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L'écriture au son: d'hier à aujourd'hui

Mon conjoint historien continue d’être aux aguets, dans ses recherches, pour dénicher des documents qui pourraient m’intéresser. Voici la copie d’une lettre de 1915 qu’il m’a fournie. Il s’agit d’une plainte d’un citoyen à son député. Il vaut mieux la lire à haute voix pour en saisir le sens:

«Un mot apropos de L'argent de mont boit que gé vendu Cet iver je trouve le Gouvernement pas resonable de faire retenire cet argent la pour payer nous les faudera pour vive et pour semé ce rpent jest une gren abestit de près ansumencé et gé pas desvoine ni d'argent si je put pas semé se prenten il vas fouloire anbandonné je vis pas sent mangé gé t'une famille si il anvoye pas mon nargent de qu'oi faire gé pus rien pour vive prendre la journé pour vive durent que gé tent douvrage ecis sus le lot je suis apres me batire un batiment de 3 pied sur 50 sa me fais becoup douvrage.»

Toutefois, il n’y a pas de quoi s’horrifier, puisque, comme je l’ai indiqué, cette lettre date de 1915 et que l’instruction n’était pas obligatoire à cette époque.

Mais que dire des jeunes, qui connaissent sûrement mieux leur langue que ce citoyen, et qui écrivent volontairement au son sur le Web? Est-ce pour mieux masquer leurs véritables faiblesses en français?

Voici, à titre d’exemple, un extrait d’un blogue de 2008 d’un jeune de 16 ans:

« […] Tres franchement je croit que lui est moi on se connai comme si on n’était des frères, car d'éffois on pense a la même affaire au même moment pi se qui et drole ses que sa ne prend qu'un regare entre lui et moi pour savoir se qu l'autre pense a propos de n'importe quoi. [X] a aussi un petit coté solitaire comme tout le monde quand on reste dans sa tête pour mieux se consentré sur sois.
Mes quand il est avec la gang par example, ses sur qu'il va mêttre de l'embience.»

Croyez-vous qu’il a des chances d'être publié dans la collection Hamac de Septentrion?

Commentaires

La lettre de doléance de l'homme qui a vendu son bois et qui n'a pas encore touché son blé pour semer son avoine, c'est touchant. C'est touchant quelqu'un qui parle de l'essentiel, sa survie, l'argent pour son bois et pas dans une langue de bois ! J'espère que le député l'a lue à voix haute !

Et pour ce qui est du jeune, s'il nourrit un espoir d'être publié chez Hamac, il se berce d'illusions !

Pour ce qui est de ce pauvre monsieur il a bien raison de se plaindre.Dans son temps ,il fallait travailler dur pour survivre et l'éducation passait après.Mais aujourd'hui certains jeunes n'ont pas raison de ne pas savoir écrire.Ils ont tant de temps libre et tellement de moyens de s'instruire et l'internet est l'outil idéal pour apprendre et non pour désapprendre.S'ils ont le temps de se parler sur internet c'est qu'ils ont du temps de libre ...non?

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Ginette Lachance a suivi une formation pluridisciplinaire à l'Université Laval. Par plaisir, elle a toujours continué d'étudier la langue française, ce qui l'a menée à quatre demi-finales de championnats mondiaux d'orthographe. Puis elle a fait son apprentissage comme correctrice dans une maison de photocomposition. Après quoi elle s'est lancée à son compte comme réviseure linguistique, fonction qu'elle occupe encore aujourd'hui.

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