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août 29, 2010

La galerie des juges

Dans sa série « Où vont vos impôts? », le Journal de Québec s’est intéressé dimanche au déménagement de 10 photos de juges de Québec à Montréal, opération pour laquelle la SIQ a facturé 26 000$ à la Justice.

On comprend qu’il ne s’agissait pas seulement d’apporter des photos encadrées de petites dimensions à Montréal (ce qu’un commis aurait pu faire avec un VUS) et de les accrocher au mur (ce qui aurait requis dix crochets valant quelques dollars). Les photos ont été uniformisées (ce qui a demandé des travaux de numérisation, des retouches photographiques, des impressions numériques et des encadrements) puis installées sur des rails accrochées sur des panneaux de chêne dans un couloir du 17e étage du palais de justice de Montréal.

La dépense est-elle exagérée? Disons que c’est assez cher, même si l’opération tient plus de l’aménagement d’une galerie que d’un simple déplacement de 10 photos encadrées des juges (en chef, associés et adjoints) qui ont occupé ces fonctions depuis 1983.

La vraie question me semble ailleurs : pourquoi a-t-on déménagé à Montréal des photos qu’on accrochait, depuis 1983, au palais de justice de Québec? Les bureaux du juge en chef actuel de cette cour étant à Montréal, on a choisi, explique-t-on au Ministère, de les déménager plus près de son lieu de travail. D’où la question suivante : mais pourquoi donc le juge en chef de la Cour supérieure, tout comme d’ailleurs le juge en chef de la Cour d’appel, n’ont pas TOUJOURS leurs bureaux dans la ville qu’on désigne communément comme la capitale. Il y a probablement une chinoiserie dans la loi des tribunaux qui justifie que le nouveau juge en chef traîne avec lui le « siège social » de la cour. Au ministère de la Justice, d’après l’article du Journal de Québec, on ne pouvait pas dire « pour quelles raisons ces photos étaient à Québec », comme s’il s’agissait d’une situation incongrue.

Une autre dimension de cette affaire ne manquera pas de faire sourciller. Le journaliste n’a pas pu photographier de près les œuvres qu’on a ainsi réinstallées à grand frais dans un endroit pourtant accessible au public. Il a du se contenter d’une vue d’ensemble pour que les lecteurs ne puissent pas distinguer les visages et les noms.
Pourquoi donc? « Raisons de confidentialité ». D’après une adjointe exécutive du palais de justice, « la jurisprudence, lorsqu'il s'agit de prendre des photographies, entre autres de personnes, est que celles-ci ne peuvent être utilisées ou reproduites sans leur consentement».

Dans quelle cause cette jurisprudence a-t-elle été établie? S’agit-il d’une disposition particulière pour les juges?
On comprend qu’il serait inconvenant d’en faire des cartes postales mais faudrait-il demander une permission à chacun de ces personnages pour ramener leur binette en souvenir d’un passage au Palais? La procédure s’applique-t-elle aussi aux portraits des présidents à l’Assemblée nationale et des maires à l’hôtel de ville? Y a-t-il une exception pour les morts?

Une dernière question, avant de sombrer dans l’absurdité : si le prochain juge en chef est choisi parmi les juges en poste à Québec, ramènera-t-il les photos de ses prédécesseurs dans la capitale?

août 23, 2010

Les poissons ne sont pas tous dans le Bowl

Dans un texte publié par Le Soleil le 29 juillet (« Affichage commercial: l'anglais s'impose à Québec »), Annie Morin a montré comment l’affichage commercial contourne la Charte de la langue française. « Le marchand de vêtements Urban Outfitters s'installera bientôt rue Saint-Joseph, écrit-elle, dans le quartier Saint-Roch, non loin de Mountain Equipment Co-op. Pendant ce temps, Old Navy, American Apparel, The Children's Place et Feetfirst prospèrent dans les centres commerciaux de Sainte-Foy ».

La loi 101 a beau réglementer l'usage du français dans l'affichage public et la publicité commerciale, l’Office québécois de la langue française (OQLF) est impuissant lorsque les noms d'entreprises sont enregistrés comme marques de commerce. Les multinationales, surtout américaines, se surpassent « pour créer une marque qui résiste aux particularités régionales et qui est donc plus facile à implanter ».

Une publicité du même journal nous apprenait en juin qu’on pouvait trouver, « enfin chez nous! », plus précisément à Lévis, un restaurant FISH BOWL. Comment avons-nous pu nous en passer si longtemps?

Encore un multinationale genre McDo, Eastside Mario’s, et autres Tao’s? Non, deux petites Cantin franco-ontariennes ont choisi ce nom pour leur premier restaurant établi à Barrie (http://www.restaurantsfishbowl.com/fr/main-nav/historique/). Elles en ont ensuite ouvert deux autres succursales en Ontario (Sudbury et Timmins) puis une quatrième à Lévis cette année.

Pourquoi Lévis? C'est le berceau des premiers Cantin au Canada.

N’est-ce pas émouvant?

Comme le veut le dicton bien connu, « on n'est jamais si bien (as)servi que par soi-même ».

août 13, 2010

Primes de luxe

La Ligue des contribuables s’est une autre fois manifestée, à juste titre, à la suite de la démission du ministre de la Sécurité publique qui quitte, à mi-mandat, avec une « allocation de transition » de quelque 150 000$, en attendant un premier chèque de pension qui ne tardera pas, tout comme l’annonce de nouvelles fonctions bien rémunérées. Bref, triple parachute.

L’allocation de transition, rappelons-le, a été créée par la loi qui a rendu la pension moins accessible, en 1982, en reportant l’âge minimum à 55 ans. Comme son nom l’indique, cette allocation devait aider à se « r’virer d’bord » les députés sortants qui ne seraient pas admissibles à la pension ou trop jeunes pour la toucher. À l'époque, quelques députés s’étaient trouvés dans des situations difficiles, incapables de se replacer sur le marché du travail ; dans un élan d’humanité, et de grande générosité, le législateur a rendu la mesure universelle, applicable même quand le besoin n’a rien d’évident, notamment quand la transition consiste à... prendre sa retraite !

D’après une dépêche émise par la Presse canadienne le 9 août, le premier ministre s'est contenté « d’affirmer que ce sont les règles de l'Assemblée nationale qui s'appliqueraient, tout simplement »; le démissionnaire, aurait-il déclaré, « s'est dévoué de manière exceptionnelle au service de ses concitoyens ». Ceci justifiant visiblement cela.

On aurait juré entendre un prof de chimie ou de physique, un Lavoisier causant de la loi de la conservation de la matière ou Newton expliquant la loi de l’attraction universelle. La fatalité, quoi ! Autrement dit, « Que voulez-vous? »

On est pourtant loin des lois de la nature mais bien plutôt dans le domaine des règles d’origine humaine qu’on peut changer lorsqu’elles s’avèrent déraisonnables et qu’on a les deux mains sur le volant.

août 10, 2010

Les prétendus « gaspillages » de la Vérificatrice générale

Les journaux de Québécor sont partis en guerre contre le gaspillage dans l’administration publique. Reportages, listes d’engagements financiers, statistiques, on ne ménage rien pour débusquer les dépenses qui semblent injustifiées.

Rien à redire en principe : c’est le rôle de la presse d’avoir le gouvernement à l’œil mais il ne faudrait quand même pas charrier.

La « capture » de la semaine est la Vérificatrice générale du Canada. Le Journal de Québec du 9 août consacre deux grandes pages à des « formations douteuses » dont elle aurait fait bénéficier son personnel, en mettant l’emphase sur la somme de 345$ dépensée pour que l'UN de ses employés participe à UN atelier de renaissance (rebirth). On est loin des montants donnés au Parlement en « allocations de transition » et il faudrait plus d’information sur LE cas pour en évaluer la pertinence.

Le texte mentionne que le Bureau du vérificateur a déboursé 445 816 $ en 2009 pour des formations suivies par son personnel, qui compte 650 employés. Que représente ce demi-million par rapport au budget total? Le lecteur doit faire le calcul lui-même et mettre les choses en perspective.

Le Journal s’interroge sur le rapport entre le mandat du vérificateur et les cours que TROIS employés ont suivis sur le marxisme, la civilisation romaine et les théories classiques en anthropologie. On s’étonne effectivement, au premier abord, et on reste étonné si on ne sait pas que ces cours s’inscrivent dans un cadre plus vaste. Si l’employeur aide un employé prometteur à obtenir un diplôme de premier cycle universitaire qui pourrait lui valoir ultérieurement une promotion, on imagine que l’employé n’y arrivera pas en suivant trente fois le même cours de comptabilité.

Dépense injustifiée? Perfectionner un employé productif pourrait bien coûter moins cher, en fin de compte, que de recruter et former une nouvelle ressource. Mais, pour le savoir, il faut plus que des chiffres bruts publiés en vrac.

août 06, 2010

Roméo et Juliette (bis)

« Pour le moment, le monde trouve ça « ben cute », du moins officiellement, mais ça peut difficilement durer ».

C'est ainsi que se terminait ma note du 7 mai 2009 sur nos Roméo et Juliette parlementaires. Je pourrais dire « je l'avais dit » mais c'était tellement bien écrit dans le ciel.

Plus difficile d'imaginer comment s'est terminée « l'affaire ». Mais, à tout hasard, avançons une hypothèse sur les derniers mots:

« Ne me quitte pas
Il faut l'oublier
On ne pourra pas
Ainsi continuer

Je t'ai averti
C’est trop demander
Que de traverser
Dans votre parti

Les deux vire-capots
Qui m’ont précédé
Ne m’incitent pas trop
À récidiver

Ne me quitte pas
Etc. etc.

On a vu souvent
Dans le Parlement
Des unions qui durent
Des législatures

Il est paraît-il
Des couples interdits
Mais c’est plus facile
Dans un même parti

Et quand vient le soir
Pour pouvoir durer
Faut pas se faire voir
Sur la Grande Allée

Ne me quitte pas
Etc. etc.

Ne me quitte pas
Je t’inventerai
Des questions plantées
Que tu comprendras

Si les miens critiquent
Trop tes politiques
Je t’avertirai
Sur ton blackberry

Autrement, bien sûr,
En cas de censure
Je m’éclipserai
Pour ne pas voter

Ne me quitte pas
Etc. etc.

Fouillez-moi pourquoi
On a pu penser
Que cette affaire-là
Pouvait continuer?

Il est bien connu
Quand on est complice
Que l’amour est plus
Fort que la police

Ceux qui pensaient ça
N’avaient certes pas
Rencontré les types
Du bureau du whip

Ne me quitte pas
Etc. etc.

Ne me quitte pas
S'il faut maintenant
Finir mon mandat
Sur un arrière-banc

Je démissionnerai
Pour aller veiller
À tes intérêts
Dans ton cabinet

Tenir l’agenda
Faire les jobs de bras
Chauffeur de ton char
Ou garde-du-corps

Ne me quitte pas
Etc. etc. ».

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Excusez-la! Et mille pardons à Brel dont les fans reconnaîtront quelques lignes.

juillet 05, 2010

Note de vacances

Petit dialogue au centre-ville :

— Paraît que le maire de Québec est revenu de Bordeaux avec un… un… lumbago?

— Une autre affaire pour l’hôtel de ville?

— Pour le moment, il reste au lit avec.

juin 25, 2010

Les râleurs de Québec

Après avoir lu le reportage de François Bourque, dans le Soleil de ce matin (« Comment mater les râleurs professionnels »), je pense comprendre pourquoi le maire de Québec veut tellement rajeunir la ville, comme il l’a répété sur de nombreuses tribunes depuis son avènement. L’automne dernier, il avait suscité la colère de la FADOQ après avoir dit, lors d'un déjeuner-causerie devant des hommes d'affaires, que « les aînés ne consomment pas, [...] envahissent les bibliothèques et demandent de plus en plus de services de loisirs et de culture...»

De passage à Bordeaux cette semaine, il y est allé « d'une charge contre ceux qui accaparent selon lui l'espace public », des « quasi-politiques » que ses homologues de Bordeaux et de Strasbourg appellent « râleurs professionnels » ou « spécialistes de la grogne ». Avec ses collègues, il a rebrassé ses notions de sociologie pour définir « la bête » : des gens « très intelligents » et qui ont le temps, des employés de l'État à la retraite, des sexagénaires plutôt que des trentenaires, des universitaires plutôt que des citoyens de quartiers populaires, des hommes plus que des femmes. Bref, je me sentirais visé si le « très intelligents » ne me laissait pas une petite gêne…

Ces « râleurs professionnels patentés » (une expression dont la paternité n’est pas claire), sont embarrassants. « Dans une semaine, comme l’a expliqué le maire (dans une description que le journaliste a jugée caricaturale !), ils peuvent venir le lundi soir au conseil municipal ; le mardi au conseil d'agglomération ; le mercredi à la Communauté métropolitaine ; le jeudi au conseil d'arrondissement ; le vendredi au conseil de quartier ; le samedi, ils peuvent participer à la consultation publique sur un projet ; le dimanche, ils devraient se reposer, mais pourraient participer à un référendum de quartier ou aller s'exprimer auprès du conseil régional des élus. »

Il faudra s’y faire car ce n’est qu’un début. Les baby-boomers, puisqu’il faut appeler les « choses » par leur nom, ne font que poindre et la variété la plus inquiétante pour les politiciens — les retraités du secteur public — est particulièrement répandue à Québec. Ils sont instruits, informés, souvent rompus à la communication orale ou écrite, équipés de nouvelles technologies, et, de plus, familiers avec les affaires publiques, les grandes et les « petites », qui sont souvent les pires.

Pour les politiciens qui argumentent à coup de commentaires cassants et de « je veux », ce serait effectivement plus reposant de gouverner une ville composée de petits couples qui n’ont pas le temps de s’intéresser aux affaires publiques, municipales et autres, malheureusement trop occupés qu’ils sont à bosser en double pour entretenir une maison achetée trop grande et gazer deux chars trop gourmands.

juin 15, 2010

Questions d’éthique

Plusieurs observateurs de la scène politique ont déploré le climat qui a régné en chambre au cours de la dernière session. Le premier ministre n’aurait jamais vécu une telle situation, disait-il, l’opposition étant, nécessairement, la cause de ce mauvais climat, une situation dite sans précédent.

Peut-être avons-nous la mémoire bien courte. Et surtout pas de moyens de mesure. Est-ce plus « bordélique » qu’à la fin du régime Taschereau, du régime Duplessis ou du premier régime Bourassa ? (Que les exemples soient pris en fin de régime est le fruit du hasard, comme on dit au cinéma, et « toute ressemblance avec… etc., etc. »). La question est ouverte. Il faut aussi prendre garde de comparer notre époque de débats télévisés et de nouvelles continues avec « l’ancien temps » où il fallait se fier seulement aux reportages de la presse parlementaire.

Faut-il se scandaliser ? Il y a environ soixante-quinze périodes des questions de 45 minutes par année, ce qui donne une cinquantaine d’heures au total. Et on voudrait que ce soit en plus un genre de thé de 5 heures ? On parle quand même ici de débats parlementaires. L’Opposition harcèle le gouvernement et s’acharne sur certaines questions ? On a vu que, dans certains dossiers, après des jours de négation, il a fallu reconnaître qu’il y avait problème : calendrier scolaire, garderies, affaire D’Amour… Si l’opposition ne s’était pas acharnée (avec l’appui de la presse), on n’aurait rien su.

Par ailleurs, il est certain que la période des questions a changé d’allure. À l’origine, les députés utilisaient une brèche dans le règlement pour demander des renseignements aux ministres. Au fil des ans, cette période de questions née « naturellement » s’est institutionnalisée et, de dérives en tolérances, ce qui s’y passe aujourd’hui ne correspond plus à ce qu’on lit dans les règlements. Selon le règlement de l’Assemblée, les questions « doivent être brèves » (!) mais un « court préambule est permis pour les situer dans leur contexte » (!!). Les questions ne peuvent « 1° comporter ni expression d’opinion ni argumentation ; 2° être fondées sur des suppositions ; 3° viser à obtenir un avis professionnel ou personnel ; 4° suggérer la réponse demandée ; 5° être formulées de manière à susciter un débat » (!!!). Bien malin qui reconnaîtrait là ce qui se passe en réalité à la période des questions.
Faut-il revoir les règlements ? En 1997, le président de l’Assemblée suggéra de les changer pour « les rendre plus conformes à la réalité », le changement des comportements étant devenu impossible.

Les parlementaires ont peut-être un examen de conscience à faire mais il y a plus inquiétant, pour l’image de leur institution, et plus fondamental il me semble, même si la chose ne paraît pas préoccuper grand monde à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison.

Il y a quelques semaines, le premier ministre a congédié son ministre de la Famille qui avait reconnu avoir utilisé à des fins personnelles une carte de crédit de l'agence de sécurité BCIA, entreprise qui fait affaires avec des institutions publiques. Le ministre démis a aussi été expulsé du caucus mais il entend continuer de siéger comme député de LaFontaine. Or, s’il était indigne d’exercer une fonction exécutive et de faire partie du caucus libéral, comment peut-il décemment conserver son titre de parlementaire, le plus important des trois, puisqu’il a reconnu avoir utilisé cette carte pendant qu'il était député ? On attend peut-être de savoir si des dépenses déjà payées avec cette carte ont été aussi remboursées au député par l’Assemblée nationale. La Sûreté du Québec est sur le dossier depuis plus d’un mois, mais, dans ces circonstances, on se met à imaginer une Loi d’accès à l’information qui n’aurait pas mis un couvercle étanche sur les dépenses des parlementaires ou une étude des crédits qui ne soit pas du théâtre.

mai 29, 2010

Charly Forbes (1921-2010)

Le lieutenant-colonel (honoraire) J. Charles Forbes figure parmi les plus remarquables auteurs que j’ai édités, mais, quand il est arrivé, impressionnant, dans l’embrasure de la porte du Septentrion, avec son projet d’autobiographie sous le bras, j’ignorais tout de cet homme dont les écoliers néerlandais apprennent pourtant le nom dans leurs manuels d’histoire.

ForbesCharles-th.jpg

Né à Matane en 1921, entré au Collège militaire à 18 ans, enrôlé à 20, Charles Forbes traverse en Angleterre en 1942 et débarque en Normandie en juillet 1944. Il participe à la percée de Falaise et à la poussée des alliés qui le mène aux frontières du Reich, sur la Meuse, où il est blessé en décembre 1944. Sa participation à la libération de la Hollande et, en particulier, un acte de bravoure sur le pont de l'île de Walcheren, lui valent la Croix de Chevalier militaire de l'Ordre de Wilhem (RMWO), la plus haute décoration militaire des Pays-bas, l’équivalent néerlandais de notre Croix de Victoria. «Il a permis d'éviter que les Allemands fassent sauter des digues et inonder de vastes terrains. Des milliers de personnes auraient pu mourir noyées», a raconté la consule honoraire de la Hollande à ses funérailles vendredi le 28 mai.

Après la guerre, Charles Forbes joint le Régiment des Fusiliers du Saint-Laurent puis le 1er Bataillon du Royal 22e Régiment. En novembre 1950, il se porte volontaire pour servir en Corée où il s'illustre encore, obtenant une médaille de bravoure pour son rôle dans la bataille de la colline 355. Il prend sa retraite en 1965 avec le rang de major.

En 2005 (60e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale), Charles Forbes a pris place dans le salon des Croix de Victoria, aux côtés des Brillant, Keable et Triquet. En 2007, il est fait Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur, la plus haute décoration de la République française, pour sa conduite héroïque et glorieuse au combat.

C'était un homme aux multiples talents, l'un de nos militaires les plus décorés certes, mais aussi un peintre et un musicien; il aurait certainement pu faire du théâtre et sa voix chaleureuse lui aurait permis de faire carrière dans le monde des communications.

J’ai eu le plaisir de travailler avec lui à l'édition de son autobiographie, Fantassin pour mon pays, la gloire… et des prunes, un ouvrage malheureusement inachevé. Un jour, il m'arrive au Septentrion avec son manuscrit interrompu au chapitre où il redevient civil (et qui devait s’intituler « Le choc de la rue »). « J'arrête », me dit-il en me tendant sa liasse de feuilles. Surpris, je lui demande pourquoi. Il m'apprend que sa fille s’est suicidée et qu’il ne peut plus écrire un mot.

C'était probablement la seule chose qui pouvait arrêter « Charly » Forbes.

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Pour écouter Charles Forbes: http://www.vac-acc.gc.ca/souvenir/sub.cfm?source=collections/heros/details&media_id=3291

mai 21, 2010

La mission véritable du Festival d’été

Dans la lettre ouverte qu’elle a fait paraître dans plusieurs quotidiens la semaine dernière (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201005/12/01-4279812-la-mission-du-festival-dete-de-quebec.php), la présidente du conseil d’administration du Festival d'été est venue bien involontairement « rétablir les faits » en faveur des signataires de la lettre du 5 mai, en soulignant la mission première du FEQ : « le Festival doit animer, l’année durant, la ville de Québec, pour tous les gens d’ici et d’ailleurs, avec une fête des arts de la scène et de la rue valorisant la chanson francophone et les projets de création, tout en étant ouverte au reste de la production culturelle dans le monde et à la découverte ».

On ne saurait mieux dire, et rassurer les 25 signataires quant à la justesse de leur démarche. Toute personne qui sait lire comprend que l’essentiel de cette « fête des arts de la scène et de la rue » est d’abord de valoriser « la chanson francophone », tout en restant ouverte, bien sûr, à d’autres formes d’expression. Et on comprend aussi que cette mission justifiait les subventions de l’État... jusqu'à maintenant.

A cet égard, le gouvernement du Québec ne peut plus se mettre la tête dans le sable et se dispenser de revoir sa contribution. Comment peut-on concilier l'allure que prend le Festival cette année avec les conclusions de l'entente intervenue entre le Festival d'été et les FrancoFolies l'automne dernier, au terme d'une négociation demandée par le gouvernement lui-même et les maires de Québec et Montréal? Dans le communiqué émis par les deux festivals le 30 novembre (http://www.infofestival.com/index.php?lang=fr&page=uncommunique&id=126), sous le titre « L’avenir de la chanson francophone avant tout ! » (???), on pouvait lire ce qui suit:

« C’est parce qu’ils ont à coeur l’avenir de la chanson francophone que les organisateurs des FrancoFolies de Montréal et du Festival d’été de Québec en sont venus à une entente. Les deux manifestations musicales pourront ainsi poursuivre leur développement sans se nuire et surtout continuer à faire la promotion de la chanson francophone internationale au Québec. »

Et encore:

« C’est donc avec une énergie et un plaisir renouvelés et dans un esprit de collaboration mutuelle que les programmateurs chevronnés des FrancoFolies de Montréal et du Festival d’été de Québec s’affairent à la mise sur pied de leur programmation avec comme objectif de recevoir à leur événement respectif les meilleurs représentants de la chanson francophone actuelle. »

« Nous sortons tous gagnants de cette entente et la mission francophone du Festival d’été de Québec est protégée », estimait pour sa part Daniel Gélinas, le directeur général du Festival d’été de Québec.

« Mission francophone » : ce n'est donc pas seulement un « volet ». Protégée? On ne pouvait mieux confirmer qu'elle était menacée. Comment expliquer alors que la dimension francophone du festival soit encore plus mince cette année?

mai 10, 2010

À quand des félicitations aux FrancoFolies ?

Il est possible que l’Assemblée nationale ait déjà félicité les dirigeants d’un festival mais on chercherait en vain un autre cas où elle aurait félicité un festival pour sa programmation, comme elle l’a fait jeudi pour le Festival d’été de Québec (FEQ), sans attendre que cette dernière soit complète, et a fortiori réalisée. Il est encore plus étonnant de voir que l’Assemblée félicite le Festival pour une programmation dont le contenu est largement anglophone alors qu’elle n’a pas jugé bon d’en faire autant pour les FrancoFolies de Montréal, dont la programmation est complète (ça débute dans un mois) et naturellement francophone. Est-ce l’influence du gouvernement fédéral qui se préparerait à augmenter la subvention au FEQ après avoir coupé celle des FrancoFolies?

À quoi tient cette disparité de traitement ? L’Assemblée nationale n’aurait tout de même pas un préjugé favorable envers les festivals qui font la promotion de la culture anglo-américaine. Se pourrait-il plutôt qu’une simple lettre ouverte ait ému la classe politique au point de mettre en branle l’ultime instrument que constitue une motion unanime de l’Assemblée nationale ? Ne serait-ce pas le monde à l’envers ? L’Assemblée NATIONALE désavouant un groupe de citoyens qui s'interrogent sur l'application de la politique culturelle officielle de leur gouvernement ?

La question que pose cette lettre n’a pourtant rien de séditieux, ni même d’original. Elle reprend essentiellement ce que disait ouvertement le directeur général du Festival d’été de Québec l’été dernier pendant la controverse avec les FrancoFolies de Montréal : « Je pense à la SODEC. Vont-ils accepter qu’on devienne un gros festival très large avec des grandes vedettes internationales et presque plus de chansons francophones ? » (Québec Hebdo, 12 août 2009). On sait que la crise s’est réglée aussi vite qu’elle avait éclaté, mais fort discrètement, sans qu’on ne sache jamais les termes de l’armistice. Posons la question : si Québec a retraité aussi facilement devant Montréal, serait-ce que le changement de calendrier des FrancoFolies ne dérangeait finalement pas et donnait au Festival d’été de Québec, en fin de compte, le plus beau prétexte pour « ne plus réussir » à trouver des artistes francophones ?

La question lancée par le directeur général du Festival d’été de Québec était pertinente en août denier; elle l’est davantage aujourd’hui, après l’annonce d’une programmation 2010 où le volet francophone s’est encore rétréci. Avec sa motion de félicitations unanime, formulée sans réserve et adoptée sans débat, l’Assemblée nationale ne vient-elle pas donner une absolution inconditionnelle aux dirigeants du Festival d’été de Québec et leur confirmer qu’ils sont dans la bonne direction avec leur « beau programme » ?

mai 08, 2010

De bien belles valeurs

Le député conservateur de Beauce Maxime Bernier va parcourir le Québec afin de vendre « des valeurs conservatrices ».

Dans un discours récent, il a durement critiqué les « irresponsables » qui « vivent au-dessus de leurs moyens et qui nous endettent ». Au sujet des problèmes vécus au Québec, il dit qu’il faut « les reconnaître et les analyser avec la tête froide si on veut leur trouver des solutions ». Il a posé un diagnostic « qui se fonde sur des faits et des données concrètes. La plupart de ceux qui ont réagi négativement l'ont fait sur la base d'une émotion ».

Il a bien raison. On a besoin de guides qui ont les deux pieds sur terre et qui ne nous mèneront dans des aventures risquées. Combien de Québécois se sont fait emberlificoter par des rêveurs et des gens irréalistes qui leur ont conseillé des « valeurs » douteuses comme les PCAA ? Il est temps de revenir à des approches plus conservatrices si on veut assurer notre avenir et celui de nos enfants.

Mais, le doute m'assaille, comme dirait Achille Talon: il parlait bien de placements ? Non ? J’avais compris qu’il allait devenir courtier en valeurs mobilières.

Dommage, il serait sûrement bon dans ça.

mai 02, 2010

L’astuce

L’hommage de Pauline Marois à Robert Bourassa a suscité une tempête. Son exercice d’analyse politique comparée n’a pas eu l’heur de plaire à ses « amis d’en face ». Invoquant l’article 35 du règlement, le leader du gouvernement a tenté de l’interrompre en prétendant qu’on ne faisait pas « ce genre d'intervention en général sur une motion sans préavis ».

Que dit l’article 35 ? Il interdit au député qui a la parole de
« 1° désigner le président ou un député autrement que par son titre ;
2° faire référence aux travaux d’une commission siégeant à huis clos avant qu’elle ait remis son rapport à l’Assemblée ;
3° parler d’une affaire qui est devant les tribunaux ou un organisme quasi judiciaire, ou qui fait l’objet d’une enquête, si les paroles prononcées peuvent porter préjudice à qui que ce soit ;
4° s’adresser directement à un autre député ;
5° attaquer la conduite d’un député […] ;
6° imputer des motifs indignes à un député ou refuser d’accepter sa parole ;
7° se servir d’un langage violent, injurieux ou blessant à l’adresse de qui que ce soit ;
8° employer un langage grossier ou irrespectueux envers l’Assemblée ;
9° adresser des menaces à un député ;
10° tenir des propos séditieux. »

Aucune de ces dispositions (notamment celle qui concerne la sédition…) ne pouvait évidemment s’appliquer à l’intervention de la chef de l’Opposition et justifier l’intervention du président ; ce dernier a vite compris que le leader utilisait un truc vieux comme le Parlement (Duplessis le faisait couramment) qui consiste à invoquer sciemment un article non pertinent seulement pour « changer l’allure du match ». Difficile aussi de convaincre le président que les parlementaires « ne devaient pas tenir des propos susceptibles de soulever des [débats] » alors qu’il venait de constater un « consentement pour débattre de cette motion » !

Pourquoi alors tant d’alarme ? Les citoyens qui n’ont lu que les brefs reportages des journaux et la lettre « profondément » indignée que la présidente du Conseil du Trésor a fait paraître dans au moins deux journaux pour dénoncer la chef péquiste ne peuvent pas avoir une juste idée de ce qui s’est passé. Pour cela, il faut lire son intervention intégrale (http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-1/journal-debats/20100429/16141.html#_Toc260399125).

En quelques paragraphes, madame Marois a souligné deux traits du personnage : ses positions constitutionnelles et la création de deux fameuses commissions d’enquête, la CECO, en 1972 et la commission Cliche, sur l’industrie de la construction, en 1974.

Après avoir évoqué les positions de Bourassa sur l’accord du lac Meech, madame Marois a fait allusion au rapport Charest (qui avait servi de prétexte à Lucien Bouchard pour quitter le Cabinet Mulroney) avant d’ajouter : « On s’étonne, à ce moment, que le gouvernement actuel n’ait pas de positions constitutionnelles ». Et dans la foulée de son rappel sur les commissions d’enquête, elle a ajouté : « Nous souhaitons, donc, que le gouvernement actuel, qui aime bien rappeler la filiation du parti libéral d’aujourd’hui avec le parti libéral d’hier, se montre à la hauteur de son héritage. Qu’il pose un geste courageux, en instituant une enquête publique sur la construction et ses liens avec le financement des partis politiques ».

C’est à ce moment, à la deuxième « prise », que le leader du gouvernement est intervenu. Madame Marois avait pourtant prudemment dit « partis politiques », et non Parti libéral »… Et quand elle a pu reprendre la parole, ce fut pour commémorer brièvement l’élection des premiers députés du PQ ce même 29 avril 1970.

Dans la lettre qu’elle a fait paraître dans Le Devoir de samedi, la présidente du Conseil du Trésor écrit : « Totalement incapable de prendre ses distances de la partisanerie politique qui l'aveugle, Mme Marois aura lamentablement échoué dans sa tentative de s'élever au-dessus de la mêlée et de reconnaître, à sa juste valeur, l'ancien premier ministre du Québec. Grand chef d'État, Robert Bourassa aura été le premier premier ministre du Québec à militer en faveur du droit et de la place des femmes en politique, en créant notamment le Conseil du statut de la femme ».

Difficile de concilier cette analyse avec la lecture des propos de madame Marois qui n’a pas dit un seul mot négatif sur le premier gouvernement de Robert Bourassa, l’objet de la motion, ni sur Robert Bourassa lui-même qui n’est quand même pas « sur les planches » actuellement. Disons qu’elle l’a plutôt ménagé, comme c’est l’usage dans les circonstances. Madame Marois a été généreuse en acceptant de « célébrer », sans exprimer le moindre bémol, le quarantième anniversaire de l’élection d’un chef de gouvernement que son parti a combattu pendant quatre mandats. A-t-elle commis un grave impair que certains commentateurs lui reprochent en « tirant la pipe » au premier ministre actuel dans une circonstance (les motions sans préavis) où on célèbre généralement « la maternité et la tarte aux pommes », et où il n’y a pas de réplique ? Faudra-t-il désormais qu’on négocie aussi le contenu des interventions ? Le gouvernement sera plus prudent à l’avenir quand il sera tenté de souligner des événements qui peuvent donner prise aux astuces. Et, si l’incident peut contribuer à réduire le nombre des motions sans préavis, il aura servi à quelque chose.

avril 23, 2010

Excuses, explications et autres « défaites »

L’actualité nous a bien servis, ces derniers jours, en matière de propos déroutants et d’explications étonnantes. Il faut en savoir gré à leurs auteurs sans qui nous n'aurions peut-être pas compris le fin fond des affaires.

On apprenait le 19 avril que la Commission de toponymie n’acceptait pas de rebaptiser l’autoroute Henri IV, tel que le souhaitait le chef de l’ADQ. Réaction de ce dernier : « C’est triste, c’est malheureux de voir que des bureaucrates sont allés à l’encontre de ce que désirait la population » (JQ, 20 avril 2010).

Les fonctionnaires ont le dos large, surtout pour les lanceurs de couteaux de l’ADQ, mais il ne faudrait pas les charger injustement. La Commission de toponymie n'est pas formée de fonctionnaires mais d’experts choisis hors de la fonction publique comme notre ami Jacques Lacoursière qui sera étonné de se voir qualifié de « bureaucrate ». Sans cette explication, nous aurions pu croire candidement que l'opposition massive des sociétés d'histoire aurait peut-être eu certaine influence.

Furieux de ne pas avoir été traité avec les égards dus à son statut (d’auteur à scandales…), le biographe non autorisé de Guy Laliberté et de Michael Jackson estime que Guy A. et son fou se sont moqués de lui à TLMP, le 18 avril, parce qu’il est… juif. Ils sont donc antisémites. CQFD.

Louis O’Neill a écrit, autrefois : « Le Québécois dit de souche est, paraît-il, facilement envahi par un sentiment de culpabilité. Il est porté à s'excuser quand on lui marche sur les pieds. […] Ses ennemis connaissent son malaise, son sentiment de culpabilité. Ils en profitent. L'astuce est habile qui consiste à lui faire croire qu'il est peut-être antisémite, peut-être même certainement, insinue-t-on ». Fin du commentaire : l’Assemblée nationale pourrait s’en mêler…

Troisième cas et non le moindre. Le 16 avril, des animateurs d’une station radio de Québec ont été blâmés par le Conseil de presse pour des propos jugés « méprisants » et « inexacts » à propos des assistés sociaux et des travailleurs sociaux. Un des animateurs a répliqué qu’il ne se sentait pas visé par la décision car il se décrit, non pas comme journaliste, mais comme un « clown » qui livre des impressions personnelles et ne sent pas la nécessité d’appuyer ses opinions sur des données précises : « J’ai un secondaire cinq. Et on me demande de dire ce que je pense de différents sujets de l’actualité ».

Ce n’est pas moi qui l’ai dit.

avril 12, 2010

« …un exercice des plus périlleux… »

L’affaire Rapaille nous a bien fait rire mais, comme le veut le dicton popularisé par les humoristes de Croc, « ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle ».

Prendre conseil auprès de spécialistes (surtout s’il ne coûte que « cinq cennes »...) aurait été utile. Voici d’ailleurs ce que pense Pierre Balloffet, professeur de marketing à HEC Montréal, du branding, le marquage, qui, nous apprend-il, trouve son origine étymologique dans le mot français « brandon », soit l’empreinte faite sur le bétail avec un fer rouge.

« Marquer un objet, c’est en effet en prendre possession. Ce qui est vrai pour un produit ou un service commercial l’est aussi pour un lieu ou une institution. Les études menées par l’auteur de ce texte dans le cas des villes mettent toutes en évidence le rapport ambigu de la population à l’égard de ce type d’exercice de branding.

« Instinctivement, l’agacement, sinon la résistance de la population, lors de la définition puis de la projection de l’image de sa ville, mettent en relief deux sentiments: une impression de perte d’appropriation ou de spoliation du lieu au profit d’une image qui apparaît comme le reflet d’une identité décidée et imposée; le ridicule perçu d’une image très réductrice, car incapable de rendre pleinement compte de la complexité de ce qui forme en définitive une cité.

« L’image d’une ville, sa réputation, est en effet le résultat dans la durée de multiples gestes et initiatives, parfois heureux, parfois non, souvent contradictoires. C’est de ces mouvements incessants que naît en définitive l’image de la ville. Il est possible de s’interroger sur la pertinence d’un exercice qui vise à définir cette image non plus comme un résultat ou un résidu, mais comme un cadre préalable. Il est difficile de ne pas voir dans cette réduction au dénominateur commun un exercice assez stérile. […]

« La marque est d’abord et avant tout un artifice commercial. […] appliquer sa logique à un autre contexte, celui de la ville, par exemple, est un exercice des plus périlleux, certainement pas neutre ni innocent, dont l’à-propos et la légitimité doivent donc être questionnés [La Presse Affaires, 12 avril 2010, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/201004/12/01-4269427-une-ville-comme-une-image.php ]. »

On aura compris que les Québécois qui ont manifesté leur scepticisme devant cet exercice incongru n’étaient que normaux.

avril 01, 2010

Requiem pour Clotaire

(Air : Mon chapeau de paille)

Dédié à Isabelle Porter

1
À Québec, un chef peu banal
Menait grand cheval de bataille :
Jeter sa « Vieille Capitale »
À la ferraille.
Et vu qu’ici, dans son esprit,
On n’avait pas talent qui vaille
C’est aux États qu’il découvrit
Clotaire Rapaille.

2
Pour attirer les étudiants,
Les visiteurs et la marmaille,
Il cherchait un brillant slogan
À notre taille
(Celle de la ville évidemment…).
De ce projet qui le travaille,
Il discuta en déjeunant
Avec Rapaille.

3
Quand arriva le consultant
Devant Québec et ses murailles,
Il séduisit les habitants
Avec sa gouaille.
On fit quêter exprès pour lui
Trois cent mille balles, et des grenailles.
C’était pas cher pour un génie
Comme Rapaille.

4
Les citoyens avaient la trouille
Que ce projet troublant déraille,
Plusieurs trouvaient gênant qu’on fouille
Dans leurs entrailles.
Bientôt, un journal trop curieux
Se mit à dénicher des failles
Dans le c.v. si merveilleux
Du cher Rapaille.

5
En quelques jours, on vit détruit
(certains en rient, très peu en braillent)
Le capital de sympathie
Du p’tit canaille.
La mairie dut se repentir
Devant la presse et sa mitraille,
Puis, à regret, se départir
De son Rapaille.

6
De cette histoire, la morale :
Pensez-vous vraiment qu’il nous faille
Mener la « Vieille Capitale »
Aux funérailles ?
Depuis quatre cents ans qu’on dure,
Commémorons cette bataille :
« Il a frappé ici le mur,
Ci-gît Ripaille ».


(Pour écouter Mon chapeau de paille, par Conrad Gauthier sur le Gramophone virtuel :
http://amicus.collectionscanada.ca/gramophone-bin/Main/ItemDisplay?l=1&l_ef_l=-1&id=682471.1257122&v=1&lvl=1&coll=24&rt=1&rsn=S_WWWdaaqCQSLi&all=1&dt=MC+|mon|+ET+|chapeau|&spi=-&rp=1&vo=1)

mars 22, 2010

Soldes de fin (?) d’hiver

Une autre tentative pour voir le fond du panier…

L’église Saint-Vincent-de-Paul

La façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul est tombée. Sur la liste des démolitions récentes, elle s’ajoute à la chapelle des Franciscaines et sera suivie du couvent des Dominicains. Ce n’est pas notre pire perte. Peut-être faudrait-il se pencher, avant que les promoteurs ne le fassent, sur les bâtiments plus importants encore dont l’avenir est menacé : la chapelle du Bon-Pasteur, l’église Saint-Cœur-de-Marie, par exemple.

Pour conserver la mémoire de l’église Saint-Vincent-de-Paul, au lieu de lui intégrer quelques pierres insignifiantes, il serait peut-être mieux de donner un nom significatif à l’hôtel qui la remplacera. Pourquoi pas l’hôtel Saint-Vincent ? Le propriétaire ferait la preuve de son engagement en faveur du patrimoine et de son respect du caractère français de la capitale. Sans que ça ne lui coûte un sou.

Saint-Vincent : ça se comprend même dans les deux langues ! Et ça nous changerait des Québec Inn, Lindberg, Plazza et autres Must (sic) qui constituent actuellement les plus nombreux maillons de la chaîne hôtelière Jaro.

French Canadian XGames ?

Organisés par la chaîne ESPN aux États-Unis depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, les X Games offrent un large éventail de compétitions de sports extrêmes : ski casse-cou, planche à neige, motocross, motoneige... Cette industrie se décline en plusieurs versions : Latin XGames, Asian XGames, Global XGames, Junior XGames, etc.

Les 14e XGames d'hiver ont eu lieu à Aspen, Colorado, à la fin du mois de janvier, et le président d'Équipe Québec en rêve pour la capitale (Soleil, 10 février 2010). C’est tout naturel. On a déjà le Red Bull Crashed Ice, le Surf Big Air, le Pound Hockey, le Trip Hockey Bud Light, l’Ultimate Frisbee, etc. Comme l’a dit un ministre il y a quelques semaines (JQ, 13 février 2010) : « Il ne faut pas s’asseoir sur ses oreillers ».

Le mauvais numéro

L’ancien DG du 400e devant la Chambre de commerce française : « Ca prend de gros noms pour attirer les touristes et faire sortir les gens dans les rues, comme l’avait fait George VI lors des célébrations du 300e de Québec ».

Peut-être a-t-il été mal cité (JQ, 24 février 2010) mais rappelons pour mémoire que George VI n’avait que 12 ans en 1908 et n’est monté sur le trône qu’en 1936. C’est son père, George V, qui est venu à Québec mais il n’était alors que prince de Galles.

Le cadeau de la France

Dans le Journal de Québec du 26 février 2010, l’architecte Simon-Pierre Fortier justifie la démarche architecturale qui a mené à la réalisation du Centre de la francophonie. Il réagit vraisemblablement à quelques commentaires négatifs dont le texte de Marie-Paule Tremblay (« Trésors défigurés ») publié dans La Presse du 15 janvier dernier.

L’architecte a techniquement raison : l’intérieur de l’édifice avait été transformé, il était délabré, le travail s’est fait dans le respect des normes et de concert avec les autorités concernées, dont celles qui privilégient « le patrimoine de demain »… Le résultat ? On connaît la chanson : si vous n’aimez pas, vous êtes « réfractaire au changement »…

Mais le problème n’est pas là. Il se situe en aval, dans cette série de manœuvres politico-administratives (dont la France ne serait que partiellement responsable) qui ont fait avorter trois projets de cadeau vraiment porteurs de sens et ont abouti à ce « projet de recyclage ».

250 000$ pour des clichés?

Visiblement ébloui, en sortant de la conférence de monsieur Rapaille, un ancien député-ministre de la région de Québec se dit fasciné de voir le gourou connaître tous les « clichés » concernant Québec...

Ça nous rassure sur ses qualités de visionnaire du consultant: il a vu tout de suite ce que nous savons tous.

Le monde selon Cannon

Le ministre est agacé parce que le chef du Bloc québécois définit son groupe comme des « résistants »; il en déduit que le gouvernement fédéral serait nazi. Peut-être sera-t-il encore plus ennuyé s'il persiste dans sa logique implacable: où sont alors les antisémites?

Des résistants allemands

« Halte au Denglish » (La Presse, 26 février 2010) ! La compagnie allemande des chemins de fer renonce aux anglicismes qui pimentaient sa publicité : « hotline » (renseignements téléphoniques), « flyer » (brochure), et « counter » (guichet) sont bannis. Le ministre des Transports a banni les « task forces » (groupes de travail), « travel management » (bureau de voyage), et autres « inhouse meetings » (séminaires).

Tiens, donc ! Plus de 100 millions de personnes parlent allemand en Europe et l'Allemagne sent le besoin de lancer une campagne contre les anglicismes et l'emprise croissante de l'anglais. Et dire que certains esprits angéliques estiment qu’on s’en préoccupe trop ici.

mars 14, 2010

Ferrat achevé par les Victoires ?

Jean Ferrat est mort le 13 mars 2010. Plus qu’un simple auteur-compositeur-interprète, c'était un personnage hors du commun pour qui le rédacteur de Sarkozy a sorti sa plus belle plume : « Avec Jean Ferrat, c'est un grand nom de la chanson française qui disparaît. Chacun a en mémoire les mélodies inoubliables et les textes exigeants de ses chansons, qui continueront encore longtemps, par leur générosité, leur humanisme et leur poésie à transporter les âmes et les cœurs, à accompagner aussi les joies et les peines du quotidien […]. C’est aussi une conception intransigeante de la chanson française qui s'éteint ».

Mis à part un commentaire de Claude Lemesle, président de la Sacem, on a peu parlé des causes de sa mort : « depuis près d'une année, son état de santé s'était dégradé, a-t-il dit, de même que son moral ».

En fait, ce sont probablement les dernières Victoires françaises de la musique qui l’on achevé.

« Pour nombre de francophones d'Amérique, écrit Alain Brunet dans La Presse du 13 mars, visionner les dernières Victoires françaises de la musique a été troublant. Environ la moitié des numéros prévus au programme se sont déroulés en anglais […]. Et l'on ne compte pas les nominations de groupes ou artistes s'exprimant en anglais. […] Pony Pony Run Run, un groupe frenchy-anglo, y a été sacré « révélation de l'année ». Trois groupes convertis à l'anglais (Slimmy, Revolver et Yodelice) étaient en lice pour « l'album révélation de l'année » et Yodelice est reparti avec la statuette ».

Toujours dans La Presse du 13 mars (coïncidence suspecte), plusieurs artistes francophones expliquent pourquoi ils chantent en anglais. « Les chansons me sont toujours venues en anglais », explique Mark Daumail (du groupe français Cocoon, en entrevue au magazine Télérama), j'ai biberonné à cette culture musicale. La première fois que j'ai écouté du Brel ou du Gainsbourg, j'ai trouvé ça bizarre, carrément laid ». Heureusement qu’il n’écoutait pas Ferrat ! De son côté, notre Pascale Picard essaie de se justifier rationnellement (au lieu d’avouer simplement son déracinement) : « Faire de la musique, c'est de l'art, et je crois profondément que j'ai le droit de choisir mon matériau, comme un sculpteur choisit plutôt le bois que le marbre. Moi, j'ai choisi l'anglais. » La comparaison logique aurait été de dire qu’elle a choisi la guitare au lieu de la cornemuse.

Si Ferrat n’avait pas encore succombé en lisant le cahier « Arts et spectacles » de La Presse, il n’aurait pas survécu de toute façon en prenant connaissance du résultat d’une enquête sur la culture musicale de nos cégépiens (Paul Journet, « Le français, bof ! ») dans la même Presse du 13 mars (vous voyez bien !). « Les chiffres : 64 % des répondants préfèrent la musique en anglais, contre seulement 6 % en français ».

« Il y a plus de variétés en anglais, je trouve », explique Maxime Couillard, 17 ans, du cégep de Terrebonne. « J'aime mieux la musique en anglais parce que je ne comprends pas les paroles. En français, les textes n'ont pas toujours beaucoup d'allure », ajoute son ami Paige Ouellet.

J’espère que Ferrat était déjà mort quand ces lumineux points de vue sont apparus sur le site de La Presse au matin du 13 mars. Ce qui lui restait de moral n'aurait pas résisté en apprenant que, dans les cégeps du Québec, les textes ont beaucoup plus d’allure quand on ne les comprend pas.

mars 10, 2010

La Grande vague est passée tout droit!

Depuis le début de février, Bibliothèque et Archives nationales du Québec expose La grande vague ou La mémoire de l'eau salée à son Centre d’archives de la rue Viger. Le communiqué précise que cette œuvre de deux mètres sur dix mètres est composée de 400 livres scellés célébrant autant de familles pionnières venues de France et qu’elle a été conçue par Marc Lincourt (artiste originaire de Terrebonne mais vivant en France) à l'occasion du 400e anniversaire de Québec.

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(Photo Barbara Laborde tirée de la revue L'Action nationale)

J’ai vu cette œuvre vendredi dernier : c’est à la fois sobre et impressionnant. Les livres ne sont pas arrangés par ordre alphabétique et les noms de familles sont écrits de telle façon qu’ils sont parfois difficiles à déchiffrer lorsqu’ils se trouvent dans les rangées du centre. J’ai été chanceux de trouver rapidement celui de la famille Miville.

L’œuvre est accompagnée d’un petit livre joliment illustré (La grande vague ou La mémoire de l'eau salée, Paris, Talmart, 2008) où l’auteur explique sa démarche. Son texte est précédé d’une introduction du géographe Henri Dorion et suivi d’un commentaire de Renée Viau. Comme on l’écrit sur la quatrième de cette plaquette imprimée en avril 2008, la sculpture « voyagera de Brouage, où elle a été construiite, jusqu’aux rives du Saint-Laurent »; l’itinéraire est tracé : «Brouage – Paris –Tourouvre - Honfleur- Québec – Sept-Îles – Montréal – Ottawa».

Québec? « Il est tout naturel que le Centre d'archives de Montréal accueille cette œuvre spectaculaire, inspirée par l'histoire, la mémoire et la recherche des racines », a souligné Guy Berthiaume, président-directeur général de BANQ, dans le communiqué émis pour lancer l’exposition. Il aurait été encore plus naturel qu’on puisse la voir à Québec mais la Grande vague est passée directement à Montréal sans jamais faire escale dans la capitale quadricentenaire, malgré la participation de la Société du 400e à ce projet et les démarches de l’artiste qui demandait 75 000 $ dollars pour l’ensemble des frais de transport et d’installation. La facture a ensuite été réduite à 30 000 $ et Montréal l’a eue pour 20 000 $. « Trop cher », dit-on à la mairie de Québec. Disons surtout trop peu d’intérêt (voir ma note du 25 septembre 2008, http://www.septentrion.qc.ca/gastondeschenes/2008/09/pas_de_vague.php), à la ville et à la Société du 400e, comme pour tout ce qui ne swignait pas suffisamment.

Au-delà de l’aspect monétaire, une autre question se pose : si Bibliothèque et Archives nationales du Québec avait le budget pour cette opération, pourquoi la Grande vague n’est-elle pas exposée au Centre d’archives de Québec qui serait toujours le « siège social » des Archives nationales, même après la fusion avec la Grande Bibliothèque, selon l’ex-PDG de BANQ ? La direction des Archives nationales « n’a pas bougé de Québec », m’écrivait-elle dans une diatribe (Le Soleil, 26 décembre 2007). Son institution a raté une belle occasion de démontrer que ce n’est pas une illusion.

janvier 31, 2010

Les deux mains sur les rênes

Je ne suis pas monarchiste et je me passerais bien d’un lieutenant-gouverneur mais son abolition requiert un amendement constitutionnel qui aurait l’appui de tous les parlements du Canada, y compris les deux chambres du Parlement fédéral. Ou un OUI clairement majoritaire dans un référendum sur la souveraineté. Alors… En attendant la première éventualité, comme disent les assureurs, il faut vivre avec.

« L'Assemblée nationale et le lieutenant-gouverneur constituent le Parlement du Québec » : c’est l’article 2 de la Loi sur l’Assemblée nationale et le début des problèmes pour les technocrates qui veulent faire entrer ces institutions dans leurs cases comptables. Il fut un temps où l’Assemblée nationale se retrouvait dans la liste des « organismes du gouvernement », une parfaite aberration qu’elle a réussi à corriger, de longue lutte, il y a plus de 25 ans, au nom d’une saine conception du partage des pouvoirs et de l’autonomie du parlement par rapport au gouvernement. C’est donc avec une certaine surprise qu’on voit maintenant des membres de l’Assemblée nationale appliquer le même statut au lieutenant-gouverneur. Surtout que l’Assemblée, elle, s’autogère sans contrôle externe depuis 1982 et n’a plus d’étude de crédits depuis une dizaine d’années. De plus, toujours au nom de l’autonomie du Parlement, elle s’est assuré un statut particulier en matière d’accès à l’information et une longue guérilla contre les médias a permis de mettre les dépenses des députés à l’abri. Faut-il rappeler aussi, comme le lieutenant-gouverneur le précisait lui-même le 30 octobre 2008, que le budget vice-royal est inférieur à celui du whip de l'opposition officielle ?

Lorsque le législateur dit que « l'Assemblée a un pouvoir de surveillance sur tout acte du gouvernement, de ses ministères et de ses organismes » (LAN, art. 4), il ne laisse planer aucun doute sur la nature des organismes qu’il vise : ce sont ceux qui relèvent du gouvernement et on y reconnaît difficilement le lieutenant-gouverneur qui représente constitutionnellement le chef de l’État. Et lorsque le législateur précise plus loin que le secrétaire général de l’Assemblée nationale fournit des copies imprimées des lois « au lieutenant-gouverneur, aux ministères et aux organismes publics visés dans l'article 66 », il est clair que le représentant de la reine n’est pas dans la même catégorie que la Société nationale du cheval de course.

C’est la Loi sur l’administration publique, et non la Loi sur l’Assemblée nationale, qui prévoit que « chaque ministre dépose à l'Assemblée nationale le rapport annuel de gestion de son ministère ainsi que celui des organismes et des unités administratives relevant de sa responsabilité ». La loi prévoit ensuite que « la commission parlementaire compétente de l'Assemblée nationale doit entendre au moins une fois tous les quatre ans le ministre, si celui-ci le juge opportun, et, selon le cas, le sous-ministre ou le dirigeant d'organisme afin de discuter de leur gestion administrative ».

Le lieutenant-gouverneur est-il un organisme « relevant de [la] responsabilité » d’un ministre ? Fait-il partie de « l'Administration gouvernementale » définie à l’article 3 de la Loi sur l’administration publique? Cette loi respecte l’autonomie de l'Assemblée nationale, qui lui est assujettie « dans la mesure prévue par une loi » (art. 4), mais ne prévoit rien de semblable pour le lieutenant-gouverneur, l’autre partie du Parlement. Pourtant, les deux institutions ont des crédits qui figurent au budget et des employés nommés suivant la Loi sur la fonction publique, deux critères qui définissent les organismes dans la Loi sur l'administration publique.

La question est loin d’être claire, d’où le projet de loi dont le lieutenant-gouverneur a pris l’initiative pour préciser les modes de contrôle qui devraient lui être applicables. Reconnaissons qu’il ne s’enfarge pas trop dans les prérogatives royales.

En pratique, et en dépit de ce qui précède, les dépenses du lieutenant-gouverneur ont été soumises au contrôle parlementaire depuis des temps immémoriaux, sans que personne ne s’émeuve de voir les crédits vice-royaux scrutés par la « chambre basse ». En remontant seulement au début de ce siècle, on peut constater que les dépenses du « Bureau du lieutenant-gouverneur » ont été soumises à l’attention de la Commission des institutions lors de l'étude des crédits du Conseil exécutif chaque année pendant le règne de madame Thibault. « Étude », il faut le dire vite, car la seule substance apparaissant au Journal des débats (jusqu’à ce que la presse fasse éclater « l’affaire ») se résume a peu près ainsi :

« Le président : … Est-ce que le programme 1, Bureau du lieutenant-gouverneur, est adopté?
Des voix : Adopté.
Une voix : Sur division. »

On aura noté qu’il s’agit des crédits du « Bureau du lieutenant-gouverneur » et non du lieutenant-gouverneur lui-même, personnage nommé et payé par une autre administration. Le représentant de la reine ne s’est évidemment jamais présenté devant les parlementaires pour cet examen annuel. Les premiers ministres l’ont représenté, selon une tradition le premier ministre actuel a justement expliquée le 27 avril dernier :

« M. le Président, c'est une tradition, c'est dans nos coutumes des crédits, l'occasion pour nous de rendre compte des crédits dont je suis directement responsable, évidemment ceux du Conseil exécutif, ceux qui relèvent du bureau du lieutenant-gouverneur. Plus tard dans la semaine, j'aurai l'occasion de revenir devant vous ― je crois que c'est mercredi ― pour rendre compte des crédits du Secrétariat à la jeunesse, dont je suis également responsable. »

L’Opposition peut tirer sans réserve ni danger sur ce représentant royal nommé par le fédéral dont 90 % des Québécois souhaitent la disparition. Pour ce qui est du premier ministre, on s’attendrait à ce qu’il se garde une petite gêne avant de demander au lieutenant-gouverneur de parader personnellement devant les députés. Nommé par le lieutenant-gouverneur (qui ne fait bien sûr que reconnaître le verdict populaire), le premier ministre est juridiquement le premier conseiller du représentant de la Couronne et c’est à lui (et à ses prédécesseurs) qu’il appartenait de défendre les crédits du « Bureau du lieutenant-gouverneur », en s’assurant au préalable qu’ils étaient défendables.

Pour l’avenir, la proposition du lieutenant-gouverneur (être autonome dans l'exercice de ses fonctions, au même titre que le Vérificateur général, le Protecteur du citoyen et les autres personnes désignées par l'Assemblée, et rendre compte de sa gestion annuellement par le dépôt d'un rapport à l'Assemblée) clarifierait la situation et constituerait un net progrès sur le mode de contrôle traditionnel qui permettait néanmoins aux services du premier ministre de tamiser les dépenses du lieutenant-gouverneur et aux parlementaires, ministériels et oppositionnistes, de poser des questions. Ce ne fut pas le cas et, les responsables du « char de l’État » n’ayant pas gardé les deux mains sur les rênes, le lieutenant-gouverneur a roulé sans freins, la bride sur le cou, pendant une dizaine d’années.

Ceci expliquant peut-être cela.

janvier 22, 2010

Grosse fête !

Le Jour du drapeau s‘est encore passé dans l’indifférence quasi complète : aucune publicité gouvernementale, aucun texte dans mes quatre quotidiens habituels, sauf dans le Journal de Québec qui avait un minuscule article et une mention dans ses éphémérides. Je présume que la Gazette s’est aussi abstenue.

Le ministère de la Justice (et non la ministre) a émis un très bref communiqué à 11 h 20 le Jour du drapeau, communiqué parfaitement inefficace car les citoyens ne sont pas abonnés à Telbec et ce n’est plus matière à nouvelle le lendemain de la « fête » s’il n'y a aucune activité pertinente du côté du premier ministre ou de l'Opposition. Il faudrait dire à la ministre qu'il n'y a plus de journaux du soir.

Le texte du communiqué est plutôt désincarné. Après le paragraphe historique obligé, il contient un commentaire général sur l'importance d'un drapeau pour une nation (sans préciser laquelle), mentionne que le drapeau du Québec arboré devant les édifices gouvernementaux « répond à un besoin de traçabilité des services » (Ô technocratie ! On se croirait dans le dossier des OGM !) et tient à préciser que la Loi sur le drapeau relève de sa responsabilité...

Le communiqué est quand même en avance de deux heures sur celui de l'an dernier qui était sorti en début d’après midi (13 h 44). À ce rythme, dans une douzaine d'années, les citoyens seront informés AVANT le Jour du drapeau (comme c'était le cas il y a quelques années), ce qui donnerait une certaine utilité au communiqué ministériel.

janvier 06, 2010

Recyclage 101

Biscuits Leclerc vient d’investir près de deux millions de dollars dans un nouveau procédé industriel afin de supprimer le plastique multicouches dans ses emballages de biscuits. Les nouvelles boîtes de carton de Leclerc contiennent 50 % de matières recyclées et sont elle-même recyclables.

Les industriels n’ont pas tous la main aussi heureuse. Le café Nabob, qui se targue de donner dans le développement durable, a aussi une nouvelle boite dont les parois sont faites à 100% de matières recyclées et qui est recyclable « si les installations adéquates existent », ce qui n’est pas évident car le fond est en métal, les côtés en carton et le couvercle en plastique. L'art de compliquer le recyclage.

Mais il y a pire. Après avoir désossé un poulet la semaine dernière, je me suis retrouvé avec un contenant en plastique dont le dessous est codé 5 et le dessus, codé 6, le premier recyclable à Québec, l’autre pas.

Il n’y a pas seulement les ours blancs qui ont besoin d’aide.

décembre 31, 2009

L'épidémie

Quelques jours avant Noël, la presse s’est émue du nombre important de députés ayant mis fin hâtivement à leur mandat depuis 2004. C’est le Journal de Québec qui a attaché le grelot (J.-Jacques Samson, « Les déserteurs », 16 décembre, p. 19), suivi du Devoir (Antoine Robitaille, « Chers, chers, les députés démissionnaires », 19 décembre, p. 6). L’affaire a fait long feu, compte tenu de la trêve des Fêtes, mais aussi de l’absence de participation des parlementaires, partis en vacances et sûrement peu enclins à alimenter un débat qui les concerne tous, tous partis confondus.

Vingt-deux parlementaires ont démissionné de 2004 à 2009, soit près de 4 par année. De la Confédération à la fin des années 1970, le Parlement a perdu en moyenne 3 députés par année. Cette moyenne est passée à 3,2 depuis 1980 et à 3,4 depuis 2000. La hausse n’est pas vraiment énorme, d’autant plus que le nombre de sièges est passé de 65 à 125 pendant cette période.

Départs volontaires et involontaires

Un examen plus approfondi des statistiques ouvre cependant d’autres perspectives. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, plusieurs députés ont plié bagages lorsque leur élection a été annulée. Par ailleurs, entre 1890 et 1960, il mourrait en moyenne un député par année. Avec le temps, ces deux formes de départs involontaires se sont raréfiées : les élections annulées se comptent presque sur les doigts de la main depuis un siècle, seulement six députés sont morts en fonction depuis 30 ans et le Parlement n’a vécu aucune de ces deux situations malheureuses depuis 2000. Parallèlement, le nombre de départs volontaires (démission ou nomination à un poste incompatible) a augmenté, au fil des ans, passant de 1,7 par année, en moyenne, de 1867 à la fin des années 1970, à 2,9 depuis 1980 et 3,4 depuis 2000. En conséquence, alors que les départs étaient volontaires dans 57 % des cas de 1867 à la fin des années 1970, cette proportion est passée à 93 % depuis 1980 et à 100 % depuis 2000.

En bref, les élections sont mieux tenues, les députés se portent mieux, des règles administratives plus justes restreignent les nominations partisanes (à la magistrature par exemple) et il ne reste plus qu’une façon de quitter le Parlement avant la fin du mandat : démissionner, ce qui s’est produit 34 fois depuis 2000 (ce qui n’exclut pas la possibilité de voir les démissionnaires nommés quelque part dans les semaines ou les mois suivants).

Une analyse plus pointue révèle un autre phénomène qui contribue à justifier les réactions des médias: 14 des 22 derniers démissionnaires ont quitté moins de 24 mois après l’élection générale et 7 ont posé ce geste dans les 12 mois suivant le scrutin (sans compter le dernier démissionnaire qui a quitté après un an et 6 jours). Le phénomène n’est pas sans précédent. On a vu, par exemple, 6 départs volontaires dans les 12 mois suivant l’élection de 1881 mais ces départs hâtifs se sont raréfiés par la suite et on n’en comptait que 7 dans toute la seconde moitié du siècle dernier.

L’allocation de transition

Associer la prolifération des démissions après 1980 avec l’apparition de l’allocation de transition accordée indistinctement aux vaincus et aux démissionnaires depuis 1983 serait sûrement un raccourci dangereux. Il demeure que le total des démissions depuis 1980 est à peu près trois fois ce qu’il était dans les 30 années précédentes.

A l'époque où la Loi sur les conditions de travail et le régime de pension des députés (1982) a été adoptée, c’est la générosité du régime de retraite qui faisait problème. Un député pouvait toucher une retraite à vie après quelques années de service, quel que soit son âge. Par ailleurs, l’indemnité était inférieure au salaire d‘un agent de recherche. Il fut donc convenu d’augmenter l’indemnité et de rétreindre l’accès à la pension (en suggérant que le coût de l’opération serait nul...), tout en créant une « allocation de transition » pour aider ceux qui n'était pas admissible à la pension à se « revirer de bord ».

Depuis janvier 1983, un député qui démissionne comme membre de l'Assemblée, est défait lors d'une élection ou termine un mandat à ce titre sans être candidat à l'élection qui suit a droit à une allocation de transition égale à deux fois son traitement mensuel pour chaque année complète pendant laquelle il a été membre de l'Assemblée. L'allocation ne peut être inférieure à quatre fois le traitement mensuel ni supérieure à douze fois le traitement mensuel.

A-t-on pensé que ce parachute aurait des effets pervers ? Il faudrait relire les débats pour s’en assurer mais c’était une époque où les démissions étaient assez rares et les nominations partisanes, en voie de disparition. La moyenne annuelle des départs volontaires de 1867 à 1980 (1,7) cache d’ailleurs un creux significatif dans les années 1950-1979 (1,2 départ volontaire par an). Pouvait-on prévoir que cette moyenne rebondirait pour tripler au cours des 30 années suivantes (3,4 départs depuis 2000)?

***

Trente ans après sa création, une réflexion s’impose sur l’allocation de transition, son universalité et ses autres modalités d’application. Plusieurs s’interrogent avec raison sur la pertinence de verser une allocation de transition à un député qui retourne à son emploi antérieur, obtient un mandat électif à un autre niveau (municipal ou fédéral) ou est admissible à la retraite.

Cette réflexion devrait s’accompagner d’un retour à la transparence sur l’ensemble des conditions de travail des parlementaires. Les Comptes publics fournissaient autrefois des données nominales sur les indemnités, les allocations et même les prestations de retraite. On n’y trouve presque plus rien depuis qu’il existe une Loi d’accès à l’information

(Note: Les données ont été compilées à partir de la chronologie du site de l’Assemblée nationale (http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/chronologie/index.html). La rédaction de cette chronologie s’étant étendue sur plusieurs années, il est possible qu’on y trouve une certaine inconstance dans la formulation des entrées. Les démissions causées par l’abolition du double mandat (1874), l’accession au cabinet (réélection obligatoire avant 1927) et l’élection dans deux circonscriptions (permise avant 1952) n’ont pas été prises en compte.)

décembre 27, 2009

Liquidation de fin d’année

Encore une fois, il faut vider le panier qui déborde…

Une décennie extraordinaire : elle se serait écoulée en 9 ans seulement !

C'est reparti ! Après avoir essayé de liquider hâtivement le XXe siècle, voilà que Le Soleil a décidé que « la première décennie du nouveau millénaire » était terminée.

Si le siècle et le millénaire ont débuté le 1er janvier 2001, envers et contre tous les murmures marchands, la première décennie ne se terminera bel et bien qu'à la fin de 2010. Recalculons : la première année de la décennie, du siècle et du millénaire s’est écoulée de janvier à décembre 2001, la deuxième, de janvier à décembre 2002, etc. Inutile de continuer. C’est comme le compte de 10 à la boxe : l’arbitre ne commence pas à compter à zéro.

Le 10 de l'arbitre fait partie de la dizaine, tout comme 1920 fait partie des années dix, 1930, des années 1920, et ainsi de suite. Pas facile à comprendre pour ceux qui se fient aux apparences. Les médias devraient aller au-delà des mirages.

Feu la façade

La ministre a fait son baroud d’honneur, le promoteur s’en tire, évidemment, la ville aussi (elle a accordé un permis sans prendre soin de la faire endosser par le ministère). Saint Vincent-de-Paul est le seul perdant mais il a connu de bien pires misères.

En février dernier, j’écrivais ce qui suit au sujet de la façade (et je me cite, une fois n’est pas coutume) : « On peut gager tout de suite que ce sera plus cher que prévu, plus difficile (on parle déjà de pierres qui s’effritent), plus long aussi, et qu’il faudra demander de l’aide publique ? Sans compter que ce sera au moins assez long pour que tout le monde oublie ça ? ».

On n’a même pas pris le temps de se faire oublier : la façade ne sera plus qu’un souvenir, et son mini-portail, un rappel insignifiant, dont on pourrait bien se passer. Mais, puisque l’hôtel n’a pas encore officiellement de nom, pourquoi ne pas lui donner celui de Saint-Vincent? Ce serait la moindre des choses. Et, ô bonheur !, ça ce dit pareil en anglais !

Une série sur Raymond Malenfant

Le Soleil du 2 décembre nous apprenait que Séries+ présentera une minisérie de fiction sur la vie de l’homme d’affaires Raymond Malenfant à l’hiver 2011. L’œuvre comptera quatre épisodes d’une heure et rappellera sa bataille épique avec les syndiqués du Manoir Richelieu.

Et dire qu’on attend toujours la série que plusieurs équipes ont essayé de faire financer depuis 25 ans sur Papineau.

Des bienfaiteurs de l’humanité

Aux États-Unis, le Sénat et la Chambre des représentants travaillent sur d’importants projets de loi concernant la santé. La réforme Obama, bien sûr, mais aussi deux petits projets de loi qui pourraient procurer un bienfait pour l’humanité.

La Chambre des représentants a adopté par acclamation un projet de loi ordonnant aux chaînes de télévision américaines de baisser le volume des publicités. Un projet similaire portant le nom de CALM (Commercial Advertisement Loudness Mitigation Act of 2009) a été déposé au Sénat.

Le projet de loi charge la Commission fédérale des communications (FCC) d'appliquer les nouvelles règles. En juin, la même FCC expliquait que la notion de volume élevé était subjective et que « le contrôle manuel du volume avec la télécommande reste le moyen le plus simple pour réduire les volumes sonores excessifs »…

On n’y aurait pas pensé....

Vivons heureux, vivons cachés ?

La nouvelle est passée en douce, seul le Journal de Québec en a parlé le 4 décembre. Les 13 administrateurs de la Société du 400e anniversaire de Québec ont plié bagage et Québec les a remplacés par trois hauts fonctionnaires.

Il ne resterait que quelques « modalités administratives » à compléter. Un rapport et un bilan financier, peut-être ? Le c.a. n’a pas réussi à les produire 14 mois après la fin des activités (octobre 2008). Il ne sera pas là pour la distribution des surplus ni pour expliquer comment il a détourné le sens de cet anniversaire.

Au chapitre de la discrétion, il faut citer aussi le Festival d’été de Québec qui a réussi à conclure et annoncer un traité de paix avec les FrancoFolies de Montréal sans en révéler le moindre élément de contenu. Il y a pourtant quelques dollars publics en jeu, là aussi.

Le sens des mots

On se rappellera que, l’hiver dernier, un député avait qualifié de « colonisés » les opposants à la reconstitution de la bataille du 13 septembre. Un lecteur du Devoir s’était chargé de lui rappeler le sens de ce mot : « le colonisé, c'est l'Irlandais ou l'Écossais qui se réjouissait de la domination britannique, l'Algérien qui se réjouissait de la domination française, le Sud-Américain qui se réjouissait de la domination espagnole et l'adéquiste qui se réjouit à l'idée d'être invité à fêter la conquête ». Bref, s'il y avait des « colonisés » dans ce débat, ils étaient dans l'autre camp, le sien.

Le député, dont on taira le nom (et qui s’est tu, d’ailleurs, après cette sortie), n’est pas le seul à éprouver de la difficulté avec le vocabulaire de la période coloniale. « Nous n’avons pas la prétention de dire qu’on va agir comme des colonisateurs, comme j’ai cru entendre », a déclaré récemment le dg du Festival d’été de Québec en expliquant sa position dans le dossier de New Richmond.

« Agir en colonisateur » serait devenu un idéal auquel on peut prétendre?

décembre 10, 2009

La relâche parlementaire

C’était cette semaine la fête de l’Immaculée conception (8 décembre), une journée chômée, autrefois, par les parlementaires. Cette tradition s’est rompue en 1966 mais, 33 ans plus tard, en vertu du calendrier établi dans la dernière vague de réformes, c’est toute la semaine que le parlement est resté silencieux.

Si elle n’a pas l’ampleur de celle de 1984, la réforme parlementaire de 2009 n’amène pas moins plusieurs changements importants, au-delà des innovations technologiques (pétitions sur support électronique, lancées et signées à partir du site Internet de l’Assemblée, audition publique par la technologie de la visioconférence, consultations en ligne, commentaires par Internet sur tout projet de loi ou mandat réalisé par une commission, etc.) qui occupent le premier rang des faits saillants. On note en particulier que, désormais,
• l’élection du président de l’Assemblée se fera au scrutin secret ;
• les circonstances pouvant mettre en cause la confiance de l’Assemblée nationale envers le gouvernement sont clairement définies (une idée qui mijote depuis 1984…) ;
• le gouvernement est obligé de répondre aux pétitions déposées ;
• les commissions parlementaires peuvent siéger à l’extérieur plus facilement ;
• le nombre de commissions pouvant siéger simultanément passe de trois à quatre, lorsque l’Assemblée tient séance, et de quatre à cinq, lorsque l’Assemblée ne siège pas ;
• les personnes nommées par l’Assemblée nationale sur proposition du premier ministre pourront être entendues avant leur nomination par la Commission de l’Assemblée nationale.

De plus, en vertu du nouveau calendrier parlementaire, les travaux parlementaires seront étalés sur une plus longue période, soit dix-huit semaines à compter du deuxième mardi de février, puis douze semaines à compter du troisième mardi de septembre. Les travaux commencent donc désormais un mois plus tôt à l’hiver et à l’automne ; ils se terminent cependant un peu plus tôt en juin et en décembre. La session s’étendra donc chaque année sur 30 semaines au lieu de 24, un changement notable qui permettra à l’Assemblée d’être présente dans les grands débats de société sur une plus longue portion de l’année.

La particularité de ce calendrier est que la Chambre ne siégera pas pendant toute la session. Au début de chacune des périodes de travaux, on fixera des « semaines de travail en circonscription » au cours desquelles ni l’Assemblée ni les commissions ne pourront se réunir, ce qui permettra aux députés de passer plus de temps dans leur circonscription (http://www.assnat.qc.ca/fra/Assemblee/calendrierdetail.pdf).

Compte tenu de ces semaines de « relâche parlementaire », on ne siégera vraiment que pendant 26 semaines, soit 2 de plus qu’avant. Et, comme la durée des travaux intensifs en fin de session (la Chambre siège alors 4 jours par semaine) est réduite à deux semaines au printemps et à l’automne, le nombre de séances passera en réalité de 79 (compte tenu de la semaine après Pâques, où l’Assemblée suspendait déjà ses travaux) à 82, ce qui relativise aussi l’idée que « cette formule accroîtra le contrôle parlementaire en permettant un plus grand nombre de périodes de questions »…

Si on comprend aisément l’idée et la pertinence des « semaines de travail en circonscription » PENDANT la session, ce qui permettra aux députés d’aller prendre le pouls du comté et de souffler un peu, il est plus difficile de saisir la nature exacte de la « semaine de travail en circonscription » qu’on a placée APRÈS l’ajournement du 4 décembre, soit dans la semaine du 7 décembre. Quelle est la différence entre cette semaine et les suivantes, jusqu’à la reprise des travaux le 9 février ? Ce ne sont évidemment pas toutes des semaines de vacances, mais où le député travaillera-t-il alors, s’il n’est pas à Québec ou dans sa circonscription ?

Aussi bien expliquer le dogme de l’Immaculée conception?

décembre 06, 2009

Un œil au beurre noir pour la démocratie

Dans le but fort louable, en théorie, « de permettre aux régions en décroissance de préserver leur nombre actuel de circonscriptions », et de maintenir ainsi leur poids politique, le gouvernement du Québec propose un projet de loi qui fixe un nombre minimal de circonscriptions par région (ce qui préserve les 125 actuelles) tout en permettant au Directeur général des élections d’augmenter le nombre de circonscriptions dans les régions en croissance démographique en fonction de « nouveaux critères » inscrits dans la loi.

La carte qui résulterait de cette opération serait évidemment très différente de celle que le Directeur général des élections avait élaborée en 2008 et qui entrainait la disparition de trois circonscriptions – Gaspé, Beauce-Nord et Kamouraska-Témiscouata (circonscription du ministre Béchard) – et la création de trois nouvelles dans les couronnes nord et sud de Montréal (là où la population a augmenté), pour un total inchangé de 125, le maximum prescrit par la Loi électorale actuelle.

Le dépôt de ce projet de loi a suscité de vives réactions chez les partis d’opposition qui ont accusé le ministre de «jeter à la poubelle» le travail du DGEQ, de jouer les matamores, de travailler en catimini, d’enrober cette pilule amère dans le dossier du financement électoral, de sauver son siège, etc.

La seule chose qu’on n’a pas entendu, encore, c’est une objection de principe au nom de la démocratie. Il est aussi étonnant de ne pas entendre le lobby qui défend l’idée de représentation proportionnelle au nom de grands principes démocratiques, au moment où le gouvernement ajoute une nouvelle exception (le Nunavik), découpé en définitive sur une base ethnique.

Car ce n’est pas seulement le travail du Directeur général des élections qu’on jette à la poubelle mais bien aussi le principe qui guide la confection de la carte électorale depuis les années 1970. Il faut se rappeler à quel point le découpage des circonscriptions était inéquitable antérieurement. En 1962, la région métropolitaine comptait plus de 37 pour cent de la population, mais n'avait que 16,8 pour cent des sièges à l'Assemblée. La circonscription de Laval avait près de 135 000 électeurs, contre 5600 aux Îles-de-la-Madeleine. Malgré quelques aménagements dans les années 1960, la carte électorale demeurait fortement inégalitaire. En 1970, l'Assemblée abolit le privilège qui permettait aux députés des douze «comtés protégés» par la Constitution de 1867 de bloquer tout changement de leurs limites. Ensuite, une commission indépendante a préparé une carte électorale sur la base du principe que les circonscriptions devaient avoir, en moyenne, 34 000 électeurs, tout en acceptant des écarts de 25 pour cent en plus ou en moins.

C’est pour corriger les inégalités et enlever aux politiciens la possibilité de manipuler la carte à des fins partisanes que le découpage se fait depuis plus de 30 ans en fonction de principes clairs par un organisme indépendant dont les membres sont nommés sur proposition du premier ministre approuvée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

Depuis déjà plusieurs années, le processus grince parce que la Commission de la représentation électorale applique la Loi électorale en fonction de l’évolution démographique du Québec tandis que certains députés voudraient qu’elle ignore la réalité. Au fil des ans, en plus des exceptions officielles (Ïles-de-la-Madeleine et Ungava), on a toléré des « exceptions » ponctuelles, c’est-à-dire des écarts qui dépassent largement la norme de 25%. Mais le point de rupture semble atteint : ou bien on applique la loi et des circonscriptions rurales disparaissent, ou bien on change la loi au mépris des principes démocratiques.

Le gouvernement a choisi la seconde option. Peut-être croit-il gagner des points en région (surtout si l’opposition prennait le parti de défendre une loi qui orne le bilan du gouvernement Lévesque, ce qui n’est pas sûr…) mais il s'engage dans une mauvaise voie. A quoi sert en effet de geler la représentation de l’est du Québec si on ajoute ensuite une dizaine de députés dans la région de Montréal? Le poids de l’est ne sera pas plus imposant. Actuellement, 8 députés représentent le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine. Que leur nombre passe à 7 ou à 9 changerait-il vraiment quelque chose dans l’évolution socio-économique de cette partie du Québec? J’ai beaucoup de respect pour le travail réalisé par les députés mais ce sont des agents de développement bien modestes. Si l’État ne veut ou ne peut rien faire pour inverser sensiblement le courant de l’évolution démographique, ce ne sont pas les députés qui y parviendront.

Des régions rurales ont souvent été surreprésentées au Parlement dans le passé. Au milieu du XIXe siècle, des parlementaires de la Côte-du-Sud détenaient la moitié des portefeuilles dans le cabinet Taché-MacDonald (Étienne-Pascal Taché, Jean-Charles Chapais et Hector-Louis Langevin). Un siècle plus tard, les députés de Bellechasse, Montmagny et L’Islet étaient tous trois dans le cabinet Johnson. Cela n’a pas empêché la région de perdre du poids démographiquement.

Si le gouvernement veut empêcher qu’on se retrouve tous en périphérie de Montréal dans quelque temps, il doit y penser tous les jours et, à défaut d’influencer efficacement l’évolution socio-économique des régions périphériques, saisir toutes les occasions qui se présentent pour favoriser une meilleure répartition de la population sur le territoire, à commencer par les gestes qu’il pose dans sa propre administration publique et l’importance qu’il accorde à sa propre capitale. La solution n’est pas de travestir la carte électorale en programme de développement régional!

On a invoqué les difficultés que posent de grandes circonscriptions rurales aux députés qui les représentent, la charge de travail, les distances à parcourir, etc. Ces difficultés sont réelles mais il existe des moyens pour les atténuer. Les allocations mises à la disposition des parlementaires sont déjà modulées selon les circonscriptions et on pourrait probablement trouver autre chose, avant de mettre la démocratie en veilleuse. Ce serait d’ailleurs une belle occasion de revoir certaines de nos « traditions parlementaires » : le député doit-il assister à toutes les funérailles et les expositions de fermières du comté?

Personne encore n’a parlé du coût de cette initiative, au moment où le déficit budgétaire imposera des sacrifices sans précédents. Un député coûte entre 350 000 et 950 000$ par année, selon qu’on calcule les coûts directs (indemnités, allocations, remboursements, etc. payés directement aux députés) ou qu’on divise simplement les dépenses de l’Assemblée nationale par 125. Il faudra bien ajouter des bureaux, des pupitres, voir aggrandir la salle des séances. Réglons pour un demi-million, probablement 10 fois, car il faudra plusieurs nouvelles circonscriptions pour faire en sorte que la moyenne d’électeurs par circonscription dans la région de Montréal ne s’éloigne pas trop de celle de la Gaspésie (sinon le gouvernement pourrait se retrouver devant les tribunaux). La somme n’est pas considérable, presque insignifiante à l’échelle du budget du Québec, mais, si c’est le cas, pourquoi pas 5 000 000$ aussi pour les aidants naturels, l’aide aux devoirs, les centres d’archives régionaux, la protection de la jeunesse, etc.?

Que retiendront les citoyens de cette initiative? Que l’objectif de la mesure est d’alléger le travail de deux ou trois députés, tout en accumulant du capital politique dans autant de régions périphériques et que ceux qui ont adopté cette mesure en sont aussi les bénéficiaires? Ils font pourtant partie d’une institution dont le « fonds de commerce » est la démocratie?

décembre 01, 2009

« E bilingouale titeule? Ouaille? »

La plus importante exposition organisée par la Société du 400e anniversaire de Québec, berceau de l'Amérique française, s'intitulait Passagers/Passengers, titre bilingue imposé par le gouvernement fédéral, commanditaire principal de l'événement.

Le 250e anniversaire de la bataille des Plaines nous a valu une exposition du Musée des beaux-arts du Québec, La prise de Québec/The Taking of Québec, plus modeste mais bilingual as usual, le partenaire étant la Commission des champs de bataille nationaux.

Et voilà que, depuis la fin de septembre, toujours au Musée des beaux-arts du Québec, l’exposition Emporte-moi / Sweep me off my feet aborde « la question de la valeur de l’émotion dans l’art contemporain ».

Un partenariat avec le Smithsonian? le British Museum? Patrimoine-Canada? Non, simplement avec le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, en banlieue de Paris.

D'où le bilinguisme du titre, naturellement.

novembre 22, 2009

Québec-sur-divan

Clotaire Rapaille vaut-il le coût? En fait, il ne coûtera pas vraiment cher à Québec. Cet expert international demande normalement 30 000$ pour une causerie de 45 minutes et au moins 125 000$ par consultation. A 100 000$, comme ça semble être le cas pour Québec, c’est comme entrer chez Fauchon et en sortir avec un petit macaron, pour le plaisir de dire qu’on fréquente les grands traiteurs. « Du seul fait que le nom de Québec s'inscrive dans la liste des clients de ce champion planétaire du marketing ne peut que contribuer à notre notoriété », écrit un chroniqueur ce matin. Une sorte de name dropping. D’autres s’achètent des titres de noblesse…

L’entreprise de ce psychiatre, Archetype Discoveries Worldwide, serait « unique ». D’après la présentation qu’on trouve sur son site (http://www.archetypediscoveriesworldwide.com/), ce n’est pas un consultant (!), il ne fait pas de market research, ne rédige pas de rapports et ne facture pas à l’heure ou à la journée. Il fait des « découvertes » et déchiffre des codes. Il offre à des clients la possibilité de se regrouper dans une « Syndicated Discovery » pour un tarif fixe (flat fee) de 135 000$. Par tête? Probablement, ce qui explique la recherche de partenaires à Québec.

Ce qui intrigue dans cette affaire, c’est la contrepartie. Que lui demande-t-on? Lorsqu’une institution publique prévoit dépenser 100 000, on s’attend à ce que le projet soit explicite, exposé publiquement dans une demande de biens et services et justifié par un besoin. De quoi la ville a-t-elle besoin? Pour le moment, on sait que le maire est allergique à l’expression « Vieille capitale ». Le problème est que cette image n’a jamais fait partie des programmes publicitaires. Comment Québec peut-elle se débarrasser de ce surnom qu’on lui a donné au XIXe siècle? Il suffit de le vouloir … pour que ceux qui l’utilisent de façon désobligeante continuent de l’utiliser. Quant aux autres, ils sont peu nombreux à se réveiller la nuit pour le haïr. Avant l’an dernier, personne ne s’en formalisait. La ville de Québec n’a pas été empêchée de se transformer, se développer, s’enrichir, vivre un quasi plein emploi, « retrouver sa fierté » (comme si elle l’avait déjà perdue), s’élire un maire rocker

Clotaire Rapaille aurait pour mission de « saisir l’âme de Québec », de décoder la capitale, tout en changeant son image de marque. Voilà qui pourrait bien s’avérer contradictoire mais cet homme vit assez bien avec le paradoxe. Son prénom est mérovingien et son nom, un pur canadianisme d’une autre époque qui évoque L’Homme rapaillé de Gaston Miron et les Rapaillages du chanoine Groulx. Ceci ne l’empêche pas de se considérer à l’avant-garde et de se projeter dans le futur. Peut-être constatera-t-il que l’âme de Québec est plus proche de ses vieilles pierres, de ses remparts et de son hôtel-château que du Saint-Roch nouvo, et qu’il hésitera à retirer du portfolio de Québec cet édifice qui serait l’un des plus photographiés au monde. Bien mauvaise stratégie de « discarter » son meilleur atout.

Pour justifier l’embauche de cet expert, on a dit qu’il était « éloquent sur Québec » (comme il l’est probablement sur tous ses clients potentiels…). Il préparerait même un livre qui s'intitulerait Le P'tit Bonheur et traiterait de notre spécificité culturelle. Mais que dit-il en fait? Dans Le Devoir, Josée Blanchette (http://www.ledevoir.com/2008/06/13/193754.html) a résumé ainsi sa vision du Québec :

«Vous n'êtes ni américains, ni français, vous êtes québécois! Une culture faible qui se bat et se défend contre ses voisins, c'est un exemple pour le monde entier, s'exclame-t-il. Il existe trois grandes entités culturelles en Amérique du Nord; elles font appel aux trois cerveaux. Les Américains sont reptiliens, mobilisés par le pouvoir, la violence, la survie. Les reptiliens, ce sont les gangsters de Chicago. Puis, vous avez les Anglos-Canadiens, associés au cortical, civilisés, polis, qui s'excusent si on leur rentre dedans. C'est le cortex parental. Enfin, au milieu, le limbique, le Québec. C'est le siège des émotions, le cerveau féminin ».

Voilà qui est bien gentil mais la page d’accueil de son site précise en grosses lettres que « the reptilian always win » !

D’après Justin Boland (http://www.brainsturbator.com/articles/clotaire_rapaille_we_salute_you/), « Rapaille’s greatest success is not any of the work he’s done for major corporations—it’s himself. He is a living brand, and in many ways quite similar to a cult leader ». On ne s’étonnera pas de son pouvoir de séduction auprès des dirigeants d’entreprises : « Rapaille plait à ces hommes d'affaires parce qu'il répond avec une extrême simplicité à leurs plus infantiles besoins d'encouragement, d'autorité et ... d'un vieil oncle français excentrique et pas méchant (He appeals to these executives on the most base level of their most childlike needs for comfort and authority and a sweet, eccentric French uncle)».

Un « king qui parle français »? Accueillons-le sans chauvinisme. Que peut-il nous arriver après le «cube Rubik» de la place de Paris, l’éclairage du pont de Québec et l’aménagement du hall du Centre de la francophonie?

novembre 16, 2009

R.I.P. Falardeau

Dans le Soleil du 12 novembre, Raymond Giroux contribue à donner l’heure juste sur « l’affaire des Plaines » en s’appuyant sur un document de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN), le très officiel Rapport sur le rendement pour la période se terminant le 31 mars 2009. Il faut le féliciter d’avoir gardé l’œil ouvert. Malheureusement, les mises au point, les correctifs et les rétractations attirent rarement les projecteurs.

Le paragraphe qui nous intéresse se lit comme suit :
« …la CCBN avait planifié un projet d'envergure, soit une reconstitution historique des ces batailles qui devait être la plus imposante démonstration du genre au pays et regroupant de 2000 à 3000 reconstituteurs : des passionnés d'histoire qui parcourent le monde pour participer bénévolement à ces évocations d'époque. 100 000 visiteurs étaient aussi attendus pour l'occasion. Toutefois, ce projet a soulevé la controverse au sein de la population et a fait l'objet d'une grande couverture médiatique. Après une période de consultation et d'écoute, la CCBN a été en mesure de mieux cerner la sensibilité des gens face à certains éléments de sa programmation. Elle a donc décidé d'annuler la reconstitution historique et de modifier certaines activités pour offrir une programmation sobre et respectueuse qui rappelle l'importance des événements historiques et les conséquences tragiques du siège de Québec sur sa population civile. La décision d'annuler la reconstitution a également été basée sur le risque de ne pouvoir assurer la sécurité des reconstituteurs et des spectateurs. »

On retiendra que la Commission n’a pas toujours eu le même langage. Aux autorités supérieures, elle met de l’avant SES initiatives alors que, l’hiver dernier, elle ne semblait que prêter ses pelouses pour la réalisation d’une reconstitution par des groupes privés. On sait maintenant que c’est bien un organisme fédéral qui avait organisé le spectacle.

La Commission écrit qu’elle a annulé la reconstitution et modifié « certaines activités pour offrir une programmation sobre et respectueuse », ce qui laisse entendre que ces qualités n’étouffaient le programme initial…

On remarquera enfin que la menace à la sécurité des reconstituteurs et des spectateurs n’est pas présentée comme la principale cause de l’annulation. La Commission semble se repentir mais, avant de donner l’absolution, il faut noter qu’elle invoque l’incompréhension : « Compte tenu du niveau de sensibilité de la population en regard de la Conquête, le type d'activités de commémoration doit être choisi avec grande précaution. Il est nécessaire de présenter l'information s'y rapportant de façon détaillée et claire afin d'éviter toute mauvaise interprétation ». Attendons 2059 : le marketing pourrait s’améliorer!

Il faut lire ce rapport officiel en parallèle avec les propos tenus sur les ondes du FM93 le lendemain. Ayant réussi à mettre la main sur les fameux « messages de menace » qui auraient justifié l’annulation, un journaliste de cette station en a examiné 400 et lu les 20 plus « hots », à son avis, sans réussir à susciter autre chose que des sarcasmes chez l’animateur qui a constaté qu’il n’y avait là aucune menace sérieuse justifiant l'annulation de la reconstitution. Sa conclusion, textuelle : « Aucune menace... Ils les ont inventées...Ni le RRQ, ni Falardeau n’ont menacé » (voir http://www.fm93.com/bouchard-en-par... entre 8h20 et 8h30). R.I.P. Falardeau.

La vérité fait son chemin mais il faudra attendre un bon moment avant d’en savoir plus. L’Histoire pourrait bien confirmer - ce qu’on entend de diverses sources – que de très fortes pressions ont été exercées sur le président de la Commission pour qu’il empêche la tenue du Moulin à paroles, en septembre, ce qu’il a refusé, pour annoncer peu après qu’il quittait ses fonctions. Depuis 1995, le gouvernement féféral ne tolère même pas l'ombre d'une défaite.

octobre 30, 2009

Le fédéral en voie de disparition?

L’éditorialiste en chef de La Presse s’inquiétait récemment de la « disparition du fédéral ». Les partis provinciaux, écrivait-il le 22 octobre, « dénoncent la centralisation fédérale, mais c'est la tendance contraire qui prévaut. Les motions unanimes se succèdent, les concessions fédérales aussi, et les Québécois ont de moins en moins de contacts avec le gouvernement du Canada. Les indépendantistes, en particulier, cherchent à faire disparaître toute trace du fédéral en territoire québécois […] ». Et « les politiciens fédéralistes sont trop couards ou trop malhabiles pour s'interposer efficacement» .

Pourquoi tant d’alarme? Parce que le gouvernement Charest serait « devenu plus gourmand ». Il demande que le fédéral lui cède trois lots situés à l'est de l’Hôtel du Parlement, entre la Fontaine de Tourny et les fortifications, et Ottawa refuse, car ces lots « font partie du Lieu historique national des Fortifications-de-Québec, un site préservé par le gouvernement du Canada ».

L’éditorialiste en chef part sur le mauvais pied. La position du gouvernement du Québec respecte intégralement la motion unanime du 20 mai dernier qui lui demandait de poursuivre les « démarches auprès du gouvernement du Canada afin que l'ensemble des terrains formant la colline Parlementaire, que le gouvernement du Québec loue au gouvernement fédéral depuis 1881, lui soient cédés »; son porte-parole avait alors précisé que la motion concernait « trois lots qui sont de l'autre côté du boulevard Honoré-Mercier et […] un lot, 9 686 mètres carrés, qui se trouvent devant le Parlement ». Pas de surprise, donc, ni gourmandise.

Par ailleurs, l’éditorialiste en chef pourrait bien induire en erreur ses lecteurs qui ne sont pas familiers avec les lieux et qu’il n’aveugle pas de ses lumières. Québec ne réclame pas une partie des fortifications mais une pelouse qui longe ces dernières, une part infime dudit lieu historique et une part infinitésimale des terrains que le fédéral possède dans le Vieux-Québec et les environs. Mieux encore, c’est un terrain que Québec a aménagé à ses frais, dans les années 1880, en aplanissant les glacis, et c’est en vue de faire d’autres travaux d’embellissement qu’il a réclamé, dès 1888, la propriété de cet espace entre Dufferin (aujourd’hui Honoré-Mercier) et les fortifications, et non seulement « du lot se situant juste devant l'Hôtel du Parlement» , comme l’écrit encore erronément l’éditorialiste en chef.

Ce dernier nous sert ensuite le refrain de « l'excellent travail » des fonctionnaires fédéraux. Bien sûr. Les mêmes qui géraient le manège militaire qui a disparu dans un incendie dont les circonstances (gênantes?) semblent bien difficiles à expliquer dans un rapport? Ou ceux qui gèrent les immeubles militaires patrimoniaux de Québec dont on apprenait cette semaine qu’ils sont à près de 50% dans un état médiocre, onze d’entre eux représentant même une menace pour les piétons?

L’entretien des bâtiments que le fédéral tient absolument à garder pour assurer sa présence à Québec lui impose des responsabilités. De son côté, Québec devrait au moins être capable de tondre le gazon.

octobre 29, 2009

Et ce brave Henri IV? (2)

Le changement de nom qu’on a proposé pour l’autoroute Henri-IV suscite des réactions négatives. La Société historique de Charlesbourg s’est prononcée contre par la voix de son président René Cloutier, la Société historique de Québec aussi et d’autres devraient suivre.

Ci-dessous la lettre de monsieur Cloutier.

JOUR DE L’OUBLI

Une lettre circule dans la région de Québec pour demander d’appuyer le changement de nom de l’autoroute Henri-IV en autoroute de la Bravoure. En tant que président de la Société historique de Charlesbourg, j’ai refusé d’appuyer cette démarche en plus de la dénoncer. Il est également préférable d’ignorer le nom du promoteur de cette requête. Il reflète tout au plus l’ignorance qu’il a de notre histoire.

Pour les responsables de la démarche, voilà une malheureuse occasion de démontrer le peu de cas qu’ils font de l’histoire, du devoir qu’ils ont de la respecter, en plus d’abandonner à l’école seule, la responsabilité de l’enseigner. Évidemment c’est une façon facile de se donner des cotes d’écoute sur les ondes et de la popularité sur la scène politique : on est assuré du silence d’Henri IV, mort depuis 400 ans. Quelle bravoure! L’enseignement de l’histoire est l’affaire de tous, de l’école à la famille, des institutions aux médias d’information. Il faut éviter de succomber aux manchettes d’une actualité très passagère. Il doit bien exister des endroits de la région de Québec sans dénomination, que l’on pourrait baptiser comme on le veut, sans effacer une page de notre histoire! S’ils ne vous viennent pas à l’esprit, nous sommes prêts à collaborer pour vous en suggérer.

Par ailleurs qu’a fait Henri IV pour démériter de la sorte et devoir retourner aux limbes de notre mémoire collective? C’est lui qui a permis à Champlain de fonder Québec dont on vient tout juste de célébrer les 400 ans. Veut-on déjà l’oublier? C’est aussi ce roi, symbole de tolérance, qui a refait l’unité de son pays appauvri par des décennies de guerres de religions qui ont empêché la France de développer son territoire d’Amérique depuis le départ de Cartier jusqu’au retour de Champlain. Avec François Ier, Henri IV est probablement le seul monarque français à avoir eu l’intention d’implanter une communauté française viable en Amérique du Nord.

Comme on projette de proposer le nouveau nom de l’autoroute le Jour du Souvenir - ne devrait-on pas plutôt parler de Jour de l’oubli en l’occurrence? - il est urgent que les décideurs réfléchissent à l’erreur qu’ils sont en train de commettre.

Cessons de soumettre l’histoire au service des goûts du jour.

René Cloutier, président de la Société historique de Charlesbourg
20 octobre 2009

octobre 20, 2009

Légende banlieusarde

Travailleuse autonome, madame X utilise Internet depuis qu’il existe. Elle est en communication constante avec plusieurs entreprises et protège évidemment sa connexion sans fil avec un antivirus efficace.

Au printemps 2009, elle constate que son fournisseur de services Internet lui a facturé un supplément parce qu’elle a dépassé le maximum de téléchargement prévu à son contrat. Appel chez le fournisseur au début de mai. Dans une conversation enregistrée (d’après le message téléphonique de l’entreprise), un technicien l’informe sans se faire prier qu’il y a eu des téléchargements énormes dans sa connexion tel et tel jour, entre telle et telle heure. Quelqu’un a réussi à cracker son routeur, à partir de telle date et cette personne se trouvait à 40 ou 50 mètres de son ordinateur. Le technicien ne lui a pas donné l’adresse IP du pirate mais il n’aurait pas été nécessaire de le torturer longtemps pour la connaître.

Non seulement quelqu’un a-t-il utilisé sa connexion pour effectuer d’énormes téléchargements mais il a laissé des traces d’effraction sur son ordinateur sous forme de virus, chevaux de Troie et autres cochonneries, de telle sorte qu’elle doit faire reformater son appareil. Par mesure de précaution, elle s’abonne au service de sécurité du fournisseur et revient à la connexion avec fil. Madame X habite dans «un pavillon de banlieue» depuis une trentaine d’années. Vérification faite dans l’entourage, deux voisins ont été piratés quelques mois plus tôt. Le «problème» est vite cerné.

Plainte à la police en août. En allant aux nouvelles, deux mois plus tard, elle apprend que le dossier a été fermé en septembre. L’enquêteur s’est fait répondre par le fournisseur de services Internet que la plaignante ne se protégeait pas assez et que la présence de virus dans son ordi était la cause des téléchargements massifs!?! Bref, la version informatique de la jupe trop courte.

Si le pirate fait partie de ses abonnés, le fournisseur peut théoriquement mettre fin à ses comportements frauduleux. Si le pirate n’est pas son client, il pourrait porter plainte pour atteinte à son entreprise. En pratique, le fournisseur s’en lave les mains car la fraude touche SEULEMENT ses clients; lui, il encaisse sur tous les plans : facturation des surplus de consommation, abonnement à son service de sécurité, etc.

Moralité : aucune. Le fournisseur de services Internet est une sous-espèce du propriétaire de bordel. Ce qui se passe dans les chambres ne le concerne pas, tant que personne ne brise ses meubles.

octobre 18, 2009

À lire sans rire, sourire ou pleurer

«Du fait que l’accommodement offert est en fait exécuté par la personne en charge de la répartition des dossiers, les évaluateurs et évaluatrices ne sont pas confrontés à un refus de leurs services par le client demandeur d’accommodement.» (http://www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/docs/accommodements_politique_SAAQ_commentaires_Commission.pdf)
• la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse au sujet de la politique que la Société de l’assurance automobile du Québec applique lorsqu’un candidat à l’examen de conduite requiert la présence d’un évaluateur et non d’une évaluatrice; autrement dit, «ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal».

«Nous ne changeons pas notre position. Elle a simplement évolué.» (Soleil, 17 octobre 2009)
• un attaché de presse pour expliquer que le gouvernement du Québec voit d’un bon œil le financement intégral du futur Colisée par des fonds publics alors que le premier ministre, en campagne électorale, et son ministre, en août dernier, considéraient tous deux l'implication du secteur privé comme d'un élément incontournable.

«Les tuyaux n'appartiennent à personne.» (Soleil, 18 octobre 2009)
• un porte-parole de la Ville de Québec, au sujet d'un ancien réseau d'alimentation des réverbères dont les tuyaux ont laissé échapper des gaz toxiques dans le quartier Saint-Sauveur, forçant les citoyens à quitter leurs résidences pendant quelques jours. Probablement des tuyaux sauvages.

«Je pète une coche régulièrement et, si je n’ai pas de raison de la faire, j’en trouve une.» (Journal de Québec, 2 octobre 2009)
• le maire de Québec, sur un aspect de son entrevue dont l'interprétation n'a pas été contestée.

octobre 15, 2009

Dehors les vieux!

Non, ça ne s’adresse pas au président des séances du Conseil municipal, que notre maire a invité à libérer la place (Le Soleil, 30 septembre 2009) parce qu’il est là depuis 16 ans, sans réaliser qu’il en a recruté des plus «vieux» dans son équipe… Il s’agit plutôt du surnom légendaire «Vieille Capitale» que le maire ne trouve pas assez «sexy», et promet de remplacer «par une nouvelle marque de commerce pour mieux vendre la ville de Québec» (Le Soleil, 25 septembre 2009).

Le problème est que les surnoms collent à certaines villes depuis très longtemps sans que les pouvoirs publics en soient responsables (l’expression «Vieille Capitale» n’a jamais été utilisée par l’Office du tourisme et des congrès de la ville), alors que les slogans publicitaires créés de toutes pièces ne durent pas nécessairement. A Paris, on ne sait même pas avec certitude d’où vient le surnom «Ville-Lumière».

«Vieille Capitale» a le mérite de l’originalité, ce qui n’est pas le cas de toutes les «Venise de ci» et les «Perle de ça» qu’on trouve aux quatre coins du monde. Dans le répertoire des surnoms de Wikipedia (une fois n’est pas coutume…), on ne trouve que deux autres «vieilles» soit Toulon, la «vieille militaire», et Bordeaux, la «vieille endormie»! Rien sous «vieux», «old» ou «ancient».

Qui veut-on séduire : des touristes, des immigrants, des Québécois? Les touristes se dirigent naturellement vers le Vieux-Québec (les Vieux Canons et le Vieux-Duluth aussi!) et ce n’est pas l’ancienneté qui les dérange. Au contraire : ils se précipitent sur tous les «vieux quartiers» qu’ils peuvent trouver. Attirer les jeunes familles? Avec un nouveau surnom pour la ville ou un slogan publicitaire? Y a-t-il des exemples de cela quelque part? Ne sommes-nous pas déjà le «Berceau de l’Amérique française»?...

Pour inventer quelque chose de significatif, il faudrait trouver ce qui nous distingue, un produit, un trait de caractère, un aspect géographique… Québec est déjà connue comme le «Gibraltar d’Amérique», c’est quand même mieux que « le Gros village» ou «le Boutt’ de la 20»!

Qu’est-ce qui est distingue Québec depuis quelque temps, sinon son maire? C’est devenu un étalon pour mesurer la qualité des candidats à la mairie, comme dans «Montréal veut un Régis Labeaume». Tablons là-dessus et rebaptisons la ville! Dommage qu’une fin finaude fasse déjà des blagues sur Internet avec son «Monteregis» (http://traceyregina.blogspot.com/). C’eût été un sympathique pied-de-nez aux gens de «Mont-réal»... Mais peut-être un peu «vieux jeu» avec sa référence aux racines latines.

Mieux vaut de l’anglais, avec un accent américain de préférence. Il faut quelque chose qui colle à une ville qui connaît une croissance rapide et soudaine, qui bouge, qui saute et s’éclate.

La «Boom Town»?

octobre 09, 2009

Et le brave Henri IV?

Les partis politiques sont rarement unanimes. Ça leur arrive sur des questions d’une extrême importance, les «intérêts supérieurs de la nation», par exemple. Ou, inversement, quand il est question de peccadilles et de bons sentiments comme «la maternité et la tarte aux pommes». Et surtout s’il n’y a pas (trop) de votes à perdre.

La proposition de changer le nom «autoroute Henri IV» pour «autoroute de la Bravoure» entre dans cette dernière catégorie. Qui donc s’opposera à ce que qu’on souligne «la contribution de ceux et celles qui portent courageusement l’uniforme» ? Au pire, ceux qui sont contre la présence canadienne en Afghanistan resteront indifférents. Plusieurs ont jeté les hauts cris lorsque la ville a changé plusieurs toponymes après les fusions. «Pas MA rue !» Dans le cas qui nous occupe, on comprend qu’il n’y a pas de résidences sur Henri-IV, pas d’adresses civiques en jeu, pas de votes en danger…

La plus ancienne partie de cette artère a été construite en 1953-1954 pout faciliter la circulation vers le centre de Sainte-Foy (secteur de l’église Notre-Dame-de-Foy) et décongestionner la route de l'Église. C’était le «boulevard Henri-IV» qui a été prolongé jusqu'au boulevard Charest, puis jusqu’à l'autoroute de la Capitale. Il atteindra ensuite les territoires de Loretteville et de Valcartier sous le nom d’«autoroute Henri-IV».

Ce toponyme n’est pas apparu par hasard. Roi de France de 1589 à 1610, Henri IV (1553-1610) a été un artisan de la paix; il a mis fin aux guerres de religion (par le traité de Vervins et l'édit de Nantes en 1598), ce qui a ensuite favorisé la relance des expéditions outre-Atlantique. Sa politique de colonisation a permis l’établissement d’un poste de traite à Tadoussac, la création d’une colonie en Acadie et finalement la fondation de Québec qui marque la naissance de l’Amérique française.

S’il y a un souverain français dont le nom peut être associé à Québec, au Québec et au Canada, c’est bien Henri IV et la Commission de toponymie devra être bien armée pour justifier sa déchéance à peine un an après le 400e anniversaire de la capitale. Henri IV ne vote pas mais ce n’est pas seulement un numéro. Les motifs invoqués pour en faire un toponyme ne vaudraient plus ?

septembre 24, 2009

La Presse et le Moulin

L’éditorialiste en chef de La Presse a produit cinq ou six éditoriaux (versions papier et versions numérique) sur le Moulin à paroles. On se serait cru au cœur d’une grave crise menaçant les fondements de l’État... Il ne s’agissait pourtant que d’un spectacle, une histoire du Québec par les textes, et les réactions qu’il a suscitées, dans ce journal en particulier, intrigueront sûrement nos descendants. Comment La Presse en est-elle venue à publier en page éditoriale une photo du coffre de la voiture où Laporte a été retrouvé en octobre 1970 ?
L’Histoire est subversive et on comprend la Société du 400e anniversaire de Québec, sous l’influence déterminante du gouvernement fédéral, d’avoir mis le couvercle sur l’essence même de l’anniversaire qu’on aurait dû fêter en 2008, celui de l’Amérique française. En 2009, le gouvernement du Québec et les autorités de la ville ont préféré ignorer le 250e anniversaire de la bataille des Plaines et de la capitulation de Québec, laissant au gouvernement fédéral, encore, le soin d’organiser une commémoration consensuelle, par Commission des champs de bataille interposée, qui ambitionnait de rallier les vainqueurs et les vaincus dans une bataille d’opérette…
Dans son dernier papier (« Le prochain Moulin », 20 septembre 2009), l’éditorialiste reconnaît du bout de la plume que le ministre Hamad a exprimé son indignation « maladroitement » et que le Moulin a été une réussite « à certains égards ». Il lui reproche cependant d’avoir raté un objectif, celui de tenir un événement rassembleur, et n’a évidemment pas l’élégance de souligner les efforts que les organisateurs ont faits pour l’atteindre, ni, d’ailleurs, le calme et la dignité qui ont marqué ces 24 heures de lecture. Le manifeste du FLQ « a été applaudi », s’indigne-t-il, mais bien malin qui pourrait départager ceux qui acclamaient la prestation du lecteur et les autres. On a aussi applaudi Wolfe, Durham, les évêques qui dénonçaient les Patriotes, Ô Canada
Un texte supprimé (le manifeste du FLQ) et quelques ajouts, dont un discours de Bourassa (autre que celui de juin 1990), des textes de La Fontaine, Laurier et Trudeau (qui en avait un, mais pas assez « représentatif »…) rendraient-ils un autre Moulin acceptable ? L’éditorialiste souhaiterait « un rapprochement avec les fédéralistes », une histoire lue « dans toutes ses nuances », « un événement à la fois pédagogique et rassembleur ». C’est comme espérer la publication d’un manuel d’histoire unique, une idée qui revient à toutes les générations depuis cent ans, et qui se bute à la bête réalité : les Canadiens anglais et les Canadiens français n’ont pas la même histoire.
Les promoteurs du Moulin n’ont pas voulu attendre qu’on arrive à cet improbable consensus et ont invité leurs compatriotes de souche ou de culture française à célébrer leur survivance et leur développement malgré la Conquête et toutes les difficultés qui ont suivi. Le gouvernement du Québec et l’éditorialiste de La Presse n’ont rien trouvé de positif dans cette commémoration. Faut-il s’en étonner ?

septembre 11, 2009

Même pas un oeillet

La controverse autour du Moulin à paroles devrait faire les délices des analystes de l’information. Une étude pourrait porter sur « l’influence des vacances et des longues fins de semaine sur la qualité de l’information ».

Au début d’août, les organisateurs du Moulin ont donné une conférence de presse qui a eu de bons échos dans la presse. Le projet était très clair : en bref, inviter des gens de tous les horizons à venir raconter l’histoire du Québec. Était-il en vacances avec les responsables de sa revue de presse (c’est l’hypothèse optimiste)? Toujours est-il qu’un ministre du gouvernement du Québec n’y a rien compris (autre hypothèse optimiste) et a dénoncé la lecture du manifeste du FLQ sur les Plaines les 12 et 13 septembre. La nouvelle est sortie un vendredi (était-ce voulu?), à la veille d’un longue fin de semaine, un moment où la presse est toujours un peu assoupie et moins critique à l’égard de ce qui se passe et se raconte.

L’intervention du ministre a roulé sur les canaux d’information continue et sur Internet pendant trois jours dans la trajectoire (spin) que le ministre lui a donnée, c’est-à-dire, tout croche. Plusieurs citoyens ont retenu qu’un groupe de personnes se réunirait sur les Plaines le 12 septembre pour faire une lecture publique du Manifeste du FLQ. Avant que les journalistes ne reviennent de congé, l’ornière était tracée. Plusieurs commentateurs n’ont pas pris la peine d’aller aux sources, ce qui leur aurait permis d’apprendre que ce document n’était qu’un des quelque cent textes illustrant l’histoire des Québécois, et quelques autres n’ont pas voulu le faire, préférant utiliser l’événement pour manger du souverainiste. Le plus remarquable à cet égard est l’éditorialiste en chef de La Presse qui a jugé bon de consacrer deux notes sur le blogue de l’édito et deux éditoriaux! Son dernier texte présente le communiqué annonçant la mort de Laporte comme le « vrai manifeste du FLQ » et souhaite qu’on le lise au Moulin, le tout accompagné d’une reproduction du communiqué et d’une photo du coffre de la voiture où le ministre a été retrouvé! On se croirait au beau milieu d’une crise qui menace nos institutions et cette controverse illustre bien comment l’Histoire dérange.

Comme le démontre Simon Gagné dans Le Soleil (11 septembre), le Manifeste du FLQ a été lu ou utilisé dans de nombreuses manifestations artistiques ou autres ces dernières années, sans que personne ne s’en offusque. Radio-Canada le diffuse sur son site. Où est le problème? Le Manifeste n’est ni contaminé, ni radioactif. Il n’a tué personne. Ses auteurs peuvent-ils apparaître en 2009 comme de dangereux exemples pour la jeunesse? Pas plus que d’autres personnages qui seront « représentés » au Moulin, comme les Patriotes, Louis Riel, ou James Wolfe, qui a terrorisé les campagnes autour de Québec en 1759. Dans le Moulin à images, ces deux derniers étés, on a pu voir Denis Lortie tirer sur les pupitres de l’Assemblée nationale et personne n’a imaginé que Robert Lepage incitait à la haine et à la violence. Lortie visait le gouvernement Lévesque, lui, et n’a réussi à tuer que trois humbles fonctionnaires : c’est peut-être moins important.

Les initiateurs du Moulin à paroles ont invité le gouvernement à participer et à contribuer financièrement à une commémoration qui souligne la résistance, la survivance et la résilience des Québécois. Le gouvernement a refusé. Quels que soient ses prétextes, son attitude n’étonne pas. En 2008, il a laissé le gouvernement fédéral orienter le 400e des origines de l’Amérique française à sa manière. En 2009, il ne dépensera même pas un œillet sur la tombe de la Nouvelle-France et de ses héros. C’est logique. Et significatif.

août 23, 2009

Le discours-canular de Fillon

Avez-vous reçu le texte du discours du premier ministre Fillon qui aurait dit aux musulmans français de retourner chez eux s’ils n’étaient pas contents? J’en ai quelques copies, je l’ai reçu cinq fois, au moins, dont deux fois aujourd’hui, je peux vous en fournir. Quoique… Sur le net, le tirage importe peu et c’est bien là le problème.

Ce « discours » est un canular qui circule depuis plus de deux ans. Le premier ministre français l'a évidemment dénoncé sur son blogue (http://www.blog-fillon.over-blog.com/article-18401508-6.html)

« Je dénonce un "hoax" détestable relayé sur le net. Depuis quelques semaines, la toile relaye des propos inacceptables sur les musulmans qui me sont attribués et qui se propagent sous forme de courrier électronique repris par plusieurs blogs. Je vous confirme qu'il s'agit d'un "hoax", en français un canular, détestable, en l'occurrence une fausse déclaration. Ce courrier circule en réalité dans le monde entier depuis plus d'un an et a déjà attribué ces propos à plusieurs dirigeants ou chefs de gouvernement étrangers. J'invite les internautes qui seraient susceptibles de croiser ce canular à le dénoncer. Le web ne doit pas être l'espace des mensonges et de la haine raciste. Ceux qui me connaissent savent que de tels propos sont aux antipodes de ce que je suis, de ce que je pense, de tout mon engagement politique républicain et humaniste. » (Fin de la citation)

Des milliers de personnes se sont fait prendre, comme cela arrive trop souvent sur le net, le Far West de l'information. Il en a été souvent question sur le site des chasseurs de canulars ( http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=76712). Onslir, par exemple, a écrit le 17 avril 2009 dernier :

« Il s'agit d'un détournement d'un message qui fut Canadien (2007) et Australien (2008). Voici quelques liens sur le sujet discuté ici : http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=75205
http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=64281
Bref, bel hoax qui s'internationalise et tous les chefs des gouvernements occidentaux vont finir par y passer. »

Un autre internaute a écrit ce qui suit:

« déjà vu celui là en BELGIQUE en mars 2007 sur Hoaxbuster; ce texte venait du Canada http://www.hoaxbuster.com/hoaxteam/forum_contributions.php?idForum=3152&idMess=55657.
J'ai pas retrouvé le même texte en France ...
Mais l'original vient des USA, comme Paty nous l'a démontré à l'époque (http://www.barryloudermilk.com/About.htm). […]
Cet article a été écrit il y a quelques années par un politicien républicain de droite de l’État américain de Georgie, Barry Loudermilk. L’article, intitule This is America, a d’abord été publié dans un journal local, The Bartow Trader, quelque temps après le 11 septembre 2001. »

En changeant quelques mots, on peut adapter le message à plusieurs chefs de gouvernement.

Certains sont désolés, mais ça n’a rien à voir avec le sens critique. Comme cette internaute repentie :
« Désolée... je retire de suite... habituellement je vérifie, là je n'y ai été que superficiellement et ça me retombe dans la face... encore une fois désolée! [...]
Par contre... qu'il ait ou non dit ces propos, je suis d'accord avec! »

D’accord avec... la fausse nouvelle?

août 21, 2009

Un autre fond de panier

Certains diront sûrement qu’on est rendu plutôt au fond du baril… Enfin. Allons-y quand même car le matériel s’accumule trop rapidement.

Édition payante
Selon des reportages publiés dans les journaux du 20 août, un éditeur montréalais bien connu a donné 1,3 M$ en espèces, un bar, deux voitures, huit (!?) manteaux de fourrures et bien d’autres choses (pour un total de 2M$) à une danseuse du cabaret Chez Parée.

Les auteurs vont nous voir venir : comment les convaincre que l’édition est une industrie peu rentable?

« Fake, Fake! »
L’ex-gardien de but Jonathan Roy essaie de faire arrêter les procédures engagées contre lui. Entre l’incident qui l’a mené en cour et l’acte d’accusation, la Direction des poursuites criminelles et pénales aurait modifié sa position sur les incidents de ce genre; jusqu’à ce moment, il n’y avait poursuites que s’il y avait des blessures.

D’après l’avocat de l’accusé, « quand il a sauté sur la patinoire, Jonathan Roy était en droit de s’attendre à ne pas être poursuivi s’il n’infligeait pas de blessures à un adversaire en vertu de la directive datant de 1977 » (JQ, 19 août 2009).

Pourquoi, diable, a-t-il frappé sur son adversaire à tour de bras, après lui avoir arraché son casque, s’il ne voulait pas le blesser? S’agissait-il d’un combat arrangé?

Les bonnes œuvres du PDG de l’Hydro
Chaque jour apporte de nouveaux éléments aggravants dans ce dossier qui n’a probablement pas encore montré toutes ses coutures.

On est parti d’un cas qui devait être unique, selon un porte-parole de l’Hydro. Il y en a eu ensuite un second, mais il ne devait pas y avoir d’autres contribution « à aucun autre établissement secondaire » (Presse, 19 août). Mais le lendemain, on déterrait d’autres cas, dont le Séminaire de Sherbrooke et un high school, sans compter trois fondations qui aident des institutions qui ne sont visiblement pas des universités. Mieux encore, un autre porte-parole reconnaissait candidement qu’elle ne savait pas que son PDG était au conseil d’administration d’un autre bénéficiaire (Conference board). Il serait difficile de contredire le citoyen qui a eu l’impression de se faire bourrer.

Ce dossier pourra servir de cas pour les examens des étudiants en administration publique et en éthique pendant plusieurs années. Et plusieurs intervenants devraient retourner en recyclage et se soumettre à cette évaluation. La ministre des Ressources naturelles ne voit pas de conflit d’intérêts dans la subvention accordée au Collège Notre-Dame. « Pas d’avantage personnel », dit-elle. Comme si c’était un mannequin qui occupait la présidence du conseil d’administration de cette institution. Le directeur des ressources humaines du Collège Brébeuf estime pour sa part que des tranches de 40 000$ par an, « ce n’est pas une grosse somme », comme si le montant de la subvention avait la moindre importance (Presse, 19 août). Peut-être a-t-il été mal cité, ce qui n’est pas le cas de l’éditorialiste de la Presse (18 août) qui joue une défense semblable quand il écrit que « la subvention au collège Notre-Dame représente un dix millième des redevances versées annuellement par l’Hydro-Québec au gouvernement »…

Pourquoi tant d’histoires pour des peanuts?

juillet 30, 2009

Les fleurdelisés bâtards

Il suffit de porter un minimum d’attention aux drapeaux arborés par les institutions publiques québécoises pour constater que plusieurs d'entre elles ne respectent pas les dispositions de la Loi sur le drapeau et ne remplissent pas leurs obligations en matière de pavoisement. On ne parle évidemment pas ici des commerces, des hôtels et des autres établissements privés qui sont encore plus nombreux à pavoiser avec des fleurdelisés bâtards et des fleurs de lis qui ressemblent à peine au modèle défini par le Bureau de normalisation.

L’article 1 de la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec (L.R.Q., chapitre D-12.1) définit le format du fleurdelisé : « La largeur et la longueur du drapeau sont de proportion de deux sur trois » (2:3). On arbore donc normalement des drapeaux qui ont, par exemple, 60 cm sur 90 cm, 120 cm sur 180 cm, etc. La hauteur d’un fleurdelisé est égale aux deux tiers de sa longueur.
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Par ailleurs, le Règlement sur le drapeau du Québec (c. D-12.1, r. 2.1) décrète que le fleurdelisé « doit être déployé de façon officielle par une institution publique ou un établissement relevant de l’Administration gouvernementale afin d’identifier son appartenance à cette dernière ». Il doit donc être déployé sur ou devant les édifices des ministères et des organismes gouvernementaux, des commissions scolaires, des cégeps et des universités, des organismes du secteur de la santé et des services sociaux, les édifices où siègent les tribunaux relevant de la compétence du Québec et les conseils municipaux, les bibliothèques municipales « et en tout lieu où une municipalité déploie sa bannière ». Ce règlement précise que « tout drapeau déployé doit être conforme aux normes du Bureau de normalisation du Québec » qui définit précisément les modalités de fabrication du fleurdelisé et, naturellement, son format légal.

Une simple promenade dans les rues de Québec ou de Montréal permet de constater que plusieurs institutions publiques et parapubliques arborent des drapeaux qui sont de proportion un sur deux (1:2), au lieu de deux sur trois (2:3), alors qu'il est pourtant facile d'acquérir des drapeaux normaux par l'intermédiaire du Centre des services partagés du gouvernement du Québec ou encore aux Publications du Québec.

Est-ce une question de coût ? Faut-il conclure que des organismes publics et parapublics acquièrent leurs fleurdelisés à meilleur coût directement du manufacturier, sans se soucier des normes de fabrication ? Interrogé sur ce sujet, un fabricant a répondu qu’il avait des fleurdelisés de format 1:2 dans son catalogue « pour répondre à des demandes venant de certains organismes publics ».

S’agit-il de simple ignorance ? Possible, mais on notera que l’université Laval arborait un fleurdelisé hors normes jusqu’à tout récemment et que la Grande Bibliothèque en a encore un, comme en témoigne cette photographie prise en juin 2009.

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Dans le cas des institutions qui pavoisent simultanément aux couleurs du Québec et du Canada, le motif de « l’infraction » serait d’ordre protocolaire. En effet, le fleurdelisé et l’unifolié sont foncièrement incompatibles. Un fleurdelisé normal qui a la même longueur qu’un unifolié, disons 60 cm, est plus grand que ce dernier à cause de sa largeur (40 cm contre 30 cm) ; et, si le drapeau québécois a la même largeur que l’autre, disons, 40 cm, il sera plus petit parce que plus court (60 cm contre 80 cm). On peut arriver à leur donner la même surface mais ils n’auront jamais la même forme. Afin d'avoir des drapeaux de même grandeur, plusieurs institutions publiques « accommodantes » croient alors résoudre la quadrature du cercle en se procurant des fleurdelisés fabriqués selon la norme canadienne (1:2), au mépris de la Loi sur le drapeau (comme les incite d’ailleurs le catalogue du plus important fabricant de drapeau de la région de Québec avec son illustration fautive du fleurdelisé). Rares sont celles qui font l’inverse, ce qui serait pourtant plus logique et plus respectueux envers l'État auquel elles appartiennent.

Sur une page consacrée au fleurdelisé, le site Internet du gouvernement du Québec rappelle les normes de fabrication du drapeau et invite les citoyens et les administrations à « demeurer vigilants à cet égard et [à] n’utiliser que des drapeaux de format légal ». Le citoyen peut effectivement signaler les anomalies à la personne responsable du dossier au ministère de la Justice et il arrive que la situation soit corrigée. À la longue, on pourrait théoriquement amener un par un les administrateurs publics à respecter les lois et les règlements qui les gouvernent en matière de pavoisement, mais ce serait plus simple et plus efficace si la ministre chargée de l’application de la Loi sur le drapeau prenait ses responsabilités et, à défaut de contraindre les fabricants à respecter la loi et les normes du Bureau de normalisation, demandait la collaboration de ses collègues ministres pour adresser un rappel aux institutions qui relèvent de leur autorité.

juillet 22, 2009

La faute à l’ordinateur

Mauvaise surprise pour 120 000 abonnés d’Hydro-Québec. Ils subiront une hausse substantielle de leurs mensualités à la suite d’erreurs attribuables au nouveau système informatique de la société d’État. La surprise sera d’autant plus grande que les abonnés touchés sont justement ceux qui avaient opté pour le mode de versements égaux (MVE) pour éviter les variations saisonnières et les mauvaises surprises ! Le versement fixé par Hydro était trop bas ; il faudra combler la différence. Les commerçants assument parfois les erreurs sur le « p’tit change » mais, dans ce cas, Hydro-Québec facturera les kW consommés, au nom de l’équité à l’égard de la clientèle, dit-on, tout en assurant les abonnés qu’elle sera accommodante pour les modalités de paiement.

L’affaire serait très gênante pour n’importe quelle entreprise mais elle l’est encore plus pour Hydro-Québec. Une étude récente du Devoir (20 juin 2009) révélait que les employés d’Hydro-Québec étaient parmi les plus choyés de l’administration publique. Un analyste en informatique (pour ne prendre qu’un exemple au hasard…) y gagne 20 % de plus que ses homologues de la fonction publique ou des commissions scolaires. Le retard salarial moyen des employés des secteurs public et parapublic (administration québécoise) par rapport aux entreprises publiques, comme Hydro-Québec, Loto-Québec ou la Société des alcools du Québec (on notera qu’il s’agit de trois monopoles) est de 15,3 % et il passe à 27,7 % lorsqu’on tient compte des avantages sociaux.

Les écarts ont leur histoire, selon les spécialistes, mais il ne faut pas nous en conter. Les employés de l’Hydro, tout comme ceux des municipalités, n’ont pas connu la « piscine » de 1982 et ils bénéficient depuis des retombées de ce traitement de faveur. On explique aussi ces écarts par la concurrence. « Vous n’imaginez pas comment cela peut être difficile dans des domaines comme l’informatique », se désolait un porte-parole de Loto-Québec. Pas facile de garder les meilleurs, manifestement.

Mais ce n’est pas tout. Au début de cette année, on apprenait aussi que l’entreprise avait décidé de verser des primes à tous ses employés malgré la crise économique ambiante. Environ 120 000 $ pour le PDG (autour de 20 %) et au moins 4,3 % du salaire de base à ses 19 000 employés. C’était déjà bien connu qu’Hydro-Québec était le paradis des primes. La compétence se paie.

En sera-t-il de même l’an prochain ? Aura-t-on trouvé le responsable des erreurs de facturation ? Probablement l’ordinateur, le seul qui n’a pas de prime dans cette boîte. Il doit être en mode « mesures de pression ».

juillet 19, 2009

« Bodies of nobodies »

Une lettre publiée dans Le Soleil (« Bodies or not Bodies », 8 juillet 2009) m’amène à revenir sur l’exposition Bodies. L’auteur de la missive apporte deux points qui me semblent particulièrement à côté de la coche.

Ce n’est pas l’existence de corps non réclamés en Chine ou ici à Québec, la solitude, la pauvreté ou la misère humaine en général qui sont en cause dans ce débat (comme le sugère la lectrice) mais le fait que les organisateurs de Bodies n’ont pas obtenu le consentement des personnes dont le corps est exposé. Questionnée sur ce sujet, la porte-parole du Festival d’été a soutenu que les corps venaient de l’Université de Dalian et qu’il s’agissait de personnes mortes de causes naturelles (Soleil, 2 juin 2009). C’est justement ce que le promoteur Premier Exhibitions prétendait quand il a présenté cette même exposition à New York, jusqu’à ce que le procureur général de l’État l’amène à admettre publiquement qu’il n’en savait rien et que les corps auraient plutôt transité par le Bureau chinois de la police, ce qui n’est pas une voie habituelle pour quelqu’un qui veut « donner son corps à la science »… Surtout qu’en on est à l’état de fœtus.

La Commission de l’éthique de la science et de la technologie (un organisme gouvernemental québécois) a joint sa voix à celle d'Amnistie internationale pour demander au promoteur de rendre publique l'origine des corps exposés à Québec ou, à défaut, d’émettre un avertissement aux visiteurs semblable à celui que le procureur général de l’État de New York a exigé et obtenu. La Commission estime que le flou qui entoure l'origine des cadavres et l'absence de preuves claires et écrites du consentement des personnes dont le corps est exposé, pose problème sur le plan éthique. Or, Premier Exhibitions admet qu'elle ne peut vérifier si les restes humains sont ou non ceux de personnes ayant été incarcérées en Chine.

Le second point soulevé dans cette lettre est plus navrant : « … si l’on se fie aux milliers de visiteurs qui ont déjà foulé les salles de cette exposition, Bodies semble avoir gagné sa légitimité ». Autrement dit, la « cote d’écoute » fait foi de tout. Il y aura évidemment toujours des clients pour les freak shows et ce n’est pas le genre de public qui carbure aux questions éthiques.

Cet argumentation rejoint celle de la direction du Festival qui mesurait la légitimité de l’exposition à l’absence de contestation en juin (JQ, 4 juin 2009) mais qui s’en lave les mains un mois plus tard, quand des critiques fondamentales surgissent, en prétendant que l’affaire n’est pas de son ressort (Devoir, 3 juillet 2009). On s’attend pourtant de la direction d’un organisme quasi public comme le Festival d’été qu’elle élève sa capacité de jugement à un autre niveau et s’interroge davantage sur le sens des activités qu’elle patronne.

juillet 13, 2009

L’hostie d’Harper

Ceux qui font les titres dans les journaux se paient la traite de temps en temps, question de s’amuser, probablement, sourire en coin. Il y a quelques semaines, Le Soleil publiait, sous le titre évocateur « Une femelle écartée », la photo d’une mère orignal égarée dans les eaux du Saint-Laurent… Je collectionnais ces titres autrefois mais j’ai perdu mon dossier en quittant l’Assemblée nationale. Le meilleur du lot chapeautait l’appui d’un fameux lutteur québécois au PQ en 1980: « Un support athlétique »…

Le « Wafergate » ouvre la porte toute grande aux facétieux et les habitués de You Tube ne se privent pas. S’agit-il d’une affaire sérieuse? Oui et non. Même si l’Église catholique a le dos large et encaisse mieux la caricature que certaines autres religions, il demeure que l’hostie consacrée n’est pas une médaille qu’on ramène en souvenir; « Corpus Christi », précise le prêtre en l’offrant aux fidèles, qui répondent normalement « Amen! ». Et non « To take out ».

Un premier ministre ne peut pas connaître tous les rites religieux mais la messe catholique n’est pas une cérémonie exotique et ce n’est sûrement pas la première qu’il voit. Quand on sait avec quelle minutie tous les gestes du premier ministre sont calculés, on serait étonné de savoir qu’il s’est présenté là à l’aveuglette. A-t-il d’autres conseillers que ceux qui formulent les publicités douteuses contre ses adversaires? Au pire, il n’avait qu’à suivre l’exemple de ses voisins, la vice-reine et son conjoint, qui ont fréquenté le grand monde, eux, à droite comme à gauche, et qui ont consommé immédiatement. La vidéo (http://www.youtube.com/watch?v=CwWON7B-i1o&NR=1) montre que le premier ministre a conservé l’objet avec le feuillet qu’il avait à la main. Attendait-il trop poliment que tous les convives soient servis? Un sénateur complaisant placé quelques rangées DERRIÈRE le premier ministre prétend l’avoir vu consommer. Le premier ministre l’aurait-il fait pendant le quart de seconde où il est caché par le prêtre? Il faudrait un miracle.

juillet 09, 2009

Congé de scrutin?

Dans certains matchs de notre glorieux sport national, il arrive qu’un fier-à-bras se plante devant le banc du club adverse et invite les joueurs à se battre. C’est l’image qui vient immédiatement à l’esprit quand on voit le maire de Québec se chercher un punching bag et narguer la chef de l’opposition qui en a pour son « p’tit change » de maintenir à flot un parti qui a eu la malencontreuse idée de tomber en crise à quelques mois des élections.

Monsieur le maire tient le haut du pavé et, pour rester dans le monde du sport, la puck roule pour lui depuis presque deux ans. Le maire L’Allier s’est retiré en laissant une relève qui n’avaient pas l’ombre de son envergure et la mairesse est partie au moment où les plus grands des « petits maires » s’approchaient de la fin de leur vie utile. Le 400e a bien tourné après un long mauvais départ, rassasiant le bon peuple à coups de spectacles accrocheurs gratuits tout en profitant d’une bonne presse partenaire de l’événement. La crise économique épargne Québec qui maintient un excellent taux de chômage, ce qui permet aux citoyens de payer leurs taxes sans trop se poser de questions sur l’évolution des finances municipales. Et c’est reparti cette année avec une autre assiettée de spectacles gratuits.

Une élection sans opposition? Pourquoi pas? On a voté il y a seulement deux ans et tous ceux qui ont déploré le trop grand nombre de scrutins ces dernières années ne devraient pas être mécontents de sauter un tour. Exceptionnellement.

Quant à notre maire, il doit en profiter pendant que ça passe. On verra bien, dans quatre ans, le résultat des projets qu’il qualifie lui-même de « fous ».

juin 24, 2009

Le dessous du panier, la suite

La préparation de la troisième édition de L’Année des Anglais (sortie en août) et un certain nombre d’autres choses m’ayant pris beaucoup de temps, je dois me contenter d’expédier quelques « dossiers » en vitesse, avant qu’ils ne tombent dans l’oubli. Les réactions que j’ai reçues après le premier « dessous de panier » (disons, deux ou trois…) me portent à récidiver.

Bonne nouvelle!
L’architecte Pierre Thibault propose une véritable vision pour le secteur d’Estimauville : un parc, un quartier hautement densifié, un espace circonscrit pour les commerces. Il y a longtemps qu’on n’a pas lu quelque chose d’aussi prometteur pour cette partie de la ville.

Bonne nouvelle?
D’après l’Institut du Dominion, c’est le Québec qui a le meilleur programme d’histoire au Canada (Devoir, 15 juin 2009). Faut-il s’en réjouir? Oui et non.
Seuls le Québec, l’Ontario et le Manitoba exigent de leurs étudiants qu’ils obtiennent la note de passage à au moins un cours d’histoire du Canada au niveau secondaire. C’est étonnant.
Par ailleurs, quand on connaît l’Institut du Dominion, on comprend que la « dénationalisation » qui caractérise le nouveau programme d’enseignement de l’histoire lui soit agréable.

« Double dipping »?
Le Soleil et le Journal de Québec n’ont pas manqué de soulever la « grave » (!) question éthique qui aurait été soulevée si Paul Crête avait été élu et avait touché son indemnité de député québécois et sa pension de député fédéral. Le journaliste du Journal de Québec (30 mai 2009) a vite réglé l’affaire : « Les rentes de retraite payées par les taxes et les impôts de contribuables devraient être versées à ceux qui prennent véritablement leur retraite ».
Un peu court comme solution. Cette question a été étudiée et il n’en est pas sorti de conclusion. Lucien Bouchard est resté seul dans la catégorie « simplicité volontaire » en renonçant à la pension fédérale qu’il avait bien méritée. Le premier ministre actuel a contourné le problème en obtenant de son parti qu’il arrondisse ses fins de mois.
Il y a déjà quelques députés qui cumulent leur indemnité et une retraite du secteur public sans susciter de scandale Et ce n’est pas tout. Que fait-on de ceux qui cumulent une pension de député et un salaire de maire, de conseiller ou de fonctionnaire municipal? Pas besoin de chercher longtemps pour en trouver. On leur impose la simplicité involontaire?
Il faudra s’y faire car les « vieux » sont de plus en plus jeunes; plusieurs retraités seront capables de travailler encore après 35 ans de loyaux services dans la fonction publique ou ailleurs, et ils n’iront pas tous vendre des clous chez Rona pour continuer de toucher le produit de leurs économies.

« Les Hurons respectent de la loi »
La construction de camps par les Hurons dans la réserve faunique des Laurentides soulève une problème d’équité entre les citoyens. Le grand chef des Hurons répond que ses administrés agissent « en toute légalité » (JQ, 7 avril 2009) sur la base des « droits constitutionnels » protégés par le « traité » de Murray!
Ce document reconnu comme un « traité » par des juges (qui n’en ont vu qu’une version tronquée) n’a pourtant établi aucun droit territorial et, en 20 ans, il n’a fait gagner aucune cause devant les tribunaux. Et il aurait pour effet de légaliser la construction de camps dans un espace public?

Fausse publicité gouvernementale
Il y a plusieurs décennies, un hôtelier de Saint-Jean-Port-Joli avait fait éditer une carte postale où on pouvait voir, sur le fleuve, derrière son établissement, des bateaux de croisière dignes des mers du Sud et, plus loin, des montagnes visiblement « importées »... Il n’inventait cependant rien en matière de publicité touristique.
Dans l’Ouest canadien, on a franchi un autre pas récemment : c’est le gouvernement albertain lui-même qui a utilisé un plage d’Angleterre dans une campagne publicitaire provinciale. C’est plus « vendeur » qu’un champ de sables bitumineux.

Des statistiques intrigantes
Comme tous les organismes qui cherchent à tirer de l’argent de l’État en exhibant des chiffres sur les retombées économiques qu’ils génèrent, le Festival d’été de Québec a soutenu récemment qu’il attirait chaque année 1,5 million de festivaliers dont 5% du « reste du monde », i.e. venant d’ailleurs que du Canada, des USA et de la France (JQ, 9 mai 2009).
Le Festival attirerait donc 75000 étrangers par année ou 7500 par jour. À deux par chambre, ils occuperaient à peu près tout ce que le Québec a de lits à louer. Il y a des sceptiques dans la salle.

Et les septiques?
Les médias sont pleins de textes sur la pollution ici et ailleurs dans le monde. Il faudrait avoir vécu en réclusion pour ignorer le b-a-ba de certains problèmes comme le recyclage, le sur-emballage, le smog des poêles à bois, les algues bleues, etc. Comment imaginer alors, en 2009, que des gens achètent un chalet au bord d’un lac « urbain » comme le lac Saint-Charles (qui sert de réserve d’eau à Québec) sans s’inquiéter au préalable de l’état des égouts?
Contraints d’acquitter une facture importante pour rendre leurs fosses septiques conformes à la réglementation municipale, des citoyens sont venus exposer leurs malheurs devant le conseil municipal. « Pas de bon sens », aurait dit le maire, selon un texte du Soleil (16 juin 2009) qui ne précise pas si monsieur Labeaume parlait de la facture ou des citoyens.

« Bodies of nobodies »
À Québec, la controverse sur l’exposition Bodies semble avoir fait long feu. Il y a bien eu quelques lettres ouvertes et des entrevues avec quelques éthiciens, selon qui ne devrait pas exposer des corps sans avoir obtenu un consentement de leur « propriétaire ».
Daniel Gélinas profite des retombées du 400e en matière d’immunité : dans son esprit, si personne ne proteste, c’est qu’il n’y a pas de problème… (JQ, 4 juin 2009). La seule chronique un peu critique sur Bodies est venue de Montréal (Pétrowski). Ici, la presse locale n’a pas « embarqué » et n’a pas révélé son meilleur jour dans ce dossier (Il faut préciser que Le Soleil est partenaire de l'exposition). Ainsi, la porte-parole du Festival d’été a pu affirmer sans rougir que les corps présentés dans Bodies venaient tous de l’Université chinoise de Dalian, en s’appuyant sur les « garanties » de Premier Exhibitions (une entreprise « cotée en Bourse », imaginez!), alors qu’on pouvait lire dans la colonne d’à côté que cette même entreprise avait été contrainte, par le procureur général de New York, de reconnaître que ses corps venaient du Bureau chinois de la police (Soleil, 2 juin 2009)…
En fait, l’entreprise n’en connaît pas vraiment l’origine. Des consentements? On peut parier que les fœtus exposés n’en ont pas donné.

juin 17, 2009

Nationaliser la fête nationale?

Sans le savoir, peut-être, Alain Dubuc a exposé le problème fondamental de la fête nationale («Les ayatollahs de la québécitude », La Presse, 17 juin 2009) : « Le 24 juin n'est plus la fête du saint patron des Canadiens-français, mais la Fête nationale des Québécois. Pour un nombre croissant de gens, cela signifie que c'est la fête de tout le monde, y compris des allophones, y compris de la minorité anglophone. Le fait de les associer à la fête, même dans leur langue, est une mesure des progrès accomplis. »

Un progrès? Pour qui? Le 24 juin était autrefois une fête nationale au sens ethnique du terme, comme il en existe légitimement pour de nombreuses autres ethnies. Ce n’était pas une fête d’obligation pour les francophones et les anglophones s’en fichaient royalement tout en bénéficiant d’un congé. Une semaine plus tard, il y avait une fête civique pour les Canadiens avec un autre congé pour tous. Arrive le gouvernement Lévesque qui, en 1977, transforme la Saint-Jean en fête dite « nationale », tout heureux de rompre avec saint Jean-Baptiste et le Canada français.

Le 24 juin est ainsi devenu une fête civique, toujours organisée par les sociétés Saint-Jean-Baptiste ou sociétés nationales, mais désormais largement subventionnée afin de permettre la tenue des grands spectacles qui la caractérisent. On peut se demander d’ailleurs avec quel recul bon nombre de personnes sont intervenues dans le débat qui nous occupe depuis quelques jours : pour un nombre considérable de Québécois, le 24 juin a toujours été une fête civique.

Ceux qui n’avaient pas saisi la conséquence de la décision de 1977 ne peuvent la rater maintenant. Par une curieuse évolution des choses, ce qui était la fête des Canadiens français échappe maintenant aux francophones qui ne sont plus maîtres de leurs propres institutions nationales. On a « fait du chemin », selon Dubuc, qui souhaite aller plus loin et surtout pas s’obliger à culpabiliser les organisateurs de la fête chaque année pour les infléchir vers le multiculturalisme. Il demande au gouvernement Charest de retirer au Mouvement national des Québécois l’organisation de la fête nationale, sous prétexte qu’il s’y trouve trop de « militants » portés sur les « dérapages », la « pensée unique » et le « dogmatisme »? Quelle idée, en effet, de confier une fête nationale à des nationalistes?

Ainsi la boucle serait fermée : après avoir dépouillé la Saint-Jean de son sens fondamental, on en expulserait ceux qui l’organisent depuis 175 ans. Après le 400e anniversaire exproprié de 2008 (monsieur Dubuc s’en souvient-il?), c'est le 24 juin nationalisé.

mai 19, 2009

Le dessous du panier

Commenter l’actualité en dilettante est essoufflant. Les coupures de presse s’empilent dans la boite marquée « entrée » et ne voient pas l’heure de passer dans l’autre. Certaines questions soulèvent vite la polémique : à quoi bon ajouter une note sur un modeste blogue? D’autres tombent dans le vide, comment dire, impunément. Elles « mériteraient » pourtant leurs cinq lignes de gloire. Alors, à défaut d’une plus longue analyse, avant de passer au « classeur rond »…

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Peu de journaux ont évoqué la crise qui secoue le Parlement britannique. Il est question des parlementaires qui ont, écrit Le Devoir, « consommé jusqu’à plus soif les possibilités que leur offre, et non leur permet, le mécanisme inhérent au remboursement des dépenses ». Ce n’est pas ici que ça arriverait : la Loi d’accès [sic] à l’information et la Cour suprême ont mis un couvercle étanche sur ces « matières ».

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Interdire le voile dans les institutions relevant de l’État serait, aux yeux de la ministre responsable de la Condition féminine, faire montre d’intolérance. « On ne peut pas forcer une personne à faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire », a-t-elle confié à la Presse canadienne. Les cadres de son ministère doivent espérer qu’elle a été mal citée.

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L’exposition Bodies, qui présente des corps ou de parties de corps humains, viendrait à Québec. Les médias salivent. Dans Le Devoir des méchants Montréalais « qui-sont-évidemment-jaloux-de-Québec », Christian Rioux rappelle que les expositions de ce genre ont suscité la polémique en Europe au point où les musées publics français ont refusé d’en présenter. Un tribunal parisien en a interdit une pour « manque de décence ». En Allemagne, le porte-parole du parti de la chancelière Merkel a déclaré que c’était « le summum du mauvais goût ». L’écrivaine féministe Germaine Greer estime qu’elle n’a pas plus de raison d’aller voir une exposition de cadavres que de pratiquer le cannibalisme. Même Fort Lauderdale a refusé de présenter une exposition de cadavres humains dans un endroit public. Ils ne semblent pas avoir peur de perdre des touristes en Floride.

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Michael Ignatieff a publié Terre de nos aïeux, quatre générations à la recherche du Canada. Il avait précédemment écrit sur son côté russe; c’est au tour de la branche maternelle, les Grant.
Je n’ai lu que la première phrase : « Aimer un pays est un acte d’imagination ». On lui en souhaite (de l’imagination). S’il n’a pas encore trouvé le Canada après quatre générations….

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Ma lointaine parente et concitoyenne auteure-compositeur-interprète Monique Miville-Deschênes a lancé son premier roman, Chavire. Je ne suis pas assez versé en critique littéraire (et on m’accuserait de chauvinisme de toute manière) pour commenter mais on peut lire les très bons commentaires publiés dans Le Soleil (Voisard) et La Presse (Martel, dont la mère est de Saint-Jean-Port-Joli, pour tout avouer). Curieuse coïncidence dans les deux journaux de Gesca : les critiques auraient souhaité que l’auteure évite les commentaires nationalistes. C’était peut-être nécessaire pour aider les lecteurs qui manqueraient d’imagination.

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L’élection partielle n’est pas encore annoncée dans Rivière-du-Loup qu’un lecteur du Bas-Saint-Laurent dénonce l’éventuel cumul de revenus (indemnité et retraite) dont bénéficierait un certain candidat s’il était éventuellement élu. Ce lecteur a probablement lu une chronique du Soleil sur ce sujet mais ignoré les bémols discrets apportés quelques jours plus tard dans les mêmes colonnes: le cumul appréhendé ne serait pas exceptionnel, ni scandaleux, manifestement, car au moins deux députés ministériels touchent une retraite du secteur public et leur indemnité de député.
En cherchant un peu, on en trouverait d’autres et il faudra s’y habituer avec la croissance du nombre des « retraités actifs ».

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Dans le Journal de Québec, Jean-Jacques Samson s’en est bien tiré avec sa chronique où il évoque la discrimination positive pratiquée par le premier ministre qui pourrait « être forcé de faire monter une députée de moindre calibre alors que des collègues masculins de premier niveau continueront de sécher ». Aucune réaction significative à ce propos ni d’ailleurs au fait qu’on se trouve depuis un bon moment en situation de « non-parité » au Conseil exécutif. En réalité, on est « moins 2 » (14 hommes, incluant le premier ministre, et 12 femmes) et bien loin de l’égalité qui n’est encore qu’un stunt publicitaire.

mai 07, 2009

Roméo et Juliette

L’idylle parlementaire qui a fait les manchettes récemment n'est pas une grande affaire d'État, mais que la presse n'ait pas trouvé de précédents dans les parlements canadiens, voire occidentaux, est significatif. Pour le moment, les observateurs ont classé l'affaire « privée » : l'État n'a pas sa place dans les chambres à coucher, on ne peut pas empêcher un cœur d'aimer, et un homme « normal » regarde les belles femmes, comme l’a dit un député (sans préciser ce qui arrive des « anormaux »…), etc.

Dans notre parlement, même si les camaraderies transcendent souvent le partis, ces derniers se comportent comme des armées. On n’a qu’à regarder les mosaïques, qui ont bien changé depuis que cette coutume existe : elles ne représentent plus un groupe de collègues mais des structures pyramidales (avec chefs, sous-chefs et fantassins) dont le Parlement est le théâtre d’opérations et, comme à la guerre, il n'est pas régulier de fraterniser, encore moins de coucher, avec l'ennemi.

Ce n'est pas sans raison si madame la ministre a informé rapidement son chef de sa nouvelle situation tandis que monsieur l'oppositionniste s’en serait abstenu. Les deux parties ne sont pas du tout dans la même « position » et ce n’est pas exactement une reprise des conflits de clans de Roméo et Juliette ou des histoires de gangs de West Side Story. Le travail de la ministre n'est pas entravé par sa liaison: au pire, elle devra faire attention de ne pas trop choyer le comté de monsieur, surtout pas au détriment de ses collègues libéraux. Par contre, monsieur se retrouve avec un fil à la patte: son travail exige qu'il exerce la surveillance constante des activités gouvernementales et il vient de se clouer sur le banc pour certains débats à venir. Madame l'a neutralisé et on comprend que son chef du gouvernement se dise à l'aise avec ça. Heureusement, monsieur est le seul de son parti dans cette situation, mais, justement, il sera de plus en plus seul, surtout s'il devient indépendant, comme l’a suggéré un chroniqueur. Aussi bien lui faire porter le bonn…et d’âne!

Mais, on n'en est pas là. Pour le moment, le monde trouve ça « ben cute », du moins officiellement, mais ça peut difficilement durer. Un patron pourrait-il avoir une blonde permanente dans l'exécutif syndical de son entreprise? C’est personnel? Sûrement, mais pourquoi en a-t-on fait une affaire publique? Anodin et sans conséquence? Sûrement aussi, surtout si on considère les débats parlementaires comme du théâtre.

avril 25, 2009

L’émeute du 25 avril 1849 et The Gazette

L'incendie de l'édifice du Parlement, le 25 avril 1849, n'est pas un simple fait divers. Il figure en tête d'une liste d'événements survenus à Montréal en 1849, «l'année de la terreur», selon le mot d'Édouard-Zotique Massicotte, «terreur jaune», précisait Joseph Royal, en référence aux Orangistes: le 25 avril, assaut contre le cortège du gouverneur par des extrémistes anglo-montréalais, saccage de l'Hôtel du Parlement, agressions contre les élus, incendie de l'édifice du Parlement et de sa bibliothèque, sabotage du matériel du service des incendies; dans les jours suivants, saccage de plusieurs résidences dont celle du premier ministre La Fontaine; le 30 avril, nouvelles agressions contre le cortège du gouverneur; le 10 mai, agression contre les convives de l'hôtel Cyrus; le 15 août, nouvelle attaque armée contre la résidence du premier ministre; le 20 août, incendie de l'hôtel Cyrus (où se déroulait l'enquête du coroner en présence du premier ministre), sans compter plusieurs autres incendies criminels, des agressions et combien d'autres méfaits tout au long de l'année.

Que s'est-il passé pour qu'un segment important de la communauté anglo-montréalaise s'attaque subitement aux institutions les plus fondamentales du pays, le gouverneur, le premier ministre, le Parlement et sa bibliothèque?

La nouvelle politique coloniale de la Grande-Bretagne constitue l'arrière-plan. Porté au pouvoir en 1846, le gouvernement whig prône le libre-échange, une décision qui bouleverse l'économie canadienne. Les vraies causes de cette violence sont cependant politiques et ethniques. Dans les 20 mois qui ont précédé l'émeute d'avril 1849, une série d'événements provoque une irritation croissante chez les tories qui croyaient bien l'avenir réglé par l'Acte d'Union:
· - le 10 août 1847, la reine sanctionne une loi qui établit une liste civile permanente et marque la fin de la «querelle des subsides» qui avait opposé le gouverneur à la majorité parlementaire du Bas-Canada pendant des décennies;
· - le 3 mars 1848, l'Assemblée retire sa confiance aux ministres nommés par le gouverneur et le gouverneur Elgin invite les chefs de la majorité réformiste, La Fontaine et Baldwin, à former un gouvernement, ce qu'ils font le 11. Un francophone, La Fontaine, devient premier ministre et Baldwin lui-même le reconnaît comme son chef;
· - le 14 août 1848, une loi du Parlement britannique révoque la clause de l'Acte d'Union qui proscrivait l'usage de la langue française dans les documents du Parlement;
· - le 18 janvier 1849, dans un discours du trône prononcé en partie en français, le gouverneur Elgin annonce l'amnistie générale des insurgés de 1837-1838 et une loi en ce sens est sanctionnée le 1er février 1849;
· - et, goutte d'eau ultime, le 13 février 1849, l'Assemblée législative entreprend l'étude d'une proposition de La Fontaine qui vise à indemniser les personnes dont les biens ont été endommagés ou détruits durant les répressions de 1837 et 1838 au Bas-Canada. Une mesure semblable avait été précédemment adoptée pour le Haut-Canada, à l'initiative d'Allan MacNab qui sera néanmoins le leader des opposants au bill de 1849! «L'Union, disait-il, d'après un reportage du Journal de Québec (8 février 1849), a complètement manqué son but. Elle fut créée pour l'unique motif d'assujettir les Canadiens français à la domination anglaise. Le contraire en est résulté».

En somme, en quelques mois, dans un esprit de démocratie, de justice et d'équité, le gouvernement britannique avait satisfait certaines revendications des Patriotes, reconnu leur langue, amnistié leurs chefs: fallait-il en plus, disaient les tories, dans une interprétation très particulière de la loi, «récompenser les rebelles»? Le 25 avril, quand le gouverneur Elgin sanctionne le bill des indemnités, on voit sauter la marmite que les médias anglophones de Montréal (The Gazette en tête) chauffaient depuis quelques mois.

Il y a dix ans, le 150e anniversaire de ces événements a failli passer inaperçu. Seul Le Devoir y a consacré un article substantiel le mercredi 21 avril. La Presse, qui avait régulièrement des articles de fond sur des sujets historiques, a choisi le 25 avril pour publier un texte sur les cinquante ans de l'Institut de réhabilitation de Montréal (ironie?), dont les lettres patentes datent de novembre 1949. Quant aux éditeurs de la Gazette, ils se sont probablement bien amusés en décidant de publier, dans leur édition du 25 avril 1999, un long texte sur une émeute survenue... le 10 mai 1849… à New York!

C’est pour réagir à cette amnésie, quelques mois plus tard, que Septentrion a édité Une capitale éphémère, une compilation d’études et de témoignages sur ces événements dramatiques qui attendent quand même toujours leur historien.

avril 20, 2009

En transit vers le Mexique

En quittant volontairement ses fonctions quatre mois seulement après sa réélection, l’ex-ministre des Finances toucherait une « prime de départ » de 146000$. Le montant calculé par la Ligue des contribuables du Québec restera approximatif pour la bonne raison qu’il échappe à la loi dite d’« accès » à l’information. Les mots (et les chiffres) sont imprécis mais on connaît l’air et il fait grincer des dents.

Cette « prime » s’appelle en fait officiellement une « allocation de transition ». Elle est apparue au début des années 1980 lors d’une réforme majeure des lois régissant l’Assemblée nationale et les conditions de travail des députés.

C’était au temps de la « piscine », cet euphémisme inventé par monsieur Parizeau, paraît-il, pour désigner la figure imposée aux salaires des fonctionnaires. À cette époque, les députés ne digéraient pas le fait que leur indemnité de base soit inférieure au traitement maximal d’un professionnel de la fonction publique. Pour faire passer une augmentation substantielle de cette indemnité, au moment où tout le secteur public se faisait serrer la ceinture, les législateurs ont restreint leur généreux « régime de pension » (ce qui devait laisser, disait-on, la rémunération globale inchangée…) : les députés admissibles au régime ne pourraient plus toucher leurs prestations avant 55 ans mais, pour leur permettre « de se virer de bord », le temps de se dénicher un « emploi-difficile-à-trouver-quand-on-a-fait-de-la-politique-et-que-les-portes-se-ferment… », tous les futurs retraités, volontaires ou non, pourraient empocher en quittant une « allocation de transition » représentant au maximum une année de salaire.

Plusieurs ont remis en question la prime de départ de l’ancien PDG de la Caisse de dépôt qui a quitté volontairement ses fonctions avant la fin de son contrat. C’est aussi le cas de l’ex-ministre des Finances mais, pire encore, de son propre aveu, elle n’est plus sur le marché du travail. Sa sacoche rentière comprend RRQ, pension de vieillesse, retraite de parlementaire et sûrement d’autres, toutes méritées et payées, mais pourquoi une « prime » en plus? Vers quoi est-elle en « transition »? La maison de retraite?

D’autres cas similaires sont survenus ces dernières années; ils ont probablement été assez bien distribués dans l’arc-en-ciel politique pour expliquer le silence qui les entoure. Les citoyens sont en droit d’espérer que le mouvement de réforme qui se dessine au Parlement pose des balises à cette allocation dénaturée.

avril 15, 2009

Maître Aubut

Je n’ai jamais été un fan naturel de Marcel Aubut, la principale raison étant probablement que je suis un éternel partisan des Canadiens de Montréal...

La manie des journalistes de lui donner du « maître » avec une certaine obséquiosité m’a toujours agacé, mais il n’y était pour rien. Un quotidien de Québec lui a même donné du « tsar » à la une ces jours-ci. On le disait aussi « fils spirituel » de Jean Lesage…

L’histoire va relativiser le rôle de l’ancien premier ministre qui a cueilli un fruit mûr à Québec (en profitant de deux décès subits) pour être ensuite entraîné dans la Révolution tranquille par quelques ministres-vedettes. Qui se souvient du reste de sa carrière après 1966, hormis sa participation au camp du NON en 1980?

Marcel Aubut joue sur une tout autre patinoire depuis près de trente ans et on ne voit pas la fin de son parcours. Son dernier coup est impressionnant. Combien de Québécois ignoraient que la fonction qu’il occupe maintenant était restée fermée aux francophones depuis plus de cent ans ? Le nouveau président du Comité olympique canadien ne joue pas la corde nationaliste mais il ne cache pas sa fierté, ni l’importance que cette nomination prend pour sa communauté.

Tout le monde sait qu’il a été propriétaire des Nordiques. Les plus jeunes ignorent qu’il a organisé l’une des plus grandes manifestations sportives de l’histoire de Québec, un tournoi international de hockey appelé « Rendez-vous 87 ». À cette époque, on ne pensait pas se fermer au monde en utilisant des mots français pour désigner des « événements » sportifs d’envergure internationale. C’était avant le Red Bull Crashed Ice, le Surf Big Air, le Pound Hockey, le Trip Hockey Bud Light, l’Ultimate Frisbee…

avril 04, 2009

« Justice suprême, suprême injustice »

L’ex-grand chef David Ahenakew a été acquitté le mois dernier. Dans un jugement du 21 février, le juge Wilfred Tucker a estimé que ses déclarations n'étaient pas préméditées et qu'il avait cité en exemple les Juifs dans le but de convaincre ses confrères de défendre leurs droits en tant qu'autochtones… Le juge a aussi souligné que la Couronne n'a pu prouver hors de tout doute que l'ancien « sénateur » de la FSIN (Federation of Saskatchewan Indian Nations) faisait la promotion de la haine envers un certain groupe et qu'il en était conscient.

Les reportages des médias de langue française sur cette affaire ne nous éclairent malheureusement pas sur les propos qui ont justifié les accusations et amorcé cette saga judiciaire.

En décembre 2002, après une allocution devant les membres de la FSIN, où il avait notamment évoqué les « goddamn immigrants » et la responsabilité des Juifs dans le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, Ahenakew avait été invité par un reporter du Star Phoenix de Saskatoon à préciser sa pensée : « The Jews damn near owned all of Germany prior to the war. ...That's how Hitler came in. He was going to make damn sure that the Jews didn't take over Germany or Europe. That's why he fried six million of those guys, you know ». Le reporter lui ayant demandé comment il justifiait l’Holocauste, il répondit : « How do you get rid of a disease like that…? » Bref, si on a bien compris le « chef » Ahenakew, pour se défaire de cette « maladie », il suffisait de la faire « frire »…

Si cette affaire mérite un rappel, c’est que deux ans auparavant, dans un geste sans précédent dans l’histoire du parlementarisme d’inspiration britannique, l’Assemblée nationale a blâmé Yves Michaud pour des propos prononcés 24 heures plus tôt, sans même prendre le soin de citer « l’acte d’accusation », comme si ce qu’on lui reprochait était trop grave pour être répété... La vérité était qu’il n’y avait rien pour soutenir une initiative aussi exceptionnelle. Quelqu’un se rappelle-t-il desdits propos? Il aurait dit que les Juifs n’étaient pas les seuls à avoir souffert dans l’histoire de l’humanité. Comme il n’y a eu ni dépôt d’accusation ni enquête, on n’en sait officiellement rien!

Monsieur Michaud a été victime d’un exceptionnel alignement de planètes : sous couvert de rectitude politique, le chef de l’Opposition et le premier ministre ont sauté à pieds synchronisés sur l’occasion d’écarter un candidat encombrant à l’élection complémentaire de Mercier. Un tribunal sérieux aurait au moins pris la peine d’entendre l’accusé.

Ce dernier a épuisé en vain tous les recours judiciaires. Il s’est heurté au refus des tribunaux de remettre en cause l’omnipotence du Parlement. Un juge de la Cour d’appel n’a cependant pas pu s’empêcher d’émettre ce commentaire exceptionnel, presque cynique, dans l’arrêt du 8 juin 2006 :

« […] Je suis d'accord avec l'analyse et les conclusions de ma collègue, la juge Dutil. Je ne peux cependant m'empêcher de penser que le Droit est ici devant un étrange paradoxe. […] Pour préserver la démocratie parlementaire, et donc la libre circulation des idées, le Droit à l'époque des Chartes et de la prédominance des droits individuels permet qu'un individu soit condamné pour ses idées (bonnes ou mauvaises, politiquement correctes ou non, la chose importe peu), et ce, sans appel et qu'il soit ensuite exécuté sur la place publique sans, d'une part, avoir eu la chance de se défendre et, d'autre part, sans même que les raisons de sa condamnation aient préalablement été clairement exposées devant ses juges, les parlementaires. Summum jus summa injuria auraient dit les juristes romains ! »

«Justice suprême, suprême injustice». Il est évident que le Parlement a abusé de son « droit » de tout faire, pire encotre, que les partis ont utilisé le Parlement pour régler leurs comptes.

mars 15, 2009

La devise du Québec selon son premier ministre

Dans son discours d’ouverture de la session, le premier ministre a décrit le Québec comme une société « qui a su respirer tous les parfums, du lis à la rose, pour se forger une identité ». À quelques reprises, déjà, il avait brodé autour de cette thématique. Ainsi, le 17 octobre dernier, en présence du premier ministre Sarkozy, il déclarait : « L’architecte artiste qui a conçu les plans de ce parlement, Eugène-Étienne Taché, a inscrit dans la pierre de cet édifice la devise Je me souviens, faisant ainsi allusion aux deux héritages, français et britannique, qui constituent le Québec ». Au Japon, en septembre 2005, à un étudiant qui lui demandait la signification de la devise, il répondait : « Nous avons été fondés par la Nouvelle-France, mais nous avons continué notre existence sous l’Empire britannique ». Si ce résumé de l’histoire du Québec est incontestable, le lien que le premier ministre fait avec sa devise est erroné et il entretient un mythe insidieux dont les médias anglophones sont les principaux propagandistes.

Il serait trop long de démontrer ici que la devise du Québec ne comprend que trois mots, «Je me souviens», que son concepteur ne lui a pas donné de complément précis et qu’elle ne vient pas d’un poème, mais ceux et celles que le sujet intéresse trouveront une étude que j’ai signée sur cette question dans l’encyclopédie virtuelle Agora en 2001, étude reproduite dans Le Parlement de Québec (Multi-Mondes, 2005) et résumée notamment dans L’Action nationale de novembre 2001 et dans le numéro spécial que The Beaver a consacré au 400e de Québec en 2008 (je me cite d'autant plus aisément qu'à peu près personne n'a étudié ce sujet et que personne encore n'a mis en cause ma démonstration).

La citation la plus convaincante de cette étude (et ce n’est pas seulement parce qu’elle vient d’un avocat anglophone de Montréal) est une note écrite entre 1898 et 1907 par David Ross McCord (1844-1930), fondateur du McCord Museum, sous le titre « French sentiment in Canada » :

« However mistaken may be the looking towards France as a desintegrating factor operating against the unification of the nation – it may be perhaps pardonable – no one can gainsay the beauty and simplicity of Eugene Taché’s words « Je me souviens ». He and Siméon Lesage have done more than any two other Canadians towards elevating the architectural taste in the Province. Is Taché not also the author of the other motto – the sentiment of which we will all drink a toast – « Née dans les lis, je croîs dans les roses ». There is no desintegration there. »

(La première phrase de cette citation a posé de la difficulté aux traducteurs consultés mais il serait possible de la rendre ainsi : « Aussi mal avisé que soit cet attachement à la France comme facteur de désintégration jouant contre l’unité nationale – c’est peut-être pardonnable –,  personne ne peut nier la beauté et la simplicité du « Je me souviens » d’Eugène Taché. Siméon Lesage et lui ont fait plus que quiconque au Canada pour une architecture de qualité dans la province [de Québec]. D’ailleurs, Taché n’est-il pas aussi l’auteur de l’autre devise, « Née dans les lis, je croîs dans les roses », à laquelle nous lèverons tous nos verres. Il n’y a rien là pour favoriser la désunion. »)

Ce texte à lui seul prouve sans l’ombre d’un doute que « Je me souviens » et « Née dans les lis, je croîs (ou grandis) dans les roses » sont deux devises DISTINCTES et ne constituent pas un « poème » comme plusieurs le croient. Mieux encore, ce texte prouve que les deux devises ont un SENS DIFFÉRENT et que la seconde ne peut donc expliquer la première. Enfin, on devine aisément que monsieur McCord est ennuyé par « Je me souviens » et que son premier choix serait « l’autre devise » (qui fut utilisée sur la médaille du 300e anniversaire de Québec en 1908) car elle traduit visiblement mieux ses opinions politiques.

Il est inutile de chercher l’origine ou l’auteur du poème-fantôme d’où viendrait la devise du Québec ; il faut plutôt se demander dans quelles circonstances et par qui, après la mort de Taché, ces deux devises ont été rattachées pour donner une proposition bâtarde -- « Je me souviens que, né dans les lis, je croîs (ou grandis) dans les roses » -- et créer une légende urbaine qui court dans l’opinion publique et dans les médias, particulièrement dans la presse anglophone au Canada.

À défaut de faire disparaître cet embarrassant « Je me souviens », on s’occupe à le travestir.

février 23, 2009

L'écho de Sarkozy

Après avoir laissé en chemin l’organisation des fêtes qui marquaient l’origine de la Nouvelle-France (1608-2008), l’ancien ministre libéral Raymond Garneau retrouve assez de goût et d’énergie en 2009 pour participer à la commémoration de sa fin (« Des sectaires qui s’ignorent! », Le Soleil, 21 février 2009). Et il a choisi comme contribution de réitérer les propos sarkoziens qui ont mis le premier ministre du Québec dans l’embarras.

Son texte s’ouvre sur une erreur de perspective : ceux qui ont remis en question la programmation de la Commission des champs de bataille ne s’opposaient pas à la commémoration du 250e anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham mais à la reconstitution ludique et festive de la défaite du 13 septembre 1759, à sa transformation en spectacle pour touristes. Le président de la Commission a invoqué la sécurité des familles et des enfants (Pierre Trudeau aurait ajouté son « gérant de caisse populaire »...), mais il sait très bien qu’un élément de la programmation suscitait la réprobation de l’opinion publique et il l’a fait sauter.

Tout comme il fait erreur en écrivant que madame Marois s'est indignée de la venue de McCartney ou qu'on « célèbre » la défaite de Dollard des Ormeaux, monsieur Garneau se trompe dans son allégorie du « fusil à deux coups » (le premier par le PQ, le second par les « ténors des filiales »). Ce n’est pas le PQ qui a parti le bal. L’un des premiers politiciens à manifester sa réticence a été le premier ministre du Québec, dès la mi-janvier, et sa position a plombé le projet. Le chef parlementaire de l’ADQ s’est ensuite enfargé dans la définition du mot « colonisé » et il n’est pas revenu en scène. Du côté souverainiste, les « filiales » sont intervenues avant la maison-mère. Mais, surtout, de nombreux autres groupes se sont dissociés du spectacle, dont la Société de généalogie de Québec et la Société historique de Québec qui ne sont pas vraiment des terroristes. En somme, la « secte » est plutôt œcuménique.

Le texte de monsieur Garneau répondrait-il à l’éditorial de La Presse qui dénonçait « la couardise » des « politiciens fédéralistes [qui] lâchent les uns après les autres », laissant la Commission des champs de bataille nationaux se débattre seule? Pourquoi la simple annulation d’un spectacle alarme-t-elle au point de battre le rappel des « défenseurs du Canada » (éditorial de L’Oie blanche, 17 février 2009), comme si le pays était soudainement en danger ? N’est-ce pas donner raison à ceux qui soutiennent que cette initiative de la CCBN s'inscrivait dans un plan politique qui a été contrarié ?

février 04, 2009

Le hors-d’œuvre de Saint-Vincent-de-Paul

Le ministère de la Culture a finalement autorisé la démolition de la façade de l’ancien patro Saint-Vincent-de-Paul, au haut de la côte d’Abraham. Elle sera déconstruite pierre par pierre, entreposée, puis éventuellement reconstituée, devant l’hôtel qui sera érigé sur le site de l’ancien patro. La façade sera « agrémentée » d’un clocher-phare de verre et d’aluminium et ainsi transformée en monument à usage public.

Le projet est enrobé de toutes les vertus modernes : l’œuvre sera un « trait d’union » entre la basse-ville et la haute-ville, 200 artistes (« de la relève ! ») vont signer les pierres, il pourrait y avoir un lien avec le projet de caverne de Robert Lepage, nouveau sésame à Québec…

Que faut-il de plus ? Probablement la foi et une bonne dose de naïveté.

Non seulement le promoteur ne sera pas mis à l’amende pour avoir entrepris de raser le bâtiment sans permis mais le ministère n’a pas fermé la porte à une aide financière pour ce projet dont on ne connaît ni le coût ni l’échéancier. On peut gager tout de suite que ce sera plus cher que prévu, plus difficile (on parle déjà de pierres qui s’effritent), plus long aussi, et qu’il faudra demander de l’aide publique ? Sans compter que ce sera au moins assez long pour que tout le monde oublie ça?

Comme on a eu la sage idée de dissocier la façade-monument de l’hôtel, ce dernier pourra ouvrir ses portes sans attendre son « hors-d’œuvre ». N’était-ce pas le but de l’opération ?

février 02, 2009

La consultation sur la « planification fiscale agressive »: une mesure dilatoire?

Avec la « comptabilité créatrice », la « planification fiscale agressive » est entrée ces dernières années dans le vocabulaire de l’administration publique, section « euphémismes ».

La « planification fiscale agressive » (PFA) est une opération fiscale complexe qui permet d'éviter le paiement de l'impôt en respectant la lettre mais non l'esprit de la loi. Même s’il n’en connaît évidemment pas toutes les variétés, le gouvernement du Québec sait très bien, entre autres choses, que des entreprises ont pu éviter le paiement de plusieurs centaines de millions de dollars d'impôts en créant des fiducies à l'extérieur du Québec pour une partie de leurs activités. Le ministère des Finances du Québec a récupéré quelque 500 millions de dollars depuis 2001 en déjouant les PFA et il veut maintenant proposer « des mesures coercitives ».

Pour y arriver, la ministre des Finances a publié un « livret vert » et lancé rien de moins qu’une consultation publique. Le document produit pour cette opération examine la problématique de PFA et présente les actions envisagées par le gouvernement pour mieux les contrer.

Le droit fiscal est une discipline complexe et on espère tous que le ministère du Revenu s’appuie sur les meilleurs experts, ou sait comment les consulter. À quoi servira donc cette consultation publique? Le commun des mortels n’y comprend rien. Les adeptes de la PFA viendront-ils défendre leur point de vue? Le gouvernement envisage-t-il la possibilité de se laisser convaincre, de modifier son projet ou d’y renoncer?

Autrement dit, si le ministère des Finances a des solutions concrètes à un problème évident qui met en danger l'équité fiscale, pourquoi ne les met-il pas simplement en place?

janvier 30, 2009

Le Parlement est-il aussi souverain à Laval?

Une quarantaine de juristes et de politicologues ont signé une lettre collective (Le Devoir, 16 janvier 2009) pour rappeler au public « les règles régissant le choix des membres du gouvernement dans notre système politique ». Comme plusieurs autres observateurs, ces experts ont noté « qu'une très grande proportion des Québécois et autres Canadiens connaissent mal les règles de notre démocratie constitutionnelle » surtout quand elle révèle ses particularités dans des crises comme il s’en déroule à Ottawa ces derniers temps. Par diplomatie, peut-être, ils ont évité d’évoquer le dérapage qu’on a pu observer en décembre dans les médias de nos grandes chaînes (voir la note du 7 décembre dernier).

L’idée principale du texte est pourtant élémentaire : « Puisque notre Constitution ne prévoit pas l'élection directe du premier ministre et de son cabinet, ceux-ci doivent en tout temps pouvoir s'appuyer sur une majorité des députés élus à la Chambre des communes. Dans notre système parlementaire, c'est précisément cet appui qui donne au gouvernement sa légitimité démocratique ».

Il en découle qu’un gouvernement minoritaire « ne peut pas prétendre avoir «gagné» le droit de gouverner. Au mieux, le premier ministre peut prétendre avoir le droit d'essayer de maintenir la confiance de la Chambre ».

Enfin, ces experts sont d’avis « que, s'il y avait un vote de censure ou si une demande de dissolution du Parlement était présentée au terme d'une session parlementaire n'ayant duré que quelque 13 jours, il serait judicieux pour la gouverneure générale d'inviter les partis d'opposition à tenter de former un gouvernement […]. Le principe de démocratie serait alors sauvegardé dans la mesure où ce gouvernement serait appuyé par une majorité des députés élus, assurant en cela une stabilité à notre système politique ».

Les signataires de cette lettre collective se répartissent géographiquement dans les mêmes proportions que la population ; le quart des membres du collectif sont du Québec (Université de Montréal, UQAM, McGill) mais les représentants de l’Université Laval (juristes et politicologues) brillent par leur absence. Seraient-ils d’un autre avis ?

Deux semaines plus tard, dans une lettre ouverte au Devoir, un juriste de Laval écrivait que le point de vue de ce collectif « n'était pas pas partagé par tous les professeurs de droit constitutionnel » et, mieux encore « que ceux parmi ces professeurs qui ont traité de cette question dans leurs travaux et écrits contemporains semblent voir les choses de manière très différente ».

C'est noté mais on attend la suite: la divergence d'opinion tient-elle aux pouvoirs du Parlement, à ceux du premier ministre ou au rôle du gouverneur-général?

Mystérieuse Québec.

janvier 27, 2009

Lendemains de veille

Vous vous êtes remis des célébrations entourant le Jour du drapeau?

C’était mercredi dernier… Mais vous êtes pardonnés de l’avoir manqué. Ce n’est pas parce que la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec – que nul n’est censé ignorer, dit-on – prescrit que « le 21 janvier est le jour du drapeau du Québec » (L.R.Q., c. D-12.1, a. 3) qu’il faut abandonner le travail en pleine semaine pour fêter.

La nouvelle ministre responsable de l’application de cette loi a émis un communiqué à 13h44, probablement pour qu’il soit disponible à 15h00 (et rappeler le moment précis où Duplessis a fait hisser le fleurdelisé au sommet de la tour de l’Hôtel du Parlement en 1948), mais un peu tard pour inviter la population à souligner cette journée, surtout que les autorités n’avaient pas prévu de cérémonie et qu’il n’y a eu aucune publicité dans les médias ce jour-là, du moins pas dans les quatre quotidiens que j’ai vus.

Le communiqué était bref et reprenait quelques idées émises antérieurement, dans de nouveaux arrangements : « Au-delà des origines, de la langue et des allégeances politiques, il dit ce que nous sommes et nous rassemble autour d'aspirations communes ». Et « il témoigne toujours de notre appartenance et de notre attachement au Québec ». Au moins, il se démarquait de certains textes précédents qui ne différaient parfois que par la date.

Une phrase semblait nouvelle : « Par son pouvoir évocateur et unificateur, le drapeau figure au premier rang des symboles qui nous représentent ». Ça se manifestera peut-être concrètement l’an prochain.

janvier 17, 2009

« …pleurs et grincements de dents » (Mt 13,44-52)

L’expression est de saint Matthieu. Elle évoquait l’enfer dans son évangile, mais elle peut aussi bien décrire ce qu’on a vécu à Québec avec la mort de l’ancien maire Jean Pelletier.

Les éloges ont été quasi unanimes, à juste titre, car ce fut un maire remarquable par ses réalisations et son tempérament. C’était un homme déterminé qui n’y allait pas avec « le dos du gant de velours », pour utiliser un « péronisme » connu. Il savait où il allait et ceux qui venaient en sens inverse n’avaient qu’à s’écarter. Ceci dit, la ville de Québec lui doit beaucoup et il mérite tout ce qu'on a dit de lui sur ce plan.

Les entretiens qu’il a eus avec Gilbert Lavoie et que Le Soleil a publiés cette semaine ont cependant laissé un goût amer à de nombreux Québécois. Louis Bernard y a fait écho dans les médias. L’ancien maire raconte comment, voyant le OUI en avance de sept points, le premier ministre Chrétien a décidé de monter dans le ring en 1995, en se fichant « très franchement du comité du Non ». Et de la loi.

- … vous êtes-vous posé des questions sur le financement, demande le journaliste?
- Je ne m'en souviens pas. Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire.
- Je veux dire le financement par rapport à la Loi référendaire.
- Non. Il y en a peut-être qui se sont posé ces questions-là, mais pas moi. Des ordres de marche, puis salut! Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d'une virgule dans la loi?

Fin de la citation.

Pour Jean Pelletier, les dispositions législatives régissant les élections et les consultations référendaires au Québec étaient des signes de ponctuation. Au siècle des Lumières, Voltaire appelait ça du « despotisme éclairé » .

janvier 04, 2009

Bonne année quand même!

Pour la deuxième année consécutive, le premier ministre du Québec a échangé les vœux du Nouvel An avec les citoyens. Il a souhaité faire une tradition de cet « événement » lancé au début de 2008; d’après le communiqué émis à cette occasion, c’était « la première fois qu'un premier ministre du Québec [ouvrait] les portes de l'Assemblée nationale pour accueillir les citoyens et échanger avec eux ».

Il n’y a pas seulement mon ordinateur qui « manque de mémoire vive »...

De simples sondages dans un quotidien « en ligne », gracieuseté de la Bibliothèque nationale (http://www.banq.qc.ca/portal/dt/collections/collection_numerique/archives/archives.jsp?categorie=6), permettent de retrouver de nombreuses cérémonies semblables dans le passé : Lesage au début des années soixante, Godbout en 1944, Taschereau en 1935… Dans ce dernier cas, on peut lire (L’Action catholique du 3 janvier) que le premier ministre Taschereau et le lieutenant-gouverneur ont reçu les vœux des Québécois au Parlement, le premier de l’An, « suivant la coutume ».

Une autre première à l’eau! Il faudra se contenter de « la relance d'une vieille tradition » délaissée par les premiers ministres « montréalais» depuis les années 1970.

décembre 19, 2008

« Mesdames, messieurs, vous formez notre Conseil des ministres. »

En avril 2007, la prestation de serment des ministres m’avait étonné : les observateurs acceptaient unanimement l’idée qu’un Conseil des ministres composé de 19 personnes (selon la liste officielle diffusée par le bureau du premier ministre et l’Assemblée nationale) puisse se diviser en deux parties égales. Dix-huit mois plus tard, l’arithmétique officielle étonne encore : même si le site Internet du premier ministre en donne une liste de 27, on lit partout que le Conseil des ministres compte 26 membres dont 13 hommes et 13 femmes. Où est le 27e ministre?

Une première hypothèse voudrait que les observateurs aient été confondus par une « comptabilité créatrice » mais on peut y voir aussi l’aboutissement d’une évolution que les politicologues observent depuis des décennies.

Le représentant de la Couronne s’entourait autrefois d’un Conseil exécutif dont il nommait les membres à son gré, sans tenir compte des élus. Puis, il en est venu à confier au chef de la majorité, le premier ministre, le soin de lui proposer un groupe de conseillers exécutifs. Au fil des ans, le rôle du lieutenant-gouverneur est devenu purement formel tandis que le pouvoir réel passait aux mains du premier ministre. Les mécanismes en sont bien connus : le lieutenant-gouverneur assermente automatiquement les ministres choisis par le premier ministre, une majorité disciplinée assure à ce dernier un parlement « efficace » et les nominations dont il a le contrôle lui confèrent une autorité plus grande que les gouverneurs d’antan sur l’appareil de l’État car elle s’étend sur les quatre niveaux du pouvoir (parlementaire, exécutif, administratif et judiciaire).

Progressivement, au cours du XXe siècle, le premier ministre est donc passé de primus inter pares (le premier parmi les pairs, au sein du Conseil exécutif) à une sorte de « monarque élu », un notion abstraite qui maintenant a pris forme. Le « monarque élu » s’est en quelque sorte incarné. La « parité » existe dans la mesure où le premier ministre ne se considère plus comme membre du Conseil (il y avait déjà belle lurette qu'il ne se garde plus de ministère à gérer). Comme les gouverneurs d’autrefois, le chef de l’exécutif s’adjoint maintenant un conseil dont le caractère est plus consultatif et moins collégial. On est donc revenu pas loin du départ.

Signe d’une autre évolution, un détail comme les aimaient autrefois les kremlinologues : sur la photo officielle du Conseil des ministres de 2007, le whip et le président du caucus ministériel occupaient les deux extrémités de la première rangée; cette année, ils figurent immédiatement aux côtés du premier ministre et du lieutenant-gouverneur, repoussant les dames (dont la vice-première ministre et la ministre de Finances) vers les extrémités. Est-ce un hasard si les titulaires (masculins) de ces deux fonctions partisanes, qui assistent aux séances du Conseil sans en être membres, occupent de meilleures places que les vrais ministres? Cette position stratégique en dit peut-être plus que la présumée « parité » sur la vraie nature du pouvoir.

décembre 12, 2008

Premier député « élu sous une bannière de gauche » ?

« Jamais un candidat d'un parti de gauche n'a été élu au Québec », pouvait-on lire dans La Presse du 10 décembre (« Les deux têtes de Québec solidaire »). « Amir Khadir est le premier candidat de gauche élu sous une bannière de gauche », précisait un autre texte (« Khadir : une première ou un accident ? »). « À part l’élection d’un communiste au fédéral dans l’après-guerre, c’est la première fois qu’un candidat clairement de gauche qui défend des idées clairement de gauche est élu », renchérissait un politicologue émérite de l’UQAM : « C’est sans précédent dans les élections québécoises ». Vraiment ?

En juin 1944, un organisateur syndical de 29 ans, David Côté, était élu dans Rouyn-Noranda sous étiquette CCF (Co-operative Commonwealth Federation), un parti politique canadien fondé en 1932, à Calgary, par des militants socialistes, des groupes syndicaux, coopératifs, agricoles ainsi que la Ligue pour la reconstruction sociale, un groupe d’intellectuels socialistes. Ancêtre du NPD, ce parti prônait la constitution d’une économie mixte, par la nationalisation d’industries importantes, et la création d’un État providence, par la mise en place de mesures sociales universelles, comme les régimes de pension, les programmes d’assurance maladie et de sécurité sociale, les allocations familiales, l’assurance-chômage, les mesures d’indemnisation des travailleurs et d’autres mesures du même ordre.

Le programme de la CCF peut paraître bien tiède aujourd’hui mais, à l’époque, ses promoteurs étaient souvent qualifiés de « communistes ». Quelques semaines avant les élections québécoises, la CCF avait pris le pouvoir en Saskatchewan sous la direction de T. C. Douglas. Ce premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord allait mettre en place des programmes que d’autres adopteront beaucoup plus tard, notamment dans le domaine des services sociaux.

Aux élections de 1944, la CCF présente 24 candidats (il y a aussi un CCF indépendant) et obtient 2,5 % des voix. Côté profite d’une exceptionnelle division des voix ; il en recueille 2100, soit 21 % des suffrages, ses cinq principaux adversaires (bloquiste, unioniste, créditiste, libéral et libéral indépendant) obtenant chacun entre 1100 et 1900 voix.

Né à Saint-Henri, en 1915, Côté avait fréquenté l’école de l’orphelinat de Nicolet et, au moment de son élection, il travaillait dans la région de Rouyn pour des syndicats rattachés au Congress of Industrial Organizations (CIO). Il siège comme indépendant à partir de 1945 et ne se représente pas en 1948. Il meurt à Montréal en 1969.

Ce militant syndical abitibien issu du milieu ouvrier était-il moins « clairement de gauche », dans le contexte de 1944, que le médecin spécialiste de 2008 qui vit dans une « maison cossue de la rue Saint-Hubert, au coeur du Plateau »?

décembre 07, 2008

Crise exceptionnelle et constance historique

(Texte signé avec Denis Vaugeois dans Le Devoir du 7 décembre 2008)

« Un putsch, rien de moins » (Gagnon), « …ce qui se rapproche le plus d’un coup d’État » (Marissal », « folie à trois » (Boisvert), « vaudeville » (Pratte), « irrationalité absolue » (Décarie) », « maisons de fous » (Fortier) : les journaux de Québecor et de Gesca ont rivalisé mardi dernier pour déprécier une initiative exceptionnelle dans nos mœurs politiques mais parfaitement légitime et respectueuse de notre droit.

Notre culture politique a peu de profondeur. Pour les Canadiens, et encore plus pour les Québécois, un gouvernement « normal » est un gouvernement majoritaire qui utilise le parlement comme un simple appareil à fabriquer les lois et met la pédale au fond (en utilisant le bâillon et la clôture) quand la machine ne produit pas à son goût. Des décennies de pratique ont ancré dans nos mentalités l’idée que le parlement est une simple émanation du gouvernement alors que c’est justement l’inverse qui constitue le fondement de nos institutions.

L’élection d’un gouvernement minoritaire permet de voir plus clairement le rôle du parlement et des parlementaires. Ce sont les parlementaires, et non les citoyens, qui « font » et « défont » les gouvernements car ce sont eux qui expriment leur confiance envers l’exécutif par des votes au parlement. Une majorité de députés peut renverser un gouvernement minoritaire et il est parfaitement légitime et constitutionnel, pour les adversaires de ce gouvernement, de se préparer à le remplacer, s’ils sont en mesure de s’entendre sur un programme commun. S’il y a quelque chose d’antidémocratique dans cette crise, c’est la prorogation que le premier ministre a soutirée au gouverneur général pour éviter de se soumettre à un vote de confiance.

L’électeur moyen est probablement étonné devant la perspective d’un gouvernement formé par une coalition, surtout si le chef de cet éventuel exécutif est un leader « sortant ». Les probabilités d’une telle situation étaient fort minces : il fallait un gouvernement minoritaire (ce qui est peu fréquent au Canada) assez malhabile pour faire l’unanimité des partis d’opposition. C’est sans précédent dans la courte histoire des gouvernements minoritaires au Canada et au Québec, mais cela n’enlève rien à la légitimité du projet des trois partis d’opposition.

Il y a quand même eu quelques gouvernements de coalition dans l’histoire du Canada. Pendant la Première Guerre mondiale, après avoir fait voter la conscription, le premier ministre Borden a fait entrer des libéraux dans un « gouvernement d’union » qui a obtenu la majorité des sièges au scrutin de décembre 1917, mais seulement trois au Québec. Comme le rappelle Mason Wade, « le Canada français resta sans représentation au gouvernement ». Les Québécois ont alors réalisé qu’on pouvait diriger le pays sans eux, surtout en temps de crise.

La coalition précédente remontait à 1864. Le Canada-Uni vivait alors une grande instabilité politique et les gouvernements se succédaient rapidement. Formé d’éléments variés, le gouvernement Taché-Macdonald fut défait à son tour en juin 1864; mais, à la surprise générale, George Brown, le chef d’un parti d’opposition du Haut-Canada, francophobe et anti-catholique (les Clear Grits), offrit son appui au gouvernement pour éviter de nouvelles élections. Brown posa comme condition qu’on se mette à la recherche d’une nouvelle constitution. La « Grande coalition » de 1864 laissa une opposition formée majoritairement des rouges et des libéraux du Canada-Est (Bas-Canada) et conduisit à la Confédération. Le Canada est donc né d’une coalition.

Si la crise actuelle et les moyens imaginés pour la résoudre, de part et d’autre (coalition et prorogation précoce), sont exceptionnels, l’intention du premier ministre de « collaborer » avec les députés d’opposition, à l’exception de ceux qui constituent les deux tiers de la représentation québécoise, s'inscrit dans une constance historique: comme on l’a vu en 1864 et en 1917, les anglophones se coalisent plus aisément quand les francophones sont mis à l'écart.

novembre 10, 2008

Chanson francophone et tsunami appréhendé

Dans une chronique sur la chanson francophone (« Le déni de l’évidence », Le Soleil, 10 novembre), Régis Tremblay attire notre attention sur un communiqué publié le 30 septembre dernier par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec : en 2007, pour la première fois, le public québécois s’est fait plus nombreux aux spectacles de chanson anglophone qu’à ceux de chanson francophone. « Chaque jour voit s’approcher la vague anglophone-anglophile qui nous submergera », écrit le chroniqueur, au sujet de cette révélation qui a fait peu de bruit.

À l’heure qu’il est, il a probablement obtenu les réactions classiques : « C’est ce que le monde veut », « faites de la musique pas de la politique », « faut s’ouvrir au monde », etc., le même type de réactions que le collectif Commémoration 1608-2008 a entendu cet été dans un dossier connexe (la présence de l’histoire au 400e).

Si la chanson anglophone séduit les Québécois et si, comme l’écrit Régis Tremblay, des artistes exploitent cette tendance « d’un peuple transformé en public », il n’est pas facile d’intervenir, mais on pourrait au moins éviter, comme société, de nourrir le mouvement avec les fonds de l’État.

À cet égard, on a eu de bien mauvais exemples en cette année du 400e anniversaire du « berceau de l’Amérique française ». On a accepté de clore le spectacle d’ouverture du 31 décembre 2007 avec une chanson en anglais et d’ouvrir le Festival d’été, le jour même de l’anniversaire en question, avec le spectacle d’un groupe anglophone (Plusieurs sont même convaincus que c’était le spectacle d’ouverture de fêtes du 400e). Ce Festival, dont on nous avait promis une « cuvée spéciale » pour 2008, a probablement été le plus « anglophile » de tous. En cette année qui marque le 400e anniversaire de l’installation permanente des Français en Amérique, l’idée d’amener un chanteur anglais sur le site qui symbolise la fin de la Nouvelle-France n’est sûrement pas née dans l’esprit de quelqu’un qui se préoccupait du sort de la chanson francophone ; on aurait pu au moins insérer dans le programme des chanteurs indigènes s’exprimant dans la langue de la majorité.

« On a le showbizz qu’on mérite », écrit monsieur Tremblay. Les leaders aussi.

octobre 21, 2008

De retour en 1827

Dans ses récents discours, le premier ministre du Québec nous a servi de nombreuses évocations historiques mais il devra revoir les précédents concernant l’élection du président.

Jamais un président n’aurait été élu « sans consultation avec le gouvernement » depuis 216 ans? Il faut rappeler que le Parlement a existé avant l’apparition de la fonction de premier ministre et du gouvernement comme on le connaît aujourd’hui. Pendant un bon demi-siècle, les députés ont pris leurs responsabilités comme de grands garçons sans attendre les volontés de l’exécutif. Le gouverneur ne livrait d’ailleurs pas le « discours du trône » avant que les députés aient un représentant. Les députés élisaient donc leur président en toute liberté et ce dernier allait ensuite se présenter devant le gouverneur qui reconnaissait invariablement l’élu comme porte-parole légitime de l’Assemblée.

Mais il y a eu une exception. À l'ouverture de la session de 1827, Papineau est réélu président (« orateur ») par 39 voix contre 5. Le gouverneur Dalhousie n'accepte pas ce choix mais la Chambre maintient sa décision, affirmant que la présentation de l'orateur au représentant du roi n'est qu'une simple formalité et non une obligation législative. Ne pouvant accepter cette rebuffade, le gouverneur proroge tout simplement la session. Les députés du Parti patriote font alors circuler une pétition dénonçant l'attitude du gouverneur qui sera peu après rappelé à Londres et remplacé par un gouverneur plus conciliant. Aucun représentant de la Couronne n’a imité Dalhousie par la suite.

Les politiciens québécois et canadiens vivent simultanément une expérience inusitée. Ils doivent apprendre à composer avec des gouvernements minoritaires et fonctionner dans un contexte où les matamores ont moins long de corde et les bulldozers, moins de rayon d’action.

L’élection du président illustre bien le changement survenu. Autrefois, le gouvernement « proposait » un candidat à l’opposition qui n’avait pas le choix de l’accepter (mais qui pouvait parfois négocier la tranquillité de l’ouverture de la session contre un avantage quelconque) ; de toute manière, il ne servait à rien de se braquer, compte tenu des forces en présence. Et le premier ministre ne divulguait surtout pas le nom de son candidat avant de l’avoir « négocié ». Avec le scrutin secret, le gouvernement ne perd pas complètement la maîtrise du jeu, car il peut toujours contrôler les candidatures dans ses rangs et imposer une ligne de parti à ses députés, mais, dans une situation de gouvernement minoritaire, tout est différent.

Quoiqu’on en dise maintenant, il est évident que l’entente conclue entre les partis portait sur le processus du scrutin et non sur le nombre de candidats ou le résultat du vote. Chaque parti a choisi son candidat sans consulter les autres. Si on avait laissé aller le processus, les députés auraient voté sur une liste de trois candidats et aucun n’aurait eu la majorité absolue au premier tour. Le deuxième tour aurait opposé messieurs Vallières et Picard… L’Opposition officielle risquait gros, en terme d’amour-propre, car elle avait exprimé vigoureusement son point de vue sur le candidat proposé par le caucus libéral. Son candidat a trouvé la meilleure façon tirer son épingle du jeu honorablement. Le leader du gouvernement attendait peut-être que ses vis-à-vis viennent négocier l'élection de monsieur Vallières, mais, au lieu de faire un deal avec le gouvernement, ils ont préféré dealer entre eux.

On comprend sa colère - il s’en est fait passer une – et celle de ses collègues qui voient un poste envié leur échapper, mais un peu moins celle de leur chef qui, en remettant en cause la légitimité du président, nous ramène aux temps de lord Dalhousie.

octobre 12, 2008

Mauvaise mémoire, mauvaise foi, ou les deux ?

Comme le dirait notre maire, dans son langage imagé, Lysiane Gagnon est partie sur une « shire » dans sa chronique du 11 octobre (« Le Bloc ou la vie rêvée », La Presse, http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/lysiane-gagnon/200810/11/01-28683-le-bloc-ou-la-vie-revee.php).

Vu de La Presse, le Bloc mène la belle vie. « Ses fonds de campagne sont entièrement dépensés au Québec, alors que les autres partis doivent financer des campagnes coûteuses qui se déroulent de l’Atlantique au Pacifique. Le Bloc n’est même pas obligé de louer un avion. Ainsi délesté des dépenses les plus lourdes, le parti peut se concentrer sur la propagande. Du fait qu’ils n’œuvrent que dans une seule province, le Bloc et son chef jouissent, par rapport au seul électorat qui les intéresse, d’une visibilité exceptionnelle […]. Son unique cible est le groupe relativement homogène des Québécois francophones, alors que les autres chefs doivent composer avec des populations extrêmement diverses. […] C’est exactement comme s’il existait, au niveau de la politique provinciale, un parti montréalais qui ne s’occuperait que des intérêts de la métropole, et dont le chef n’aurait jamais à se soucier des travailleurs forestiers, des pêcheurs gaspésiens ou de la médecine en région ».

Madame Gagnon a peut-être oublié, et on peut imaginer qu’elle ne veuille pas se souvenir, que son exemple n’est pas théorique. Fondé en 1989, le Parti Égalité regroupait des Montréalais mécontents de la décision de Robert Bourassa d’invoquer la clause « nonobstant » pour assurer le maintien des dispositions de la Charte de la langue française concernant la langue d’affichage. Cette position du Parti Égalité et son fédéralisme radical ont fait en sorte que ses appuis se retrouvaient parmi la minorité anglophone et qu’il ne présentait des candidats que dans les circonscriptions ayant une proportion significative d’électeurs anglophones… et peu de pêcheurs gaspésiens ! Aux élections de 1989, 1994 et 1998, le parti a présenté une vingtaine de candidats, essentiellement dans la région de Montréal. Il a remporté 4 sièges à Montréal en 1989 et aucun autre par la suite. En fait, avant la fin de la législature, trois des quatre députés avaient déjà quitté le parti.

Madame Gagnon se souvient-elle d’avoir accusé le Parti Égalité d’être « montréalo-centriste », de « manquer d’altruisme et d’ouverture d’esprit » et surtout de « fausser le jeu de la démocratie », comme elle le fait à l’endroit du Bloc ?

Madame Gagnon n’est pas seule dans son camp. Cette campagne électorale passera à l’histoire pour avoir inventé un nouvel argument électoral, repris par des gens pourtant réputé intelligents comme Bernard Lord : on reproche maintenant à l’opposition de ne pas adopter de lois et d’être inefficace administrativement ! (Curieusement, le Bloc est la seule cible alors qu’il est encore loin des « records » néo-démocrates qui siègent « impunément » depuis des décennies (sous les étiquettes NPD et CCF) sans avoir fait adopter une seule loi eux non plus !)

Derrière cette rhétorique électorale primaire se cache un mépris pour la fonction de parlementaire et pour le Parlement lui-même. Dans cette perspective, des députés comme Stanley Knowles (un des plus grands parlementaires canadiens) ou Réal Caouette (quoi qu’on en pense), qui ont consacré leur carrière à défendre des principes sur les banquettes de l’opposition, sans espoir de prendre le pouvoir, n'auraient rien fait qui vaille tout en empêchant « le reste du Canada de se donner des gouvernements majoritaires ».

On se demandera ensuite qui essaie de « fausser le jeu de la démocratie ».

octobre 01, 2008

Les « ivrognes » de Québec

Jean-Simon Gagné a frappé juste avec sa chronique sur les projets de construction dans le Vieux-Québec («Promesses d'ivrogne», Le Soleil, 28 septembre): « Un promoteur veut ériger un édifice moderne à l'intérieur du périmètre historique? Hips! D'accord pour cette fois. Après, c'est fini. Un bâtiment aura quelques étages de plus que la limite autorisée? Hips! On fera une entorse au règlement, même si on avait promis de ne plus faire ce genre de chipotage. [...] Un projet immobilier est mené sans trop de consultations publiques? Hips! Toutes nos excuses. On ne le referra plus. Promis, juré. Hips! Jusqu'à la prochaine».

Ce point de vue tranche avec celui de son président de corporation qui a cependant soulevé un aspect intéressant, soit l'imposture des croquis d'architecte offerts en pâture aux administrateurs municipaux trop crédules.

Je me souviens des croquis montrant le projet de stationnement du carré d'Youville. On aurait juré une reconstitution des jardins de Babylone. L'auteur du croquis semblait avoir réalisé son oeuvre debout sur le toit de l'édifice d'en face. Ce n'est évidemment pas ce que le piéton normal a vu par la suite et peut encore admirer aujourd'hui.

Cette fois, le croquis montre une fontaine, qui ne pourra tout de même pas remplacer l'arrêt d'autobus, et une calèche, à un endroit où il n'en circule pas, sauf peut-être pour l'aller-retour vers l'écurie. C'est avec ce matériel publicitaire qu'on vend le projet aux administrateurs municipaux? Et l'enveloppe extérieure de l'édifice qui fait le coin, on dit qu'elle sera intégralement préservée? Il faut immédiatement prendre des photos.

Dans ce dossier qui touche une place importante (mais malheureusement déjà passablement massacrée du côté ouest), je suis étonné de la discrétion du ministère de la Culture qui s'acharne pourtant à préserver les ruines du patro Saint-Vincent-de-Paul. Étonné aussi qu'on ne réponde pas au promoteur du projet du Capitole comme on le fait aux artistes qui déplorent les coupures fédérales: « Si vos affaires ne sont pas assez payantes dans les conditions (normes) actuelles, faites autre chose ».

septembre 18, 2008

Une femme assaillie

L'ex-copine de l'ex-ministre beauceron a eu beau se couvrir littéralement jusqu’au cou, elle a monopolisé l’attention à la réception donnée pour souligner les 50 ans de l’éditeur qui l’a séduite, la bien-nommée maison des « Éditions de l'Homme ». D’après le reportage du Journal de Montréal, « tous les regards se sont tournés » quand elle s’est présentée « vêtue d'une robe saillante [sic] noire », comme le précise le texte et un bas de vignette.

Une tenue « seyante » n’aurait évidemment pas attiré les flashs et les caméras, mais une robe « saillante » éveille naturellement la curiosité. On présume que la journaliste n’a pas voulu évoquer les saillies littéraires (« traits d’esprit brillants ») ou vétérinaires (« de salire, couvrir une femelle »). Mais aurait-elle eu à l’esprit les structures architecturales qui s’avancent, débordent ou dépassent, comme un « balcon qui saille »?

Peut-être aussi que le chef de pupitre s'est bien amusé. Ça arrive.

septembre 07, 2008

Peut-on être député à temps partiel?

(Commentaire sur la chronique de Gilbert Lavoie, « La triple assiettée d’Arthur », Le Soleil, 30 août)

En cumulant ses fonctions de député et celles de journaliste, de conducteur d’autobus et d’annonceur, le député indépendant de Portneuf-Jacques-Cartier à la Chambre des communes n’est évidemment pas dans l’illégalité, juste en rupture d’éthique.

Pendant 30 ans, au Parlement, j’ai entendu les députés justifier les hausses de traitement en invoquant une surcharge de travail: un tue-monde, une machine à divorces, l’éducation des enfants au téléphone, deux ou trois douzaines de municipalités à materner, autant de clubs de l’âge d’or à visiter et quoi encore! Que certains d’entre eux aient de la disponibilité pour continuer l’exercice d’une profession en parallèle m’a toujours étonné : que dire lorsqu’il y en a trois!

Bien sûr, la charge de travail est inégale. D’après ce que j’en ai retenu, les boîtes à lettres ne débordaient pas dans certaines circonscriptions montréalaises et le tapis ne devait pas user vite dans le « bureau de comté » de Jean-Talon. Si on examinait attentivement les exemples de cumul que monsieur Lavoie cite, on verrait probablement qu’il s’agit de « petites » circonscriptions pas très exigeantes pour leur représentant. Les députés-médecins qu’il mentionne n’avaient peut-être pas beaucoup de patients.

Comment le député indépendant de Portneuf-Jacques-Cartier peut-il desservir adéquatement les 70000 électeurs d’une grande circonscription rurale qui comprend une trentaine de municipalités en travaillant à temps partiel? La charge est moins exigeante pour les députés fédéraux? Pourquoi alors sont-ils mieux payés qu’à Québec?

Le député peut faire ce qu’il veut de ses loisirs mais, s’il a autant du temps libre, n’est-ce pas parce qu’il se désintéresse de son rôle de surveillant de l’administration publique, lui qui était pourtant si critique au sujet de la bureaucratie autrefois? La tâche du député-contrôleur est infinie. C’est un peu comme celle d’un journaliste qui se consacre vraiment à sa profession, le genre Vastel, par exemple, qui n’aurait pas pu faire du taxi les fins de semaines. Le député de Portneuf dispose de ressources (budget de recherche, services professionnels de la bibliothèque du Parlement, etc.) pour fouiller n’importe quel recoin de l’administration publique et, en tant que député indépendant (ce qu’il est théoriquement), il a beaucoup plus de latitude que les autres, surtout les ministériels, pour « brasser la cage », comme il l’avait d’ailleurs promis.

S’il n’aime pas la période des questions, rien ne l’empêche de prendre les bouchées doubles en commission. Pourquoi préfère-t-il consacrer ses énergies ailleurs, sinon pour l’appât du gain ou en signe de désintérêt pour le mandat qui lui a été confié?

septembre 03, 2008

Un président élu au vote secret?

Le chef de l’ADQ s’oppose au candidat que le caucus libéral veut proposer comme président de l’Assemblée nationale ; il ne pardonnerait pas à monsieur Vallières de l’avoir qualifié de « girouette » et il demande que le prochain président soit élu au vote secret, ce qui signifie que plusieurs noms pourraient être soumis aux députés.

L’élection du président au scrutin secret est une excellente idée. Elle a pour principale vertu de réduire l’emprise du chef du gouvernement sur le parlement, alors que la procédure actuelle fait en sorte que le chef de la majorité finit toujours par faire accepter sa proposition, quitte à en payer le prix sous diverses formes. Au Parlement, tout se négocie.

Le vote secret a été utilisé deux fois, le 2 mars 1999 (pour la réélection de monsieur Jean-Pierre Charbonneau) et le 12 mars 2002 (pour madame Harel). Monsieur Charbonneau avait réussi à faire inscrire cette nouvelle procédure parmi ses nombreux projets de réforme. Malheureusement, elle n’a pas été intégrée au règlement permanent avant la fin de la législature et elle est devenue caduque avec la dissolution.

À l’ouverture de la session qui a suivi le scrutin général de 2003, il aurait fallu déroger aux règles de procédure normales pour renouveler l’expérience de 1999 et de 2002. Mais il n’y a pas eu de « contentement unanime » essentiel à cette fin et il a fallu se reprendre le lendemain avec la vieille formule. La situation était gênante : on a même décidé que cette séance n’avait pas eu lieu et qu’elle serait effacée des procès-verbaux !

Pourtant, la majorité libérale était en faveur de l’élection du président au scrutin secret; l’Opposition officielle aussi. Celui qui a fait dérailler la réforme n’est donc pas difficile de retracer, même s’il n’est pas toujours facile à suivre.

juillet 30, 2008

L'humilité des grands

Pour le bénéfice de ceux qui ne lisent pas régulièrement l’hebdomadaire français Le Point, la Presse canadienne a mis à la disposition des journaux québécois le résumé d’une remarquable et rare entrevue que le milliardaire Paul Desmarais a donnée à Patrick Bonazza (26 juin 2008).

Les Français ont appris notamment que le magnat des affaires a « la haute main sur la presse de la Belle Province ». Ils ont aussi été mis au parfum de la position éditoriale du journal La Presse : « … nous sommes fédéralistes. […] Le point de vue des séparatistes peut apparaître, mais la ligne éditoriale est fédéraliste. Il n’y a pas d’ambiguïtés. Si le Québec se sépare, ce sera sa fin. Moi, je suis attaché à la liberté et à la démocratie. Bien sûr, notre directeur de la rédaction est fédéraliste. Mais c’est lui qui mène son affaire. Je ne l’appelle pas pour lui dire ce qu’il doit faire ». Les Français ont sûrement compris que le directeur en question n'a pas besoin de dessin.

Le Globe and Mail a fait écho à ce reportage le 3 juillet avec une pointe de jalousie: « It is the first time in years that the Power Corp. of Canada patriarch has sat down with a journalist anywhere». Les quotidiens de Québécor ont publié la dépêche de la Presse canadienne le 4 juillet. Les journaux de Gesca n’ont pas repris cet article élogieux sur leur propriétaire.

Probablement un signe d’humilité.

mai 02, 2008

L’affaire Fortier et le prix du « gaz »

Jean Lapierre a suivi les séances de la Commission parlementaire de l’administration publique (CAP) sur l’affaire Fortier et n’aurait pas aimé « le spectacle ». « C’est le prix du gaz qui intéresse les gens », juge-t-il. Ses auditeurs auront naturellement compris que les parlementaires ont perdu leur temps et qu’ils devraient se consacrer aux vraies affaires.

Comme plusieurs autres observateurs, le chroniqueur vedette joue les « gérants d’estrade ». Il est trop facile de dire après coup que l’initiative de la CAP était inopportune, un « cirque » (comme on a pu malheureusement le lire dans Le Devoir), une « totale perte de temps » (selon La Presse, qui n'avait pourtant pas manqué d'attiser le feu dans les jours qui ont précédé les auditions) alors que personne n’a sourcillé, protesté ou émis le moindre doute dans les médias quand la CAP a décidé d’examiner cette affaire. Au contraire ! Un délégué du Québec congédié (rareté !), interdit de séjour (inédit !), pour une affaire de harcèlement (« psychologique ou sexuel ? », a-t-on entendu…) qui implique un intime du premier ministre (qui l’aurait protégé?) : toute la Tribune de la presse se délectait à l’avance et certains auraient payé leur place s’il y avait eu un « cover charge ». Monsieur Lapierre lui-même n’a-t-il pas fait un voyage spécial à Québec, pour voir ce qu'il aurait pu suivre à la télévision, lui qui n’en avait probablement jamais fait autant pour assister à un débat parlementaire « provincial »?

La comparaison que le chroniqueur de TVA fait entre le sujet qui a occupé la CAP (l’affaire Fortier) et celui qui intéresse les gens (le prix du gaz), paraît-il, est démagogique. Examiner la gestion du ministère des Relations internationales est dans les responsabilités et les capacités du Parlement du Québec. C’était le devoir des parlementaires de poser des questions sur le congédiement exceptionnel d’un délégué du Québec, et les « explications » nébuleuses de la ministre. Par bonheur, les oppositions ont pu faire convoquer une commission (ce qui aurait été impossible en situation de gouvernement majoritaire) et l’exercice s’est fait de façon civilisée (contrairement à certains interrogatoires du passé). Après deux jours, les députés ont compris qu’ils ne verraient pas le fin fond de l’affaire (à moins de revoir le mandat de la commission) et ils se sont résignés à fermer le dossier, laissant malheureusement les journalistes sur leur faim. Mais que voulait-on qu’ils fissent? S’acharner sur l’ex-délégué qui serait vite apparu comme une victime collatérale d’une opération politique? Étirer l’enquête pendant vingt-quatre séances comme l’Opposition officielle l’a fait en 1983, sans jamais réussir à démontrer que le premier ministre Lévesque avait menti sur son rôle dans l’affaire du « saccage de la Baie-James »?

Le prix du gaz (qui s'est ajouté aux déplaisirs du voyage de monsieur Lapierre) entre dans une autre catégorie. S’il existait une solution « praticable » par le Parlement, on serait justifié de déplorer son inaction dans ce dossier mais y a-t-il un spécialiste du pétrole ou du commerce international qui a proposé une solution législative (à la hausse du prix de l'essence) qui serait à la portée de l’Assemblée nationale ? S’il en existait une, il y aurait probablement déjà un ou deux parlements à l’œuvre quelque part en Amérique…

La loi de l’offre et de la demande n’est malheureusement pas « dans nos statuts », comme disait Maurice Bellemare.

avril 05, 2008

Un milliard en droits d’auteur, ça change le monde

Une romancière bien connue, riche et célèbre, s’il en est, a intenté une poursuite aux États-Unis contre l’éditeur d’une encyclopédie consacrée à son œuvre et à ses personnages. Il y en a tant qui seraient honorés de la chose... Pas elle.

Madame a demandé et obtenu une injonction pour bloquer la diffusion de l’encyclopédie et elle réclame maintenant des dommages et intérêts. En défense, l’éditeur de l'encyclopédie expose ainsi son point de vue:
« a distinguished and tremendously successful novelist demands the suppression of a reference guide to her works. [She] asserts that this reference guide infringes both her copyright […] and her right to publish, at some unidentified point in the future, a reference guide of her own. In support of her position she appears to claim a monopoly on the right to publish literary reference guides [...] relating to her own fiction. This is a right no court has ever recognized. It has little to recommend it. If accepted, it would dramatically extend the reach of copyright protection, and eliminate an entire genre of literary supplements: third party reference guides to fiction, which for centuries have helped readers better access, understand and enjoy literary works. By extension, it would threaten not just reference guides, but encyclopedias, glossaries, indexes, and other tools that provide useful information about copyrighted works ».

En bref, la romancière invoque son droit sur un ouvrage de référence qu'elle pourrait publier éventuellement... Elle aurait donc des droits sur ce qu'elle a publié et sur ce qu'elle pense publier?

Prochaines étapes : interdire les thèses, les histoires de la littérature qui mentionnent son nom, les comptes rendus sur ses oeuvres, la publication de ses propres entrevues? Bloquer ses titres sur Amazone? Poursuivre les blogueurs!?

Par prudence, je n'ai pas donné son nom, celui de son héros et le titre de ses oeuvres, et même Google ne devrait pas pouvoir me retracer. Je déclare en plus solennellement que je n’ai pas lu ses œuvres jusqu'à maintenant et que je ne pense pas les lire.

avril 03, 2008

Les questions remises en question

Un récent numéro de l’Actualité contenait un article sur la réforme parlementaire. L’événement est digne de mention car ce sujet ne provoque pas de batailles dans les autobus, pour reprendre une blague bien connue, vu qu’il n’en suscite même pas au Parlement depuis plusieurs années.
Monsieur Jean-Pierre Charbonneau, ex-président de l’Assemblée nationale (1996-2002), fait trois suggestions : abolir le bâillon (qu’on a souvent utilisé à tort et à travers), « introduire », disons favoriser, les votes libres (en assouplissant la discipline de parti) et… abolir la période des questions orales, idée qu’il présente à juste titre comme inédite.
Les deux premières propositions pourraient se concrétiser partiellement sans trop de difficultés. Éliminer totalement le bâillon est illusoire mais, pendant sa présidence, monsieur Charbonneau avait justement fait mettre à l’essai des mesures visant à baliser l’emploi de cette procédure. Par ailleurs, « assouplir la discipline de parti » est utopique, car on ne desserre pas comme une ceinture cette règle non écrite mais bien inscrite dans la culture parlementaire québécoise. Monsieur Charbonneau suggère concrètement que « seuls les votes sur le budget, les motions de censure et les votes directement issus des engagements électoraux majeurs [soient] soumis à la ligne de parti ». Une proposition similaire était restée sur la table lors de la réforme de… 1984 : le président Richard Guay proposait de limiter la responsabilité ministérielle à des circonstances bien précises, histoire de rassurer les candidats à la dissidence qui se laissaient souvent convaincre que toute motion gouvernementale battue en chambre ou en commission conduit directement aux élections… Ce ne serait pas compliqué : il suffirait de codifier ce qui se passe actuellement dans un contexte de gouvernement minoritaire.
La troisième proposition heurte les colonnes du temple car elle s’attaque au plus visible des moyens de contrôle parlementaire. Aussi bien dire que cette idée ne trouvera jamais preneur dans les rangs de l’opposition et qu’aucun gouvernement n’osera la mettre sur la table.
La période des questions est une « fille naturelle » du parlementarisme québécois. Elle est née d’une faiblesse du Règlement Geoffrion (du nom du greffier décédé en 1942) qui permettait, « après l’expédition des affaires courantes », de « demander ou donner des renseignements [je souligne] au sujet de la conduite des travaux de la chambre ou au sujet de quelque autre affaire d’intérêt public », le tout « sans provoquer de débat ». La procédure était exceptionnelle (la règle générale étant que les questions aux ministres étaient posées par écrit avec un préavis) et il appartenait au président de décider de chaque cas et « de voir s’il s’agit d’une affaire d’urgence immédiate et d’intérêt public [je souligne encore] ».
Dans les années 1960, il y a des séances sans question et d’autres qui durent deux heures et plus. En 1969, la période des questions est « réglementée » et notamment limitée à un 30 minutes. On glisse des affaires « d’urgence immédiate et d’intérêt public » aux « affaires d’intérêt public, ayant un caractère d’actualité ou d’urgence ». Au fil des ans, les parlementaires en abusent en alternance, les préambules s’étirent (comme si on avait besoin d’expliquer une situation qui est connue du public et généralement bien expliquée dans les journaux du matin…) et se garnissent d’allusions politiques partisanes : comme il n’est pas possible de répliquer au ministre, on apprend vite qu’il faut frapper d’abord, le plus fort possible. La télédiffusion des débats ne fait qu’envenimer les choses. En écoutant les propos qui s’échangent maintenant, les spectateurs et les auditeurs ne peuvent absolument pas s’imaginer que ces « questions » étaient à l’origine des demandes de « renseignements » !
En 1998, le président Charbonneau était manifestement arrivé à la conclusion que cette enfant élevée dans la permissivité était incontrôlable. Il avait baissé les bras et suggéré de supprimer « toute contrainte en ce qui a trait à la forme des questions et des réponses ». N’aurait subsisté qu’une règle générale (« Les questions doivent porter sur des affaires d’intérêt public, ayant un caractère d’actualité ou d’urgence, qui relèvent d’un ministre ou du gouvernement »). On aurait supprimé les dispositions concernant les « questions interdites » (selon les règles actuelles, « les questions ne peuvent : 1· comporter ni expression d’opinion ni argumentation ; 2· être fondées sur des suppositions ; 3· viser à obtenir un avis professionnel ou personnel ; 4· suggérer la réponse demandée ; 5· être formulées de manière à susciter un débat »). En somme, les règles du débat seraient devenues « conformes à la réalité ».
Dix ans plus tard, monsieur Charbonneau juge qu’il n’y a plus d’espoir : il propose plutôt l’euthanasie.

mars 24, 2008

La carte du « roi Blanchet »

Le projet de réforme de la carte électorale soulève la grogne dans l’est du Québec et celui qui l’a présenté à la population se trouve actuellement entre le pilori et la potence. « Le roi Blanchet vient de décréter la mort des régions », a-t-on pu lire dans La Presse, comme si le président de la Commission de la représentation électorale (CRE) avait dessiné la prochaine carte électorale selon son caprice personnel.

Il faut peut-être rappeler que la CRE ne fait qu’appliquer une loi mise en place après des décennies de manipulations partisanes et d’inéquité. Le Québec du début des années 1960 élisait ses députés selon une carte dont l'essentiel remontait à plus d’un siècle. Avec l'urbanisation croissante, la situation était devenue intolérable. En 1962, la région métropolitaine possédait plus de 37 pour cent de la population, mais n'avait que 16,8 pour cent des sièges à l'Assemblée. À titre d’exemple, rappelons seulement que la circonscription de Laval comptait près de 135 000 électeurs, contre 5600 aux Îles-de-la-Madeleine (circonscription détachée de Gaspé depuis 1897).

C’est pour corriger cette situation et enlever aux politiciens la possibilité de manipuler les frontières des comtés en fonction de leurs intérêts partisans que le découpage de la carte électorale se fait maintenant en fonction de principes clairs par un organisme indépendant dont les membres sont nommés sur proposition du premier ministre approuvée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale.

La CRE propose de retoucher les frontières de 86 circonscriptions afin de tenir compte des mouvements démographiques. Trois circonscriptions disparaîtraient de la carte en Gaspésie, en Beauce et dans le Bas-Saint-Laurent. De nouvelles circonscriptions seraient créées en Montérégie, dans Laurentides-Lanaudière et à Laval.

La région où je suis né et à laquelle je suis encore très attaché serait perdante. J’en suis désolé mais pas scandalisé. D’abord, parce que le principe démocratique est fondamental et, ensuite, parce que c’est la diminution du poids démographique de la région qui amène la perte d’un député, et non l’inverse. La carte électorale n’est pas un programme de développement régional. S'il y a moins de monde dans tout l'est du Québec, de la Beauce à Gaspé, ça n'a pas grand chose à voir avec le nombre de députés qu'on y trouve au kilomètre carré, cela dit avec tout le respect que j’ai pour les parlementaires. Je ne crois pas que l’identité du député qui représente la région entre en considération dans les motivations qui justifient les choix stratégiques des citoyens en quête d’un milieu de vie. Il y a d'excellents députés qui travaillent très fort dans des comtés qui vont rester pauvres et d’autres qui ont peu de mérite à voir leurs comtés rester riches. Qu'on ne me demande pas d'exemples... L'impact du député sur le développement économique et social de son comté et de sa région n'est pas insignifiant mais il ne pèse pas lourd comparativement aux tendances économique et sociales lourdes (les facteurs économiques « objectifs » tout comme le comportement des citoyens) sur lesquels il n'a pas beaucoup, voire pas du tout d'impact. Quoique… S’il s’était trouvé quelques parlementaires pour proposer des mesures de contrôle de la pêche et de la coupe forestière il y a trente ou quarante ans…

On comprend aisément la frustration de députés qui représentent les régions perdantes. Certains veulent revoir la loi. On peut toujours essayer, pourvu que les principes démocratiques soient respectés et qu’on ne retombe pas dans les manipulations partisanes ou arbitraires. La voie est très étroite.

mars 14, 2008

Comment abolir les péages en essayant de les hausser

Il est question de rétablir les péages. « Il y en a donc déjà eu ? Et comment sont-ils disparus ? La Révolution tranquille ? La Charte des droits ? Le fédéral ! Une commission d’enquête ? Les lologues ? Les baby boomers ? »

Dans un colloque sur le parlementarisme, en 1994, celui qui était ministre des Transports à l'époque a raconté comment les péages sont disparus, au début des années 1980.

On est alors en pleine crise des finances publiques et les ministres ont tous reçu la commande d’augmenter les revenus de l’État ou de couper les dépenses. Les péages n’ont pas été revus depuis les années 1950 et les revenus couvrent à peine les dépenses. À Montréal, à l’heure de pointe : un gros 10 cents !

Le ministre des Transports se dit qu’on pourrait bien augmenter ça à « trente sous ». Au cabinet, son idée soulève l’enthousiasme. Mais pourquoi s’arrêter là ? « Pas 0,10$, Michel, 0,50$. Mieux, 0,75$! » On s’entend finalement pour 0,50$ et le ministre part en campagne avec le décret sous le bras et un brin d’inquiétude, car la question n’avait jamais été abordée au caucus du parti.

Il avait bien raison. « Qu’est-ce qui se passe quand j’arrive à l’Assemblée nationale ? Je suis assailli par le pouvoir législatif. Là j’ai vu ce que c’était un pouvoir législatif qui décidait de s’imposer d’une certaine manière. Parce que ça été tellement rejeté par les députés, tant de la majorité que de l’Opposition, j’ai dû retraiter honteusement sur une période de deux ans et abolir le péage sur les autoroutes ».

L’Assemblée nationale ne comptait qu'une quinzaine de baby boomers dans ses rangs au début des années 1980. Dont Michel Clair, le ministre qui voulait les hausser.

mars 04, 2008

« Chacun son rang, chacun sa classe »

Le salaire des députés fédéraux augmentera de 3,1 % le 1er avril. Seul Le Devoir semble avoir publié cette nouvelle (29 février) de la Presse canadienne qui a vraisemblablement obtenu le tuyau par la Fédération canadienne des contribuables. Le directeur national de ce lobby en profite évidemment pour dénoncer les «extravagances» de ces parlementaires qui ont une indemnité comparable à celle des membres du Congrès américain sans en avoir l’envergure et les responsabilités... C’est de bonne guerre mais il faut regretter que le journaliste qui a «passé» le message de monsieur Williamson n’ait pas pris la peine de dire ce qui justifiait ce 3,1%.

Les parlementaires ont de tout temps eu de la difficulté à établir leur indemnité. D’abord parce que leur tâche est difficile à comparer avec d’autres fonctions et surtout parce qu’ils doivent s’auto-évaluer. Depuis 2004, les députés fédéraux ont adopté une méthode mécanique : leur rémunération est ajustée annuellement en fonction des règlements salariaux négociés dans les entreprises de 500 employés et plus du secteur privé. Un indice est établi par «Ressources humaines et Développement des compétences Canada» au mois de février à partir de l'évolution des salaires pendant l'année civile précédente et la rémunération des parlementaires est ajustée en conséquence en avril.

Les parlementaires obtiennent donc des augmentations comparables à celles de leurs administrés. Les salaires des bénéficiaires du salaire minimum ne sont évidemment pas pris en considération dans le calcul mais les banquiers et les médecins spécialistes n’y sont pas non plus. (On notera que les dirigeants d’organismes publics au Québec ont aussi obtenu 3,1% en novembre dernier, comme quoi l’indice de «machin chose Canada» peut servir ailleurs. Les fonctionnaires québécois s'en satisferaient probablement.)

Le hic est qu’il a fallu un long détour pour arriver à cette solution. En 2001, les députés fédéraux avaient imaginé une autre solution mécanique qui consistait à attacher leur salaire à celui des juges. Comme le rappelait le député conservateur de West Vancouver—Sunshine Coast—Sea to Sky Country, en décembre 2004, «cette très bonne solution était que nous allions lier le salaire du premier ministre à celui du juge en chef, et tout le monde pensait que c'était bien équitable. Nous allions vivre avec l'indépendance des magistrats de la Cour suprême et avec le salaire qu'ils obtiendraient». Ce qui s'avère maintenant un détour a quand même permis aux députés fédéraux de passer par « GO », comme on dit au Monopoly. Leur indemnité est passée des alentours de 100 000$ à plus de 140 000$ en quelques années mais iIs ont frappé un os en 2004 quand la Commission d'examen de la rémunération des juges a recommandé une hausse de 10% pour les magistrats. «Chacun son rang, chacun sa classe» : au lieu de remettre le système en question, le gouvernement a préféré attacher ses parlementaires au petit bonheur d'une catégorie plus modeste, comme on vient de le voir, les cols blancs et les cols bleus. «C'est trop pour les Canadiens qui paient le salaire des députés, mais ce n'est pas trop pour les Canadiens qui paient le salaire des juges», s’est exclamé en vain un député bloquiste.

Depuis un mois, la Commission d'examen de la rémunération des juges (un fonctionnaire retraité et deux avocats...) s'est remise au travail afin de déterminer si les magistrats sont bien payés. Un juge nommé par le gouvernement fédéral touche présentement 252 000$ par année. Le salaire des juges de juridiction québécoise a presque doublé depuis 10 ans mais ils «stagnent» autour de 220 000$ et demandent encore 15% d’ici 2010. Il faut protéger leur indépendance, dit-on. Qu’adviendra-t-il de celle des députés fédéraux, qui sont maintenant loin derrière avec leur 150 000$, et de leurs homologues québécois, qui sont probablement tombés dans le sous-prolétariat de la gouvernance?

mars 01, 2008

« Fouetter un cheval mort »

Les blagues les plus faciles surgissent inévitablement quand il est question des hippodromes. La situation n’est pas rose pour les gens qui gagnent leur vie dans cette industrie en perte de vitesse mais ce ne serait pas la première activité de loisirs à mourir au bout de sa course.

Au lieu de reconnaître que cette industrie est en phase terminale, l’État a eu le génie de la mettre sous respirateur artificiel en permettant au propriétaire des hippodromes de se financer avec les revenus des machines à sous. En d’autres mots, le cheval a fait place à la machine (à sous), les bêtes sont devenues décoratives, les « hommes à chevaux », des figurants, les hippodromes, des Ludoplex (qu’on refuse de nommer « casinos » pour ne pas énerver les Charlevoisiens). Tout est factice dans ce dossier boiteux.

Manque de pot, le respirateur manque de souffle : les joueurs se font rares, le « foin » ne rentre pas, le promoteur réduit son programme (déjà famélique) de courses live et, avant de se retrouver sur la paille, il demande au gouvernement et à Loto-Québec « de relever le marché »!

Wo! Farlantine! S’il y a moins de joueurs que prévu, n’est-ce pas une bonne nouvelle? S’il y a trop de machines, il suffit d’en supprimer et non de fouetter l'ardeur des joueurs. N’était-ce pas le but de l’opération (réduire l’offre) quand on a retiré les video poker des bars pour les regrouper dans les « salons de jeu »?

Le problème est que l'État sourit d'un côté de la bouche et ronge son frein de l'autre.

décembre 23, 2007

L'accommodement inuit

Le gouvernement du Québec consulterait sur la pertinence de créer une circonscription électorale épousant les limites du Nunavik. Cette nouvelle circonscription serait détachée de celle d'Ungava et compterait environ 10000 habitants dont quelque 750 Blancs. Le reste de la circonscription pourrait être partagé entre les voisines (Abitibi et Roberval) mais pourrait aussi survivre comme circonscription distincte. Le ministre a laissé entendre que cette décision reviendrait à la Commission de la représentation électorale.
On peut facilement imaginer que les commissaires auraient préféré éviter cette « responsabilité » qui s'ajoute aux difficultés qui se présentent chaque fois qu'ils doivent apporter des modifications à la carte électorale.
Le principal critère établi par la Loi électorale est l’égalité du vote: chaque circonscription doit compter un nombre à peu près égal d’électeurs. Comme il serait illusoire d'obtenir une égalité parfaite, la loi prévoit que le nombre d’électeurs dans une circonscription ne doit pas être inférieur ni supérieur à plus de 25 p. 100 de la moyenne qui se situait autour de 45000 électeurs au dernier scrutin général. La loi prévoit une exception (une sorte de clause grand-père), soit les Iles-de-la-Madeleine qui comptent environ 11000 électeurs, mais, dans les faits, plusieurs autres circonscriptions étaient sous la barre inférieure de 33 600 en 2007.
La circonscription d'Ungava était du nombre avec ses 24 000 électeurs inscrits et elle en perdrait environ 5000 avec la création d'une circonscription « nordique». Elle deviendrait la troisième exception avec les Îles et le Nunavik.
La prochaine carte électorale suscitera des grincements de dent en région, notamment dans l'Est où plusieurs circonscriptions sont « sous la barre ». Des régions risquent de perdre du poids politique; elles demanderont des « accommodements »: si on peut faire une circonscription de 5000, 10000 ou 20000 électeurs, pourquoi ne peut-on pas vivre avec seulement un peu moins de 33000?
Et pourquoi d'autres communautés ethniques, culturelles ou religieuses n'auraient-elles pas leur représentant au Parlement? Il y a plus de Mohawks dans la région de Montréal et de Cris à la Baie James que d'Inuits au Nunavik. Le précédent sera sûrement invoqué, de la même manière qu'on cite les Îles pour justifier le projet du Nunavik, même si le contexte est très différent et le nombre d'électeurs bien inférieur? Une commission d'enquête fédérale a déjà proposé la création d'un registre distinct pour les électeurs autochtones et l'élection de députés qui n'auraient pas de base territoriale; on pourrait bien imaginer un député représentant plusieurs villages ou réserves.
Le principe de l'égalité du vote des électeurs n'est pas apparu par hasard dans notre législation. Pendant près d'un siècle, la carte électorale du Québec a pourri sur place, jusqu'à ce qu'on la réforme dans les années soixante et soixante-dix en faisant disparaître les inégalités et les privilèges. Veut-on vraiment repartir dans l'autre direction?



décembre 08, 2007

Le grain de sel de l'épicier du coin

La sortie de l’atlas historique intitulé La mesure d’un continent a provoqué un vif échange épistolaire entre un professeur d’histoire de Québec et la pdg montréalaise de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

« Le vrai lancement se fera peut-être à Montréal », écrivait Jacques Mathieu (Le Soleil, 12 novembre), qui s’étonnait surtout qu’une exposition conçue par un chercheur de Québec sur le tricentenaire de Québec (et probablement avec des documents de Québec) ne se tienne qu’à Montréal. Madame Bissonnette répliqua vivement (16 novembre) à cette « réaction mesquine d’un universitaire jouant les pions ». Le lancement ? Il n’y en aura pas du tout. Ça règle la question. L’exposition ? Elle aura lieu d’abord au Centre d’archives de Montréal, mais on cherche un lieu d’accueil à Québec. Le Centre d’archives de la capitale, qui a longtemps abrité le « siège social » des Archives nationales, ne serait donc pas assez accueillant.

Tout en déplorant ces « comptes d’épicier entre métropole et capitale », madame Bissonnette n'a pu résister à la tentation faire la liste de « gestes concrets » qui témoignent de son « attachement à Québec » mais l’opération a toutes les allures d’un raclage de tiroirs : une exposition intitulée Tous ces livres sont à toi, d’abord tenue à Montréal, « québécisée » pour le Musée de la civilisation et malheureusement terminée au moment de l’échange épistolaire ; une « collaboration scientifique » à l’exposition permanente du même musée ; un « rôle-clé » dans « deux manifestations internationales majeures », dont l’une (la Conférence internationale de la table ronde des archives, novembre 2007) a été planifiée par les Archives nationales bien avant leur fusion avec la Bibliothèque nationale et l’autre (la rencontre de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions, août 2008) organisée par l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) avec l'aide d'un vaste comité dont Bibliothèque et Archives nationales du Québec fait partie.

Quant au cinquième des « gestes concrets », soit le don « d’une collection importante au Musée national des beaux-arts du Québec » (MNBAQ), il n’a pas laissé de traces sur les sites pourtant bavards des deux institutions. Et pour cause : il s’agirait d’un simple transfert d’œuvres art du Centre d’archives de Québec au MNBAQ, quelques kilomètres plus loin. Le geste est peut-être concret mais les retombées sur Québec sont nulles : on a déshabillé saint Pierre, l’archiviste du Campus, pour habiller saint Paul, le conservateur des Plaines. Faut-il vraiment dire merci ?

La fusion des Archives nationales du Québec avec la Bibliothèque nationale a déplacé vers Montréal la direction de l'institution qui conserve notamment les archives de l’État. Il faudra plus que des collaborations ponctuelles à l’accueil de congressistes, fussent-ils savants, pour compenser cette perte dans la capitale.

novembre 24, 2007

La recrue du Devoir

Madame Payette aura désormais une chronique dans Le Devoir. C’est une excellente nouvelle. Le Devoir est un journal libre et un habitat naturel, théoriquement, pour cette journaliste qui a depuis longtemps fait la preuve de son franc-parler et de son indépendance d’esprit. On l’a vue récemment rompre avec Quebecor par solidarité avec les journalistes lockoutés du Journal de Québec, un exemple que pourraient d’ailleurs suivre ces autres chroniqueurs qui ont un emploi lucratif à l’université et ne peuvent plaider la sécurité alimentaire. J’écris « théoriquement » car, comme le rappelle sa première chronique, ses relations avec le Devoir n’ont pas toujours été harmonieuses.

On comprend que la nouvelle recrue-vedette du Devoir commentera l’actualité avec toute « l’expérience de près de cinquante ans de vie publique » ; on souhaite aussi pouvoir lire les commentaires que son trop court passage à C’est juste de la TV n’ont pas permis de livrer à l’écran.

Un bémol sur la première chronique ? L’historien a quelque peine à reconnaître les faits dans sa reconstruction d’un fameux incident survenu durant la campagne référendaire de 1980, l’« affaire des Yvette ». D’après ce que le lecteur moyen comprendra du quatrième paragraphe de la chronique, cette affaire aurait été déclenchée par un éditorial du Devoir ? N’est-ce pas ce qu’on appelle « tirer sur le messager » ?

Fallait-il exhumer cet épisode malheureux que la majorité des Québécois n’ont pas vécu et que la plupart des autres ont oublié ? S’il le faut vraiment, le site que Stéphanie Godin a conçu sur « le phénomène des Yvette » (http://www.er.uqam.ca/nobel/m233730/) rafraîchira nos mémoires.

Histoire de pêche

Des groupes environnementaux ont inspiré la publication d’un nouveau guide de consommation du poisson. Ce guide classe les poissons en trois catégories, vert, jaune, rouge, selon qu’ils sont agréés, douteux ou proscrits (www.seachoice.org). Les consommateurs y sont invités à s’interroger sur la qualité du poisson qu’ils achètent mais aussi sur les « circonstances » de sa capture. Il ne suffit plus de poser des questions sur la fraîcheur du poisson, sa « nationalité » ou son profil (cultivé ou sauvage ?); encore faut-il savoir s’il a été pêché « dans les règles de l’art », s’il fait partie d’un stock bien géré ou s’il est menacé de disparition.

Un exemple. L’aiglefin est un bon choix s’il est pris à la palangre de fond au Canada mais douteux s’il est capturé de la même manière aux États-Unis, et à éviter quand il est pris au chalut. « Votre morue, a-t-elle été prise à la palangre, au chalut, dans un casier ou à la turlutte ? Et votre truite est-elle cultivée ou pêchée à la claque*? ». On n’est pas loin d’une nouvelle version du commerce équitable : le poisson a-t-il eu une chance face au pêcheur ?

Blague à part, on peut se demander si les commis de poissonnerie et les maîtres d’hôtel auront des réponses crédibles. Les promoteurs du guide espèrent que les questions des consommateurs finiront par sonner les cloches aux gouvernements dont c’est la responsabilité de contrer la « surpêche » et l’importation d'aliments impropres à la consommation. Et non celle des consommateurs.

* Truc de pêche bien connu (?) : le pêcheur tient un ver à quelques pouces de l’eau et, quand la truite saute pour le manger, il la projette dans sa chaloupe du plat de la main (et du revers si elle sont nombreuses). Méthode certifiée équitable, écologique et durable…

novembre 08, 2007

De bonnes adresses en France

De retour d'un séjour en France, j'ai cru utile de vous faire part de quelques bonnes adresses découvertes lors de mes trois derniers voyages. On ne parlera pas des choix moins avisés, car il y en a eu, malgré toutes les précautions prises dans la préparation de ces voyages. Il est quand même difficile de deviner que la belle gentilhommière campagnarde du XVe siècle peut subir les odeurs de la porcherie voisine lorsque le vent souffle sud-ouest...

Les trois établissements dont il sera question ici conviendront aux touristes motorisés qui cherchent des gîtes offrant confort et tranquillité, petits déjeuners copieux et table d'hôtes (sauf certains jours). On y trouve des champs, des moulins et des fleurs mais ce ne sont évidemment pas les Champs-Élysées, Moulin rouge et le Café de Flore.

En Charente, Clos de la Garenne

Le Clos de la Garenne, à Puyravault (près de Surgères) offre le gîte et le couvert dans un hameau dont l'origine remonte au temps des Gaulois. À quelques kilomètres du marais poitevin, à vingt minutes de La Rochelle, de l'île de Ré ou de Rochefort, à proximité de Brouage et de Saintes, cet établissement permet de découvrir les richesses patrimoniales de la Charente le jour et de se retrouver en bonne compagnie autour de la table commune le soir ... sans se soucier du taux d'alcoolémie du conducteur. Grandes chambres confortables (douche et bain) donnant sur le parc, déjeuners plantureux, repas du soir bien équilibrés servis dans la salle à manger ou sous le préau, tout ce que le site Internet de ce gîte (http://www.closdelagarenne.com) annonce est là, y compris les ânes et les moutons.
Le site ne dit pas cependant que les propriétaires sont des "François" (c'est leur nom) sympathiques qui aiment leur Charente et la connaissent intimement. Madame François est une source d'information inestimable pour le voyageur: ce qu'elle ne sait pas au souper, elle saura le trouver dans sa documentation ou sur Internet et vous l'offrir au déjeuner avec les oeufs de ses poules et sa douzaine de confitures maison. Au besoin, elle y invitera l'historien local, monsieur Grassiot, pour vous parler d'une célébrité locale, Ozanne Achon, qui aurait travaillé au Clos de la Garenne avant d'émigrer en Amérique pour épouser Pierre Tremblay et s'installer dans l'arbre généalogique d'innombrables Québécois.

En Bretagne, Ar Baradoz Bihan

Dans la région de Brest, il faut se loger au Baradoz Bihan, au "petit paradis", une maison du XVIIe siècle située sur la rue principale de Daoulas, à deux pas de l'abbaye du même nom (cloître roman unique en Bretagne, jardin de plantes médicinales et parc). La photographie de la maison qu'on trouve sur le site (http://www.membres.lycos.fr/baradozbihan) n'était pas très explicite mais on a compris, une fois sur les lieux, que la largeur de la rue ne permettait pas de prendre un meilleur angle. Derrière une façade austère, on découvre un intérieur restauré avec goût, meublé avec élégance et habité par un charmant couple de professeurs d'anglais! Monsieur Péron est un Breton de souche qui partage mon intérêt pour les boites rondes de single malt (et leur contenu); son épouse Élisabeth se passionne pour la généalogie, l'histoire et les richesses patrimoniales de sa Bretagne d'adoption. Ses conseils de tourisme étaient particulièrement avisés: nous avons ignoré Brest pour consacrer une partie de notre bref séjour à la découverte des enclos paroissiaux, attraits typiques de la Bretagne, si on aime évidemment les églises et les cimetières.

En Provence, le Mas de la Christine

C'est au bout d'un chemin de campagne, là où le GPS perd la carte, un peu à l'ouest de Maillane, qu'on trouve le Mas de la Christine, une grande maison entièrement restaurée qui compte cinq chambres (http://www.masdelachristine.com/index_fr.htm).

Caroline et Christian Crestin accueillent les touristes et les accompagnent dans leur découverte de ce coin de Provence. Leur table offre une cuisine typiquement provençale, élaborée avec des produits du lieu. Les convives partagent la table commune et on y fait des rencontres amusantes, dont ce couple belge: " Deschênes... On en a rencontré au Québec. — À quel endroit? — À Saint-Jean-Port-Joli... — Je viens de là! — ... on a visité une cabane à sucre. — Chez mon oncle Marc-Arthur? — Non, son fils Simon." Le monde est petit.

Dans un rayon de 40 kilomètres à peine, on peut visiter Avignon, Saint-Rémy-de-Provence, Les Baux, Arles, Nîmes, le pont du Gard, Fontvielle (moulin de Daudet) et d'innombrables autres choses qui imposent des choix douloureux.

Salutations cordiales à trois couples que nous serons enchantés de revoir.


octobre 16, 2007

En vacances...

Pas de notes depuis plusieurs jours? Je suis en voyage dans les "vieux pays".

Nous sommes actuellement à Chinon, dans la vallée de la Loire, après 4 jours en Charentes (à Puyravault, j'en reparlerai) où nous avons visité notamment Brouage (pays de mes ancêtres Miville), Rochefort, La Rochelle, Fouras... Hier, en chemin, plusieurs stations dans la journée (Coulon dans le marais du Poitou, Niort, Richelieu, etc.).

A Niort, je me suis un peu égaré dans une rue tellement étroite qu'il a fallu fermer les rétroviseurs pour passer. Faut dire que j'avais demandé une automatique et que l'agence de location (manquant probablement de stock) m'a donné une Santa Fe de Hyunday (4x4, full equiped). Ne connaissant pas cette marque, je me suis aperçu, un fois rendu dans le parking lot, comme ils disent ici, que c'était GROS. Bref, je fais pas mal cousin américain parvenu.... Mais je m'habitue (à la voiture...). Je pourrais même faire du taxi ou du fret si j'avais un peu plus de temps.

Après trois jours dans la région de Chinon, ce sera Blois, pour le RDV de l'Histoire.

septembre 10, 2007

Le poète d'Ottawa

Pour « encourager la littérature, la culture et la langue et en promouvoir l’importance au sein de la société canadienne », le Parlement du Canada s’est doté en 2002 d’un poète officiel qui « peut », en vertu de la loi, rédiger des œuvres de poésie, notamment pour des occasions importantes, parrainer des lectures de poésie et conseiller le bibliothécaire du Parlement sur ses collections et les acquisitions propres à l’enrichir dans le domaine de la culture.

Les trois premiers titulaires de la fonction ont bien compris que le Parlement se contentait de « peut »… Comme on pouvait l'apprendre dans Le Devoir du 2 août, le premier et le dernier n’ont rédigé aucun poème commandé ; l’autre a écrit un poème à la mémoire des deux derniers vétérans de la Première guerre mais son texte n’a pas été agréé. L’allocation annuelle du poète est néanmoins passée de 12 000 $ à 20 000 $…

Comme c’est souvent l’usage, en pareilles circonstances, on a justifié la création de ce poste en disant que « plusieurs pays, dont l’Angleterre et les États-Unis, ont également leur poète officiel ». En fait, information prise auprès du House of Commons Information Office, le Parlement britannique « does not have an official poet itself »: le « UK's official royal poet », comme son nom l'indique, est le poète officiel du royaume, choisi par la reine sur recommandation du premier ministre, et rattaché à la maison royale. Créée en 1668, cette fonction est purement honorifique depuis 1850 et elle ne semble pas comporter de rémunération. Aux États-Unis, le « Poet Laureate Consultant in Poetry to the Library of Congress » est rémunéré par un fonds privé créé en 1936 par un magnat du rail. Et non par les fonds publics.

Ici, ce n'est pas pareil. Ottawa nage dans l'argent. Mais est-ce le rôle du Parlement de subventionner les arts en gardant ainsi un « poète en cage »... et néanmoins libre de produire s’il le veut ? Si les parlementaires désirent « encourager la littérature, la culture et la langue », ils n’ont qu’à augmenter les crédits du Conseil des arts et de la Commission de droit de prêt public. Les programmes d'aide à la littérature de ces organismes sont moins glamour, mais les écrivains qui en bénéficient ont des comptes à rendre et ne sont pas censurés.

septembre 01, 2007

Le bilan de madame Boucher

Il est malheureux que des incidents aient troublé la tranquillité que la famille de la mairesse de Québec aurait souhaitée pour vivre son deuil. C’est l’élément essentiel — la perte d’une épouse et d’une mère — qui devait primer la semaine dernière. Mais cette femme expressive, authentique, colorée, fonceuse et déterminée pouvait-elle sortir sans bruit?

Maintenant qu'elle a été portée en terre, et qu’on retrouvera la possibilité de faire son bilan politique sans heurter les sensibilités, il faudra sortir de l’immense marmite de guimauve chauffée au papier-journal dont les vapeurs nous ont embrouillé les lunettes depuis une semaine.

On mettra probablement sur le compte de l’émotion (et de la délicatesse de ses adversaires) un certain nombre de propos tenus ces derniers jours à son égard. Pigés parmi les commentaires générés par la controverse entourant les funérailles, les propos suivants illustrent un certain décalage par rapport à la réalité historique. « [Elle] a servi la population de Québec depuis 40 ans », a-t-on avancé pour justifier des changements protocolaires, qui s’imposaient par ailleurs « avec tout ce que cette femme a fait pour la ville de Québec ».

Madame Boucher a été mairesse de Québec pendant moins de deux ans. Elle aurait peut-être inscrit des réalisations dignes de mention dans l'histoire de la capitale si la mort n’avait pas interrompu un bref mandat dont le bilan ne pèsera évidemment pas lourd, surtout si on le compare à celui de son prédécesseur. Pour le reste, soit de 1968 à la fin du siècle dernier, la carrière de madame Boucher s’est déroulée dans la ville voisine (qui saura en faire le bilan) et dans un climat d’incessante opposition avec Québec.

Après l’avoir vue s’opposer à la candidature de Québec aux Jeux de 2002, on n’ose imaginer comment elle aurait vécu la célébration du 400e, de son point de vue fidéen, s’il n’y avait pas eu de fusions. Pour la mairesse de Sainte-Foy, Québec était comme une mauvaise herbe apparue inopinément dans un champ de banlieues.

Qu’elle soit devenue ensuite mairesse de la capitale n’est pas le seul paradoxe de cette femme qui, tout en se réclamant du peuple, pouvait « contourner » les résultats d’un référendum sur l’hôtel de ville et s’opposer à la construction de HLM sur son territoire. Mais ce sont là des considérations que ses « fidèles » évalueront. À Québec, la perspective sera différente.

août 28, 2007

Rosaire Saint-Pierre, «seigneur de Beaumont»

Beaumont, Bellechasse, la Côte-du-sud et, pour tout dire, le patrimoine québécois au complet ont perdu une partie de leur mémoire avec le décès de monsieur Rosaire Saint-Pierre. L’histoire locale et régionale, le patrimoine bâti, les antiquités et même la généalogie n’avaient pas de secrets pour lui et, au cours du dernier demi-siècle, il était devenu une référence incontournable, « un centre d’archives ambulant », comme l’écrit Jean-Claude Labrie dans la Voix-du-Sud, « tellement il avait des connaissances en tout et tellement il les partageait généreusement ».

À la fin des années soixante, Rosaire Saint-Pierre s’était fait la main en restaurant lui-même quatre maisons datant du Régime français. Il avait ensuite acquis le domaine seigneurial de Beaumont dont il a restauré le manoir de pierre et les dépendances. La Société historique de la Côte-du-Sud avait reconnu son mérite en 1995 et, en 2002, le prix Robert-Lionel Séguin soulignait sa contribution exemplaire à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine bâti.

C’est là qu’il est décédé dimanche le 26 août, au milieu de ses meubles antiques et de ses livres anciens. Au cours des dernières années, il avait mis son expérience au profit de plusieurs entreprises de restauration ou de reconstruction (le Moulin du Petit-Canton de Saint-Vallier, le Moulin du Petit-Pré de Château-Richer, le Moulin de Vincennes à Beaumont). Il y a quelques mois, à 88 ans, il déposait un mémoire devant le BAPE sur le projet Rabaska.

Les gens qui ont connu Rosaire Saint-Pierre regretteront sa disponibilité et son grand sourire ; ceux qui ne l’ont pas connu ont raté quelque chose.

août 26, 2007

Une tradition pourrait naître dans Charlevoix

« Pour le chef du troisième parti, il n’y a pas de tradition », a déclaré l’organisateur électoral de l’ADQ pour justifier la présence de son candidat à l’élection partielle de Charlevoix contre le chef du PQ, troisième groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Il a parfaitement raison. On n’a jamais laissé le champ libre au chef d’un « troisième groupe parlementaire » dans une élection partielle, tout simplement parce que l’occasion ne s’est jamais présentée ! Autrement dit, ni la position du Parti libéral, ni celle de l’ADQ ne peuvent s’appuyer sur une tradition.

La situation qu’on connaît actuellement au Parlement ne s’est produite qu’à deux reprises antérieurement, soit entre 1970 et 1973 (lorsque le Ralliement créditiste et le Parti québécois étaient respectivement troisième et quatrième) et entre 1976 et 1981 (l’Union nationale étant le troisième). Mais les chefs de ces deux « partis reconnus » (selon l’expression utilisée autrefois pour désigner les « groupes parlementaires ») ne se sont pas présentés dans des élections partielles.

Le seul cas qui pourrait avoir une lointaine similitude avec celui de madame Marois est survenu en 1974. Nommé chef intérimaire de l’Union nationale en mars 1974, Maurice Bellemare s’est fait élire dans Johnson (contre trois adversaires) à l’élection partielle du 28 août 1974, marquant ainsi la « résurrection » de son parti qui avait été éliminé du Parlement en 1973 et qui ne deviendra « troisième parti » qu’en 1976.

Une tradition, ça commence à quelque part. Il en naîtra peut-être une avec ce précédent de Charlevoix.

août 18, 2007

Faire sauter le monument Cartier ?

Jean-Marc Léger est un grand Québécois. Journaliste, délégué général du Québec à Bruxelles, héraut de la Francophonie, sous-ministre, il a consacré sa vie au service de l’État et de son pays. Homme de principes et de culture, il nous pardonnera cependant de ne pas suivre les pas du cheval de bataille qu’il a enfourché cet été. Dans une lettre au Devoir, il recommandait à la ville de Montréal de renoncer à nettoyer le monument de George–Étienne Cartier et même de « supprimer cette statue » qui constituerait un « hommage totalement immérité ».

Sir George n’est évidemment pas le personnage le plus sympathique de notre histoire et, s’il fallait lui ériger une statue aujourd’hui, il n’est pas certain qu’une souscription populaire réunirait les crédits appropriés. Ceci étant dit, le ménage que monsieur Léger préconise au sein de nos « gloires nationales » pourrait se transformer en hécatombe s’il fallait réévaluer aujourd’hui tous ceux qui ont un quelconque piédestal. Patriote en 1837, Cartier a ensuite toléré l’Union et préconisé la Confédération, mais combien en a-t-on vu de ce modèle ? Et Papineau, qui souhaitait l’annexion aux États-Unis, que fait-on avec lui ?

Comme le disait le premier ministre Gouin au sujet du projet de monument en l’honneur d'Honoré Mercier il y a cent ans : « S’il fallait ériger des monuments [seulement] à ceux qui n’ont commis aucune faute, nos places publiques resteraient désertes ».

Mémoire cachée

Un nouveau gadget numérique accroché à votre plaque d’immatriculation permet de faire défiler des messages personnalisés, comme « vous me suivez de trop près ». Le problème : ce dispositif cache une partie de la plaque d’immatriculation, ce qui enfreint le Code de la sécurité routière. En principe. Car un juge de la cour municipale de Laval a acquitté un automobiliste dont le bidule masquait la devise du Québec (en bas de la plaque) : « L’inscription accessoire Je me souviens est apparue à la faveur d’une volonté autre que législative », a-t-on subtilement décrété, d'où l'acquittement

En vertu de quoi la devise est-elle donc là, si ce n'est pas une volonté législative ? Voilà un mystère à expliquer.

En attendant, vous pouvez cacher le bas mais laissez le haut découvert.

août 13, 2007

Parité impaire

Lu dans le Journal des débats du 23 mai dernier : « c’est la première fois de notre histoire qu’un conseil des ministres, au gouvernement du Québec, est composé à parts égales d’hommes et de femmes, un geste audacieux qui peut-être aura inspiré le nouveau premier ministre français [...] qui a annoncé effectivement la composition de son Conseil des ministres paritaire. »

Les premiers ministres rivalisent en effet d’« audace » : ils ont présenté comme « paritaires » des conseils qui comprennent (premiers ministres inclus) 9 femmes et 10 hommes à Québec et 7 femmes et 9 hommes à Paris…

Il y a vraisemblablement une subtilité mathématique qui nous échappe, mais on a compris que le mot « parité » a la même signification en politique des deux côtés de l’Atlantique...

août 07, 2007

Yves Michaud avait visé juste

Les éditorialistes de nos quotidiens le plus modérés ont vivement dénoncé la position de l’organisation juive B’nai Brith qui demande au chef du Parti libéral fédéral d’exclure Jocelyn Coulon des candidats du parti en raison de ses opinions « anti-israéliennes ». B’nai Brith justifie cette demande en invoquant l’attitude hostile de monsieur Coulon envers Israël, ses discours antiaméricains et ses appels à la fin de l’isolement du gouvernement palestinien contrôlé par le Hamas. « Des faussetés », selon La Presse ; « Demande insensée », pour Le Soleil.

Cette intervention évoque de mauvais souvenirs. En décembre 2000, B’nai Brith pressait les électeurs de la circonscription de Mercier de rejeter la nomination d’Yves Michaud et intervenait auprès du premier ministre pour qu’il repousse cette candidature. On sait ce qui est arrivé ensuite…

Selon les termes du « réquisitoire » prononcé contre lui au Parlement, Yves Michaud avait qualifié B’nai Brith de « mouvement d’extrémistes ».

L’Histoire lui donnera raison. Au moins sur ce point.

L'opinion publique en vacances

Les nouvelles se cannibalisent. On l’a vu dans l’incident Justin Trudeau (Quel incident ? Voir la note « Just in time »). Il arrive aussi qu’elles tombent en plein « vide médiatique ». Ainsi, le 3 juillet dernier, le Procureur général du Québec annonçait que le gouvernement du Québec n’en appellera pas de la décision de la Cour supérieure du Québec sur les salaires des juges de la Cour du Québec et des cours municipales.
Il y a six ans, un « comité indépendant » recommandait d’augmenter la rémunération de ces magistrats de 31 % (trente et un) pour les années 2001, 2002 et 2003. Estimant cette augmentation injustifiée, le gouvernement québécois avait offert 8 %, puis 12 %, mais les juges ont contesté avec succès devant la Cour supérieure, la Cour d’appel et la Cour suprême.
« Que vouliez-vous qu’il fît contre trois ?, cet Horace des temps modernes ? Que ces augmentations soient 10 fois supérieures à ce que le gouvernement a offert aux employés du secteur public ne semble pas un argument valable. Ni une raison pour justifier une réaction des médias, des groupes de pressions ou des syndicats.
Corneille aurait pu ajouter : « Nous étions en vacances, et ce fut le silence ».

août 01, 2007

« Ton histoire est ‘une des pas pires’ » (titre inspiré du Frère Untel)

Dans son édition du mois d’août 2007, la revue Beaver publie le palmarès des « pires Canadiens de l’histoire ».

D’après les 14 300 internautes qui ont participé au « sondage », l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau domine le Top 10 des pires Canadiens de notre histoire ! Il est suivi du chanteur Chris Hannah (bien connu dans l’Ouest, semble-t-il…), du médecin Henry Morgentaler, de l’ancien premier ministre Brian Mulroney, des criminels ontariens Paul Bernardo et Karla Homolka, du premier ministre Stephen Harper, de la chanteuse Céline Dion, de l’ancien premier ministre Jean Chrétien, du criminel Clifford Olson et de l’homme d’affaires Conrad Black.

Pour avoir une opinion « plus réfléchie et mesurée », la revue publiée à Winnipeg a aussi demandé à 10 historiens de renom de se prononcer. Leur liste, totalement différente, comprend, le dirigeant fasciste Adrien Arcand (au premier rang), l’ancien premier ministre John Diefenbaker, un bourreau reconnu de l’armée japonaise, Inouye Kanao (« The Kamloops Kid » ? !), un ancien fonctionnaire des Affaires indiennes, Joseph Trutch, les chefs militaires John Reiffenstein et Sam Hughes, l’ancien premier ministre John A. Macdonald, l’éditeur de journaux populaires Max Aitken, le journaliste Edward Farrer (pour ses propos racistes au sujet des francophones) et un autre fonctionnaire des Affaires indiennes, Duncan Campbell Scott.

Mon premier réflexe consiste à hausser les épaules devant ce coup de pub du magazine qui a « réservé la description du choix des historiens et l’analyse des résultats du vote du public à son édition imprimée »… et vendue. Le « sondage » n’est évidemment pas scientifique, comme le service de recherche de Radio-Canada a opportunément tenu à nous le dire... Mais, en ces jours de vacuum médiatique, la « nouvelle » s’est répandue sur Internet comme un feu de broussailles au mois d’août et tous les médias ont senti le besoin d’en parler, dont Le Devoir (à la une, s.v.p.) et Radio-Canada, probablement au nom du droit du public à l’information…

Une autre approche consiste à essayer d’en tirer quelque chose, une conclusion quelconque, des interrogations pour l’avenir, des pistes de recherche, n’importe quoi, bref, pour justifier cet exercice qui aurait eu pour objectif de « faire participer le grand public à l’élaboration d’une forme de perspective historique ». Le magazine n’exploitera-t-il pas le filon jusqu’à la lie en publiant même, dit-on, une analyse (sérieuse ?) des résultats de ce « sondage »…

Faisons quand même deux constatations sans prétentions. Premièrement, malgré une certaine formation en histoire et quelques 35 ans d’expérience, je ne connais pas la moitié des « déshonorables » énumérés par les historiens. Vit-on vraiment dans le même pays ? Mes collègues ont retenu un seul Québécois, Adrien Arcand (dont le parti s’appelait pourtant Parti de l’unité nationale du Canada…), oubliant notamment les opposants à la conscription ainsi que les séparatistes et les felquistes qui ont tourné le dos au Canada assez dramatiquement, merci, mais qui n’entrent pas dans les catégories les plus sensibles des historiens consultés, soit les personnages racistes et coupables de discrimination. Le rebelle Louis Riel faisait partie des « héros » proposés mais il n’a pas atteint le Top 10.

Par contre, lorsque le peuple (essentiellement anglophone, d’après ce qu’on peut en savoir) se prononce dans l’anonymat d’Internet, il place SIX Québécois d’origine dans le Top 10 ! Dont les trois premiers ministres d'origine québécoise qui ont gouverné le Canada pendant près de 40 ans. Gênant ! Ces Québécois y fréquentent trois criminels répugnants, un chanteur punk et… le premier ministre Harper ! Honnêtement, peut-on soutenir que Céline Dion n’est pas une meilleure Canadienne que Ben Johnson, Allan Eagleson et Don Cherry?

Tout cela ne veut probablement rien dire et mieux vaut finalement prendre cet exercice pour ce qu’il vaut, c’est-à-dire pratiquement rien. L’éditeur de la revue (interrogé par la PC) a d’ailleurs déclaré que ce palmarès avait été conçu « à la fois pour rire et mais aussi pour amener les Canadiens à discuter d’histoire ».

Allons-y donc pour la première option, mais de qui rira-t-on précisément ? Et est-ce vraiment drôle ?

juillet 18, 2007

…Et vos fleurs de lis, sont-elles obèses ?

Non seulement fabrique-t-on des fleurdelisés dont les proportions ne respectent pas la norme légale (« La largeur et la longueur du drapeau sont de proportion de deux sur trois »), mais on trouve aussi sur le marché des drapeaux du Québec dont les fleurs de lis sont surdimensionnées. C’est ce que m’a fait remarquer un internaute à la suite de ma note précédente (Votre fleurdelisé est-il difforme ?).

Cette « mutation génétique » serait survenue à la suite de l’adoption du Programme d’identification visuelle du gouvernement du Québec en 2001. La signature gouvernementale établie à cette occasion se compose du mot « Québec » suivi d’un drapeau dont les fleurs de lis ont été agrandies.

Justifiable dans ce contexte, peut-être, cette manipulation graphique n'avait que pour objectif d'améliorer la "lisibilité" du fleurdelisé mais elle a manifestement inspiré les manufacturiers à fabriquer des drapeaux selon ce modèle qui est aussi reproduit à plusieurs endroits, dans les médias et sur Internet, notamment sur le site de Patrimoine Canada (http://www.pch.gc.ca/progs/cpsc-ccsp/atc-ac/qc_f.cfm).

Comment expliquer cette prolifération de fleurdelisés contrefaits (proportions inexactes, fleurs de lis surdimensionnées ou les deux) alors qu’il existe une loi et une réglementation claires ainsi qu’une norme technique précise (7192-175/2004) du Bureau de normalisation du Québec (http://www.drapeau.gouv.qc.ca/drapeau/specifications/specifications.html) ?

Ce n’est pas toujours de l’ignorance. L’entreprise où j’ai acheté mon drapeau hors normes était représentée au sein du comité formé par le BNQ pour établir… la norme. C’est donc qu’il y a des clients. Mais pourquoi veut-on avoir un drapeau du Québec qui n’est pas le vrai drapeau ?

Paradoxalement, c’est dans les cérémonies protocolaires que l’intégrité du fleurdelisé serait le plus en danger. Strictement interprétées, les règles de pavoisement voudraient que tous les drapeaux « nationaux » déployés lors d’un événement soient de même grandeur (format et proportions).

Le protocole québécois est souple. Il n’est pas « convenable, lit-on sur le site du MRI, de dénaturer un drapeau en changeant sa proportion, de façon par exemple à ce que les dimensions de tous les drapeaux qui font partie d'un pavoisement soient identiques ; ainsi, il est acceptable de placer côte à côte des drapeaux de 90 X 180 cm et de 120 X 180 cm ». Autrement dit, un « 3X6 » canadien devrait pouvoir s’accommoder d’un « 4X6 » québécois. Mais on penserait différemment du côté fédéral. La légende veut que le drapeau du Québec ait déjà été coupé sur place, au « bon » format. Depuis, les services protocolaires s’assureraient d’avoir des fleurdelisés « appropriés » Et il faut bien les acheter quelque part.

Les lois québécoises ne s’appliquent pas toujours à Ottawa, on l'a vu, et le ministre responsable de la Loi sur le drapeau du Québec a de toute manière beaucoup de travail à faire dans son jardin où les fleurs de lis poussent tout croche.

juin 28, 2007

Les loisirs d'un député de campagne

Quand les parlementaires veulent bonifier leurs conditions de travail (ce qui s'est produit plusieurs fois, au cours des 40 dernières années), les observateurs de la scène politique entendent, chaque fois, les mêmes justifications : de longues heures de travail, des séances interminables, des tonnes de dossiers, des lettres innombrables, du confessionnal le lundi, des sollicitations sans répit, les grosses noces, les bingos paroissiaux et les soupers aux hot-dogs... Un job qui tue les couples et les familles, des enfants élevés au téléphone... Il n'est évidemment pas question qu'un député poursuive sa carrière professionnelle.

On parle ici de Québec. La situation serait-elle différente à Ottawa ?

On apprenait récemment que le député indépendant de Portneuf-Jacques-Cartier à la Chambre des communes reprenait le micro à la Radio touristique. On le voyait déjà dans des commerciaux de balayeuses. On apprend de plus maintenant qu'il va commenter l'actualité à l'émission « L'Estrie d'Show » de la station Génération Rock de Sherbrooke. On ne sait s’il conduit encore des autobus de touristes.

Il ne fait rien d'illégal et on entend déjà les « j'ai bien le droit de gagner ma vie ». Évidemment. Les citoyens ont aussi le droit de se poser des questions sur leur député, compte tenu du salaire fort confortable que le Parlement lui paie pour exercer des fonctions qui sont, paraît-il, extrêmement lourdes et accaparantes. Y aurait-il moins de travail à Ottawa? Pour une rémunération bien meilleure?

Les députés qui sont peu visibles au Parlement invoquent généralement le manque de temps ou de ressources mais aussi le « système » qui leur laisse peu de marge de manœuvre. Ils mettent souvent en cause la discipline de parti. Et ceux qui sont tentés par la dissidence ou l’indépendance, pour « se donner de la corde », changent généralement d'idée après avoir réfléchi aux difficultés qu'ils pourraient avoir à se faire réélire sans l'appui du parti. Et du chef.

Ce n'est pas le cas du député de Portneuf-Jacques-Cartier qui a réussi le tour de force de se faire élire tout seul. Il est libre comme l'air, libre de dire ce qu'il veut au Parlement, d’exprimer ses opinions sur n'importe quel sujet, d'intervenir dans les commissions parlementaires, de présenter des projets de loi (sans trop d'espoir de les faire adopter, bien sûr, mais ça peut passer des messages), etc. Il a un budget pour ses recherches et peut faire appel à des professionnels du Service de la recherche de la Bibliothèque (beaucoup mieux pourvue que celle de Québec) pour lui préparer des dossiers. En élisant un indépendant, plusieurs se disaient qu'il serait intéressant de le voir brasser la cage. Pour l'instant, la seule déclaration dont on a eu entendu parler était une sortie assez mal venue contre un juge. Mais, Dieu sait comment les médias peuvent donner des échos partiels de ce qui se passe au Parlement...

Le député de Portneuf-Jacques-Cartier travaille probablement très fort en coulisses, et dans sa circonscription, où « le bien ne fait pas de bruit ». Sa grande capacité de travail semble lui permettre d'avoir deux ou trois side lines. Tout en soignant un cancer.

On savait déjà que c'était un cas.

juin 18, 2007

Votre fleurdelisé est-il difforme ?

À la recherche d'une hampe pour accrocher plus sûrement le fleurdelisé dérobé l'an dernier, je me retrouve chez un important fabricant-distributeur de drapeaux en périphérie de Québec.

Ferrure, hampe appropriée… Vient le tour du drapeau. Le classique « quatre par six » est sûrement trop grand pour une résidence… Disons un « deux par trois », ou « 24x36 », puisqu'on parle en pouces ?

Voici un « 27x54 », un « 36x72 »…

— « Est-ce que le drapeau du Québec n'est pas normalement 50 % plus long que haut ? »

— « .... Il faut s'adapter aux dimensions des autres pays. »

S'adapter ? Les proportions du drapeau font maintenant l'objet d'accommodements ! Mais accommoder qui, à part la machinerie ?

Passent alors dans mon esprit les querelles de drapeaux que Denis Vaugeois m'a racontées autrefois. Même la forme du drapeau québécois alimentait les conflits Québec-Canada. Les proportions du drapeau du Canada sont de deux longueurs sur une largeur (deux fois plus long que haut, ou d’un rapport 1:2). Mais la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec (L.R.Q., chapitre D-12.1) est formelle : « La largeur et la longueur du drapeau sont de proportion de deux sur trois. » Et ce n'est rien d'exceptionnel. Pourtant, on fabrique et on vend des drapeaux qui ne respectent pas ce rapport 2:3, « pour répondre à des demandes venant même de certains organismes publics », m'avait répondu un fabricant il y a plusieurs années… Est-ce encore le cas?

Sceptique et presque confondu, en attendant de me trouver un fleudelisé légal, je suis parti avec celui qui correspondait le plus à mes besoins, un « 27x54 » que je pourrai toujours exhiber comme rareté, ou espèce disparue, quand le gouvernement décidera de faire appliquer la loi qui définit ses propres symboles d'identité.

juin 14, 2007

Le lieutenant-gouverneur

Les malheurs de la vice-reine sortante ont occulté les premiers pas du nouveau représentant royal, ce qui a probablement fait son bonheur. Le jour de sa nomination, les journalistes étaient frustrés de ne pas obtenir d'entrevue mais on n'en a pas entendu parler depuis.

Plusieurs ont été étonnés par cette nomination. Le nouveau titulaire a occupé l'un de plus hauts postes de la fonction publique québécoise (secrétaire général de l'Assemblée nationale) pendant plusieurs années tout en demeurant presque inconnu du public. On pouvait le voir à la télévision tous les jours de session dans un rôle quasi muet, sa contribution la plus bruyante étant de donner le résultat des votes. Autrefois, il officiait lors l'élection du président, au début de la législature, mais le casting parlementaire veut maintenant que ce rôle soit joué par le doyen de l'Assemblée.

Du point de vue administratif, le rôle du secrétaire général est semblable à celui d'un sous-ministre : il dirige les services administratifs de l'Assemblée nationale; mais l'essentiel de sa fonction consiste à servir de « secrétaire » à l'Assemblée qu'il conseille en matière de procédure parlementaire. C'est sous sa responsabilité que sont préparés ou conservés les documents officiels : Feuilleton, Procès-verbal, originaux des lois, documents déposés, etc. Cette fonction requiert une stricte neutralité, une attitude réservée en toutes circonstances et la capacité de demeurer imperturbable, malgré tout ce qu'il peut entendre au Salon bleu. Et, de ce point de vue, le nouveau titulaire est sûrement bien préparé pour occuper une fonction qui n'a plus de contenu politique et qui implique un devoir de réserve. Il n'a pas joué sur le terrain politique jusqu'à maintenant et il y a peu de risques qu'il s'y aventure compte tenu des circonstances.

Cette nomination tranche radicalement avec la tradition. Depuis 1867, tous les lieutenants-gouverneurs avaient une expérience politique. Gouin et Chapleau étaient d'anciens premiers ministres. Sauf madame Thibault (qui a échoué dans ses tentatives pour se faire élire à Québec et à Ottawa), tous les autres avaient été parlementaires (député, conseiller législatif ou sénateur) ou ministres, à Québec mais surtout à Ottawa, et d'ailleurs exclusivement sur la scène fédérale depuis près d'un demi-siècle (Comtois, 1961).

juin 07, 2007

Petit « n » et Grande Bibliothèque

« Bibliothèque et Archives nationales du Québec s’est insurgé… »
« Bibliothèque et Archives nationales du Québec… présente une conférence… »
« …à titre de présidente de Bibliothèque et Archives nationales du Québec… »

Quelque chose sonnait drôle à mes oreilles dans le libellé des dernières nouvelles concernant cette institution et je me suis finalement rendu à l’évidence : elle porte un nom « anglais ». Toutes les composantes sont françaises mais l’ensemble ne l’est pas, comme si le génie de la langue n’avait pas été invité au mariage de la Bibliothèque avec les Archives.

Le même processus a donné le même résultat à Ottawa mais « Bibliothèque et Archives Canada » s’est parfaitement fondue (fondu ?) dans la foule des Condition féminine Canada, Construction de Défense Canada, Élections Canada, Financement agricole Canada, Mesures Canada et autres XYZ Canada qui peuplent l’administration fédérale et ne demandent qu’à vivre… dans les deux langues, au risque de les écorcher toutes les deux ou de se confondre avec les grandes entreprises comme Ford ou Bell Canada. « Bibliothèque et Archives nationales du Québec » ne sonne pas français, tout comme ces titres de « vice-président corporations », « vice-présidente affaires ci ou ça » et autres appellations de la même farine qui pullulent dans les entreprises et même dans les institutions publiques. Le sujet a été soulevé en décembre 2004 lors de l’étude de la « Loi sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec » [sic] en commission parlementaire. Les députés du Parti québécois ont proposé en vain un amendement. Conclusion de la ministre : « Il faudra s’habituer » !

Cette institution méritait mieux et il est ironique d’apprendre qu'elle a choisi d'écrire son sigle avec un petit « n » - BAnQ - (et l'a fait enregistrer en 2006 comme « marque de commerce ») dans le but « d’éviter la prononciation syllabique " banque " qui non seulement pourrait entraîner de la confusion mais est bien éloignée de la réalité de [l’] institution ». Ne pas être confondu avec les institutions bancaires (qui ont quand même le mérite d’afficher des noms bien français comme LA Banque nationale, LA Laurentienne, LA Banque royale, etc.) : voilà le premier motif de ce choix bizarre , tel qu’exposé dans un texte du journal interne de l’institution, en mars dernier.

Dans ce petit « n » incongru, plusieurs verront surtout une faute de typographie, tellement le mélange de majuscules et de minuscules est inattendu dans les sigles. D’après le même texte justificatif, « aucune règle du français n’empêche de le faire ». Évidemment. Et il n’y a pas non plus de règles empêchant d’écrire les lettres d’un sigle en indice, en exposant ou dans un autre alphabet ! Il faut quand même rappeler que, selon l'Office québécois de la langue française, les sigles s'écrivent en majuscules et « se prononcent alphabétiquement, c'est-à-dire en épelant le nom des lettres qui le composent » (Le français au bureau, sixième édition, p. 456) ; ce sont les acronymes qui se prononcent syllabiquement (et s'écrivent alors en minuscules, comme Onu). Si on veut que toutes les lettres soient prononcées, mieux vaudrait donc écrire BANQ (qui se prononce b-a-n-q). Minuscules ou majuscules, il y aura toujours des comiques pour « emprunter des livres à la banque ». Et, de toute manière, personne n'emprunte ses livres « à Bibliothèque et Archives nationales du Québec » : ça se dit affreusement mal et on va naturellement « à la Grande Bibliothèque ».

Argument massue final pour le petit « n » : nos homologues français écrivent BnF (qu’on prononce nécessairement « b-n-f »…). Ce cas exceptionnel serait-il à l’origine de la coquetterie montréalaise ? L’institution de nos cousins a au moins un nom bien français : LA Bibliothèque nationale de France. Il faut dire aussi qu’elle a préféré le célibat au mariage difficile avec les archives.

mai 18, 2007

La devise du Canada : une boîte de Pandore ?

Des fonctionnaires du ministère du Patrimoine examineraient depuis plus d’un an une proposition visant à modifier la devise du Canada, tel que souhaité par le député néo-démocrate Dennis Bevington, afin de mieux représenter le Canada moderne et sa population « riveraine » de l’océan Arctique. Appuyé notamment par les premiers ministres des territoires du Nord-Ouest, du Yukon, du Nunavut et du Manitoba, le député de Western Arctic a proposé que la devise actuelle, A mari usque ad mare (From sea to sea, D'un océan à l'autre), soit changée pour A mari ad mare ad mare (From sea to sea to sea, D'un océan à l'autre à l’autre). Et pour éviter ce qui aurait inévitablement l’allure d’un bégaiement, on aussi suggéré A mari usque ad maria (D’un océan aux autres) !

On comprend aisément que les experts du Patrimoine prennent le temps d’examiner soigneusement les implications de cette proposition. On ne change pas une devise comme un slogan publicitaire. Et revoir la devise signifie aussi qu’on pourrait modifier les armoiries du Canada. Ces armoiries ont été octroyées au Canada par le roi George V en 1921. Sur l’écu, on trouve les symboles royaux de la Grande-Bretagne et de la France (les lions d'Angleterre, le lion d'Écosse, la harpe irlandaise et les fleurs de lis françaises) ainsi qu’un rameau de feuilles d'érable. Sous l’écu figurent quatre emblèmes floraux : la rose anglaise, le chardon écossais, la fleur de lis française et le trèfle irlandais. On comprend que ces éléments évoquent les origines des principales composantes de la population canadienne d’hier. Et il n’est pas difficile d’identifier ceux qui pourraient revendiquer aujourd’hui.

Mais il y a plus. Les supports de l’écu évoquent une conception du Canada qui passerait mal aujourd’hui : à gauche, un lion déploie l'Union Jack ; à droite, une licorne tient un drapeau portant trois fleurs de lis. C’était en 1921, rappelons-le, en pleine période de « bonne entente », un mouvement lancé à l'automne 1916 pour établir de meilleures relations entre le Québec et l’Ontario en permettant à chacun d'expliquer ses positions face à la guerre et aux problèmes ethniques. La présence des deux supports (et surtout des drapeaux arborés) faisait-elle partie du plan destiné à retisser des liens entre les deux « races », comme on le disait à l’époque ? Chose certaine, ils témoignaient de l’idée que la Confédération avait été, au mieux, un pacte entre deux nations, au pire, un « arrangement » permettant à chacune de s’épanouir tout en respectant les minorités (anglophones au Québec et francophones ailleurs au Canada). Peut-on craindre qu’en tirant sur un fil (la devise) on risque de détricoter le blason ?

Le député Bovington n’est pas le premier à prôner un changement de devise. En 2004, le député de Rivière Churchill a présenté un projet de loi (mort au Feuilleton) qui proposait que la devise du Canada soit Natio fluminum, flumen nationum (une nation de fleuves et un fleuve de nations) ; le député Rick Laliberté soutenait que « notre patrimoine multiculturel doit également être reflété et valorisé dans notre devise nationale ». La proposition Bevington demeure plus près de la devise actuelle qui est tirée du verset 8 du psaume 72 de la Bible, Et dominabitur a mari usque ad mare, « il dominera de la mer à la mer ». (Il faudrait être mal intentionné pour y voir un écho du « fédéralisme dominateur » dénoncé in peto par Bourassa en 1992, mais il y a tant de gens qui ont propagé une « explication » tordue de la devise du Québec qu’on peut se faire le plaisir d’y penser un instant.)

Faut-il changer la devise ? On ne serait pas aujourd’hui à bricoler une version adaptée au nouveau découpage du Nord-Ouest si, au lieu de suivre l’avis de Joseph Pope (un vieux conseiller de John A. Macdonald), le comité chargé de concevoir les armoiries en 1921 s’en était tenu à sa première idée : In memoriam in spem, Souvenir et espoir. L’histoire est plus durable que la géographie.

mai 15, 2007

Hérouxville, un « cas isolé »?

Si le message inaugural a puisé dans le « buffet adéquiste », comme l'ont noté plusieurs observateurs, il semble avoir aussi consulté le menu des Normes de Hérouxille, un manifeste qu'il était de bon ton de décrier il y a encore quelques mois et de ridiculiser en citant des détails secondaires hors contexte ou des maladresses dans le choix des exemples.

Dans l'introduction de ce désormais fameux manifeste, que peu de gens ont lu dans sa version intégrale, le conseil municipal avait exprimé son intention fondamentale de la manière suivante:
« Nous voulons surtout informer ces nouveaux arrivants que le mode de vie qu’ils ont abandonné en quittant leur pays d’origine ne peut se reproduire ici et qu’il exige un mode d’adaptation à leur nouvelle identité sociale ».

Or, on peut lire dans le message inaugural:
« Immigrer au Québec est un privilège. Intégrer les immigrants est une responsabilité. [...] Pour celui qui arrive, c'est prendre avec le Québec les valeurs québécoises [...]. Nous allons, par exemple, renforcer le message livré à chaque immigrant à l'effet que nos valeurs fondamentales ne sont pas négociables ».

Si le maire de Hérouxville et son conseiller Drouin avaient été invités à prendre place dans les tribunes du Salon bleu, ils auraient peut-être mérité des salutations...

mai 10, 2007

"Just in time"

Les nouvelles sont comme les maladies : l’une chasse l’autre comme le mal de dent chasse le mal de tête. Gilles Pellerin est mort le même jour qu’Elvis : mauvais timing pour cet ancien stand up comic depuis longtemps oublié. Je lançais un livre le 11 septembre 2001 : échos nuls...

Ce phénomène a parfois de bons côtés comme on vient d’en avoir un bel exemple. La pression qui étouffait inéluctablement le chef du Parti québécois a attiré toute l’attention de la classe politique et des chroniqueurs dès que Radio-Canada a laissé couler l’essentiel de l’entrevue accordée par André Boisclair à Pierre Duchesne dimanche. Les événements se sont ensuite enchaînés jusqu’à la démission du chef mardi. Et ce n’est pas fini. Tout le monde, à Québec comme à Ottawa, suit maintenant les «éliminatoires».

Ce brouhaha nous a empêchés d’entendre un grand «ouf» de soulagement.

Au Nouveau-Brunswick, vendredi, dans un discours souligné par une ovation de son auditoire anglophone et rapporté dans le Telegraph-Journal, Justin Trudeau a prôné l'abolition des systèmes d'éducation séparés (francophone et anglophone). Selon le candidat libéral dans la circonscription fédérale de Papineau, leur fusion générerait des économies et serait bénéfique. «La séparation du français et de l'anglais dans les écoles est une chose qu'il faut réévaluer sérieusement. Ça divise les gens, ça leur met des étiquettes.»

Cette sortie a évidemment indigné la communauté francophone du Nouveau-Brunswick mais elle est pratiquement passée sous silence au Québec. Et le temps fuit…

Le chef du Parti libéral fédéral a mis les propos de sa recrue sur le compte de l'inexpérience : «Il va sans doute avoir à préciser sa pensée davantage». Des «précisions» ? Bien sûr qu’on en veut. Le député de Papineau est-il favorable à une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles ? Les électeurs de Papineau seront aussi curieux de savoir si le candidat suggère, en toute logique, de faire disparaître les écoles anglaises du Québec.

mai 02, 2007

La parité?

Le dernier sondage CROP-La Presse nous apprend que 87 % des personnes sondées appuient la décision de nommer un Conseil des ministres paritaire (formé également d’hommes et de femmes). Sommes-nous étonnés ? Comme ils disent dans le ROC, « they stand for motherhood and apple pie » ?

Les médias ont rapporté cette bonne nouvelle à grands coups de manchettes, mais les détails étaient moins clairs : dans Le Devoir, 18 ministres à la une et 21 dans la liste de la page 8 (on comprend que le whip et le président du caucus ne sont pas membres du Conseil des ministres) ; au Journal de Québec, 19 ministres en page 3, 18 en page 4 ; à La Presse, 18 et 19 dans la même page. Ces deux derniers journaux donnaient la photo de 19 ministres tout en écrivant qu'ils étaient 18. Le Soleil a suivi le train avec des 18 dans les textes jeudi et une liste de 19 samedi.

Deux jours plus tard, les sources officielles sont venues donner l'heure juste. Sur le site du Conseil exécutif (www.premier.gouv.qc.ca/equipe/conseil-des-ministres) comme sur celui de l’Assemblée nationale (www.assnat.qc.ca/fra/Membres/titulaires2.html), le Conseil des ministres compte bien 19 membres, dont 9 femmes et 10 hommes. On peut même télécharger une mosaïque qui ne laisse aucun doute: les femmes forment donc 47,36% du Conseil des ministres.

Et la parité ? Elle existe... dans la mesure où on fait abstraction du personnage le plus important! Paradoxal, non ?

Faut-il comprendre que la théorie du primus inter pares (premier parmi les pairs) est vraiment obsolète ? Depuis longtemps déjà, des politicologues ne croient plus à cette idée que le premier ministre est celui que le lieutenant-gouverneur (qui est toujours chef de l'État et représentant de la souveraine) désigne en premier lieu et charge de choisir les autres personnes qui composeront avec lui le Conseil des ministres. À cette conception traditionnelle, plusieurs observateurs ont opposé celle de « monarque élu » : le premier ministre ne serait plus un conseiller exécutif comme les autres (inter pares) car il possède maintenant d’énormes pouvoirs et, une fois élu, sa position est assurée par la discipline observée par ses députés. Dans cette perspective, un premier ministre gouverne assisté d’un conseil dont il désigne les membres. Plus ou moins comme le gouverneur avant 1848. Mine de rien, en ce mois d’avril 2007, nos institutions politiques auraient franchi une nouvelle étape avec la nomination de 18 personnes qui seraient en quelque sorte des conseillers de l'exécutif.

Peut-être aussi que cette explication est trop compliquée… Dans ce qui s’est passé le 18 avril, ne verrait-on pas plus simplement l’application d’une idée qu'un ancien député exprimait à peu près ainsi : « L’important, ce n’est pas ce qu’on dit ou ce qu’on fait mais ce que le monde comprend » ?

avril 29, 2007

Minoritaire un jour, minoritaire toujours

On négocie à Québec sur la répartition des sièges dans les commissions parlementaires. Le PQ « craint d’être marginalisé ». Probablement aussi de s’être marginalisé.

Dans le Règlement réécrit sous la direction du président Richard Guay en 1984, l’article 122 était plein de sagesse et conforme à l’esprit du parlementarisme : « La composition des commissions doit refléter l’importance numérique des groupes parlementaires et tenir compte de la présence de députés indépendants à l’Assemblée ».

Cet article aurait peut-être requis quelques négociations, avant d'être appliqué en 2007, mais il aurait posé la base de la discussion : un parti ministériel minoritaire à l’Assemblée nationale est aussi minoritaire dans ses commissions. Dans le cas contraire, on verrait les commissions perdre leur temps à discuter et adopter des lois, des crédits et des résolutions qui auraient ensuite toutes les chances d’échouer en Chambre ; l’étude détaillée des projets de loi pourrait se dérouler en commission parlementaire, où les troupes ministérielles seraient majoritaires, ou à la commission plénière, où elles ne les seraient pas. Ces éventualités défient toute logique, tout comme il serait illogique que l’opposition n’ait pas la majorité des sièges à la Commission de l’Assemblée nationale (qui coordonne les travaux des autres commissions) et au Bureau de l’Assemblée nationale (qui supervise et oriente l’administration de l’Assemblée).

Avec le principe établi par l’article 122 du Règlement de 1984, et compte tenu de la répartition actuelle des sièges en pourcentage (38,4 % au PLQ, 32,8 % à l’ADQ et 28,8 % au PQ), on aurait convenu assez rapidement d’une composition 5-4-3 pour des commissions de 12 membres ou encore mieux, vu le nombre restreint des joueurs disponibles, d’une formation 4-3-2 pour des commissions de 9 membres. Au pire, pour le PQ, 5-4-2 dans des commissions de 11 membres, ce qui serait quand même mieux que ce que lui accordent les règles actuelles. En effet, pour des raisons qui échappent au bon sens, cet article sage et « tout usage » de 1984 a été supprimé en 1998 et remplacé par une disposition « jetable » qui prévoyait, dans le cas de la dernière législature, des commissions de 12 sièges dont 7 pour les députés ministériels, 4 pour l’Opposition officielle et UN pour les «autres» (députés d’un tiers parti ou indépendants). On comprend tous que cette disposition est inapplicable actuellement.

Dans les négociations qui s’amorcent, on plaide, pour étayer la position gouvernementale, que notre Règlement est différent de celui d’Ottawa. Bien sûr. Mais il ne faudrait pas s’en vanter.

avril 03, 2007

Duplessis, le crucifix et le garagiste de Rouyn

Duplessis a le dos large. Son nom est encore revenu sur le tapis dans le débat sur la présence d’un crucifix à l’Assemblée nationale depuis 1936. « Cette décision de Duplessis n’est pas fortuite, a écrit un historien dans le Devoir du 27 janvier dernier : elle est réfléchie et correspond au désir du nouveau gouvernement d’effectuer un virage dans les relations entre l’Église et l’État québécois. Duplessis veut montrer qu’il se distingue des gouvernements libéraux antérieurs en étant davantage à l’écoute des principes catholiques ». C’est évidemment le coupable. Au premier degré en plus, comme on dit au prétoire. Et il aurait récidivé au Salon rouge. L’affaire est jugée, mais n’est-elle pas préjugée ?

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Il y avait un autre suspect : Albiny Paquette, médecin, député de Labelle et ministre dans le premier cabinet Duplessis. Dans ses mémoires publiées en 1977 (Soldat, médecin, maire, député, ministre : 35 années à la législature de Québec), le docteur Paquette dit avoir donné, quelques jours après son assermentation comme secrétaire de la province (soit le 26 août 1936), « instruction de placer des crucifix au-dessus des fauteuils du président de l’Assemblée législative et du Conseil législatif » ; le député de Labelle aurait aussi, dans un discours à la Chambre, expliqué qu’il voulait par ce geste « donner aux valeurs spirituelles et religieuses l’importance qui leur revient dans notre société chrétienne ».

Un avocat de la défense saurait utiliser ce témoin important, qu’on ne peut plus contre-interroger, mais sa confession soulève plusieurs doutes. De quel droit aurait-il donné des « instructions »? Le Parlement est encore relativement autonome en 1936 (on n’est pas en 1956…) ; l’Assemblée législative a un président qui administre l’institution, avec trois ministres désignés par le Conseil exécutif, et Paquette n’est pas du nombre. Du point de vue matériel, l’Hôtel du Parlement est géré par les Travaux publics, ce qui n’est pas la responsabilité de monsieur Paquette non plus. Enfin, un ministre aurait été bien mal avisé de donner des instructions à un Conseil législatif plutôt indépendant de nature et surtout très majoritairement libéral après 40 ans de régime rouge ! En octobre 1936, Duplessis n’y avait que deux appuis sûrs : le président Alphonse Raymond, qui vient justement d’entrer au Conseil, le Thomas Chapais, qui s’y trouve depuis 1892.

Par ailleurs, le discours que le député de Labelle prétend avoir prononcé est introuvable dans les débats parlementaires reconstitués (il n’y avait pas de verbatim à l’époque) ; s’il a fait un discours à ce sujet au début de la session d’octobre 1936, aucun journaliste n’en a parlé, même dans La Voix du Nord, l’hebdo de son coin.

Paquette aurait certes été du genre à accrocher des crucifix. En 1936, il est sur le point de récolter des honneurs qui couronnent une carrière entreprise au Proche-Orient avant la Grande Guerre et qu’on ne donne pas aux mécréants : décoration de l'Ordre latin, croix de Jérusalem, grand-croix de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, croix d'or de Saint-Jean-de-Latran, etc. Mais se serait-il attribué un mérite à la place de son chef : n’est-ce pas inconvenant ? Faut-il plutôt penser que le bon docteur de Mont-Laurier s’est emmêlé dans ses souvenirs quand il a écrit ses mémoires peu de temps avant sa mort, à près de 90 ans ?

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Au lendemain de l’ouverture de la session d’octobre 1936, les médias ne font pas un plat de l’apparition d’un crucifix dans la salle des séances. La plupart des journaux en traitent comme ils parlent de la nouvelle couleur du ruban qui décorait le discours du trône. Une mention sans émotion. Le Nouvelliste se démarque en plaçant la nouvelle en première page dans un encadré : « Pour la première fois dans l’histoire politique du Québec, le Christ présidera aux délibérations de l’Assemblée législative ». Le quotidien de Trois-Rivières attribue « ce geste de foi » à Duplessis, comme deux ou trois autres dont L’Action catholique qui précise qu’un crucifix a aussi été placé « dans la salle du Conseil exécutif […] à la demande de M. Duplessis » qui en a mis un dans son bureau. Il n’est pas question de la salle du Conseil législatif et, dans l’état actuel des recherches, on croit plutôt qu’un crucifix y a été installé un peu plus tard à la demande de Médéric Martin, cigarier de son état, ancien maire de Montréal, libéral en politique et surtout pas porté à servir d’exécutant pour Duplessis.

Aucun chroniqueur ne parle du docteur Paquette, mais plusieurs quotidiens rappellent que l’installation d’un crucifix fait suite à une intervention du député Nil-Élie Larivière, au cours de la session du printemps 1936. Né en Ontario, où il n’a pu étudier dans sa langue à cause du funeste Règlement XVII, Larivière s’est installé à Rouyn ; il a été colon, bûcheron, mécanicien, « voyageur de commerce », épicier, garagiste et finalement député de l’Action libérale nationale dans la circonscription de Témiscamingue. C’est lui qui « attache le grelot » pendant le débat sur le budget le 12 mai 1936 :

« Lorsque je suis arrivé [au Québec], je croyais que la province de nos ancêtres était gouvernée par des Canadiens français fidèles à leurs traditions. J’ai entendu nos amis de la droite parler de leur croyance, l’honorable premier ministre dire qu’il était le fils d’une sainte. Mais une chose m’a étonné. On reproche au premier ministre Anderson, de la Saskatchewan, d’avoir fait disparaître les costumes religieux dans sa province. Comment se fait-il – c’est ce qui m’a étonné – que dans un Parlement catholique, où le premier ministre proclame que sa mère était une sainte, qu’il n’y ait pas de crucifix au-dessus du fauteuil du président ? »

Pendant le débat sur le « discours du trône », le premier ministre Taschereau avait fait une longue profession de foi au cours de laquelle il s’était défendu d’être incroyant et de diriger un parti antireligieux. Taschereau avait longuement énuméré les gestes posés par le Parti libéral en faveur des institutions catholiques ; il était remonté jusqu’à la restitution des biens des jésuites par Honoré Mercier, en passant par sa propre participation aux congrès eucharistiques de Thetford Mines, Montréal et Chicago. Et il n’avait surtout pas manqué de rappeler un geste capital : « On nous a demandé de placer des crucifix dans toutes les salles d’audience des palais de justice et nous en avons mis ». Le docteur Paquette lui-même le soulignera à ses collègues au cours du débat sur le budget « En lisant les Comptes publics, je remarque que le gouvernement a acheté pour 7894$ de crucifix. C’est évidemment un gouvernement chrétien ».

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Le gouvernement Taschereau a donc mis des crucifix dans tous les palais de justice du Québec et Duplessis « a complété l’œuvre » des libéraux, comme l’écrit L’Action catholique le 8 octobre 1936. Le « virage » qu’on lui attribue n’a étourdi personne. Il s’agissait plutôt d’une accélération en ligne droite et « l’événement » est presque passé inaperçu. Le Clairon de Saint-Hyacinthe, qui appartenait à T.-D. Bouchard, alors chef de l’Opposition officielle et présumé chef de file de « l’aile radicale » du Parti libéral, n’a pas réagi. Le crucifix de 1936 ne dérangeait pas et les journaux l’ont traité comme s’il allait de soi : pour utiliser un terme à la mode, il était dans les normes.

février 12, 2007

Hérouxville et les médias

Dans la Presse du 7 février, une journaliste a amorcé un article traitant des divergences entre les villages voisins d'Hérouxville avec le "lead" approprié (qui, quoi, quand, etc.) pour ensuite rappeler le contexte dans les termes suivants: "Le code d'Hérouxville, adopté à la fin du mois de janvier, bannit notamment la lapidation, l'excision et l'immolation des femmes sur son territoire....".

Voilà comment cet article (à la suite de nombreux autres) "résume" le contenu du Code pour le bénéfice du peuple. Ce que cette journaliste a retenu et invite à retenir, ce sont quelques exemples donnés pour illustrer un principe (égalité des hommes et des femmes) qu'elle passe sous silence. Le "résumé" est de plus inexact car le code ne "bannit" pas les actions précitées; il considère " comme hors norme toute action ou tout geste s’inscrivant à l’encontre de ce prononcé [sic], tels le fait de tuer les femmes par lapidation sur la place publique ou en les faisant brûler vives, les brûler avec de l’acide, les exciser etc." (Je souligne)

On voit bien qu'il s'agit d'exemples (maladroitement exprimés, certes, comme l'ensemble du document, et probablement superflus aussi) donnés après avoir énoncé un principe ("Nous considérons que les hommes et les femmes ont la même valeur") que je ne crois pas avoir vu nulle part dans les médias. C'est pourtant l'essentiel de la partie du texte qui porte sur les femmes.

Malheureusement, le premier journaliste qui a traité cette affaire est parti sur une "chire" sensationnaliste que le conformisme ambiant a empêché de corriger. En mettant l'emphase sur un simple exemple comme la lapidation, on a laissé entendre (et convaincu une bonne partie de la population) que le conseil municipal de Hérouxville s'immisçait dans le code criminel alors que son Code ne prétend nulle part que ses normes ont une "valeur juridique": il dit d'ailleurs explicitement au départ que "ces normes résultent des lois municipales, provinciales ou fédérales, toutes démocratiquement votées". L'introduction dit clairement que c'est un document d'information.

Il faut se poser des questions sur le traitement accordé à ce dossier par les médias qui se comportent souvent comme un banc de poissons. Ils se sont tous fait berner par la fausse pétition de 40 000 noms contre le changement de nom de l'avenue du Parc, se sont ensuite tous énervés frénétiquement sur la TRÈS TRÈS grave affaire Drainville...

Jour de fête?

Une minuscule manifestation dominicale à Montréal. C'est à peu près tout ce qui a souligné le Jour du drapeau le 21 janvier 2007. Quand la SSJB est seule à fêter et que l'État se contente d'un communiqué émis après la fermeture des bureaux le vendredi précédent (et tombé littéralement dans le vide journalistique du week end), on ne s'étonnera pas qu'un sondage vienne révéler que seulement 76% des Québécois considèrent que le fleurdelisé est le drapeau "de tous les Québécois". Cela en dit long sur la formation civique au Québec.
On ne manque pourtant pas de drapeaux. Ils sont partout, voire banalisés dans la vie quotidienne; ils tapissent les fonds de scène des conférences de presse mais, quand vient le temps de souligner l'essentiel, un fonctionnaire lance un communiqué sur le fil de presse en fermant le bureau pour la fin de semaine.
Avant l'institution du Jour du drapeau dans sa forme actuelle (le 21 janvier), on avait une journée du drapeau en mai. Il arrivait donc que ce jour tombe une journée de session parlementaire, ce qui donnait au moins l'occasion d'UNE activité officielle où les représentants de l'État renouvellaient leur foi envers ce symbole.
En janvier, c'est différent. Il suffirait d'un peu d'imagination pour attirer l'attention. Mais d'abord de la volonté et de la conviction.

octobre 16, 2006

Les parlementaires et l’Histoire

Les députés français ont adopté une proposition qui prévoit une peine d’une année de prison et 45 000 euros d’amende pour toute personne qui nierait que les Arméniens ont été victimes d’un génocide sous l’empire ottoman. Cette proposition doit maintenant être soumise au Sénat, ce qui pourrait prendre plusieurs mois, si jamais la deuxième chambre la prend en considération. En effet, il faut souhaiter que les sénateurs viennent remettre un peu de raison dans un Parlement qui est parti sur une voie totalement irrationnelle. La loi qu’il a adoptée en 2001 pour qualifier de « génocide » les massacres d’Arméniens entre 1915 et 1923 n’était-elle pas déjà de trop ?

Selon une définition officielle, un génocide est l'extermination, physique, intentionnelle, systématique et programmée d'un groupe ethnique, national ou religieux. Quelques génocides ont été reconnus par des instances internationales dépendant de l’ONU mais il existe plusieurs autres dossiers « litigieux ». Sous la rubrique « génocide », l’encyclopédie Wikipédia dresse une liste des « massacres de peuples entiers ont déjà eu lieu dans le passé » et de ceux « dont le caractère génocidaire est discuté ». Au cas où des parlementaires voudraient s’adonner à d’autres exercices de législation mémorielle, voici quelques-uns des cas cités par Wikipédia : « la déportation des Acadiens par les Britanniques sous les ordres du gouverneur Charles Lawrence en 1755 », « l'extermination des Beotuks à Terre-Neuve par les Britanniques », « au Canada, les enfants des aborigènes ont été envoyés, entre 1922 et 1984, dans des écoles résidentielles indiennes […], ce qui conduisit à une mortalité moyenne de 50 %, soit entre 50 000 et 100 000 décès d'enfants en quelques décennies », « le gouverneur Jeffrey Amherst a fait distribuer aux Indiens Delaware en 1763 des couvertures infectées de petite vérole (variole) », « la disparition en quelques décennies des populations autochtones des États-Unis au passage des immigrants ».

Tous ces cas représentent des drames qu’il n’est aucunement question de minimiser ici mais, avant que tout ce monde ne s’engouffre dans le lobby ouvert par la proposition socialiste, il serait peut-être indiqué de se demander si c’est le rôle du Parlement de définir la nature d’un événement historique et de prévoir en plus des peines pour ceux qui ne seront pas d’accord avec son point de vue ? Particulièrement lorsque l’événement s’est produit à l’étranger, hors de sa juridiction ? Si le premier ministre turc vient en France et nie le génocide, le mettra-t-on en prison ?

Sur cette question, on pourrait lire avec profit le petit ouvrage d’Emmanuel Terray intitulé Face aux abus de mémoire. Mais le président Chirac a tout résumé l’an dernier : « Ce n’est pas à la loi d’écrire l’Histoire. L’écriture de l’Histoire, c’est l’affaire des historiens ».

août 18, 2006

L'histoire? Beurk!

"La Nouvelle-France, les XVIIIe et XIXe siècles, ça n'intéresse pas les gens."
(Journal de Québec, 8 août 2006)

Non, ce n'est pas l'opinion des rédacteurs des programmes du ministère de l'Éducation mais plutôt celle du vice-président à la programmation de la chaîne... Historia!

Si les canaux spécialisés en histoire ne font plus d'histoire, où allons-nous?

Et pourtant. Cette chaîne va diffuser cet automne 58 nouveaux épisodes de La petite maison dans la prairie qui est au troisième rang chez Historia pour les cotes d'écoute. C'est, dit-on, la télé-série "la plus authentique" sur l'Ouest américain des années... 1870.

C'est comme le gazon: l'histoire serait plus rose dans