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août 09, 2009

Pour voir du bleu, allez au Vermont!

Le Vermont célèbre cette année le 400e anniversaire de l’arrivée de Champlain au lac qui porte son nom et, manifestement, personne ne songe à en attribuer le mérite à Dugua de Monts…

Le programme (http://celebratechamplain.org/) comprend des activités de toutes sortes organisées dans une quarantaine de localités : spectacles, expositions, conférences, excursions, compétitions, etc. Plusieurs activités soulignent le « French Heritage » et les racines françaises d’une bonne partie de la population. St. Albans avait son « Franco-American Heritage Festival » en juin et Vergennes, ses « French Heritage Days » en juillet.

Burlington pavoise autant qu'ici l'an dernier, à cette différence que le bleu domine outrageusement. On se croirait à Québec avant son amnésie transitoire de 2008.

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décembre 31, 2008

2008 : l’anniversaire exproprié

(En guise de contribution au projet "400 ans-400 blogues" (http://400ans400blogues.com/) et pour saluer la fin de l'année, ci-dessous la conclusion d’un article paru sous ce titre dans le numéro spécial que L’Action nationale a consacré au 400e de Québec en décembre 2008)
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Le sens de la fête ? À chacun d’apporter le sien, a-t-on lancé aux Montréalais lors de l’opération séduction en mai. « I’m here to deliver a show », a déclaré le directeur général de la Société du 400e au magazine Macleans en juin. La dimension historique ? « Mais on écrit également l’histoire », a répondu le directeur général à Michel Vastel.

Quand le nouveau directeur général a pris la direction du 400e, le train était sur les rails ; il ne pouvait modifier les orientations fondamentales, même s’il l’avait voulu, et devait jouer « à l’intérieur de ses moyens », c’est-à-dire gérer efficacement le dossier des spectacles, sa spécialité. Les questions philosophiques avaient été réglées dans les limites des balises fixées par le gouvernement fédéral et sa nouvelle version de l’histoire du Canada : en fondant Québec, Samuel de Champlain a aussi fondé l’État canadien dont il a été le premier gouverneur et Michaëlle Jean est son successeur en ligne directe, nonobstant le lien qui manque entre Vaudreuil et Murray. En donnant un caractère canadien à 2008 (« pour l’avantage général du Canada », comme on disait des chemins de fer autrefois), le gouvernement fédéral s’est justifié d’investir 110 millions $ (incluant les infrastructures) dans les fêtes du 400e anniversaire : on ne pouvait donc pas « l’empêcher de participer aux célébrations », comme l’a rappelé la ministre des Relations internationales du Québec le 6 mai dernier...

L’année est partie sur un très mauvais pied, avec le spectacle du 31 décembre dernier, et il est peu probable qu’on s’y attarde dans les DVD commémoratifs qui raconteront leur histoire de 2008. Comme le soulignait Robert Laplante dans L’Action nationale en janvier dernier, « l’absolue médiocrité qui a empêché ce spectacle d’atteindre à la vérité artistique a tout simplement permis de révéler, en quelque sorte in absentia, ce qui faisait objet de censure : la culture québécoise, la vérité de la nation ».

Malgré un certain nombre de correctifs, 2008 a été essentiellement un party. La portion congrue réservée à la commémoration et à l’histoire s’est déroulée sous le signe de la rectitude politique et du multiculturalisme. Pour les concepteurs de 2008, la commémoration ne pouvait porter sur l’installation des Français à Québec et les origines d’une nation : il fallait que la fondation de Québec en 1608 soit l’œuvre commune des Amérindiens, des Français, des Britanniques…

Pas de place pour les couleurs ou les symboles identitaires des Québécois, pas d’argent pour rendre hommage aux pionniers (les familles-souches, les vieilles familles terriennes, les filles du roi), rien de particulier pour le 24 juin (pour ne pas faire d’envieux chez les organisateurs du 1er juillet). C’est pourtant la fête de la nation née en 1608.

L’anniversaire de 2008 a été dépouillé de son véritable sens et transformé en festival et en mini-exposition universelle. L’événement historique qui avait un fort potentiel identitaire pour les Québécois d’origine française et l’ensemble de la Franco-Amérique est devenu un simple prétexte à festivités. Le refus d’amener à Québec la sculpture qu’un Québécois a réalisée en France en hommage aux familles-souches de Québec est comme le symbole de cet anniversaire exproprié. L’œuvre s’intitule La Grande Vague, soit exactement ce qu’on a voulu prévenir.

(Pour lire le texte complet, voir L'Action nationale de décembre disponible dans les bonnes librairies de Québec)

novembre 29, 2008

Québec en chansons

La ville de Québec a été chantée par plusieurs artistes au fil des ans, mais, mis à part le très court pot-pourri du spectacle d’ouverture et la discrète prestation des chorales au Colisée, on n'aura presque pas entendu leurs chansons cette année. Même Viens chanter ton histoire les a ignorées; c'était donc inutile de compter sur Céline et sir Paul.

Heureusement, il restera des disques, trois en particulier qui pallieront le manque de mémoire du 400e.

Kebek par Québec

Le plus québécois des trois, par sa thématique et ses interprètes, mais aussi le plus multiculturel et le plus éclaté (car il va de la musique traditionnelle au hip-hop, en passant par le jazz et le blues) est Kebek par Québec, un double DC, produit par Sismique, et lancé en grande pompe en juin à l’Espace 400e. « C’est un disque qui a d’abord été fait pour les gens de Québec, un hommage à la chanson, déclarait alors Bernard Roy. Nous trouvions que plusieurs choses reliées au 400e de Québec se faisaient à partir de Montréal. Au lieu de critiquer et de se demander ce que le 400e pouvait faire pour nous, nous nous sommes questionnés à savoir ce que nous pouvions faire pour le 400e ».

Des artistes de la capitale, en majorité, reprennent des classiques comme Dans les rues de Québec (Annie Poulain), Jos Monferrand (Pépé), La rue Saint-Jean (Micheline Bouzigon), Le fleuve (de Lelièvre, par Paule-Andrée Cassidy), La basse-ville (François Léveillée) mais aussi de nouveaux refrains, crées spécialement pour l’occasion, par Étienne Drapeau (Quatre sangs), Webster (QC History X), Gilles Sioui (Back Where I Belong), Mahrox (Québec Yako), Javi Javi (Que lina es Québec) ou Tricot Machine (Les 400 marches). La compilation de 26 plages comprend aussi des narrations de Paul Hébert, une chanson sur l’expédition du « Général de Flipe » (Phips, 1890), la chanson officielle de Danny Boudreau Tant d’histoires, et une interprétation par Les Violons du Roy du canon Freu dich des Liebens que Beethoven avait griffonné à l’intention d’un Québécois qui lui avait rendu visite à Vienne en 1825.

Si Québec m’était chantée

Même s’il s’affiche comme « Souvenir officiel du 400e », le DC de Musicor fait un peu « ch’nu » avec seulement 15 titres et 8 pages d’informations. Si Québec m’était chantée reprend des classiques du disque précédent et en ajoute quelques-uns dont Sylvie, de Michel Louvain, En revenant de Québec, du duo Roche-Aznavour, La chanson du Carnaval par Pierrette Roy, sans oublier le grand succès de Marius Delisle, À Québec au clair de lune. Signalons aussi La pente douce, un extrait de la bande sonore des Plouffe, et Dans les yeux d’Émilie de Joe Dassin. Mais on se demande ce que viennent faire sur cette compilation le Chez nous de Daniel Boucher et surtout Entre deux joints de Charlebois…

Chansons de Québec

Le meilleur des trois est sans conteste le DC produit par XXI-21, une maison spécialisée en recherche d’archives qui fait la preuve qu’une bonne compilation commémorative ne s’improvise pas.

Lancé sans bruit, le disque Chansons de Québec offre 25 versions originales accompagnées d’un livret de 32 pages. On y retrouve presque tous les classiques des deux disques précédents et plusieurs autres comme Marché Champlain de Marius Delisle, Au bassin Louise d’Hervé Brousseau, Les Plaines d'Abraham de Dominique Michel, C’est-y vrai, c’est-y ça de Vigneault, interprétée par Labrecque, Mon vieux Québec de Fernand Martel, Québec, de Pierrette Roy, Dans les rues de Québec de Jacques Michel, Au carnaval d’autrefois de Pierre Roche. Quartier latin et Les Québécoises de Vigneault auraient avantageusement remplacé Le miracle de Sainte-Anne de Beaupré de Jen Roger et De Montréal à Québec par Luis Mariano, mais nul n’est parfait !

Chansons de Québec comprend des chansons de circonstances comme Un été mer et monde de Francine Raymond, Nordiques jusqu’au bout par Mario Chenart et France Duval, et même La chanson des pee wees !

La chanson officielle Tant d’histoires a été remplacée par La plus belle fleur du Saint-Laurent de Lefebvre et Baillairgeon et, mérite ultime, Chansons de Québec se distingue en nous épargnant Les ailes d’un ange…

octobre 26, 2008

Le Canada en fête permanente

Après avoir accepté sans mot dire que l’anniversaire de l’installation des Français en Amérique soit transformé en célébration du multiculturalisme et du pseudo quatrième centenaire de l’État canadien, le politicologue Guy Laforest (Le Soleil et La Presse, 23 octobre 2008) propose de re-célébrer la fête du Canada en 2009, 250e anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham.

Le Canada serait donc né en 1759, avec la capitulation de Québec, et non en 1608, avec sa fondation, comme les conservateurs nous l’ont dit cette année, ou en 1604, comme les libéraux l’avaient chanté aux Acadiens il y a quatre ans : y a-t-il plusieurs Canadas ou est-ce le même qui s’invente des anniversaires et court les fêtes?

D’après le politicologue de l’Université Laval, DIX dates peuvent être prises en considération pour la fondation du Canada : 1534, 1608, 1759, 1763, 1774, 1791, 1848, 1867, 1931 et 1982. Et encore, il oublie 1603 et 1604.

Pourquoi s’arrêter en chemin? Lançons un plan quinquennal de festivités! On fera le pont de 2008 à 2013, qui marquera le 250e anniversaire de la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre. Et, pour ne pas faire de jaloux, la métropole pourra ainsi commémorer la capitulation de Montréal en 1760. À défaut du Grand Prix, et avec un peu d'imagination, on fêtera la fondation du Canada presque tous les ans…

octobre 20, 2008

«Rencontre» d’un mauvais type ?

Les Hurons-wendats jouaient le rôle de « nation hôte des Première Nations pour les célébrations du 400e anniversaire de Québec ». Ils étaient, selon les documents officiels, responsables « d’assurer une participation significative de l’ensemble des Premières Nations aux festivités de 2008 ». La programmation du 400e comprenait « un volet propre à la nation hôte, sur le territoire de Wendake, et un second volet intégré aux festivités de la Société du 400e anniversaire de Québec ». « Pour chacun, dit le programme, ce sera une occasion exceptionnelle d’échanger avec ceux qui partagent à la fois notre quotidien et les défis de demain ».

À Wendake, le spectacle à grand déploiement Kiugwe a tenu la scène du 18 juillet au 3 septembre ; il y a aussi eu des plusieurs soirées culturelles dans le cadre des « semaines thématiques ». Sur le site de l’Espace 400, les autochtones ont été particulièrement présents avec des spectacles, des conférences, etc. Pour sa part, le chef des Hurons a joué un rôle important, comme représentant officiel des autochtones, présent à toutes les activités possibles, ici et outre-mer. Il a même été le premier personnage en scène le 31 décembre 2007 avec un rituel de purification qui n’a curieusement fait sourciller personne à notre époque où il est interdit de dire une prière en ouvrant les séances des conseils municipaux…

Comme le soulignait Claude Vaillancourt dans le Soleil du 13 septembre dernier, « au-delà des installations permanentes qu’ont apportées les festivités du 400e anniversaire de Québec, c’est la reconnaissance de son peuple qui sort grande gagnante de ces longs mois de célébrations ».

Mais pourquoi s’arrêter en chemin ? « On a fêté le 400e de la Ville de Québec, rien d’autre, précise d’emblée le grand chef. On n’a pas fêté d’autre chose. On n’a surtout pas fêté l’arrivée des Européens dans nos territoires ».

Faut-il rappeler que le thème général du 400e est « la rencontre » ? Les Québécois de souche française qui croyaient célébrer l’anniversaire de leur « berceau » en 2008 ont progressivement réalisé qu’ils devaient partager la fête avec toutes les autres communautés qui les ont rejoints depuis 1608 et ceux qui étaient là avant ; mais, « mieux » encore, dans l’esprit du chef des Hurons, ils en sont plutôt exclus. La « rencontre » est annulée.

Un mois plus tard, et sans attendre la fin de la fête, le chef des Hurons profite du passage des chefs d’État francophones pour exposer ses revendications territoriales. Et, dans le cours de son argumentation, il tire une autre flèche : « Samuel de Champlain, moi j’en parle même pas. Je ne le connais pas, ce gars-là » (Journal de Québec, 17 octobre).

Une autre rencontre à l’eau? Champlain a conclu des alliances avec les Hurons, fait la guerre trois fois avec eux contre leurs ennemis iroquois, passé un hiver complet en Huronnie (région des Grands Lacs) — car il était sorti trop mal en point d’une bataille pour revenir à Québec — et il a été ensuite souvent pressé de retourner en guerre aux côtés de cette communauté avec laquelle il a entretenu de forts liens d'amitié au point de souhaiter former un nouveau peuple avec elle. Et 400 ans plus tard, le chef des Hurons ne connaît pas « ce gars-là »? C’est à se demander s’il est vraiment de la même lignée. Chose certaine, de la part d’un personnage public qui joue un rôle officiel dans l’organisation du 400e, et qui a bénéficié de tous les égards depuis un an, ces propos manquent d’élégance, pour ne pas dire plus.

octobre 06, 2008

Des chiffres sur le 400e

La valse des statistiques du 400e est commencée et durera plusieurs mois puisque les livres ne seront pas fermés et que le bilan de la Société du 400e ne sera pas connu avant le début de 2009.

Convoqué par le conseil municipal, le directeur général du 400e a lancé les premiers chiffres : 8 millions de personnes auraient participé aux quelque 290 événements. Le Red Bull Crashed Ice, le championnat mondial de Hockey, le Festival d’été, les Fêtes de la Nouvelle-France et le Congrès eucharistique sont-ils comptés? On verra au rapport final.

Quelques jours plus tard, c’était la fermeture de l’Espace 400. On y aurait compté 1,2 million de visiteurs dont 600 000 spectateurs pour le Moulin à images. Sur quelles évaluations de foule s’appuient ces chiffres? En fait, cela n’a pas tellement d’importance. En a-t-on eu pour notre argent, pour les fonds publics investis plus précisément? Impossible de le dire. Quand presque tout est gratuit, comment mesurer la rentabilité ou la satisfaction, mais on retiendra une chose : il y avait du monde et tout s’est déroulé correctement, à part quelques embouteillages et des petites prises de bec sans conséquences entre spectateurs du Moulin. Quand les restaurants ne suffisent plus à la tâche, et qu’il s’en trouve même pour fermer pour cause d’épuisement, c’est qu’il y a beaucoup de monde. Si le succès se mesure à cette aune, c’est réussi.

Les chiffres laisseront cependant libre cours aux interprétations. Dans son bilan esquissé à la fermeture de l’Espace 400e, le directeur général rappelait que ce lieu lui semblait une sorte d’Expo 67. La comparaison ne manque pas de pertinence. Du 3 juin au 28 septembre, on y offrait « 120 jours de rencontres inoubliables avec des artistes, chanteurs, musiciens, danseurs, acrobates, historiens, conférenciers, des gens d'ici et d'ailleurs venus célébrer les 400 ans de Québec ». Les historiens semblaient détonner dans la liste? Ils participaient aux « Grandes Rencontres », qui constituaient le volet intellectuel élaboré sous la direction de l’anthropologue Bernard Arcand et s’annonçaient « fascinantes tantôt écolos, tantôt gastronomiques ou encore historiques ».

On notera l’ordre de préséance qui concorde assez bien avec les statistiques fournies par le site Internet du 400e. Espace 400e a accueilli « 700 artistes d’ici et d’ailleurs » sur sa Grande place et « 6 500 artistes locaux, amateurs et passionnés, ont fait montre de leur talent sur la Scène des Jardins éphémères IGA ». Ont fermé la marche les « 78 conférences et classes de maître ». dont environ le tiers portaient sur l’histoire.

septembre 25, 2008

Pas de vague

La Grande vague, cette oeuvre monumentale de l'artiste québécois Marc Lincourt, ne se rendra pas à Québec. La ville n’aurait plus les ressources pour assumer le frais de la traversée et la Société du 400e semble vouloir garder ses fonds de tiroir pour finir l’année sur un mode festif.

L’œuvre de Marc Lincourt évoque une gigantesque vague de 10 mètres de long composée de 400 livres portant chacun le nom d'une famille venue en Nouvelle-France. Elle a suscité une vive émotion chez certains membres de la délégation québécoise officielle (dont l’épouse du chef des Hurons) qui l’ont vue à Brouage en mai et elle a été l'un des grands succès des célébrations du 400e en France.

Cette œuvre réalisée en hommage aux familles-souches ne viendra pas dans la ville qui se targue d’être le berceau de l’Amérique française : est-on surpris? Avant même le début des fêtes, quand la Société du 400e a refusé de donner du lustre au 24 juin 2008, d’honorer les anciennes familles terriennes, d’appuyer les projets des familles-souches (qui ont vu avorter l’exposition qui leur était dédiée au Musée de la Civilisation et se sont retrouvés avec une participation – payante – à marathon…), pour ne citer que ces exemples, on avait compris que l’émotion et la fierté des descendants des compagnons de Champlain, qui forment maintenant une nation, ne faisaient pas partie des priorités du 400e de ce côté-ci de l’Atlantique. Le mot-clé était plutôt « pas de vague ».

septembre 13, 2008

Seulement de bien belles images : dommage!

La plupart des gens qui ont vu le Moulin à images ont justement vu... des images, des images qu’ils n’avaient probablement jamais vues, mais n'ont pas appris grand chose qu'ils ne connaissaient pas. « C'est beau, mais qu'est-ce que c'est? C’est qui, ce personnage? », se sont demandé bien des Québécois devant les images qui défilaient à vive allure: que dire alors des visiteurs et des touristes?

Bien sûr, les Québécois ont reconnu leurs classiques, de Champlain à Chez Gérard, du pont de Québec à la Dominion Corset, mais ces personnages qu'ils ont vu défiler en rafale, ces centaines de photos, de portraits et de statues, auraient été des Albertains qu’ils n’auraient pas fait de différence.

La presse a été élogieuse, à juste titre, car le Moulin est une idée de génie parfaitement réalisée, un chef- d’œuvre de technique et d’infographie. Robert Lepage a livré ce qu’il avait annoncé, une vision impressionniste de l’histoire de Québec; ce sont les porte-parole du 400e qui, en fin de juin, soulagés de voir enfin un projet bien reçu, se sont empressés de présenter cette oeuvre artistique comme la réponse définitive à ceux qui estimaient que 2008 manquait de contenu historique.

Plusieurs auraient souhaité une narration, des explications, et le livre qui est sorti des presses en août (Nicolas Ruel, Le Moulin à images, Robert Lepage inc./Ex Machina, 90 pages) aurait pu répondre à leur souhait mais il ne contient lui aussi que des images. Aucun texte explicatif, sauf sur des aspects techniques.

Cette absence a été qualifiée de « bémol » par le critique du Soleil (« Le Moulin à rêver », 24 août 2008). Le commentaire est généreux : peut-être faudrait-il parler de fausse note. Les images du livre sont à la mesure du Moulin mais, depuis le temps qu’on travaille sur ce projet, il n’aurait pas été difficile (et surtout pas coûteux) d’ajouter quelques bas de vignettes qui auraient donné une valeur supplémentaire à la publication. On a voulu profiter de la vague? Éviter de donner prise à des critiques sur le contenu historique? Tous ne partagent pas l’enthousiasme de François Bourque (« À la prochaine… », Le Soleil, 8 septembre 2008) pour qui le contenu du Moulin est « inattaquable » et « hors d’atteinte des critiques » : au fait, y a-t-il quelqu’un qui en a fait une analyse sérieuse sur le plan historique mais, d’abord, comment critiquer une vision impressionniste?

On s’y remettra peut-être l’an prochain. En attendant, ce livre servira de carte de visite à Ex Machina pour vendre son savoir-faire à des clients qui seront sûrement, eux aussi, impressionnés par les images. Et ne se soucient guère des bas de vignettes.

août 31, 2008

Les critiques estompées?

Dans le Soleil du 30 août, Anne-Marie Berthiaume a commenté les propos de François Bourque (Soleil, 26 août) sur les critiques qui ont fini par s'estomper au sujet du 400e. C'est à lire, dans la version longue publiée sur le site du journal (http://www.cyberpresse.ca/article/20080831/CPSOLEIL/80829106/5826/CPSOLEIL), en particulier ce passage:

«On peut penser que l'opposition a fait son deuil de ce qu'elle avait souhaité et imaginé pour ces festivités par respect pour ceux qui prenaient visiblement plaisir à ce gigantesque «festival d'été» et à ces autres événements annuels bonifiés par des budgets conséquents. [...] Pour ma part, c'est la résignation et l'impuissance qui me font accepter que le 400e ait investi ses millions (en particulier ses derniers 6 millions $ libérés du championnat de hockey junior) dans un immense party de foule, et que la ville se soit offert des shows et des méga-shows «gratuits» (mais pas si gratuits qu'ils n'en n'ont l'air), qui laissent bien peu en substance, en profondeur et en découvertes.»

Si les critiques ont fini par s’estomper, comme l'écrit monsieur Bourque, c’est aussi parce qu’elles ont imposé quelques ajustements au programme et que des irritants majeurs se sont éclipsés, comme la gouverneure générale qui s’est manifestement fait dire de sortir de la cuisine et de cesser d'alimenter des controverses, un rôle qui sied fort mal aux représentants royaux. Pourquoi autant de trémoussements au départ des voiliers à La Rochelle et si peu pour les accueillir à l’arrivée à Québec? Il faudra y mettre le temps pour tout comprendre.

Par ailleurs, après la mi-juillet, le passage de McCartney et la fin du « Summer festival », les spectacles offerts portaient moins à critique. Il faut un peu d’imagination pour trouver un caractère commémoratif à la plupart des spectacles que monsieur Bourque mentionne mais ils étaient au moins en français et on aurait évité bien des ennuis en commençant par là. Pour l’histoire de la chanson québécoise, cependant, on repassera; seul le spectacle des chorales s’y est consacré et peu de gens ont pu voir ce spectacle (payant, notons-le).

Il ne faut pas négliger non plus l’impact de l’affaire McCartney. Après la job que la presse a faite à Luc Archambault, en rapportant le contraire de ce qu’il avait écrit dans son « manifeste », et après la violence des réactions que ce dérapage médiatique a engendrées sur Internet et dans les lignes ouvertes, on imagine aisément que les critiques ont été, disons, prudents, histoire de ne pas trop se faire crucifier, voire insulter, par des chroniqueurs qui prêchent pourtant la liberté d'expression pour eux.

Si les critiques ont semblé s'estomper durant l'été, ne serait-ce pas aussi parce qu’elles ont moins passé dans les médias? Les textes de réflexion sur le 400e ont été plus nombreux à Montréal (Devoir et Presse) et ce serait trop court d’y voir une simple rivalité de clochers. Il faudrait reprendre la table ronde qui a été organisée l’hiver dernier, à Laval, pour évaluer les conséquences des partenariats entre les médias les plus importants de Québec et une organisation « gouvernementale » comme la Société du 400e.

Il faudra y revenir, car le meilleur goût qu'à laissé la dernière semaine de spectacles ne fera pas oublier ce qui a précédé et surtout ce qui a manqué dans ce 400e.

août 29, 2008

Les expositions du 400e

Vu hier le film de Jean-François Pouliot, Champlain retracé, au Centre d’interprétation de Place-Royale, une annexe du Musée de la Civilisation. Un film impressionnant qui combine le jeu de Pascale Montpetit (incarnant une peintre qui essaie de réaliser un portrait de Champlain) et des séquences d’animation, le tout réalisé en stéréoscopie 3D, une technologie nouvelle qui, pour la première fois, sort des murs de l’ONF. Le film s’inscrit dans une « exposition » où on peut voir une immense maquette de la ville de Québec et 16 artéfacts amérindiens (des pointes de flèches) trouvés en 1966 pendant la construction du boulevard Champlain et montrés pour la première fois (ce qui n’est pas nécessairement une preuve de leur grand intérêt…).

Du point de vue historique, le contenu du film se résume à peu de chose : la question du portrait de Champlain, quelques paragraphes sur les premières années de Québec et le rôle du fondateur… On n’échappe évidemment pas à l’incontournable « clin d’œil » (décidément le mot-clé du 400e) au prétendu cofondateur.

Vue au printemps, Québec, une ville et ses artistes, qui rendait hommage à 22 artistes ayant œuvré depuis le XVIIe siècle jusqu’à la fin des années 1970. Une exposition fantastique qui est malheureusement passée en coup de vent pour faire place au Louvre.

Vue également l’exposition intitulée Espace Champlain à l’Hôtel du Parlement. Peut-on parler d’espace ? L’endroit est minuscule (un passage) mais il contient des choses intéressantes dont une gigantesque toile d’Henri Beau, L’arrivée de Champlain à Québec, une œuvre qui est « déroulée » pour la première fois depuis environ 75 ans, ainsi que les illustrations d’un manuscrit exceptionnel qui relate un voyage de Champlain aux Antilles et se trouve exposé pour la première fois au Canada. Le bien ne fait pas de bruit : l’Assemblée nationale a fait beaucoup de choses très pertinentes pour le 400e mais la presse n’assure pas toujours l’écho. Et ça se termine cette semaine.

Vue récemment l’exposition Foules d’archives (où on devine un jeu de mots…) organisée par l’Institut canadien et la ville de Québec. Des problèmes techniques ayant empêché sa présentation à la bibliothèque Gabrielle-Roy, elle squatte un recoin de la bibliothèque Saint-Jean-Baptiste et un passage (elle aussi !) du Parc de l’Artillerie : on l’a donc qualifiée d’« éclatée » pour ne pas dire « écartelée »… Divisée en quatre grands thèmes (Pouvoir et prestige, Honneurs et hommages, Châteaux et carnavals, Cultes et charité), elle « ouvre l’album-souvenir des grands événements et des lieux de rassemblements qui ont marqué l’histoire de la ville de Québec ». Des événements comme la Superfrancofête, la Conférence de Québec, les carnavals d’hiver, la visite du pape et le 300e anniversaire de la ville de Québec, mais aussi des parades, des cérémonies religieuses, et plusieurs autres « rencontres » sont évoquées avec documents d’archives de la ville (photographies d’époque, gravures anciennes, films, cartes postales, etc.). Le tout fait très « fin XIXe et XXe siècle » : il ne faut pas y chercher un survol de l’histoire de la capitale mais, à l’automne, dans le prolongement de l’exposition (qui se termine à la mi-octobre), une série de conférences sur Québec sera donnée par des historiens réputés dans les succursales de la bibliothèque de Québec. Pourquoi à l’automne et pourquoi pas à l’Espace 400e (où elles auraient remplacé avantageusement certaines rencontres écolos-gastronomiques) ?

Vus enfin les éphémères Souvenirs impérissables d’Expo-Québec, une présence inhabituelle dans ce genre de foire, des tableaux commémoratifs sculptés dans le sable et bien expliqués aux visiteurs qui prenaient la peine de se munir d’un audio-guide préparé avec l’aide des historiens de Cap-aux-Diamants.

À voir encore, quand on aura le temps (et on devrait l’avoir car elles durent longtemps, elles) :
·François, premier evesque de Québec, exposition consacrée à monseigneur de Laval (elle aussi littéralement écartelée entre Québec et Sainte-Anne-de-Beaupré),
·Plusieurs fibres, une même étoffe, qui raconte l’histoire des Juifs de Québec (gare du Palais),
·Une présence oubliée, qui expose l’histoire des huguenots (protestants) en Nouvelle-France (Musée de l’Amérique française).

En attendant l’exposition sur les familles-souches (les vraies oubliées du 400e, alors qu’elles sont de réelles «fondatrices de Québec»), que faut-il retenir du volet « exposition » de 2008 (en incluant Passagers/Passengers dont il a été question dans une note le 20 juin) ?

Notons d’abord qu’il faut payer pour voir Champlain retracé, Québec, une ville et ses artistes, Souvenirs impérissables, François, premier évesque de Québec et même Passagers/Passengers, alors qu’on peut avoir Aznavour, McCartney, Deschamps, Céline, Garou, l’OSM, et presque toute la partie chantante de l’Union des artistes gratis. Un « gros festival d’été », disait-on ?

Les expositions sont nombreuses mais de maigre envergure du point de vue du thème ou des moyens, quand ce n’est pas les deux. L’Espace Champlain de l’Hôtel du Parlement aurait mérité un peu plus… d’espace. Foules d’archives encore plus, évidemment, car c’est la seule qui s’est approchée de ce qu’aurait pu être une exposition sur Québec. Le très original Champlain retracé a dû coûter cher la ligne. Québec, une ville et ses artistes ainsi que l’exposition sur le premier évêque ont sûrement exigé beaucoup de ressources pour des sujets limités (dans le cadre de 2008), sauf le respect que je dois à monseigneur et aux artistes.

En d’autres mots, 2008 passera à l’histoire pour avoir célébré le 400e anniversaire du berceau d’une nation sans avoir offert aux Québécois et aux autres francophones d’Amérique une seule exposition d'envergure sur le berceau ou la nation. Le 400e a mis tout son budget d’exposition dans Passagers/Passengers, qui pourrait servir de message publicitaire à Immigration-Canada, le Musée de la Civilisation a préféré l’or des Amériques et le Musée national des beaux-arts, les trésors du Louvre.

Comme disait mon professeur de latin : Qui potest capiere capiat.

août 28, 2008

Le volet historique du 400e

Dans sa dernière chronique (« L’histoire est dans les livres, pas sur les plaines! », L’Actualité, septembre 2008, p. 74), Pierre Cayouette écrit: « Les rabat-joie qui déplorent l’absence de la dimension historique dans les festivités entourant le 400e anniversaire de Québec oublient que l’on n’a jamais publié autant de livres consacrés à la capitale nationale. Il suffit d’un détour en librairie pour s’en convaincre. Le volet historique des fêtes du 400e se trouve là, dans ce foisonnement d’ouvrages tous plus instructifs les uns que les autres. » Et, après avoir recensé six ouvrages, fort pertinents (même si l'un est paru en 2004), il conclut: « Qui a dit que la dimension historique était absente du 400e de Québec ? »

Les rabat-joie n’oublient rien, ce qui leur vaut justement cette réputation d'empêcheurs de fêter en rond. Ils se souviennent trop bien: la Société du 400e a mis de côté les emblèmes et les couleurs identitaires des Québécois et de leur capitale, choisi une chanson-thème qui omet le mot « Québec », sorti à contre-coeur Champlain de son placard, refusé d’investir dans des publications, des documents audio-visuels ou des expositions d’envergure qui auraient mis au premier plan l’histoire de Québec, du Québec et de l’Amérique française, refusé de financer tous le projets des sociétés historiques de la région, oublié d’honorer les familles pionnières, et on pourrait continuer l’énumération. Son repositionnement au cours de l’hiver, à la suite des protestations des « chiâleux », des « chiqueux de guenilles », des « casseux de party » et autres « morons », n’a rien changé de significatif dans l’orientation d’une fête préalablement bien balisée pour éviter les débordements d’émotion. Et de souvenirs.

S’il y a un « volet » ou une « dimension historique » dans ces fêtes, il faut y voir essentiellement le fait de l’initiative privée et de quelques rares institutions publiques, comme l’Assemblée nationale. C’est ce qui nous a valu une longue listes d’ouvrages (dont L'Actualité donne un bel échantillon) et d’éditions spéciales de périodiques, un foisonnement qui peut faire illusion chez les observateurs et que la Société du 400e cherchera probablement à glisser dans son bilan, comme elle a rétroactivement apposé des collants "Souvenir officiel" sur des livres auxquels elle n'a pas collaboré.

août 10, 2008

Un 400e à l’envers

Les Québécois n’en auront peut-être pas conscience mais leur mois d’août aura une saveur particulière.

Du 31 juillet au 17 août, le parc de l’Esplanade est le point de convergence d’artistes francophones de partout au Canada. C’est la « Francoforce » (une activité inscrite « à retardement » dans le programme officiel du 400e de Québec) qui termine ici sa tournée et vient témoigner de la vitalité de la francité, d’un océan à l’autre.

Du 5 au 10 août, les Fêtes de la Nouvelle-France devaient avoir cette année une plus grande envergure mais la pluie est venue gâcher les premiers jours. Elles ont débuté avec un magnifique défilé de géants dirigé par le fondateur de Québec et fermé par deux grands patriotes québécois, Ludger Duvernay (fondateur de la SSJB de Montréal) et Félix Leclerc; le Louisianais Zachary Richard a été la vedette du spectacle de clôture.

En fin de semaine dernière, dans une autre activité concoctée sur le tard, le maire de Québec a reçu une délégation de 13 maires venus de villes américaines dont la fondation est due à l'action ou à l'influence des Français ou des Canadiens de souche française.

Un grand tintamarre acadien est prévu dans la capitale le 15 août. La Société nationale de l’Acadie en profitera pour décorer une personnalité québécoise et la journée se terminera par un grand spectacle qui mettra en scène des artistes acadiens et québécois.

Le 22, Céline Dion s’amène avec ses invités dans un spectacle conçu spécialement pour Québec, en français, cette fois; deux jours plus tard, sur la même scène, une vingtaine d’artistes rendront hommage à la chanson francophone dans le spectacle Paris-Québec à travers la chanson, lui aussi greffé tardivement à la programmation officielle.

Pour en arriver là, il a fallu que les chiâleux forcent un peu la main aux idéateurs du 400e mais ce programme rafistolé suffira-t-il pour se consoler d’un rendez-vous raté avec l’histoire de l’Amérique française au cours des sept premiers mois de 2008, la seule « rencontre » qui importait vraiment ? Tous les ingrédients auraient été là si les cuisiniers avaient su apprêter le plat pour en faire ressortir la saveur. Il y avait bien un « biscuitier » et un « boulanger » aux chaudrons mais leurs marmitons se sont égarés dans une cuisine internationale qui ne privilégie pas les racines.

Maintenant que les Pascale Picard Band du « Summer festival of Quebec » et sir Paul sont passés, c’est comme si l’essence de cet anniversaire remontait naturellement à la surface et que le « chanteur indigène » (selon le mot de Sylvain Lelièvre) finissait par prendre le plancher.

Avec ces manifestations artistiques de la Franco-Amérique et les hommages hors programme à Félix Leclerc (la Société du 400e s’étant contentée de clins d’œil), sans compter la participation spéciale de la France à Expo-Québec, on dirait que 2008 commence au mois d’août. Et ça se poursuivra cet automne avec les Entretiens Jacques-Cartier, le Sommet de la francophonie et l’ouverture du Centre de la francophonie des Amériques. Décidément, ce 400e se déroule à l’envers.

juillet 24, 2008

Une ignorance stupéfiante, en effet…

S’il fallait illustrer à quel point les fêtes du 400e ont manqué de contenu sur l’histoire de Québec, on pourrait citer le « point de vue » publié dans Le Soleil du 22 juillet par trois étudiants en histoire sous le titre « Une ignorance stupéfiante ». J’exagère évidemment : la Société du 400e n’est pas responsable des lacunes de l’enseignement de l’histoire au Québec et surtout pas des conséquences d’un enseignement qui se préoccupe médiocrement des faits et des dates pour privilégier les « grandes interprétations ».

Trois éléments de cette lettre ouverte méritent une réaction.

D’après les auteurs, au moment où Champlain fonde un comptoir de traite à Québec, « des populations francophones s’enracinaient déjà en Amérique ». Ce serait une éminente contribution à nos connaissances s’ils pouvaient révéler le lieu de ces « enracinements ». En 1608, les essais brésilien et floridien sont de l’histoire ancienne; l’établissement acadien de Port-Royal est fermé; à part les pêcheurs qui jettent l’ancre (et non des racines) dans le golfe, les gens de Champlain sont les seuls à porter les couleurs françaises.

Ces auteurs reprennent aussi une légende urbaine au sujet de la population « majoritairement anglophone » à Québec au XIXe siècle. Ils lisent peut-être trop de chroniques d’Alain Dubuc, qui a écrit la même chose récemment. Les Québécois d’origine britannique ont représenté environ 40 % de la population de Québec au milieu du siècle, résultat de la grande vague d’immigration irlandaise des années 1840. Ce pourcentage a baissé ensuite très rapidement pour se situer aux environs de 15 % vers 1900.

Enfin, pour ces trois étudiants en histoire, 2008 est l’anniversaire de la ville de Québec, « n’en déplaise à ceux qui veulent y voir autre chose de moins banal ». Là, il était temps qu’ils interviennent. Est-on en train de dépenser près de 100 millions de dollars pour un anniversaire « banal » ? Tout ce que nous avons de dirigeants politiques, du maire de Québec à la gouverneure générale, se fend de grands discours depuis plusieurs mois pour nous dire que la fondation de Québec marque le début de l’Amérique française. Ces déclarations protocolaires ne se sont pas concrétisées souvent dans les fêtes mais on était plusieurs à y croire…

juillet 21, 2008

Cent ans après

Pour ceux qui n'y étaient pas (...), les historiens ont raconté comment les fêtes du 300e anniversaire de Québec ont été marquées de l'empreinte de l'empire britannique avec la présence du prince de Galles, ses troupes et sa marine. Sur les Plaines, de grands pageants (reconstitutions historiques) racontant l'histoire de la Nouvelle-France furent cependant le clou des festivités.

En 2008, le plus haut dignitaire étranger accueilli à Québec a été le premier ministre de la France. Si la tendance se maintient, le spectacle qui passera à l'histoire comme le moment fort des fêtes du 400e (dixit Radio-Canada) sera celui de Paul McCartney sur les Plaines, accompagné de « chanteurs indigènes » (ne me lapidez pas: le mot est de Sylvain Lelièvre) chantant aussi en anglais.

Prenons un moment pour méditer sur l'évolution de la nation québécoise, en attendant l'avènement de Céline.

juillet 16, 2008

Les « Rencontres » du 3 juillet : « speed dating » historique

(Texte préparé pour le collectif Commémoration 1608-2008, 12 juillet 2008; publié dans Le Devoir le 16 juillet)

La Société du 400e a fait le point sur les quatre journées qui constituaient le cœur des célébrations de 2008 et qui comprenaient le tiers de ses « grands événements », soit Bonne fête, Québec (messe, salut à Champlain, parade, feux d’artifice, etc.), les spectacles Québec plein la rue, la Grande Rencontre familiale sur les plaines et le spectacle Rencontres devant l’hôtel du Parlement. Satisfaction bien légitime et soulagement certain : les autres grands événements couleront comme un festival quatre-saisons avec le karaoké de Deschamps, le Chemin qui marche (spectacle sur le fleuve), Céline (avec accent, pour la circonstance), le Cirque du Soleil et le Beatle des plaines d’Abraham.

Touché par les félicitations méritées qui viennent du public, le directeur général a résumé son état d’esprit : « J’essaie de trouver quelque chose qui n’a pas marché mais j’ai de la misère, pour être franc avec vous ». La presse ne l’a pas aidé dans ses recherches ; pourtant, si le bulletin est excellent sur le plan festif, il reste une matière avec laquelle la Société du 400e éprouve des difficultés.

De toutes les activités de cette grande semaine, la seule qui promettait un contenu historique était Rencontres, les autres étant protocolaires ou festives. Les concepteurs ont eu le génie de mobiliser Champlain, magnifiquement personnifié par Yves Jacques, et les autres statues de la façade de l’hôtel du Parlement ; ils ont habilement utilisé la fontaine de Tourny pour donner du mouvement à ce spectacle original. D’autres concepteurs avaient utilisé la façade comme fond de scène mais on est allé plus loin cette fois-ci en sortant les bronzes de leurs niches pour en faire des acteurs, des danseurs et des acrobates.

Pour évaluer ce « spectacle commémoratif », il faut rappeler ce qui était prévu au programme : « C’est Samuel de Champlain […] qui racontera ces 400 ans à travers plus de dix tableaux impressionnistes et musicaux. Les plus beaux textes de la poésie et de la chanson d’ici seront pour l’occasion interprétés par de grandes voix du Québec et de la francophonie ». Du Québec ou de la ville de Québec? La confusion est facile. A-t-on vu la ville, ses auteurs-compositeurs et ses interprètes dans ces chansons ? À part les Ailes d’un ange (qui mentionne le mot « Québec »), y en avait-il une seule ? Faut-il comprendre que le sujet avait été brûlé le 31 décembre et la liste des candidats, épuisée ? Yves Jacques a donné une franche explication dans le Soleil du 6 juillet : « On fait les choix en fonction des artistes qu’on peut avoir. Or, après le fiasco du 31 décembre, il n’y a plus un artiste qui voulait participer à quoi que ce soit du 400e. Personne ne voulait faire le spectacle. On fait avec ». Pour avoir seulement surmonté cet obstacle, les artisans du spectacle du 3 juillet méritent des félicitations.

Sur le plan artistique, chacun évaluera le spectacle selon ses goûts musicaux. Tant mieux si l’on reconnaît les « plus beaux textes de la poésie et de la chanson d’ici » dans ce que Charlebois, Dufresne et Pagliaro ont chanté ou dans les airs sud-américains d’Alys Roby. Que reste-t-il alors de nos meilleurs ? Bozo, un Tour de l’île écourté de plusieurs milles, mais heureusement une finale signée Leclerc et un Vigneault bien vivant avec Gens du pays. Certes, sa chanson Les Gens de mon pays aurait résonné davantage, mais on imagine que Vigneault n’a pas eu à choisir. En descendant la rue Saint-Jean, Quartier latin, Jos Monferrand ou Les Québécoises auraient eu leur place dans un spectacle qui devait honorer la ville de Québec, tout comme le Programme double, Tôt ou tard, La basse ville ou La partie de hockey d’un Sylvain Lelièvre totalement ignoré.

Le contenu historique du spectacle tenait essentiellement dans deux ou trois chansons (dont l’acadienne Évangéline), la présence de Champlain et l’introduction des tableaux qui ne pouvaient aller au-delà d’un « beau clin d’œil », comme Yves Jacques l’a dit. Dans le tableau sur la femme, par exemple, il n’a pu que mentionner quelques noms et on a enchaîné avec le Rock pour un gars de bicycle, un hymne douteux à la condition féminine. Dans une autre introduction, il était question des statues qui dialoguaient, mais leurs propos tenaient en quelques mots sans véritable pertinence avec l’interprète qui suivait. Les bronzes en auraient pourtant eu long à dire : Frontenac avec ses canons, Montcalm qui meurt au combat, Lévis qui gagne à Sainte-Foy, puis Papineau qui représente ses compatriotes, La Fontaine qui insiste pour parler français au Parlement, Mercier et Duplessis qui plaident l’autonomie, Lesage, maître chez lui, Lévesque, souverainiste, et Bourassa, « libre de ses choix ». Ces « rencontres » n’ont pas eu lieu.

Au lieu de prendre acte du succès indéniable de ce spectacle en tant que tel, la Société du 400e tient absolument à lui conférer un « caractère historique » : « On ne voulait pas d’un show de variété », a déclaré le directeur général (Le Soleil, 7 juillet). Bien placé pour en juger, mais peut-être peu diplomate, Yves Jacques avait justement dit le contraire la veille : « […] c’est de la variété, pas un spectacle historique ». Il sait la différence entre Rencontres et un spectacle à caractère historique comme La Fabuleuse qui raconte le Saguenay—Lac-Saint-Jean (un projet de ce type a été proposé sans succès à la Société du 400e) et ce qui distingue Rencontres du Moulin à images de Robert Lepage, une prouesse artistique et technologique qui est entièrement consacrée à l’histoire de Québec, divisée en périodes originales, évidemment très brève en matière de contenu, impressionniste, tel que promis.

Dans l’entrevue déjà citée, Yves Jacques dit avoir insisté pour porter les couleurs de la France et du Québec : « Ce n’est pas la naissance du Canada qu’on fête mais la naissance de Québec et par le fait même du fait français en Amérique ». Dans le point de presse de dimanche (Le Soleil, 7 juillet), le directeur général du 400e s’est aussi aventuré sur le même sujet en comparant 2008 et 1908 : « En 2008, on sent que le fait francophone et la survivance de la langue française en Amérique du Nord ont été au centre des festivités » de la semaine ; la presse l’a aussitôt « questionné sur ces propos » et il a dû se défendre « de faire de la politique » : « C’est un état de fait, ce n’est pas une opinion, a-t-il justifié. À la Société, on n’a rien téléguidé, mais les choses se sont faites comme ça… »

Rien téléguidé? Les historiens verront bien si la Société du 400e elle-même ne l’était pas. Entre-temps, si les choses « se sont faites comme cela » (soit pas exactement comme elles étaient prévues), c’est parce que des gens ont réagi, l’hiver dernier, et que leurs réactions correspondaient au sentiment d’une grande partie de la population On avait compris que la Société du 400e servait de l’histoire avec parcimonie, laissant cette matière « dangereuse » aux soins des citoyens, des éditeurs, des sociétés savantes, des sociétés d’histoire et de généalogie, qui se sont débrouillés sans aide financière, mais avec un succès certain comme en témoignent les ventes dans les librairies de Québec. « L'histoire semble avoir repris sa place dans le cadre du 400e anniversaire de la ville de Québec », dit-on ce matin (12 juillet) à Radio-Canada. C’est que les Québécois peuvent absorber davantage que des clips et des clins d’œil.

juillet 13, 2008

Le « Moulin à images » : exceptionnel !

Le Moulin à images est une réalisation exceptionnelle à plusieurs égards. Si l’exposition Passagers/Passengers a sa valise-gadget et Rencontres, son utilisation inspirée des statues du Parlement, le Moulin repose sur une idée de génie mais aussi sur des dizaines de trouvailles qui étonnent le spectateur d’un bout à l’autre du spectacle. Robert Lepage et son équipe ont su exploiter à la fois la verticalité des silos et la longueur de l’écran qu’ils forment. Les silos deviennent des pieux, des balles, des cigares, des cigarettes, des éprouvettes. Les baleines, les voiliers, les voitures, les trains, les militaires traversent tour à tour l’écran géant. Les séquences s’enchaînent avec ingéniosité : ainsi, les manifestants du « samedi de la matraque » se transforment subitement en batailleurs sur glace.

Le Moulin est une prouesse artistique et technique incomparable. L’historien-éditeur qui publie des centaines de pages de texte avec quelques milliers de dollars est un peu jaloux de voir les millions de dollars qu’on peut investir pour diffuser quelques dizaines de pages de contenu mais c’est un autre monde et le Moulin vient d’y poser une barre extrêmement haute.

Le Moulin à images est aussi une réalisation exceptionnelle parce que c’est le seul des « grands événements » du 400e qui propose un contenu résolument historique et qui se consacre entièrement à la ville de Québec. Bien sûr, ce n’est pas un cours d’histoire et il n’est pas vraiment pertinent de discuter des choix du concepteur car Robert Lepage a bien précisé qu’il s’agit d’une œuvre impressionniste. Ses impressions sont cependant structurées autour de quatre thèmes qui constituent une périodisation originale (chemin d’eau, chemin de terre, chemin de fer, chemin d’air). Les années de fondation passent vite tandis que la dernière partie est beaucoup plus longue ; on comprend que le matériel audiovisuel a influencé la répartition du contenu.

Les spectateurs ont-ils compris ? Sur ce plan, on peut se poser des questions. Bien des spectateurs repartent heureux d’avoir simplement vu de belles images et des effets spectaculaires. Qu’ont-ils appris qu’ils ne savaient pas déjà? Ont-ils reconnu Louis XIV, le cardinal Villeneuve ? Au Musée de la civilisation, les amateurs de plantes potagères ont droit à un luxueux dépliant qui leur permet de retracer la moindre ciboulette; peut-être faudrait-il en faire autant pour le Moulin, au risque de brûler les punchs.

Le Moulin à images est aussi exceptionnel par sa durée et son accessibilité. À la fin de l’été, des centaines de milliers de personnes auront vu cet aperçu spectaculaire de l’histoire de Québec produit par un fils de Québec. Comme l’aurait dit René Lecavalier, dans « une montée à l’emporte-pièce », Robert Lepage a sauvé le 400e d’un blanchissage « historique ».

juillet 09, 2008

Viens conter ta vie!

Dans l’analyse de la programmation du 400e que j’ai donnée en conférence en avril, j’avais salué l’ajout d’un onzième «grand événement», Viens chanter ton histoire, en classant ce spectacle présenté sur les Plaines le 15 juillet parmi les activités à «contenu historique».

Je me corrige. Après avoir vu le cahier des paroles (http://monquebec2008.sympatico.msn.ca/MonQuebec2008/?module=events&id=1&eventid=410) de ce karaoké géant (dont la typo est un clin d’œil aux carnets de chansons des scouts et de la JEC), j’ai réalisé que l'histoire en question était celle des artistes invités. Le titre du spectacle pourrait être «Viens conter ta vie», chaque artiste livrant un témoignage personnel (et bien légitime) sur sa propre existence.

Outre ces témoignages personnels, il y a UNE chanson sur Québec (La plus belle fleur du Saint-Laurent de Martin Deschamps, excellente), Le blues d'la métropole, dont la pertinence n'est pas évidente, quatre chansons en «hommage» à Ferland et deux titres en «clin d’œil» (sic) pour Félix Leclerc. Reste à voir les images et les surprises.

À classer donc dans le Festival d'été de 2008 qui s'en trouvera encore grandi.

juillet 04, 2008

Le chef de l’Opposition officielle propose de « baisser la garde »

Probablement mal informé et confondant peut-être le Collectif Commémoration 1608-2008 avec les alter-mondialistes, le chef de la Loyale opposition de Sa Majesté a tenu des propos inacceptables au sujet des organisateurs de l’activité tenue au Parc de l’Amérique française à 11h30 jeudi. Entre la messe de 9h00 et le spectacle prévu pour 15h30 devant l’Hôtel du Parlement, pendant le Salut à Champlain réservé aux notables et le défilé militaire, le Collectif avait invité les Québécois à une activité de commémoration faite de chansons, de poèmes et de discours.

Pour le chef de l’ADQ, selon ce qu’on a pu lire dans La Presse du 3 juillet, « les gens qui font ça au Québec, on appelle ça des casseux de party ou des chiqueux de guenille ». Selon lui, « les contestataires auraient dû "baisser la garde et célébrer" aujourd'hui, même si les fêtes du 400e ne correspondent pas exactement à leurs attentes ».

Le mini-spectacle du Parc de l’Amérique visait à souligner une dimension que le 400e de Québec a négligé soit le fait que 1608 marque les origines de l’Amérique française. Bien sûr, les orateurs qui se sont succédé au pied de la statue de Champlain jeudi ont exprimé cette idée sur divers tons (on note d’ailleurs que le discours évolue agréablement…) mais, au-delà des mots trop faciles à commander aux rédacteurs de discours, il faut que « les bottines suivent les babines » et que les grandes déclarations se répercutent dans le concret. Et pas seulement le 3 juillet.

Ceux qui partagent les préoccupations du Collectif sont maintenant habitués à se faire traiter de tous les noms : « chiâleux » par l’ancien ministre responsable de Québec, « colons » par le maire et maintenant « chiqueux de guenille » par le chef de l’Opposition officielle, dont ce n’est pas habituellement le rôle de censurer les citoyens qui ne font que s’exprimer librement (le dernier exemple à ne pas suivre en cette matière ayant eu lieu en 2000 avec Yves Michaud comme victime).

Ceux et celles qui étaient au Parc de l’Amérique française n’auraient peut-être pas eu à protester autant si l’Opposition avait joué son rôle (contrôler les actes du gouvernement) dans ce dossier et posé des questions plus tôt. Leur mini-spectacle ne dérangeait personne, du moins physiquement. Il n’empêchait personne de « célébrer » mais visait à rappeler aux Québécois et aux autres francophones d’Amérique qu’ils ne doivent justement pas - et ne pourront d’ailleurs jamais - « baisser la garde ».

juillet 03, 2008

Enfin, de bonnes nouvelles!

À la cérémonie protocolaire du 3 juillet, le plus haut dignitaire étranger sera le premier ministre français François Fillon, accompagné de deux anciens premiers ministres, Raffarin et Juppé, et de la présidente du Conseil de Poitou-Charentes (pays de Champlain d’où sont issues de nombreuses familles-souches), madame Ségolène Royal. Le Royaume-Uni sera modestement représenté par son haut-commissaire à Ottawa et la consule générale britannique, les États-Unis, par leur ambassadeur à Ottawa et le gouverneur du Vermont. Seront aussi présents le ministre irlandais des Affaires européennes et le ministre de la Santé wallon. Bref, la France occupe la place d'honneur pour célébrer le 400e anniversaire de sa présence en Amérique.

Le Soleil rapportait lundi que la Société du 400e se disait tout de même satisfaite. «Ce qu’on voulait, c’est que les trois peuples fondateurs soient représentés. Qu’il y ait au moins une représentation pour chacun», [soulignait] la porte-parole de la Société du 400e [...], faisant référence à la France, au Royaume-Uni et aux Premières Nations ».

Finalement, il n’y a rien de parfait en ce bas monde! En plus de Champlain, Henri IV, Dugua de Mons, Anadabijou, Dupont-Gravé, etc., il y aurait aussi « trois peuples fondateurs » de Québec? Je veux bien considérer que les Montagnais ont facilité la fondation en invitant explicitement les Français à s'établir (moyennant un appui à leurs guerres contre les Iroquois), mais les Anglais sont bien les derniers qui auraient collaboré avec Champlain! Quand les Kirke se sont présentés devant Québec en 1628, ce n’était pas pour lui organiser un party à l’occasion du 20e anniversaire. Madame Tremblay a sûrement été mal citée.

Espérons maintenant que le premier ministre du Canada s’inspirera du bon exemple donné par la « presque reine » qui a dit à Ottawa le 1er juillet : « Nous célébrons le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec et, par la même occasion, quatre cents ans de présence francophone en Amérique. Quatre cents ans de courage, d’entêtement et d’audace ».

juin 27, 2008

Pôvre Champlain!

On l’a déjà souligné : Champlain a joué du coude pour faire sa place dans le 400e qui ne lui avait pas spontanément déroulé le tapis rouge. Mais il progresse. Ainsi, on peut maintenant voir son portrait dans une série de six signets officiels que la Société du 400e anniversaire a fait fabriquer (au Québec) par une firme montréalaise qui détient un brevet sur ce genre de produit. Il s’agit de signets luxueux (10$ pièce!) qui comprennent une sorte de jeton enchâssé dans la partie supérieure. Bref, le projet était à un pas d’un bravo sans réserve. Malheureusement, les textes à caractère historique qu’on trouve au verso ne semblent avoir été le premier souci des concepteurs.

La date de construction du château Frontenac (1803) est probablement une erreur de frappe et, avec de l’imagination, on peut croire que le pont de Québec s’inspire du pont de glace (…), mais le texte consacré à Champlain ne peut bénéficier de la même indulgence :

« L’explorateur et cartographe ouvrit une nouvelle page d’histoire en levant l’ancre à Honfleur pour naviguer vers un nouveau monde. Ses aventures l’ont mené vers la fondation de la Nouvelle-France en 1608, laquelle devint plus tard la Ville de Québec. Il prédit que la colonie deviendrait le cœur de la traite des fourrures, le point d’arrêt de la navigation et la principale forteresse de la vallée du Saint-Laurent. Le père de la Nouvelle-France restera toujours un personnage essentiel à l’essor de la ville de Québec ».

La Nouvelle-France serait devenue la ville de Québec? À première vue, on aurait plutôt pensé le contraire… Et que veut dire exactement : « personnage essentiel à l’essor de la ville »? Curieusement, la version anglaise est plus claire : « As such, the father of New France will always remain one of the city’s key historical figures ». On peut même se demander si le texte n’a pas d’abord été écrit dans cette langue. En anglais, on parle plus justement de « travels », au lieu d’« aventures », et de « major port », au lieu de « point d’arrêt de la navigation », cette dernière expression ne correspondant pas vraiment avec les vues de Champlain qui cherchait la route des Indes.

Champlain mieux servi par un rédacteur anglophone? Ce ne serait pas étonnant : ses meilleurs biographes sont au Canada anglais.

juin 24, 2008

Quelle fête?

24 juin 2008, 11h00.

Radio-Canada diffuse en différé une émission en provenance de La Rochelle. D'entrée de jeu, un maire nommé Labeaume parle de "résistance des francophones" en Amérique; un chef huron évoque les bonnes relations entre les siens et les Québécois; un historien parle des familles-souches, de leurs origines et de leur départ vers la Nouvelle-France...

Pendant un moment, on se demande presque de quel anniversaire on parle, tellement le message est différent de ce qu'on entend ici.

juin 20, 2008

« Passagers/Passengers » : beaucoup de technologie pour un mince contenu

Parmi les onze grands événements du 400e, Passagers/Passengers est le seul qui est identifié comme une exposition et, curieusement, le seul dont l’entrée est payante alors que tous les grands spectacles sont gratuits. En fait, cette « exposition » conçue par un réalisateur de cinéma et « inspirée de l’histoire du peuplement de la ville » est composée essentiellement de brèves projections cinématographiques.

L’idée de la valise que chaque visiteur enregistre à son nom au départ est amusante. Dans la première salle, le visiteur peut poser cette valise sur cinq bornes, ce qui active chaque fois un vidéo (environ 5 minutes) qui permet d’entendre et de voir des immigrants de fraîche date (une quarantaine au total) exprimer leurs sentiments sur le pays qu’ils ont quitté, le voyage et la ville qui les accueille. Ces témoins apparaissent sur le mur-écran comme s’ils étaient derrière le hublot d’un avion. Sur le mur opposé, des silhouettes de voyageurs et des éphémérides défilent : une trentaine de dates, la population de la ville à ce moment, l’origine et l’occupation de l’immigrant type de l’époque. Au fond de la salle, un tableau imitant ceux qui annoncent les arrivées dans les aéroports donne les villes d’où sont venus ces immigrants et des dates.

Dans la deuxième salle, le visiteur peut déposer sa valise sur onze bornes et faire démarrer autant de nouveaux clips consacrés chacun à une catégorie d’immigrants : Amérindiens, Français, Européens, Écossais, Allemands, Irlandais, Anglais, Juifs, ruraux des environs de Québec, Chinois et immigrants d’origines diverses. Les clips sont réalisés de façon très sobre : noir et blanc, arrière-plan uni, mise en scène minimale. Dans chaque cas, une personne raconte très brièvement (trois minutes environ) l’histoire de son ancêtre et de sa famille; quelques photos de familles (malheureusement plutôt floues) sont exhibées; chacun des clips se termine par une énumération des noms de familles appartenant à la même communauté culturelle. Sur les écrans qui ne sont pas activés, quelques photos défilent ainsi qu’une citation de Jean Duberger : « Nous sommes tous métis ».

La troisième salle pourrait être appelée la « pouponnière ». On y trouve trois berceaux dont le « matelas » sert d’écran pour projeter des images de nouveaux-nés. Ceux et celles qui trippent habituellement sur les effets spéciaux au cinéma (et sur les bébés) seront charmés : à quelques pas des berceaux, on a vraiment l’impression que ce sont de vrais bébés. Au mur, un tableau semblable à celui de la première salle fait défiler le nom et la date de naissance des bébés qui ont vu le jour au CHUL en 2008. En déposant sa valise sur la borne, ta-dam!, le visiteur voit son nom s’inscrire dans la liste avec la date de son « passage ».

Sur le plan technique, c’est impeccable et, pour les gens que les longs textes des expositions classiques ennuient, c’est de tout repos. Mais l’ennui peut cependant venir des clips de la deuxième salle qui ont tous le même scénario. Quant au contenu de cette « exposition », il doit tenir dans une quarantaine de pages et se trouve principalement dans la deuxième salle : on en retiendra surtout que les immigrants de souche française sont présentés selon le même format que les autres communautés culturelles. Cette exposition est un modèle de multiculturalisme, une approche particulièrement inappropriée dans le contexte de 2008 qui marque essentiellement l’origine de la nation qui célèbre son 400e anniversaire en Amérique.

P.S. : En sortant de l’exposition, avant de quitter l’édifice, il ne faut pas manquer les bornes informatiques qui semblent en pénitence dans le coin gauche du hall. Elle valent le détour, littéralement, même si personne ne signale leur présence au visiteur. Sans avoir à payer le droit d’entrée, on peut fureter dans six recensements (1851 à 1901), identifier les habitants de Québec, connaître leur âge et leur profession, et même situer leur rue sur la carte de la ville. La Société du 400e devrait mettre cette base de données en ligne au plus tôt : c’est de loin ce qui est offert de mieux sur le plan historique dans cet édifice.

juin 17, 2008

L’histoire au 400e : les grands événements

Le programme du 400e est complexe. Il y a les activités officielles ( dont les « grands événements ») pilotées par la Société du 400e, la programmation associée officielle (environ 150 activités), des projets indépendants auxquels le site Internet du 400e fait parfois écho. L’absence de document officiel définitif (on devait en publier un au début de juin) rend assez difficile l’évaluation d’un ensemble d’activités qui bouge encore, six mois après le début des célébrations.

Où est la commémoration, le contenu historique, dans la programmation du 400e ? La thématique officielle (« La rencontre ») banalise l’essentiel de l’anniversaire qui est l’installation des Français à Québec. On a vu aussi que le pavoisement et les produits dérivés se situent hors de l’histoire (absence des couleurs et des symboles propres au Québec, absence de Champlain, etc.). Mais qu’en est-il du contenu des activités ?

Une revue des onze « grands événements » (les plus médiatisés et les plus coûteux) permet un premier coup d’œil. Sept de ces événements sont essentiellement festifs : 1, le Coup d’envoi du 31 décembre (il devait faire « revivre 400 ans de notre histoire » selon le programme officiel mais il est maintenant décrit rétroactivement comme simplement « festif, éclaté et familial ») ; 2, Québec plein la rue, du 3 au 5 juillet ; 3, le Grand rassemblement sur les Plaines, le 6 juillet ; 4, le Chemin qui marche (spectacle sur le fleuve), le 5 août 2008 ; 5, le Cirque du Soleil, en octobre ; 6, Céline Dion, le 22 août ; 7, Viens chanter ton histoire, le 15 juillet.

On sait maintenant que le spectacle de Céline sera différent de celui qu’elle offre au monde entier et réunira plusieurs vedettes québécoises qui devraient donc mettre à l’honneur leurs chansons (mais la responsable de la mise en scène se défend bien d’en faire un spectacle de la Saint-Jean-Baptiste, comme si c’était une tare). Quant à Viens chanter ton histoire, il a été repêché cet hiver dans la corbeille des projets rejetés par l’ancienne administration du 400e ; il sera fait de chansons du répertoire québécois et la distribution sera entièrement francophone. Le spectacle devrait évoquer l'histoire récente de la chanson, peut-être un peu de folklore. Tout n’est pas perdu.

Trois autres événements sont des spectacles qui comportent une dimension commémorative plus ou moins accentuée.
1. Le Parcours 400 ans chrono, en janvier, était extraordinaire d’après ceux qui se sont armés de patience pour voir l’une des deux seules représentations.
2. Le Moulin à images de Robert Lepage sera par contre très visible avec 66 représentations. Le spectacle sera structuré en quatre mouvements correspondant aux quatre siècles d’histoire de la ville (chemin d’eau, chemin de terre, le chemin de fer, chemin d’air) mais son contenu, comme on nous en a prévenus, pourrait être plus « impressionniste » qu’historique. Quatre siècles en quarante minutes, un siècle aux dix minutes, soit l'équivalent d'environ cinq pages sur chacun : on comprend que ce n’est pas conçu comme un cours d’histoire.
3. Bonne fête, Québec !, LE « spectacle commémoratif du 400e anniversaire de Québec », a évolué au cours de l’hiver. Il y aura maintenant un Champlain (personnifié par Yves Jacques) pour raconter l’histoire de Québec en « plus de dix tableaux impressionnistes et musicaux ». On entendra « de grandes voix du Québec et de la francophonie »; « Sur scène se succéderont des numéros inspirés des grandes rencontres avec des peuples qui ont marqué notre histoire : les Premières Nations, la France, l’Acadie, la Grande-Bretagne, l’Écosse et l’Irlande ». On devine aisément le contenu multiculturel.

À travers tous ce grands événements, il y a finalement UNE exposition, Passagers/Passengers, où l’histoire (bilingue?) pointe le nez. Cette exposition, peut-on lire dans le programme, « amènera le visiteur dans la mouvance humaine qui a façonné le visage de Québec. Inspirée de l’histoire du peuplement de la ville depuis plus de 400 ans, cette création actuelle rend hommage à Québec et à ses habitants, à travers un parcours composé d’images, de témoignages, de paroles et de musique ».

L’équipe de réalisation, d’après ce qu'en dit le site du 400e, comprend un réalisateur de cinéma (le maître-d'oeuvre), un scénographe spécialiste du théâtre et de la danse, une firme de design et un sculpteur d’art contemporain. Il doit bien y avoir un historien quelque part dans les coulisses?

On y reviendra, après la visite.

juin 09, 2008

Les leçons d’histoire de La Presse

En 2008, suivre l’actualité dans les médias avec un œil d’historien constitue une activité à temps complet. Si l’Histoire n’occupe pas une place prépondérante dans les fêtes du 400e, les « histoires », elles, ne manquent pas.

Avec un synchronisme presque parfait, André Pratte (La Presse, 9 mai 2008) et Alain Dubuc (La Presse, 11 mai 2008) se sont aventurés dans des considérations sur l’histoire de l’architecture de Québec.

Pour Alain Dubuc, l’héritage architectural le plus visible de Québec est britannique car cette ville « a longtemps été anglaise ». Québec, qui a toujours été majoritairement française, aurait été anglaise parce qu’elle se trouvait dans une colonie de l’Angleterre ? De la même façon que Chicoutimi ou Joliette l'ont été, probablement…

De son côté, monsieur Pratte fait la « Leçon d’histoire » (c'est le titre de son éditorial) : « la Grande Allée, le parc des Plaines, le Château Frontenac, la citadelle, tout cela est anglais et/ou fédéral. De même pour le manège militaire récemment détruit par le feu, dont M. Duceppe et toute l’Assemblée nationale ont réclamé la reconstruction ».

La Grande Allée, anglaise ou fédérale ? Et le château ? D'après les meilleures sources en cettte matière (Noppen et Morisset), l'architecte américain de ce bâtiment (qui a toujours appartenu à des intérêts privés) s’est inspiré d’un projet d’Eugène-Étienne Taché qui avait imaginé un édifice dans le style des châteaux français...

L’exemple le plus sigulier est cependant le Manège militaire. Ce bâtiment a été conçu par le même Eugène-Étienne Taché, qui avait réalisé précédemment l’Hôtel du Parlement en s’inspirant du Vieux Louvre (style Second Empire). Pour le Manège, Taché s’est référé à des modèles plus anciens, plus près des châteaux de la Loire du début du XVIe siècle. Ses contemporains y ont vu une évocation du château de Chaumont-sur-Loire. Taché serait sûrement étonné de voir que son oeuvre est maintenant considérée comme anglaise. Ou fédérale ? Se doutait-il que ce serait un jour un style d’architecture?

juin 03, 2008

De Stephen Harper à Lawrence Cannon, en passant par Me Patrice Garant

Monsieur Patrice Garant s’est précipité dans une porte largement ouverte en relevant les occurrences du mot « Canada » dans notre histoire en vue de convaincre les lecteurs de La Presse (22 mai 2008) qu’il s’agit d’un concept qui a plus de quatre siècles et demi; le Canada, conclut-il, n’est pas apparu « 250 ans après la fondation de Québec ».

À force de citations, monsieur Garant pourrait bien nous amener à une conclusion paradoxale: si le Canada existait avant Cartier, Champlain ne peut pas en être le fondateur et 1608 ne peut en marquer l’origine ! Plus sérieusement, ses propos illustrent l’ambiguïté qu’on entretient autour du concept « Canada » pour justifier le gouvernement fédéral de s’inviter à la fête. Le Canada qui existe aujourd’hui comme État de type fédéral a été créé en 1867 ; on a assez fêté en 1967 pour s’en souvenir. Mais « Canada » désigne aussi une réalité qui a pris diverses formes depuis 500 ans : une région qui se confond avec la vallée du Saint-Laurent du temps de Cartier ; la partie centrale de la Nouvelle-France sous le régime français ; la colonie où vivaient des « Canadiens » entre 1763 et 1791 mais qui s’appelait « province de Québec » ; l’ensemble de deux provinces de 1791 à 1840 (Bas-Canada et Haut-Canada), ces deux provinces réunies en 1840 sous une forme déjà quasi fédérale…

Les citoyens s’y retrouvent-ils quand leurs leaders s’y perdent ? À deux reprises, dans le programme officiel des fêtes du 400e, monsieur Harper a écrit que la fondation de Québec « marque aussi la fondation de l’État canadien ». On comprend tous qu’il parlait du pays qu’il dirige, créé en 1867, et non du Canada de Jacques Cartier. Si quelqu’un avait encore des doutes, le ministre des Transports les a clarifiés le 2 juin: « Comme vous savez, nous célébrons le mois prochain le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, et surtout, de l’État canadien » a-t-il déclaré devant un parterre de dignitaires, dont le maire de Québec qui doit maintenant avoir compris ce que le gouvernement fédéral veut fêter en 2008: « Surtout, de l’État canadien ».

La reconstruction de l’Histoire progresse : on n’est plus trop sûr si Champlain a fondé Québec mais le voilà presque père de la Confédération! On l’imagine pourtant assez mal en train de se fédérer avec les colons anglais qui s’installaient à Terre-Neuve à son époque et les Écossais qui tentaient de faire de même en Acadie...

mai 31, 2008

Pour voir Champlain, visitez Montréal… ou Ottawa !

L’exposition qui se tenait jusqu’en mai dans les locaux des Archives nationales du Québec à Montréal permettait de constater la différence entre le traitement qu’on a réservé à Champlain en 1908 et le sort qui lui est fait en 2008. Lors des fêtes du Tricentenaire, le fondateur de la ville était au centre des célébrations et des spectacles, sur les affiches, les publications, les banderoles et d'innombrables produits dérivés.

Dans le programme initial du 400e, Champlain était plus que discret. Mis à part un « salut » officiel le 3 juillet (la moindre des choses), on annonçait une série de duels humiliants contre son ancien patron, une exposition modeste dans un espace secondaire du Musée de la Civilisation, une exposition de son « Grand Livre » à la redoute de la Citadelle (gracieuseté de madame la gouverneure générale), le remodelage de « son » boulevard… Dans la très courte section (moins de 500 mots) que le site Internet du 400e consacrait, au départ, à « Québec et son histoire », le nom de Champlain n’apparaissait pas. Dans le programme officiel publié en brochure à l’automne, on pouvait jouer à « Où est Charlie ? » et trouver finalement le fondateur de la ville dans une petite illustration de la page 52.

Devant les réactions de plusieurs citoyens qui déploraient cette lacune, des correctifs ont été apportés au début de l’année. Des personnificateurs ont été recrutés. La mise au rancart de l’Opéra urbain a permis de remodeler le spectacle qui sera présenté devant le Parlement au début de juillet et d’y introduire un Champlain incarné par Yves Jacques. Tout récemment, une nouvelle section est apparue sur le site Internet pour présenter une « biographie de Champlain » en 17 dates…

On est encore loin du compte. Dans la boutique virtuelle, il n’y a toujours qu’un simple t-shirt à son effigie ; dans le pavoisement, on l’a ignoré totalement. Comme on peut le constater sur la photo ci-dessous, pour voir Champlain accroché aux lampadaires, sur des bannières « présentées en partenariat avec la Société du 400e anniversaire de Québec », il faut aller dans la capitale fédérale. À Québec, il est devenu très in de remettre en question le rôle de Champlain dans la fondation de Québec, comme en témoignent les deux seuls livres publiés sur Champlain en ce 400e anniversaire. La Société du 400e a succombé à la tendance en gardant Champlain à l'ombre; pendant ce temps, Ottawa s’est empressé d’en faire le « fondateur du Canada » et la gouverneure générale s’est emparée de sa succession.

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mai 26, 2008

Les larmes de madame Gros-Louis

De passage à Brouage, à l’occasion du lancement des fêtes du 400e de Québec, l’épouse du grand chef des Hurons aurait éclaté en sanglots en voyant son nom (Allard) «sur un mur dédié aux familles souches [sic] de la Nouvelle-France». Et l’émotion aurait été encore plus forte, selon le reportage du Soleil (samedi 24 mai 2008) «lorsqu’elle a retrouvé son nom sur La grande vague, une œuvre longue de 10 mètres qui porte les noms de 400 familles fondatrices de la Nouvelle-France».

Une fois passé l’étonnement (les Hurons ont des ancêtres français ?!), plusieurs autres sentiments surgissent. L’envie, évidemment, puisque le nom de mon ancêtre Miville (qui était justement de Brouage) est probablement sur le mur et sur l’œuvre de Marc Lincourt. La déception aussi, car il faut aller à Brouage pour vivre ce genre d’émotion.

À Brouage ou ailleurs. Comme à Larochelle, où le Centre des monuments nationaux de France rend hommage «à tous ces piliers de la Nouvelle-France» dans une exposition où on peut aussi «avoir accès aux bases de données généalogiques des familles souches [re-sic]». Ou encore, à Montréal, où le Musée de Pointe-à-Callière présente «France, Nouvelle-France, naissance d’un peuple français en Amérique», une exposition coproduite avec le Musée d’histoire de Nantes qui évoque les motifs qui ont poussé les Français à venir s’établir en Amérique. Voire même dans l’autre capitale nationale, où le Musée des Civilisations de Gatineau présente «Jamestown, Québec, Santa Fe, trois berceaux nord-américains» en collaboration avec la Smithsonian Institute.

Et à Québec, pour ceux qui veulent s’émouvoir tout en «ménageant leur gaz» ? Rien de comparable, sur le plan thématique, avec ce que madame Gros-Louis a pu voir en Charente. L’Espace 400e offrira de multiculturels «Passagers/Passengers», comme si Québec devait être «ramenée exclusivement à sa fonction de port», selon l’expression de madame Bertho-Lavenir ; le Musée des Beaux-Arts prépare son mini-Louvre, le Musée de la Civilisation présente des expos de taille modeste sur Champlain (c’est la moindre des choses), Mgr de Laval, les Huguenots en Nouvelle-France et, «en exclusivité» deux expositions en provenance de musée du quai Branly à Paris : «Objets blessés – La réparation en Afrique» et «Ideqqi – Art des femmes berbères»…

Ce n’est pas évident à première vue mais ces deux dernières expositions prétendent en remplacer une autre qui devait représenter une contribution de la France au 400e et porter sur… les familles souches du Québec. «Ce n’est pas un prix de consolation», nous a-t-on dit sérieusement. Bien sûr. Et l’exposition sur les familles souches a «été reportée en 2009». Tiens donc: juste à temps pour le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham.

mai 15, 2008

Le sens de la fête

(Intervention au lancement du collectif Commémoration 1608-2008, le 15 mai 2008)

S’il y a une fête en 2008, si on a mobilisé autant de ressources et d’énergies pour organiser des célébrations, c’est parce que Champlain a fondé un établissement à Québec en 1608 pour servir de comptoir à la compagnie qui avait le monopole de la traite, de base pour ses explorations, de retranchement pour se défendre éventuellement. Ce faisant, il a marqué le début de la présence continue des Français sur le continent et le début de l’Amérique française. 1608 marque le début d’une ville, d’une capitale et d’un peuple dont on retrouve des traces à la grandeur du continent.

Qu’il y ait eu des Amérindiens ici avant et d’autres immigrants de toutes origines après, que les descendants de pionniers qui se sont établis soient devenus par la suite Canadiens ou Américains, Manitobains ou Californiens, favorables à l’annexion aux États-Unis en 1849 ou partisans de l’union des provinces en 1867, tout cela ne change rien à l’essentiel de l’événement : nos ancêtres français se sont établis à demeure ici en 1608 et c’est l’anniversaire qu’il faut souligner avec ceux et celles qui voudront s’y associer. Autrement, quand pourra-t-on le fêter, et quand nous permettra-t-on de le fêter, en paix ?

Il est dommage que l’essence de cette fête — le rappel de la présence française en Amérique — ne soit pas plus évidente dans la thématique, dans le pavoisement et les couleurs ainsi que dans les produits dérivés du 400e. Ce n’est pas ici le temps de faire le procès de la Société du 400e; les historiens, qui n’ont pas été beaucoup impliqués dans la préparation, se chargeront sûrement du post mortem. Monsieur Gélinas a donné un grand coup de barre cet hiver, mais il est impossible de reformuler le programme. On voudrait bien, par exemple, annuler rétroactivement tous les refus que les sociétés historiques de la région de Québec ont essuyés lorsqu’elles ont présenté des projets. Ne pas impliquer les sociétés d’histoire dans le 400e anniversaire de LEUR ville n’est pas la façon la plus honorable de passer à l’histoire…

Le Collectif veut contribuer à donner un sens au 400e et agir de façon positive. Personnellement, si la Société du 400e pouvait me faire une faveur, ce serait de faire un ménage dans les produits dérivés offerts dans sa boutique virtuelle. En général, ils ne portent pas de messages précis: ils sont « festifs » et peu signifiants. Champlain est presque totalement absent (il apparaît sur un seul objet). Mais il y a un produit qui détonne fortement dans le lot, un tee-shirt appelé « couronne » qui illustre le « passé monarchique » de Québec et n’a vraiment aucune pertinence dans le contexte du 400e de la ville. Ce produit devrait être retiré des tablettes: il pourait devenir une pièce de collection.

mai 12, 2008

Le Canada prend un coup de vieux

À la question « 400e : on fête quoi? », Alain Dubuc (La Presse, 11 mai 2008) aligne cinq réponses « toutes différentes » mais « toutes valides » : 1, la fondation d'une ville et ses quatre siècles d'histoire, 2, l'arrivée des Européens blancs dans le nord-est du continent, 3, la naissance du fait français en Amérique, 4, la naissance d'un peuple « dont nous sommes les héritiers » (comme s’il était mort?), 5, « la naissance du Canada, en ce sens que cette colonie française a donné naissance à l'un des deux peuples fondateurs ».

Monsieur Dubuc croit que cette dernière réponse « en fait tiquer plusieurs ». Pas de la manière qu’il la formule. Qui va nier que la colonie fondée par Champlain « a donné naissance à l’un des deux peuples fondateurs » du Canada en 1867? Cela ne fait pas de 2008 la fête du Canada.

On ne chicanera pas monsieur Dubuc parce qu’il évite soigneusement le mot « nation ». Le vrai problème de sa liste est qu’elle omet l’interprétation avancée la semaine dernière par le gouvernement fédéral et exprimée il y a déjà plusieurs mois par le premier ministre dans le programme officiel de la Société du 400e : « la fondation de Québec marque aussi la fondation de l’État canadien ». Bref, le Canada a fêté ses 100 ans en 1967 et il célèbrerait maintenant son 400e… Parti sur cet élan, le gouvernement canadien de 2008 s'invite au party où il choisit la musique et le menu.

Il est trop facile pour le chroniqueur de La Presse de conclure que « tout le monde » a raison, qu’on a fait un débat « hallucinant » sur une question mineure, que les réactions ont été simplistes et mesquines, que toutes les interprétations se valent alors qu’il « oublie » justement de rapporter sans ambiguïté celle qui a mis le feu aux poudres.

mai 10, 2008

« Les premiers seront les derniers »

On apprenait ce matin que monsieur Philippe Couillard, ministre responsable de la capitale et représentant du gouvernement du Québec, avait quitté en coup de vent la réception offerte par la ville de La Rochelle, jeudi soir, immédiatement après les discours officiels qu’il avait dû écouter de loin, n’ayant pas été invité à l’avant-scène avec la gouverneure générale, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes (Ségolène Royal) et le maire de Québec ; de plus, le lendemain, il ne s’est pas présenté au brunch réunissant à nouveau tout ce beau monde.

Insulté, choqué ? Monsieur Couillard ne l’est peut-être pas au point de joindre les rangs des « chiqueux de guenilles » de Denis Bouchard ou des « colons » de notre maire, mais il aurait toutes les raisons d’être offusqué, tant à titre de représentant du gouvernement qu’à titre personnel.

Ses ancêtres ont vécu les premières années de Québec. Guillaume Couillard est arrivé à Québec en 1613, ce qui en fait un des premiers habitants établis à demeure ici. C’est lui qui aurait été le premier à utiliser une charrue dans la vallée du Saint-Laurent au printemps de 1628. Le 26 août 1621, il épouse Guillemette, fille de Louis Hébert (arrivé « seulement » en 1617), et leur nombreuse descendance fait figurer ce couple dans la généalogie de presque toutes les vieilles familles québécoises. Pendant l’occupation anglaise (1628-1632), la famille Couillard est une des rares à demeurer sur place; elle prend d’ailleurs soin des deux jeunes « sauvagesses » que Champlain avait adoptées et que les Kirke lui interdisent d’amener avec lui. En 1759, deux descendants de Couillard mourront au combat en défendant leur territoire contre l’envahisseur à la Rivière-du-Sud (Montmagny).

Quatre siècles plus tard, il n’y avait pourtant pas de place à l’avant-scène des réceptions de La Rochelle pour celui de nos représentants officiels qui avait, de très loin, les plus profondes racines en terre québécoise, tout comme il n’y a pas eu de place, dans le programme du 400e, pour un hommage aux vieilles familles terriennes ou une exposition sur les familles-souches, qui se contenteront d’un marathon.

En 1654, Guillaume Couillard est anobli par Louis XIV. Au bas de ses armoiries, sa devise était « Dieu aide au premier colon »… Ça ne s’invente pas.

mai 07, 2008

Manqué le bateau!

À La Rochelle, le départ du Belem ne manquera pas de couleurs avec son escorte de plaisanciers, la présence de la « presque reine du Canada » et celle des « personnages québécois hilarants Orange et Ketchup [sic] » qui animent la place avec autant de pertinence que Gaspard et Théo l’an dernier au Québec…
Que Champlain soit parti de Honfleur, et non de La Rochelle (comme les médias québécois le répètent bêtement depuis quelques jours), n’est qu’un autre accommodement de l’histoire pour les fins du spectacle, mais serait-ce aussi la cause de l’absence du premier ministre? Serait-il en attente sur un quai de Normandie, à Honfleur, Dieppe ou Rouen, points de départ des voyages du fondateur de SA capitale?
Le programme qu’il a préfacé il y a bien six mois, en compagnie de son homologue fédéral, avait pourtant bien identifié le lieu de départ de « la Grande Traversée sur les traces de Champlain » (p. 29). Mieux encore, cette activité figurait avec le reste du programme de 2008 en France sous un intitulé sans équivoque : « 2008, un rendez-vous unique pour 400 ans des liens profonds entre le Québec et la France ».
« Liens profonds »? Peut-être entre les deux populations mais, pour ce qui est des gouvernements, le 8 mai 2008 illustrera plutôt l’emprise du gouvernement fédéral sur les fêtes du 400e de Québec et, au-delà de 2008, l’envasement des relations France Québec à l’ère du « bling-bling » et des clowns québécois hilarants.

mai 06, 2008

Montagnais et familles-souches, même combat!?

Vue dans une perspective historique, l’annulation regrettable du rassemblement autochtone de Saint-Malo ne manque pas d’ironie. La Société du 400e ne pouvait octroyer de subvention à cet événement proposé par la communauté montagnaise du Lac-Saint-Jean car il ne se tenait pas dans la région de Québec. Finalement, seuls les Hurons-Wendats, nation-hôte du 400e, pouvaient inscrire leurs activités de commémoration dans la programmation officielle de 2008. Elles sont d’ailleurs nombreuses et très visibles.

Curieux retour de l’histoire! En 1603, c’est avec les Montagnais que Dupont-Gravé et Champlain auraient conclu une alliance que certains historiens ont élevé récemment au rang d’« acte fondateur » déterminant. Et quand Champlain vient ensuite fonder Québec en 1608, il est en territoire montagnais.

Les Hurons? Ils vivaient alors en Huronnie, près du lac qui porte leur nom. En 1649, cette communauté est dévastée par des épidémies et pratiquement exterminée par les Iroquois; quelques centaines de Hurons rescapés se réfugient dans la région de Québec et sont installés initialement à l’île d’Orléans. Ils iront plus tard à Lorette où il sont une centaine, en 1760, d’après le gouverneur Murray. C’est donc avec un gros grain de sel qu’il fallait accueillir les propos tenus par monsieur Gros-Louis à Tout le monde en parle sur les « immigrants » blancs venus sur leurs terres… La question est de toute manière oiseuse : les Amérindiens sont aussi des immigrants en Amérique du Nord.

En fin de compte, les Montagnais se retrouvent, en 2008, dans le même lot que les familles de vieille souche française : leurs ancêtres ont vécu côte à côte les premières années de Québec et mais ils vont fêter le 400e en marge de la commémoration officielle.

mars 22, 2008

« Tout l’monde est fondateur » (air connu)

L’Enquête Champlain menée par l’humoriste Christopher Hall (première partie présentée par Historia le 20 mars) a laissé le spectateur dans le « relativisme absolu ». Champlain ne serait pas LE fondateur de Québec ; il y aurait aussi Pierre Dugua de Mons, qui avait investi dans le commerce des fourrures, le capitaine Dupont-Gravé, qui a négocié l’alliance franco-indienne de 1603 à Tadoussac, Anadabijou, le chef montagnais qui était partie à cette alliance qui a rendu possible l’installation de Français dans la vallée du Saint-Laurent, et le roi Henri IV qui se trouvait l’homologue lointain du chef dans ce traité.

La partie de l’Enquête qui portait sur la fondation de Québec se situe dans le sillage d’une thèse récente qui s’intéresse à la « déconstruction des mythes fondateurs » ; il n’est donc pas étonnant de se retrouver avec un tas de pièces détachées auxquelles il faudrait bien aussi ajouter les compagnons de Champlain, sans qui l’établissement de Québec n’aurait pu prendre forme, et deux autres personnages, qui sont absents du casting de l’émission, les hommes d’affaires qui détenaient la majorité du capital dans cette compagnie où Pierre Dugua de Mons était minoritaire, malgré son titre de lieutenant général du roi. Québec n’est pas une capitale mais une commune !

Qui a fondé Québec ? L’Enquête pose la question au début alors qu’il aurait été plus approprié d’attendre à la fin, une fois le personnage examiné sous toutes ses dimensions. Au-delà de toutes les vertus, véritables ou exagérées, qu’on a pu lui prêter au cours des ans, de toutes les qualités que ses déconstructeurs lui reconnaissent malgré tout, le mérite incontestable de Champlain est l’acharnement : il était à Québec en 1608 pour poser le premier pieu et il y est resté, de corps ou d’esprit, jusqu’à sa mort en 1635 (même s’il aurait eu les moyens de rester tranquillement chez lui, comme ce lieutenant général qui avait pour mandat de représenter le roi dans une contrée où il n’est venu qu’une fois en dix ans). Plus encore, Champlain avait reconnu le site de Québec avec Dupont-Gravé avant 1608 et, depuis 1635, ce ne sont pas seulement les Québécois mais aussi plusieurs biographes anglo-protestants qui ont su distinguer le vrai fondateur dans le lot des participants à l’histoire de Québec et qui le considèrent comme un héros.

février 17, 2008

Champlain sort du placard!

Le 400e de Québec est comme un long convoi ferroviaire : il se met en branle lentement, dure longtemps et ne peut pas changer facilement de direction.

Les changements apportés au pavoisement la semaine dernière témoignent d’une volonté de réajuster le tir et d’une sensibilité aux commentaires des citoyens. Il faut aussi saluer la libération de Champlain qui sera davantage utilisé pour promouvoir le 400e à Québec et dans les régions. Pourquoi l’avait-on bâillonné jusqu’à maintenant? On le saura peut-être un jour, tout comme on comprendra éventuellement les facteurs qui ont influencé les choix de la Société du 400e, quand les historiens se pencheront en observateurs sur les préparatifs de la fête, à défaut d’y avoir joué un rôle actif.

Il est amusant de relier la « résurrection » de Champlain à une chronique publiée par Stéphane Laporte dans La Presse du 10 février (http://www.cyberpresse.ca/article/20080210/CPOPINIONS05/802100591/6978/CPOPINIONS05).

« Le problème avec les fêtes du 400e, c’est qu’on n’explique pas assez les raisons de la célébration. On devrait fêter beaucoup plus qu’une ville. On devrait fêter la vision de son fondateur. Fêter le fait français en Amérique. Ce petit miracle que ni l’abandon de la mère patrie ni la conquête des Anglais n’ont empêché de se produire.
« Encore plus que de trouver des événements, les membres du comité organisateur doivent trouver un sens à cette fête. Et ce ne peut être que le sens de l’histoire. Honorer ceux grâce à qui, durant 400 ans, le français est resté ici.
« Tous ces perdants qui n’ont jamais accepté la défaite. Jamais accepté l’éloignement. Tellement qu’ils sont devenus des gagnants. C’est en le rappelant que nos enfants pourront continuer à gagner.
« Les grands peuples fêtent toujours leurs victoires. Champlain a remporté la plus belle des victoires. Celle sur le temps. »

On n’entend pas beaucoup ce genre de propos à Québec, mais on a justement encore du temps.

février 09, 2008

« Prendre une chance» sur les Plaines?

Céline Dion part en tournée mondiale jusqu’au 30 janvier 2009; elle visitera 85 villes sur 5 continents. La caravane Taking Chances entreprend cette semaine la première étape qui durera six mois. Après la pause de juillet, Céline Dion sera à Montréal du 15 au 31 août mais elle se produira sur les plaines d’Abraham le 22, un one-night stand qui figure parmi les dix grands événements inscrits au programme du 400e anniversaire de Québec.

Céline et ses musiciens ont préparé une soixantaine de chansons pour cette tournée et elle en choisira 20-25 chaque soir en fonction des préférences des auditoires. Selon ce que son chef d’orchestre a confié à la presse, une seule chanson en français sera interprétée : Pour que tu m’aimes encore, la chanson de Céline la plus populaire, en français, tous marchés confondus.

« La question qui tue », dirait Guy A. : a-t-elle un plan B pour Québec?

Il paraît que les clauses monétaires du contrat intervenu entre la Société du 400e et René A. doivent demeurer confidentielles mais, si on peut se résigner à ne pas savoir combien on paie, sait-on au moins ce qu’on entendra? « En Afrique du Sud comme ailleurs, selon le chef Mégo, le choix s’arrête sur les [chansons] préférées du public ». Alors, la Société du 400e a-t-elle fait des demandes spéciales? À six mois de l'événement, la diva peut-elle répéter quelques airs dans la langue de Charlemagne?

février 03, 2008

Les Québécois, « chiqueux de guenilles » ?

Il a fallu quelques semaines mais Denis Bouchard a réagi de façon classique aux commentaires suscités par le spectacle qu’il a mis en scène le 31 décembre : «… il y a beaucoup de chiqueux de guenilles à Québec, ça s’entretue, ça n’a pas de bon sens. C’est propre à cette ville-là… » (propos livrés à Radio X tels que rapportés par le Journal de Québec du 2 février). Au moins, il n‘a pas dit « village » et, comme la situation lui fait « beaucoup penser à Paris », on se retrouve en pas si mauvaise compagnie. D’ailleurs, les commentaires les plus raides sont venus de Montréal.

Le Devoir du 3 janvier a titré « Un ratage historique » : « Quel gaspillage ! Quarante-cinq petites minutes à remplir, un an de travail, près de trois millions de dollars de fonds publics et on nous a servi ça. […] On est en droit de se demander pourquoi la Société du 400e lui a confié la direction artistique de ce spectacle, certes rodé techniquement, mais au contenu faible et bâclé ? À la décharge du maître d’œuvre, comment les patrons du 400e ont-ils pu donner le feu vert à une proposition artistique aussi pitoyable ? »

Dans son édition de janvier, L’Action nationale a donné un autre point de vue :

« Ce spectacle navrant n’était pas un échec, bien au contraire. On a pu y voir là la représentation de ce que l’ordre canadian tolère qu’on soit, un vestige désincarné, ballotté entre le quétaine et le folklore, s’agitant dans le party parce qu’on lui a refusé la Fête et beuglant son contentement dans une finale en anglais achevant de dire le contraire de ce que tout cela aurait dû signifier. […]
« L’absolue médiocrité qui a empêché ce spectacle d’atteindre à la vérité artistique a tout simplement permis de révéler, en quelque sorte in absentia, ce qui faisait objet de censure : la culture québécoise, la vérité de la nation. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas » chante Ti-cul Lachance (Gilles Vigneault). Ce spectacle était criant de vérité. Et la réaction qu’il a suscitée, porteuse d’une vérité plus grande et plus forte encore : nous ne sommes pas cela, nous ne voulons pas cela. Nous aurions pu faire autrement, mais, somme toute, nous avons commencé l’année du bon pied, en refusant, les uns sur la place d’Youville, les autres dans les chaumières et les fêtes de famille, ce qu’on veut faire de nous. »

Dures, les critiques de Québec ? Le programme officiel de cette soirée n'avait-il pas promis « un univers imaginaire qui fera revivre 400 ans de notre histoire » ?

janvier 20, 2008

Samuel de Champlain, le fondateur de Québec

(texte paru dans le Soleil du 7 janvier 2008)

En cette année du 400e anniversaire, Québec imposera à Champlain l’humiliation de défendre son titre de fondateur dans un duel théâtral avec un personnage, Pierre Dugua de Mons, qui a marqué les débuts de l’Acadie mais n’a jamais remonté le Saint-Laurent, n’est jamais venu à Québec et n’a fait qu’un passage fugace dans son histoire.

Pierre Dugua de Mons

Démobilisé au terme des guerres de religion, Pierre Dugua de Mons liquide la plupart de ses biens pour investir dans la lucrative traite des fourrures. Henri IV lui accorde un monopole pour dix ans et le titre de « lieutenant général au pais, territoire, des côtes de la terre de l’Acadie » (à défaut de celui de vice-roi). En retour, Dugua de Mons doit « transporter et laisser audict pais cent personnes » par année, nombre qu’il fera ensuite réduire à soixante. Il s’associe à d’autres marchands pour la traite et vient s’établir en Acadie, une région qu’il préfère à Tadoussac et à la vallée du Saint-Laurent. Après un hiver catastrophique à l’île Sainte-Croix, Dugua de Mons déménage le camp à Port-Royal et, dès 1605, s’en retourne en France. Son monopole est tellement contesté que le roi le révoque en 1607. Les gens de Port-Royal sont alors rapatriés, dont Champlain qui persuade Dugua de Mons de se tourner vers le Saint-Laurent. Au début de 1608, le privilège de traite est rétabli, pour un an seulement, sans obligation d’amener des colons. Dugua de Mons forme une nouvelle compagnie mais il renonce à revenir lui-même en Nouvelle-France ; c’est Champlain qui débarque à Tadoussac le 3 juin et prend la direction du site qu’il a repéré avec Dupont-Gravé en 1603. Le 3 juillet 1608, il arrive à Québec avec deux douzaines d’hommes et entreprend de construire une « habitation ».

Des historiens comme Armstrong, Biggar, Bishop, Heidenreich, ont étudié sérieusement la vie de Champlain et n’ont jamais mis en doute son titre de fondateur. Prétendre aujourd’hui que Dugua de Mons a été mis en marge parce qu’il était protestant ne tient pas la route. Ce sont des protestants qui lui ont préféré Champlain, supposément catholique.

Dugua de Mons est présent dans les manuels d’histoire du Canada comme pionnier de l’Acadie. C’est l’Acadie, et non Québec, qui était visée par les « requêtes » (où certains prétendent voir un « plan en sept points ») qu’il soumet au roi de France en novembre 1603. Ses mérites ont été reconnus par le gouvernement canadien qui a émis un timbre en son honneur en 2004 et qui lui avait érigé un monument à Annapolis Royal un siècle plus tôt, à titre de « pionnier de la civilisation en Amérique du Nord » et de fondateur du « premier établissement européen au nord du golfe du Mexique ». Le Canada a aussi participé au dévoilement d’un monument au « fondateur de l’Acadie et du Canada, initiateur et financier des expéditions de Champlain » à Royan (Charente) en 1957.

Mais les Royannais ne se sont pas arrêtés là, multipliant les commémorations où le fils du pays est mentionné comme « fondateur » ou « cofondateur de Québec », avec et même sans Champlain. Dans la biographie intitulée Pierre Dugua sieur de Mons, fondateur de Québec, Jean Liebel prétend que son héros mérite ce titre car il a fourni les fonds… Or, en 1608 (et encore plus après 1613), Dugua de Mons était un investisseur minoritaire dans l’entreprise de traite qui possédait « le lieu appelé Québec » : faudrait-il encore allonger la liste des « cofondateurs » pour inclure les autres associés ?

« Pionnier de la civilisation en Amérique du Nord », « fondateur du premier établissement européen », « fondateur de l’Acadie et du Canada », voilà beaucoup de titres pour un homme « oublié ». Mais pourquoi serait-il en plus le fondateur d’une ville où il n’a jamais mis les pieds ?

Champlain

Champlain a effectué 23 traversées de l’Atlantique et passé plusieurs hivers en Nouvelle-France. Il a négocié avec les Amérindiens, arbitré leurs disputes, établi des alliances et mené la guerre contre les Iroquois, sortant gravement blessé du second combat. Après avoir exploré plus de 2400 kilomètres le long du Saint-Laurent et quelque 2000 kilomètres de la côte atlantique, il a poursuivi ses explorations jusqu’au lac Huron et plaidé inlassablement la cause de la colonie. En 1629, les Kirke amènent Champlain prisonnier en Angleterre ; déterminé à poursuivre son œuvre, il revient à Québec où il meurt en 1635.

Non seulement Champlain a-t-il fondé Québec, mais il a veillé sur son développement pendant plus de vingt-cinq ans. Il l’a défendue et l’a fait connaître par ses écrits et ses cartes. Il aurait pu se décourager et vivre de ses rentes, de la pension qu’il touchait depuis 1601 ou de faveurs royales, comme Dugua de Mons l’a fait après son unique hivernement de 1604, se contentant ensuite d’une participation financière mineure aux opérations de traite et cherchant à se départir de l’« habitation » dès la fin de son monopole. De son côté, Champlain n’a jamais abandonné Québec, qui aurait bien pu connaître alors le sort de Port-Royal.

La part des choses

À Québec, la plaque posée en 1999 et celle qui accompagne le monument érigé en 2007 n’attribuent pas au lieutenant général Dugua de Mons le titre de fondateur ou de cofondateur de Québec. Dans des périphrases à peu près semblables, ces plaques disent, en bref, que Dugua de Mons a donné à Champlain « les pouvoirs et le soutien matériel et financier nécessaire pour fonder Québec » (pouvoirs et moyens qu’il avait lui-même reçus du roi avec sa commission de lieutenant général et son monopole de traite).

Après une dizaine d’années de pressions, c’est vraisemblablement ce que la ville lui reconnaîtra de mieux. Quant à Champlain, son rôle est exprimé clairement, sans détours ni circonlocutions, sur le monument qu’on lui a érigé en 1898 : il « fonda Québec en 1608 ».

décembre 15, 2007

Hommage à notre « passé monarchique » ?

Monsieur le maire a invité les Québécois à ne pas trop critiquer le 400e et à faire preuve de solidarité. On sera tous d’accord pour ne pas « chiquer la guenille » inutilement mais il est difficile de promettre le silence sur ce qu’on n’a pas encore vu et sur tout ce qu’on verra durant cette longue année de festivités.

Que retient-on, par exemple, d’une première visite dans la boutique virtuelle « Québec 1608-2008 » (http://www.e-collection.ca/monquebec2008/). On y trouve un ensemble de produits dérivés (t-shirt, coton ouaté et casquette) qui se déclinent en trois collections: Célébration, Eco-bio et Héritage. Les vêtements de la collection Célébration mettent en évidence les rubans du 400e avec la mention « Québec 1608–2008 ». Les Éco-Bio 100% coton organique sont marqués du logo « Québec 08 » (sans point avant le 08…).

Jusque là, tout va bien. C’est dans la dernière collection que ça se complique. La gamme Héritage comprend des T-shirts « Ville » ornés d’une vue de la haute-ville de Québec et des T-shirts « Couronne », dont l’illustration n’est pas une évocation de la banlieue, comme certains pourraient le penser, mais une « sérigraphie illustrant le passé monarchique avec mention "Québec 400" positionnée sur le devant ». En fait, il s'agirait d'une sorte de représentation stylisée des armoiries de Québec surmontées d’une couronne. Intéressant, au point de vue graphique, mais, si c’est le cas, pourquoi associer cette image au « passé monarchique » de Québec?

Cette évocation du « passé monarchique » de la ville en étonnera plus d’un, surtout que c’est le seul contenu historique visible dans ces trois collections de produits dérivés accessibles en ligne, mis à part les chiffres 400 et 1608.

On apprend aussi aujourd’hui que la chanson-thème intitulée Tant d’histoires ne sera pas au programme du spectacle d’ouverture. Décidément, l’histoire n’a pas la cote en cette veille de 2008.

novembre 14, 2007

Un supplément d'histoire pour le 400e

Le président de l'Assemblée nationale a tenu un déjeuner de presse mardi dernier (13 novembre) pour annoncer la contribution de l'institution qu'il préside au 400e anniversaire de Québec. En présence de plusieurs parlementaires (députés et ministres), des autorités du 400e, de la ville et de la Commission de la capitale nationale, il a dévoilé une programmation qui fait large place à l'histoire et vient donner de la vigueur à un volet de la programmation officielle du 400e (la commémoration) qui n'avait rien d'extravagant.

Sous le thème "Notre histoire s'exprime ici: 400 ans de traditions et d'institutions politiques", la programmation de l'Assemblée propose des activités variées: expositions, publications, conférences, simulations parlementaires, etc. Au déjeuner, les représentants de la presse ont demandé quelques précisions: heureusement, personne n'a soulevé la question du "nous"...

Échos dans la presse le lendemain? Rien au Devoir ni à La Presse, ce qui en dit long sur leur perception de cette "fête au village"... Entrefilet du Journal de Québec, mais substantiel article dans le Soleil. Quant à notre Société d'État, avec un sens consommé du timing, elle avait choisi précisément ce jour pour annoncer, sur son site Internet, sa propre contribution au 400e!

août 21, 2007

400 ans et peu de mémoire

Maintenant que la ministre du Patrimoine et, comme un écho tardif, le Conseil de ville ont exprimé le désir de faire « comparaître » la Société du 400e, peut-on dire que les célébrations de 2008 suscitent un certain nombre « de critiques et d’inquiétudes » (pour emprunter les mots de madame Verner) sans se faire accuser de saboter le projet ?

Ce n’est pas de la trash radio qu’est venue la dernière critique mais d’un agriculteur de L’Islet qui se désole de voir que le 400e n’a rien prévu pour honorer les familles qui exploitent la même terre depuis le début de la colonie, comme on l’a fait en 1908 et en 1958. Pas pertinent puisqu’il s’agit de familles de l’extérieur de Québec, selon un porte-parole du 400e, et pas de ressources pour identifier ces familles. Allons donc !

Publiée dans le rapport des fêtes de 1908, la liste des familles qui occupaient alors la même terre depuis 200 ans comprend environ 250 noms. Combien y en a-t-il maintenant qui exploitent la même terre depuis 300 ans ? Est-ce qu’on s’entend pour dire qu’il doit y en avoir pas mal moins que 250, qu’on les trouvera exactement là où elles étaient en 1908 et qu’elles sont probablement bien connues dans leur milieu ? Ce ne sont justement pas des itinérants.

Des ressources ? Un tour de table avec les sociétés d’histoire régionale, les sociétés de généalogie et les associations de familles souches devrait permettre de trouver ces familles aisément puisqu’il s’agit, pour la plupart, de familles souches. Et il est inutile de courir la province : les familles à honorer en 2008 se répartiront probablement comme en 1908, soit (selon la nomenclature des comtés de l’époque) environ 15 % à Québec, 23 % dans Montmorency et l’île d’Orléans, 19 % dans Portneuf, 11 % dans Lévis et Lotbinière, 14 % dans Bellechasse, Montmagny, L’Islet et Kamouraska, 12 % dans Champlain et Saint-Maurice et moins de 10 % ailleurs au Québec, dans des contrées aussi « éloignées » que Témiscouata, Charlevoix, Nicolet-Yamaska, Richelieu ainsi que Montréal qui comptait un gros 4 familles en 1908.

80 % de ces familles étaient de la grande région de Québec en 1908: y en a-t-il qui sont surpris ? Au 400e, c’est possible. Le message officiel (« centre névralgique de la Nouvelle-France », « berceau de la civilisation française en Amérique », etc.) se traduit plus difficilement dans la programmation. C’est ainsi qu’on a oublié les familles souches, qu’il n’y a rien de spécial pour le 24 juin et qu’on a choisi une rose comme fleur emblématique.

Une rose comme emblème de Québec? Peut-on imaginer qu’une ville anglaise puisse célébrer un anniversaire avec des lis et des iris versicolores ?

juillet 01, 2007

Saint Jean-Baptiste et Ponce Pilate

Il est devenu hasardeux de faire référence à l'histoire sainte : de moins en moins de gens comprennent les allusions aux personnages bibliques. Saint Jean-Baptiste n'a peut-être pas besoin de présentation. Ponce Pilate était préfet de Judée au moment de la crucifixion du Christ. Il a bien vu que les accusations contre Jésus ne pesaient pas lourd, mais il refusa de prendre position pour lui et, selon l'expression qui lui est collée à la peau, il « s'en lava les mains ».

C'est l'image qui m'est venue à l'esprit en apprenant la semaine dernière que le programme du 400e Québec ne prévoyait rien pour le 24 juin 2008. Craignant de politiser les célébrations, la Société du 400e aurait renvoyé dos-à-dos les organisateurs de la Saint-Jean et ceux de la Fête du Canada, en leur suggérant d'aller chercher du financement auprès de leurs gouvernements respectifs. Bref, si le dossier n'était pas politisé, il l'est maintenant !

Placer ces deux fêtes sur le même pied, dans le contexte du 400e de Québec, ne tient tout simplement pas debout. La Saint-Jean est célébrée depuis les origines de Québec. Fête religieuse, fête du Canada français et des francophones d'Amérique, fête nationale du Québec, la Saint-Jean évoque naturellement la présence française dont Québec a été le foyer en Amérique. Ainsi, l'histoire de la capitale est jalonnée de grands rassemblements de la « famille francophone d'Amérique » qui ont presque toujours eu lieu à la fin de juin : convention nationale de 1880, congrès de la langue française en 1912, 1937, 1952, congrès de la « refrancisation » en 1957. Le 24 juin a une histoire et un enracinement qui dépassent les limites de la municipalité de Québec. On fête ce jour le plus long (solstice d'été), sous diverses formes, un peu partout à travers le monde depuis la plus lointaine Antiquité. En tout respect pour ceux et celles qui y sont attachés, le premier juillet ne sera jamais rien d'autre qu'une date arbitraire qui marque l'entrée en vigueur d'une constitution.

Non seulement la Société du 400e doit revoir son programme à ce chapitre mais elle devrait elle-même, au lieu de jouer les Ponce Pilate, prendre la direction de la fête du 24 juin en 2008 et y inviter des représentants de toutes les communautés françaises d'Amérique, Las Vegas compris. C'est une dimension de l'histoire de Québec qui manque au programme.

juin 22, 2007

400e de Québec : le déboulonnage de Champlain fait-il partie du programme ?

Un lobby s’active depuis une dizaine d’années pour rehausser la mémoire de Pierre Dugua de Mons et lui attribuer le titre de fondateur de Québec « avec son lieutenant Champlain ».

Ancien compagnon d'armes d'Henri IV, Pierre Dugua de Mons crée une compagnie de traite en 1603 et obtient le monopole du commerce des fourrures en Nouvelle-France. En 1604, il s'établit en Acadie, sur l'île de Sainte-Croix (aujourd'hui Dochet Island, au Maine). Après un hiver catastrophique, il déménage le camp à Port-Royal et retourne en France pour régler des conflits commerciaux. Son monopole est révoqué en 1607, ce qui met fin à la tentative de Port-Royal. En 1608, son monopole est rétabli pour un an et Champlain le convainc de fonder une colonie sur le Saint-Laurent. Dugua de Mons soutiendra Champlain jusqu'en 1612, même après avoir perdu de nouveau son monopole. Il meurt en 1628 sans être jamais revenu en Amérique.

« Sans de Monts, a écrit Marcel Trudel, on peut présumer qu’il n’y eût pas eu de Champlain ». C’est l'opinion que le lobby brandit inlassablement même s’il s’agit là d’une avancée très prudente et mesurée, voire ambiguë, de la part de Trudel (qui parle de Dugua comme un des fondateurs de la Nouvelle-France, et non de Québec, où il n’a pas mis les pieds). Les rois d'Espagne et de France ont soutenu Colomb et Cartier, ce qui n'en fait pas pour autant les découvreurs de l'Amérique et du Canada.

Et pourquoi l’œuvre de Dugua de Mons aurait-elle été occultée ? L’histoire du Québec ayant été surtout écrite et enseignée par des religieux, on aurait ostracisé Dugua parce qu’il était protestant. Voilà l’Argument qui vaut pour le passé et la suite du débat, car le fait de ne pas reconnaître les mérites de Dugua ne démontre-t-il pas un certain sectarisme ? On sait que les Québécois sont sensibles à la culpabilisation.

Le lobby Dugua a des ramifications en France où les titres de gloire de Dugua de Mons sont étonnants. Une plaque installée en 1957 à Royan (où il est né et décédé) le disait « fondateur de l’Acadie et du Canada ». Sur son lieu de sépulture, une autre plaque posée en 1986 le présente maintenant comme « fondateur de l’Acadie en 1605 et de Québec en 1608 avec son lieutenant Champlain ». Sur une stèle réalisée en 1988, on peut lire : « A Pierre Dugua, sieur de Mons, lieutenant-général du Roi, fondateur de l’Acadie et de Québec avec son lieutenant Champlain », cette dernière précision semblant ajoutée après coup. Une plaque sur la promenade Pierre-Dugua honore le « co-fondateur de Québec ». À Pons, où il fut gouverneur, il y a depuis 1992 une « rue Pierre Dugua sieur de Mons, fondateur de l’Acadie et de Québec » et une plaque au château (2004) dédiée au « fondateur de l’Acadie en 1604 et en 1608 de Québec avec Champlain ».

Un écrivain de Royan est à l’origine de cette révision de l'histoire de la fondation de Québec. Jean Liebel a donné une conférence à Québec en 1977 sous le titre « Pierre du Gua, sieur des Mons, présumé fondateur de Québec ». Le résultat de ses recherches, demeuré longtemps dans les cartons de la bibliothèque de Royan, est finalement publié en 1999. L'ouvrage porte le même titre que la conférence mais le mot « présumé » est disparu et Dugua « reste dans l'histoire comme le fondateur de Québec, brillamment secondé par son lieutenant Samuel Champlain ».

Champlain ne serait donc plus qu’un brillant second.

À Québec, les opinions sont exprimées publiquement avec plus de nuances. En 1999, par exemple, la Société historique de Québec a publié une brochure intitulée Pierre Dugua de Mons, cofondateur de Québec (1608) et fondateur de l'Acadie (1604-1605) dont la troisième édition (2003) porte un titre moins explicite : Pierre Dugua De Mons, et les fondations de l'île Sainte-Croix, Port-Royal et Québec (1603-1612).

Reculer pour mieux sauter ? Au Tribunal de l’Histoire, en 2004, la question n’était pas très engageante : le public a jugé que « le rôle de Pierre Dugua de Mons dans la fondation de Québec avait été largement sous-estimé » (une procédure d’appel aurait cependant beaucoup de chances de succès en s’appuyant sur la partialité des « instructions du juge au jury »…). Mais, au cours de la saison 2007-2008, le public pourra assister à des « duels » où Champlain et Dugua de Mons se disputeront le titre de fondateur de la ville.

Une plaque dévoilée à Québec en 1999 reconnaît déjà à Dugua « un rôle de premier plan dans la fondation du premier établissement permanent en Amérique du Nord. ». Le 3 juillet prochain, un monument sera inauguré en sa mémoire. Qu’y lira-t-on ? On peut s’attendre à tout. Le site de l'établissement de Sainte-Croix, où Dugua de Mons a passé l’hiver 1604, trois ans avant l’établissement de Jamestown, est maintenant en territoire américain : Dugua de Mons pourrait bien devenir fondateur du Maine et des États-Unis !

Gaston Deschênes
Né à Saint-Jean-Port-Joli, Gaston Deschênes a étudié au collège de Saint-Anne-de-la-Pocatière et à l’Université Laval où il a obtenu une maîtrise en histoire. Auteur de plusieurs ouvrages sur sa région natale, la Côte-du-Sud, il est maintenant historien autonome, après plusieurs années passées dans la fonction publique, dont 30 comme historien à l'Assemblée nationale du Québec.

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