Le 9 mai 2012 par Jean Laliberté

Schèmes mentaux et mœurs politiques

La démocratie participative appelle à une transformation de la façon de concevoir la politique. Elle exige à la fois une modification des schèmes mentaux et un changement des mœurs politiques.

La démocratie élective s’appuie sur des schèmes mentaux établis depuis plusieurs générations. Modifier des traditions aussi bien ancrées n’est pas chose facile. La première réaction de bien des gens devant des propositions avant-gardistes comme la démocratie participative est d’affirmer qu’elles sont irréalistes.

L’histoire fournit plusieurs exemples de tels schèmes mentaux qui freinent l’application de nouvelles idées ou de nouveaux systèmes. Le cas de la monarchie est particulièrement instructif. Dans son livre Une histoire populaire de l’humanité (Boréal, 2012), Chris Harman rappelle qu’au moment de la Révolution française, la monarchie régnait depuis plus d’un millénaire et jouissait d’un pouvoir incontesté depuis cent cinquante ans. Il affirme que «presque tous étaient convaincus de la pertinence de la monarchie» (page 312) et ne voulaient que restreindre les pouvoirs du roi. Un renversement de la monarchie était tout à fait impensable. Ce n’est que lorsque les révolutionnaires furent emportés par la frénésie de la décapitation que le roi fut exécuté. Il est évident qu’une action réfléchie n’aurait jamais conduit à un tel geste.

Il est facile de comprendre que l’abolition des élections et la disparition du droit de vote sont des idées qui bousculent les schèmes mentaux des gens.

Au-delà des schèmes mentaux, il faut constater que la motivation en politique tourne autour des ambitions personnelles, des intérêts de classe et des idéologies. Suivant les mœurs politiques actuelles, nous acceptons que les décisions soient prises sur la base des intérêts des divers groupes économiques et sociaux et que les idéologies fassent partie de l’équation. L’idéal serait cependant que les politiques publiques soient dictées par le bien général et soient déterminées suite à une analyse objective des faits, sur la base des enseignements historiques et des expériences faites ailleurs, ainsi qu’en tenant compte des données de la science et des valeurs humanistes largement partagées dans notre société.

Pour en arriver à un système dont le moteur est la bonne gouvernance plutôt que les intérêts particuliers et les idéologies, des progrès de civilisation seront nécessaire. Il faudra des avancées du même ordre que celles qui ont permis de remplacer la violence par les urnes dans la conquête du pouvoir. Les mœurs politiques changent lentement. On ne peut qu’espérer que l’évolution ne prenne pas des siècles…


Ce blogue fait maintenant relâche. Je remercie tous ceux qui m’ont offert leurs commentaires et j’invite les personnes qui veulent poursuivre la discussion à me rejoindre à l’adresse jeanlaliberte@ymail.com.

Le 1 mai 2012 par Jean Laliberté

Les détenteurs du pouvoir

Au-delà des partis politiques, le pouvoir est détenu par une classe dominante composée de gens d’affaires, de membres des corporations professionnelles et de dirigeants syndicaux. Ces individus maintiennent des liens étroits avec les gouvernants, de même qu’avec tous les partis susceptibles de prendre le pouvoir et s’assurent d’avoir un accès constant aux décideurs politiques en les courtisant assidûment, en contribuant aux caisses électorales, en fournissant des travailleurs d’élection et en exerçant leur influence sur l’opinion publique. Ils peuvent ainsi défendre leurs intérêts, faire valoir leurs revendications et s’assurer que les décisions gouvernementales ne remettent pas en question leurs privilèges. Le fait que les médias soient contrôlés par de puissants groupes d’affaires fournit une assurance supplémentaire que la position dominante de cette élite ne soit pas contestée.

La démocratie participative propose une véritable révolution, c’est-à-dire un «mouvement politique amenant…un changement brusque et en profondeur dans la structure politique et sociale d'un État» (Wikipédia): le pouvoir serait placé entre les mains des contribuables, des consommateurs, des usagers des services publics, des salariés, des travailleurs autonomes et des pères et mères de famille. Ce sont ceux qu’on désigne actuellement comme la majorité silencieuse qui dorénavant exerceraient le pouvoir, choisiraient les dirigeants et maintiendraient avec ces derniers des relations privilégiées. De cette façon, non seulement les intérêts de l’ensemble de la population seraient-ils bien défendus, mais les intérêts des générations futures pourraient l’être aussi.

Il ne fait pas de doute que l’actuelle classe dominante se battra bec et ongles pour préserver le système actuel qui la sert si efficacement. Aucune personne et aucun groupe n’accepte d’être dépouillé de son pouvoir sans livrer une chaude lutte. D’autant plus que cette élite s’estime responsable d’assurer l’efficacité et la stabilité des systèmes économique et politique. Avec la démocratie participative, c’est d’un bouleversement du système établi dont on parle.

Jamais dans l’histoire une classe sociale n’en a remplacé une autre au pouvoir de façon pacifique. Il n’est jamais arrivé non plus qu’une majorité exerce le pouvoir, car c’est toujours une minorité qui a dirigé la majorité. Sous ces deux aspects, ce serait donc une première.

Grâce à la démocratie participative, on pourrait clamer comme Hervé Kempf, journaliste et écrivain français : «L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie» ! (Titre d’un livre publié chez Seuil en 2011)

Le 25 avril 2012 par Jean Laliberté

Le principal obstacle à la démocratie participative

Les changements aux institutions et aux pratiques politiques qu’implique la démocratie participative sont si importants que peu de gens sont spontanément persuadés qu’une transformation de cette ampleur est réalisable et avantageuse. Il sera donc nécessaire de convaincre les citoyens un à un, ce qui nécessitera des efforts, du temps et sans doute des sacrifices financiers, de même qu’énormément de ténacité et de persévérance.

L’approche à utiliser est la même que celle qui s’impose lorsqu’on veut amener des individus à adhérer à un nouveau parti politique : les promoteurs doivent recruter des militants qui à leur tour réussiront à en attirer d’autres. La clé est la motivation des personnes concernées. Les intérêts du chef d’un nouveau parti sont évidents : il peut retirer de ce poste à la fois notoriété, prestige et pouvoir. C’est ce qui explique qu’un politicien soit prêt à consacrer à son projet beaucoup de temps, d’effort et d’argent. De la même façon, les sources de motivation des militants sont nombreuses et diversifiées; l’ardeur de ces derniers à la tâche est fonction des avantages qu’ils comptent en retirer.

Mais quels peuvent être les bénéfices que les promoteurs de la démocratie participative pourraient personnellement en obtenir ? Considérant le fait que les postes de délégués à l’Assemblée nationale seront attribués au hasard et que le fonctionnement très transparent de toutes les instances de l’État empêchera la distribution de faveurs individuelles, aucun militant ne peut espérer de gratification, sauf de nature tout à fait symbolique ou d’ordre moral.

Compte tenu de ce trait fondamental de la nature humaine qu’est la règle de la réciprocité, personne ne fait rien pour rien. Cette règle représente un obstacle de taille à la propagation de l’idée de démocratie participative : en l’absence de bénéfices personnels, les gens demeurent apathiques et indifférents.

Le 18 avril 2012 par Jean Laliberté

Les forces en présence

Toute tentative de mise en place de la démocratie participative susciterait à coup sûr un affrontement intense entre les partisans et les adversaires de ce nouveau système politique. Les opposants les plus virulents seraient évidemment les chefs des partis politiques, ainsi que leurs militants, membres, contributeurs et sympathisants. Le deuxième groupe d’adversaires serait sans doute composé des dirigeants et des membres des groupes de pression qui tirent le plus de bénéfices du système actuel. Un troisième groupe réunirait des gens qui, sans être membre d’un puissant groupe d’intérêt, font partie des privilégiés du régime actuel, un système qui donne à des groupes d’électeurs comme les personnes du troisième âge et les artistes, un poids considérable. Il y aurait enfin ceux qui ne peuvent accepter l’idée d’abandonner un droit de vote dont l’obtention, en ce qui concerne les femmes en particulier, a fait l’objet de longues et chaudes luttes.

Les partisans d’un nouveau régime politique, par contre, se recruteraient dans les rangs des citoyens ordinaires : les travailleurs, les consommateurs, les contribuables, les usagers des services publics, tous ceux en somme dont les intérêts collectifs priment sur les intérêts particuliers. Ces personnes sont cependant celles qui s’impliquent le moins dans les débats politiques et qui sont les moins portées à faire valoir publiquement leurs idées.

Les forces en présence seraient donc, d’une part, un ensemble qu’on peut estimer entre 20 et 30% de la population qui est la plus susceptible d’être active politiquement, face à une majorité réunissant un grand nombre de gens, mais qui se confinent à un rôle passif.

On peut croire que les individus qui risquent de perdre des privilèges se battront énergiquement pour conserver leurs acquis. Ceux dont la motivation se limite à un avenir collectif meilleur seront naturellement moins déterminés à promouvoir le changement.

Il existe donc un déséquilibre entre les forces en présence : une minorité de gens fortement déterminés face à une majorité plutôt silencieuse et passive. Seule une conjoncture permettant une forte mobilisation de cette majorité permettrait d’enclencher un processus de changement.

Le 10 avril 2012 par Jean Laliberté

Les partis politiques, vecteurs de division

Les partis politiques cherchent à prendre la pouvoir. C’est leur raison d’être. Ils mettent de l’avant des propositions visant non pas d’abord à solutionner les problèmes de la société, mais à gagner les élections. Ils veulent avant tout se démarquer de leurs compétiteurs et attirer des supporteurs. Quand leurs adversaires avancent de nouvelles idées, ils ne sont nullement intéressés à les bonifier, mais uniquement à les critiquer.

Les partis se limitent à des choses simples et faciles à expliquer, car les gens sont en grande majorité peu intéressés et mal informés. Ils n’ont ni les ressources, ni le temps, ni la volonté de faire de l’éducation populaire. Tout les contraint à glisser dans la démagogie.

Le fondement même de nos institutions politiques est la discorde : il y a un parti au pouvoir et des partis d’opposition. Comme leur nom le dit, les partis d’opposition doivent s’opposer. Il n’y a pas de place pour la coopération, la collaboration ou le compromis. Les partis politiques passent donc plus de temps à se quereller qu’à rechercher et proposer des solutions concrètes. Que les partis politiques en soient venus à incarner la démocratie est un grand paradoxe de l’histoire.

Notre société est confrontée à d’énormes problèmes. Les remèdes simples aux maux qui nous affligent n’existent pas. Qu’il s’agisse d’éducation, de santé, de finances publiques ou de protection de l’environnement, il faut de la rigueur, de l’audace, de la ténacité et de la persévérance pour arriver à modifier nos façons de faire, briser les mauvaises habitudes, instaurer de nouveaux processus, changer les mentalités et coordonner les diverses actions parce que tous les problèmes sont inter reliés.

De nouvelles institutions sont nécessaires pour relever ces défis, car les partis politiques ont prouvé qu’ils ne sont pas à la hauteur. La démocratie participative permettrait de mobiliser toutes les ressources de la collectivité pour apporter des solutions éclairées. Devant un problème comme le décrochage scolaire, par exemple, les Regroupements pourraient obtenir la collaboration des écoles, des familles, de la société civile, des entreprises, des collectivités locales et, bien sûr, de l’État.

La démocratie participative remplacerait les vecteurs de division que sont les partis politiques par les mécanismes de dialogue, de concertation et de coopération propres aux Regroupements. Ceux-ci seraient des instruments démocratiques beaucoup plus efficaces que les partis.


Jean Laliberté est né à Rimouski en 1944 et y a fait des études classiques. Il a ensuite obtenu une maîtrise en science politique de l’Université Laval. Par la suite, il a complété une année d’étude à l’ÉNA à Paris.

Il a commencé sa carrière comme administrateur stagiaire au sein de l’administration fédérale à Ottawa où il a œuvré une douzaine d’années, d’abord à la Commission de la fonction publique, ensuite au ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration, puis au Secrétariat du Conseil du trésor. En 1979, il a accepté un poste au ministère de la Fonction publique du Québec. Cet organisme est ensuite devenu l’Office des ressources humaines. Il a aussi œuvré au ministère du Conseil exécutif et au ministère des Finances. En 2002, après 35 années au service des gouvernements, il a quitté la fonction publique pour travailler comme conseiller en gestion chez SoluConseil et chez CGI. Il a pris sa retraite en décembre 2006.

Il partage son temps entre Québec, son lieu de résidence habituel et Témiscouata-sur-le-Lac où il a sa résidence secondaire. Sa conjointe, Ginette Garon, est originaire de Notre-Dame-du-Lac.

Ouvrage de cet auteur publié au Septentrion

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