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juin 03, 2008

Liberté... où es-tu quatre ans plus tard ?

Liberté ! Voici un slogan que l'on peut apercevoir tous les jours sur de « rutilantes » voitures sillonnant les routes de Québec. Rappelez-vous, le 22 juillet 2004, des dizaines de milliers de manifestants descendaient dans les rues de la capitale nationale pour crier leur soutien à la station de radio CHOI-FM, menacée de fermeture par le CRTC suite aux élucubrations grossières de leur animateur vedette, Jeff Fillion. La liberté d'expression était alors en jeu et l'on entendrait bientôt les bottes cirées battre la cadence sur le pavé de la Grande Allée si la population ne réagissait pas. La station sera sauvée in extremis tandis que le messie d'une génération était porté en croix.

Quatre ans plus tard, la maison d'édition indépendante Ecosociété publie un livre dénonçant les pratiques de la première entreprise aurifère au monde, la toute puissante Barrick Gold. L'ouvrage dérange tellement que la compagnie menace de poursuivre l'éditeur si le livre se retrouve sur les tablettes. Et quelques jours après la parution de Noir Canada, Barrick Gold intente une poursuite de 6 millions de dollars (canadiens ou états-uniens ? À ce niveau, peu importe) contre Ecosociété et ses auteurs, Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher. Étonnamment, personne ne brandit de pancartes dans les rues alors que, pourtant, la menace est cette fois bien réelle.

Cette pratique est dénoncée comme une SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation), c'est-à-dire une tentative d'entraver la participation au débat public de citoyens informés. La poursuite au montant démesuré mobilise de fait toutes les ressources des accusés à qui appartient le fardeau de la preuve et vise au final à bâillonner un élément clé de nos démocraties, les éditeurs. La liberté de presse est en effet une liberté fondamentale qui garantit aux citoyens, individuel ou corporatif, de pouvoir s'exprimer hors de toutes contraintes.

Évidemment, si la compagnie Barrick Gold s'estime lésée, il est de son plein droit de vouloir récuser les accusations qui pèsent sur elle. Nul besoin n'était cependant de se tourner vers les tribunaux déjà fort occupés, elle pouvait très certainement utiliser ses ressources pour faire connaître sa défense dans tous les médias, voir même de trouver un éditeur et de publier une contre-analyse. Le recours à la Justice, de surcroît avec une poursuite au montant disproportionné, ne viserait donc qu'à intimider et, dans le pire des cas, qu'à vouloir faire taire les empêcheurs de tourner en rond.

Il est urgent que le gouvernement du Québec se penche sur ces pratiques et légifère sur la question afin de soutenir la liberté d'expression sur des enjeux de société et afin de donner aux victimes de SLAPP les moyens de se défendre.

Le couteau sous la gorge, Ecosociété lance un appel à l'aide et à la mobilisation sur cette question cruciale qui touche à nos libertés fondamentales. Non-seulement pouvez-vous aller signer une pétition ou envoyer une lettre au ministre de la Justice, mais vous pourriez aussi assister au spectacle de soutien organisé le 12 juin à 20h30 au Kola Note, à Montréal, où vous aurez la chance d'entendre les Zapartistes, Tomás Jensen, Ève Cournoyer, Jérôme Minière, Ivy, Jean-François Lessard, Kumpania et Adama Zon. Les bénéfices iront évidemment renflouer la caisse d'urgence d'Écosociété.

Le Septentrion offre à ses lecteurs cinq billets de soutien pour assister au spectacle. Ils iront aux cinq premières personnes qui manifesteront leur intérêt. En outre, le Septentrion offre gracieusement ses services d'édition à la compagnie Barrick Gold si, sait-on jamais, cette dernière préférait la plume de l'écrivain à l'épée de la justice.


avril 27, 2007

La laine des moutons...

Pour faire suite au billet sur le livre numérique, je dois vous faire part de la plus récente demande de reproduction qui a atterri sur mon bureau.

Elle est émise par la Genealogical Society of Utah, association éducative à but non lucratif dont l'objet est de mettre des renseignements généalogiques enregistrés à la disposition des particuliers faisant des recherches familiales.

Que veulent-ils ? La permission d'utiliser le livre de Daniel Gay sur Les Noirs du Québec. À quelle condition ? Pour résumer, disons qu'ils veulent la laine du mouton, les côtes levées et, tant qu'à faire, le berger et sa bergerie.

La GSU demande la permission d'utiliser et d'autoriser d'autres à utiliser vos documents pour une période illimitée de toutes les manières qu'elle choisira, entre autres, mais pas uniquement, la permission de:
a) reproduire vos documents sur tout support connu ou qui sera développé plus tard, entre autres la permission d'en faire des copies numériques ;
b) élaborer et posséder des ouvrages dérivés à partir de votre documentation, entre autres la permission de reformater, extraire des données, de créer des index, des aides à la recherche, de modifier, compiler, adapter, regrouper, changer et/ou traduire votre documentation ;

OUF ! Rien que ça. Et à combien estiment-ils cette permission ? Un beau zéro. Comme d'habitude, aurais-je presque envie d'ajouter.

Oui mais, pauvres eux autres, ils sont sans le sous et c'est pour le bien de la science. Sauf que...

c) distribuer des copies de votre documentation au public, entre autres la permission de publier, transférer, vendre, louer ou prêter des copies de votre documentation, et de présenter ou exposer votre documentation publiquement, y compris par moyens de diffusion audiovisuelle ou numérique sur un nombre illimité d'ordinateurs ou de postes de travail informatiques.
La GSU pourra échanger voire documentation avec des entreprises commerciales de généalogie afin de pouvoir, en retour, recevoir de nouvelles données qui viendront augmenter le volume total de renseignements qu'elle met gratuitement à la disposition du public.

Donc au bout de la ligne quelqu'un fera bien ses choux gras de l'information cédée gratuitement par d'altruistes éditeurs.

Allez, une petite dernière :

Notez bien que la permission que vous accordez à la GSU ne limite ni n'altère aucunement vos droits quant à votre documentation. Vous pouvez par conséquent utiliser votre documentation comme bon vous semble.

Merci bien ! Faut-il préciser que la demande a été refusée ?

Gilles Herman
Éditeur

février 18, 2007

Le livre numérique [1]

À ne pas manquer, une vidéo présentant le livre comme une nouvelle technologie.

En danois (suédois ? norvégien ?) sous-titré anglais.

février 08, 2007

Des chiffres et des lettres [1]

Il est commun de dire que la plupart des auteurs ne tirent qu'un faible revenu sur la vente d'un livre. Rappelons rapidement le partage du prix de détail lors d'une vente en librairie : 40 % au libraire, 15 % au distributeur, 10 % à l'auteur et donc 35 % à l'éditeur.

Réglons tout de suite les questions ou préjugés sur cette répartition. Les libraires vivotent, le distributeur est solidaire de l'éditeur et espère ne pas avoir trop d'invendus donc de retours. L'éditeur doit, sur un premier tirage, payer toute la production, dont l'imprimeur qui ramasse 20 % du prix de détail, ne laissant qu'un maigre 15 % pour le reste.

Bref, personne ne fait beaucoup d'argent. Mais personne n'est malheureux non-plus !

Après cette longue introduction, rentrons dans le vif du sujet : Internet. Le nouveau Far West, où tout est permis. Où tout est gratuit. Où devrait l'être. Où ce qui ne le devrait pas l'est tout de même.

La plupart des éditeurs observent encore ce médium sans oser y plonger. Certains y voient un nouvel Eldorado : l'accès à un marché mondial devant générer d'intéressants revenus. D'autres n'y voient que le pillage de leur fonds par des individus sans scrupule.

Par contre tous font face aux mêmes demandes : celles des collèges et universités qui développent leurs activités en ligne. Que ce soit pour créer une bibliothèque virtuelle ou pour dispenser des cours à distance, ces institutions demandent de plus en plus d'avoir accès aux documents numériques plutôt qu'aux bons vieux livres en papier. Mais quelle valeur faut-il donner au virtuel ?

Reprenons le prix de détail. Celui-ci est fixé par l'éditeur qui sait pouvoir travailler avec une marge de 35 %. Évidemment, dans le cas d'une vente numérique, exit les intermédiaires : plus de libraire, plus de distributeur et plus d'imprimeur. Quelques factures qui, normalement, devraient avoir été amorties par les ventes régulières. Vœux pieux.

La plupart des contrats d'édition prévoient le partage à parts égales des droits dérivés d'un livre, donc en principe des ventes numériques. 50 % pour l'éditeur, 50 % pour l'auteur. De part et d'autre, on se frotte les mains. Sauf que...

[à suivre]

décembre 13, 2006

La Belgique éclate

Mercredi 13 décembre, 20h15. La Flandre déclare son indépendance. Le roi Albert II est en fuite. Le parlement wallon est sonné. On assiste à des scènes de liesse populaire à Anvers, capitale culturelle de la Flandres. Bruxelles, ex-capitale nationale mais aussi capitale politique de la Flandre est en état d'alerte. Les Flamands tenteront-ils d'annexer la ville ? Les élus bruxellois sont en réunion de crise. Le siège de l'OTAN est immédiatement protégé par les forces armées. Les routes sont paralysées, les avions sont détournés. Les ambassadeurs et consuls étrangers propagent la nouvelle dans leurs pays respectifs. La population assiste impuissante et en direct à l'éclatement de son pays.

Telle était la teneur de l'émission spéciale diffusée sur les ondes de la RTBF. Il s'agit évidemment d'un canular qui a duré près d'une heure et demie. Les centres d'urgence ont été inondé d'appel. Pendant 90 minutes se sont succédés journalistes, hommes politiques ou personnalités médiatiques pour commenter l'éclatement du plat pays. Tous de connivence.

Si la question de l'unité nationale doit être débattue en Belgique, la façon brutale de l'amener en a choqué plus d'un, dont la grande majorité de la classe politique. L'administrateur de la RTBF devra d'ailleurs s'expliquer au plus tôt auprès de son ministre responsable. La chaîne publique belge a-t-elle dépassé les bornes ?

Ceci dit... Imaginons un instant la même émission passant à 20h sur CBC pour annoncer la séparation unilatérale du Québec. À quelles scènes de démence assisterions-nous ? Ou, au contraire, à quelle indifférence ferions-nous étonnamment face ?

Gilles Herman

septembre 22, 2006

Vendre ou ne pas vendre ?

Depuis plusieurs semaines, ma conscience me travaille quant au fait de vendre directement nos livres sur notre site Internet.

Nos livres sont disponibles dans toutes les librairies du Québec, soit en rayon ou sur commande. Dimédia, notre distributeur, répond aux demandes dans des délais très brefs et une commande en libraire ne devrait jamais dépasser les 10 jours.

En offrant de commander les livres sur notre site, montre-t-on un manque de respect envers notre premier allié : le libraire ? L'expérience nous montre que l'on ne s'adresse pas à la même clientèle. Nos commandes partent pour la plupart en région ou à l'extérieur : Canada, États-Unis et Europe.

Bien sûr, nous pourrions du moins rediriger les lecteurs vers une librairie en ligne comme Pantoute, Renaud-Bray,Archambault voir Amazon. Par contre, il faudrait que l'intégration soit parfaite. On ne peut pas demander à un internaute qui a fait sa recherche sur notre site de recommencer chez un libraire virtuel. Faut-il alors favoriser un libraire plus qu'un autre ?

Finalement, le développement d'un site Internet coûte assez cher. Nous sommes fiers de pouvoir dire que nous sommes en ligne depuis 1995. Chaque année, nous apportons des améliorations sur notre site. Parfois de petits changements, parfois des transformations importantes. Actuellement, les ventes que nous réalisons couvrent l'hébergement, le développement et la maintenance du site. Opération nulle.

La question vaut aussi pour l'ensemble de la profession. Est-il temps de sonner la cloche ?

Si le volume des commandes devait s'accroître, nous irions sans hésitation vers un partenariat avec un libraire. Nous n'avons ni le temps ni l'espace requis pour y faire face, nous préférons mettre notre énergie dans l'édition.

En attendant de trancher, nous continuerons d'offrir ce service. La chaîne du livre est complexe, chacun cherchant à assurer sa rentabilité (pour ne pas dire sa survie) dans un contexte parfois difficile. L'avenir nous annonce l'arrivée et la domination du livre électronique. Le libraire qui a pignon sur rue est-il appelé à disparaître ?

Gilles Herman