas de raison de la faire, j’en trouve une.» (Journal de Québec, 2 octobre 2009)
• le maire de Québec, sur un aspect de son entrevue dont l'interprétation n'a pas été contestée.

octobre 15, 2009

Dehors les vieux!

Non, ça ne s’adresse pas au président des séances du Conseil municipal, que notre maire a invité à libérer la place (Le Soleil, 30 septembre 2009) parce qu’il est là depuis 16 ans, sans réaliser qu’il en a recruté des plus «vieux» dans son équipe… Il s’agit plutôt du surnom légendaire «Vieille Capitale» que le maire ne trouve pas assez «sexy», et promet de remplacer «par une nouvelle marque de commerce pour mieux vendre la ville de Québec» (Le Soleil, 25 septembre 2009).

Le problème est que les surnoms collent à certaines villes depuis très longtemps sans que les pouvoirs publics en soient responsables (l’expression «Vieille Capitale» n’a jamais été utilisée par l’Office du tourisme et des congrès de la ville), alors que les slogans publicitaires créés de toutes pièces ne durent pas nécessairement. A Paris, on ne sait même pas avec certitude d’où vient le surnom «Ville-Lumière».

«Vieille Capitale» a le mérite de l’originalité, ce qui n’est pas le cas de toutes les «Venise de ci» et les «Perle de ça» qu’on trouve aux quatre coins du monde. Dans le répertoire des surnoms de Wikipedia (une fois n’est pas coutume…), on ne trouve que deux autres «vieilles» soit Toulon, la «vieille militaire», et Bordeaux, la «vieille endormie»! Rien sous «vieux», «old» ou «ancient».

Qui veut-on séduire : des touristes, des immigrants, des Québécois? Les touristes se dirigent naturellement vers le Vieux-Québec (les Vieux Canons et le Vieux-Duluth aussi!) et ce n’est pas l’ancienneté qui les dérange. Au contraire : ils se précipitent sur tous les «vieux quartiers» qu’ils peuvent trouver. Attirer les jeunes familles? Avec un nouveau surnom pour la ville ou un slogan publicitaire? Y a-t-il des exemples de cela quelque part? Ne sommes-nous pas déjà le «Berceau de l’Amérique française»?...

Pour inventer quelque chose de significatif, il faudrait trouver ce qui nous distingue, un produit, un trait de caractère, un aspect géographique… Québec est déjà connue comme le «Gibraltar d’Amérique», c’est quand même mieux que « le Gros village» ou «le Boutt’ de la 20»!

Qu’est-ce qui est distingue Québec depuis quelque temps, sinon son maire? C’est devenu un étalon pour mesurer la qualité des candidats à la mairie, comme dans «Montréal veut un Régis Labeaume». Tablons là-dessus et rebaptisons la ville! Dommage qu’une fin finaude fasse déjà des blagues sur Internet avec son «Monteregis» (http://traceyregina.blogspot.com/). C’eût été un sympathique pied-de-nez aux gens de «Mont-réal»... Mais peut-être un peu «vieux jeu» avec sa référence aux racines latines.

Mieux vaut de l’anglais, avec un accent américain de préférence. Il faut quelque chose qui colle à une ville qui connaît une croissance rapide et soudaine, qui bouge, qui saute et s’éclate.

La «Boom Town»?

octobre 09, 2009

Et le brave Henri IV?

Les partis politiques sont rarement unanimes. Ça leur arrive sur des questions d’une extrême importance, les «intérêts supérieurs de la nation», par exemple. Ou, inversement, quand il est question de peccadilles et de bons sentiments comme «la maternité et la tarte aux pommes». Et surtout s’il n’y a pas (trop) de votes à perdre.

La proposition de changer le nom «autoroute Henri IV» pour «autoroute de la Bravoure» entre dans cette dernière catégorie. Qui donc s’opposera à ce que qu’on souligne «la contribution de ceux et celles qui portent courageusement l’uniforme» ? Au pire, ceux qui sont contre la présence canadienne en Afghanistan resteront indifférents. Plusieurs ont jeté les hauts cris lorsque la ville a changé plusieurs toponymes après les fusions. «Pas MA rue !» Dans le cas qui nous occupe, on comprend qu’il n’y a pas de résidences sur Henri-IV, pas d’adresses civiques en jeu, pas de votes en danger…

La plus ancienne partie de cette artère a été construite en 1953-1954 pout faciliter la circulation vers le centre de Sainte-Foy (secteur de l’église Notre-Dame-de-Foy) et décongestionner la route de l'Église. C’était le «boulevard Henri-IV» qui a été prolongé jusqu'au boulevard Charest, puis jusqu’à l'autoroute de la Capitale. Il atteindra ensuite les territoires de Loretteville et de Valcartier sous le nom d’«autoroute Henri-IV».

Ce toponyme n’est pas apparu par hasard. Roi de France de 1589 à 1610, Henri IV (1553-1610) a été un artisan de la paix; il a mis fin aux guerres de religion (par le traité de Vervins et l'édit de Nantes en 1598), ce qui a ensuite favorisé la relance des expéditions outre-Atlantique. Sa politique de colonisation a permis l’établissement d’un poste de traite à Tadoussac, la création d’une colonie en Acadie et finalement la fondation de Québec qui marque la naissance de l’Amérique française.

S’il y a un souverain français dont le nom peut être associé à Québec, au Québec et au Canada, c’est bien Henri IV et la Commission de toponymie devra être bien armée pour justifier sa déchéance à peine un an après le 400e anniversaire de la capitale. Henri IV ne vote pas mais ce n’est pas seulement un numéro. Les motifs invoqués pour en faire un toponyme ne vaudraient plus ?

septembre 24, 2009

La Presse et le Moulin

L’éditorialiste en chef de La Presse a produit cinq ou six éditoriaux (versions papier et versions numérique) sur le Moulin à paroles. On se serait cru au cœur d’une grave crise menaçant les fondements de l’État... Il ne s’agissait pourtant que d’un spectacle, une histoire du Québec par les textes, et les réactions qu’il a suscitées, dans ce journal en particulier, intrigueront sûrement nos descendants. Comment La Presse en est-elle venue à publier en page éditoriale une photo du coffre de la voiture où Laporte a été retrouvé en octobre 1970 ?
L’Histoire est subversive et on comprend la Société du 400e anniversaire de Québec, sous l’influence déterminante du gouvernement fédéral, d’avoir mis le couvercle sur l’essence même de l’anniversaire qu’on aurait dû fêter en 2008, celui de l’Amérique française. En 2009, le gouvernement du Québec et les autorités de la ville ont préféré ignorer le 250e anniversaire de la bataille des Plaines et de la capitulation de Québec, laissant au gouvernement fédéral, encore, le soin d’organiser une commémoration consensuelle, par Commission des champs de bataille interposée, qui ambitionnait de rallier les vainqueurs et les vaincus dans une bataille d’opérette…
Dans son dernier papier (« Le prochain Moulin », 20 septembre 2009), l’éditorialiste reconnaît du bout de la plume que le ministre Hamad a exprimé son indignation « maladroitement » et que le Moulin a été une réussite « à certains égards ». Il lui reproche cependant d’avoir raté un objectif, celui de tenir un événement rassembleur, et n’a évidemment pas l’élégance de souligner les efforts que les organisateurs ont faits pour l’atteindre, ni, d’ailleurs, le calme et la dignité qui ont marqué ces 24 heures de lecture. Le manifeste du FLQ « a été applaudi », s’indigne-t-il, mais bien malin qui pourrait départager ceux qui acclamaient la prestation du lecteur et les autres. On a aussi applaudi Wolfe, Durham, les évêques qui dénonçaient les Patriotes, Ô Canada
Un texte supprimé (le manifeste du FLQ) et quelques ajouts, dont un discours de Bourassa (autre que celui de juin 1990), des textes de La Fontaine, Laurier et Trudeau (qui en avait un, mais pas assez « représentatif »…) rendraient-ils un autre Moulin acceptable ? L’éditorialiste souhaiterait « un rapprochement avec les fédéralistes », une histoire lue « dans toutes ses nuances », « un événement à la fois pédagogique et rassembleur ». C’est comme espérer la publication d’un manuel d’histoire unique, une idée qui revient à toutes les générations depuis cent ans, et qui se bute à la bête réalité : les Canadiens anglais et les Canadiens français n’ont pas la même histoire.
Les promoteurs du Moulin n’ont pas voulu attendre qu’on arrive à cet improbable consensus et ont invité leurs compatriotes de souche ou de culture française à célébrer leur survivance et leur développement malgré la Conquête et toutes les difficultés qui ont suivi. Le gouvernement du Québec et l’éditorialiste de La Presse n’ont rien trouvé de positif dans cette commémoration. Faut-il s’en étonner ?

septembre 11, 2009

Même pas un oeillet

La controverse autour du Moulin à paroles devrait faire les délices des analystes de l’information. Une étude pourrait porter sur « l’influence des vacances et des longues fins de semaine sur la qualité de l’information ».

Au début d’août, les organisateurs du Moulin ont donné une conférence de presse qui a eu de bons échos dans la presse. Le projet était très clair : en bref, inviter des gens de tous les horizons à venir raconter l’histoire du Québec. Était-il en vacances avec les responsables de sa revue de presse (c’est l’hypothèse optimiste)? Toujours est-il qu’un ministre du gouvernement du Québec n’y a rien compris (autre hypothèse optimiste) et a dénoncé la lecture du manifeste du FLQ sur les Plaines les 12 et 13 septembre. La nouvelle est sortie un vendredi (était-ce voulu?), à la veille d’un longue fin de semaine, un moment où la presse est toujours un peu assoupie et moins critique à l’égard de ce qui se passe et se raconte.

L’intervention du ministre a roulé sur les canaux d’information continue et sur Internet pendant trois jours dans la trajectoire (spin) que le ministre lui a donnée, c’est-à-dire, tout croche. Plusieurs citoyens ont retenu qu’un groupe de personnes se réunirait sur les Plaines le 12 septembre pour faire une lecture publique du Manifeste du FLQ. Avant que les journalistes ne reviennent de congé, l’ornière était tracée. Plusieurs commentateurs n’ont pas pris la peine d’aller aux sources, ce qui leur aurait permis d’apprendre que ce document n’était qu’un des quelque cent textes illustrant l’histoire des Québécois, et quelques autres n’ont pas voulu le faire, préférant utiliser l’événement pour manger du souverainiste. Le plus remarquable à cet égard est l’éditorialiste en chef de La Presse qui a jugé bon de consacrer deux notes sur le blogue de l’édito et deux éditoriaux! Son dernier texte présente le communiqué annonçant la mort de Laporte comme le « vrai manifeste du FLQ » et souhaite qu’on le lise au Moulin, le tout accompagné d’une reproduction du communiqué et d’une photo du coffre de la voiture où le ministre a été retrouvé! On se croirait au beau milieu d’une crise qui menace nos institutions et cette controverse illustre bien comment l’Histoire dérange.

Comme le démontre Simon Gagné dans Le Soleil (11 septembre), le Manifeste du FLQ a été lu ou utilisé dans de nombreuses manifestations artistiques ou autres ces dernières années, sans que personne ne s’en offusque. Radio-Canada le diffuse sur son site. Où est le problème? Le Manifeste n’est ni contaminé, ni radioactif. Il n’a tué personne. Ses auteurs peuvent-ils apparaître en 2009 comme de dangereux exemples pour la jeunesse? Pas plus que d’autres personnages qui seront « représentés » au Moulin, comme les Patriotes, Louis Riel, ou James Wolfe, qui a terrorisé les campagnes autour de Québec en 1759. Dans le Moulin à images, ces deux derniers étés, on a pu voir Denis Lortie tirer sur les pupitres de l’Assemblée nationale et personne n’a imaginé que Robert Lepage incitait à la haine et à la violence. Lortie visait le gouvernement Lévesque, lui, et n’a réussi à tuer que trois humbles fonctionnaires : c’est peut-être moins important.

Les initiateurs du Moulin à paroles ont invité le gouvernement à participer et à contribuer financièrement à une commémoration qui souligne la résistance, la survivance et la résilience des Québécois. Le gouvernement a refusé. Quels que soient ses prétextes, son attitude n’étonne pas. En 2008, il a laissé le gouvernement fédéral orienter le 400e des origines de l’Amérique française à sa manière. En 2009, il ne dépensera même pas un œillet sur la tombe de la Nouvelle-France et de ses héros. C’est logique. Et significatif.

août 23, 2009

Le discours-canular de Fillon

Avez-vous reçu le texte du discours du premier ministre Fillon qui aurait dit aux musulmans français de retourner chez eux s’ils n’étaient pas contents? J’en ai quelques copies, je l’ai reçu cinq fois, au moins, dont deux fois aujourd’hui, je peux vous en fournir. Quoique… Sur le net, le tirage importe peu et c’est bien là le problème.

Ce « discours » est un canular qui circule depuis plus de deux ans. Le premier ministre français l'a évidemment dénoncé sur son blogue (http://www.blog-fillon.over-blog.com/article-18401508-6.html)

« Je dénonce un "hoax" détestable relayé sur le net. Depuis quelques semaines, la toile relaye des propos inacceptables sur les musulmans qui me sont attribués et qui se propagent sous forme de courrier électronique repris par plusieurs blogs. Je vous confirme qu'il s'agit d'un "hoax", en français un canular, détestable, en l'occurrence une fausse déclaration. Ce courrier circule en réalité dans le monde entier depuis plus d'un an et a déjà attribué ces propos à plusieurs dirigeants ou chefs de gouvernement étrangers. J'invite les internautes qui seraient susceptibles de croiser ce canular à le dénoncer. Le web ne doit pas être l'espace des mensonges et de la haine raciste. Ceux qui me connaissent savent que de tels propos sont aux antipodes de ce que je suis, de ce que je pense, de tout mon engagement politique républicain et humaniste. » (Fin de la citation)

Des milliers de personnes se sont fait prendre, comme cela arrive trop souvent sur le net, le Far West de l'information. Il en a été souvent question sur le site des chasseurs de canulars ( http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=76712). Onslir, par exemple, a écrit le 17 avril 2009 dernier :

« Il s'agit d'un détournement d'un message qui fut Canadien (2007) et Australien (2008). Voici quelques liens sur le sujet discuté ici : http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=75205
http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=64281
Bref, bel hoax qui s'internationalise et tous les chefs des gouvernements occidentaux vont finir par y passer. »

Un autre internaute a écrit ce qui suit:

« déjà vu celui là en BELGIQUE en mars 2007 sur Hoaxbuster; ce texte venait du Canada http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=55657.
J'ai pas retrouvé le même texte en France ...
Mais l'original vient des USA, comme Paty nous l'a démontré à l'époque (http://www.barryloudermilk.com/About.htm). […] »

Cet article a été écrit il y a quelques années par un politicien républicain de droite de l’État américain de Georgie, Barry Loudermilk. L’article, intitule This is America, a d’abord été publié dans un journal local, The Bartow Trader, quelque temps après le 11 septembre 2001. »

En changeant quelques mots, on peut adapter le message à plusieurs chefs de gouvernement.

Certains sont désolés, mais ça n’a rien à voir avec le sens critique. Comme cette internaute repentie :
« Désolée... je retire de suite... habituellement je vérifie, là je n'y ai été que superficiellement et ça me retombe dans la face... encore une fois désolée! [...]
Par contre... qu'il ait ou non dit ces propos, je suis d'accord avec! »

D’accord avec... la fausse nouvelle?

août 21, 2009

Un autre fond de panier

Certains diront sûrement qu’on est rendu plutôt au fond du baril… Enfin. Allons-y quand même car le matériel s’accumule trop rapidement.

Édition payante
Selon des reportages publiés dans les journaux du 20 août, un éditeur montréalais bien connu a donné 1,3 M$ en espèces, un bar, deux voitures, huit (!?) manteaux de fourrures et bien d’autres choses (pour un total de 2M$) à une danseuse du cabaret Chez Parée.

Les auteurs vont nous voir venir : comment les convaincre que l’édition est une industrie peu rentable?

« Fake, Fake! »
L’ex-gardien de but Jonathan Roy essaie de faire arrêter les procédures engagées contre lui. Entre l’incident qui l’a mené en cour et l’acte d’accusation, la Direction des poursuites criminelles et pénales aurait modifié sa position sur les incidents de ce genre; jusqu’à ce moment, il n’y avait poursuites que s’il y avait des blessures.

D’après l’avocat de l’accusé, « quand il a sauté sur la patinoire, Jonathan Roy était en droit de s’attendre à ne pas être poursuivi s’il n’infligeait pas de blessures à un adversaire en vertu de la directive datant de 1977 » (JQ, 19 août 2009).

Pourquoi, diable, a-t-il frappé sur son adversaire à tour de bras, après lui avoir arraché son casque, s’il ne voulait pas le blesser? S’agissait-il d’un combat arrangé?

Les bonnes œuvres du PDG de l’Hydro
Chaque jour apporte de nouveaux éléments aggravants dans ce dossier qui n’a probablement pas encore montré toutes ses coutures.

On est parti d’un cas qui devait être unique, selon un porte-parole de l’Hydro. Il y en a eu ensuite un second, mais il ne devait pas y avoir d’autres contribution « à aucun autre établissement secondaire » (Presse, 19 août). Mais le lendemain, on déterrait d’autres cas, dont le Séminaire de Sherbrooke et un high school, sans compter trois fondations qui aident des institutions qui ne sont visiblement pas des universités. Mieux encore, un autre porte-parole reconnaissait candidement qu’elle ne savait pas que son PDG était au conseil d’administration d’un autre bénéficiaire (Conference board). Il serait difficile de contredire le citoyen qui a eu l’impression de se faire bourrer.

Ce dossier pourra servir de cas pour les examens des étudiants en administration publique et en éthique pendant plusieurs années. Et plusieurs intervenants devraient retourner en recyclage et se soumettre à cette évaluation. La ministre des Ressources naturelles ne voit pas de conflit d’intérêts dans la subvention accordée au Collège Notre-Dame. « Pas d’avantage personnel », dit-elle. Comme si c’était un mannequin qui occupait la présidence du conseil d’administration de cette institution. Le directeur des ressources humaines du Collège Brébeuf estime pour sa part que des tranches de 40 000$ par an, « ce n’est pas une grosse somme », comme si le montant de la subvention avait la moindre importance (Presse, 19 août). Peut-être a-t-il été mal cité, ce qui n’est pas le cas de l’éditorialiste de la Presse (18 août) qui joue une défense semblable quand il écrit que « la subvention au collège Notre-Dame représente un dix millième des redevances versées annuellement par l’Hydro-Québec au gouvernement »…

Pourquoi tant d’histoires pour des peanuts?

juillet 30, 2009

Les fleurdelisés bâtards

Il suffit de porter un minimum d’attention aux drapeaux arborés par les institutions publiques québécoises pour constater que plusieurs d'entre elles ne respectent pas les dispositions de la Loi sur le drapeau et ne remplissent pas leurs obligations en matière de pavoisement. On ne parle évidemment pas ici des commerces, des hôtels et des autres établissements privés qui sont encore plus nombreux à pavoiser avec des fleurdelisés bâtards et des fleurs de lis qui ressemblent à peine au modèle défini par le Bureau de normalisation.

L’article 1 de la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec (L.R.Q., chapitre D-12.1) définit le format du fleurdelisé : « La largeur et la longueur du drapeau sont de proportion de deux sur trois » (2:3). On arbore donc normalement des drapeaux qui ont, par exemple, 60 cm sur 90 cm, 120 cm sur 180 cm, etc. La hauteur d’un fleurdelisé est égale aux deux tiers de sa longueur.
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Par ailleurs, le Règlement sur le drapeau du Québec (c. D-12.1, r. 2.1) décrète que le fleurdelisé « doit être déployé de façon officielle par une institution publique ou un établissement relevant de l’Administration gouvernementale afin d’identifier son appartenance à cette dernière ». Il doit donc être déployé sur ou devant les édifices des ministères et des organismes gouvernementaux, des commissions scolaires, des cégeps et des universités, des organismes du secteur de la santé et des services sociaux, les édifices où siègent les tribunaux relevant de la compétence du Québec et les conseils municipaux, les bibliothèques municipales « et en tout lieu où une municipalité déploie sa bannière ». Ce règlement précise que « tout drapeau déployé doit être conforme aux normes du Bureau de normalisation du Québec » qui définit précisément les modalités de fabrication du fleurdelisé et, naturellement, son format légal.

Une simple promenade dans les rues de Québec ou de Montréal permet de constater que plusieurs institutions publiques et parapubliques arborent des drapeaux qui sont de proportion un sur deux (1:2), au lieu de deux sur trois (2:3), alors qu'il est pourtant facile d'acquérir des drapeaux normaux par l'intermédiaire du Centre des services partagés du gouvernement du Québec ou encore aux Publications du Québec.

Est-ce une question de coût ? Faut-il conclure que des organismes publics et parapublics acquièrent leurs fleurdelisés à meilleur coût directement du manufacturier, sans se soucier des normes de fabrication ? Interrogé sur ce sujet, un fabricant a répondu qu’il avait des fleurdelisés de format 1:2 dans son catalogue « pour répondre à des demandes venant de certains organismes publics ».

S’agit-il de simple ignorance ? Possible, mais on notera que l’université Laval arborait un fleurdelisé hors normes jusqu’à tout récemment et que la Grande Bibliothèque en a encore un, comme en témoigne cette photographie prise en juin 2009.

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Dans le cas des institutions qui pavoisent simultanément aux couleurs du Québec et du Canada, le motif de « l’infraction » serait d’ordre protocolaire. En effet, le fleurdelisé et l’unifolié sont foncièrement incompatibles. Un fleurdelisé normal qui a la même longueur qu’un unifolié, disons 60 cm, est plus grand que ce dernier à cause de sa largeur (40 cm contre 30 cm) ; et, si le drapeau québécois a la même largeur que l’autre, disons, 40 cm, il sera plus petit parce que plus court (60 cm contre 80 cm). On peut arriver à leur donner la même surface mais ils n’auront jamais la même forme. Afin d'avoir des drapeaux de même grandeur, plusieurs institutions publiques « accommodantes » croient alors résoudre la quadrature du cercle en se procurant des fleurdelisés fabriqués selon la norme canadienne (1:2), au mépris de la Loi sur le drapeau (comme les incite d’ailleurs le catalogue du plus important fabricant de drapeau de la région de Québec avec son illustration fautive du fleurdelisé). Rares sont celles qui font l’inverse, ce qui serait pourtant plus logique et plus respectueux envers l'État auquel elles appartiennent.

Sur une page consacrée au fleurdelisé, le site Internet du gouvernement du Québec rappelle les normes de fabrication du drapeau et invite les citoyens et les administrations à « demeurer vigilants à cet égard et [à] n’utiliser que des drapeaux de format légal ». Le citoyen peut effectivement signaler les anomalies à la personne responsable du dossier au ministère de la Justice et il arrive que la situation soit corrigée. À la longue, on pourrait théoriquement amener un par un les administrateurs publics à respecter les lois et les règlements qui les gouvernent en matière de pavoisement, mais ce serait plus simple et plus efficace si la ministre chargée de l’application de la Loi sur le drapeau prenait ses responsabilités et, à défaut de contraindre les fabricants à respecter la loi et les normes du Bureau de normalisation, demandait la collaboration de ses collègues ministres pour adresser un rappel aux institutions qui relèvent de leur autorité.

juillet 22, 2009

La faute à l’ordinateur

Mauvaise surprise pour 120 000 abonnés d’Hydro-Québec. Ils subiront une hausse substantielle de leurs mensualités à la suite d’erreurs attribuables au nouveau système informatique de la société d’État. La surprise sera d’autant plus grande que les abonnés touchés sont justement ceux qui avaient opté pour le mode de versements égaux (MVE) pour éviter les variations saisonnières et les mauvaises surprises ! Le versement fixé par Hydro était trop bas ; il faudra combler la différence. Les commerçants assument parfois les erreurs sur le « p’tit change » mais, dans ce cas, Hydro-Québec facturera les kW consommés, au nom de l’équité à l’égard de la clientèle, dit-on, tout en assurant les abonnés qu’elle sera accommodante pour les modalités de paiement.

L’affaire serait très gênante pour n’importe quelle entreprise mais elle l’est encore plus pour Hydro-Québec. Une étude récente du Devoir (20 juin 2009) révélait que les employés d’Hydro-Québec étaient parmi les plus choyés de l’administration publique. Un analyste en informatique (pour ne prendre qu’un exemple au hasard…) y gagne 20 % de plus que ses homologues de la fonction publique ou des commissions scolaires. Le retard salarial moyen des employés des secteurs public et parapublic (administration québécoise) par rapport aux entreprises publiques, comme Hydro-Québec, Loto-Québec ou la Société des alcools du Québec (on notera qu’il s’agit de trois monopoles) est de 15,3 % et il passe à 27,7 % lorsqu’on tient compte des avantages sociaux.

Les écarts ont leur histoire, selon les spécialistes, mais il ne faut pas nous en conter. Les employés de l’Hydro, tout comme ceux des municipalités, n’ont pas connu la « piscine » de 1982 et ils bénéficient depuis des retombées de ce traitement de faveur. On explique aussi ces écarts par la concurrence. « Vous n’imaginez pas comment cela peut être difficile dans des domaines comme l’informatique », se désolait un porte-parole de Loto-Québec. Pas facile de garder les meilleurs, manifestement.

Mais ce n’est pas tout. Au début de cette année, on apprenait aussi que l’entreprise avait décidé de verser des primes à tous ses employés malgré la crise économique ambiante. Environ 120 000 $ pour le PDG (autour de 20 %) et au moins 4,3 % du salaire de base à ses 19 000 employés. C’était déjà bien connu qu’Hydro-Québec était le paradis des primes. La compétence se paie.

En sera-t-il de même l’an prochain ? Aura-t-on trouvé le responsable des erreurs de facturation ? Probablement l’ordinateur, le seul qui n’a pas de prime dans cette boîte. Il doit être en mode « mesures de pression ».

juillet 19, 2009

« Bodies of nobodies »

Une lettre publiée dans Le Soleil (« Bodies or not Bodies », 8 juillet 2009) m’amène à revenir sur l’exposition Bodies. L’auteur de la missive apporte deux points qui me semblent particulièrement à côté de la coche.

Ce n’est pas l’existence de corps non réclamés en Chine ou ici à Québec, la solitude, la pauvreté ou la misère humaine en général qui sont en cause dans ce débat (comme le sugère la lectrice) mais le fait que les organisateurs de Bodies n’ont pas obtenu le consentement des personnes dont le corps est exposé. Questionnée sur ce sujet, la porte-parole du Festival d’été a soutenu que les corps venaient de l’Université de Dalian et qu’il s’agissait de personnes mortes de causes naturelles (Soleil, 2 juin 2009). C’est justement ce que le promoteur Premier Exhibitions prétendait quand il a présenté cette même exposition à New York, jusqu’à ce que le procureur général de l’État l’amène à admettre publiquement qu’il n’en savait rien et que les corps auraient plutôt transité par le Bureau chinois de la police, ce qui n’est pas une voie habituelle pour quelqu’un qui veut « donner son corps à la science »… Surtout qu’en on est à l’état de fœtus.

La Commission de l’éthique de la science et de la technologie (un organisme gouvernemental québécois) a joint sa voix à celle d'Amnistie internationale pour demander au promoteur de rendre publique l'origine des corps exposés à Québec ou, à défaut, d’émettre un avertissement aux visiteurs semblable à celui que le procureur général de l’État de New York a exigé et obtenu. La Commission estime que le flou qui entoure l'origine des cadavres et l'absence de preuves claires et écrites du consentement des personnes dont le corps est exposé, pose problème sur le plan éthique. Or, Premier Exhibitions admet qu'elle ne peut vérifier si les restes humains sont ou non ceux de personnes ayant été incarcérées en Chine.

Le second point soulevé dans cette lettre est plus navrant : « … si l’on se fie aux milliers de visiteurs qui ont déjà foulé les salles de cette exposition, Bodies semble avoir gagné sa légitimité ». Autrement dit, la « cote d’écoute » fait foi de tout. Il y aura évidemment toujours des clients pour les freak shows et ce n’est pas le genre de public qui carbure aux questions éthiques.

Cet argumentation rejoint celle de la direction du Festival qui mesurait la légitimité de l’exposition à l’absence de contestation en juin (JQ, 4 juin 2009) mais qui s’en lave les mains un mois plus tard, quand des critiques fondamentales surgissent, en prétendant que l’affaire n’est pas de son ressort (Devoir, 3 juillet 2009). On s’attend pourtant de la direction d’un organisme quasi public comme le Festival d’été qu’elle élève sa capacité de jugement à un autre niveau et s’interroge davantage sur le sens des activités qu’elle patronne.

juillet 13, 2009

L’hostie d’Harper

Ceux qui font les titres dans les journaux se paient la traite de temps en temps, question de s’amuser, probablement, sourire en coin. Il y a quelques semaines, Le Soleil publiait, sous le titre évocateur « Une femelle écartée », la photo d’une mère orignal égarée dans les eaux du Saint-Laurent… Je collectionnais ces titres autrefois mais j’ai perdu mon dossier en quittant l’Assemblée nationale. Le meilleur du lot chapeautait l’appui d’un fameux lutteur québécois au PQ en 1980: « Un support athlétique »…

Le « Wafergate » ouvre la porte toute grande aux facétieux et les habitués de You Tube ne se privent pas. S’agit-il d’une affaire sérieuse? Oui et non. Même si l’Église catholique a le dos large et encaisse mieux la caricature que certaines autres religions, il demeure que l’hostie consacrée n’est pas une médaille qu’on ramène en souvenir; « Corpus Christi », précise le prêtre en l’offrant aux fidèles, qui répondent normalement « Amen! ». Et non « To take out ».

Un premier ministre ne peut pas connaître tous les rites religieux mais la messe catholique n’est pas une cérémonie exotique et ce n’est sûrement pas la première qu’il voit. Quand on sait avec quelle minutie tous les gestes du premier ministre sont calculés, on serait étonné de savoir qu’il s’est présenté là à l’aveuglette. A-t-il d’autres conseillers que ceux qui formulent les publicités douteuses contre ses adversaires? Au pire, il n’avait qu’à suivre l’exemple de ses voisins, la vice-reine et son conjoint, qui ont fréquenté le grand monde, eux, à droite comme à gauche, et qui ont consommé immédiatement. La vidéo (http://www.youtube.com/watch?v=CwWON7B-i1o&NR=1) montre que le premier ministre a conservé l’objet avec le feuillet qu’il avait à la main. Attendait-il trop poliment que tous les convives soient servis? Un sénateur complaisant placé quelques rangées DERRIÈRE le premier ministre prétend l’avoir vu consommer. Le premier ministre l’aurait-il fait pendant le quart de seconde où il est caché par le prêtre? Il faudrait un miracle.

juillet 09, 2009

Congé de scrutin?

Dans certains matchs de notre glorieux sport national, il arrive qu’un fier-à-bras se plante devant le banc du club adverse et invite les joueurs à se battre. C’est l’image qui vient immédiatement à l’esprit quand on voit le maire de Québec se chercher un punching bag et narguer la chef de l’opposition qui en a pour son « p’tit change » de maintenir à flot un parti qui a eu la malencontreuse idée de tomber en crise à quelques mois des élections.

Monsieur le maire tient le haut du pavé et, pour rester dans le monde du sport, la puck roule pour lui depuis presque deux ans. Le maire L’Allier s’est retiré en laissant une relève qui n’avaient pas l’ombre de son envergure et la mairesse est partie au moment où les plus grands des « petits maires » s’approchaient de la fin de leur vie utile. Le 400e a bien tourné après un long mauvais départ, rassasiant le bon peuple à coups de spectacles accrocheurs gratuits tout en profitant d’une bonne presse partenaire de l’événement. La crise économique épargne Québec qui maintient un excellent taux de chômage, ce qui permet aux citoyens de payer leurs taxes sans trop se poser de questions sur l’évolution des finances municipales. Et c’est reparti cette année avec une autre assiettée de spectacles gratuits.

Une élection sans opposition? Pourquoi pas? On a voté il y a seulement deux ans et tous ceux qui ont déploré le trop grand nombre de scrutins ces dernières années ne devraient pas être mécontents de sauter un tour. Exceptionnellement.

Quant à notre maire, il doit en profiter pendant que ça passe. On verra bien, dans quatre ans, le résultat des projets qu’il qualifie lui-même de « fous ».

juin 24, 2009

Le dessous du panier, la suite

La préparation de la troisième édition de L’Année des Anglais (sortie en août) et un certain nombre d’autres choses m’ayant pris beaucoup de temps, je dois me contenter d’expédier quelques « dossiers » en vitesse, avant qu’ils ne tombent dans l’oubli. Les réactions que j’ai reçues après le premier « dessous de panier » (disons, deux ou trois…) me portent à récidiver.

Bonne nouvelle!
L’architecte Pierre Thibault propose une véritable vision pour le secteur d’Estimauville : un parc, un quartier hautement densifié, un espace circonscrit pour les commerces. Il y a longtemps qu’on n’a pas lu quelque chose d’aussi prometteur pour cette partie de la ville.

Bonne nouvelle?
D’après l’Institut du Dominion, c’est le Québec qui a le meilleur programme d’histoire au Canada (Devoir, 15 juin 2009). Faut-il s’en réjouir? Oui et non.
Seuls le Québec, l’Ontario et le Manitoba exigent de leurs étudiants qu’ils obtiennent la note de passage à au moins un cours d’histoire du Canada au niveau secondaire. C’est étonnant.
Par ailleurs, quand on connaît l’Institut du Dominion, on comprend que la « dénationalisation » qui caractérise le nouveau programme d’enseignement de l’histoire lui soit agréable.

« Double dipping »?
Le Soleil et le Journal de Québec n’ont pas manqué de soulever la « grave » (!) question éthique qui aurait été soulevée si Paul Crête avait été élu et avait touché son indemnité de député québécois et sa pension de député fédéral. Le journaliste du Journal de Québec (30 mai 2009) a vite réglé l’affaire : « Les rentes de retraite payées par les taxes et les impôts de contribuables devraient être versées à ceux qui prennent véritablement leur retraite ».
Un peu court comme solution. Cette question a été étudiée et il n’en est pas sorti de conclusion. Lucien Bouchard est resté seul dans la catégorie « simplicité volontaire » en renonçant à la pension fédérale qu’il avait bien méritée. Le premier ministre actuel a contourné le problème en obtenant de son parti qu’il arrondisse ses fins de mois.
Il y a déjà quelques députés qui cumulent leur indemnité et une retraite du secteur public sans susciter de scandale Et ce n’est pas tout. Que fait-on de ceux qui cumulent une pension de député et un salaire de maire, de conseiller ou de fonctionnaire municipal? Pas besoin de chercher longtemps pour en trouver. On leur impose la simplicité involontaire?
Il faudra s’y faire car les « vieux » sont de plus en plus jeunes; plusieurs retraités seront capables de travailler encore après 35 ans de loyaux services dans la fonction publique ou ailleurs, et ils n’iront pas tous vendre des clous chez Rona pour continuer de toucher le produit de leurs économies.

« Les Hurons respectent de la loi »
La construction de camps par les Hurons dans la réserve faunique des Laurentides soulève une problème d’équité entre les citoyens. Le grand chef des Hurons répond que ses administrés agissent « en toute légalité » (JQ, 7 avril 2009) sur la base des « droits constitutionnels » protégés par le « traité » de Murray!
Ce document reconnu comme un « traité » par des juges (qui n’en ont vu qu’une version tronquée) n’a pourtant établi aucun droit territorial et, en 20 ans, il n’a fait gagner aucune cause devant les tribunaux. Et il aurait pour effet de légaliser la construction de camps dans un espace public?

Fausse publicité gouvernementale
Il y a plusieurs décennies, un hôtelier de Saint-Jean-Port-Joli avait fait éditer une carte postale où on pouvait voir, sur le fleuve, derrière son établissement, des bateaux de croisière dignes des mers du Sud et, plus loin, des montagnes visiblement « importées »... Il n’inventait cependant rien en matière de publicité touristique.
Dans l’Ouest canadien, on a franchi un autre pas récemment : c’est le gouvernement albertain lui-même qui a utilisé un plage d’Angleterre dans une campagne publicitaire provinciale. C’est plus « vendeur » qu’un champ de sables bitumineux.

Des statistiques intrigantes
Comme tous les organismes qui cherchent à tirer de l’argent de l’État en exhibant des chiffres sur les retombées économiques qu’ils génèrent, le Festival d’été de Québec a soutenu récemment qu’il attirait chaque année 1,5 million de festivaliers dont 5% du « reste du monde », i.e. venant d’ailleurs que du Canada, des USA et de la France (JQ, 9 mai 2009).
Le Festival attirerait donc 75000 étrangers par année ou 7500 par jour. À deux par chambre, ils occuperaient à peu près tout ce que le Québec a de lits à louer. Il y a des sceptiques dans la salle.

Et les septiques?
Les médias sont pleins de textes sur la pollution ici et ailleurs dans le monde. Il faudrait avoir vécu en réclusion pour ignorer le b-a-ba de certains problèmes comme le recyclage, le sur-emballage, le smog des poêles à bois, les algues bleues, etc. Comment imaginer alors, en 2009, que des gens achètent un chalet au bord d’un lac « urbain » comme le lac Saint-Charles (qui sert de réserve d’eau à Québec) sans s’inquiéter au préalable de l’état des égouts?
Contraints d’acquitter une facture importante pour rendre leurs fosses septiques conformes à la réglementation municipale, des citoyens sont venus exposer leurs malheurs devant le conseil municipal. « Pas de bon sens », aurait dit le maire, selon un texte du Soleil (16 juin 2009) qui ne précise pas si monsieur Labeaume parlait de la facture ou des citoyens.

« Bodies of nobodies »
À Québec, la controverse sur l’exposition Bodies semble avoir fait long feu. Il y a bien eu quelques lettres ouvertes et des entrevues avec quelques éthiciens, selon qui ne devrait pas exposer des corps sans avoir obtenu un consentement de leur « propriétaire ».
Daniel Gélinas profite des retombées du 400e en matière d’immunité : dans son esprit, si personne ne proteste, c’est qu’il n’y a pas de problème… (JQ, 4 juin 2009). La seule chronique un peu critique sur Bodies est venue de Montréal (Pétrowski). Ici, la presse locale n’a pas « embarqué » et n’a pas révélé son meilleur jour dans ce dossier (Il faut préciser que Le Soleil est partenaire de l'exposition). Ainsi, la porte-parole du Festival d’été a pu affirmer sans rougir que les corps présentés dans Bodies venaient tous de l’Université chinoise de Dalian, en s’appuyant sur les « garanties » de Premier Exhibitions (une entreprise « cotée en Bourse », imaginez!), alors qu’on pouvait lire dans la colonne d’à côté que cette même entreprise avait été contrainte, par le procureur général de New York, de reconnaître que ses corps venaient du Bureau chinois de la police (Soleil, 2 juin 2009)…
En fait, l’entreprise n’en connaît pas vraiment l’origine. Des consentements? On peut parier que les fœtus exposés n’en ont pas donné.

juin 17, 2009

Nationaliser la fête nationale?

Sans le savoir, peut-être, Alain Dubuc a exposé le problème fondamental de la fête nationale («Les ayatollahs de la québécitude », La Presse, 17 juin 2009) : « Le 24 juin n'est plus la fête du saint patron des Canadiens-français, mais la Fête nationale des Québécois. Pour un nombre croissant de gens, cela signifie que c'est la fête de tout le monde, y compris des allophones, y compris de la minorité anglophone. Le fait de les associer à la fête, même dans leur langue, est une mesure des progrès accomplis. »

Un progrès? Pour qui? Le 24 juin était autrefois une fête nationale au sens ethnique du terme, comme il en existe légitimement pour de nombreuses autres ethnies. Ce n’était pas une fête d’obligation pour les francophones et les anglophones s’en fichaient royalement tout en bénéficiant d’un congé. Une semaine plus tard, il y avait une fête civique pour les Canadiens avec un autre congé pour tous. Arrive le gouvernement Lévesque qui, en 1977, transforme la Saint-Jean en fête dite « nationale », tout heureux de rompre avec saint Jean-Baptiste et le Canada français.

Le 24 juin est ainsi devenu une fête civique, toujours organisée par les sociétés Saint-Jean-Baptiste ou sociétés nationales, mais désormais largement subventionnée afin de permettre la tenue des grands spectacles qui la caractérisent. On peut se demander d’ailleurs avec quel recul bon nombre de personnes sont intervenues dans le débat qui nous occupe depuis quelques jours : pour un nombre considérable de Québécois, le 24 juin a toujours été une fête civique.

Ceux qui n’avaient pas saisi la conséquence de la décision de 1977 ne peuvent la rater maintenant. Par une curieuse évolution des choses, ce qui était la fête des Canadiens français échappe maintenant aux francophones qui ne sont plus maîtres de leurs propres institutions nationales. On a « fait du chemin », selon Dubuc, qui souhaite aller plus loin et surtout pas s’obliger à culpabiliser les organisateurs de la fête chaque année pour les infléchir vers le multiculturalisme. Il demande au gouvernement Charest de retirer au Mouvement national des Québécois l’organisation de la fête nationale, sous prétexte qu’il s’y trouve trop de « militants » portés sur les « dérapages », la « pensée unique » et le « dogmatisme »? Quelle idée, en effet, de confier une fête nationale à des nationalistes?

Ainsi la boucle serait fermée : après avoir dépouillé la Saint-Jean de son sens fondamental, on en expulserait ceux qui l’organisent depuis 175 ans. Après le 400e anniversaire exproprié de 2008 (monsieur Dubuc s’en souvient-il?), c'est le 24 juin nationalisé.

mai 19, 2009

Le dessous du panier

Commenter l’actualité en dilettante est essoufflant. Les coupures de presse s’empilent dans la boite marquée « entrée » et ne voient pas l’heure de passer dans l’autre. Certaines questions soulèvent vite la polémique : à quoi bon ajouter une note sur un modeste blogue? D’autres tombent dans le vide, comment dire, impunément. Elles « mériteraient » pourtant leurs cinq lignes de gloire. Alors, à défaut d’une plus longue analyse, avant de passer au « classeur rond »…

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Peu de journaux ont évoqué la crise qui secoue le Parlement britannique. Il est question des parlementaires qui ont, écrit Le Devoir, « consommé jusqu’à plus soif les possibilités que leur offre, et non leur permet, le mécanisme inhérent au remboursement des dépenses ». Ce n’est pas ici que ça arriverait : la Loi d’accès [sic] à l’information et la Cour suprême ont mis un couvercle étanche sur ces « matières ».

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Interdire le voile dans les institutions relevant de l’État serait, aux yeux de la ministre responsable de la Condition féminine, faire montre d’intolérance. « On ne peut pas forcer une personne à faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire », a-t-elle confié à la Presse canadienne. Les cadres de son ministère doivent espérer qu’elle a été mal citée.

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L’exposition Bodies, qui présente des corps ou de parties de corps humains, viendrait à Québec. Les médias salivent. Dans Le Devoir des méchants Montréalais « qui-sont-évidemment-jaloux-de-Québec », Christian Rioux rappelle que les expositions de ce genre ont suscité la polémique en Europe au point où les musées publics français ont refusé d’en présenter. Un tribunal parisien en a interdit une pour « manque de décence ». En Allemagne, le porte-parole du parti de la chancelière Merkel a déclaré que c’était « le summum du mauvais goût ». L’écrivaine féministe Germaine Greer estime qu’elle n’a pas plus de raison d’aller voir une exposition de cadavres que de pratiquer le cannibalisme. Même Fort Lauderdale a refusé de présenter une exposition de cadavres humains dans un endroit public. Ils ne semblent pas avoir peur de perdre des touristes en Floride.

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Michael Ignatieff a publié Terre de nos aïeux, quatre générations à la recherche du Canada. Il avait précédemment écrit sur son côté russe; c’est au tour de la branche maternelle, les Grant.
Je n’ai lu que la première phrase : « Aimer un pays est un acte d’imagination ». On lui en souhaite (de l’imagination). S’il n’a pas encore trouvé le Canada après quatre générations….

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Ma lointaine parente et concitoyenne auteure-compositeur-interprète Monique Miville-Deschênes a lancé son premier roman, Chavire. Je ne suis pas assez versé en critique littéraire (et on m’accuserait de chauvinisme de toute manière) pour commenter mais on peut lire les très bons commentaires publiés dans Le Soleil (Voisard) et La Presse (Martel, dont la mère est de Saint-Jean-Port-Joli, pour tout avouer). Curieuse coïncidence dans les deux journaux de Gesca : les critiques auraient souhaité que l’auteure évite les commentaires nationalistes. C’était peut-être nécessaire pour aider les lecteurs qui manqueraient d’imagination.

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L’élection partielle n’est pas encore annoncée dans Rivière-du-Loup qu’un lecteur du Bas-Saint-Laurent dénonce l’éventuel cumul de revenus (indemnité et retraite) dont bénéficierait un certain candidat s’il était éventuellement élu. Ce lecteur a probablement lu une chronique du Soleil sur ce sujet mais ignoré les bémols discrets apportés quelques jours plus tard dans les mêmes colonnes: le cumul appréhendé ne serait pas exceptionnel, ni scandaleux, manifestement, car au moins deux députés ministériels touchent une retraite du secteur public et leur indemnité de député.
En cherchant un peu, on en trouverait d’autres et il faudra s’y habituer avec la croissance du nombre des « retraités actifs ».

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Dans le Journal de Québec, Jean-Jacques Samson s’en est bien tiré avec sa chronique où il évoque la discrimination positive pratiquée par le premier ministre qui pourrait « être forcé de faire monter une députée de moindre calibre alors que des collègues masculins de premier niveau continueront de sécher ». Aucune réaction significative à ce propos ni d’ailleurs au fait qu’on se trouve depuis un bon moment en situation de « non-parité » au Conseil exécutif. En réalité, on est « moins 2 » (14 hommes, incluant le premier ministre, et 12 femmes) et bien loin de l’égalité qui n’est encore qu’un stunt publicitaire.

mai 07, 2009

Roméo et Juliette

L’idylle parlementaire qui a fait les manchettes récemment n'est pas une grande affaire d'État, mais que la presse n'ait pas trouvé de précédents dans les parlements canadiens, voire occidentaux, est significatif. Pour le moment, les observateurs ont classé l'affaire « privée » : l'État n'a pas sa place dans les chambres à coucher, on ne peut pas empêcher un cœur d'aimer, et un homme « normal » regarde les belles femmes, comme l’a dit un député (sans préciser ce qui arrive des « anormaux »…), etc.

Dans notre parlement, même si les camaraderies transcendent souvent le partis, ces derniers se comportent comme des armées. On n’a qu’à regarder les mosaïques, qui ont bien changé depuis que cette coutume existe : elles ne représentent plus un groupe de collègues mais des structures pyramidales (avec chefs, sous-chefs et fantassins) dont le Parlement est le théâtre d’opérations et, comme à la guerre, il n'est pas régulier de fraterniser, encore moins de coucher, avec l'ennemi.

Ce n'est pas sans raison si madame la ministre a informé rapidement son chef de sa nouvelle situation tandis que monsieur l'oppositionniste s’en serait abstenu. Les deux parties ne sont pas du tout dans la même « position » et ce n’est pas exactement une reprise des conflits de clans de Roméo et Juliette ou des histoires de gangs de West Side Story. Le travail de la ministre n'est pas entravé par sa liaison: au pire, elle devra faire attention de ne pas trop choyer le comté de monsieur, surtout pas au détriment de ses collègues libéraux. Par contre, monsieur se retrouve avec un fil à la patte: son travail exige qu'il exerce la surveillance constante des activités gouvernementales et il vient de se clouer sur le banc pour certains débats à venir. Madame l'a neutralisé et on comprend que son chef du gouvernement se dise à l'aise avec ça. Heureusement, monsieur est le seul de son parti dans cette situation, mais, justement, il sera de plus en plus seul, surtout s'il devient indépendant, comme l’a suggéré un chroniqueur. Aussi bien lui faire porter le bonn…et d’âne!

Mais, on n'en est pas là. Pour le moment, le monde trouve ça « ben cute », du moins officiellement, mais ça peut difficilement durer. Un patron pourrait-il avoir une blonde permanente dans l'exécutif syndical de son entreprise? C’est personnel? Sûrement, mais pourquoi en a-t-on fait une affaire publique? Anodin et sans conséquence? Sûrement aussi, surtout si on considère les débats parlementaires comme du théâtre.

avril 25, 2009

L’émeute du 25 avril 1849 et The Gazette

L'incendie de l'édifice du Parlement, le 25 avril 1849, n'est pas un simple fait divers. Il figure en tête d'une liste d'événements survenus à Montréal en 1849, «l'année de la terreur», selon le mot d'Édouard-Zotique Massicotte, «terreur jaune», précisait Joseph Royal, en référence aux Orangistes: le 25 avril, assaut contre le cortège du gouverneur par des extrémistes anglo-montréalais, saccage de l'Hôtel du Parlement, agressions contre les élus, incendie de l'édifice du Parlement et de sa bibliothèque, sabotage du matériel du service des incendies; dans les jours suivants, saccage de plusieurs résidences dont celle du premier ministre La Fontaine; le 30 avril, nouvelles agressions contre le cortège du gouverneur; le 10 mai, agression contre les convives de l'hôtel Cyrus; le 15 août, nouvelle attaque armée contre la résidence du premier ministre; le 20 août, incendie de l'hôtel Cyrus (où se déroulait l'enquête du coroner en présence du premier ministre), sans compter plusieurs autres incendies criminels, des agressions et combien d'autres méfaits tout au long de l'année.

Que s'est-il passé pour qu'un segment important de la communauté anglo-montréalaise s'attaque subitement aux institutions les plus fondamentales du pays, le gouverneur, le premier ministre, le Parlement et sa bibliothèque?

La nouvelle politique coloniale de la Grande-Bretagne constitue l'arrière-plan. Porté au pouvoir en 1846, le gouvernement whig prône le libre-échange, une décision qui bouleverse l'économie canadienne. Les vraies causes de cette violence sont cependant politiques et ethniques. Dans les 20 mois qui ont précédé l'émeute d'avril 1849, une série d'événements provoque une irritation croissante chez les tories qui croyaient bien l'avenir réglé par l'Acte d'Union:
· - le 10 août 1847, la reine sanctionne une loi qui établit une liste civile permanente et marque la fin de la «querelle des subsides» qui avait opposé le gouverneur à la majorité parlementaire du Bas-Canada pendant des décennies;
· - le 3 mars 1848, l'Assemblée retire sa confiance aux ministres nommés par le gouverneur et le gouverneur Elgin invite les chefs de la majorité réformiste, La Fontaine et Baldwin, à former un gouvernement, ce qu'ils font le 11. Un francophone, La Fontaine, devient premier ministre et Baldwin lui-même le reconnaît comme son chef;
· - le 14 août 1848, une loi du Parlement britannique révoque la clause de l'Acte d'Union qui proscrivait l'usage de la langue française dans les documents du Parlement;
· - le 18 janvier 1849, dans un discours du trône prononcé en partie en français, le gouverneur Elgin annonce l'amnistie générale des insurgés de 1837-1838 et une loi en ce sens est sanctionnée le 1er février 1849;
· - et, goutte d'eau ultime, le 13 février 1849, l'Assemblée législative entreprend l'étude d'une proposition de La Fontaine qui vise à indemniser les personnes dont les biens ont été endommagés ou détruits durant les répressions de 1837 et 1838 au Bas-Canada. Une mesure semblable avait été précédemment adoptée pour le Haut-Canada, à l'initiative d'Allan MacNab qui sera néanmoins le leader des opposants au bill de 1849! «L'Union, disait-il, d'après un reportage du Journal de Québec (8 février 1849), a complètement manqué son but. Elle fut créée pour l'unique motif d'assujettir les Canadiens français à la domination anglaise. Le contraire en est résulté».

En somme, en quelques mois, dans un esprit de démocratie, de justice et d'équité, le gouvernement britannique avait satisfait certaines revendications des Patriotes, reconnu leur langue, amnistié leurs chefs: fallait-il en plus, disaient les tories, dans une interprétation très particulière de la loi, «récompenser les rebelles»? Le 25 avril, quand le gouverneur Elgin sanctionne le bill des indemnités, on voit sauter la marmite que les médias anglophones de Montréal (The Gazette en tête) chauffaient depuis quelques mois.

Il y a dix ans, le 150e anniversaire de ces événements a failli passer inaperçu. Seul Le Devoir y a consacré un article substantiel le mercredi 21 avril. La Presse, qui avait régulièrement des articles de fond sur des sujets historiques, a choisi le 25 avril pour publier un texte sur les cinquante ans de l'Institut de réhabilitation de Montréal (ironie?), dont les lettres patentes datent de novembre 1949. Quant aux éditeurs de la Gazette, ils se sont probablement bien amusés en décidant de publier, dans leur édition du 25 avril 1999, un long texte sur une émeute survenue... le 10 mai 1849… à New York!

C’est pour réagir à cette amnésie, quelques mois plus tard, que Septentrion a édité Une capitale éphémère, une compilation d’études et de témoignages sur ces événements dramatiques qui attendent quand même toujours leur historien.

avril 20, 2009

En transit vers le Mexique

En quittant volontairement ses fonctions quatre mois seulement après sa réélection, l’ex-ministre des Finances toucherait une « prime de départ » de 146000$. Le montant calculé par la Ligue des contribuables du Québec restera approximatif pour la bonne raison qu’il échappe à la loi dite d’« accès » à l’information. Les mots (et les chiffres) sont imprécis mais on connaît l’air et il fait grincer des dents.

Cette « prime » s’appelle en fait officiellement une « allocation de transition ». Elle est apparue au début des années 1980 lors d’une réforme majeure des lois régissant l’Assemblée nationale et les conditions de travail des députés.

C’était au temps de la « piscine », cet euphémisme inventé par monsieur Parizeau, paraît-il, pour désigner la figure imposée aux salaires des fonctionnaires. À cette époque, les députés ne digéraient pas le fait que leur indemnité de base soit inférieure au traitement maximal d’un professionnel de la fonction publique. Pour faire passer une augmentation substantielle de cette indemnité, au moment où tout le secteur public se faisait serrer la ceinture, les législateurs ont restreint leur généreux « régime de pension » (ce qui devait laisser, disait-on, la rémunération globale inchangée…) : les députés admissibles au régime ne pourraient plus toucher leurs prestations avant 55 ans mais, pour leur permettre « de se virer de bord », le temps de se dénicher un « emploi-difficile-à-trouver-quand-on-a-fait-de-la-politique-et-que-les-portes-se-ferment… », tous les futurs retraités, volontaires ou non, pourraient empocher en quittant une « allocation de transition » représentant au maximum une année de salaire.

Plusieurs ont remis en question la prime de départ de l’ancien PDG de la Caisse de dépôt qui a quitté volontairement ses fonctions avant la fin de son contrat. C’est aussi le cas de l’ex-ministre des Finances mais, pire encore, de son propre aveu, elle n’est plus sur le marché du travail. Sa sacoche rentière comprend RRQ, pension de vieillesse, retraite de parlementaire et sûrement d’autres, toutes méritées et payées, mais pourquoi une « prime » en plus? Vers quoi est-elle en « transition »? La maison de retraite?

D’autres cas similaires sont survenus ces dernières années; ils ont probablement été assez bien distribués dans l’arc-en-ciel politique pour expliquer le silence qui les entoure. Les citoyens sont en droit d’espérer que le mouvement de réforme qui se dessine au Parlement pose des balises à cette allocation dénaturée.

avril 15, 2009

Maître Aubut

Je n’ai jamais été un fan naturel de Marcel Aubut, la principale raison étant probablement que je suis un éternel partisan des Canadiens de Montréal...

La manie des journalistes de lui donner du « maître » avec une certaine obséquiosité m’a toujours agacé, mais il n’y était pour rien. Un quotidien de Québec lui a même donné du « tsar » à la une ces jours-ci. On le disait aussi « fils spirituel » de Jean Lesage…

L’histoire va relativiser le rôle de l’ancien premier ministre qui a cueilli un fruit mûr à Québec (en profitant de deux décès subits) pour être ensuite entraîné dans la Révolution tranquille par quelques ministres-vedettes. Qui se souvient du reste de sa carrière après 1966, hormis sa participation au camp du NON en 1980?

Marcel Aubut joue sur une tout autre patinoire depuis près de trente ans et on ne voit pas la fin de son parcours. Son dernier coup est impressionnant. Combien de Québécois ignoraient que la fonction qu’il occupe maintenant était restée fermée aux francophones depuis plus de cent ans ? Le nouveau président du Comité olympique canadien ne joue pas la corde nationaliste mais il ne cache pas sa fierté, ni l’importance que cette nomination prend pour sa communauté.

Tout le monde sait qu’il a été propriétaire des Nordiques. Les plus jeunes ignorent qu’il a organisé l’une des plus grandes manifestations sportives de l’histoire de Québec, un tournoi international de hockey appelé « Rendez-vous 87 ». À cette époque, on ne pensait pas se fermer au monde en utilisant des mots français pour désigner des « événements » sportifs d’envergure internationale. C’était avant le Red Bull Crashed Ice, le Surf Big Air, le Pound Hockey, le Trip Hockey Bud Light, l’Ultimate Frisbee…

avril 04, 2009

« Justice suprême, suprême injustice »

L’ex-grand chef David Ahenakew a été acquitté le mois dernier. Dans un jugement du 21 février, le juge Wilfred Tucker a estimé que ses déclarations n'étaient pas préméditées et qu'il avait cité en exemple les Juifs dans le but de convaincre ses confrères de défendre leurs droits en tant qu'autochtones… Le juge a aussi souligné que la Couronne n'a pu prouver hors de tout doute que l'ancien « sénateur » de la FSIN (Federation of Saskatchewan Indian Nations) faisait la promotion de la haine envers un certain groupe et qu'il en était conscient.

Les reportages des médias de langue française sur cette affaire ne nous éclairent malheureusement pas sur les propos qui ont justifié les accusations et amorcé cette saga judiciaire.

En décembre 2002, après une allocution devant les membres de la FSIN, où il avait notamment évoqué les « goddamn immigrants » et la responsabilité des Juifs dans le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, Ahenakew avait été invité par un reporter du Star Phoenix de Saskatoon à préciser sa pensée : « The Jews damn near owned all of Germany prior to the war. ...That's how Hitler came in. He was going to make damn sure that the Jews didn't take over Germany or Europe. That's why he fried six million of those guys, you know ». Le reporter lui ayant demandé comment il justifiait l’Holocauste, il répondit : « How do you get rid of a disease like that…? » Bref, si on a bien compris le « chef » Ahenakew, pour se défaire de cette « maladie », il suffisait de la faire « frire »…

Si cette affaire mérite un rappel, c’est que deux ans auparavant, dans un geste sans précédent dans l’histoire du parlementarisme d’inspiration britannique, l’Assemblée nationale a blâmé Yves Michaud pour des propos prononcés 24 heures plus tôt, sans même prendre le soin de citer « l’acte d’accusation », comme si ce qu’on lui reprochait était trop grave pour