Le 5 septembre 2009 par Gilles Herman

Le livre numérique [3] : L'agrégateur québécois

[0] Introduction [1] Glossaire [2] Le prix [3] L'agrégateur

[Les lecteurs pressés peuvent se rendre à la conclusion.]

Concrètement, qu'est-ce qu'on fait au Québec ? Depuis plusieurs années, le livre numérique est une préoccupation. De nombreuses études ont été réalisées, on regarde ce qui se passe aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France. On s'en reparle, on regarde ce qui se dit sur Internet, on essaie les différentes liseuses, on se re-re-parle...

Pendant ce temps, Numilog crée en France son catalogue de livre numérique pour être ensuite racheté par Hachette. Amazon lance le Kindle. Apple lance le iPhone. Amazon lance son Kindle 2.0. Indigo Books lance Short Covers, une plate-forme canadienne de vente de livres numériques. Shortcovers lance son application pour iPhone. Amazon lance son application Kindle pour iPhone. Stanza lance son application pour iPhone, offrant à la fois des livres du domaine public mais aussi des livres payants.

À travers tout ça, le géant Google qui numérise à tour de bras les rayonnages des bibliothèques lance Google Books puis annonce vouloir vendre les livres numérisés. Cela finit par un projet de règlement entre auteurs, éditeurs américains et Google, règlement contesté dans le monde entier. Mais ça, j'y reviendrai dans un billet consacré à Google.

Bref, ça bouge vite et ça bouge fort. La question n'est plus de ne pas manquer le train mais plutôt d'arriver à sauter dans le wagon déjà en marche, sans se casser la figure.

La tentation est forte de se coller aux initiatives déjà existantes. Pourquoi ne pas rejoindre Numilog pour le marché francophone ? Pourquoi ne pas laisser Amazon s'occuper de la vente de nos livres ? De toute façon, si on ne fait rien, c'est ce qui va arriver. C'est ce qui risque encore d'arriver.

***

En janvier 2008, l'Association Nationale des Éditeurs de Livres (ANEL) publie le rapport de Guylaine Beaudry, Les Enjeux de l'édition numérique dans le monde numérique. 16 recommandations sont alors émises. Les trois premières sont préliminaires à toute action :

  • Implications juridiques liées au numérique : la question des contrats. L'éditeur est-il oui ou non détenteur des droits numériques sur les oeuvres publiées ? Cette question ne peut pas être tranchée d'un coup, chaque éditeur doit vérifier ses contrats et éventuellement en discuter avec ses auteurs. La question des droits territoriaux et des traductions vient compliquer tout cela. Un terreau fertile pour les avocats.

  • Production des fichiers numériques : évidemment, si les fichiers numériques n'existent pas, la question ne se pose même pas. Encore aujourd'hui, peu d'éditeurs ont entrepris un programme de conversion de leur fonds. Manque de moyen, manque de temps, manque d'information... et puis quel format faut-il produire ?

  • Programme de formation des éditeurs : On en parle, on en reparle et on en re-re-parle. Et je dirais même plus : on en parle même pas assez !

Suit une autre série de recommandations jusqu'à la douzième :

  • Créer un agrégateur réunissant différents genres pour constituer des collections " profilées " pour les bibliothèques universitaires, collégiales, secondaires et publiques, de même que pour la vente aux individus sous forme d'achat ou d'abonnement.

Agrégateur, le mot est lancé. Encore faut-il s'entendre sur ce que c'est, comment le mettre en place et l'opérer.

Durant l'été 2008, le comité numérique de l'ANEL décide d'aller de l'avant et de créer un agrégateur québécois de livres numériques en partenariat avec une entreprise privée de Québec, De Marque (DM). Si DM sera responsable de la mise en place et de l'opération, l'ANEL conseillera et donnera les orientations pour le développement de la plateforme :

  • Les éditeurs doivent avoir le plein contrôle sur leurs livres et sur leur exploitation numérique
  • Les éditeurs doivent pouvoir fixer les prix de vente et contrôler leurs revenus
  • Les éditeurs sont les seuls à être détenteurs des droits d'auteur des oeuvres versées dans l'entrepôt
  • Les fichiers numériques doivent être hébergés au Québec.

Reprenons ces orientations une par une.

1) L'éditeur doit garder le contrôle sur leurs livres numériques, en toutes circonstances. Tout est instantané ou presque dans Internet. Il ne peut y avoir d'intermédiaire qui freinerait ou empêcherait un éditeur de gérer ses livres. Cela veut dire refuser tant que possible de transférer les fichiers à une tierce partie mais plutôt d'y donner accès à travers un tuyau dont la vanne est du côté de l'éditeur. L'éditeur est responsable de l'exploitation de l'oeuvre qui lui a été confiée par l'auteur.

2) L'éditeur doit pouvoir fixer le prix de détail suggéré. C'est ce prix qui servira à calculer les différentes remises à chacun des intermédiaires. Ce qui n'empêcherait pas un détaillant de baisser le prix de revente, en empiétant sur sa marge. D'ailleurs, Amazon vend à perte lorsqu'il offre des livres à 9.99$US. De cette manière, l'éditeur s'assure de pouvoir contrôler ses revenus.

3) L'auteur confie son oeuvre à l'éditeur, que ce soit par cession de droits ou par licence. En aucun cas le commerce de livres numériques n'inclut un partage ou une cession de droits. On vend des livres, pas des droits.

4) Il est important que les fichiers soient hébergés au Québec. En cas de litige, se défendre en pays étranger est difficile et coûteux. De plus, les livres dont l'éditeur ne détient les droits que pour le territoire canadien doivent être hébergés au Canada. De même, en cas de conflit, il est plus facile de s'entendre avec une compagnie proche de nous.

Il existe déjà des agrégateurs, tels Gibson et Netlibrary, ainsi que Numilog. Néanmoins aucun de ceux-ci ne peut garantir l'entièreté de ces orientations, ne serait-ce que pour l'hébergement.

***

Je ne vous ai toujours pas dit ce que ça mange en hiver un agrégateur. J'y arrive.

L'agrégateur est une plateforme composée d'un entrepôt numérique et de services de promotion et de commercialisation des livres numériques qui y sont déposés par les éditeurs.

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Schéma : Clément Laberge

L'entrepôt numérique est ce qu'il annonce : l'éditeur y verse ses fichiers numériques, au format pdf ou epub, y associe un ISBN et un prix de détail suggéré. C'est tout. Si le fichier numérique est bien fait (c'est-à-dire avec un auteur, un titre, une couverture et une table des matières), l'entrepôt extrait automatiquement les données et associe le livre au compte de l'éditeur. Ce dernier peut alors gérer ses publications, contrôler les accès, les vendeurs etc. Voir même enlever le livre si nécessaire. L'éditeur est facturé pour chaque fichier déposé et ensuite doit aussi payer un montant annuel pour assurer le maintien du livre dans l'agrégateur. Ce qui amènera peut-être les éditeurs à faire un choix de ce qu'ils rendront disponible en numérique plutôt que de mettre leur fond au complet.

Le premier service de promotion mis en place est assez spectaculaire. Il s'agit du feuilletage en ligne d'un ouvrage offert sous forme de webservice à installer sur un site Internet. Livres québécois, Pantoute, Renaud-Bray et, bien entendu, les éditeurs ont pu ainsi facilement installer ce gadget. Il s'agit d'un formidable outil de promotion du livre, que ce soit sa version papier ou numérique. De plus, le lecteur peut être facilement partagé et intégré à des blogues.

L'éditeur décide du nombre de pages disponibles. Il pourrait tout aussi bien le rendre feuilletable en entier. Il est d'ailleurs étonnant qu'Archambault n'ait pas utilisé ce gadget sur son site jelis.ca. Un oubli ?

Pour le volet commercialisation, l'agrégateur met à la disposition des détaillants l'ensemble des services nécessaires à la vente ou à la consultation des livres numériques : téléchargement, sécurité, cryptage, feuilletage... service clé en main ! Néanmoins, il faut bien comprendre que l'agrégateur n'est pas une vocation commerciale directe : s'il offre tous les services, aucune vente finale n'y est réalisée. Il faut pour cela un vendeur.

Ce vendeur sera un libraire ou l'éditeur en ce qui a trait à la vente au publique, et un intermédiaire en ce qui regarde la vente aux bibliothèques. Là aussi je développerai dans un autre billet en ce qui concerne les bibliothèques. De Marque offre déjà ses services comme représentant commercial, mais il n'y a aucune exclusivité et d'autres joueurs pourraient se manifester.

L'agrégateur hébergeant les fichiers, offrant les services de transfert, le codage et le cryptage ainsi que des gadgets de promotion, un petit pourcentage lui sera versé sur chaque vente réalisée. Il devient en somme le distributeur numérique. Mais pas tout à fait, car il reste l'épineuse question de la facturation.

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La facturation est en effet l'une des tâches qui incombe traditionnellement au distributeur. Il faut pouvoir suivre les ventes effectuées par un détaillant, lui facturer au juste prix et ensuite le collecter. Éventuellement assumer les pertes financières résultant d'une mauvaise créance. Le suivi rigoureux des ventes est aussi à la base du calcul des droits qui seront ensuite versés aux auteurs.

Si on se place un instant du point de vue du détaillant, pour vendre les livres d'un éditeur il doit avoir un compte ouvert chez son distributeur. Pour couvrir l'ensemble du marché, moins d'une dizaine de distributeurs sont à contacter. Si, pour le numérique, le détaillant devait contacter individuellement chaque éditeur pour obtenir le droit de vendre son fond, cela deviendrait vite très lourd. De même, si l'éditeur devait du jour au lendemain devoir faire le suivi des ventes de dizaines voir de centaines de détaillants, il serait rapidement découragé.

C'est un problème qui n'est pas encore réglé. Aujourd'hui, il y a peu de détaillants, donc les éditeurs peuvent encore assumer le suivi des ventes. Mais, si le marché se développe, ils devront trouver une autre avenue. L'opérateur de l'agrégateur, De Marque, est en bonne position pour offrir un service de facturation. Mais les distributeurs de livre papier pourraient aussi jouer ce rôle, après tout ils connaissent déjà les détaillants, il serait aisé pour eux de simplement ajouter la vente des livres numériques à leurs activités, l'agrégateur fournissant des rapports mensuels des ventes réalisées par chaque détaillant.

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Que faut-il retenir de tout ceci ?

  • L'agrégateur 1.0 est pleinement opérationnel depuis mars 2009, développé grâce au soutien de la SODEC et de Patrimoine Canada.

  • Les éditeurs québécois ont le plein contrôle de leur fichier et de leur exploitation.

  • Les fichiers sont hébergés au Québec.

  • Tous les services sont fournis par l'agrégateur : hébergement, transfert du fichier, cryptage et protection. Sauf la facturation. En échange, il y a un coût au dépôt d'un fichier et un coût annuel de maintien.
       
  • Aucune exclusivité n'est accordée, tous les détaillants sont invités à proposer leurs services, que ce soit pour la vente en ligne, la vente sur plancher et, pourquoi pas, la location ou le feuilletage. Et ce, partout dans le monde ! Une occasion unique de faire la promotion de notre littérature.

  • De la même façon, les bibliothèques pourront se brancher aux contenus selon des modalités encore à définir.

Grâce à l'agrégateur, il est maintenant possible de développer un ou plusieurs modèles, tandis que les éditeurs continueront à convertir leurs livres et à verser les fichiers dans l'agrégateur.

Le 3 septembre 2009 par Gilles Herman

Québec se livre 4e édition

Une petite pause sur le numérique pour annoncer la tenue de la 4e édition de Québec se livre, le jeudi 10 septembre dès 17h au bar Le Cercle, 228 Saint-Joseph Est. On y parle livre numérique ? Ou pas...

Mais c'est quoi QSL ?

Le 1 septembre 2009 par Gilles Herman

Le livre numérique [2] : Le prix

[0] Introduction [1] Glossaire [2] Le prix [3] L'agrégateur

D'entrée de jeu, le sujet qui fâche. Le livre numérique est-il trop cher ? Les premières critiques ne se sont pas fait attendre : les éditeurs québécois sont des voleurs et des imbéciles, ils n'ont rien compris à la nouvelle économie numérique.

Minute papillon...

Regardons d'abord la structure du prix d'un livre papier : 10% pour l'auteur, 15 % pour le distributeur, 20 % pour l'imprimeur, 40 % pour le libraire qui laissent 15 % pour l'éditeur.

Le prix du livre15 % pour payer les frais fixes : travail d'édition, révision, mise en pages, graphisme, correction, administration. Et aussi la promotion. Comment fait-on pour tout de même s'en sortir ? Le volume et les réimpressions. Dans le cas de grands tirages, les frais fixes sont noyés et le pourcentage de l'imprimeur baisse. Par contre le risque augmente, la chute sera d'autant plus haute que le tirage est élevé si le livre ne se vend pas. Dans le cas des réimpressions, les frais fixes sont déjà absorbés, c'est la vraie manne des éditeurs. Point de salut sur un premier tirage !

Je vous entends déjà : « Justement, avec le livre numérique, on supprime des intermédiaires donc les coûts sont moindres ! »

Re-minute... Quels intermédiaires disparaissent ? Quelle est la valeur ajoutée de chaque intervenant ?

L'auteur ? Bien sûr que non. Il est à la base de notre monde du livre.

L'éditeur ? Certains seraient tentés de dire oui. D'ailleurs Internet foisonne de sites permettant de s'autoéditer, que ce soit avec un bon livre papier, en numérique ou avec l'Impression à la demande. Valeur ajoutée de l'éditeur : le tri, le travail, l'encouragement, le professionnalisme, la promotion. Ce n'est pas rien ! Non, les éditeurs sont là pour rester, mais ils devront évoluer et comprendre que le livre numérique n'est pas qu'une transposition du livre papier. Un pas à la fois.

L'imprimeur ? TCHAC ! Un intermédiaire qui débarque. Pour un secteur déjà moribond, ce n'est pas une bonne nouvelle. Pour autant que le livre numérique vienne gruger dans les ventes du livre papier. À court terme sûrement pas, mais à moyen et long terme probablement. Ils ont le temps de redéfinir une stratégie. Aujourd'hui, les éditeurs leur envoient les fichiers pdf pour impression. Pourquoi n'offriraient-ils pas le service de conversion aux formats numériques tel le epub ou le kindle ? Voilà une valeur ajoutée qu'ils devraient développer.

Le distributeur ? Le volet «paquet-ficelle » de la distribution disparaît. À la place, il faut stocker les fichiers numériques et les rendre disponibles au téléchargement. Cela suppose des infrastructures, de la bande passante et du personnel compétent. Le tout au Québec et non en Asie. Pour des questions éthiques bien entendu, mais aussi juridiques : les fichiers doivent être hébergés sur le territoire pour lequel les éditeurs ont obtenu les droits. Le volet « collecte » reste important, le distributeur est responsable des comptes auprès des détaillants. Et, dans bien des cas, le distributeur est aussi le diffuseur, c'est-à-dire qu'il fait la promotion du livre sur le terrain, auprès des détaillants. Valeur ajoutée : les distributeurs auraient encore leur rôle de collecteur et de diffuseur à jouer, s'ils voulaient bien se réveiller. Le dormeur doit se réveiller !

Le libraire ? Internet permet de rejoindre facilement chacun des utilisateurs derrière son écran. Enfin... pour autant qu'on ait réussi à attirer son attention ! Devant l'offre galopante, comment rejoindre notre lecteur, celui pour qui nous avons publié ce livre ? Avec une bonne information, bien structurée, des sites Internet efficaces, des publicités ciblées... certes. Mais aussi et même surtout par l'entremise de détaillants dont c'est le métier de conseiller des lecteurs ! Les livres numériques doivent être disponibles au téléchargement sur des sites transactionnels mais aussi sur le plancher des magasins. D'ailleurs Archambault avec son jelis.ca n'est il pas un libraire ? (pas besoin de répondre, ce n'est pas vraiment une question). Par contre le risque pris par le libraire n'est plus le même : plus d'inventaire physique, fini les boîtes, adieu les retours. Valeur ajoutée : la connaissance de la clientèle, la spécialisation dans des niches, le conseil. Serait-ce le retour des clubs de lecture ? Espérons que l'exemple d'Archambault sera suivi rapidement par d'autres.

Au final quels coûts ont été épargnés ? 20 % chez l'imprimeur, 5 % chez le distributeur, 10 % chez le libraire. Grosso modo 35 %. Les frais fixes restent les mêmes. Remplacez mise en pages par programmation pour réaliser les fichiers epub. Connaissez-vous les tarfis des programmeurs ? Si c'est non, vous êtes chanceux !

Il est du privilège de l'éditeur de choisir le prix de vente. Du moins au Québec et en France, car dans l'édition anglophone les détaillants ont le gros bout du bâton, concentration oblige. Quand vous contrôlez plus de 60% du marché, vous pouvez dicter la loi. Dans le monde numérique, vous vous appelez Amazon et vous contrôlez probablement 90% du marché étatsunien. Ils ne connaissent qu'une seule façon de vendre : couper les prix. Mais rappelez-vous qu'à chaque coupe, il y a quelqu'un qui trinque. Et est-il raisonnable de se laisser dicter les règles du marché sans au moins essayer de créer nous-mêmes quelque chose ?

Revenons au Québec. Les prix de vente du livre numérique vont de 50 % à 100 % du prix papier. Déjà, on est encore tributaire du livre papier. Mais les éditeurs ne peuvent pas du jour au lendemain rejeter du revers de la main leur gagne-pain ! En moyenne, on navigue autour du 75 % du prix du livre papier. Soit 25 % moins cher. Avec une économie de 35 %, il reste donc un 10 % pour assumer le risque et surtout le développement d'un marché actuellement embryonnaire. Ainsi donc un livre papier vendu 20 $ trouverait sa contrepartie numérique à 15 $.

Et du côté du disque ? Comparons Archambault et iTunes avec les meilleurs vendeurs. Entre vous et moi, le dernier Martine Saint-Clair. 19,99 $ en cd, 19,99$ en téléchargement (100 %). Emmène-moi quek part, le dernier Yelo Molo : 14,99 $ vs 9,99 $ (67 %). The Fame de Lady Gaga : 14,99 $ vs 9,99 $ (67 %). The E.N.D. des Black Eyed Peas : 15,99 $ vs 10,99 $ (69 %).

Et ça marche, le marché se développe et chacun se félicite de pouvoir mettre directement sur son lecteur mp3 le dernier disque à la mode. Pourquoi le livre devrait lui être drastiquement moins cher ?

Chacun doit y trouver son compte mais aujourd'hui il faut expérimenter un marché naissant. Gageons que les années futures seront riches en négociations. Et c'est d'ailleurs notre seule voie de sortie : accepter de suivre un modèle en perpétuelle mutation.

Le 30 août 2009 par Gilles Herman

Le livre numérique [1] : Glossaire

[0] Introduction [1] Glossaire [2] Le prix [3] L'agrégateur

Et maintenant, quelques définitions... Je vous éviterai ainsi les notes de bas de page. Blague à part, il convient de s'entendre sur plusieurs termes plus ou moins familiers.

AGRÉGATEUR : ou agrégateur de livres numériques, service mis en place par l'ANEL et De Marque permettant aux éditeurs québécois de stocker et distribuer leurs livres numériques depuis une seule plate-forme. L'agrégateur est donc à la fois un entrepôt numérique mais aussi un distributeur puisqu'il permet de livrer des fichiers numériques.

ANEL : Association nationale des éditeurs de livres.

BANDE-PASSANTE : en informatique, mesure du flux d'information transitant entre un serveur et un ordinateur. Un abonnement Internet limite généralement le téléchargement mensuel car la bande passante coûte cher.

DRM : Digital Rights Management ou gestion des droits numériques. Dispositif permettant de contrôler l'utilisation et la diffusion de fichiers électroniques. L'exemple de la musique a montré que les utilisateurs n'appréciaient généralement pas de ne pas pouvoir jouir librement d'un produit acheté légalement. D'un autre côté, les détenteurs de droits cherchent désespérément à freiner la transmission de fichiers copiés illégalement. Dans le livre, le principal fournisseur de DRM est Adobe avec Adobe Content Server 4 (CS4).

EPUB : type de fichier dans lequel le texte est organisé simplement, de façon à laisser au lecteur la possibilité de choisir son caractère et sa taille. La mise en pages est simplifiée, pour ne pas dire simplissime. Epub est un format standard international et est supporté par la plupart des liseuses sauf le Kindle. Avantage : portabilité. Désavantage : présentation simpliste.

KINDLE : liseuse développée par Amazon. Branché en permanence sur le réseau téléphonique cellulaire, cet appareil permet d'accéder au magasin en ligne d'Amazon en tout temps pour télécharger des livres numériques. Le service n'est disponible qu'aux États-Unis. Amazon a aussi développé une application pour le iPhone. Il est à noter que les livres achetés sur le Kindle ne peuvent être lus que sur cet appareil qui s'est déjà vendu à plusieurs millions d'exemplaires.

LISEUSE : appareil de lecture permettant d'afficher les livres numériques. L'écran est fait de papier électronique, conférant ainsi à l'appareil la même lisibilité que le papier ordinaire. L'autonomie des liseuses est très longue, l'affichage d'une page ne requérant aucune énergie. C'est plutôt le feuilletage qui consomme. La plupart de ces appareils permettent aussi l'écoute de fichiers audio.

LIVRE ÉLECTRONIQUE : aussi appelé livrel, voir livre numérique.

LIVRE NUMÉRIQUE : fichier informatique présentant un texte original indépendamment de son support. Pdf, epub, et autres...

PDF : type de fichier figé dans lequel la mise en page est décidée par l'éditeur. Aujourd'hui, le pdf est le fichier envoyé chez l'imprimeur. Avantage : permet une mise en pages complexe. Désavantage : figé donc non réglable par le lecteur.

SMARTPHONE : téléphones cellulaires intelligents aka iPhone et BlackBerry. Ils disposent d'un écran de qualité et d'une connection sans fil, tout comme le Kindle. Par contre la lecture à l'écran est fatigante pour les yeux et l'autonomie n'est pas leur point fort. Vraiment pas. Le iPhone dispose déjà d'une application Kindle aux États-Unis et d'un lecteur de epub, Stanza. La lecture des pdf est supportée nativement.

SONY READER : SONY est la compagnie mettant actuellement le plus d'effort pour développer le marché des liseuses. Leur appareil permet de lire la plupart des formats.

STANZA : application sur iPhone permettant la lecture des epubs. L'application vient aussi avec un magasin en ligne offrant des textes du domaine public, des extraits gratuits de livres mais aussi des livres payants. Il existe une version desktop pour ordinateur afin de gérer votre bibliothèque.

J'enrichirai ce glossaire au fur et à mesure de l'écriture de mes billets.

Le livre numérique [0] : Introduction

[0] Introduction [1] Glossaire [2] Le prix [3] L'agrégateur

Ça y est, il est dans nos mains. En fait, je dirais plus il est dans vos mains, car les éditeurs travaillent sur le livre numérique depuis longtemps. Avec le lancement de la plate-forme d'Archambault, jelis.ca (dont j'ai fini par comprendre que ça se lisait « Je lis ça »), le débat sur le livre numérique atteint enfin la sphère publique.

Enfin, car le livre est au coeur de nos cultures. L'invention de l'écriture et de son corollaire, la lecture, est le levier qui a permis à de grandes civilisations d'émerger et de se forger une identité. Toucher au livre vient nous chercher profondément.

Jusqu'ici la lecture nécessitait un support matériel. De la plaque de cire au livre papier, en passant par tous les intermédiaires, le livre était avant tout un objet. Aujourd'hui il ne l'est plus, du moins pas au sens où nous l'entendions. Le support est variable, le contenu du livre circule et le lecteur décide de sa présentation.

Cette révolution nous oblige à repenser le livre mais aussi la lecture, l'écriture et tout le monde qui entoure la littérature.

Les éditeurs du Septentrion s'intéressent à l'émergence du numérique depuis longtemps. Denis Vaugeois inaugurait notre site Internet en 1995. En 2007, votre serviteur lançait, sans tambour ni trompette, la vente de livres numériques sur le même site. Depuis à peu près 18 mois je siège aussi sur le comité numérique de l'Association Nationale des Éditeurs de Livres (ANEL), dont je suis un des trois vice-présidents. C'est d'ailleurs au sein de l'ANEL que se sont opérés les changements qui permettent aujourd'hui à un premier détaillant québécois d'offrir des livres numériques.

Mes prochains billets seront donc consacrés aux divers aspects du livre numérique afin de mieux faire comprendre ce nouveau médium.


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Le 5 mai 2009 par Gilles Herman

Québec se livre 2e édition

Québec se livre, ça se passe maintenant ici !

En résumé : jeudi 14 mai 17h au bar Le Cercle, 228 Saint-Joseph, Québec

Le 17 avril 2009 par Gilles Herman

Touche littéraire

1. Plutôt corne ou marque-page ?

Marque-page depuis que je partage ma vie avec une libraire. Mais naturellement corne. J'aime éprouver mes livres, j'aime redécouvrir mes traces lors d'une relecture. Et puis il y a toujours un marque-page de la librairie Vaugeois dans mes livres !

2. Un livre en cadeau ?

Il est de coutume de s'échanger des cadeaux lors de certaines rencontres protocolaires. C'est ainsi que la semaine passée, lors du lancement du livre de Gilbert Lavoie à l'hôtel de ville de Québec, j'ai pu admirer un magnifique sous-verre en cristal en forme de Belgique, posé sur une table. Et encore, au moins n’en traînait-il pas dans un tiroir ou sur une tablette. Pour le 400e anniversaire de Québec, nous avons réussi à convaincre le maire de donner des livres à ses invités. Il nous a été rapporté que, pour une fois, les invités semblaient réellement ravis de leur cadeau.

Le livre en cadeau aux enfants aussi. Geronimo Stilton fait un tabac dans les fêtes d'anniversaire.

3. Lis-tu dans ton bain?

Bien sûr. En rajoutant de l'eau chaude de temps en temps, jusqu'à avoir une peau toute plissée. Et ça m'arrive à l'occasion d'échapper un livre dans l'eau.

4. As-tu déjà pensé à écrire un livre?

Oui mais ce n'est pas pour tout de suite. Un jour peut-être...

5. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes?

Bravo quand l'auteur ne s'essouffle pas. J'apprécie les sagas avec des personnages riches, des intrigues de longue haleine et des rebondissements bien sentis. Par contre j'arrête une série dès qu'on voit les ficelles qui animent les personnages.

J'aime aussi retrouver certains personnages, comme le commissaire Kurt Wallander de Henning Mankell.

6. As-tu un livre culte ?

Un ? Ce serait Le Seigneur des anneaux de Tolkien. Deux ? Le Pendule de Foucault de Umberto Ecco. Trois ? La Métamorphose de Kafka. Quatre ? (je peux continuer longtemps...)

Pas de Québécois ? Hélas non, pour moi les livres cultes sont ceux qui m'ont remué pendant mon adolescence, période pendant laquelle le Québec m'était totalement étranger. Mais je ne désespère pas de découvrir d'autres livres cultes !

Rhooo, je n'ai pas parlé de BD. Tintin évidemment. Et La Trilogie Nikopol d'Enki Bilal. Ave Bilal !

7. Aimes-tu relire?

Beaucoup. Quand j'embarque dans un livre, je me plonge dans l'histoire et manque dès fois de recul. Relire un livre, c'est pouvoir prendre le temps de savourer les détails, les subtilités de l'écriture, de découvrir la structure. J'ai dû lire Le Seigneur des Anneaux une dizaine de fois, sinon plus. Relire, c'est aussi retrouver un ami fidèle, mettre ses vieilles pantoufles confortables, s'entourer de réconfort.

8. Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimés?

Rencontrer si l'occasion se présente, mais j'aime avant tout les rencontrer dans leurs ouvrages.

9. Aimes-tu parler de tes lectures ?

Oui, sans en faire une de mes marottes. Surtout avec quelqu'un qui ne partage pas mes goûts. Il est intéressant de savoir ce que quelqu'un a aimé dans un livre que l'on a soi-même trouvé ordinaire. Je n'aime pas prêcher aux convertis.

10. Comment choisis-tu tes livres ?

Je dis à ma libraire : « je n'ai plus rien à lire ! » Sinon le bouche à oreille, l'influence des journaux, le bouquinage.

11. Une lecture inavouable?

Je n'ai pas vraiment de honte à parler de mes lectures. Par exemple je suis un grand amateur de fantasy et de science-fiction, deux genres qui mériteraient d'être mieux considérés par les milieux littéraires et les lecteurs en général.

L'inavouable seraient probablement les Playboys de mon adolescence, que je lisais pour les articles, bien entendu.

12. Des endroits préférés pour lire?

Le bain. C'est tranquille un bain, pour peu qu'on ait pris soin de fermer la porte à double tour !

13. Un livre idéal pour toi serait ?

Idéal ? Une bonne saga qui ne finirait jamais.

14. Lire par-dessus l’épaule ?

Bof. Dans le métro pour lire le journal d"un autre à la limite.

15. Télé, jeux vidéos ou livre ?

Télé en direct très peu. J'aime pouvoir regarder Les Invincibles ou Tout sur moi sur le web. J'ai hâte au jour où les films et les séries seront disponibles en français sur Internet.

J'ai déjà passé beaucoup de temps sur les jeux vidéos en ligne comme Everquest ou World of Warcraft, mais depuis quelques années j'ai perdu l'Intérêt. J'aime bien Guitar Hero sur la Wii.

Livre... dès fois je suis indécollable de mes livres, dès fois je passe quelques semaines sans lire. Ça va ça vient.

16. Lire et manger ?

Quand le livre est bon, c'est lire et manger, lire et se laver, lire et marcher, lire et vider le lave-vaisselle, lire et cuisiner... Et le matin, un bon petit-déjeuner se prend en lisant le journal.

17. Lecture en musique, en silence, peu importe ?

En général sans musique, ça me distrait trop de ma lecture. Mais la lecture du Pendule de Foucault fut accompagnée de Koyaanisqatsi de Philip Glass, et je ne peux envisager de relire ce livre sans cette ambiance musicale.

18. Lire un livre électronique ?

Bientôt. Pour le côté pratique, en déplacement. J'ai hâte de n'avoir qu'un bel appareil à la fois design et fonctionnel pour traîner mes documents de travail mais aussi mes lectures, ma musique, mes vidéos.

19. Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?

Non. Je n'ai aucun remords à arrêter un livre plate.

20. Qu’arrive-t-il à la page 100 ?

Je ne sais pas, je n'ai pas mon livre avec moi. Si j'avais eu la version électronique...

21. Un livre que tu donnerais à ton pire ennemi ?

Un bottin téléphonique. Y a-t-il quelque chose de plus inutile aujourd'hui?

Le 6 avril 2009 par Gilles Herman

Québec se livre au Cercle

Oui j'ai tardé à donner des nouvelles mais voilà :

Le premier Québec se livre se tiendra donc le jeudi 16 avril à 17h au Cercle, 228 St-Joseph Est. Profitons du salon du livre de Québec pour attirer le plus de monde.

Rappelons l'idée de la formule : toute personne intéressée de près ou de loin par le livre est la bienvenue. Ce n'est pas un cercle de lecture dirigé, ni un événement promotionnel, il n'y aura pas de grands discours ni de slam poétique... à moins que vous n'en décidiez autrement ! L'idée est simplement de donner l'occasion aux amateurs de se rencontrer, d'échanger, qu'ils soient lecteurs, écrivains, bibliothécaires, libraires, éditeurs, illustrateurs...

Et comme bonus pour cette première rencontre... en même temps se tiendra le lancement du dernier opus de Rabagliati, Paul à Québec. Woohoo !


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Le 1 mars 2009 par Gilles Herman

Feuilletage de livres

Je reviendrai plus tard sur le feuilletage des livres sur notre site, en attendant savourez les 20 premières pages des Chroniques d'une mère indigne, tome 2.

Le 19 février 2009 par Gilles Herman

TechnoQuébec

Comment rendre un voyage à Ottawa excitant ? En prenant l'avion depuis Québec pardi ! Et en étant technophile (pour ne pas dire g33k).

J'ai pu profiter cet après-midi (hum, hier après-midi d'après l'heure à laquelle j'écris ce billet) de la nouvelle bebelle d'Air Canada : la carte d'embarquement électronique. Le matin, je reçois un courriel m'invitant à retirer tout de suite ledit document. Quelques clics plus tard et je recevais sur mon iPhone chéri mon billet ainsi qu'un code barre.

Ensuite... euh rien, c'est tout.

Arrivé à l'aéroport 30 minutes avant le vol, il suffit de montrer son billet électronique à l'agent de sécurité pour passer à la fouille.

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Et rendu à l'embarquement, l'hôtesse (agente de bord ?) n'a plus qu'à scanner le code-barre pour confirmer mon embarquement à bord du rutilant avion unifolié.

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Cerise sur le gâteau, l'aéroport de Québec est, à ma connaissance, le seul à offrir Internet sans fil gratuitement. Que demander de plus ?


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Photo très rapport de Gatineau by Night

Photo : Maxime TremblayD'origine belge, Gilles Herman habite Québec depuis 1998, ville où il a pris racine. Son diplôme d'ingénieur industriel explique en partie son intérêt pour les technologies, dont le livre numérique.Fasciné par l'histoire, il conjugue ses deux passions aux éditions du Septentrion comme éditeur et directeur général. En septembre 2007, il était élu vice-président de l'Association nationale des éditeurs de livres, section littéraire (ANEL) où il siège, entre autres, au comité du numérique.

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